le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

le portrait inconscient

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Élégante et majestueuse passerelle d’amour

17 dimanche Avr 2022

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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J’avais quitté l’Italie parce que je ne la reconnaissais plus : on me l’avait enlaidie, en lui enlevant la peau et l’âme.

La France gardait et garde encore son identité unique au monde, son extraordinaire génie de l’accueil et du partage. Depuis des siècles la France est la patrie des réfugiés et des persécutés de la planète. 

Prétendre de changer la physionomie de la France qu’on aime partout dans le monde, ce  serait comme envisager de détruire Venise ou alors de faire table rase de notre mémoire collective avec une vulgaire et définitive bombe atomique.

La Liberté
L’Égalité
La Fraternité
Giovanni Merloni

Ero andato via dall’Italia perché non la riconoscevo più, me l’avevano imbruttita levandole la pelle e l’anima.

La Francia conservava e conserva ancora la sua identità unica al mondo, il suo straordinario genio dell’accoglienza. La Francia è da secoli e secoli la patria dei profughi e dei perseguitati di tutto il mondo. Cambiare questi connotati alla Francia sarebbe come distruggere Venezia o cancellare la nostra devota memoria collettiva con una volgare e brutale bomba atomica.

Liberté…………………………………………………………………..

La trasferta era durata solo il tempo di respirare:

Imbastite le mie cose, avevo smesso di scappare.

Ben nutrita di tesori che non si possono svelare

Esigente nei suoi scopi senza mai farsi piegare

Ricettacolo di valori alti, svettanti come torri dal mare

Tollerante nello spirito, vedendosi i figli ammazzare

Estenuata dal lutto, Parigi si rifiutava di odiare.

Égalité……………………………………………………………..

Eccitato dalla folla di fuori, avanzante rossastra 

Guardavo mio nonno perdersi nella giostra 

Attratto dalla voce che gli fu madre e maestra 

Levandogli dalla testa la velenosa minestra

Insegnandogli che la sinistra lotta contro la destra 

Tallonata però da un arbitro che mai si prostra, 

Eminenza o destino sgusciante da una buia finestra.

Fraternité……………………………………………………………

Francia: l’aria vi è dolce, lo sguardo non ha mancanze

Radura di grandi prodigi, essa è crocevia di comunanze

Albergo per i popoli, per le loro rischiose circostanze

Temeraria e sincera nell’aprir loro le stanze

E se lunga è la storia di subite e imposte arroganze

Rigoglioso è quel fiume di dolci e pensose speranze:

Ne distinguiamo l’eco, ne percepiamo le distanze.

Invitate dalla Pompadour alle sue strambe vacanze

Tornano e vanno intorno all’abat-jour le mie folli danze

Elegante passerella d’amore e di maestose fragranze.

Giovanni Merloni

Quinze années inespérées ou, si vous voulez, inattendues

11 samedi Sep 2021

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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Cet 11 septembre, aujourd’hui, ce n’est pas, pour moi, que le jour d’un cauchemar insupportable d’il y a 20 ans dont il demeure toujours difficile accepter la crue et irréversible réalité.

Je suis obligé en fait de me remémorer du jour fatidique de mon arrivée à Paris, gare de Bercy, il y a 15 ans pile, le 11 septembre 2006. J’étais avec ma fille Gabriella, deux valises Samsonite et la ferme intention de m’installer en France, ce qui est arrivé de façon inexorable et progressive : grâce d’abord à l’euro, se révélant par la suite une monnaie stable ; grâce ensuite au petit patrimoine immobilier de ma femme Claudia ; grâce enfin à notre retraite un peu juste mais jusqu’ici à la hauteur de ce défi. Malgré l’enthousiasme et le bonheur intime pour avoir atteint mon but primordial, je vais toutefois partager cette circonstance avec mes lecteurs et mes amis tout en sachant que celui-ci ne sera pas l’occasion pour une série de textes autour des “souvenirs de ma dernière Italie” et des “souvenirs de ma première France”.

En fait, pendant ma fabuleuse et tout a fait enrichissante traversée de ce monde en partie nouveau pour moi, je me suis progressivement affranchi de mon “devoir de nostalgie” envers mon pays d’origine, en me considérant au fur et à mesure comme un apatride, un citoyen du monde, un sympathisant de l’Europe, jusqu’au jour où j’ai eu la nette sensation d’être devenu parisien. Ce jour a coïncidé avec les plus terribles traumatismes que la France ait pu connaître: les tueries de Charlie Hebdo ainsi que la nuit d’horreur du Bataclan et des rafales de mitraille ayant tué des gens assis à la terrasse des bars. Mais je suis devenu parisien aussi avec la géniale transformation de la grande place autour de Marianne, la statue symbolisant la République ne faisant qu’un avec l’esprit de citoyenneté : une chose forte, tangible à Paris, beaucoup plus que dans les autres capitales du monde. Sous mes fenêtres j’ai vu, tous les samedis, s’écouler dans le boulevard les fleuves des manifestations, dont quelques-unes ont été particulièrement imposantes, comme la grande manif on ne peut plus spontanée et touchante du 13 janvier 2015… Depuis cette année 2015 la vie de nous tous a changé, avec la prise de conscience d’une escalade dans les tensions mondiales qui menaçait directement Paris, la France et l’Europe. En “citoyen parisien” j’ai ressenti dès le début la désagréable sensation d’un “décollement annoncé” entre un passé contradictoire — mais foncièrement inspiré aux principes de la Tolérance, de la Solidarité ainsi que de la fonction stratégique de la Culture et de l’Art, tout cela sous l’inébranlable abri de la Liberté — et un présent-futur gouverné par l’Égoïsme et la Peur, piégé sans répit par le double tranchant du mot Sécurité.

En 2017, c’est mon équilibre familial qui a basculé, ne me laissant plus, dès lors, cette insouciance de jouer à cache-cache avec la vie. Cependant, ma présence sur le portrait inconscient, même si flottante, ne se laissait pas totalement submerger par l’écrasante poids de nouvelles responsabilités.

En début 2020, je venais juste de tomber moi-même malade d’une “pneumonie organisée”, dont je soigne encore les effets indésirables, quand l’épidémie de Covid-19 a tout balayé de mes petites certitudes quotidiennes en me donnant la sensation pas du tout rassurante de partager ma disgrâce avec à peu près tous les êtres de la planète. Nous tous, et Paris aussi, devenions d’emblée “citoyens” d’un monde au tournant d’une crise on ne pouvait plus redoutable. D’ailleurs, cette citoyenneté partagée n’avait pas la même nature, combative et insouciante à la fois, de notre citoyenneté parisienne, tandis que, partout dans le monde, les hommes au pouvoir se montraient tout à fait incapables de traire profit de l’évidence des faits : si la liberté de tout un chacun est fortement menacée par la lâche violence de grands et petits troupeaux à l’esprit malveillant et mafieux, les êtres vivants de la planète, y compris les hommes et les femmes, sont désormais au tournant de leur survie gravement menacée aussi. Dans cette période, hantée surtout par le Covid-19, j’ai été incapable de m’exprimer sur le blog. Tout en étant constamment calé dans les événements, les solutions bonnes et mauvaises, les polémiques et aussi les boutades plus ou moins efficaces et provocatrices à l’adresse de nos gouvernants et notamment de notre Président, je ne pouvais pas m’empêcher de demeurer muet, comme paralysé, moins par la peur de m’ajouter aux nombreux septuagénaires que le virus avait déjà fait disparaître que par l’indicible indignation vis-à-vis du manque de participation responsable des uns et des autres. Il s’agissait en tout cas d’un sentiment mitigé par les nombreux signaux positifs qui m’ont réchauffé le cœur au jour le jour : Paris était en train de résister, s’opposant de toutes ses forces à la sombre homologation sécuritaire, sans l’attaquer de façon bruyante mais plutôt en la contournant au nom de cet irréductible besoin de société et d’échange entre les humains qui “nous” caractérise.

Le confinement aidant à m’identifier davantage dans l’ambiance parisienne, j’ai fini même pour découvrir une parenté entre mon appartement “haussmannien”, pas loin des deux Gares et du Canal Saint-Martin, avec l’appartement “umbertino” (d’empreinte piémontaise, donc un peu à la française). où je suis né, pas loin de via Veneto et Villa Borghese… Sans pouvoir bouger de ces quatre murs, j’ai intensifié mes échanges téléphoniques avec les personnes en Italie qui me sont les plus chères… Cela m’a notamment amené à mettre provisoirement de côté cet exercice merveilleux de la langue de Camus et de Saint-Exupéry, pour dialoguer par mail, en italien, avec Nemi, l’une de mes plus chères amies de Rome. Pendant une année entière et encore aux débuts de ce 2021 de commémorations, j’ai fixé sous son œil bienveillant mes souvenirs d’université, mes hauts et mes bas de 1968, avant d’entamer le nœud crucial du passage de la “laurea” et de la difficile entrée dans le monde du travail, octroyée enfin (avril 1972) par le déplacement à Bologne… Puisque je ne cache rien en ce compte-rendu extraordinaire, les premiers six mois de cette années 2021 ont été marqués par une progressive défaillance de la vue se traduisant, paradoxalement, en une activité forcenée : d’un côté j’avais échafaudée l’idée de donner suite aux “lettres à Nemi” en élargissant le nombre de mes destinataires “inconnues” avec qui je rêvais de partager la suite raisonnée de mes souvenirs d’Italie et de France ; de l’autre côté, pour des articles qui verront prochainement le jour, j’ai longuement fouillé sur tout ce qui apparentait, comme il me semblait évident, Jean-Jacques Rousseau, Albert Camus et Pier Paolo Pasolini. Parallèlement, j’ai cherché et trouvé quelques réponses à mon ignorance au sujet des origines du roman moderne au XIXe siècle : tandis qu’en France, qui en est sans doute la patrie, le roman est salué comme facteur essentiel de libération et civilisation, en Italie, celui-ci ne trouve pas le même accueil ni peut-être la même nécessité. J’avais tout prêt pour une confrontation analytique entre les Misérables de Victor Hugo et Les fiancés d’Alessandro Manzoni, quand l’état de la cornée au niveau de deux yeux a empiré en rendant très pénible l’accès à l’écriture.

Le 7 juillet dernier j’ai eu une intervention à l’œil gauche dont je suis en train de constater les bienfaits : les progrès dans la vue me donnent un élan inimaginable avant. Cependant, je demeure prudent pour le résultat final, pas encore accompli, que je me souhaite bien sûr rassurant et positif… Je vous écris donc sous l’emprise d’un sentiment de renaissance, accompagné par la sensation qu’il n’y a plus le temps pour de grands projets… Récemment, j’ai rêvé d’un cheval normand, clair et attachant, qui appartenait à mon voisin du troisième étage. Et pour la première fois de ma vie j’ai découvert le plaisir de l’envie : envie de monter sur un cheval ; envie de la mer de Normandie ; envie de me considérer comme acteur et pas que spectateur de ma via artistique. Et cela me donne une grande émotion, cette idée de me consacrer en premier à la peinture et de pouvoir, par elle, donner finalement un sens “publique” à ces 15 ans parisiens qui viennent de s’accomplir.

Je crois donc qu’il y aura bientôt une forme tout à fait nouvelle de me proposer et éventuellement de réfléchir à voix haute sur les questions au fur et à mesure soulevées. Pourtant je vous lègue, ci-dessous, comme hommage au passé contradictoire où la nostalgie du pays du père avait encore un rôle majeur dans mon esprit foncièrement pathétique, ma première lettre à Madame O*.

Très chère O*, le thème de deux maisons (et immeubles) situés à l’Alpha e à l’Oméga de ma vie, se déroulant toujours dans une ville et jamais à la campagne, n’est pas trop loin de l’autre thème ayant pour sujet, très actuel, celui de l’immobilité. Cependant, la relation évidente entre ces deux pistes narratives met en valeur le manque de souffle de mes promenades, n’ayant sous les pieds que des dalles de pierre, de l’asphalte et du ciment au lieu de la terre et des cailloux. Mes couloirs ont été à jamais renfermés par des façades, des fenêtres anonymes, des vitrines et des voitures de toutes tailles formes et couleurs, toujours en mouvement. Si j’avais vécu à la campagne ou alors à la montagne auprès d’une rivière, comme Jean-Jacques Rousseau, j’aurais marché au milieu des arbres et des buissons avec le plaisir de cogner de mes pieds contre des animaux grands ou petits, ou alors de voir les nuages de mes rêves déchirés par les gribouillis invisibles que dessinent des essaims d’oiseaux, invisibles aussi. Cela m’aurait appris des choses que je connais à peine ou ignore tout à fait, n’ayant pas eu l’esprit tenace d’un flâneur d’illustrations scientifiques de cette fabuleuse Nature que j’aime et je crains à la fois comme une immense Inconnue. 

D’ailleurs, ces deux thèmes (1_la confrontation du pays d’origine face à celui d’élection ; 2_l’immobilité) ne seraient pas vraiment intéressants, pour moi et pour quelqu’un qui le suive dans un récit ou dans une fiction, s’il n’y avait pas, là-dedans, une question primordiale que je n’arrive pas à mettre aisément de côté : l’importance vitale, dont je te parlais, de l’accueil et de la solidarité dont chaque être humain a toujours besoin pour vivre, rêver et envisager des œuvres qui demeurent. Ces trois suggestions narratives se croisent et se mêlent sans cesse dans mon vécu, aboutissant sur une grande place vide où je me rends régulièrement soit pour donner libre cours à mon dialogue intérieur soit pour me libérer de mes angoisses ayant parfois l’apparence et la lourdeur de fixations aiguës. Il s’agit d’une place accoudée sur la mer, ressemblant un peu à la piazza dell’Unità de Trieste. Un endroit lumineux, balayé par un vent brusque et violent, comme justement il arrive à Trieste, où ce vent est appelé “la bora”. Pour ne pas tomber à terre, ou rouler comme un ballon de paille jusqu’à l’austère embarcadère à pic sur l’eau, je m’accroche à l’un des réverbères en fonte qui sont là depuis deux ou trois siècles, auxquels sans doute Italo Svevo et James Joyce se sont jadis eux aussi accrochés, lors de leurs promenades dangereuses au bord de la psychanalyse : là je me tracasse la tête à la recherche d’une explication : « D’où jaillit en moi cette obsédante soif d’un ailleurs ? » Il ne s’agit pas d’un ailleurs qu’on puisse imaginer de voir au-delà de l’horizon bleu surmontant les toits de cette ville en fin de compte irréelle. Ce n’est pas non plus un endroit fabuleux au-delà des collines, juste après cette frontière invisible séparant des gens qui se connaissent et se parlent dans une langue commune…

Quitté le vent de Trieste, je me découvre assis dans une autre place italienne, vide de gens. Je suis en train de rentrer à Rome et j’ai choisi Sienne pour une étape intermédiaire : je l’ai choisie justement parce qu’elle se déroule autour de cette place en pente irrégulière tout comme la coquille d’une limace autour de son ventre molle. Je me laisse bercer par l’atmosphère douillette et les voix connues de cette piazza del Campo et j’y vois toute l’Italie rouler autour de moi comme un manège : tout en ressentant la précarité de cette halte lumineuse et les menaces du temps que tout abîme ou détruit, je perçois dans ce long travelling de murs, de portes, de colonnes et de rambardes en fer forgé, que ma fantaisie y a catapultés, un sentiment partagé d’éternité et d’attachement à l’histoire ainsi qu’à la culture qu’immortalisent ces palais et ces églises — ô combien fragiles ! ô combien solides ! — Le provisoire du voyage me rend précaire et anxieux, cependant je ne saisis pas encore ce sentiment affreux d’avoir subi l’abandon qui me pousserait à chercher ailleurs mon bonheur et mon équilibre.

Ce fut à Rome — dans mes trajets presque immobiles en voiture ou dans les transports communs —, que cette envie de fuir se déclencha de façon irrémédiable. Une envie que je ne veux pas trop analyser, maintenant, tant d’années après. Cela sortira naturellement des souvenirs de ma dernière Italie ainsi que des souvenirs de ma première France. Jusqu’au tournant où deviendront très importants aussi (surtout) mes souvenirs d’enfance (donc de ma première Italie) destinés à renouer une chaleureuse correspondance avec mes ressentis de vieillesse. Comme tu le sais déjà (et tu le verras expliqué davantage), mon amour pour la France a été de longue date et peut-être n’aurait-il pas abouti au déménagement de Rome à Paris s’il n’y avait pas eu l’amour de loin pour cet ectoplasme nommé Bordeaux, et bien sûr s’il n’y avait pas eu Hortense Lamy, une professeure unique au monde que je considère comme ma maîtresse de vie, m’ayant transmis de façon indélébile l’essence d’une culture et d’une langue que depuis je n’ai plus considéré comme étrangère. Mon ailleurs préféré et sans doute unique se situe donc en France, où je trouve toujours des personnes, comme toi, où je reconnais, de loin, des repères indispensables, des havres de dialogue et de compréhension réciproque avec la certitude d’être chez moi. Avec toi, je vais entamer, si tu es d’accord, une longue promenade (qui pourrait s’étendre pour quelques mois, même au-delà de la souhaitée “mort du virus” et du retour à la vie normale), dont la première partie, jamais racontée à personne de façon systématique, sera titrée “La véritable histoire de la foule de Bordeaux”. Si tout va bien la deuxième partie racontera “L’installation à Paris” (récit de mes premières années avec Gabriella et Paolo, où se situe notre première rencontre); la troisième “Les épreuves” (connaissance de Paris à travers les cabinets médicaux, les pharmacies et les hôpitaux, mais aussi à travers les performances de Gabriella et mes rencontres avec les poètes, les écrivains et les artistes français, dont une certaine Isabelle Tournoud) ; et la quatrième “Paris s’en sortira” (où je parlerai évidemment des cinq dernières années: à partir de la tuerie de Charlie Hebdo jusqu’à l’enfermement du Covid, en passant par l’incendie de Notre Dame)…

Giovanni Merloni

Destinataire inconnue – Tranches de survie n° 1

06 mercredi Jan 2021

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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« Je vous souhaite de respecter les différences des autres,
parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement,
à l’indifférence
et aux vertus négatives de notre époque… »
Jacques Brel

Désormais à chaque nuit elle s’installe durablement dans mon esprit impuissant et charmé la peur d’oublier ce que je viens tout d’un coup de comprendre au beau milieu d’un rêve qui sera inexorablement effacé.
Il y a toujours un interlocuteur, voire un destinataire qui partage tout ce qui se révèle au fur et à mesure de mon voyage dans l’inconscient. Je sais toujours qu’il ne me dira rien de ce que juste à côté de moi il a vu ou saisi.
Et pourtant, puisqu’il connaît l’enjeu du mystère, je lui confie la tâche de m’attendre là, au pas de la porte : cette ombre déguisée en être humain m’aidera sans doute dans la pénible reconstruction de mon étincelante vérité ou alors de la trame brinquebalante de mes rêves irréductibles.
Cette nuit je me suis sans doute reproché d’avoir suivi passivement l’avalanche de l’auto représentation réciproque, que les réseaux sociaux ont imposée encore une fois lors de cette fin d’année, envoyant d’abord à des bienveillantes personnes de famille, ensuite à des interlocuteurs plus sensibles — et prêts de but en blanc à se voir heurtés par mon étalage d’innocentes images du quotidien — des photos sans histoire et pourtant hantées par la lourdeur de l’existence.
Au contraire, pour chaque portrait il faudrait se préparer en avance, ou alors avoir l’assurance innée et absolue octroyant la possibilité, comme on dit, de briser l’écran, que seuls les grands acteurs ou les grands impunis savent entretenir en eux mêmes.
Il faut d’ailleurs que de l’autre côté de la caméra il y ait quelqu’un qui maîtrise l’art de capter notre expression la plus sincère. Si par exemple c’est Win Wenders qui nous guette et emprunte habilement les traits de notre esprit éloigné ou absent, absorbé en pensées définitives ou alors égarées par l’absence d’une réflexion quelconque, cela ne change rien si l’image sera mouvante ou floue, exagérément effondrée dans le clair-obscur de couleurs chatoyantes ou brutales…

Chères A* E* I* O* et U*,
Neuf mois pile après ma dernière publication, j’entame avec vous un compte-rendu en forme de lettre que d’autres “exposés” similaires suivront, ayant au fur et à mesure l’une de vous pour destinataire : j’attends de vous la même indulgence que j’aime en chacune de vous, la même attention distraite qui, seule, peut me donner la force de développer dorénavant une aventure pareille.
« De quoi s’agit-il ? » me demandez vous, interloquées. « Pourquoi cesses-toi si abruptement de nous tutoyer ? »
Il s’agit de briser une épaisse chape de silence endurci, ayant assumé, avec le temps, le même caractère d’hautaine impénétrabilité d’un Palais des Papes aux immenses salles vides, où, depuis quelques temps — en dehors de quelques ouvriers chargés des contrôles des systèmes de sécurité —, personne n’a le droit de se promener.
Mon récit des mois qui viennent de s’écouler sera forcément fragmentaire et incomplet : d’abord parce qu’on ne peut tout dire ni tout expliquer ; ensuite parce que je partage le silence de cristal de cet interminable enfermement avec une grande partie sinon la totalité de mes correspondants, et cela a donné vie à une société souterraine bin orgueilleuse de ses secrets ; parce qu’enfin ce n’est pas correct de se plaindre, au moins jusqu’à ce qu’on aura la chance de cette survie qui demeure tout compte fait la chose la plus importante.
Voilà, mes chères amies, l’entre-deux à travers lequel je vais regarder ces longues journées de trépidation et de solitude passées et futures : un miroir d’Alice que mon isolement personnel et familial n’a cessé de traverser, engendrant des habitudes, de petites vices, des nostalgies et des rêves.
Et voilà aussi l’une des raisons qui me poussent à m’adresser à vous cinq : trois de vous mes compatriotes, deux de vous aimant vivement l’Italie ! Il se trouve, en effet, qu’au-delà des carreaux de ma fenêtre le boulevard parisien se laisse volontiers remplacer par les montagnes et la mer qui nous divisent gentiment et sans secousses de cet autre pays d’Europe touché dès le début de la pandémie par une effrayante concentration de deuils et de menaces ayant l’air de le regarder de façon exclusive.
Grâce à la gratuité de “Free” et de “Wathsapp” (une gratuité que ce dernier va bientôt retirer), mon rapport à l’Italie s’est beaucoup modifié par rapport aux années précédentes : à côté des appels téléphoniques, la correspondance par mail est devenue ma compagne presque quotidienne.
Si d’un côté je vivais isolé dans un Paris transfiguré qui me devenait pourtant encore plus cher, les mille ponts virtuels, vocaux ou télépathiques que j’entretenais avec mes familles originaires m’obligeaient à mettre provisoirement de côté mon français d’élection et reprendre de la plus belle ma langue maternelle.
Avec mes correspondants — de Turin, Milan, Bologne, Gênes, Perugia, Rome et Naples — j’ai été amené à exploiter surtout ce thème commun de la pandémie ou alors celui de l’Europe pendant et après la crise sanitaire : « Est-ce que l’Europe va nous rapprocher ? Sera-t-elle en mesure de mettre davantage en valeur l’immense patrimoine artistique que chaque pays produit ? Quel rôle auront les différentes langues et cultures littéraires ? »
Pour l’Italie, les trois circonstances combinées de la pandémie, du Brexit et de la chute de Trump vont peut-être changer la donne. D’ailleurs, l’enivrement mythologique et technologique du modèle anglo-américain a désormais atteint le sommet : ça ira se relativiser dans la perspective de la renaissance, en Europe, d’un nouvel élan socio-économique et culturel à l’enseigne de l’égalité.
Cependant, on se demande combien d’années, voire de siècles, faudra-t-il attendre avant qu’effectivement la culture européenne circule pleinement et en profondeur, selon le principe des vases communicants, en passant d’un pays à l’autre et d’une langue à l’autre.
À côté de l’optimisme de la volonté fédérative il faut reconnaître une dignité au pessimisme de la raison lorsqu’on constate que ce principe de vases communicants n’est pas trop suivi dans les échanges culturels entre France et Italie.
Un symbole de cela est sans doute représenté par le fameux Palatino, le train de nuit qui reliait pendant des décennies Rome avec Paris : ce train qui fut  l’incontournable protagoniste de “La modification” de Michel Butor a été aboli.
En critiquant cette décision, due probablement à un malentendu diplomatique, on s’interroge aussi sur les raisons ayant empêché jusqu’ici la constitution d’échanges culturels effectifs, systématiques et non seulement formels entre mes deux pays.
Historiquement, on peut dire que la France a vécu jusqu’au bout soit le pouvoir écrasant des Rois soit le pouvoir bruyant de la Révolution ; tandis qu’en Italie, depuis la nuit des siècles, en plus de la sempiternelle présence des papes, il y a toujours été une constellation de pouvoirs en lutte les uns avec les autres.
Cette différence structurelle — géographique et historique — produit forcément deux cultures différemment structurées, au sujet d’abord de la langue et du patrimoine, ensuite des contenus et des formes littéraires et artistiques qui se sont au fur et à mesure imposées.
Si en France l’on constate une certaine rigidité et intransigeance dans le but de défendre coûte que coûte la langue nationale, en Italie on a toujours reconnu l’importance des dialectes, considérés eux-mêmes comme de véritables langues. Il suffit de rappeler le théâtre de Carlo Goldoni (1707-1793) en langue vénitienne, le théâtre génois de Gilberto Govi (1885-1966) et celui d’Eduardo De Filippo (1900-1984) en langue napolitaine qui n’enlèvent rien aux pôles culturels de Turin, de Milan, de Bologne, de Rome e de Sicile, eux aussi marqués par une reconnaissance des respectifs dialectes.
Cette richesse a toujours été l’expression de l’extrême variété géo politique qui caractérisa mon pays jusqu’à l’unité nationale, accomplie il y a 150 ans, très récemment, tandis que l’unité de la France peut vanter au moins dix siècles… il faut d’ailleurs considérer qu’en ce temps si limité la nation italienne a subi avec les deux guerres et le fascisme un lourd ralentissement dans son évolution économique, sociale et culturelle que les années après la Libération de 1945 n’ont pas su récupérer de façon satisfaisante.
Dans une de prochaines lettres, je parlerai du rôle de la télévision dans la profonde transformation culturelle de l’Italie, ayant abouti notamment dans un mélange des dialectes qui vont perdre leur identité en échange d’une langue nationale nourrie de contaminations dialectales ainsi que de mots et expressions empruntés à la langue des États Unis.
Je crois en fait que la différente attitude des institutions culturelles de France et d’Italie envers leurs propres langues nationales et dialectes est probablement un facteur majeur de distanciation et d’incompréhension réciproque entre Français et Italiens.

Une petite trace de cette incompréhension « culturelle » peut se découvrir dans la différente conception du “comique” dans la scène théâtrale et cinématographique en chacun des deux pays.
Si on considère par exemple mon enthousiasme, voire ma disposition sincère et bien sur naïve à m’étonner et admirer sans bornes les choses “faites à règle d’art”, en Italie je suis jugé comme un rêveur qui n’a rien compris de la vie, tandis qu’en France je risque de passer pour un type “ridicule” ayant l’ambition de choses que ne lui appartiennent pas.
Récemment, à une brève distance l’un de l’autre, j’ai eu la chance de voir deux films où la figure du “bourgeois gentilhomme” était au centre de l’enjeu narratif.
Cela m’a fait souvenir d’un fameux film, antérieur, où Yves Montand prenait des leçons de théâtre pour accéder au charme insaisissable de Marilyn Monroe : en cette histoire, la maladresse est pathétique chez l’homme riche qui prend sans succès des leçons de souplesse. Et pourtant il réussira dans son but primordial.
Dans les performances du bourgeois gentilhomme, admirablement incarné d’abord par Michel Serrault, ensuite par Fabrice Luchini, on peut bien comprendre, une fois pour toutes, la notion de “ridicule” que le théâtre et la vie de tous le jours en France hérite de la sempiternelle “règle du jeu” régnant à la cour du Roi Soleil et régnante de nos jours auprès des élites de tout genre.
Dans le bourgeois interprété par Michel Serrault (1968) il est évident que le ridicule réside moins dans sa passion impossible pour la marquise Dorimène qu’en son ambition d’être reconnu gentilhomme. Malgré la merveilleuse interprétation que Serrault ajoute au personnage de Molière — une interprétation surréelle et auto-ironique mais fidèle au texte originaire —, son bourgeois gentilhomme cogne contre le mur du pouvoir absolu à l’époque où la Révolution est encore assez lointaine.
Dans l’interprétation de Luchini (2007), on découvre une situation très différente, qu’on pourrait titrer « la véritable histoire du “bourgeois gentilhomme” ». Sauvé de prison (où il languissait à cause de ses dettes) par un richissime bourgeois, le jeune Molière est invité à mettre en scène la pièce que celui-ci avait écrit sans en avoir l’inspiration ni le métier. Se délivrant de l’obligation d’une fidélité absolue au texte du grand dramaturge du XVIIe siècle, le scénario de ce deuxième film ressentit de toute évidence d’un regard contemporain, qui ne peut pas se passer du renversement historique de la société française au lendemain de la Révolution de 1789-1794. Donc, si le bourgeois est ridicule en tout ce qu’il ne connaît pas, la noblesse prodigue et presque ruinée avec laquelle il essaie de s’apparenter est, elle aussi, scandaleuse dans son manque de moelle épinière.
Avec le temps, la conception italienne du comique, assez complexe et diversifiée, a développé, entre autres, un usage de moins en moins supportable de la dérision, lourde et même vulgaire, sous-entendant souvent une admiration servile et absolue envers les gagnants, soient-ils des personnes méritoires ou bien malhonnêtes (de cela je parlerai dans l’une de mes prochaines “lettres ouvertes”).

Sinon, en Italie comme en France, les parois sont toujours étanches qui séparent les “peuples élus” de tous ceux qui restent au-dehors. Et la comédie humaine, dont Molière est l’un des pères les plus illuminés, se traduit partout en cet incroyable gaspillage d’énergies vitales qui consiste en faire “semblant” de croire ou ne pas croire, selon les situations et les convenances, aux “règles du jeu”.

Je vais développer cette réflexion dans les lettres qui vous seront adressées, dans le but d’ajouter des témoignages à un débat que je souhaite positif entre les nations-sœurs d’Europe et, en particulier, entre France et Italie. Avec la conscience d’être en train de surmonter, du moins au niveau personnel, tout sentiment de frustration vis-à-vis de l’incompréhension entre mes deux patries, j’ai décidé alors de reprendre mes publications sur le “portrait inconscient” : le rapport à la langue et à la culture françaises étant pour moi, à jamais, un rapport d’amour d’où personne ne saura me détourner.

Giovanni Merloni

Texte en ITALIEN

Raffaele Merloni, mon fils, a cinquante ans

29 vendredi Nov 2019

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Raffaele Merloni, mio figlio, ha cinquant’anni.

Cette beauté provisoire de la vie

15 vendredi Nov 2019

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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la ronde

Cette beauté provisoire de la vie

Député socialiste lors de la première législature républicaine, mon père se confronta à de nombreuses « épreuves » en mettant dans son mandat autant d’enthousiasme que d’expérience de la loi, notamment du droit administratif. Apprécié vivement par ses collègues ainsi que par les leaders de son parti, il n’eut pourtant pas de chance avec son collège électoral de Grosseto en Toscane, frappé par le succès parallèle du Parti communiste. Donc, il ne fut pas réélu aux élections politiques de 1953. Accompagné pour le reste de sa vie par cette blessure non cicatrisable, il ne cessa pour autant de couver le désir de rentrer un jour proche dans la vie politique active, sa véritable vocation. Cependant, il refusa courageusement tout rôle grégaire dans son parti et repartit à zéro. Ou alors, comme le disait notre regretté Massimo Troisi, il recommença par trois.
Un : il pouvait exercer l’activité professionnelle d’avocat civil. Deux : il avait à son côté une femme exceptionnelle, qui pendant des années, toujours avec le sourire, porta sur ses épaules une partie considérable du poids économique de la nouvelle situation. Trois : tout en ayant une profonde passion pour la musique, alimentée par une longue fréquentation du violoncelle, mon père était un grand photographe ainsi qu’un infatigable chauffeur.


En découvrant ses vieux films enroulés, dont la plupart des images, jugées moins bonnes, n’avaient pas été imprimées, je me suis moi-même engagé dans l’épreuve, difficile sinon impossible, de récupérer, mettre en valeur et garder la mémoire de ce qui a existé et ce serait dommage de perdre.
Mon père avait un talent naturel pour les portraits. Cependant, il ne se jugeait pas immortel : il voyait bien claire devant lui la précarité de toute existence. Voilà pourquoi il se sentait obligé d’exprimer à chaque déclic son immense gratitude à la divinité invisible qui protégeait notre famille. Sinon, il partageait avec ma mère une idée toute spartiate, mais absolue, de la beauté qu’on ne doit pas trahir. Il s’agissait en même temps de la beauté des choses et de la beauté de la vie.
Moi, je pourrais ajouter d’autres évidences que ces épreuves révèlent : non seulement le sentiment commun d’une famille heureuse et pourtant consciente d’être menacée par les brusques allures du monde. J’y vois déjà tracées ou même sculptées les épreuves que chacun de nous devra endurer tout au long de sa vie future.

Après les épreuves que nos parents durent affronter, chacun de nous en a enduré. Suivant des pistes apparemment différentes, se liant à des noms de personnes et de lieux bien éloignés les uns des autres. Et pourtant j’y reconnais un destin commun, une sensibilité tout à fait particulière, où les idiosyncrasies et les mythologies s’entrelacent en un écheveau impossible à démêler. Certes, on était très soudé et nos dates de naissance ne pouvaient être plus proches : ma sœur Barberina est née le 27.2.1944, suivie par moi le 16.10.1945 et par mon frère Francesco le 20.7.1947. Cependant, cette beauté provisoire de la vie que mon père a su immortaliser en quelques déclics — révélant un geste heureux ou la parution soudaine d’un rayon de soleil — fait désormais partie de notre ADN et finalement de notre essence vitale commune.

Giovanni Merloni

S’agit-il d’une Motivation, ou alors avons-nous tous affaire à une Modification ?

18 mardi Juin 2019

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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Gabriella Merloni, Paolo Merloni

Giovanni Merloni, On the road, acrylique sur toile 100 x 81 cm, 2019

S’agit-il d’une Motivation, ou alors avons-nous tous affaire à une Modification ?

Dans l’un de mes textes repères préférés, en faisant régulièrement la navette entre les deux Panthéons de Paris et de Rome, Léon Delmont, un Français très gentil, tout en « vous » adressant son monologue tout à fait adapté au rythme du train ainsi qu’aux déguisements sociaux que la vieille Europe lui imposait incessamment comme des tabous, se préparait à affronter une profonde modification dans sa vie.
Puisqu’il s’agissait d’un (nouveau) roman à l’esprit ouvert et problématique, le lecteur n’était pas, en principe, obligé de lui croire : au-delà de la modification produite par une rupture personnelle et privée plus ou moins définitive, ce voyageur torturé découvrait « dans les choses » l’écroulement, autour de lui, d’un système de certitudes dont la certitude de l’amour ne se révélait qu’une miette. Une prodigieuse clairvoyance, celle de Michel Butor qu’en 1957 saisissait déjà la métamorphose profonde que les humains allaient subir par les mille sirènes d’un progrès soi-disant bénéfique et prometteur ayant au contraire en lui-même les instruments fatals de la désintégration et de la transformation des êtres pensants en robots…
Bien sûr, s’inspirant à la magie d’une idéale proximité, ressemblance et même affinité entre les deux villes de Rome et Paris, ce roman ne se borne pas à proposer au lecteur une vision pour ainsi dire matérialiste de la modification en acte. Il contient une invitation à la spiritualité, religieuse dans le fond, aidant à entrevoir une possible sortie dans la beauté que malgré tout reproduit le rythme du train avec toutes les transitions, même redoutables et affreuses, qui menacent nos existences.
Qu’il se dérobe ou pas, totalement ou partiellement, à cette modification annoncée, Léon renoncera, comme le Baptiste des Enfants du Paradis (1945), à l’amour de sa Garance à lui. Car le voyage n’a finalement pas le don de rapprocher jusqu’au bout, comme le peut la rêverie d’un instant, deux réalités lointaines et tout compte fait non assimilables. Le voyageur finira par soumettre ses glorieuses rêveries au rythme d’un train qui ne va nulle part. Ou alors il se déplacera à l’infini d’un pôle à l’autre de son univers, tout en sachant que ses déplacements ne changeront rien à son existence piégée ni à son destin escompté… Parce que la véritable modification n’est pas le résultat d’un acte libre ni d’un geste fou. Elle se produit invisiblement et durablement en chacun de nous comme une drogue nous ouvrant des paradis qui ne le sont pas.

video della « motivation » ::

« La motivation » (2009) avec Paolo Merloni.
Réalisation : Gabriella Merloni

Je viens de citer ce livre de Michel Butor qui m’avait profondément touché au temps de ma première installation à Paris — période caractérisée alors par plusieurs allers-retours de Paris à Rome sur le même Palatino dont se servait Léon Delmont — parce qu’en retrouvant une vidéo réalisée en 2009 par ma fille Gabriella au sujet de « La motivation », ayant pour unique acteur mon fils Paolo, la répétition obsessionnelle de ce titre emblématique m’a brusquement invité à réfléchir.
D’abord, je me suis interrogé sur le rôle qu’une sincère motivation assume en chacune de nos actions délibérées.
Ensuite, je me suis trouvé en forte difficulté devant une question plus philosophique : existe-t-il un rapport entre la motivation requise pour n’importe quelle candidature d’emploi et la motivation réelle des entreprises publiques et privées ?
Enfin, une hypothèse a jailli tout à fait spontanément. Puisqu’on vit désormais plongé dans un monde changé ou, pour mieux dire, intimement modifié, est-ce qu’entre-temps, sous nos regards impuissants et forcément distraits, une modification s’est produite dans le mécanisme vertueux de la motivation ?

Giovanni Merloni

À qui, en quelle langue, raconterais-je mes abruptes déchirures et mes joies inconsolables ?

21 mardi Mai 2019

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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Giovanni Merloni, Vivre une idylle, acrylique sur toila 61 x 46 cm, 2019

À qui, en quelle langue, raconterais-je mes abruptes déchirures et mes joies inconsolables ?

On ne parle que de la grande consolatrice…

Mais il y a aussi une petite consolatrice dont je ne pourrais pas me passer, c’est-à-dire la littérature sous forme d’écriture à un autre où nous recherchons et toujours retrouvons nous-mêmes. En écrivant à cet être, connu ou inconnu, nous nous délestons de nos peines quotidiennes d’où vont inévitablement jaillir nos questions inavouables et intimes.
D’ailleurs, ce dialogue profond ne subissant pas les impatiences et les lassitudes typiques des colloques entre les humains est forcément hanté par la pensée de la mort comme contrebas constant de la vie, donc par l’attrait intermittent du passé qu’amènent la transfiguration du présent et l’évocation des rêves ou des cauchemars.

Des mannequins en vitrine boulevard Sébastopol, Paris

Dans mon désir de m’installer en France il y avait sans doute le charme irrésistible de l’ailleurs (« L’herbe du voisin est toujours plus verte »), mais aussi l’envie de revenir au rêve résistant et vif, déclenché bien avant du lycée par les rêveries de ma mère et de mes merveilleuses maîtresses de français : un rêve qu’ensuite alimentèrent les romans, les films et les chansons françaises où tout d’un coup, par-delà les décors que j’avais frôlé le nez en l’air lors de voyages aussi passionnants qu’interrompus, j’ai vu se cristalliser, comme dans une séquelle de films reconstitués par cœur, l’image d’un monde bien réel que je découvrais d’emblée familier.
Il s’agissait d’un univers urbain, homogène et disparate à la fois, qui se laissait connaître jusque dans les endroits les plus reculés où chaque vue d’intérieur paraissait merveilleuse et désirable dans la langue qui le racontait et même dans le silence abrupt où la vie de tous les jours montait à la surface toute seule.
Cette rêverie a laissé assez tôt la place à une véritable nostalgie de ce monde parallèle dont la vie se déroulait au-delà d’un miroir complice, tandis que cette nostalgie, elle, ressemblait au désir de retourner à l’enfance heureuse de mes premiers neuf ans, brisés irréversiblement par un banal changement de quartier.
Un beau jour, cette nostalgie-là et ce désir-ci ont fusionné dans une seule envie : être accueilli dans une maison appartenant à cet autre monde parallèle de Paris.
Et dans cette envie, il y avait la certitude que cette maison se révélerait fort ressemblante à celle de mon enfance.
Mon désir de retrouver le monde de Balzac ou Prévert et Truffaut a échoué heureusement sur l’amour des Français pour leur passé qui résiste dans l’image de la ville aux décors « institutionnels » et dans le soin extraordinaire qu’ils consacrent aux moindres traces et témoignages, se révélant tout d’un coup familiers pour moi.
En Italie, au contraire, je vois s’imposer de plus en plus le désir de tout effacer ou alors de stocker négligemment ce qui survit à la barbarie dans les caves d’un musée abandonné.

Des mannequins en vitrine boulevard Sébastopol, Paris

Ayant finalement ciblé la raison commune de mon transfert en France et de ma primordiale exigence d’expression, je pourrais désormais tourner la page et m’affranchir de la merveilleuse illusion envahissant mon esprit.
Cependant, un dialogue — ayant pour thème l’indispensable résistance, surtout esthétique, à la barbarie — s’est installé désormais, en moi, entre mes deux maisons et patries. Je reconnais que cela est bien singulier, mais elle est pour moi d’importance vitale cette recherche désespérée de survie animant les choses que nos ancêtres nous ont confiées.
Je ne peux pas raconter à l’Italie la France que je vis et apprends au jour le jour. Je risquerais de rédiger un guide assez maladroit et incomplet tout en percevant de l’incompréhension et de l’envie autour de moi.
Ce sera alors la France, non l’Italie, l’interlocutrice attentive ou distraite du récit parfois méticuleux de mes abruptes déchirures et de mes joies inconsolables.

Giovanni Merloni

« Le mariage de mes parents »

08 mercredi Mai 2019

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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Paolo Merloni, « Le mariage de mes parents », acrylique sur toile, 2001

« Le mariage de mes parents »

Dans une année 1969 commencée avec le même esprit dictant à Serge Gainsbourg, au-delà des Alpes, une chansonnette débridée et irrévérencieuse, je tombai, il y a cinquante ans pile, dans le piège maladroit et trompeur de l’utopie, embouchant, avec une cohue de confrères emportés par le même optimisme dangereux que moi, la voie de la paternité précoce.
Plutôt que se dérouler à l’enseigne de la liberté et de l’expérience (encore séparées, hélas, par la faible cloison d’un sentiment de culpabilité « non-catholique » profondément enraciné), cette année s’échoua pour moi dans la course folle d’Achille poursuivant une tortue ô combien difficile à rattraper !
Ce fut une année mémorable, dont je ne me souviens pourtant que de scènes courtes, amenant alternativement des rayons de soleil ou des foudres menaçantes… jusqu’à cet embarrassant poisson d’avril que mon frère m’apporta dans ce coin du bar d’en bas où j’avais pris l’habitude de me rendre, de temps en temps (avec un cher ami cette fois-là) pour jouer du flipper. Oui, le jour où j’appris que je serais père je m’acharnais nonchalamment sur ce truc diabolique, happé par le triste mirage d’une boule blanche pour recommencer !
Quelqu’un m’aura dit, ce jour-là, que j’avais fait « tilt » et dorénavant ma vie se précipiterait dans un changement obligé ressemblant moins à une catharsis héroïque qu’à un bagne. Mais la chose la plus difficile ce fut de parler à ma mère.

Toujours est-il que j’affrontai les joies conjugales avec l’élan d’un pionnier, réussissant en un seul mois à tout apprêter pour ce « mariage de mes parents » qui se déroula le 8 mai 1969. Un événement que mon fils Paolo, plus tard, immortalisa dans le tableau ci-dessus, successivement acheté par ma seconde épouse.

Ce fut sans doute l’amour qui nous amena le 29 novembre de cette année cruciale, presque deux ans pile après la disparition précoce de mon père adoré, son petit-fils homonyme, Raffaele, le premier de sept entre frères et cousins. Et, certes, dans cette époque lointaine et désormais révolue, il y avait autour de moi un univers d’hommes et de femmes de tous les âges avec qui j’entretenais des rapports exclusifs et profonds. Une longue passerelle de visages, de voix et de gestes typiques, pour la plupart disparus, auxquels je ne pouvais m’empêcher de faire recours comme à autant de sources inépuisables. Que reste-t-il, maintenant, d’un tel miracle de l’amour réciproque ? De l’amitié la plus sincère ? Il ne reste, je crois, que le désir impossible de revenir en arrière…

Giovanni Merloni

La Beauté n’appartient à personne, voilà pourquoi on ne peut pas la partager ni la vivre jusqu’au bout

03 vendredi Mai 2019

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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Réflexions


Les inconnues de ma vie

Il y a toujours eu des inconnues dans ma vie : une incertitude mathématique ou géométrique ; une femme au téléphone au-delà d’une vitre ; une autre femme parlant à une autre femme, fusionnant entre-temps (sans le savoir) avec moi.
Ou alors il s’agissait de la vie même qui me fascinait. Elle était la bienvenue, surtout si inconnue.
Cependant, petit à petit le cordon s’use qui nous arrimait si tenacement à cette autre vie faite de gloires inconnues, de joies inconnues, de paix inconnues. Pour tous les inconnus le moment « H » arrive du fatal rendez-vous. Et si cela est raté, on se découvre séparés à jamais, coupés en deux, seuls et multipliés…
G.M.

Comme un ours en été…

01 lundi Avr 2019

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits

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Giovanni Merloni, La précieuse, 2019

Comme un ours en été…

Tout à fait innocemment, sans avoir envie de me blesser, voire de casser mon équilibre, quelqu’un m’avait persuadé que cela ne marchait pas. Quelqu’un que j’avais moi-même sollicité, bien sûr.

Quand on a affaire à un jugement ayant en lui-même quelques lueurs de vérité, cela peut déclencher en nous une foudre ou alors une bombe à retardement, destinée à exploser rien que deux ou trois jours après cette espèce d’euphorie de la vérité qui nous avait provisoirement rendus insouciants et courageux.

Cela est relativement important si notre château de sable, qu’un seul souffle de vent a anéanti, avait été auparavant construit et embelli avec la patience et l’amour d’une vie entière… Ce qui compte c’est découvrir, amèrement, qu’il s’agissait d’un abri inadéquat : accueillant pour nos personnages et nos rêves les plus hardis ; très inconfortable pour les exigences et les impatiences de ses visiteurs. Ou alors s’agissait-il d’un personnage, fort ressemblant à nous-mêmes, auquel on avait de but en blanc enlevé le permis de séjour, l’obligeant à traîner dans la menace d’être renvoyé là où personne n’en voulait plus de lui…

Il m’est arrivé plusieurs fois de ma vie d’avoir cette furie, ce besoin spasmodique de savoir…
En mars 1985, j’étais avec mon frère et ma sœur au rez-de-chaussée du Policlinico, un grand hôpital structuré par pavillons, moderne pour son époque, situé en face de la cité universitaire sur viale Regina Margherita, un boulevard assez austère qui mène au cimetière monumental du Verano. Ma mère ne sortait pas du bloc opératoire et l’on nous avait dit que le professeur paraîtrait de l’un de deux ascenseurs de l’entrée. Je n’oublierai jamais la tension de cette attente et ma ténacité désespérée d’être là, à la rencontre de la vérité. Pour une étrange coïncidence, le nom du chirurgien illustre était Piaz… tandis que Pia c’était le prénom de ma mère. Un prénom que mes aventureux grands-parents Agata et Alfredo avaient emprunté à la fameuse Porta Pia de la brèche, ma mère étant née à Naples en juin 1913 et n’ayant que quatre mois quand on la porta à Rome avec Maria, sa sœur aînée, comme prévu…
Cependant, le docteur Piaz ne pouvait rien faire de plus. Après une intervention de quelques heures, ma mère pouvait vivre encore quelques mois, mais elle était condamnée. C’était le même mot insupportable qui avait emporté mon père, s’associant encore une fois à un autre mot inexorable. Je me souviens bien d’avoir adressé la parole au chirurgien tandis que mes frères s’approchaient aussi… Et cette réponse, débitée de façon brusque sinon carrément brutale, agit immédiatement sur nos visages, jusque-là colorés de cet infime espoir auquel on essaie de s’accrocher… celui d’être arrivés à temps pour la sauver. À l’unisson, en un seul instant, nous fûmes contraints à regarder la mort dans les yeux. Nous sortîmes dehors, à la recherche d’un banc où nous asseoir…

On ne se sépare jamais de son propre père ni de sa propre mère. Ils sont toujours là, nos juges bienveillants, nos tendres interlocuteurs qui se laissent reprocher pour de petites interdictions ou d’imperceptibles manques de confiance en nous. Cependant, comme on dit, tout venait du cœur, tout était fait pour le bien, avec l’esprit d’un partage profond qui jamais ne se décollait du respect de la diversité et l’unicité de chacun de nous trois. Toujours est-il que je me suis vivement battu pour emboucher et poursuivre ma route à moi, même contre ce que mes parents auraient voulu… tout en leur obéissant, tout en leur donnant la dernière parole.
Et voilà que cette route est constellée de petites gloires ainsi que de grandes renonciations, d’enthousiasmes et de grandes incertitudes. Il s’agit d’un parcours de guerre où je ne me suis guère épargné, m’adonnant sans trop me protéger à une confrontation continue et acharnée avec d’autres gens de tous les âges, sexes et conditions au bout de laquelle je suis sans doute la conséquence d’une séquelle infinie d’influences subies ainsi que de réactions à tout ce que j’ai moi-même, plus ou moins inconsciemment, voulu transmettre.
Quitte à me voir de temps en temps forcé à prendre le temps de me lécher les blessures loin de tout radar, la vie, heureusement, a été assez clémente avec moi, en me faisant cadeau d’une insoupçonnée capacité de renaître, de tourner la page et de partir enfin vers de nouveaux horizons.

Sans me soucier de voir jusqu’où mon amour était partagé, je m’étais immergé dans une étrange liaison, assez unilatérale, avec la ville de Bordeaux, entamée un jour d’été de 1991 quand j’entendis pour la première fois en magnifier les beautés et peut-être terminée le jour où la voix de Stendhal m’est arrivée comme celle d’une mère m’octroyant doucement une possible voie de fuite. Je trouverai cette phrase lumineuse et l’ajouterai sans doute ici : l’un de mes écrivains préférés m’expliquait finalement que cette ville profite depuis longtemps d’un statut spécial par rapport aux autres villes de la France et y demeure accrochée telle une belle femme indifférente ayant trouvé la formule pour ne pas souffrir.
Je n’ai cessé pour autant de travailler à mon livre, à m’acharner pour que ma langue française devienne une langue audible et bien sûr une langue capable de se faire entendre, m’ouvrant les portes de cette ingrate bien aimée.
Et je ne suis pas sûr que mon roman est malade, affecté par une forme de « cancer » des livres avec le soupçon redoutable d’une « métastase » en cours.
Je suis convaincu du contraire : il est bien vivant mon grand livre ouvert. Il a juste besoin de se promener un peu sous le ciel du printemps pour retrouver ses forces et redonner envie à ses personnages de se battre…

Voilà mes amis que je vous ai raconté ce qui s’est passé pendant une assez longue période d’hibernation. Maintenant, accoudé au balcon de mon boulevard tout à coup printanier, je me découvre une étrange envie de danser, de monter sur une trottinette pour découvrir le « réseau » des deux roues parisiennes. Après des mois de léthargie profonde, je cesse d’être une taupe et me découvre joyeux comme un ours en été…

Giovanni Merloni

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