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001_notre histoire à nous

Notre histoire à nous tous

I
D’innombrables fois
j’ai écrit mon histoire,
ton histoire, notre histoire,
une histoire que tout le monde raconte,
une histoire qu’on raconte partout :
nos promenades en long et en large
près d’un fleuve,
notre étreinte dans une barque,
notre déclaration,
tes caresses, tes cheveux, tes yeux,
ton sourire, ton nez…
et, j’oubliais… ton cou, tes épaules :
« Tu es belle »
« Que je t’aime ! »
« Tu es ma vie même »
« Tu es ma mort même ».

Combien de cahiers
avais-je remplis
le soir de notre première histoire !
Parmi ces mots exagérés
enthousiastes, compulsifs
tu paraissais jeune,
amoureuse,
ravie, taquine, superbe,
imprévisible, hautaine
éloignée,
déjà prête à partir,
sur le palier du train,
déjà prête à mourir
sans moi…
Nous ne voyions même pas
la route
parce que le monde même
n’était que nous-mêmes.

II
Maintenant,
les cahiers ont changé de couleur
comme nos cheveux
notre peau
et l’intensité de nos yeux.

S’éloignant de son fleuve,
de son lit de mystères,
notre histoire au couchant,
oubliant ses chimères,
ses épreuves amères,
a raté tous les trains
a glissé dans la boue
d’une mort floue
d’un esprit tordu
d’un destin fichu.

Anéanti
par la force ressuscitée
de nos amours,
je suis un survivant
aux veines vieillies,
désormais indifférent
aux présages avilis
dans des lits de velours.

Le monde s’effondrant
dans une vague
d’amertume
et de questions inquisitrices,
je vais perdre, hélas ! la plume
et l’envie d’inscrire
dans une bague
les extraordinaires délices
de ton histoire,
de mon histoire,
de notre histoire…

002_nostra storia 180

Giovanni Merloni

Merci à Françoise Gérard, qui a participé avec enthousiasme au travail de révision de ce texte.

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