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Edvard Munch. Photo empruntée à un tweet de Laurence @f_lebel

Un instant bleu

« Combien de fois me suis-je allongée sur le lit, tout habillée, sans même enlever mes chaussures, parfois ? » Une telle phrase, juste avec les petites variantes linguistiques ou dialectales produites par le temps, trois femmes très importantes pour moi auraient pu la dire, à voix haute ou basse, en riant, ou alors tout simplement par un seul regard, nécessairement intense et rapide : mon inaccessible grand-mère Mimì, qui se « jetait » au pied de la lettre sur son lit, je crois, pour le désespoir ; ma mère Pia, que je voyais s’assoupir le coude planté sur l’oreiller tandis que sa tête se penchait sur les noirs d’Agata Christie ou sur la « Settimana Enigmistica », pour alléger la tension de ses pensées aussi débordantes qu’altruistes ; ma femme Claudia, lectrice infatigable et secrète, en quête elle aussi d’un refuge où refouler quelques cauchemars voltigeant sur sa tête…
Cette circonstance était devenue désormais une habitude, la recherche confiante d’un havre de paix vis-à-vis des tourments, des fantômes menaçants et des voix agitées qui accompagnent chaque vie, soit-elle exagérément engagée, soit-elle au contraire simple et discrète. Cette attitude familiale, d’ailleurs répandue partout dans tous les foyers du monde, est confirmée par plusieurs témoignages. Peut-être les trois maris de ces « héroïnes » — un fils, un père, un grand-père — avaient quelque chose en commun. Quelque chose qui obligeait ces femmes « bouleversées » à se réfugier sur le lit comme si c’était un pré fleuri, du moins pendant le temps d’un instant bleu.

Giovanni Merloni

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