le portrait inconscient

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Vases communicants

De la confection à la dégustation (vases communicants août 2013)

01 dimanche Sep 2013

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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vases communicants

Le billet que je propose aujourd’hui a été déjà publié le 2 août 2013 par Dominique Hasselmann dans Le Tourne à gauche, un des blog les plus suivis dans la communauté francophone de Twitter. Voilà ce qu’il avait écrit :
 Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir d’accueillir ici l’ami Giovanni Merloni, tandis qu’il me reçoit sur son blog le portrait inconscient.
Je vais profiter aussi de ce « remake » pour citer Quelques pensées sur le futur de l’édition numérique littéraire, un article publié vendredi dernier par Philippe Algrain sur son Atelier de bricolage littéraire. Cette contribution m’a beaucoup intéressé, surtout là où Philippe Algrain souligne « l’intrication entre les pratiques d’écriture et de lecture au sein de communautés d’auteurs-lecteurs. Ces communautés développent des pratiques sociales (comme les vases communicants) qui instituent les aucteurs comme pairs. Plus généralement, à travers la recommandation et les commentaires, un continuum d’activités de lecture, de recommandation et d’écriture se développe, activités qui « font société » dans un sens très différent des sociétés d’auteurs. La pratique littéraire dans une communauté de ce type entretient et nourrit l’acte d’écrire. »
Le propos des Vases communicants est dû à l’initiative lancée par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis). 
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte_Célérier, une autre blogueuse.

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De la confection à la dégustation

Un va-et-vient continu de gens, devant cet ASsAggiO , qui essaie d’attirer mon attention avec une enseigne dadaïste qui ne se soucie pas de l’irrégularité des tailles des lettres formant son nom et son esprit fondateur, et au contraire semble sérieusement décidée à contraindre les passants affairés et distraits pour qu’ils s’interrogent. Mais, qu’est-ce qu’on veut signifier par le mot ASsAggiO ?
D’ailleurs, parmi les Parisiens pressés, anxieux de se rendre au plus vite au BHV, quelqu’un s’aperçoit d’une autre particularité graphique, d’un autre signal inattendu. Est-ce qu’il y a un lien entre cet ASsAggiO et cette inscription apparemment décimée par l’agression du temps ? Que veulent-ils dire avec E UZO ?
Bien sûr, ASsAggiO est un mot italien, peu connu ailleurs, qui à mon avis évoque moins le coraggio (le courage) que l’ingranaggio (l’engrenage). Ou alors derrière cet ASsAggiO y a-t-il peut-être la promesse d’un confortable MaSsAggiO (massage) ? Je ne crois pas que la fantaisie puisse arriver jusque là.
J’ai l’impression que cet ASsAggiO-ci est en effet un mot clé, soigneusement choisi pour mettre en valeur une des caractéristiques les plus typiques des Italiens : ils n’aiment pas seulement chanter, comme les cigales, selon ce que disait Ennio Flaiano ; ils aiment aussi toucher à tout, comme les papillons, se réjouissant de la plus grande variété de saveurs.
Italien atypique, j’ai toujours préféré la médiocrité dorée à l’excellence, la quantité assurée au lieu de la qualité rare. Heureusement, dans le mot italien assaggio on peut retrouver deux mots qu’y sont sans doute encastrés: assai (beaucoup) et saggio (essai et aussi sage). On pourrait dire : « Toute personne sage ne peut pas négliger la possibilité de déguster des bons plats en grandes quantités. » Je me suis enfin convaincu que celui-ci est l’esprit primordial de cet endroit, inspiré sans doute par la générosité. N’étant pas puissant comme Jésus à Canaan, on multiplie quand même les saveurs à goûter (au lieu des pains et des poissons).
J’ai à présent l’impulsion presque violente d’entrer et déguster des échantillons d’Italie. Mais, le local est encore fermé. J’appelle alors au téléphone Tintoretto, un ami de Venise, qui travaille dans un bar (et peint pendant ses heures creuses). Tintoretto rit bruyamment dans mon oreille: n’as-tu jamais entendu parler des assaggini ? C’est devenu une habitude, désormais, dans beaucoup de restaurants et pizzerias, à Rome comme à Milan, de proposer des petits morceaux, voire des échantillons de petites bonnes choses à manger venant d’une tradition pauvre, auparavant fabriqués dans la rue, un peu comme les crêpes françaises ou les tortillas espagnoles : pizza à la coupe, supplì de riz, olives farcies, pâtes au four refroidies et coupées en petits morceaux…
Cet étalage excessif de noms de bonnes choses à manger, que je ne connais pas trop bien, n’ayant jamais vu Naples (la patrie du supplì) ni Gênes (où j’aurais pu goûter les focaccine), ni Cesena (où j’aurais pu goûter la piadina), ont provoqué en moi une réaction d’agacement et de gêne inversement proportionnelle à la possibilité d’en bénéficier concrètement. J’en ai eu honte et mon ami lointain s’en est aperçu. Il m’a tout de suite rassuré, en disant que mon égarement était tout à fait compréhensible. Il a ajouté qu’il est très difficile de traduire, jusqu’au bout, des traditions enracinées comme celles-ci, ainsi que le mot assaggio avec son diminutif assaggino…

Impatient d’entrer dans le local, qui n’ouvrira qu’à 11 h 30, j’observe plus attentivement la Babel de mots que j’ai devant moi. Car si au rez-de-chaussée cet AssAggiO est même un peu sophistiqué, on dirait qu’au premier étage des lettres ont disparu. Surtout ce nom UZO m’inquiète. Y a-t-il un lien entre les deux mots, font-ils partie du même casse-tête ? On dirait que cette façade est une page à décrypter, un sage-essai en elle-même, voire l’avant-goût d’un objet mystérieux dont on ne sait pas s’il est déjà là, ou au contraire, s’il doit encore arriver.
Je scrutais très attentivement la scène que cette photo immortalise, lorsque j’ai vu un homme grand et maigre sortir de la porte de gauche. Visiblement ravi, il endossait un imperméable à l’air assez lourd en pleine canicule. Mais, que fait-il ? Il resta quelques minutes debout, immobile devant la vitrine, avant de se faufiler hâtivement dans le local au rez-de-chaussée encore sombre. Une demi-heure après, il sortit dans la rue, très agité, suivi du propriétaire du petit restaurant. Il avait une tache rouge sur le devant de l’imperméable. Ce n’était pas du sang, heureusement, rien que de la sauce assombrie par le basilic pulvérisé de la pizza. L’homme anachronique, indifférent par principe au chaud, mais très gêné par la tâche de tomates et d’huile, rentra comme une furie par la petite porte à gauche. Je le suivis, tandis qu’il montait dans l’escalier caché derrière la façade transparente, et d’instinct je le nommai Monsieur UZO. Enlevant la tête, me protégeant les yeux pour ne pas devenir aveugle, je m’aperçus que cette inscription UZO n’était pas la réclame de la glorieuse boisson très célèbre en Grèce. UZO correspondait en fait au nom d’un primé atelier de couture, spécialisée dans la fabrication d’imperméables.
Donc, ce Monsieur UZO à moi ne pouvait pas être, bien évidemment le même UZO qui fabriquait les imperméables.
Je ne pouvais pas suivre, évidemment, la possible discussion entre le Monsieur UZO qu’avait pris ce nom grâce à l’imperméable et l’UZO officiel, c’est-à-dire le patron de l’atelier des imperméables. Je m’amusais pourtant à imaginer les questions que le premier aurait pu poser au second quand, d’un coup, je les vis accoudés à la fenêtre à l’étage, dans une position qu’on considérerait comme idéale si l’on voulait cracher impunément sur les passants. Là, au bout d’une discussion animée, je vis le patron insister avec le client pour qu’il prenne un nouvel imperméable, tout neuf et sans taches. Après cela, je m’attendais à voir paraître le Monsieur, comme auparavant, au pas de la petite porte à gauche. Mais il ne sortait pas. Une demi-heure s’écoula lorsque je le vis, finalement, de nouveau, ouvrir péniblement la porte du restaurant, encore une fois suivi par le traiteur. Cette fois-ci, Monsieur UZO bis avait un imperméable de taille inappropriée, le regard perdu et trois taches noires d’huile à la hauteur du cœur reproduisant fidèlement l’inscription UZO. Ensuite, j’attendis que le dégustateur à l’air empoisonné rentre encore par la petite porte à gauche, avant de soulever craintivement les yeux : le mot UZO avait disparu.

Contrarié, je rentrai dans le restaurant, entre-temps rempli de monde. Je choisis une table près de la porte et, en attendant, j’observai attentivement le fond du local. Il n’y avait pas d’escalier reliant à l’intérieur le rez-de-chaussée à l’étage. Je me levai pour atteindre les toilettes et jeter un œil sur la cour, lorsque les deux Messieurs UZO parurent devant moi, tous les deux avec les imperméables transformés en palettes multicolores.
— Vous pouvez bien utiliser vos imperméables en tant que nappes pour servir les assaggini, dit leur le restaurateur avec un large sourire. Et vous pouvez aussi servir quelques verres d’UZO.
Je me réveillai dans une chambre blanche, sans couleurs ni inscriptions. Dominique Hasselmann souriait, débonnaire :
— C’est pas grave, me dit-il, avec ce cauchemar sans queue ni tête on va faire déborder les vases communicants. D’ailleurs c’est un jeu et pas un enjeu, avec la seule conséquence que personne ne nous retweetera. Patience !

Bobby Scott et Ric Marlow : « A taste of honey » (Beatles, 1963)

Texte : Giovanni Merloni

Photo : Dominique Hasselmann

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication 2 août 2013 sur Le Tourne à gauche, Dernière modification, ici, 1 septembre 2013

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Un fort Bastiani parmi les toits de La Haye

20 mardi Août 2013

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, les échanges

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Jan Doets

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Depuis la terrasse de Jan Doets, en plein centre de La Haye, j’ai vu des ballons voltiger parmi les sombres clochers en brique. C’était au couchant de la mi-août et les deux ballons-montgolfières auraient bien pu arriver de la France, cette patrie littéraire qui avait comblé nos étranges discours de passionnés incertains. Alors, j’ai formulé l’hypothèse selon laquelle Dominique H. était accroché au ballon qui occupait le quartier du ciel plus en haut, devenu pâle et transparent, tandis que le deuxième ballon, aussi agréable que l’autre mais plus hésitant — apparemment dégonflé et prêt à tomber parmi les toits — cachait, cela venait par conséquent, l’élégante silhouette de Brigitte C..

Mais, personne n’a frappé à la porte. Pour le moment, juste un lien virtuel s’était transformé en connaissance réelle, avec l’avantage, pour moi, non seulement de découvrir le « village » de La Haye et ses alentours ordonnés et insouciants, mais aussi, surtout, de connaître un personnage tout à fait hors du commun.

002_jan 2 part BN Voilà deux photos que j’ai prises de Jan Doets sans qu’il s’en aperçût. 003_jan tre quarti NB

Elles sont déjà expressives de la personnalité pleine d’énergie de ce vieux loup de mer dont l’air joyeux et discret semble inversement proportionnel à une vie que j’imagine intense et parfois difficile. Ce qui m’étonne le plus est son choix opiniâtre de vivre « en français » dans un monde, la Hollande d’aujourd’hui, qui ne reconnaît plus cette langue comme indispensable pour les échanges culturels et humains.

Cet homme qui a lu tous les livres de Camus et nous a raconté, dans son blog, l’histoire de la Russe Moussia, « Française de goût », se considère un cosaque de frontière, le Giovanni Drogo du Désert des Tartares de Dino Buzzati se trouvant relégué dans une forteresse très éloignée et sombre, isolée du reste du monde : « Quelle triste erreur, pensa Drogo, peut-être en est-il ainsi de tout, nous nous croyons entourés de créatures semblables à nous et, au lieu de cela, il n’y a que gel, pierres qui parlent une langue étrangère ; on est sur le point de saluer un ami, mais le bras retombe inerte, le sourire s’éteint, parce que l’on s’aperçoit que l’on est complètement seul. » (Dino Buzzati, Le Désert des Tartares, chapitre 10, Robert Laffont, 1949)

Pourtant cet homme plein d’enthousiasme et d’ironie ne se contente pas de la seule consolation des livres… Il lance des signaux de fumée auxquels j’ai eu la chance de répondre en premier et d’autres aussi y répondront bien sûr, s’accrochant à des ballons-montgolfières ou à des trains à grande vitesse.

Les Pays-Bas ne sont pas vraiment si éloignés que l’on peut imaginer. Mais les distances physiques sont toujours réelles. Et, si j’y pense, si je me vois assis ou pour mieux dire verrouillé à mon fauteuil au milieu du quartier parisien des deux gares, si je me souviens de l’interminable hiver dernier, qui ne devenait jamais printemps, je crois que Jan Doets a raison lorsqu’il dit que je suis, moi aussi, un des cosaques des frontières dont il veut causer dans son nouveau blog…

Giovanni Merloni écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 20 août 2013 CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS Licence Creative Commons Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

Y a-t-il quelqu’un qui supporte les devoirs de vacances ?

04 dimanche Août 2013

Posted by biscarrosse2012 in les échanges

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Mes chers lecteurs, pendant deux semaines le « portrait inconscient » partira en vacances d’instruction à la Belgique et en Hollande. 
Dimanche 18 août, avec la lettre « P », reprendra — tous les mardis, vendredis et dimanches — le voyage dans l’alphabet renversé de l’été 2013, qui devrait s’achever, avec la lettre « A », trois jours après la fin canonique de l’été, c’est-à-dire mardi 24 septembre.

Y a-t-il quelqu’un qui supporte les devoirs de vacances ?
Attention ! Je vais vous prévenir avant d’entamer un sujet qui pourrait ne pas s’adapter à l’esprit du mois d’août et surtout à la chaleur de ces jours. Une période plutôt propice aux promenades insouciantes en sautillant d’un rectangle d’ombre à l’autre.
En quoi consiste alors cet avertissement ? Dans le fait que je n’ai jamais supporté, comme vous je crois, les devoirs de vacances et qu’il me semble toujours, dans le moment consacré à l’interruption de quelque chose… qu’elle ne nous appartient plus. Quand on laisse un bien, un travail que d’autres devraient ou pourraient continuer, quand on laisse des objets dans un appartement, ou dans une malle, ou dans un blog que quiconque peut consulter… on a peur de devenir ennuyeux et aussi de s’attendre, sans le vouloir, à des réactions qu’on ne peut pas prétendre.

Pourtant, une fois établi qu’il n’y a pas de devoirs de vacances pour personne ici, dans cet « atelier sans portes ni fenêtres », je serais heureux si quelqu’un des lecteurs de ce blog profitait de la possibilité d’accéder facilement aux divers textes ici publiés, en considération du fait que toute consultation se révélera dorénavant améliorée grâce au regroupement des textes en catégories, avec la mise à disposition de deux listes assez complètes, d’où l’on peut accéder directement à chaque publication.

En outre, durant ces douze jours de séparation, vous pourrez profiter de l’intense travail d’échange avec « il ritratto incosciente« , aboutissant dans la mise à disposition de toutes les poésies, jusqu’ici publiées, dans les deux langues (français et italien), dont vous recevrez l’annonce par Twitter au jour le jour.

Visite du blog
Pour faciliter la découverte et la lecture, on a regroupé ci-dessous les textes en deux listes organisées en fonction des suivantes catégories :

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Liste des articles du « portrait inconscient » (auteur Giovanni Merloni) regroupés par catégories :
— alphabet renversé de l’été 2013
— le portrait inconscient
— le quatrième côté
— le train de l’esprit
— nouvelles, contes, récits
— portrait d’Italie
— portrait d’un tableau
— portrait d’une table
— portrait du dimanche
— vases communicants

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Liste des poèmes de Giovanni Merloni regroupés par catégories :
— abandonner rome, poèmes 1992-2005
— ambra, poèmes 1960-1965
— nuvola, poèmes 1966-1971
— stella, poèmes 1972-1974
— ossidiana, poèmes 1975-1976
— luna, poèmes 1977-1991
— paris, poèmes 2006-2013
— testament immoral

Giovanni Merloni

Une femme (pas tout à fait) seule (vasescommunicants août 2013)

02 vendredi Août 2013

Posted by biscarrosse2012 in les échanges, théâtre et cinéma

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vases communicants

Merci, Dominique, de m’avoir proposé de partager avec toi cette aventure des « vases communicants », ce vendredi 2 août 2013, merci d’avoir accueilli mon billet jumeau d’aujourd’hui — titré « De la confection à la dégustation » — dans ton blog. Cela a été un grand plaisir pour moi, parce que, mettant de côté le décalage objectif entre ton expérience et la mienne (je ne suis qu’au septième rendez-vous avec les « vases »), tu as proposé pour les vases communicants, dès le commencement, une vision très positive et amicale. D’ailleurs, il suffit d’aller sur ton blog plus récent — Le Tourne à gauche  —, désormais très connu et fréquenté. Il suffit d’y lire les débats quotidiens qui se déclenchent à partir des suggestions de tes billets, toujours riches et inattendus, pour se rendre compte de ta façon unique, Dominique, de créer un climat idéal de discussion et de travail aussi.
En quoi consiste le projet de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis) ? Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie justement grâce à Brigitte Célérier.
G.M.

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Une femme (pas tout à fait) seule

Quand tu m’as envoyé ton fichier « Zip » (la fermeture-éclair des photos), cher Giovanni, j’ai eu du mal à choisir l’un des clichés car tous possédaient leur charme et leur unité : l’affiche d’Une femme seule, pièce de théâtre de Dario Fo et Franca Rame dans laquelle ta fille Gabriella avait joué en 2011, du 22 août au 19 décembre.

La photo numéro 8 m’a frappée (en douceur) car le visage de l’interprète était comme surmonté de celui d’une autre actrice, une femme peinte peut-être par Tamara de Lampicka – ne pas oublier d’aller voir cette expo avant sa fermeture le 8 septembre prochain. Sa pose à l’envers montrait, comme pour une carte à jouer, qu’un visage est réversible, sensible au mouvement, et peut faire logiquement (ou parfois sans aucune logique) tourner la tête.

Et puis, il est naturel de sortir de l’introversion : le théâtre sert sans doute à cela, sans parler de « catharsis » ou, pire, de « purgation ». Le personnage sur scène permet que l’on se glisse d’autant plus facilement dans sa peau qu’il est présent : ici, la femme (pas tout à fait) seule est presque à portée de main, physiquement ; son image n’est pas éloignée, irrémédiablement, comme sur un écran de cinéma.

J’ai imaginé cette représentation au théâtre des Déchargeurs (il porte le nom étrange de cette rue, et cela lui va bien) : Gabriella – donc Maria – est dans son appartement et la fenêtre s’ouvre sur un autre horizon que celui dans lequel l’avait enfermé son mari. Elle chante à tue-tête (comme une révolutionnaire), elle enchante, devine-t-on, ceux qui la voient et l’écoutent depuis leur siège dans la salle.

Elle s’extravertit, sans sauter dans le vide, sa prison mobilière est devenue, grâce à une voisine, un lieu où elle peut enfin s’exprimer, se laisser aller, vivre ou rêver.

L’Italienne a peut-être (j’imagine…) ramené avec elle tous les parfums de la péninsule, Casanova, les canaux de Venise, la Toscane, Florence et Rome… Nous sommes transportés en Italie par la magie de la parole et du chant, je me demande même si l’on sent l’odeur du parmesan, si l’on voit la fumée des pâtes fraîches et si l’on aperçoit la bouteille de San Giovese posée sur la table de la cuisine.

Alors, tu auras été sadique avec moi, cher Giovanni : je n’ai pas vu ta fille jouer sur scène mais des photos (et cette vidéo jointe) en gardent le souvenir.

Dario Fo  a toujours été un peu fou, sans doute connaît-il aussi bien le français que l’italien. Et pour toi, pas de problème : tu sais admirablement, avec ton art inimitable, dessiner et écrire d’autres mises en scène.

Texte : Dominique Hasselmann

Photo : Giovanni Merloni

De la confection à la dégustation

Journal de bord à Ponthagard (vases communicants juillet 2013)

12 vendredi Juil 2013

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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vases communicants

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Photo de Brigitte Célérier

Chère Brigitte,
Ce n’est que la sixième fois, ce vendredi 5 juillet, que je participe à cette aventure des vases communicants… et j’ai déjà cette chance magnifique d’échanger avec toi… sur une ville imaginaire qui est en nous ! C’est un thème magnifique. Immense et, en même temps concret. On peut faire ce que l’on veut, se laissant libres d’imaginer dix, cent, mille villes particulières et étranges, où l’on n’a jamais posé vraiment le pied, en les décrivant vides ou combles de gens affairés, sombres ou lumineuses, gaies ou antipathiques ; en les recréant aussi par le biais pourquoi pas ? d’un collage en 3D.. Dans chaque ville on peut retrouver toutes les autres villes qu’on a vu ou qu’on a cru voir dans le monde. Par exemple, dans certains quartiers de Paris, je retrouve des coins inoubliables d’Italie. À Place des Vosges, je croise Bologne. À la Concorde et dans le Marais, je suis à Rome. À Montmartre, je monte et redescends dans les ruelles de Naples ou de Gênes. Je me plais à Venise lorsque je me promène au long du canal Saint-Martin. Je trouve Florence dans le Louvre et Parme dans le plus envoûtant roman de Stendhal.
Si d’un côté je peux imaginer avec joie et sans effort une ville qui n’existe pas sous un ciel sens dessous dessus, de l’autre côté, j’hésiterais à m’approcher d’une ville ayant un nom et une histoire sans qu’il ne s’en déclenche tout de suite un travail frénétique et tout à fait banal, mais nécessaire. Car Paris est Paris, Rome est Rome et Avignon est Avignon, tandis que Bologne est Bologne et Parme est Parme. Même si pendant 68 ans à peu près, de 1309 à 1377, Avignon a été Rome, et que Parme, durant 128 ans, de 1731 à 1859, a été « française ».
Il me devient tout d’un coup indispensable, alors, de me rendre compte, par exemple, en remontant dans le brouillard (ou dans le mistral) du passé, combien les Papes, parfois bras dessous bras dessus avec les Rois de France, se sont mêlés dans l’Histoire d’Europe, en rendant cousines ou demi-sœurs entre elles non seulement Paris et Rome, mais aussi Avignon et Parme, ou Bologne, la Provence et l’Italie…
Je ne pourrais pas me passer du fait qu’Avignon et la Provence se trouvent là où elles se trouvent, des villes, des territoires et des gens qui ne laissent certainement pas indifférents les voyageurs, venant de Gênes et Sanremo, qui désirent monter à Paris ou alors s’aventurer vers Carcassonne, Toulouse et Bordeaux… Combien de fois j’ai frôlé avec les roues de ma voiture, donc mes mêmes souliers, ce merveilleux triangle créé par le delta du Rhône ? Combien de fois l’ai-je observé, ce triangle, depuis le hublot de l’avion descendant à Montpellier pour y saisir la glorieuse ligne de l’AIR LITTORAL ?
D’abord, je ne peux pas oublier d’avoir vu la première fois Avignon dans l’été 1958, la même année de Paris et des châteaux de la Loire, avec mes parents. De quoi me souviens-je ? D’une immense cheminée dans les cuisines du Palais des Papes… Plus récemment, en 1982, nous étions en course avec ma nouvelle fiancée pour atteindre l’Espagne. Je me rappelle la perception soudaine d’un sentiment de petitesse et de peur lorsque les phares sont tombés sur une plaque bleue (dans le noir de la nuit) avec une redoutable inscription : LE RHÔNE…

Tandis que j’écrivais à Brigitte pour lui raconter l’embarras qui me tenaille toutes les fois que je dois partir… l’ordinateur a explosé. Sans brûler, heureusement. Dans un petit billet jaune qu’une déesse bandée avait collé sur l’écran noir il y avait un nom : TERBOLRONDE. Le nom que Brigitte m’adresse c’est la personnification de celui ou celle que nous attendons sans le savoir. Tous deux, Brigitte et moi, nous considérons les villes comme des personnes faites de tuiles et de briques bien sûr, de grilles en fer forgé et de jardins suspendus au sommet des toits… Cependant, pour nous, les villes sont faites surtout des êtres en chair et os, qui les habitent le temps d’un jour ou d’une vie, peu importe.
Je ne saurais pas découvrir un nom ainsi beau que Terbolronde. Mais je partage tout à fait l’idée de Brigitte Célérier d’aller à l’essence d’une parenté possible ou pour mieux dire d’une « vase-communication » heureuse entre Bologne-Parme et Avignon et d’y découvrir une constellation de points communs.
Quant à moi, je n’oublie pas qu’une des deux tours de Bologne s’appelle Garisenda, qu’à quelques kilomètres d’Avignon il y a le Pont du Gard, que sous le pont d’Avignon on y danse. D’ailleurs, au-delà des Papes qui ont laissé des traces partout à Bologne et Parme comme à Avignon, ce sont surtout les anciens Romains qui ont su coudre un lien solide entre ces deux pays, la France et l’Italie, qui ensuite ont hérité plus que les autres de cette grande culture et civilisation.
Gardisende ? Garderomaine ? Pontignonne ? Avigarde ? Voilà, c’est décidé : Ponthagard

Journal de bord à Ponthagard

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Photo de Brigitte Célérier

A : Amitié confortée par un mur ensoleillé de couleur beige.
Ponthagard, un labyrinthe invisible. J’y cherche quelqu’un. Un ami, une amie, moi-même, peut-être. J’y rencontre mon ancienne prof de français qui se promène, bras dessus bras dessous, avec un Hollandais de La Haye, très sympathique. Ils m’invitent chez eux, dans cette ruelle sur la droite d’où vient maintenant de sortir leur petite-fille.

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Photo de Brigitte Célérier

V : Vendredi vert.
Je ne m’attendais pas à cette paroi verte s’imposant agressive et pourtant légère. Elle ne manque que de la parole. Je m’adresse alors à Hortense, mon ancienne maîtresse du lycée, mais elle est disparue avec son ami Jan, collectionneur de sons et mémoires… C’est ça, son métier ? Une petite voix sortant des lierres me rappelle gentiment qu’il faut se dépêcher : « Il est vendredi, déjà, tu risques rater ton rendez-vous avec les vases communicants ! » Elle me conseille de m’accrocher à cette liane robuste, peut-être une main courante cachée sous les feuilles longues et pointues. J’ose.

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Photo de Brigitte Célérier

I : Illusion optique et dépaysement. 
Cette ville me surprend et m’étonne. Je l’avais imaginée plate, pourvue de larges avenues, avec un petit centre historique (la cité) enroulé comme un escargot autour d’un grand palais de seigneurs (ou de papes). Au contraire, je ne finis pas de monter. Là-haut, derrière les deux fenêtres qu’on voit bien ouvertes, apparemment abandonnées, on entend un bruit typique de discussion littéraire. Il faut que j’aille, car ainsi je pourrai justifier mon escapade. Mais, comment faire pour y grimper sans me casser le cou ?

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Photo de Brigitte Célérier

G : Grand guignol. 
La ville même me suggère la réponse à mes tourments. Elle est ici, elle est là, quelque part dans cette ville hagarde où tout le monde s’est donné rendez-vous. Dès que je me suis rendu dans cette place, conseillé par les nouveaux amis des vases communicants, j’ai immédiatement rencontré tous mes anciens camarades du lycée sauf une… celle que je cherchais. Ces Italiens distraits et insouciants ne se sont pas beaucoup occupés de moi. Personne n’a prononcé son nom, et j’ai eu honte à le demander. Mais, puisqu’ici je ne fais que faire de rencontres de toutes sortes, je veux me convaincre que c’est ici, dans cette ville le fameux Aleph dont nous a parlé Borges… Donc, forcément, elle aussi… Mais, est-il possible que soit là cette demoiselle, madame, mère et déjà grand-mère, cette mignonne aux cheveux tombants… unique manège à moi ? Oui, elle « doit » se nicher ici, là, quelque part…

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Photo de Brigitte Célérier

N : nœud intime à dénouer. 
Je me suis convoqué ici à Ponthagard pour accomplir cette tâche. Même là-haut, dans cette vaste chambre envahie par les feuilles, donnant sur les collines, toutes les gens savaient. Les amis des vases me parlaient tout en regardant dehors, comme il arrive en voiture. C’était très solennel. « Tu la rencontreras, m’a dit Dominique, avant de faire une photo pour son blog. — Vous ferez ensemble le tour des remparts, a ajouté Élisabeth, tout en travaillant à “ses” remparts poétiques en vers alexandrins. Vous l’avez voulu, a conclu Lucien, tout en fixant la rose des vents. Ensuite, quelqu’un, peut-être Anna, a fait glisser dans ma poche cette adresse : — si tu ne la vois pas tourner sur un cheval de manège, elle sera bien sûr dans la “rue poétique”. Voilà, j’y suis depuis une heure. J’ai vu passer tout le quota romantique de la population mondiale. Mais ce n’est pas une chose qui peut arriver à moi de rencontrer ici mon âme sœur. Se serait trop beau ! Je dois chercher ailleurs…

006_canal avignon antique 740

Photo de Brigitte Célérier

O : opéra et musique. 
Une phrase me torture : « l’inutile précaution » d’avoir apporté une longue échelle et les outils pour grimper une montagne tandis que nous sommes, en fin de compte, dans une ville au bord d’un grand fleuve. Pourtant, cette expression cruciale pour le dénouement du Barbier de Séville de Rossini garde au fond, pour moi, la promesse d’un final heureux. Car il y a probablement quelqu’un qui a verrouillé mon ancienne idole dans quelques cagibis ou dans les souterrains du grand palais des Papes. Je trouverai la force d’ouvrir cette grille rouillée… Mais, je ne suis pas un héros, je chancèle, étourdi, dans cette ville comble de gens, d’étalages, de musiques dans la rue et de canaux en fête. Auprès de ce platane, appuyé à ce parapet je me penche vers l’eau au risque d’y tomber dedans. Je n’ai pas honte de vomir.

007_le pont d'avignon antique 740

Photo de Brigitte Célérier

N : nous. 
Nous sommes là, étendus sous le pont hagard. Je te retrouve, cinquante ans après. J’aurais dû le savoir qu’il y eût cet endroit où l’on trouve toujours ce que l’on cherche. Tu hoches de la tête, car tu as raison : ce n’est pas la peine de s’interroger en se demandant combien d’eau est passée sous ce pont. Pourtant cinquante ans c’est beaucoup pour un soupirant dévoué et une charmeuse fugitive. « N’y pense pas, même pendant un seul jour ou une seule nuit nous sommes ici : nous. »

Giovanni Merloni

Merci dis à Giovanni Merloni pour m’avoir proposé cet échange.
Merci lui dis pour sa lettre et sa jolie quête-fable à Ponthagard, à partir d’images choisies chez Paumée
Merci lui dis d’accueillir chez lui, sur son blog joliment appelé le portrait inconscient https://leportraitinconscient.com/ ma presque docte description de Terbolronde, rêvée à partir de quatre de ses dessins.

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… « Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. ».

La liste des participants, que j’espère correcte, se trouve sur http://rendezvousdesvases.blogspot.fr, dédié à ce seul usage, et ci-dessous, si vous le préférez.

Brigitte Célérier

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 12 juillet 2013

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Brigitte Célérier : Terborlonde (vases communicants juillet 2013)

05 vendredi Juil 2013

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vases communicants

001_bologne arcades x brigitte 740

À Giovanni, à propos de villes anciennes terriennes et vivantes

À Giovanni, mon cher ami,
Tu m’as envoyé, et je t’ai volé, des images poétiques et construites où passent des arcades en souvenir de Bologne.
Je t’ai proposé des images d’Avignon…
Tu me demandes de te parler de cette ville où me suis posée.
N’y a rien ou beaucoup à en dire.
Il y a cela : Bologne et Avignon sont parentes, et différentes (et l’un des hôtels nobles les plus beaux d’Avignon, l’hôtel Berton des Balbes de Crillon est l’oeuvre d’un bolognais, Domenico Borboni, en collaboration avec sculpteurs et maîtres maçons locaux, ses émules)
Elles sont centres et filles de terres fertiles. Elles sont villes de très ancienne histoire, et de vie robuste (un peu languide pour la mienne, mais elle persiste et se modifie lentement)
Bologne, dans mon imaginaire, est rousse et rouge, Avignon est parfois d’un crème doucement rosé, souvent blanche, centre modéré d’une terre de droite profonde.
Bologne est intellectuelle et brillante, Avignon a été un temps un centre intellectuel et artistique quand abritait les papes, a été le centre d’une petite renaissance occitane, est – il faut bien le reconnaître – une ville de marchands vivifiée par lettrés provinciaux.
J’ai admiré, étudiante, les interventions pour faire revivre Bologne endommagée par siècles et la guerre, j’ai détesté, et continue à le faire, les sottes et brutales interventions sur le tissu d’Avignon
Avignon, je la rêve en grande partie, et mes pieds se tordent sur les cailloux qui restent encore (j’y tiens) au sol des rues de la partie enclose dans le cercle un peu distors de ses remparts, qui n’en est que faible part.. et peu à peu l’aime, m’y coule, la laisse effacer ma longue parenté avec Paris.
Bologne je ne la connais pas, j’en ai rêvé en lisant une amie qui y a vécu longtemps, j’en ai rêvé en rencontrant son nom au détour de livres, j’en ai rêvé et un peu appris grâce à vous. (me pardonnera-tu le traitement que mon rêve a fait subir à ta photo?)
Mais pour aujourd’hui, devant les courbes de tes dessins, c’est une ville fantasmée qui s’est imposée à moi, qui s’appellerait, je crois, Terbolronde.

002_bologne x brigitte_740Quand, dans un écrit, ou, mais c’était très rare, dans le flux d’une conversation, passait le nom de Terbolronde, on entrait dans un souvenir vague de légende, on croyait sentir frémir en soi des souvenirs, on cherchait vaguement quels auteurs l’avaient illustrée, y avaient marché, l’avaient fait respirer.
Peut-être confondait-on, finalement, avec une de ces villes aux noms de rêve universel comme Samarcande, Goa, Valparaiso ou Trébizonde.
En réalité Terbolronde n’était pas très grande, pas – ou plus – très puissante, mais belle. Belle de la terre qui la portait, d’où elle était née, terre riche et profonde, source et siège de sa prospérité, terre qui avait financé et produit ses monuments, ses maisons – les plus grandes, édifiées sous la direction de ceux qui la possédaient cette terre, et celles plus modestes de ceux qui la travaillaient cette terre…
003_zvanìEt les poètes de Terbolronde, dans les concours qu’organisait leur Académie, chantaient la beauté de la terre profonde, chantaient l’élan des bâtisses, chantaient la beauté des courbes qui ramenaient cet élan se ressourcer dans la terre d’où il avait tiré sa force.
Car Terbolronde était la ville des courbes, des voûtes, des arcades, brune et rousse comme la terre où elle se lovait, enroulant ses rues autour des places, nichée au creux d’une plaine fertile, sous un ciel dispensateur de soleil et de pluie, vers lequel elle dardait, prenant appui sur ces fortes voûtes, hautes façades et tours, rythmées par les chants et prières de ses anciens clercs et fondateurs.

004_portici della memoria_740Dans les rues, sous les arcades de Terbolronde, circulaient, sans cesse, affairés même quand on n’en comprenaient pas la raison, peut-être inexistante, en dehors de l’habitude ou de l’image, les costumes noir et or des marchands, filaient les souquenilles ocres des domestiques et employés, attendaient les chemises écrues, les culottes gris sombre des ouvriers, quand ils ne travaillaient pas hors des regards, avançaient à pas soigneusement mesurés les manteaux bruns des clercs et professeurs – car Terbolronde était vieille ville de jeunesse estudiantine -, traînaient ou couraient, gambadaient brusquement, les vêtements jaunes, verts, roses des jeunes étudiants, quand les jeunes de la ville, ou venus de toute la plaine, ou de plus loin encore, boire la science qui brillait dans les écoles, les universités de Terbolronde
abandonnaient leurs livres et s’élançaient sous les allées voûtées qui rayonnaient depuis son noeud central, se déroulaient en larges courbes divergentes et se déversaient dans la campagne.
Car Terbolronde attirait ces quêteurs de sagesse pleins de sève plus vite qu’elle ne grandissait, et ils trouvaient refuge, lit, cuisine robuste et emploi pour leurs bras, dans les grosses fermes où retrouvaient les gagne-petits de la terre, les fils de propriétaires, les jeunes filles agiles, rieuses et sages, et c’étaient fusées d’énergie, concerti de théories sur le monde, amitiés et petites luttes passagères, musique de vie, d’idées, de colères et de joies, une société parallèle à celle qui primait dans la ville, des parents, des sages, des marchands et des édiles, une société qui fusait, ébranlait la ville, la vivifiait, avant de s’y couler comme notables, une société qui se renouvelait, modifiait lentement la ville, la maintenait vivante.

Brigitte Célérier

Merci, Brigitte, d’avoir accepté de partager avec moi cette aventure des « vases communicants », ce vendredi 5 juillet 2013, merci d’avoir accueilli mon billet jumeau d’aujourd’hui — titré Journal de bord à Ponthagard — dans ton blog. 

Cela a été un grand plaisir pour moi, parce que, mettant de côté le décalage objectif entre ton expérience et la mienne (je ne suis qu’au sixième rendez-vous avec les « vases »), tu as su créer dès le commencement un climat idéal de discussion et de travail. Directe, spontanée et justement exigeante, tu m’as communiqué le même esprit flâneur et philosophique qui caractérise Paumée, ton blog élégant et charmeur.  Cela nous a aidés à travailler en souplesse sur un thème aussi fascinant que vaste et redoutable, celui de la ville inexistante ou imaginaire — derrière lequel se cachait, inévitablement, une confrontation entre une ville française et une ville italienne —, en nous proposant la juste clé. C’est grâce à toi, si au lieu de nous tracasser la tête dans des domaines périlleux, nous avons joué ensemble, comme deux gamins de six ou sept ans, aux châteaux de sable ou, si l’on veut, à la ville de sable.

En quoi consiste le projet de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis) ? Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie justement grâce à Brigitte Célérier.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 5 juillet 2013

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West side story (vases communicants juin 2013)

14 vendredi Juin 2013

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vases communicants

Le billet que je propose aujourd’hui a été déjà publié le 7 juin 2013 par François Bonneau dans L’irregulier, son blog très suivi. Voilà ce qu’avait écrit François Bonneau :
Ce mois-ci aura été rythmé par les échanges avec Giovanni Merloni, dessinateur et écrivain qui m’épate, et avec lequel les échanges auront été sincères, fournis, agréables… Bref l’essence des Vases Communicants. Encore merci Giovanni.
Le propos des Vases communicants est dû à l’initiative lancée par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis).
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte_Célérier, une autre blogueuse.

Giovanni Merloni : West side story

Les divers endroits du monde se ressemblent. On pourrait tout étudier sur une carte, s’aidant avec des livres de toutes sortes. On pourrait réussir à assimiler et à renfermer dans le cœur de la mémoire ces mondes nouveaux, faits d’inconnues lumières et d’inconnues distances qui pourtant rentrent tous, sauf rares exceptions, dans le jeu de cette civilisation qui photographie, enregistre, commente et compare. On peut aussi bien s’aider avec l’expérience d’autres lieux similaires. Par exemple, la Bretagne a bien sûr plusieurs points en commun avec la Galice espagnole, la Cornouaille anglaise et aussi la côte ouest de l’Irlande. Ou alors les fjords de Norvège devraient avoir affaire pour certains aspects avec les rìas du Cap Finistère…

Mais, vraiment, je le jure, jusqu’ici je ne sais presque rien de mon correspondant qui s’appelle François Bonneau. Je connais un peu ses écrits, je suis resté fasciné aussi par le titre de son blog, « L’irrégulier », qui me l’a rendu immédiatement sympathique et dont j’ai lu quelques textes qui m’ont touché. Je sais qu’il est professeur (je crois de lettres, dans un lycée) et qu’il va bientôt se marier dans le sud de la France. Mais je ne sais pas du tout où il habite et travaille physiquement. Est-il un homme du sud ou du nord, du nord-ouest ou du sud-ouest ? Il ne me l’a pas encore dit, moi je ne le lui ai pas encore demandé. Quand il me le dira…

Dans l’esprit des vases communicants, je lui ai envoyé quatre dessins, ayant des raisons et des histoires condensées dans de titres que j’espère cohérents. Il m’a envoyé plusieurs photos, parmi lesquelles j’en ai choisies quatre.

Nous nous sommes engagés, dans nos contacts par mail, à exprimer ou raconter quelques choses que ces images échangées vont nous suggérer… Peut-être, mes dessins aux sujets contraignants obligeront François Bonneau à s’en dérober, en se sauvant dans une pure abstraction ou dans une histoire paradoxale et « irrégulière » comme j’en ai lues et appréciées dans de précédents vases communicants et dans son blog.

Quant à moi, je pars dans une dimension tout à fait opposée. Il m’a envoyé des photos magnifiques, qui catapultent une réalité aussi attirante qu’inconnue sur la paresseuse agitation de mon ordinateur parisien.

Peut-être, François Bonneau imagine que je connais déjà ces lieux et qu’il considère comme escompté que je sache ou devine aussi facilement si ces endroits font partie de son univers quotidien ou, au contraire, s’ils sont, des lieux éloignés pour lui aussi comme pour moi : des lieux où il se rend rarement où qu’il n’a vu qu’une fois, au moment d’en prendre ces superbes et intelligentes photos.

Mais je préfère comme ça, avancer à moitié aveugle, sans rien savoir, procédant par hypothèses. Mon histoire sera ainsi nourrie par cette découverte incertaine, tandis que mes mots se mettront en marche ou s’arrêteront au fur et à mesure qu’un itinéraire ou une réflexion se déclencheront…

001_pas la plage 740

J’arrive maintenant. J’ai débarqué étourdi et endolori au petit matin. J’avais besoin de lacets pour mes chaussures et je voulais me désaltérer avec de l’eau de robinet. Mais, tous les bars, magasins et  boutiques près de l’embarcadère étaient fermés. Je me suis demandé si c’était dimanche. Il n’y avait personne. L’unique soulagement pour moi était les inscriptions des affiches et les enseignes des locaux fermés. S’il y avait quelqu’un, il parlerait bien sûr dans ma langue… c’est-à-dire dans la langue que je parle désormais depuis des années… Il fait beau, la journée pourtant s’affiche rigoureuse. Le vent… de l’ouest (que je reconnais grâce à mon expérience d’ancien marin, rien qu’en léchant l’index pointé vers le ciel) a nettoyé le ciel et maintenant le soleil me caresse le cou. Mais il faut bouger. Je me déplace circonspect dans ces ruelles inanimées jusqu’au moment où je vois cet œil rétroviseur au coin d’une usine apparemment abandonnée. Dans le miroir, cerné par des lignes diagonales noires et blanches, le ciel assume une couleur plus foncée. Un bleu cobalt entoure gentiment deux maisons attachées et probablement unies à l’intérieur dont celle de gauche affiche un solide toit en tuiles rouges, tandis que l’autre, en retrait vis à vis de la rue, se dérobe un peu derrière un jardinet assez dépouillé et un escalier prétentieux. Sa ligne de ciel d’ardoise, évoquant une église de campagne, fait ressortir en évidence une mansarde à l’étage. J’y vais ?

Une fois rentré, je devrais me présenter. D’accord, je ne suis pas un forçat, et celle-ci ce n’est pas la résidence de l’évêque de Digne. Mais serais-je digne de ces villageois aux rythmes tranquilles ?

002_le manège 740

Où ont-ils finis les coups de pied dans le cul ? En Italie, où je faisais auparavant mon petit cabotage, des restes de cirques arrivaient toujours dans les villages de la côte de Calabre (Joppolo, Coccorino, Coccorinello, Nicotera et Tropea). Je dis « restes » parce que j’imagine de féroces litiges entre les membres de ces familles d’artistes touche-à-tout qui aboutissent à une sorte de spécialisation dont  personne n’a pas vraiment voulu. Donc quelqu’un se prend l’éléphant, tandis que d’autres essaient de profiter du rideau et de la piste nue et crue et d’autres encore héritent du manège. Celui-ci que j’examine maintenant, semble complètement dépourvu des longues chaînes de fer auxquelles j’ai l’habitude de voir attachées de petites chaises sans dossiers ni jambes… Celui-ci n’a pas une gueule de manège, même si la décoration de la vrille est très jolie. Je suis sûr que là-dedans ne se cache personne, ce serait dangereux avec tous ces engrenages de fer… J’aimerai voir s’il y a une petite porte. Parfois, dans ce minuscule cagibi on garde des petits trésors. Un vieux gramophone, par exemple, avec des disques des années cinquante et soixante… et cette musique légère de Temps modernes : « Je cherche après Titine, Titine ô ma Titine, Je cherche ma Titine et ne la trouve pas… »

003_machines1 plage 740

Je me suis tellement baladé, dans cet endroit désert, sans rencontrer personne ni animaux, ni traces de quoi que ce soit à manger ou boire, que je me suis convaincu qu’il y a quelque part un robinet avec une énorme vanne. Ce robinet a été fermé et verrouillé par les négateurs de la vie. Car je considère comme très improbable l’hypothèse que les gens soient partis en vacances. Oui, d’abord j’avais imaginé que les habitants d’ici eussent abandonné toutes occupations pour monter sur une arche de Noé et s’exiler dans une île avec tout le bien de Dieu qu’ils auraient égoïstement emprunté partout. J’ai abandonné cette piste quand je me suis souvenu d’un bruit gigantesque que j’avais entendu la nuit dernière, lorsqu’on se demandait si ce noir imprégné d’épais brouillard aurait duré encore un jour. Oui, là-dedans je n’étais pas seul. Et maintenant, je ne comprends pas. Ici je suis seul, les pieds nus, les chaussures enfilées dans les poches, le froid mou du sable caressé par la lumière d’un après-midi de cauchemar.

Je m’approche du tracteur  qui semble m’attendre, vide et pourtant prêt à partir, comme un astronef…

004_la chaîne infinie 740

Un tableau sans personnes, c’est comme un livre sans paroles. Je rencontre de plus en plus des difficultés à m’exprimer dans ce vide. Cela a l’air d’aller vite. Un seul jour s’est écoulé. Le ciel est vide d’oiseaux, la mer est vide de poissons, il n’y a plus de moules ni d’algues accrochées aux chaînes rouillées.

Je songe pour un moment à la déception de Napoléon quand il s’est trouvé dans la ville de Moscou, vide et brûlée. Mais ici on est déjà à la retraite de Russie. Une retraite pourtant à l ‘apparence agréable. On va mourir dans un désert qui n’est pas vraiment le véritable désert, dans une solitude polaire où quand même les pieds gelés trouvent encore le réconfort de la terre nue… Ou alors je reviens au tracteur abandonné et je profite de ce silence pour écrire une lettre à François Bonneau… Cher François, au commencement de cette histoire de vases communicants, en songeant aux photos que tu devais encore m’envoyer, j’avais esquissé dans mon esprit un thème « géographique » que je porte en moi depuis toujours. Le thème d’une course impossible dans la direction où le soleil tombe (ou se couche). Une course essoufflée pour empêcher au soleil de se coucher, pour que le soir s’éternise. Cette idée du « couchant redoutable et fascinant à la fois » (dont je ne suis ni le premier ni le dernier è m’imprégner) ne fait qu’un, dans mon imaginaire, avec l’attraction pour cet « ailleurs » qui se trouvait, à l’origine, sur le nord-ouest vis-à-vis de Rome (ou de Naples) et maintenant est sur le sud-ouest vis-à-vis de Paris. Mais, je ne pouvais pas m’attendre à une télépathie pareille. Car en fait les photo que tu m’as envoyées, symboliques et romantiques à la fois, m’ont littéralement transporté, en quatre déclic, dans un lieu qui m’enchante et m’emprisonne en même temps. C’est peut-être dû à la force des vases communicants. Penses-tu qu’il y a une possibilité de m’en sortir en dehors de la mort ?

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 14 juin 2013

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François Bonneau : Arrêter la machine du temps (vases communicants juin 2013)

07 vendredi Juin 2013

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François Bonneau, vases communicants

Mes chers lecteurs, je suis vraiment heureux de partager avec vous cette très stimulante expérience des « Vases communicants », à laquelle je participe, ce vendredi 7 juin 2013, pour la cinquième fois. 
Cela est aussi un grand plaisir pour moi, parce j’ai occasion d’échanger avec François Bonneau. Je suis avec intérêt et admiration L’irregulier, son blog très suivi, qu’il alimente avec des textes et des images profonds, réfléchis, inattendus et beaux !

En quoi consiste le projet de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis) ? Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte_Célérier, une autre blogueuse.

Et maintenant, la parole à François Bonneau !

Bonjour Giovanni,
Si j’en crois les clichés véhiculés par bon nombre de mes compatriotes, tu as un prénom qui fleure la gomina, la douce vie en Vespa, le chianti, et je te fais grâce de la pizza ; je ne connais de toi que le portrait inconscient, et ta photo, relayée via la boite mail ; tu m’es familier, inconnu, courtois comme je l’apprécie, et surtout, surtout, tu as ce pouvoir quasi magique de pouvoir laisser trace de tes mouvements sur le papier, et donner à ces traces significations, ce qui fait de toi une sorte de chaman transalpin, et il était donc légitime et dans l’ordre des choses que je m’adresse à toi en une seule et unique phrase, oui c’est bien logique, ce petit défi bien infime face à tes images, dont la première :

001_fermare macchina def_19.05.2013 _740

« arrêter la machine du temps », sur un pont, qui arlequine, oui alors partons, partons des losanges bleus, de ce brin de Matisse, de ce mouvement évidemment, de la trace d’un geste qui reste, et je ne suis pas le premier à le dire mais c’est toujours fascinant, un geste qui me parle du temps comme d’une machine : travail à la chaine – j’ai connu, calendrier – je t’ai en horreur, emploi du temps – tu n’est que stalactites qui m’enserrent ; à moins que le temps perçu ne puisse être apprivoisé, à moins que le temps perçu ne soit qu’espace de vie, ou ce que l’on en ressent, entre deux éternités de mort, et a fortiori d’ennui, « arrêter la machine du temps » c’est ce que je fais ou j’essaye, quand je le peux oui, mais rarement seul, alors c’est ce que je fais avec elle, oui celle-là,

002_atterrissage_plage def_740

elle qui aguiche et se prélasse, nous avons droit à la fiction, grâce à ton dessin, nous avons droit à la self-mythologie, alors avec celle qui attire même cet oiseau qui vient la gratifier d’un mouvement, peut-être ce même mouvement, ou peu s’en faut, qui vient gratter le papier, et en même temps ce même mouvement qui vient avec un cache col, un cache misère, un cache-froid mal ajusté, pour que l’on vienne donc le remettre à sa juste place comme elle l’attend, elle qui vient se douter qu’on devine, que cette main près de sa bouche, c’est peut-être pour masquer des babines qu’elle pourlèche, peut-être par timidité, en tous cas c’est sur le sable, maintenant tout de suite, et ça déborde,

003_tableau ou fenêtre def_740

ça déborde comme une toile irréelle, comme une coupe à fruits, comme ces traits qui débordent, qui coulent, qu’est-ce qu’on en fait, on trouvera bien quoi en faire, mais ce regard du peintre qui croise mon regard, moi j’en fais quoi, on a peut-être parfois besoin d’un peu d’intimité, à moins que ce regard du peintre, à moins que ce regard de celui qui a laissé un tel mouvement sur le papier, soit là une complicité exempte de tout voyeurisme, et d’ailleurs, en quoi le papier, les pixels seraient voyeurs, ah mais on ne sait jamais, avec les chamans du pixel, bon écoute, détendons-nous et passons à table,

004_rêver à table 19.05.2013_740

et à table, c’est encore un tableau, et peinture ou nourriture, tout cela c’est tout un, ça te remplit de l‘intérieur, oui c’est tout un, sans même parler nature morte car c’en serait presque vulgaire, ça te remplit de l’intérieur et ça remonte à l’occiput, ces mouvements sur toile, mais son assiette, à lui sur la toile, est vide oh ce pauvre bougre, alors en voilà un, de souhait d’avant mariage, si l’on me pardonne la parenthèse autobiographique, un souhait d’avant mariage de ne pas, de ne jamais, faire subir cette cravate-qui-déborde-et-seulement-ça, sur-la-toile-dans-l’occiput, et jamais dans l’assiette, cette cravate que je ne porte quasi-jamais,

sur cette toile,

jamais en guise de plat du soir, bon sang voilà que je dévoile un brin, voilà que Giovanni a mis le doigt là où il fallait, voilà qu’il me pousse à dévoiler quelques abstractions, qui sont signifiantes et que je continue à travailler, que je revendique donc, il n’empêche,

ce vase co, je l’ai rédigé avec l’alliance inofficielle, anneau avant date, au doigt, pour voir ce que ça fait,

et j’ai donc vu.

François Bonneau

Adressé à Brigitte Célérier et Pierre Cohen-Hadria Vases Communicants #37

07 vendredi Juin 2013

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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Vases Communicants #37.

Merveilleuse rencontre de roses ! C’est peut-être un commentaire banal, celui-ci, mais je trouve que parfois (ou souvent, selon les sensibilités) revenir aux fleurs, à leur immortel langage c’est un hommage au mystère de la vie. En fait qu’est-ce qu’il y a de plus éphémère qu’une rose, qu’est-ce qu’il y a, par contre, de plus éternel du mot « rose » ?

Retiens la nuit (#vasescommunicants mai 2013)

05 dimanche Mai 2013

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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vases communicants

Le billet que je propose aujourd’hui a été déjà publié le 3 mai 2013 par Anna Jouy dans son journal_poétique_jeté_sur_l’aube. Voilà ce qu’avait écrit Anna Jouy :
« …premier vendredi du mois de mai. Ça y est c’est le moment d’ouvrir le salon et de sortir ma belle vaisselle : les Vases communicants. G. Merloni va arriver. Il aura, je le sais, les mains pleines. Bouquet de choses à me raconter comme on trace sur la paume des lignes et le destin. Il arrive. Il m’a dit que ce serait un cadeau venu de son passé, de son écriture, de l’obstination tranquille et têtue d’écrire qu’il a depuis toujours. L’Histoire  remplie de toutes ses histoires, comme des croisements de haute lice et de petites lices, ce que j’aime tant chez lui, cette façon si particulière qu’il a d’être unique dans un monde vaste, grouillant, d’être lui,  au milieu des autres, de tant d’autres et si singulier…
Voici  Retiens la nuit  où il active la nostalgie, format mondial grandiose, et où il  soulève les recoins mystérieux de ses sensations teintées d’amour et de désir. »

Le propos des Vases communicants est dû à l’initiative lancée par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis).
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte_Célérier, une autre blogueuse.

001_retiens la nuit 740 Retiens la nuit (1)

Dans un appartement au troisième étage une famille vient juste de dîner. Les chaises autour de la table ronde ont été écartées et oubliées. Tout comme la table, encore mise, avec des couverts croisés sur les assiettes, ce que ma tradition de famille appelle « la bouchée de la bonne éducation » camouflée dans un coin de la faïence aux grandes feuilles vertes, les verres quasiment vides, les miettes de pain sur la nappe, la couverture du disque laissée de travers, avec cet œil tout seul entouré de taches de rousseur scrutant une tranche de ciel. Les voix se sont dispersées : un petit groupe s’est déplacé sur deux canapés en L, en face de la télévision, un enfant s’est cloîtré dans sa chambre, un autre profite de la dispersion pour téléphoner.
C’est une drôle d’époque que celle-ci ! On nous autorise des heures et des jours paresseux, mélancoliques — scandés juste par le gong du déjeuner ou du dîner —, farcis de longues lectures (mon frère Dodo arrive à lire de lourds romans historiques qui font plus de mille pages) ou alors gonflés d’étranges solitudes. Il arrive parfois que soudain cette maison nous appartienne. Le salon tout à coup silencieux — car on a l’habitude de n’allumer la télévision qu’après le dîner — se transforme en un immense plateau pour une danse effrénée et tribale, pour se lancer à la recherche téméraire de troubles et d’épanchements secrets… des échappées, des éclaboussures et des débordements nécessaires dans une vie saine, protégée et soigneusement éloignée des vexations du monde.
Pourtant on doit sortir, se faire emporter par les tumultes de la rue, par les petites et grandes tâches, qui nous contraignent inévitablement à demander, à répondre avec précision ou gentillesse, ou alors à réagir, à lever les mains ou les baisser… Mais ce n’est rien s’il s’agit de zigzaguer parmi les autres, de prendre des distances vis-à-vis de leurs desseins et manipulations ; ce n’est rien jusqu’à ce qu’on ait la chance de savourer béatement une halte dans la rue sans nom, caressée par le vent léger qui fait frémir les arbres qu’on a plantés depuis peu et que de tristes manches à balai soutiennent péniblement…
L’ennui c’est que, de but en blanc, quelque chose de terrible peut arriver. C’est cela notre aventure quotidienne. Il n’y a plus l’heureuse alternance de guerre et de paix, bataille sanglante et repos du guerrier, lutte et amour, veille et sommeil. Il y a toujours les deux, l’un et l’autre, toujours, jour et nuit. Notre minuscule mappemonde de terre et d’eau est survolée par de pacifiques chiennes et des astronautes cloîtrés dans d’inconfortables sarcophages de laiton, ou alors elle est menacée par des fauteurs de guerre avec l’arme atomique entre les dents… L’homme qui habite cette planète, où heureusement la pluie n’a pas disparu, où on a du vent et parfois on transpire, doit s’habituer à la peur, à la sensation précise de cheminer sur une lame tranchante, suspendu au-dessus de l’enfer.
Parfois, pendant quelques jours, semaines ou mois, le temps s’écoule sournoisement, jusqu’à rassurer même les plus craintif. Puis, tout à coup, quelque chose qui poussait sous une couche épaisse de cendre blanche explose. Une mèche déclenche un fusil en le pointant vers la tête d’un homme tandis qu’il roulait, pensif, dans une voiture à la capote baissée, au milieu d’une foule ennuyée, en attente pourtant de son élégant geste de salut. Tout le monde assiste, en direct à la télé, à cette voiture vieillotte et solennelle cheminant parmi des familles bien habillées et des miséreux insouciants. Nous tous assistons à la détonation, suivie par cette espèce d’attaque, ou de mise en scène. Un film avec des taches de sauce tomate au lieu de sang.
Moi aussi, j’ai été bouleversé par cette violence soudaine, entrée de façon hypocrite, à pas de loup, jusque dans la maisonnette des sept nains où l’on fêtait Blanche Neige. Une nouvelle douleur qui meurtrit, une autre absurdité qui assourdit. Il y a deux jours, à Dallas, on a tiré sur John Fitzgerald Kennedy, le beau Président.
C’est la deuxième fois qu’un grand homme de l’Histoire meurt chez nous. Il y a deux mois, le pape socialiste aux grandes oreilles a atteint le ciel, sur la pointe des pieds. Même mort, il ne cesse de bénir notre village plein d’illuminations, en s’attirant quelques décharges électriques et en donnant des arcs-en-ciel en rechange.
Je suis vraiment désolé. Le monde aura un nouveau contrecoup. Il y a seulement un an qu’on a risqué une guerre atomique avec la crise de Cuba. Peu de temps après, en un clin d’œil, on a vu surgir parmi les toits de Berlin un horrible mur qui a rendu assez invincible et infranchissable une frontière déjà triste et douloureuse. Maintenant, je ressens gravement le poids d’avoir grandi dans l’orgueil de maîtriser deux langues — l’italien de mon père et le français de ma mère — qu’on m’a inculqué en me remontant à la manivelle comme un petit soldat de plomb :
« Allons, enfants de la patrie ! »…
Quelle patrie, s’il y a partout des murs ? Si l’arrogance règne souveraine à l’ombre de la statue de la Liberté ? En voyant cet homme grand, aux cheveux blonds, traîné à la hâte sur un lit d’ambulance ; en écoutant la voix rauque de son successeur — le vice- Président Johnson — en train de prêter serment, juste une heure après dans l’avion militaire ; en respirant le parfum éventé sur la nuque blanche de sa femme Jacqueline, pétrifiée, debout dans le même avion, j’ai l’impression d’être un poupon contraint à sortir du cocon des rites consolateurs avant d’être emporté comme un sac et jeté de force au bas d’une camionnette militaire, avec un ordre affreux et péremptoire.
« Ne t’inquiète pas », me disais-je à moi-même, enfant, en enfonçant la tête dans l’oreiller, à chaque fois qu’il faisait sombre. Mais, il n’y a rien à faire, même pour l’enfant éduqué d’un avocat napolitain et d’une chanteuse française. On ne passe pas, on ne peut pas courir librement, même pas en imagination, vers les quatre coins de la terre.
La raison finit toujours par être écrasée, sacrifiée. Au commencement, on l’exalte, on la courtise en la hissant sur des plateaux et des tribunes avec des rubans, comme une femme magnifique. Comme Marilyn, morte l’année dernière, peut-être au moment où, à la faveur de la nuit, sur la plage de Cesenatico, je donnais mon premier baiser à une fille blonde coiffée comme elle. Mais après… tout le monde boit cette télévision et ne s’aperçoit pas des bourdonnements menaçants dans le ciel. C’est ainsi que d’un moment à l’autre on te tue, on enlève d’horribles murs, hérissés de tours de garde et de fils barbelés, et qu’on te contraint à te débattre de toute tes forces, juste pour flotter au-dessus de l’immense vague de l’Océan. Mais, ce n’est pas fini. Au moment le plus difficile — quand les forces vont s’évanouir et, peut-être, en allongeant le bras au risque de le casser, on pourrait saisir un débris ou une bouée de sauvetage —, la télé nous habitue à jouer de hasard : au-dessus de la vague sautille, en se déployant gracieusement en deux ou sur le côté, une splendide jeune femme, gaiement dépourvue d’intelligence et de défauts physiques. C’est à ce moment-là qu’au lieu de nous sauver, nous cédons aux sirènes d’une bataille perdue d’avance : parmi des myriades de gouttes atlantiques ou pacifiques, cette petite femme en bikini ressemble comme une goutte d’eau à une fille déjà trop connue…
Je me réveille en sursautant et je hurle :
— Agata!
al mare da giovane x blog

Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Ma famille aussi, elle sort brusquement de la torpeur de la longue enquête télévisée. Maman Gréco, qu’on appelle chez nous « la Française », se lève pour débarrasser la table. Dodo reprend sa place, son livre à la main. Le soir, derrière les annonceurs, la poudre sur le nez et occupés à mettre des rubans aux mots et à leur signification, les vieux films d’antan s’affichent au milieu des désastres du monde. Mon père s’énerve pour le énième premier plan fatal sur Greta Garbo. Il exulte, au contraire, aux rares apparitions de Doris Day. Tout ce monde en train de me tomber dessus, qu’il soit vieux ou nouveau, me semble absolument vrai. Sur l’écran, un navire de guerre soviétique ramène les fusées que Fidel Castro attendait. Maintenant, Cuba deviendra une île au souffle suspendu sur le fil de l’eau… De là remontent à la surface les petits bras luisants d’Agata. C’est une nageuse expérimentée, une sirène aux longs cheveux, se noyant dans un impénétrable aquarium. Elle est en train de retourner dans son monde tandis que je rentre dans le mien. Sous la vague, écrasé comme un immeuble terrassé par un tremblement de terre, je retrouve mon microcosme de condamné à mort : je suis un rat des villes, incapable de sortir de son labyrinthe de cages colorées. Est-ce qu’Agata est là, dans ce fleuve en crue qui pousse contre le hublot de verre ? Mais, comment ferais-je pour partir à sa rencontre si je ne sais même pas nager ?
Je devrais arrêter la pendule obsessionnelle de la pensée et de mélanger les faits du monde avec mes angoisses solitaires. Mais, le cauchemar télévisé pourrait d’un coup se renverser — hop là — en un agréable rêve : personne n’est véritablement mort, personne n’est vivant non plus, à part Agata, qui saute maintenant avec des skis nautiques, en dessinant des gribouillis sur ma poitrine d’oiseau rapace.
Après la dernière rencontre sur la terre ferme Agata s’est transformée. Maintenant, elle est inatteignable. Je dois m’habituer à la poursuivre à vide, à courir vers elle, en sachant déjà que là où j’irai je ne la rencontrerai jamais. Elle ne sera pas là. Mais, j’aurai fait un voyage ou une partie de campagne, en la gardant avec moi bien cachée au milieu des mouchoirs sales, dans la poche de pantalon. Ainsi je me fatiguerai et, sans m’en apercevoir, je confondrai son corps avec un autre corps, sa voix avec une autre voix… Et je dois donc user la douleur jusqu’à la rendre volatile avant d’envoyer à quelqu’un d’autre les mots et les gestes inventés pour elle. Maintenant que j’ai la voiture, moitié-moitié avec ma mère, je peux m’aventurer dans Rome, me faufiler dans les nouveaux trous providentiels qu’on a creusés le long des remparts et sous les quais du Tevere, atteindre des endroits lointains et inconnus où, un beau jour, je déménagerais pour m’ouvrir de nouveau à l’amour. Entraîné par cette dérive de douleur, mon esprit incertain se sauvera dans une grotte naturelle, où j’attendrai sans émotion des cortèges de mérous et de mulets, des parfums d’algues mortes ou alors des fantômes féminins, venus exprès pour me consoler :
— Alfredo, ne t’inquiète pas ! Nage !

Giovanni Merloni

Retiens_la_nuit de Johnny Halliday

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 5  mai 2013

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