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Ce monsieur Doré ci-dessous, après avoir subi ma séquelle de déclics, a accepté de boire un verre avec moi dans le bar « Entracte » place de l’Opéra. Après quelques gorgées, il m’a consigné une feuille très chiffonnée, en me priant de la garder : « on sait jamais… » Il a dit cela posant un doigt sur son nez.
Voilà, je vous consigne ce texte bizarre que ce Monsieur doit avoir écrit dans un état d’inconscience… quand il était très très jeune…

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La dorure du cercle

« Je ne crois pas en Dieu. Dieu est pour moi un des êtres tyranniques en grand nombre qui nous oppriment. Il est le roi des tyrans. Ou alors, il est la tyrannie même, s’imposant de la façon la plus fausse et mensongère. Parce que Dieu domine les hommes sans les comprendre et qu’il leur impose sa domination ignorante, sa force incontrôlée. Les hommes auraient dû se créer un Dieu comme eux — pourquoi pas ? — un Dieu plein de défauts, un Dieu ivrogne, un Dieu libertin, un Dieu sans images pieuses, sans crucifix, sans prières. Alors moi aussi j’aurais cru que ce Dieu-là existe. Il y en a de millions d’exemplaires partout dans le monde. Un Dieu comme ça. En chair et en os, fait de terre et de boue, d’honnêteté et de paresse, de vérité et d’amour. »

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« Je ne crois surtout pas que les gens croient vraiment, jusqu’au bout, à cette entité solennelle et mensongère à la fois. Je ne crois pas aux bourgeois ayant ces gueules obtuses dont on perçoit une immense hypocrisie. Ils ne sont que des pharisiens, des superstitieux, des faibles de cœur…
Chacun doit avoir le courage de ses pensées. Chacun doit avant toute chose croire en lui-même pour s’améliorer, pour créer une société sans tyrans, sans violences ni abus. Chaque homme qui croit en Dieu s’excuse chez un autre homme du fait qu’il ne l’aime pas… il dit “pardon” comme il le ferait dans un bus, pour gagner plus vite la sortie… Parce qu’il “aime Dieu” et cela le rend gentil ! Cependant, je n’ai pas envie d’insister à ce sujet assez vain…
Au minimum, je m’attends que les hommes se demandent “pourquoi ils existent”. Cela ne doit pas les amener à la recherche d’une origine métaphysique de l’homme dans son essence d’homme, mais devrait se traduire dans l’étude approfondie autour du but primordial de la vie humaine. »

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« Il y a d’ailleurs l’amour. Et l’amour est sans doute une essence vitale réelle. L’amour ne meurt pas avec l’homme qui aime, il se transmet à la personne aimée et ne cesse de vivre.
Malheureusement, un amour vrai est unique et rare. Il y a aussi ceux qui croient l’avoir trouvé n’ayant jamais la possibilité de se raviser parce qu’ils ne savent pas ce que ce soit vraiment l’amour. Cet amour-là est destiné à finir. Dommage ! Je n’ai pas encore une fiancée, parce que je suis encore jeune. Mais comme ça, je vis très bien… sans devoir obéir aux ordres tacites de Dieu. Des ordres que nous donnent d’autres hommes, se servant lâchement de ce pseudo-idéal de vertu chrétienne pour faire de nous de véritables automates. »

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Je ne m’étais pas aperçu, en lisant, un peu scandalisé, ce texte, que Monsieur Doré était derrière moi, en train de suivre ma lecture comme quelqu’un qui s’attend à un verdict. Une fois terminé la lecture, j’ai plié la feuille en huit et je l’ai rangée dans mon porte-feuille. Monsieur Doré en a profité pour monter sur son piédestal et me dire adieu.

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Giovanni Merloni