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Cette photo a été empruntée de « storify » de FloZ

Marchez, mes braves soldats !

J’ai rêvé d’un troupeau
se mêlant aux fantômes
d’un réveil forcé,
cauchemar obligé
du passé qui revient
à la case de départ,
héritier malchanceux
de milliers de signaux,
de sirènes en lambeaux
en essaims, en cohortes.

J’ai rêvé de la mort annoncée
que nos fautes ont semée
j’ai rêvé d’une foule analphabète
réveillée brutalement au demain de la fête
obligée de partir à la mort collective,
insensée, récidive
à cette gloire idiote
de mourir en héros
pour avoir fait brûler
— ô vulgaire ignorance ! —
d’inépuisables trésors
qui se sont envolés
par des fils de fumée
lors d’une seule journée.

J’ai rêvé d’un petit dictateur
fossoyeur d’idéaux
profiteur sans vergogne
de nos tristes jours d’ivrognes
et de bonheur ultime.
Je n’ai plus aucune chance
de fuir, aucune défense
devant l’homme minuscule
qui se hisse au balcon
pour y hurler
comme une bête
une lugubre chanson :

« Marchez, mes braves soldats !
Vous n’avez d’autre choix
qu’avancer devant moi
jusqu’au jour de la gloire
d’une belle mort sans combat. »

« Allons, la route nous attend : une piste
à peine frayée, tournant en rond
parmi les coquelicots et le grain blond
au milieu de la campagne vallonnée
de corps sanglants constellée. »

« Allons, la mort nous attend,
par un ciel sombre, sans étoiles
où disparaissent, en voiles,
les souvenirs meurtris
des visages chéris »

« Allons, la gloire nous attend,
nous serons les héros de nos temps ! »

« Marchez, mes braves soldats !
Marchez pelotons, troupeaux
armées épuisées et nauséabondes !
Regardez, devant vous
ce ruban de lumière
où se perdent des torches éphémères.
Regardez l’horizon !
Juste au bout de ces feux
le sourire affreux de la mort
descendra sans adieu
sur vos gueules de galère…»

« Marchez mes braves soldats ! »

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Luigi Serafini, Notturno napoleonico da Archiwatch de Giorgio Muratore

Giovanni Merloni

« Regardez ce navire blanc dans le ciel
où le regard de Dieu se dérobe !
Regardez la route de sang se rétrécit
avant de se dissoudre, sans effort
au point du jour aveuglant de la mort. »

G.M.

Merci à François Bonneau, qui a participé avec un esprit vraiment amical et solidaire au travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Allons, la route nous attend par un chemin étroit et long. Allons, la mort nous attend, par un ciel sombre de souvenirs effacés, de lieux et de visages chéris. Regardez ce fil de lumière : c’est le soleil qui nous conduira. Regardez ces feux sur l’horizon : c’est là que vous mourrez. Marchez confiants vers l’horizon qui brûle ! Regardez ce navire blanc dans le ciel où le regard de Dieu se dérobe. Regardez cette route de plus en plus étroite : elle va cogner contre la mort. Marchez, sans jamais retourner le regard !
(Ce serait votre fin car vous verriez tous ensemble les corps et vous paniqueriez.)
Marchez, les yeux fixés devant vous. N’ayez pas peur : la mort vous attend, Dieu vous attend ! Marchez, héros de ce temps, piétinez au pas de charge cet interminable sentier qu’on vous oblige de suivre !
(Résistez ! Tôt ou tard tout le monde va passer par là, votre général aussi).
Marchez pelotons, troupeaux armées épuisées et moribondes ! Marchez, c’est un dictateur qui veut cela, un dieu, de petits hommes, leur ambition diabolique, leur manque d’attention et prudence. Marchez, l’orgueil d’une nation le demande la lâcheté d’un seul mot le prétend ! Marchez mes braves soldats !

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Giovanni Merloni, 2003

Giovanni Merloni