le portrait inconscient

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Des parcours improbables n. 6

05 samedi Mar 2016

Posted by biscarrosse2012 in feuilletons

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les lectrices

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Des parcours improbables

Xaverine, bonjour
Merci de votre confiance. Je vous promets que je ne dirai à personne ce que vous m’avez appris. Donc, pour commencer, je ne garderai pas la copie de cette lettre d’aujourd’hui.
Cependant, malgré mon âge avancé, je n’oublierai pas que ce nom du Galérien… n’est pas seulement le titre de la chanson célèbre qui faisait pleurer ma jeune mère toutes les fois que j’étais sur le pas de la porte à l’instant du départ.
Dieu seul le sait, combien de voyages j’ai dû faire entre Paris et mon village en Pologne… avant que finalement toute la famille se transfère rue Sampaix, en face de la boulangerie qui vient justement de changer de nom, s’appelant LIBERTÉ pour nous faire plaisir !
Ce disque 78 tours, avec cette voix noble d’Yves Montand, symbolisait, pour ma famille d’origine, la France, notre amour sans réserve pour ce pays dévoué aux rébellions ainsi qu’à la défense acharnée et intransigeante de ses grandes valeurs humaines. Oui, chère Xaverine, il n’y a pas d’autre peuple au monde qui soit à la fois révolutionnaire et conservateur comme l’est le peuple français ! Ils ont aussi la grande qualité de saisir au vol que la conservation des trésors de la culture et de la langue française demande toujours des attitudes révolutionnaires et anticonformistes, tandis que la révolution… Mais je m’arrête. À 81 ans, il faut savoir se dérober aux réflexions excessivement tortueuses.
Donc, je reviens au Galérien. Il s’agit d’un écrivain ou, plus probablement, d’un poète, qui connaît la galère sans y avoir jamais été renfermé. Il a vécu toujours à pied libre, sans devoir se cacher, ayant aussi une famille, pardon, deux familles… Il paie ses impôts et bénéficie d’une retraite ayant toujours travaillé… Pourtant il se sent « galérien », comme moi, parce que même dans le meilleur des mondes possibles — Paris — quelque chose lui manque.
Vous parlez, avec insistance, de la reconnaissance d’un public plus vaste, qu’il ne sait ni ne veut rechercher, qu’il ne rencontrera donc jamais. Moi, en lisant cet étrange bouquin que j’ai trouvé sur un banc public, titré « Une jeune fille de ton âge », j’ai compris la raison de cette « dissémination » — pour ne pas dire « éparpillement » — de son œuvre, que cet auteur aime faire lui-même d’une façon discrète et à mon avis fataliste.
Voilà un secret que je vous donne sans vous demander de l’avaler comme une goutte de cyanure : tout va disparaître !
L’offensive de toutes ces diableries informatiques est désormais notre vent quotidien qui souffle sur les feuilles, sur les toiles peintes, sur les mots prononcés aux bords des mondes… Nous vivons accoudés aux fenêtres comme le faisaient nos arrières-grand-mères et nous regardons notre village qui bouge en bas de chez nous sans rien y comprendre. Quel est le moteur qui pousse l’un vers le métro Bonsergent ? L’autre qui marche boitant en direction du boulevard Magenta, que veut-il ? Le troisième, alors, est-ce qu’il va rencontrer son âme soeur au croisement du canal Saint-Martin, à la hauteur du charismatique bistrot de L’Atmosphère ? Le quatrième, enfin, qu’est-ce qu’il cherche au bout de la rue des Vinaigriers, où sont réunis depuis longtemps les Garibaldiens ?
L’un marche empoignant sa baguette « tradition ». L’autre pousse la poussette avec le petit submergé par un excès de laine. L’autre court tapant sur le trottoir une musique rock… Oui, je suis vieille, mais je sais bien ce qu’est le rock ‘n roll !
Et ce Galérien aussi, il me semble de le connaître depuis toujours, comme un cousin ou un frère cadet. Je retrouve en lui la même rébellion que j’éprouve moi-même vis-à-vis de cette oppression catholique, qui empêche par exemple les adolescents de suivre un parcours linéaire dans le passage à l’âge adulte… cette morale hypocrite basée sur la tache impénétrable du péché originel… Et je devine pourquoi celui-ci dissémine partout ses manuscrits, ses minuscules feuillets de mémoire avec des considérations bizarres qui donnent pourtant à réfléchir.
Je vous joins, chère Xaverine, un extrait d’« Une jeune fille de ton âge » qu’on avait épinglé au dossier d’un banc public du jardin de la rue des Récollets. Il ne s’agit que d’une déclaration assez naïve, mais à mon avis indispensable pour mieux apprécier ce qui viendra par la suite

Wladyslawa

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« Un jour, au cours de cet infernal purgatoire qui sépare les écoles moyennes du lycée, au passage douloureux entre les treize et les quatorze ans, j’arrivai tard à l’école. Le concierge, surnommé l’Américain — en raison de sa ressemblance avec Tom Ewell, l’acteur qui rencontre Marilyn dans Sept ans de réflexions — ne me fit pas entrer. Je revins alors à la maison. Beatriz, la femme de ménage, battait les tapis en s’égorgeant pour chanter dans le cylindre d’air de la courette.
« Je laissai glisser mon doigt sur les livres de la grande bibliothèque de mes parents… Outre aux disques de musique classique de mon père et la collection des œuvres complètes de Leopardi à la chaude reliure en cuir entre ocre et marron, il y avait des romans de toutes les époques et de tous les pays. À coup sûr, guidé par une espèce d’infaillibilité de sorcier, j’entamai la lecture de la plus bouleversante et érotique parmi les nouvelles du Décameron de Boccace. Il s’agissait de l’histoire de la belle Alibech et de Rustico, le moine dont le principal problème spirituel c’était celui de “remettre le diable dans l’enfer”.
« Tandis que je lisais, j’éprouvais une soudaine faiblesse générale, la tête plongeait dans le brouillard, je percevais plus intensément que jamais la chaleur de la lumière parcourant le rebord de la fenêtre, la petite table et la chaise où j’étais assis… En même temps, pour la première fois, il m’arriva ce phénomène qu’on appelle la « résurrection de la chair »… provoquée par une stimulation précise… J’eus de la chance à associer mes premiers troubles, mes premières excitations bouleversantes à un objet littéraire aussi éloigné de la vulgarité et de l’obtuse platitude qui l’accompagne… ayant au contraire la force d’un mystère qui serait bientôt dévoilé. Bonheur du charme de la merveilleuse diversité de la femme, qui peut se hisser en colonne marbrée, insaisissable, inapprochable comme Angélique le fut pour le soupirant Roland, mais tout de suite après, assiégée et caressée par les mille prérogatives et astuces du naturel, elle peut s’écrouler, s’émietter, jusqu’à céder de manière retentissante.

Je saisirai la rose, fraîche et matinale (1)

« Je soupirais, obligé, par le climat bien-pensant des années 50, de m’embusquer derrière les panneaux publicitaires pour lorgner en cachette les dames sortant de leurs voitures, dans l’espoir haletant qu’elles révélaient, si ça se passait bien, un morceau de jambe ou de cuisse… sinon on devait se contenter du genou, bien connu et facilement accessible à la vue…
« L’élection de la femme à la tête de toutes mes pensées fut pour moi un grand pas en avant pour la définition de ma personnalité. Car en fait cette inclination était tout à fait légitime, protégée par les lois naturelles, en synthèse normale. D’ailleurs, cela me donnait la possibilité de me créer — ou de découvrir — un pôle alternatif à l’omnipotence de ma mère ainsi qu’à l’univers féminin roulant autour d’elle.
« Pourtant, dans un régime de manque d’informations adéquates autour de cela, je devais agir en secret. J’étais conscient et même orgueilleux de cette loi non écrite, m’imposant de cultiver en moi une seconde vie qui ne devait filtrer qu’occasionnellement, à travers de petites allusions, de modestes admissions, de rares rousseurs.
« En même temps, ce secret était un poids pour moi se traduisant bien tôt en un sourd mal-être persistant.
« Dans mon noyau familial, je fus le premier, je dus me jeter en avant, tel un ouvreur qui se lance incertain et imprudent au long du dos blanc d’une montagne fraîchement envahie par la neige, respirant dans la lumière aveuglante, comme si c’était la première fois, l’odeur des pins et la rumeur infinitésimale du silence.
« Mes parents étaient très affectueux entre eux, mais l’attachement qu’ils se manifestaient réciproquement dans le milieu familial s’affichait entre Agathe et Alfred comme un sentiment tout à fait innocent, qui ne dépassait pas quelques fuyantes étreintes debout ainsi que quelques embrassements sur les joues… Cependant, le baiser de mon père ne se distinguait pas de celui dont il se servait pour saluer ses trois enfants au retour des vacances ou d’une absence prolongée. Un baiser sonore, chatouillant la peau par ses dures moustaches. »

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« Donc, au fur et à mesure que ma sexualité solitaire grandissait, m’attirant en des méandres de l’imagination et de l’action, inconnus jusqu’à peu de temps avant, mon rendement à l’école diminuait. Tout en profitant de la rente presque brillante des précédentes années d’études, je dus bien tôt parvenir à un compromis avec la rigueur de mon sentiment du devoir toujours vigilant : « l’amour est l’essence de la vie, la chose la plus importante. Donc, je veux lui consacrer toutes les énergies et tout le temps qui sera nécessaire. S’il y a des insuffisances sur les autres fronts… patience ! »
« Avec cette bien claire philosophie — évidemment, j’ai toujours aimé moins la gloire que les femmes —, j’ai dû régler toujours mes comptes, poursuivant souvent des parcours improbables, longs et tortueux, où bien d’autres à l’opposé de moi auraient suivi des lignes droites ou du moins des itinéraires le plus possibles rectilignes. »

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Giovanni Merloni

(1) L’Arioste, Roland furieux, chant I

Cette correspondance est protégée par le ©Copyright 

Une âme souriante n. 5

03 jeudi Mar 2016

Posted by biscarrosse2012 in feuilletons

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les lectrices

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Guy Rose, Marguerite (1909), image empruntée à un tweet de Laurence @f_lebel

Chère Yannette,
Je te remercie pour le livre que tu m’as prêté. Je vais bientôt te le rendre parce que j’en ai trouvé une copie en bon état dans une librairie de livres anciens rue de la Roquette. En fait, j’habite pas loin du métro Bréguet-Sabin et je me rends souvent chez le bouquiniste du quartier pour quelques échanges. Juste hier, on a parlé du Galérien. Selon le libraire il ne s’agit que d’un bluff. Derrière ce nom postiche, il n’y a personne.
Ayant donné un coup d’œil sur les nombreux textes attribués au Galérien qui circulent dans Paris, il a avancé l’hypothèse que derrière ce nom d’art assez suggestif, bien que démodé, se cachent plusieurs auteurs de différentes époques. Ils seraient tous morts dans la condition d’inconnus ou de refusés par les maisons d’édition.
Voyant mon expression perplexe et sceptique — ah oui, je suis coriace, comme vous dites ! — mon ami bouquiniste a abandonné cette ligne d’attaque pour me donner finalement une clé plus plausible. Il devrait effectivement avoir rencontré une ou deux fois un « type » ressemblant au personnage qui figure un peu partout dans les livres du Galérien, c’est-à-dire Nino. « De cet homme, âgé, mais encore en forme, a susurré le bouquiniste inspiré, on dirait qu’il a envie de se raconter et qu’il se sert de quelqu’un qui maîtrise la langue française comme il arrivait du temps où l’on n’avait pas honte d’être analphabètes. Quelqu’un qui met noir sur blanc ses souvenirs, ou ses réflexions, ou ses rêves inaccomplis. »

Je ne crois pas, chère Yannette, que Nino, cet étrange personnage qui se prend pour auteur de lui-même, ait un secret terrible dont il a besoin tôt ou tard de se débarrasser. Du reste, vous aussi en avez lu plusieurs pages. Nous commençons à le connaître et comprendre. Quant à moi, je ne sais pas si je l’aime, avec son opiniâtre courage de se mettre en discussion à outrance… même si je dois admettre qu’il ne parle pas trop. Il garde quelques non-dits essentiels et, dirais-je, stratégiques : ses tourbillons verbaux ont toujours de salutaires interruptions, des failles qui sont les bienvenues.
Maintenant, je suis en train d’examiner un court récit de la collection signée par Le Galérien, au sujet de la « femme » et de son importance. Ici, Nino semble vouloir dénicher le moment clou, le passage décisif ayant déclenché son destin. Est-ce que vous vous souvenez de « Sliding doors » ? Ce fameux film américain jouant avec souplesse et précision sur l’instant où notre destin glisse vers la gauche ou vers la droite, profitant d’une rencontre heureuse ou alors subissant, au contraire, les conséquences d’une rencontre désastreuse ? Tout cela parce qu’une porte de la rame du métro s’ouvre à l’improviste ou se referme juste à temps ! Nous sortons, et alors… Quelqu’un rentre, et alors… Dans cet opuscule ou petit cahier de doléances (finalement sans titre !) Nino devrait avoir dicté à quelqu’un des écrivailleurs de l’équipe du Galérien les souvenirs d’une rencontre prématurée ou tardive, dont il n’a pas eu que de vagues bénéfices sentimentaux, sinon de petites satisfactions psychologiques qui l’ont aidé enfin, par un parcours assez tortueux, à trouver sa propre voie ainsi que sa véritable voix.
Je vous enverrai une copie de ces goûteuses prémices… Mais vous devez attendre que j’aie achevé ma lecture exclusive ! Je ne sais pas si ces contes, ou nouvelles fragmentaires de Nino le Marseillais n’auront jamais succès auprès d’un public plus vaste. Je juge pour l’instant très intéressant ce hasard qui nous touche. Dans ce monde consacré à la vitesse, où des coulisses s’ouvrent et se referment à l’infini, inexorablement… cela me semble extraordinaire qu’il y ait encore quelqu’un qui laisse derrière lui des cailloux blancs dans les rues de Paris, dans la folle espérance qu’une Ariane les cueille et les empoche un à un pour les transformer en fils de la mémoire et, dirais-je, du sens de la vie.
Sinon, je suis en train de collectionner sur mon bloc-notes plusieurs questions que j’aimerais lui poser (à Nino ? au Galérien ?) lors d’une improbable rencontre… qui pourrait se résumer en une seule : — êtes-vous sûr, mon cher Nino, qu’il y ait dans nos vies d’orages ou de calme plat quelque chose à comprendre ?
Je vous salue, chère Yanette, avec ce curieux poème ci-dessous. Là, c’est un ami que je connais qui en est l’auteur, quelqu’un qui ne se nourrit pas beaucoup de mystères. En m’envoyant ses vers, mon ami a ajouté un petit mot qui m’a touchée : — ma chère Xaverine, a-t-il écrit, voilà les coordonnées d’une chanson qu’apparemment Francesco De Gregori a écrite pour toi : Non c’è niente da capire !

Xaverine

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Djordje Prudnikoff, image empruntée à un tweet de Laurence @f_lebel

Une âme souriante

Elle sera toujours ainsi
repliée, courroucée, contrariée
jalouse de son autonomie,
de sa liberté.

Toujours ainsi elle sera :
imprudente exploratrice
de frontières,
scrutatrice indomptée de mystères.

Tous les jours autour d’elle
un nuage voltigera
de couleurs débridées
que j’aurai éparpillées
sur le papier, juste pour elle
déversant toute ma moelle
sur sa silhouette dessinée.

Elle sera ainsi
inébranlable, ferme, héroïque
dans la quête incessante
d’elle même, même chez moi.

Tous les jours elle sera magnifique,
éblouissant soleil aveuglant
que je fixerai, frénétique
du point du jour brûlant
jusqu’au tiède instant du couchant.

Elle sera ainsi, profonde
rotonde sera sa voix
voyant les mille mondes
s’effondrer autour de moi
dans la gorge des ondes.

Elle sera toujours ainsi
constante et inconstante
intellectuelle et sensuelle
délirante et errante
chaude et froide
prête à endurer l’enthousiasme
bravant les routes incertaines
prête à franchir la peine
des cruautés de la vie.

Elle sera prête, ainsi
à déchiffrer toujours
la lumière dans la nuit
les nuances dans les ombres
en se passant du bruit
esquivant les encombres
de la sombre précarité
les infinies contrariétés
de nos jours.

Toujours ainsi, digne
elle sera en première ligne
ma combattante hardie
prête à défaire, sans souci
par ses mots éclatants et jolis
l’ennemi que je suis.

Toujours ainsi, farouche
une fleur jaune sur la bouche
elle sortira, telle mouche
taquine, extravagante
de sa tranchée élégante
mon âme souriante.

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

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La gloire d’un chef indien n. 4

29 lundi Fév 2016

Posted by biscarrosse2012 in feuilletons

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Chère Zhora,
Vous ne me connaissez pas. Mais je vous écris de même, passant à côté de mon extrême timidité, pour vous démentir. Oui, je suis désolée de vous dire cela, mais votre écrivain préféré, se cachant sous ce pathétique pseudonyme, Le Galérien, n’est pas du tout un illustre inconnu. Ses bouquins « circulent », et j’en ai repéré un dans une étagère en pénombre d’une pizzeria « chic » de la rue des Vinaigriers. J’ai le soupçon que Le Galérien même l’a glissé là-dedans, entre deux livres distraits. Il s’agit en ce cas d’un bouquin rassemblant une série d’anecdotes frôlant le paradoxe, qu’il faudrait lire à côté de ce « Journal intime » que vous avez nommé dans votre lettre que le web a interceptée et tout le monde a lu… De ces « Histoires minuscules », je détiens une copie soigneusement reliée, en parfaites conditions. Tandis qu’en ce moment-ci, une copie du « Journal intime » qui n’est pas certainement la vôtre, est dans les mains et sous les yeux dévorateurs de mon amie Xaverine.
Peut-être, elle aussi essaiera de se mettre en contact avec vous. En fait, je lui avais demandé de m’aider à fouiller courageusement dans cet écrivain et dans son personnage aux multiples facettes que j’hésite encore à aimer jusqu’au bout. Elle est plus inconsciente que moi et va surtout me dire ce qu’il se cache derrière cette ironie, ce fatalisme de Nino se traduisant en rébellion posthume envers des gens qui l’ont tout probablement aimé sans réserve aucune. Fait-il partie de ceux qui veulent en fin de compte cacher leurs véritables sentiments ? Je n’en suis pas sûre.
J’attends surtout qu’elle m’explique ce passage à l’âge adulte, caractérisé par l’explosion de vitalité typique entre quatorze et quinze ans… Des pulsions qui se sont ensuite laissées brider et guider pendant tant d’années où la paix des sens n’était pas assurée. Est-il possible que l’éducation soit si puissante dans son intransigeance ? Est-ce que le devoir d’une digne survie c’est une raison suffisante pour renoncer à croire dans l’art qui jaillit pourtant de nous spontanément, comme une source d’eau fraîche ? J’attends la réponse et l’analyse que seule la coriace Xaverine peut faire. Quant à moi, je vous envoie, chère Zhora, un texte tout à fait particulier que je viens de copier, que vous n’avez sûrement pas. Il s’agit d’une note manuscrite du Galérien en personne, je crois, qu’il doit avoir oublié dans ses « Histoires minuscules » refoulées à côté d’une bouteille de Lambrusco.
Vous pouvez me répondre, si vous voulez !
Yannette

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LA GLOIRE D’UN CHEF INDIEN

Après avoir lu attentivement le bouquin auquel j’avais consacré des années de sacrifices, le chef indien Langue de feu me dit avec tact, au milieu d’une série incessante de calumets de la paix, que j’aurais dû prendre du temps pour réfléchir, avant de lui soumettre le « livre de ma vie ».
— En tout cas, je vais te répondre, ajouta-t-il. Ton désir — cela tout le monde peut bien le comprendre —, c’est de rendre ton texte le plus possible cohérent avec toi-même et ta vie. Tu voudrais y faufiler tous les ingrédients nécessaires pour que ce livre ressuscite comme le Moïse de Michel Ange…
Il ferma les yeux, avant de les ouvrir grand pour me scruter à fond, dans le but de me rassurer : même dans sa réserve extrêmement reculée ils avaient la télévision et internet, donc bien sûr qu’il connaissait Michel Ange et tous les grands maîtres de la Renaissance italienne !
— Tu aimerais bien, continua-t-il, que ton livre parle librement, avec la même fluidité que les êtres humains, sans dire de bêtises ; tu voudrais aussi qu’il bouge, cessant d’être pantin pour devenir, comme Pinocchio, une véritable personne, en chair et os… Mais, pour cela il te faudra encore autant d’années de sacrifices que celles que tu as endurées jusqu’à présent pour écrire ce que tu as écrit. Aujourd’hui comme aujourd’hui, ton livre n’est pas un chef d’œuvre, aucun éditeur ne le publierait et si tu avais envie de le publier toi-même… tu devrais ensuite t’empresser d’en brûler toutes les copies avant de mourir. Tu seras même obligé de faire ainsi que même la dernière copie et l’original soient brûlés avec toi.
Le chef du village Cheyenne me rendit mes feuilles tout en me disant : — brûle-les aussitôt, celui-ci est un beau jour pour mourir, pour ton livre !
Le sorcier du village, qui était présent aussi, me conseilla chaleureusement, quant à lui, de brûler mon ordinateur aussi, avec tous les disques durs grands ou petits où pouvait y avoir une trace quelconque de mon œuvre insignifiante.
Une jeune squaw me dit enfin sans sourciller (je découvris ensuite qu’elle était aveugle) : — il te faudra travailler encore pendant trente ans au minimum. Tu devras renoncer à tout : à regarder le monde, à marcher, à te rendre régulièrement aux toilettes, à manger avec appétit, à digérer sans douleur… à aimer ! À garder aussi, tant bien que mal, ta colonne vertébrale en des conditions acceptables, pour éviter d’avancer complètement plié en deux. D’ailleurs, tu devras renoncer à lire d’autres romans ainsi qu’à écrire toi-même d’autres histoires.
J’obéis. Je brûlai tout et retournai chez le chef.
— Comment vas-tu ? me dit-il.
— Je me sens comme un orphelin. Les années qui se sont déroulées à côté de mon livre insignifiant ont été belles, si j’ose dire. Tous ces mots inventés me remplissaient la vie…
— Ne t’inquiète pas, me dit-il, ce trésor est bien solide en toi, il t’accompagnera comme une ombre, fidèlement, dans ta nouvelle aventure : vivre ta vie sans le souci de devoir la raconter ! Tu découvriras, quand la mort te délivrera définitivement de cette obsession, que pendant ton existence, sans le savoir, tu avais écrit un nombre impressionnant de livres, dont un ou deux attachants et bien rythmés. Tu les as écrits dans les lieux que tu as traversés, où tu t’es arrêté boire un café, où tu as dormi, dansé, mangé, déféqué, parlé. Tu les as écrits dans les corps et dans les âmes de tous ceux qui se souviennent de toi ou qui t’ont oublié, dans les autres qui sont partis avant toi, en amenant vos secrets communs dans la tombe ou dans l’air brûlé qui a hésité un temps auprès de leurs dépouilles avant que le vent l’emporte… Ce n’est pas la peine de mettre un arbre en pièces si ce que tu écris sur son écorce n’est pas un chef d’œuvre tandis que ta vie même a été tellement riche d’œuvres qui, peut-être, quelque part, se sont transformées en arbres… Si tu renonces, tu laisses ouverte la possibilité de vivre une vie saine, de faire quelque chose pour tes proches et — qui sait ? —, un jour, foudroyé comme Saint Paul sur la route de Damas — oui, bien sûr, la jeune squaw aussi avait été bien élevée dans l’école du village où circulaient des textes pour les non-voyants que des acteurs d’Hollywood à la grande envergure avaient bénévolement enregistrés… — un jour, ajouta-t-elle après une brève suspension pour reprendre son souffle, tu pourras écrire en un seul jet un petit chef-d’œuvre qui s’affichera spontanément dans la feuille recyclée… et je crois que ce nouveau « bouquin », soit-il nu ou tout habillé, ne devra pas s’efforcer de te ressembler ni de raconter davantage tout ce qui est déjà évident…

Giovanni Merloni

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Giovanni Merloni, 1992

Gloire

Que dois-je t’avouer ?
J’ai essayé de me sauver
me réjouissant de la fortune
d’être par là passé
sans t’avoir rencontrée.

Mais ce soir
juste après avoir déjeuné
la tête dans la lune j’ai faufilé
et me suis de-ci de-là balancé
avec toi
mimosa du huit mars
avec toi
tache d’huile
sur la succincte robe rouge
avec toi
pêcheuse attentive
(le nez dans mon aquarium).

Avec toi j’ai ondoyé
en méprisant la fortune
de ne pas t’avoir rencontrée.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

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« Une véritable récompense à tous vos efforts, mes chers ! » n. 3

24 mercredi Fév 2016

Posted by biscarrosse2012 in feuilletons

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les lectrices

lectrice new Charles F. Guerin, La liseuse, image empruntée à un tweet de Laurence @f_lebel

Cher ami,
Tu sais que je parle assez rarement de mes lectures. Mais, cette fois-ci, je dois m’accorder un armistice avec toi, venir à la rencontre de ta curiosité, vaincre, pardonne-moi la franchise, ton insistance et mon agacement. Car en fait, ce livre, que dis-je, ce tome trônant devant moi n’as pas d’égal. D’abord parce qu’il s’agit de la seule copie d’un manuscrit tapé sur une vieille Remington portative. Ensuite parce que dans cette véritable « mine » ou « carrière » débordante de joies et de drames, l’amour est un sujet dominant sans que cela provoque en moi de la gêne ni de la colère. Je dirais au contraire que ma sensibilité à fleur de peau en sort gâtée, flattée, rassurée…
En fait, ce qui m’a poussé à briser le long silence qui nous sépare c’est la diabolique coïncidence de cette lecture avec une intéressante question qu’on vient de lancer sur France culture : « l’amour est-il un obstacle ou un moteur pour la pensée ? »
Or, cet écrivain du manuscrit — un homme de cire (ou de fumée) se dérobant sous un improbable pseudonyme, Le Galérien — vient justement d’installer l’amour, pour notre plaisir ou aussi pour notre réflexion sérieuse, au centre gravitationnel de son récit visionnaire et passionné.
En fait, dans les premières pages du premier volet de cette « œuvre », titrée, délibérément sans fantaisie, « Journal intime », Le Galérien essaie d’épater le lecteur par une espèce de paradoxe : « dès mon enfance j’ai été piégé par un narcissisme à l’envers ». On verra par la suite que son propos primordial est celui d’analyser à fond le rôle que l’amour a eu dans sa vie, dans l’espoir non caché d’en tirer une règle universelle ou alors pour obtenir la compréhension du lecteur ainsi que son respect. Car en fait, jusque des premières lignes, on comprend que celui-ci, avec Nino (son personnage principal bien entendu), a subi une ou plusieurs « contraintes » qui l’ont obligé de « se battre » pour affirmer son émancipation et donc sa petite liberté — toujours menacée, d’ailleurs — de vivre l’amour comme une chose normale et spontanée.
J’ai pu déjà en lire beaucoup : dans cette progression de textes de plus en plus attachants et troublants, j’ai vu, cher Loïc, qu’il s’agit d’un amour tout à fait normal envers une femme. Ou, pour être plus précis, Nino se raconte en nombreuses histoires, avec des femmes différentes. On ne peut pas d’ailleurs le considérer comme un coureur, ni un habitué des bordels ou des lucioles des boulevards.
Bon, je ne veux pas te dire trop en avance. Pour l’instant, je me borne à extraire pour toi la curieuse proposition initiale, avec laquelle l’auteur, de sa façon, présente son personnage. Les autres « épisodes » suivront discrètement, au gré de ma lecture, dont tu connais l’esprit rebelle et désenchanté.
J’attends une discrète réponse de ta part. Je te prie vivement, en tout cas, de patienter encore un temps avant qu’on essaie de se recontacter pour d’autres choses.
Je ne trouve que le mot « amicalement ». Je sais que tu sauras bien encadrer les précises limites que je confère à ce mot.
Sinon, adieu !
Zhora

« Nino est un homme qui ne se regarde jamais dans un miroir. Il évite aussi d’examiner à fond son nom de famille qu’il avait entendu autant de fois estropier jusqu’au ridicule. D’ailleurs, s’il songe à son prénom répandu et très commun dans son pays d’origine, il a le sentiment de ne pas exister, ou alors d’être un être superflu et même inutile…
En réalité, il n’avait rien à envier aux autres…
Peut-être, manquait-il quelque chose à sa beauté ainsi qu’à son intelligence. Ou alors, dans l’organisme compliqué de son être, ses parents avaient-ils fourré une telle quantité de qualités secrètes qu’en le voyant grandir tout à fait égal à eux… en le voyant si artistiquement fourni des imperfections qu’ils avaient désirées pendant leur vie pour eux-mêmes, ils en eurent peur… Ses parents refusaient ou tout simplement refoulaient l’idée qu’ils avaient mis au monde une belle personne sensible, fragile et démunie de toutes les qualités « pratiques ». Des “qualités” qu’ils avaient toujours méprisées dans les autres gens, tout en s’efforçant de les apprendre pour eux-mêmes au prix de leur équilibre sanitaire même.
Dans cette attitude « conformiste » des parents de Nino, il y eut sans doute le sentiment de précarité engendré par la guerre et la faim, par le désir de voir assurée à leur enfant une vie sereine, une famille, des enfants…
À cause de ce refoulement de l’amour de soi que ses parents lui ont transmis sans qu’il n’y eût même pas la nécessité de trop expliquer, Nino a pris le réflexe de regarder les autres au lieu de se regarder lui-même. Il a toujours vécu plongé dans le monde qui flottait devant ses yeux, comme un escargot qui vivrait complètement au-dehors de sa petite maison en colimaçon. Il ne s’est jamais arrêté pour plonger même pour un instant son regard fugitif dans cet objet mystérieux qu’on appelle “miroir”. Il en avait peur comme d’une autorité imposée par un tyran. Tout en l’évitant soigneusement, il l’imaginait comme un juge inexorable qui l’attendait au passage pour lui faire la liste de ses défauts physiques, moraux et psychologiques, auxquels il devait forcément s’accoutumer.
Peut-être, en bonne foi, allant au-delà de leurs honnêtes ambitions, les parents de Nino ne s’étaient pas bornés à décourager la naturelle expression artistique qui aurait fait bien sûr de Nino un peintre affamé et sans abri. Ils lui avaient enlevé la petite joie de se réjouir en dialoguant avec cet ami, le miroir, peut-être inoffensif, patient et bienveillant…
Pourtant, aujourd’hui, visitant au cimetière Saint-Pierre le tombeau en forme de canapé-lit protégé par les branches d’un magnolia toujours luisant, où ses parents sont ensevelis, Nino ne fait que les remercier, lui adressant cette phrase assez bizarre : « je n’aurais pas connu l’amour ni l’art en dehors de cette dure discipline quasiment militaire que vous m’avez imposée. Parce qu’au fur et à mesure que j’empêchais moi-même de me regarder de l’extérieur, ce sont les autres et notamment les femmes qui se sont prêtées à me servir de miroir. Ainsi je n’ai que rarement regardé l’apparence de mes actions apprenant petit à petit à m’occuper de la substance. C’est ainsi que je ne me suis pas arrêté à ‘l’art de la rencontre’ et que j’ai appris à savourer la vie. Une véritable récompense à tous vos efforts, mes chers ! »

grosz 1 Un tableau de George Grosz

Giovanni Merloni

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Un instant bleu n. 2

19 vendredi Fév 2016

Posted by biscarrosse2012 in feuilletons

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les lectrices

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Edvard Munch. Photo empruntée à un tweet de Laurence @f_lebel

Un instant bleu

« Combien de fois me suis-je allongée sur le lit, tout habillée, sans même enlever mes chaussures, parfois ? » Une telle phrase, juste avec les petites variantes linguistiques ou dialectales produites par le temps, trois femmes très importantes pour moi auraient pu la dire, à voix haute ou basse, en riant, ou alors tout simplement par un seul regard, nécessairement intense et rapide : mon inaccessible grand-mère Mimì, qui se « jetait » au pied de la lettre sur son lit, je crois, pour le désespoir ; ma mère Pia, que je voyais s’assoupir le coude planté sur l’oreiller tandis que sa tête se penchait sur les noirs d’Agata Christie ou sur la « Settimana Enigmistica », pour alléger la tension de ses pensées aussi débordantes qu’altruistes ; ma femme Claudia, lectrice infatigable et secrète, en quête elle aussi d’un refuge où refouler quelques cauchemars voltigeant sur sa tête…
Cette circonstance était devenue désormais une habitude, la recherche confiante d’un havre de paix vis-à-vis des tourments, des fantômes menaçants et des voix agitées qui accompagnent chaque vie, soit-elle exagérément engagée, soit-elle au contraire simple et discrète. Cette attitude familiale, d’ailleurs répandue partout dans tous les foyers du monde, est confirmée par plusieurs témoignages. Peut-être les trois maris de ces « héroïnes » — un fils, un père, un grand-père — avaient quelque chose en commun. Quelque chose qui obligeait ces femmes « bouleversées » à se réfugier sur le lit comme si c’était un pré fleuri, du moins pendant le temps d’un instant bleu.

Giovanni Merloni

002_munch 2 NB 180

 

Des histoires de cire n. 1

13 samedi Fév 2016

Posted by biscarrosse2012 in feuilletons

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001_lectrice twitter 180

Image empruntée quelque part sur Twitter…

Des histoires de cire

Quelque part
brûle une bougie
alors que hurle
ou souffle
ou se roule
par le rire
par les larmes
quelqu’un qui croit
entendre ma voix.

Peut-être
mon livre
le plus beau
c’est toi qui l’as écrit
en bonne foi croyant
que c’était le mien.

Ailleurs, peut-être
tout près, au loin
ma main te cherche
sortant de la feuille
saisissant un nuage
se mêlant sans rage
à la lourde silhouette
qui danse, sauvage
au milieu des bougies,
tels autant de réverbères
sur le parapet d’un pont.
Ou alors s’agit-il
d’une silhouette légère
qui, affolée, se désespère,
fatiguée, hélas, de lire
des histoires de cire.

Parmi les fils du ciel
marchant en équilibre
elle débite par coeur
les mots d’un livre
sculpté dans l’âme
cette jeune protectrice
distraite, impulsive
qui pourrait être toi
ma fidèle lectrice.
Mais ce visage pensif
virevoltant sur les toits
ce n’est pas toi.

Ici dedans,
mon livre en bride
hésite à sortir
mes mots sans bouche
hurlent à vide,
mon stylo sans encre
trébuche.

Ma main
engourdie par le soir
a peur
de revenir sur la feuille,
mes yeux
aveuglés par le noir
ont peur
d’y trouver,
souriant,
ton nom.

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

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