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Ce libre va-et-vient de vélos me redonne un peu d’espoir

24 lundi Juin 2024

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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« Les deux extrêmes », allégorie du discours dominant

Ce « non » qu’on ne veut pas entendre : un portrait “inconscient” de la foule du Premier mai

01 lundi Mai 2023

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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En ce jour mythique et très délicat du 1er mai 2023, je reviens à mon blog sur la pointe des pieds, comme on dit, après un an pile de silence absolu. Aujourd’hui, je ne veux pas que ce soit une énième visite éphémère et je ferai dorénavant le possible pour rendre à nouveau accessible cet endroit consacré aux rencontres, aux échanges et à l’absence de stratégie : une boutique d’objets révolus et de sentiments sincères où le passé est convoqué en témoin tandis que le futur… ne s’affiche pas trop encourageant.

Ce matin, à la dernière minute, j’ai trouvé le mot pour mon bistrot où les cartes postales vont se mêler aux images en rafle que désormais tout un chacun produit ou pour mieux dire vomit au bout de promenades enrichies jusqu’à là démesure par ces trucs numériques à la mémoire infaillible qui sont devenus notre croix-et-délice d’illusions dangereuses. Au milieu d’un quadrilatère représenté par l’“Atmosphère”, la “Marine”, le “Café Pierre” et le “Pachyderme”, j’ai appelé mon lieu de rencontre “La Foule” : foule ce sera dorénavant le second nom, ou alors la face consciente de mon “portrait inconscient”, son irremplaçable substance vitale.

Le Premier mai c’est le jour de fête de la foule, c’est-à-dire de chacun de nous s’invitant à descendre vite l’escalier pour rejoindre ses semblables et… hurler avec eux, hurler et chanter avec le sentiment d’une étrange liberté et, en même temps, d’une profonde pudeur qui se brise au fur et à mesure que l’air tout autour se réchauffe nous donnant la petite certitude d’être citoyens d’un même monde, habitants tous ensemble d’un même abri extrêmement précaire qui d’emblée se reconstitue en Grand Palais, en boulevard encombré de doudounes et de petits drapeaux, d’écharpes et de visages embellis par cette incroyable sensation de l’union qui fait la force. Il s’agit peut-être d’une force éphémère, inadéquate face aux pouvoirs visibles et occultes qui nous piétinent et nous tuent… Toujours est-il que la foule du Premier mai est la conscience d’un peuple meurtri, divisé, exploité et finalement trahi ; un peuple de travailleurs qui nécessitent d’une pleine reconnaissance avec les garanties d’une retraite humaine ; un peuple de chômeurs ou de travailleurs intermittents qui ont hâte de sortir d’une précarité qui dure depuis trop de temps ; un peuple de retraités qui ne sont pas les témoins d’un paradis perdu qui ne l’était pas mais la preuve concrète de l’existence d’un pacte ayant existé et toujours possible aujourd’hui entre les différentes composantes de la société pour que le travail soit respecté comme pilier irremplaçable de la dignité humaine.

Chacun des participants à la fête du Premier mai sait bien que derrière chaque attaque à la retraite se cache la volonté de détruire encore un peu le système du travail en France. Combien de retraites ont été déjà écartelées et anéanties avec cette “idéologie du boulot provisoire” dont le revers de la médaille est le travail intermittent et précaire ?

Dire que la foule n’est pas le peuple, cela revient à déclarer sans états d’âme que le peuple ne doit pas exister, ou alors qu’il doit demeurer invisible jusqu’au moment de l’élection, seule chance offerte à tout un chacun pour exprimer sa volonté.

Oui d’accord, nous bénéficions d’une démocratie représentative et notre société, heureusement, ne se base pas sur des logiques plébiscitaires. Cependant, il faut bien que le peuple et notamment les travailleurs se parlent entre eux et s’organisent pour être écoutés. Car la démocratie ce n’est jamais acquise, elle a besoin d’être exercée, d’autant plus qu’elle risque de devenir abstraite et fragile sous les coups d’actions publiques de moins en moins soumises à la discussion auprès du Parlement et entre les différents partis qui représentent le pays.

Avec ce « non » à la réforme des retraites une large partie du peuple français exprime un malaise profond auquel l’on devra tôt ou tard répondre. Il me semble qu’Emmanuel Macron ait raté encore une fois une très bonne occasion pour se rapprocher de ses concitoyens et apprendre par là quelque chose d’essentiel qu’il semble ne pas connaître du tout : l’importance de l’écoute donc de l’expérience directe de la vie des Français.

Au bout de treize journées de manifestations démocratiques de plus en plus unitaires, la foule de travailleurs qui a su garder l’enthousiasme et la foi dans la justice humaine a sans doute représenté, on ne peut plus efficacement, les sentiments d’un peuple épuisé et inquiet, se voyant obligé à dénoncer le dépassement de la limite de garde voire la menace du décollement du “contrat vertueux” liant tous les Français entre eux.

Malgré toute tentative réitéré de nier l’évidence, syndrome largement diffusée chez les gouverneurs dans la planète des autruches, les travailleurs sont finalement en train de retisser la toile, ô combien délabrée, de leurs primordiales revendications visées à la reconstitution de l’égalité des droits économiques sociaux et culturels pour tous.

Giovanni Merloni

Premier Mai : une « guerre » citoyenne pour le Travail, la Paix et le sauvetage de la Planète

01 dimanche Mai 2022

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Giovanni Merloni, « L’avalanche » huile sur toile 130×97 cm (2019)

Tandis que mes concitoyens se battent, justement, contre le projet de retraite à 65 ans, l’épouvantail du « retrait de Russie » flotte menaçant sur ma tête. Et bien oui, j’ai peur ! Si la « République en marche » va trop vite avec son « programme », de plus en plus déconnecté de la vie réelle du peuple français, la République tout court, elle ne marche pas. Elle devrait « prendre son temps », comme on dit, pour se donner les moyens nécessaires à remettre debout les pactes non écrits et les règles indispensables pour la cohabitation des uns et des autres sous le même ciel. D’ailleurs, aucune émergence ne peut justifier cet éloignement entre les citoyens et ce tout petit groupe de personnes auxquelles on a donné la chance de tout décider, parfois sans même informer préalablement tous ceux qui en subiront de plein fouet les conséquences. Même dans un sujet comme celui de la guerre.

Au-delà des Alpes, par exemple, en base à l’article 11 de sa Constitution, « l’Italie répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales ; elle consente, en condition de parité avec les autres États, aux limitations de souveraineté cohérentes à un ordre qui assure la paix et la justice entre les Nations ; elle promeut et soutient les organisations internationales visant à tel but » : l’Italie est une nation foncièrement pacifiste, qui refuse depuis 1948 toute action de guerre envers d’autres pays. Cela ne la préserve évidemment pas des conséquences d’éventuelles actions de guerre menées par ses alliés qui font part de l’OTAN. Mais en France, le cadre est tout à fait différent : il suffit de lire l’article 35 de sa Constitution. Même si on n’y parle pas explicitement de guerre, on ne prévoit pas non plus l’obligation de soumettre à l’Assemblée Nationale les décisions que le Président a le droit d’assumer en parfaite solitude.

Je ne pense pas qu’Emmanuel Macron cherche la guerre ; tout au contraire, il l’abhorre. Mais l’absence d’un contrepoids décisionnel ne l’aide pas, je crois, à résister aux pressions de soi-disants « alliés » de la France, tels notamment les États-Unis d’Amérique. Je pense que Poutine aussi ne désire pas une guerre avec l’Occident : il l’abhorre lui aussi. Mais je ne suis pas sûr que les États-Unis soient totalement sincères lorsqu’ils déclarent qu’ils ne franchiront pas le pas.

Manifestation à Paris, boulevard Magenta

Je partage de tout mon coeur la douleur de tous les gens sensibles du monde, demeurant effrayés par la tragédie ukrainienne et tout à fait favorables à l’accueil de ces multitudes de familles obligées de fuir de leurs villes et villages sans savoir si elles y pourront jamais revenir et, dans ce cas, si elles y trouveront leur maison encore debout. Mais je trouve assez inquiétant que les États-Unis soient en train de dépenser d’immenses capitaux pour « armer l’Ukraine contre la Russie ». Pensent-ils vraiment que celle-ci puisse enfin, toute seule, gagner ? Il ne faut pas forcément « chercher le complot » pour comprendre qu’il s’agit d’une grave et bien dangereuse initiative, que Joe Biden a conçue sur la peau du peuple ukrainien tout en imposant à l’Union Européenne – traversant à présent une phase très acerbe de sa constitution politique et militaire, tandis que la crise climatique demanderait le maximum d’attention et que la pandémie de Covid-19 n’a pas encore été battue – une attitude hostile envers un pays, la Russie, qui détient l’arme nucléaire et dispose d’une force militaire assez redoutable. La télé-réalité aidant, on profite beaucoup de la sensibilité des Occidentaux envers les crimes, certes terrifiants et insupportables, perpétrés pendant cette guerre « voisine ». Et pourtant, rien qu’au cours de ce vingt-unième siècle, combien de crimes de guerre ont été commis partout dans le monde ? À l’encontre d’une longue liste de pays en guerre en ce moment même où j’écris, personne ne demande à l’Europe d’aller au-delà de la condamnation la plus résolue ainsi que de justes sanctions . Au contraire, la guerre entre Russie et Ukraine est devenue l’occasion d’une concurrence acharnée où les États-Unis sont sans doute les champions de la générosité la plus désintéressée. J’ai donc peur que cet enchaînement de petites ou grandes actions redoutables – décidées en dehors du contrôle de la part des peuples concernés – telle la fourniture d’armes de plus en plus lourdes à l’Ukraine, puisse occasionner une ultérieure, encore plus terrible et plus proche, avalanche de mort.

J’espère que mes amis pardonneront les propos que j’ai laissé libres de franchir les limites auxquelles devrait se tenir un observateur comme moi, qui n’en a pas la compétence ni le droit. Je suis un écrivain italien installé à Paris depuis quinze ans à peine, qui se considère pourtant comme citoyen de ce pays dont il partage avec enthousiasme la culture et l’esprit aussi joyeux qu’intransigeant. Cependant, mes propos avaient un but : celui de mettre ma « sensibilité d’écorché vif attaché à la vie » et mon « oeil extérieur » au service d’une réflexion citoyenne qui relie finalement la lutte politique et syndicale pour une réforme positive du travail et des retraites à la « guerre pour la paix ». Une paix durable, qui règne enfin dans un monde plus juste et solidaire, capable de relever le défi de gigantesques actions qu’il faudra concrètement mettre en place lorsqu’on s’attellera, sans doute en retard, à l’oeuvre de sauvetage de la planète.

Hasselt (Belgique), 2011

Giovanni Merloni

On a marre de crier au loup, n’est-ce pas ?

22 vendredi Avr 2022

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Deux ombres

Un ciel encore bleu

Caresse d’espérance mes cauchemars

Embobinant gentiment mes vieux cafards

Solitaires.

Un soleil exact détecte parmi les ombres

Mes pensées les plus pessimistes et sombres

Essayant d’en contourner les décombres 

Identitaires.

Mes pas dans la rue fataliste

Tracent des lignes fantaisistes

Malgré l’atmosphère minimaliste  

Et concentrationnaire.

Manifestation boulevard Magenta, Paris

Radio :

« On est à la veille du second tour électoral pour l’élection du Président de la République en France. Une période d’incertitude maximale en Europe, après une longue et épuisante épidémie de Covid-19 et maintenant la guerre en Ukraine. Est-ce que la démocratie est en péril ? »

Tout d’un coup, un dégât technique se produit. Qu’arrive-t-il ?

« Une mouche survient et des microphones s’approche/Prétend les animer par son bourdonnement/Pique l’un, pique l’autre, et pense à tout moment/Qu’elle fait aller la machine/S’assied sur le timon, sur le nez du Cocher/Aussitôt que le char chemine/Et qu’elle voit les gens marcher/Elle s’en attribue uniquement la gloire/Va, vient, fait l’empressée ; il semble que ce soit/Un Sergent de bataille allant en chaque endroit/Faire avancer ses gens, et hâter la victoire »

« Mais, qui êtes-vous ? » dit le rédacteur chef.

« Je suis la mouche du coche, cet être presque inutile venant de régions pauvres et lointaines ayant comme seule activité cet aller-retour continu entre la merde des chiens ou des chevaux et celle des êtres humains. »

« Allez-vous-en ! De quoi vous mêlez-vous ? »

« De faire sortir votre roue de la boue ! Je trouve qu’à présent, en France, une certaine mégalomanie est en train de s’emparer de l’opposition au pouvoir établi et reconnu. On s’autorise de plus en plus à un radicalisme qui s’échoue inévitablement dans le populisme le plus ambigu et dangereux. »

« La gauche se croit révolutionnaire et tombe au contraire dans le piège du populisme : c’est ça que vous voulez dire ? Mais vous n’êtes qu’une mouche… italienne, en plus ! Vous avez oublié que c’est ici en France, à Paris, qu’on a pris la Bastille ! »

Manifestation place de la République, Paris

“Révolution française” : voilà un mot qu’on comprenait au vol lors de notre adolescence aussi passionnée que confuse, même si en Italie nous n’en savions presque rien. Un mot qui portait en soi tout ce que nous étions avant de naître et ce que nous voulions devenir. Une révolution sanglante et iconoclaste, certes, et pourtant inspirée moins d’une idéologie intransigeante et sectaire que par le désir d’une véritable libération des peuples vis-à-vis des dogmes et de la prison de toute servitude volontaire. Une révolution qui reflétait, d’ailleurs, une réalité déjà révolutionnaire en elle-même, où l’élégance des révérences cohabitait avec la précarité extrême de la vie humaine et les immondices se propageant partout.

Je mêle mes pas à des inconnus

Qu’on dirait hantés et comme moi tordus

Par souci de survie, désireux à leur insu

Des bienfaits du partage et d’inattendus

Phalanstères.

D’autres inconnus, dans un endroit invisible,

Se disputent le pouvoir, devenu inaccessible,

De sauver la planète dans son état pénible.

Ils n’hésitent pas à passer nos têtes au crible

Pour qu’à jamais demeure impossible

La reconquête égalitaire

De notre citoyenneté débonnaire.

Place de la République, Paris

Radio :

« La place Rouge était vide/Devant moi marchait Nathalie/Il avait un joli nom, mon guide/Nathalie/La place Rouge était blanche/La neige faisait un tapis/Et je suivais par ce froid dimanche/Nathalie/Elle parlait en phrases sobres/De la révolution d’Octobre/Je pensais déjà/Qu’après le tombeau de Lénine/On irait au café Pouchkine/Boire un chocolat… »

C’était la fameuse chanson de Gilbert Bécaud, écrite en 1965 par le parolier Pierre Delanoë (1918-2006) : une chanson prophétique, venant des tréfonds d’une époque révolue où tout se tenait. Cette même phrase musicale s’applique bien à l’un des endroits fétiches du Paris de nos jours :

La Place de la République est vide

La rage fait un tapis… »

Je suis toujours tenté de me rendre place de la République dans l’espoir d’y rencontrer la Natasha de Tolstoï, incarnée par l’incontournable Audrey Hepburn, ou alors la Lara de Pasternak, éternisée sur l’écran par l’envoûtante et très sensuelle Julie Christie. En binôme avec place de la Bastille, cette place est devenue le véritable centre du Paris. Tout en gardant au plus haut niveau son visage humain, elle paraît aux visiteurs comme une vaste dalle glacée ou alors un éternel tapis de neige, même quand il y brûle le soleil. C’est peut-être en raison de cette ressemblance inattendue avec la place Rouge de Moscou que j’y ai entendu évoquer, le temps d’une seule chanson, une autre révolution. Ce serait intéressant de connaître la véritable histoire de l’idée blasphème et anachronique – ô combien propice pour les esprits opprimés en manque du souffle de la Liberté – qui est à l’origine de l’actuel aménagement de la place de la République : cela pourrait nous amener à découvrir un lien entre celle-ci et la chanson de Bécaud ! Toujours est-il que Paris, au contraire de Rome, par exemple, ne pouvait pas vanter une véritable place calme et accueillante qui fût aussi au croisement d’un faisceau de rues et boulevards aussi vitaux et tapageurs. Cet accomplissement posthume du réseau haussmannien est même hérétique et tout à fait opposé à la stratégie de la grandeur (remplaçant les barricades) voulue du Baron et du « petit » Napoléon. À présent, place de la République se charge prodigieusement de la rencontre avec l’humain et la culture tout comme les autres « œuvres indispensables » fermement voulues à Paris par les anciens présidents Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac… La beauté de cette œuvre est d’ailleurs exaltée par la pleine récupération symbolique et morale de la statue de la République, jusque-là reléguée à la fonction de bouée au milieu d’un rond-point sans âme. Maintenant, située là où plus fort bat le cœur de Paris, dont garde encore l’esprit populaire, la Marianne ajoute sa personnalité aux événements, rassemblements et rencontres qui se déroulent auprès d’elle, jusqu’à évoluer elle-même avec les couleurs changeants des saisons et des libres expressions citoyennes. Auteur de ce miracle de la foi républicaine ne fut pourtant pas un président de cette même République, mais un ancien Maire de Paris, Bertrand Delanoë. L’évocation de ce lieu désormais sacré, nous fait d’ailleurs découvrir une assez singulière coïncidence : celui qui réalisa, avec place de la République, la dernière œuvre de la “grandeur positive” de la France institutionnelle portait le même nom de famille, Delanoë, de l’auteur de la chanson consacrée à la Place Rouge de Moscou !

Place de la République, Paris

L’hérésie d’une place octroyée au peuple qui ne fût pas le jardin de Versailles ou l’immense place de la Concorde a en effet déclenché une inédite réalité urbanistique, politique et sociale soit dans l’utilisation de la place même soit dans la transformation des quartiers tout autour d’elle. La nouvelle Place de la République a joué enfin un rôle central dans la renaissance de la gauche française et ses successives métamorphoses. Elle est devenue le lieu de la rencontre hasardeuse, mais aussi le lieu adapté pour un débat politique basé sur la participation spontanée de tout un chacun. C’est dans un esprit de libération aussi attendu que bienvenu que place de la République fut, dès son inauguration, en 2016 – au lendemain du carnage du Bataclan et des fusillades autour de la place, quelques mois après la tuerie de Charlie Hebdo – le théâtre des assemblées des « Nuits debout », une sorte de marathon qui redonna surtout aux nouvelles générations l’avant-goût d’une participation réelle au destin du Pays… Grâce à cette place – qui manquait durement aux Parisiens, notamment dans ces années 2000 et 2010 où la technologie numérique et l’ultra-libéralisme à l’américaine ont réduit leur vie sociale au minimum historique – au lieu de dialoguer de façon exclusive et obsessionnelle avec leurs smartphones, les jeunes générations ont eu la chance de récupérer au fur et à mesure cette indispensable dimension collective et politique ainsi qu’une nouvelle forme d’orgueil citoyen qui marquent un important pas en avant vis-à-vis de la condition d’enfants gâtés par la richesse culturelle et l’indomptable énergie vitale de leur ville. L’espace public est là, offert à tout un chacun. Et pourtant au moment qu’on y met le pied un sentiment de responsabilité se déclenche, avec celui de traverser l’Histoire.    

   

Marianne sur les toits de Rome

Le destin a voulu que la « nouveauté » d’une véritable place offerte au peuple, marquée notamment par la présence symbolique de la statue de la République, tombe pendant le quinquennat de François Hollande. Une présidence malheureusement ratée selon les gens de gauche, car après Sarkosy une grande partie des Français avait vu en Hollande l’homme du changement attendu. Bien sûr, l’action d’Hollande a été lourdement conditionnée et même fourvoyée par les attentats de 2015 et 2016. Bien sûr, avec la taxe sur la Fortune et le Mariage pour tous Hollande a marqué un tournant important, très positif. Cependant, ces deux lois semblent avoir été « lancées » sans avoir préparé le terrain et sans penser aux conséquences. Le « mariage pour tous » a été sans doute une loi courageuse et cohérente avec l’esprit de laïcité et de progrès dont les socialistes sont historiquement porteurs. Mais il ne faut pas oublier que c’est avec la grande manifestation réactionnaire contre cette loi que l’extrême droite de Marine Le Pen a commencé sa redoutable montée. En même temps, il faut se souvenir de la frilosité des hommes d’Hollande, notamment Manuel Valls, qui ont agi tels des pompiers vis-à-vis de tout espoir populaire d’un changement. D’ailleurs, c’est pendant le quinquennat d’Hollande que la France insoumise est née : un mouvement « on the road », essentiellement de gauche, se voyant en un certain sens obligé à « repartir à zéro ». Cela n’a pas été suffisant à bâtir une opposition de gauche à la hauteur du combat présidentiel. De son côté, Hollande, au terminus de son mandat, parfaitement conscient du décollement de l’action achevée vis-à-vis de toute crédible politique de gauche, décida abruptement de se soustraire à l’échec d’un rejet électoral annoncé.

En même temps, Hollande avait cru en bonne foi que le travail accompli ayant bien servi à la France, son continuateur idéal ne devait pas être un socialiste utopiste comme Hamon mais un technocrate travailleur et efficace comme Emmanuel Macron.

C’est dans ce climat de renonciation et de repli que la gauche française s’est éparpillée, peinant beaucoup à retrouver son souffle autour de Mélenchon.

Ce qui s’est passé en 2017, notamment avec l’impressionnante montée de Marine Le Pen, était tout à fait prévisible même si celle-ci fut perçue comme une véritable surprise : en plus du mouvement contre le mariage pour tous, Le Pen pouvait aisément exploiter le phénomène de l’immigration, thème cher à la droite extrême qui trouve malheureusement une grande écoute auprès d’une partie significative de la population.

Pendant le quinquennat Macron, la situation a empiré, car le mécontentement généralisé n’a pas trouvé les partis de la gauche suffisamment prêts à s’en charger de façon systématique sur le territoire national.     

En plus, envers le mouvement nouveau des « gilets jaunes » ni Macron ni l’opposition de gauche n’ont activé une véritable confrontation. Pendant la pandémie aussi, j’ai vu l’absence de toute initiative de la part des partis de la gauche visant à contrebalancer le rôle « totalitaire » du président-roi, qui a pourtant remporté quelques résultats concrets tout en aidant « coûte que coûte » les catégories en crise. Toujours est-il que la haine contre Macron a monté, certes justifiée par les exactions policières et par le manque d’écoute vis-à-vis de plusieurs questions cruciales. Cependant, je suis convaincu que Macron n’a rien fait de particulièrement grave par rapport à ceux qui l’ont précédé. Au contraire, Macron a foncièrement respecté la démocratie républicaine et n’a jamais affiché d’attitudes populistes.

Il y a, avec Macron, l’espace pour bâtir une opposition sérieuse et tout à fait indépendante, tandis que la candidate de l’extrême droite obligera tout un chacun à une résistance d’autant plus dure et difficile qu’elle fera tout son possible pour passer à côté de notre Constitution. Et puisque la majorité des Français tiennent beaucoup à l’Europe, on devra s’évertuer et s’armer de beaucoup de patience pour éviter d’en sortir.  

« Toujours est-il que de nos jours, presque partout dans le monde occidental – m’écrit de Turin mon ami poète Loris Maria Marchetti – les classes politiques et administratives sont devenues tellement incapables, myopes, incompétents, inadaptées (le Machiavel dirait « corrompues » au sens étymologique du terme) que les citoyens qui les ont élus – à leur fois myopes et incapables – essayent de s’en défaire en comptant sur d’autres forces même pires (voir l’éphémère « triomphe » de Beppe Grillo en Italie ou la sympathie portée un peu partout aux « droites » souverainistes, nationalistes, etc.).»

Sommes-nous au rejet radical

De l’idée d’un progrès à notre taille ?

Sommes-nous à la faillite de notre société 

Solidaire ?

Je n’y crois pas.

Sommes-nous à l’extermination 

Des faibles et des démunis ainsi que

De tous ceux qui sont tout bêtement 

Contraires ?

Je ne veux pas y croire.

Est-ce que notre société a besoin

De cette haine ?

Au contraire, elle ne demande 

Que de l’amour.

Peinture murale auprès du bistrot « L’Atmosphère », Xe arrondissement, Paris

Deux cent trente-trois ans depuis la Bastille, Paris et la France ne paraissaient avoir pas vraiment changé : il y demeure encore, hélas, ceux qui font la voix grosse, en promettant des mers et des monts en carte postale tout en préparant, au contraire, des régimes totalitaires et policiers prêts à s’arroger le droit de persécuter et même tuer les plus faibles, les divers et tous ceux qui osent dire et discuter ouvertement les vérités les plus incommodes. Malheureusement, ils sont nombreux à les suivre, naïvement convaincus de leur bonne foi ainsi que de leurs capacités politico-administratives de se tirer d’affaire. 

Aujourd’hui, en France, on assiste à la montée de la haine ainsi que du racisme : deux attitudes tout à fait incohérentes vis-à-vis de l’histoire de ce pays considéré par tous les gens du monde comme le plus tolérant et ouvert à l’étranger qui soit. L’extrême droite n’existerait pas ou serait d’importance négligeable s’il y avait une gauche digne de ce nom, c’est-à-dire socialiste et respectueuse des règles et des principes de la démocratie. D’ailleurs, Macron, à lui seul, résume toutes les droites possibles et les ménage parfaitement. Cependant, il n’est pas populiste et essaie de correspondre à ses programmes. Au point de vue du rapport avec les “autres” qui manquent de papier, d’abri et/ou d’un poids politique réel quelconque, il est bien sûr hautain et fort antipathique, mais il ne fait que continuer ce qu’ont fait, dès le commencement de leurs mandats, ses prédécesseurs Sarkozy et Hollande. Et c’est pendant la Présidence Hollande que le mouvement des insoumis est né. Avec Hollande c’était Manuel Valls le bouc émissaire, l’homme qu’il fallait haïr. Avec Macron, puisqu’il a pris tout sur lui, la haine s’est concentré sur lui-même au-delà de ce qu’il méritait. Il est devenu l’ennemi-numéro-un de la démocratie, comme l’étaient les Juifs dans l’Allemagne d’Hitler. Et pourtant nous sommes tous libres de parler contre Macron et cætera. Pendant sa présidence, aux Insoumis se sont ajoutés les Gilets jaunes, aux attitudes encore plus simplistes et tranchantes. Avec une écoute attentive et organisée, une gauche sérieuse aurait pu et dû donner une issue positive et démocratique aux besoins réels des uns et des autres insoumis. Nous n’avons pourtant eu que le silence de cette gauche institutionnelle en retraite, tandis que la gauche populiste a préféré s’adonner de plus en plus à la haine envers ce Président que pourtant tout le monde hors de France nous envie. Dans ce climat de chasse aux sorcières, Marine Le Pen, qui n’a honte de rien, en a grossièrement profité pour occuper de façon désinvolte et mensongère un camp qui ne lui appartient pas. Prête bien sûr, une fois élue, à faire quelque chose de très semblable à ce que nous avons vu avec Trump et voyons maintenant en Brésil, Hongrie, Pologne, Turquie et Russie… Comment est-il possible qu’on puisse mettre Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur le même plan ? Si c’est très offensant et totalement déplacé dire de Macron qu’il est fasciste, appeler l’autre candidate fasciste c’est dire peu, très peu de ce qu’elle est et peut faire si on lui donne les clés du pouvoir.

Ce qui m’a définitivement illuminé sur le destin horrible qui se prépare pour nous tous, et notamment pour les étrangers comme moi et ma famille, c’est la sous-évaluation, de la part de nombreux « insoumis », du risque de plus en plus réel de la victoire des populistes de droite. Ils ne considèrent évidemment pas qu’avec Le Pen tout serait énormément plus difficile qu’avec Macron, et que leur mouvement même, ayant facilité, par son comportement, cette victoire, en sera justement tenu pour responsable !

L’indécis

Je me rends compte, bien sûr, que les Insoumis ou les « dandys » de gauche, ainsi que les abstentionnistes endurcis, en ont marre d’entendre « crier au loup ». Ils ont toujours pensé qu’il y avait toujours quelqu’un d’autre qui se chargeait de la fastidieuse besogne de courir au chevet de la démocratie et de l’histoire unique au monde de la France.

Ils ne voient pas, évidemment, la nécessité absolue de garder nette la distinction entre :

– une République – sans doute à corriger pour ce qui concerne le pouvoir et le rôle du président, qui demeurera pourtant encadrée dans la Constitution et dans les pactes européens – confiée pour cinq ans à Emmanuel Macron

– et cet État aventurier – aux contours redoutablement flous, s’affichant jusque du premier jour caractérisé par la vocation autoritaire à l’intolérance et à la persécution de tous les « divers » – qu’on risque de mettre dans les mains de Marine Le Pen, tout en sachant qu’elle prétendra de consolider son installation à coup de referendums contraires à la Constitution.

On n’essaie pas ça !

Eh bien, de toute ma gueule

Je crie au loup !

Nous avons eu jusqu’ici la chance

De nous réorganiser pour bâtir

Au jour le jour, une république plus juste, 

Cette chance gaspillée n’a pas été 

Exploitée jusqu’au bout.

Je crie au loup parce que je ne vois que paresse,

Incapacité et hautaine présomption 

Dans les attitudes de ceux qui esquivent

La table d’une positive rencontre.

Je crie au loup parce que croire

Aux ânes volants évoqués par des notoires

Criminels c’est la pire des utopies 

Je crie au loup parce que le barrage

Est faible, parce que c’est à nous tous

De le rendre inébranlable et solide.

Pont Bir-Hakeim, Paris

Giovanni Merloni

« La rue est à qui ? » (La pointe de l’iceberg n. 19)

07 samedi Déc 2019

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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« La rue est à qui ? »

Ce 5 décembre 2019 ne marquera pas un véritable changement. Elle n’ouvrira pas non plus de nouvelles portes, cette grande et belle manifestation en défense des droits des gens qui travaillent et notamment des retraites que le gouvernement voudrait frapper à mort.

Cependant, j’ai vécu cette journée, avec bien d’autres qui l’ont précédée, comme le signal évident d’un réveil. Dans la forme et dans le fond.
Dans la forme. Contrairement à ce qu’on raconte au sujet de cette journée, qu’on voudrait classer comme un énième épisode marqué par les affrontements et la violence, je n’ai vu que des personnes responsables et pacifiques, parfaitement conscientes de ce climat de « chasse aux sorcières » dont le gouvernement ne pourra pas se servir à l’infini, donc doublement engagées pour que tout rentre dans l’ordre et dans le respect de la démocratie.

Dans le fond. La question des retraites, d’importance vitale en elle-même, n’est en vérité que la pointe de l’iceberg d’une action longuement programmée par le gouvernement, sérieusement intentionné à changer intimement notre société pour la soumettre à des logiques d’exploitation « de l’homme par l’homme », comme le disait si bien Karl Marx, encore plus insupportable qu’elle ne le soit pas déjà.
Pourquoi les Français doivent-ils renoncer aux conquêtes sociales et culturelles qui leur ont permis de prospérer en équilibre avec la nature et les autres peuples du monde ? Pourquoi doivent-ils devenir « nord-américains » pour être tous encadrés dans la logique totalement inhumaine d’une « société asociale » où ne figurent que les richissimes et les misérables ?

Pendant la manifestation de jeudi, quelqu’un demandait, plusieurs fois : « La rue est à qui ? » Et tout le monde répondait à temps : « C’est à nous ! »
Je considère cette expression comme l’une des preuves les plus évidentes de cet éveil des consciences. Bien sûr, il faudra se méfier des démagogues, voire des tribuns qui essaieront sans doute d’ouvrir une brèche en cette nouvelle unité populaire et entre les générations pour des dérives populistes ou vaguement anarchiques.
Bien sûr, il faut respecter cette rue qui est la nôtre, ce monde qui est le nôtre, se souvenant pourtant que la rue ne fait qu’un avec la société qui l’habite, avec les humains qui y demeurent, qui s’y rencontrent, qui y meurent.
Donc, il faut veiller pour que d’autres n’abîment pas notre patrimoine : et là, je ne parle pas que des casseurs, mais aussi de tous ceux qui prétendent avoir plus de droits que les autres leur permettant de traiter ce même patrimoine — fait d’humanité, de travail et de culture millénaire — comme s’il s’agissait d’une « chose » qu’on peut impunément défigurer.

Giovanni Merloni

Au profit de quoi, en France, allons-nous vivre dans une société où le travail, la justice et les bases culturelles de la civilisation seront de moins en moins garantis ?

14 dimanche Avr 2019

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Valère Staraselski

Pablo Picasso, Guernica

Au profit de quoi, en France, allons-nous vivre dans une société où le travail, la justice et les bases culturelles de la civilisation seront de moins en moins garantis ?

Toujours en me demandant comment est-il possible que nous en soyons là — à la destruction systématique de biens et valeurs aussi primordiales qu’indispensables pour qu’une démocratie puisse se défendre des attaques venant de l’extérieur — je m’obstine à croire que les hommes et les femmes de France sauront arrêter la vague des actions négatives qui en défigurent l’image et le rôle en Europe et dans le monde.

Dans les récentes interventions gouvernementales concernant la justice, le travail et l’école — trois questions intimement entrelacées et interdépendantes depuis toujours — on perçoit la hâte d’empirer les équilibres existants, négligeant de garantir aux citoyens français cette partie essentielle de la « certitude du droit » qui vient du partage d’une vision commune au sujet des conquêtes et des valeurs de notre démocratie républicaine.

Giovanni Merloni

Sans ultérieur commentaire de ma part, je vous transmets deux entrevues animées par Valère Staraselski, écrivain et journaliste de l’Humanité dans l’émission « Libre parole »  :

— La première, avec Jean-Paul Jouary, philosophe et essayiste : « L’enseignement de la philosophie est-il en danger ? »

— La deuxième, avec Meriem Ghenim, avocat : « Une justice privée coûtera cher aux contribuables ! »

(CLIQUEZ sur les liens en rouge pour saisir les vidéos)

Pour un Premier mai sans gens en fuite !

01 mardi Mai 2018

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Pour un Premier mai sans gens en fuite !

Tous les peintres n’aiment pas parler de leurs tableaux, raconter par quel étrange enchaînement de pulsions et de réflexions subliminales ils ont atteint tel résultat, telle image parfois inattendue et choquante… en raison de l’hypothétique sujet évoqué ou représenté, ou alors en conséquence d’une rupture apparente vis-à-vis de leur style bien connu et souvent unique…
Tous les peintres n’aiment pas parler ou écrire…

En fait, il vaut toujours mieux que l’observateur même exprime librement son ressenti en termes d’acceptation admirative ou de révolte.
Je ferais le même si je devais montrer mes tableaux dans une véritable exposition publique, c’est-à-dire dans un espace physique adapté.
Avec le blog, et sa façon tout à fait particulière de faire vivre les choses, la perspective change. Je peux en effet établir une distance ou même une dissociation (qui n’enlève pas mes responsabilités) entre l’auteur et son œuvre, de façon que celle-ci accepte de se laisser regarder et analyser comme un texte anonyme ou alors comme un texte collectif auquel tout le monde a participé…

Après ce long préambule, j’avoue sereinement que je demeure étonné devant cette scène assez dramatique et comme suspendue où ma peinture — jusqu’ici rayonnante et constellée de nuances portées à l’obsession — semble vouloir disparaître pour céder le pas à une forme tout à fait inattendue de Pop Art ou de Bande dessinée ! Je ne me surprendrais donc pas si quelqu’un qui connaît mes dessins ou tableaux précédents se déclarait scandalisé ou déçu pour l’abrupt « retour à l’essentiel » que ce tableau laisse soupçonner.

J’ai dû faire cela, parce que mes rêves, tout comme les rêves des Parisiens et de la plupart des habitants de l’Europe, ne peuvent pas se passer d’un sentiment de tragédie collective qui hante désormais notre quotidien et nos nuits insomniaques.
Certes, la partie n’est pas encore complètement jouée entre le Bien et le Mal dans les différents pays de la planète. Cependant, on est de plus en plus conscient de devoir subir une barbarie qui trouve la façon de contourner la démocratie et les primordiales attentes des peuples.
Sur une péniche joyeusement ancrée auprès du bassin de la Villette, il y avait une simple inscription, ô combien juste :

LA LIBRE CONCURRENCE TUE LA CULTURE !

La libre concurrence (qui d’ailleurs n’est pas libre du tout) tue, avec la culture, les civilisations, la solidarité sociale et le bonheur de l’amitié voire de l’échange désintéressé entre les humains.
Nous sommes tous responsables de cette dérive aussi violente qu’autodestructrice, parce que nous sommes tous faibles, victimes des chimères du progrès et du bien-être personnel et familial dont nous connaissons parfaitement le redoutable revers de la médaille.
Nous continuons à poursuivre le mythe américain, même si nous voyons bien ce que cela signifie. Le pays qui aurait sauvé l’Europe à la fin de la Seconde Guerre est maintenant le principal armateur de la violence dans le monde.
En insistant avec ses logiques impitoyables basées sur le pouvoir absolu de l’argent, nos bien-aimés États-Unis finiront pour nous entraîner dans un cauchemar irréversible qu’ils auront sans doute prévu dans l’un de leurs diaboliques films catastrophiques.

Voilà dans quel état d’âme j’ai imaginé de me réveiller dans une rue de Chicago ou de Dallas touchée par la peur. J’y ai rencontré des gens en fuite. Peut-être s’agissait-il d’une famille, ou alors d’un père avec sa fille, accompagnés par deux voisines de son immeuble. Apparemment, rien ne s’était passé. En train de s’éloigner de quelque chose de menaçant, ils étaient descendus dans la rue… Cependant, leurs visages n’étaient pas figés par la peur, ils affichaient au contraire une expression courageuse et confiante…

Aux « copains d’abord » d’Amérique ainsi qu’à vous tous je souhaite, le muguet à la main, un Premier mai de résistance et de lutte pacifique au nom de l’Amour et du Bien que les humains peuvent se faire réciproquement pendant longtemps encore !

Giovanni Merloni

Image

Deux mille dix-sept

01 dimanche Jan 2017

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Publié par biscarrosse2012 | Filed under les unes du portrait inconscient

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Je prends la parole

24 samedi Déc 2016

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient, mes poèmes

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Je prends la parole

Je prends la parole
Pour vous dire Bonjour
Pour vous inviter à sortir
Si vous êtes cloîtrés
Pour vous inviter à rentrer
Si vous êtes ivres.

Je prends la parole
Pour démentir toutes les bêtises
Qui me sont échappées du clavier
Pour ressusciter toutes les vérités
Que j’ai oublié de dire
Que je n’ai su dire
Que je ne sais dire.

Je prends la parole
Pour vous avouer
Que j’ai peur de mourir
Mais je n’ai pas peur de vivre.

Je prends la parole
Pour vous remercier d’être là
Visibles, invisibles
En ce monde violent que pourtant
Nous essayons, ensemble,
De contourner
D’amadouer
D’esquiver
D’embrasser fort
Et d’accrocher enfin
Dans une seule boule d’air céleste
À cette femme-arbre de Noël
Qui ressemble à la Vie.

Giovanni Merloni

Vivre la vie, tuer la mort

10 jeudi Nov 2016

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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godard-vivre-sa-vie Jean-Luc Godard, Vivre la vie, image empruntée à un tweet de Laurence (@f_lebel)

Vivre la vie, tuer la mort

Je remercie Franck (@FrankDache) et Laurence (@f_lebel) d’avoir lancé, hier matin, dès que les résultats définitifs des élections américaines ont été confirmés, cette affiche sobre, élégante, à peine souriante, qui nous dit, avec le film de Godard, qu’il faut vivre la vie !
Je partage intimement le choix de cette image, parce qu’elle m’aide à réfléchir et, j’espère, à trouver des mots adaptés pour exprimer à mon tour mon état d’âme désemparé et inquiet, mais confiant aussi.

Dans le « quatrain quotidien » de ce même matin de cauchemar, pour tous les Européens qui ont aimé l’Amérique, Élisabeth Chamontin (@Souris_Verte) a tout synthétisé dans un alexandrin qu’on ne pourrait plus honnête et sincère :
« Donald Trump est élu et un monde s’effondre ».

En même temps, Dominique Hasselmann (@dhasselmann), dans son célèbre « Métronomique », écrit, avec son indomptable ironie :
« Pour la première fois une femme, Hillary Clinton est battue d’un cheveu par Donald Trump »

Quelqu’un d’autre a cité une phrase d‘Antonio Gramsci qui se révèle aujourd’hui d’une grande actualité :
« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

« Voir venir et ne pouvoir rien » dit avec franchise Brigitte Célérier (@brigetoun), tandis que Lucien Suel (@LucienSuel) propose un proverbe éloquent :
« Tant va la noix au marteau qu’à la fin elle se casse. »

002_woody-180

Woody Allen

Je ne veux pas répéter ce que d’autres ont dit si bien et je partage tout à fait. Car en France et en Europe on a en plusieurs le sentiment commun, je crois, que cet empire de l’argent se débat désormais comme un requin blessé et qu’il voudrait entraîner tout le monde, voire toute la planète, dans un jeu de massacre qui va de plus en plus ressemblant à une roulette rousse.

Cela dure désormais depuis une trentaine d’années, depuis que le petit mot « dérégulation » (« deregulation » sans aucun accent en anglo-américain) a commencé à circuler. L’Europe, avec ses différentes « vitesses » (ou « richesses »), en est l’exemple bigarré. Tandis que les États-Unis en sont le phare, avec la mortification des structures publiques (à commencer par les écoles) ; la modification des lois sur le travail, qui devient partout précaire et de plus en plus menacé ; l’abolition ou la privatisation de la solidarité sociale s’accompagnant à une progressive réduction des droits des citoyens.

Dans un système de plus en plus rigide et injuste, les riches sont de plus en plus exagérément riches tandis que les pauvres perdent toute dignité et marge pour la survie. Les classes moyennes, ne partageant pas, en général, les occasions d’enrichissement « facile », dépendent de salaires et retraites plus ou moins acceptables pour vivre dans une condition « privilégiée » qui demeure toutefois statique et, elle aussi, menacée.
Venant d’Italie et vivant en France, je me rends bien compte que ce procès de privatisation et de dérégulation a beaucoup avancé dans ces deux pays. Mais on est encore à moitié du gué. Heureusement. Nous pourrions encore, en Europe, envisager une façon moins suicidaire de nous aventurer dans le siècle.

Aux États-Unis, au contraire, on est déjà sur l’autre rive. La situation économique et sociale est déjà compromise. Donald Trump (1), comme naguère Silvio Berlusconi, en Italie, peut bien faire des promesses à ses associés. Mais il ne pourra rien faire pour un peuple qui va devenir de plus en plus pauvre et démuni de protection sociale. Voilà pourquoi je vois en cette élection le coup de queue du requin blessé, car le « système en crise » n’a pas choisi, pour se défendre, un homme ouvert, intelligent, prêt à se charger de la démocratie et du dialogue, mais, au contraire, un homme qui menace. Un « gagnant » qui ne semble avoir aucun scrupule de se servir d’armes propres et impropres pour tenir rassemblé un pays à la dérive autour…
Autour de quoi ?

J’espère vivement que l’Europe saura se soustraire aux dérives inquiétantes et débordantes de ce pays ami et aimé. Elle a déjà assez souffert pour ces « changements » dont on pouvait peut-être se passer. Elle est en train de payer un gigantesque tribut de travail et de sang pour les contradictions planétaires que ce système pourri amène par le biais d’une immigration sauvage et du terrorisme. Je confie dans l’Europe, avec la France au premier rang. On y fera valoir, sans doute, la force de l’intelligence pour faire des pas cohérents à nos valeurs et principes, à notre histoire, à nos extraordinaires richesses humaines, naturelles et culturelles.
Je suis là pour vivre la vie et pour tuer la mort.
Vivre la vie ce n’est pas faire comme les autruches, se cloîtrant dans l’égoïsme et dans la méfiance, mais, au contraire, c’est retrouver la joie de « vivre dans la vie » que nous est donnée par cette société merveilleuse qui survit malgré tout aux attaques de ses ennemis de toute sorte.

J’accepte de faire des sacrifices — d’ailleurs, cela a été toujours comme ça —, mais je me refuse de me faire imposer un modèle de vie tout à fait insensé au nom d’une richesse privée qui ne me regarde pas.
Jusqu’ici, en France et en Italie, renonçant bien sûr à beaucoup de choses, j’ai pu vivre en équilibre à partir de revenus très ordinaires.
En Amérique (et peut-être en Angleterre aussi), je ne pourrais pas survivre dans une grande ville, profitant comme ici des occasions culturelles et de loisir.
Là-bas, je ne pourrais pas faire gratuitement quelque chose pour le monde qui m’entoure ayant dépassé les années de travail. Je devrais travailler jusqu’au moment de la mort pour me payer les médicaments et l’assistance, ou alors je devrais me résigner à mourir pour manque de société.

C’est ça l’Amérique, malgré Obama, hélas ! Peut-être, Hillary Clinton aurait essayé de faire quelque chose pour rééquilibrer cette situation mortelle. Son élection nous aurait en tout cas laissé l’espoir en une réflexion, en un changement de route. Pendant quatre ans nous serons encore plus seuls qu’hier.

À partir de cette Europe « difficile », mais d’autant plus nécessaire, tout en profitant de sa sagesse millénaire, je suis sûr qu’ici on continuera à « tuer la mort », gardant tout entier cet esprit de tolérance et d’amour pour les autres qui nous a aidés par exemple à surmonter le terrible défi des attaques terroristes. Ce n’est pas avec les armes qu’on tue la mort ! Heureusement, nous avons encore l’intelligence pour ne pas accepter les provocations et pour ne pas nous faire embobiner. Et nous garderons toujours le sourire pour que la vie revienne !

Giovanni Merloni

003_paperino

Walt Disney, Donald Duck (dessin de Romano Scarpa (1927-2005)

(1) Malheureusement, Donald Trump n’est pas qu’une couche de couleur sombre. Il n’est pas un « trompe-l’œil » non plus. Il n’a rien à voir, ni à rire avec Donald Duck. Et « trump » ce n’est pas le même que « tramp », mot qui revient à ma mémoire avec une fameuse chanson de Frank Sinatra s’adressant à une femme « vagabonde » qui évoque à son tour le « vagabond » par excellence, ce Charlie Chaplin qui a tellement donné à l’Amérique, à l’Europe et à l’humanité.

004_tempi-moderni4-1000x600-1Charlie Chaplin (Les temps modernes (1936)

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