le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

le portrait inconscient

Archives de Catégorie: mes poèmes

poèmes publiés dans le portrait inconscient
groupés en collections avec les suivants Mots-Clés :
Avant l’amour
Ambra
Nuvola
Stella
Ossidiana
Luna
Solidea
Zazie
Testament immoral

Un oiseau bleu, 1975 (Ossidiana n. 38)

19 jeudi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Ossidiana

001_donna con uccelli 83 a iPhoto 180

Giovanni Merloni, La femme aux oiseaux, 1983, encres sur papier 50 x 35

Un oiseau bleu (1975)

Un oiseau bleu
dans ta main.

Un horizon aveuglant
sur ta bouche.

Un souffle
de branches jaunes
au creux de tes jambes
engourdies.

Des boucles de papier
se dessinant
sur tes yeux
sur tes joues
sur tes gestes
immobiles.

Mon petit cadeau
sur ta poitrine.

Mon petit coeur
dans tes bras serrés.

Ma brève vie
dans ton envol.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

 

(Je croyais que c’était) facile de le dire

18 mercredi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, mes poèmes

≈ 2 Commentaires

001_facile dirti 180 lum

Londres, 1978

(Je croyais que c’était) facile de le dire, de m’adonner à la légèreté du souvenir, suivant tes pupilles qui s’envolent avant de se perdre dans la brise. Mais c’est bien triste cette course vaine de l’esprit car tu ne t’en soucies pas, car tu ignores mes cailloux blancs. Pâle, noble lune qui vas mourir te perdant dans ses yeux, tes heures sont trop absurdes, tes lueurs sont bien tristes… » Et pourtant, sa distraite blancheur a ouvert une brèche dans ton cœur. Petit à petit, le sourire de la lune te rassure par sa longue conversation mélancolique. Petit à petit (ne vois-tu pas que je t’appelle déjà « amour » ?) la lune te dissout en te regardant dans les yeux. Tandis que la mer, petit à petit, se réchauffe, dans ton regard la pluie tôt, comme une vague, s’avance.

002_facile dirti 180 NB lum

Londres, 1978

Giovanni Merloni

Credevo che fosse facile (1961)
Credevo che fosse facile dirtelo, affidandomi alla leggerezza del ricordo delle tue pupille che volano e nella brezza chiamano. Ma è triste questa corsa vana della mente se tu non te ne curi, se tu ignori, i miei sassi bianchi. « Pallida nobile luna che muori, che ti sperdi nei suoi occhi troppo assurde sono le ore tue, troppo mesti i tuoi chiarori. » Eppure, il suo distratto chiarore ha aperto un varco nel tuo cuore. Mano mano ti riscalda il sorriso complice della luna col suo lungo malinconico lamento. Eppure la luna (vedi, ti chiamo già « amore ») mano mano la luna ti scioglie
se ti guarda negli occhi. Mano mano che il mare si scalda nei tuoi sguardi la pioggia, presto, come onda, si allarga.

Giovanni Merloni

« Papa est mort… », 1964 (Ambra n. 42)

17 mardi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Ambra

001_papà è morto 180

« Papa est mort… »

« Oh ! Non !
C’est trop triste
cette histoire !
Vous faites pleurer
mes petits ! »
dit la femme-colonne
en laissant ses deux singes
libres de chiffonner
sa poitrine.

Elle éteint le sombre son
de la télévision
avant de s’accommoder,
les jambes ratatinées,
sur le fauteuil abîmé.

« Au lit ! Au lit ! maman
doit lire ! »

Sans rien dire,
les enfants ont ouvert
et refermé leurs mains
noircies : « Bonne nuit ».

La chambre fermée,
une question sans réponse
a éclaté :
« Mais papa, est-ce qu’il reviendra ? »

« Papa est mort »
murmure l’aînée
tandis que sa mère,
femme-sainte sans prière,
doit se rendre en volée
ouvrir la porte.

Un homme-ogre est entré
qui tout de suite a payé
et pourtant ne veut pas lui donner
même pas un baiser
sur la bouche « malade ».

Engourdie de malheur,
subjuguée par la peine
d’être une mère éphémère
elle n’a pas envie
d’ajouter du chagrin
ni des litiges :
« Soyez sages mes enfants ! »

(Et pourtant, celui-là
a une allure très violente
car on l’a maltraité
ce jour même, au travail
et qu’il roule dans une pente
dangereuse.)

Cette mère, écrasée
voudrait hurler. Au contraire
elle ne peut pas parler
par ce nœud à la gorge
par ce souffle étranglé.

Petit à petit
de ses gestes meurtris
de femme-honnête
se déclenche une tempête.

Comme une bête, elle anéantit
tout ce qu’elle rencontre.
Elle détruit la scène même
d’où sa vie de carême
essayait de bondir.

002_papa est mort 180 lum

Maintenant,
toute la rue est là-dedans,
l’on allume bien de lampes :
des lumières inconnues
transperçant toute la pièce
brisent l’air poussiéreux
comme des flèches
ou des coups de fusil.

Presqu’aveugle,
étendue dans son sang
elle n’entend rien du tout
désormais.

« Papa est mort »
insiste la grande.
Les enfants étourdis
ont ouvert et refermé
leurs mains noircies.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

 

La police défonça la porte, 1964 (Ambra n. 41)

16 lundi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Ambra

001_la polizia sfondò 180

La police défonça la porte

La police défonça la porte.

On les trouva enchevêtrés, dans le lit.

Interloqués,
on s’arrêta à les regarder :
encore, dans la mort,
ils se parlaient.

Froissées,
leurs dispositions pointaient
dans un feuillet.

(Sans compter que l’appartement
n’avait pas encore été aménagé
et qu’il restait à payer
une mensualité
de la voiture. Ils n’avaient
même pas terminé
leur séance d’amour).

(Ils pensaient peut-être
que personne ne les aurait surpris
tellement heureux
qu’ils étaient.)

On n’osa pas les séparer.
Tous les paparazzis notèrent
dans leurs cahiers
cette fin violente
tombée en sifflant
à travers l’œillet noir
du rideau déchiré.

Ils sont tellement différents
l’un de l’autre :
un bras lui pend dehors
tandis que ses yeux
horriblement ouverts
sont silencieux ;
elle est encore
penchée dans son discours
(son sein bleu
ces pieds de statue…)

Dans un instant…

Voilà,
avant cet effrayant vacarme
il aurait peut-être
trouvé le temps de dire :
« Non, arrête, réfléchissons-y
cela n’a pas de sens
mourir de bonheur… »
tandis qu’elle
(langoureuse ou hystérique)
aurait bien sûr englouti
ce nœud de salive et de peine.

002_la polizia sfondò 180

Dans un autre instant
ils seraient morts
également
péniblement
jour après jour
dans la suite obscure
d’une vie difficile : on a du mal
à se faire accepter
par le monde.

La porte resta fermée
scellée comme un paquet :
dans la maison vide
désormais fichée
par le compte rendu rituel
revint le silence nocturne
par moments interrompu
par le va-et-vient
de l’ascenseur.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

 

Un ciel séparé (Nuvola, 1966)

14 samedi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Nuvola

001_Parigi 1988 180

Paris, Beaubourg, 1988

Un ciel séparé (1966)

Ciel tranquille parmi les rambardes
séparé imperceptiblement
comme tu l’es de moi.

Je suis seul dans le fond du chagrin,
car plus rien, désormais, ne m’appartient.

Ciel désespéré parmi le feuillage
séparé douloureusement
comme tu l’es de moi.

T’effleurant d’un seul mot
j’ai détruit toute vérité.

Ciel inerte parmi les toits
séparé mélancoliquement
comme tu l’es de moi.

Je veux tuer la conservation
ainsi que la banalité des instincts.

Ciel mourant parmi les fenêtres
séparé violemment
comme tu l’es de moi.

Je sors déchaussé dans la rue
en hurlant ton nom.

002_Parigi 1988 180

Paris, Beaubourg, 1988

Ciel ressuscité parmi les doigts
s’approchant imperceptiblement
comme moi vers toi.

Giovanni Merloni

  • Liste des poèmes de Giovanni Merloni, groupés par Mots-Clés
  • testament immoral

1960-1965 ambra 1966-1971 nuvola 1972-1974 stella 1975-1976 ossidiana 1977-1991 luna 1992-2005 roma2006-2014 paris

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 14 juin 2014

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

Pour nous qui oublions toujours, 1964 (Ambra n. 40)

06 vendredi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Ambra

When I am dead, my dearest,

Sing no sad songs for me;
Plant thou no roses at my head,
Nor shady cypress tree:
Be the green grass above me
With showers and dewdrops wet;
And if thou wilt, remember,
And if thou wilt, forget.

I shall not see the shadows,
I shall not feel the rain;
I shall not hear the nightingale
Sing on, as if in pain:
And dreaming through the twilight
That doth not rise nor set,
Haply I may remember,
And haply may forget.

by Christina Georgina Rossetti (1830-1894)

001_noi che tutto diment.001 180

Pour nous qui oublions toujours

La nuit repose sur les morts inconnus
juste là où la vie jaillissait pour nous,
pour nous qui oublions toujours.

Notre amour inconnu ne repose pas,
il se retourne dans la fosse
que nous avons creusée pour lui.

Tu t’enveloppes dans le noir
d’un mur qui te sauve de moi
d’une nuit qui t’arrache de moi.

Partout je te rencontre, alliée
de mes gestes de lutte
de ma peur de trop te demander.

Un jour, tu seras absente
disparue dans le fond de mon silence
étrangère aux lignes de mots inutiles.

De mille choses j’ai peur
que je ne saurai jamais te dire
amour à moi qui meurs à l’infini.

De mille douleurs j’ai l’absolue certitude
de mille joies je garde l’image sincère
de mille jours j’écoute l’étrange rumeur.

Tu étais le vent des barques sur le sable
le silence taquin des sirènes sous les vagues
le profil d’un mur de glycines sous le soleil.

La nuit repose sur les corps décharnés
le vent et le sel en cirent les ossements
pour nous qui n’oublions rien.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

 

À défaut d’un amour partagé, 1975 (Ossidiana n. 37)

05 jeudi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Ossidiana

001_à défaut d'un amour partagé def 180

À défaut d’un amour partagé (juin 1975)

Petit à petit,
de la côte de ma plume
écrivant ou dessinant
jaillissent en troupeau,
ou toutes seules,
tu le sais, les personnes.
Elles défilent
par hasard,
par le biais d’un nom
d’un geste
ou d’étranges paroles
ou d’un fait qui jadis
nous avait séparés
ou réunis.

Petit à petit, voyageant
avec tous ces gens près de moi
(ils diraient, eux aussi
qu’au-dehors il fait froid,
qu’il faudrait appeler
l’homme du train pour ranger
une fois pour toutes
ce gênant courant d’air)
je traverse à nouveau
des pensées flatteuses
des réflexions de train.

Et si le train arrête
je descends avec eux
me dégourdir les idées
en revivant dans les pas
la saveur du soleil
la rumeur de l’ombre
l’odeur de la rue
agitée et tranquille.

Je m’assois avec eux
dans le bar silencieux
où peut-être, sans béquilles
je pourrais bien rester.

Petit à petit, sur le train
farci de souvenirs
(et vide de responsabilités)
sans me retourner j’oublie
mes utopies désolées
mes espoirs obsédés
mes pulsions croisées.
Oui, je parle sans émoi
(à mon oncle retrouvé
à mon cousin dérangé)
de ce que j’aime de toi
de ton visage bronzé
de notre pré ensoleillé
de ton dialecte brisé
de ton dernier baiser.

Petit à petit, qui sait ?
le train me guérirait
ou alors m’affranchirait
un peu
de cette angoisse
délivrant ma carrosse
sous les yeux de la porte
qui te verra rentrer.

Je le sais,
rien qu’en te voyant
(toi seule dans la foule)
je deviendrais insouciant
à l’égard d’un destin
s’affichant drôle et fatigant
triste et ennuyant.

Je le sais, ton regard
me suffirait pour puiser
d’autres forces
dans le fond tourmenté
de mon âme épuisée.

Toi aussi tu le disais :
« comment pourrais-je
à défaut d’un amour partagé
endosser la désinvolture
de briser la muraille étanche
de longues heures creuses ?
où chercherais-je le courage
de m’arrêter de nouveau
sur mes feuilles, à parler ? »

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

 

Adieu, amour du vrai amour, 1964 (Ambra n. 39)

28 mercredi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 2 Commentaires

Étiquettes

Ambra

001_amour adieu 001 180

Adieu, amour du vrai amour

I
Je l’avais pressentie. Je l’effleurais
en me donnant des airs de force,
les mains tremblantes,
tout en suffoquant
par sa saveur âpre
piquante dans la gorge
énervante et insupportable
comme une douleur mortelle.

Elle nous est tombée dessus
à l’improviste, annoncée
par des faits insignifiants
la Vérité
avec ses mots disgracieux
avec sa triste gueule vide.

002_amour adieu 002 180

II
Il ne nous a servi à rien
d’avoir été sincères
si chacun de nous
a prononcé des mensonges
par la bouche de l’autre.

Maintenant, nous voudrions
effacer le souvenir
de cette prison
de contrevérités amoureuses
de ces jours et ces mois
d’attentes désespérées
ou de petites îles de joie
qu’à présent nous devons refouler.

Est-ce qu’on était juste nous,
vraiment nous
les amants concernés ?

003_amour adieu 003 180

III
Et même de nos larmes
nous avons honte,
nous voudrions les cacher,
les brûler
POUR NE PAS ÊTRE LÂCHES.

Et pourtant,
pressentant dans nos cœur
la Vérité
nous fûmes lâches
prêts à nous rendre
sans combattre
à sa loi impitoyable.

Maintenant, contrariés
nous voudrions effacer
toute trace
de cette agonie.

Et pourtant nous étions faux,
tricheurs, vindicatifs.
Chaque jour
nous nous sommes blessés
et presque tués
pour anéantir
le petit bonheur
qui naissait
chaque jour.

004_amour adieu 004 180

IV
Adieu, amour du vrai amour,
je croyais te voir mourir
mais tu es une vraie tête de mule,
tu ne meurs pas !

Il ne te reste
qu’un aller-retour pendulaire :
rester avec moi, te rendre chez elle
frappant gentiment
à la porte de son cœur
explosant
bruyamment
sur le seuil du mien.

Elle peut-être ne sait pas
QU’ELLE SE TROMPE
tandis que moi je le sais
combien je me suis trompé.

005_amour adieu 005 180

V
Adieu, amour
mon dernier ambassadeur,
descends vers elle !
Au sommet de la montée
j’attendrai ton retour.

Adieu. Non, reste ici.
Ce n’est pas toi qui dois voyager !

Je voudrais juste qu’elle retourne.

006_amour adieu 006 180

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

 

Le premier horizon

26 lundi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, mes poèmes

≈ 2 Commentaires

001_Egitto miele 001 180

J’approche d’un mur de plâtre et me sens un homme, rien qu’à penser le silence, rien qu’à franchir l’horizon de mes pas. Je tombe par hasard sur une voix retentissant harmonieusement dans l’air, sur une bouche souriante, sur des cheveux blonds, sur des yeux profonds se perdant au loin dans le fond
de l’horizon. Je m’assois sur un mur poussiéreux, détruit, tu t’assois sur deux coussin d’herbe. Et pourtant l’amour n’est pas là, cet amour qui nous sert, nous échappe à la prise, il se perd qui sait où au-delà du premier horizon. Je me lève et me tourne vers la lumière ; toi, derrière, péniblement tu te dissous. À présent c’est à moi de franchir, en silence le premier horizon.

002_Egitto miele 002 180

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 26 mai 2014

CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

Chanson pendulaire, 2005 (Solidea n. 20)

24 samedi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 3 Commentaires

Étiquettes

Solidea

001_chanson pendulaire 001 180

Chaque matin, pour me rendre au travail, après une longue saison consacrée au train, je traversais Rome de Nord à Sud. Deux mondes opposés, avec plusieurs différences, dont la principale, c’était le souffle. En fait, la banlieue d’où je venais était suffocante, tandis que celle de destination avait été conçue avec un soupir aussi rhétorique et grandiloquent que clairvoyant.
Ce qui me fascinait le plus c’était ce filtre final des remparts en forme de lunettes de soleil d’où le grand boulevard-autoroute consacré à la mémoire de Christophe Colomb se déclenchait comme un serpent en direction de la mer.
Au cours d’un de ces déplacements, j’imaginai « l’histoire contrariée d’un voyageur pendulaire » que je fixai dans la poésie ci-dessous (suivant le rythme de Io ho in mente te, fameuse chanson de l’Equipe 84).

Chanson pendulaire (2005)

Tous les matins
uoo uoo
je passe sous les arches,
je sors de Rome,
j’entre dans le tunnel de lumière
de Cristophe Colomb (1),
de Bavastro (2), de Giorgione (3)
et Caravage (4).

De noms de rue de place
de square
où circule ton mirage
ou un cargo
ou un groupe de piétons
ou un marché improvisé
ou un pré désolé.

002_chanson pendulaire 002 180

Même aujourd’hui,
uoo uoo,
je tourne bien avant
de me perdre
par distraction
dans le flux obligé
dans la cour infinie
voyageant impunie
sur le tapis roulant de la vie.

Je tourne avant
de rester aimanté
par l’habitude de ton nom,
par le rappel impérieux
de tes jupes,
avant de m’arrêter, confus,
devant ton visage
qui regarde interloqué
depuis le comptoir du bar.

Par un brusque coup de volant
(en avalant la vomissure,
en respirant le frisson,
en retenant la chamade)
je me faufile,
étrange et minimal,
dans une allée abîmée,
où circulent en boitant les amants déçus,
les jeunes devenus vieux,
les jeunes filles habillées de miroirs.

003_chanson pendulaire 003 180

Mon amour,
juste à deux pas de la mer,
la ville se prend pour unique,
directionnelle, travailleuse,
active. Tandis qu’au contraire
tous les gens se perdent,
se croisent, se dévisagent,
se snobent, se moquent
l’un de l’autre,
traînassent,
uoo uoo,
suent,
uoo uoo,
tout en disant de mensonges
ou soupirant des magies,
conscients ou pas
qu’ils te divisent de moi
même plus que ce mur percé
qui entre et sort
de Rome.

004_chanson pendulaire 004 180

Maintenant, je laisse la voiture
(un parking loin de toi
on le trouve toujours)
ou alors, encore un instant,
je m’arrête à écouter
la litanie ininterrompue,
uoo uoo
qui ne sait pas
se résigner.

005_chanson pendulaire 005 180

Giovanni Merloni

(1) Viale Cristoforo Colombo, reliant les remparts de Rome (« mura aureliane ») au quartier de l’EUR et à la mer de Ostia.
(2) Via Capitan Bavastro, rue du quartier de la Garbatella.
(3) Via del Giorgione et (4) via del Caravaggio, rues du quartier Laurentino-EUR.

  • Liste des poèmes de Giovanni Merloni, groupés par Mots-Clés
  • testament immoral

1960-1965 ambra 1966-1971 nuvola 1972-1974 stella 1975-1976 ossidiana 1977-1991 luna 1992-2005 roma2006-2014 paris

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 24 mai 2014

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

← Articles Précédents
Articles Plus Récents →

Copyright France

ACCÈS AUX PUBLICATIONS

Pour un plus efficace accès aux publications, vous pouvez d'abord consulter les catégories ci-dessous, où sont groupés les principaux thèmes suivis.
Dans chaque catégorie vous pouvez ensuite consulter les mots-clés plus récurrents (ayant le rôle de sub-catégories). Vous pouvez trouver ces Mots-Clés :
- dans les listes au-dessous des catégories
- directement dans le nuage en bas sur le côté gauche

Catégories

  • Album de famille
  • alphabet renversé
  • art
  • auteurs français
  • auteurs italiens
  • caramella
  • claudia patuzzi écrits et dessins
  • claudia patuzzi poésies
  • contes et nouvelles
  • feuilletons
  • impressions et récits
  • le strapontin et débris de l'été 2014
  • les échanges
  • les unes du portrait inconscient
  • mes poèmes
  • mon travail de peintre
  • poètes français
  • théâtre et cinéma
  • vital heurtebize e psf

Pages

  • À propos
  • Book tableaux et dessins 2018
  • Il quarto lato, liste
  • Liste des poèmes de Giovanni Merloni, groupés par Mots-Clés
  • Liste des publications du Portrait Inconscient groupés par mots-clés

Articles récents

  • Le livre-cathédrale de Germaine Raccah 20 juin 2025
  • Pasolini, un poète civil révolté 16 juin 2025
  • Rien que deux ans 14 juin 2025
  • Petit vocabulaire de poche 12 juin 2025
  • Un ange pour Francis Royo 11 juin 2025
  • Le cri de la nature (Dessins et caricatures n. 44) 10 juin 2025
  • Barnabé Laye : le rire sous le chapeau 6 juin 2025
  • Valère Staraselski, “LES PASSAGERS DE LA CATHÉDRALE” 23 Mai 2025
  • Ce libre va-et-vient de vélos me redonne un peu d’espoir 24 juin 2024
  • Promenade dans les photos d’Anne-Sophie Barreau 24 avril 2024
  • Italo Calvino, un intellectuel entre poésie et engagement 16 mars 2024
  • Je t’accompagne à ton dernier abri 21 février 2024

Archives

Alain Morinais Aldo Palazzeschi Amarcord Ambra Anna Jouy Atelier de réécriture poétique Avant l'amour Barnabé Laye Bologne en vers Brigitte Célérier Carole Zalberg Cesare Pavese Claire Dutrey Claudia Patuzzi Claudine Sales Dessins et caricatures Dissémination webasso-auteurs Edoardo Perna Francis Royo Francis Vladimir François Bonneau Françoise Gérard François Mauriac Ghani Alani Giacomo Leopardi Giorgio Bassani Giorgio Muratore Giosuè Carducci Giovanni Pascoli Giuseppe Strano Guido Calenda Gérard D'Hondt Isabelle Tournoud Italo Calvino Jacklin Bille Jacques-François Dussottier Jan Doets Jean-Claude Caillette Jean-Jacques Travers Jeannine Dion-Guérin Jerkov Jin Siyan Josette Hersent La cloison et l'infini la ronde les lectrices Luna Maria Napoli Marie Vermunt Nadine Amiel Noëlle Rollet Nuvola Ossidiana Paolo Merloni Pierangelo Summa Pier Paolo Pasolini Pierrette Fleutiaux Primo Levi Retiens la nuit Richerd Soudée Roman théâtral Rome ce n'est pas une ville de mer Réflexions Salvatore Quasimodo Solidea Stella Stéphanie Hochet Testament immoral Ugo Foscolo Vacances en Normandie Valère Staraselski vases communicants Vital Heurtebize X Y Z W Zazie

liens sélectionnés

  • #blog di giovanni merloni
  • #il ritratto incosciente
  • #mon travail de peintre
  • #vasescommunicants
  • analogos
  • anna jouy
  • anthropia blog
  • archiwatch
  • blog o'tobo
  • bords des mondes
  • Brigetoun
  • Cecile Arenes
  • chemin tournant
  • christine jeanney
  • Christophe Grossi
  • Claude Meunier
  • colorsandpastels
  • contrepoint
  • décalages et metamorphoses
  • Dominique Autrou
  • effacements
  • era da dire
  • fenêtre open space
  • floz blog
  • fons bandusiae nouveau
  • fonsbandusiae
  • fremissements
  • Gadins et bouts de ficelles
  • glossolalies
  • j'ai un accent
  • Jacques-François Dussottier
  • Jan Doets
  • Julien Boutonnier
  • l'atelier de paolo
  • l'emplume et l'écrié
  • l'escargot fait du trapèze
  • l'irregulier
  • la faute à diderot
  • le quatrain quotidien
  • le vent qui souffle
  • le vent qui souffle wordpress
  • Les confins
  • les cosaques des frontières
  • les nuits échouées
  • liminaire
  • Louise imagine
  • marie christine grimard blog
  • marie christine grimard blog wordpress
  • métronomiques
  • memoire silence
  • nuovo blog di anna jouy
  • opinionista per caso
  • paris-ci-la culture
  • passages
  • passages aléatoires
  • Paumée
  • pendant le week end
  • rencontres improbables
  • revue d'ici là
  • scarti e metamorfosi
  • SILO
  • simultanées hélène verdier
  • Tiers Livre

Méta

  • Créer un compte
  • Connexion
  • Flux des publications
  • Flux des commentaires
  • WordPress.com
Follow le portrait inconscient on WordPress.com

Propulsé par WordPress.com.

  • S'abonner Abonné
    • le portrait inconscient
    • Rejoignez 237 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • le portrait inconscient
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…