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Le silence est l’infini de la musique (Extrait de la Ronde du 15 janvier)

15 vendredi Fév 2019

Posted by biscarrosse2012 in les échanges, mes poèmes

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la ronde

Aujourd’hui, je publie un texte que j’avais écrit pour la Ronde du 15 janvier dernier, autour du thème « musique/s », publié ce jour-là sur le blog La dilettante  de Marie-Noëlle Bertrand (@eclectante).
G.M.

Giovanni Merloni, Le miroir brisé, collage numérique, 2007

Le silence est l’infini de la musique

Entre toi et moi, je ne vois que montagnes
d’incompréhension, que lagunes d’oubli,
que mers empoisonnées et ambiguës
où s’effondrent les arbres de cocagne
pointant au sommet d’étranges îles perdues.

Ta trompette sous le bras, ambitieuse
un beau soir tu as fui. De tes lèvres moqueuses
fredonnais un retour d’hirondelles
où sombraient nos jolies ritournelles
nos lointaines paroles d’amour.

Tu reviendras de ta ronde inféconde
la tête entre tes mains, déçue du monde
où tu n’auras trouvé que frénésie
qu’envie de tout brûler. Pas de poésie,
surtout, ni d’alchimie, comme entre nous.

Combien de fois, sans prudence
tu jouais de ton truc, que pour moi, le silence
et la joie de s’y perdre, d’y trouver
l’unisson, tel un chœur insouciant de violons,
et l’harmonie, pour une vraie symphonie !

Le silence est l’infini de la musique.
Aux pôles opposés de la même cité
nous en savourerons d’infinies variétés
sans que cesse désormais la cruelle douleur
de te perdre à jamais, ô musique de mon cœur !

Giovanni Merloni

Giovanni Merloni, Le Nozze di Figaro, huile sur toile 70×100, 1984

Passeggiata à Villa Ghigi

10 samedi Nov 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Passeggiata à Villa Ghigi

Descendant sur des marches de terre,
on parlait de vacances. Des boucles

sauvages encadraient ton visage, ta belle
nuque bronzée. Par de gestes, tu esquissais
les étapes indicibles d’un voyage fabuleux.

En revanche, distrait, j’avançais en boitant,
sans un mot. Dans le pré constellé de ruines,
d’incolores statues chuchotaient. Sous le rose
du ciel, un manège de nuages s’emparait
des reflets contrariés de nos corps éloignés.

Le chemin est une algue perdue sur le fond de la mer,
une gare sans trains. Arpentant ses descentes et montées

on apprend le jardin, cependant son odeur nous échappe.

C’est une drôle de saison qui ne quitte pas l’hiver.
Le soleil même gèle et la ville au-dehors
gît au loin, silencieuse, lorsqu’ici tombe froide
sur nos mots émiettés, la voix dure du silence,
même si, bien allègres, nous dépassent les voix
de gens brusques en chandail, aussitôt disparus.

Par des bonds elle piétine le gravier, ma femme

tenace, ambitieuse de m’apprendre la vie,
incapable pourtant, elle aussi, de se faire
bêtement à ce long train de choses
dont on veut nous vêtir.

Nous traînons dans le pré : c’est ici qu’on s’aimait.
Juste hier, la colline s’inondant de soleil, 

d’un seul geste nos corps s’envolaient, 
le sourire brisant nos regards éblouis.

Par le noir de ses feux la ville rentre dans la colline.

Contre son corps blessé va s’adosser la nuit. Le jardin
c’est l’adieu s’estompant dans les bruits remplaçants.

Que c’est calme le couple désuni et confus ! Demain
d’autres voix raviront ma compagne, son visage bronzé.

Giovanni Merloni

Saveria Bologna, Paysage des collines de Bologne, Peinture murale, part.

Passeggiata a Villa Ghigi

Ogni scalino è di legno e di terra. I tuoi ricci
sono un buffo recinto al bel viso abbronzato.

A gran gesti racconti. Io, invece, sbilenco

a volte divento distratto. Nel prato ci sono

grigie statue, in rovina. Nel cielo di nuvole rosa
si rincorrono le ombre dei nostri corpi lontani.

Il cammino è un’alga distesa sulla terra del mare,

una stazione senza treni. Su e giù camminiamo

e impariamo il giardino. Ma non ne sentiamo l’odore.

E’ una buffa stagione, e non lascia l’inverno.

E’ gelato anche il sole. La città è sempre fuori

silenziosa e lontana. Il silenzio caduto tra noi,

tra le nostre parole, è una voce più cupa

e più fredda. Ma ci passa vicino, allegro di voci

il gruppetto di lunghi maglioni, che presto è sparito.

La mia donna tenace saltella sulla piccola ghiaia
mi accarezza ed ancora mi vuole insegnare la vita.

Anche lei non riesce a cantare, a vestirsi di cose.

Passeggiamo sul prato. E qui facevamo l’amore.
Solo ieri la collina era il sole. Il corpo era
un gesto largo, il sorriso inondava lo sguardo.

La città entra nella collina, col buio dei fanali.
Sul suo corpo ferito si è addossata la notte.
Nel respiro di nuovi rumori il giardino è un saluto.
Sembra calma la coppia divisa e confusa. Domani
Bologna rapirà la mia donna, il suo viso abbronzato.

Giovanni Merloni

Saveria Bologna, Paysage des collines de Bologne, Peinture murale, part.

Pourtant, je courais, la main appuyée sur le point rouge du cœur… (La pointe de l’iceberg n. 3)

31 vendredi Août 2018

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, mes poèmes

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« Je faisais des rêves à thème escompté, je ne voulais rêver que d’une seule manière : les mots et les rambardes devaient suivre des marches imprégnées de lumière, tandis que petit à petit, telles des révélations, jailliraient du rêve même des femmes nues…
Pourtant, je courais, la main appuyée sur le point rouge du cœur… je descendais dans la sombre terreur de grottes abruptes où je sentais la lumière s’estomper doucement dans le noir. Et c’était monstrueux de me découvrir renfermé là-dedans, ô combien seul ! »

Nous marchons

Nous marchons
les yeux humides
les rêves cachés
les mains et les cœurs serrés
avec le remords et la peur
de cette joie stupide
qu’on appelle bonheur.

Nous nous regardons
dans les yeux, à travers
une poussière de lumière
qui frôle nos cœurs cachés
et nos mains enchevêtrées
tandis qu’au coin sombre de la rue
nos lèvres inconnues
se rencontrent volontiers.

Giovanni Merloni

Dans la rue qui mène à la rue où nous étions intègres (Bologne en vers n. 21)

09 jeudi Août 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Bologne en vers

Dans la rue qui mène à la rue où nous étions intègres

Dans la rue qui mène à la rue
où nous étions intègres
tu demandes à quelqu’un
l’adresse de ces diableries
que le rêve ne veut pas déjouer :
« Car le rêve, tu dis sans bouger,
par son amoncèlement
d’endroits inconnus et d’étranges ravins,
nous fait courir en vain :
il est trop éloigné, rongé par les lapins
notre lit peint en vert,
désormais tout se perd
dans une mer qui n’est plus notre mer ! »

Dans l’escalier qui mène à l’escalier
où naguère demeurâmes volontiers,
un vent de gens musclés
brise et balaie la lumière
qui t’effleure les lèvres.
Il balaie et brise cette fleur
de mots compliqués
qu’épiaient les baisers que t’arrachais,
que tout d’un coup tu m’accordais
par un bond bienfaiteur.

Ton visage réapparaît, à peine courbé
vers le pré où m’amène
un autre pré. Là, se fige une maison
qui ne ressemble pas à la tienne
rue des Orphelines. Au-delà d’une cloison
ton regard retranché et hardi
est en train d’explorer nos ruines :
« Pour le ciel que tu me portes
c’est trop tard, car je suis morte.
Des avalanches assassines
ont trop bien poli ton rêve maudit ! »

Dans le couloir qui mène au couloir
où nous fûmes des guerriers aux membres élancés
je m’accroche à l’ultime porte
tandis que tu jures qu’elle est morte
cette histoire où d’autres histoires me portent
cette joie conquise et ressuscitée
qui explosait dans le bas-ventre
d’une ville dépourvue de centre
dans un pré brûlé
dans un souffle désespéré
qu’à nouveau j’avale
traversant le couloir
me rouant dans l’escalier
où pour la énième fois
tu ne m’attends pas. (1)

Giovanni Merloni

(1)
Tu n’es pas dans la rue,
et je ne trouve pas une rue
où te poursuivre en courant
(du moins quelques instants).
Il n’y a pas non plus un sentier
où me réveiller tout entier…
G.M.

Jamais, ma joie, tu n’aurais quitté mon bras… (Bologne en vers n. 20)

06 lundi Août 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Bologne en vers

Jamais, ma joie, tu n’aurais quitté mon bras…

De ces temps éloignés et perdus,
rassurés par les mots de nos apôtres
nous marchions, parmi d’autres
à l’assaut de ce monde mal fichu.

Nous courions bras dessus-bras dessous
estompant dans la joie contagieuse
la blessure âpre et douloureuse
de notre escapade interrompue.

Tout d’un coup, t’ayant perdue de vue,
à la première rambarde je m’accrochai
et, parmi mille têtes, je fouillai dans la rue
désespérant que la tienne jaillît du marais.

En plongeant mon regard de fantôme
dans le miroir lugubre de ta soudaine absence
je vis autour de moi se répandre le silence
avalant rudement tes élans, ton arôme.

Ô combien inutile me sembla l’impatience
qui naguère me poussait à t’emboîter le pas !
Si j’avais cru jusqu’au bout à ma chance
jamais, ma joie, tu n’aurais quitté mon bras…

Giovanni Merloni

Subitement, j’ai grandi (Bologne en vers n. 19)

01 mercredi Août 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Bologne en vers


Subitement, j’ai grandi

Subitement, j’ai grandi
dans ta petite main.
Abruptement, j’ai suivi
la courbe de ton cou châtain.
Et suis précipité, en contre-jour,
à travers les moucherons de la cour
au bout d’un accablant après-midi
où la chaleur paraissait de velours.

En un seul dessin

En une seule tache lumineuse
je voudrais te résumer
ou sinon t’emprisonner
dans une rude toile d’araignée
dans une suffocante nébuleuse,
dans une sculpture figée.

Rien qu’en deux traits de fusain
je voudrais éterniser
ton regard malencontreux
les couleurs juxtaposées
de ta peau, de tes cheveux.

En un seul dessin
je voudrais savoir graver
les pensées où tu te tords
tes fantaisies bien cachées
tes espoirs, tes remords
tes ombres décachetées.

Il s’ouvrirait alors devant moi
des collines de gel ou de feu
un paysage vallonné vert et bleu
où se confondraient sans émoi
nos vêtements brusquement jetés
dans la mer rose et jaune de l’été.

Plus tard, mon croquis flotterait
sur la table mollement dressée
des amants tourmentés
sur leurs tristes fourchettes
sur le festin encore chaud
que voudrait mettre en miettes
le regard indiscret d’un salaud.

Je demeurerais inconscient
face à l’incessant va-et-vient
de silhouettes étrangères
qui sillonnent notre clairière.

Au-dehors des glaces noircies
et des ampoules éteintes
je savourerais, sur la terre avilie
l’odeur vif de notre étreinte
nos soupirs haletants et imberbes
et nos chuchotement silencieux
rebondissant, tels des adieux,
des ruines et des herbes.

Il me faudra, tôt ou tard

Il me faudra, tôt ou tard
arrêter de décrire ce que dit ton regard,
brusquement m’obliger
de ranger ce portrait mensonger
dans une toile d’araignée,
dans une nébuleuse,
dans une sculpture
dans un lit de fumée
dans une journée boueuse
où notre fabuleuse aventure
se termine.

Giovanni Merloni

j'ai grandi def

Ces trois poésies sont protégées par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

Je ramasserai ces haillons et ces mouchoirs sales (Bologne en vers n. 18)

08 dimanche Juil 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Bologne en vers

Je ramasserai ces haillons et ces mouchoirs sales

Dans le noir, juste avant l’aube,
je ramasserai ces haillons et ces mouchoirs sales.

Dans le désert de mon cœur
je verrouillerai les enseignes éteintes
de ce quartier incolore qui me fut gentil.

Dans un trou de ma poitrine,
je garderai la photo froissée
le sourire surpris, les yeux étincelants
de la seule femme que j’aimai.

Ce sera sans doute un matin froid
où le vent expérimenté
frappera brusquement aux rideaux métalliques.

Dans cet air sombre et hostile
mes pas malhabiles fouleront les trottoirs
en laissant derrière eux le sillage noir
de regards emboués de tristesse.

Dans ce vacarme silencieux
j’emprunterai une gueule quelconque
et, d’un coup, je me déroberai
aux mesquineries bien connues
qui voudraient m’empêcher
de fredonner mon chant faux
parmi les ombres en cohue.

Au petit soleil, le souvenir m’écrasera
des amis riant fort sous l’ampoule
et leur cri déchirant zigzaguera
parmi les poteaux qui s’écoulent.

Y aura-t-il d’autre moyen, à cette heure fatidique
de savoir qu’à jamais je suis seul ?
Que mon destin de partir va s’étendre
tel un triste linceul
sur un mot de fierté maladroite
sur un geste d’orgueil ?

Seul, j’arpenterai des chemins
de terres arides et fleuves. Quand
au sommet des ponts
je croiserai moi-même,
ce que j’étais vraiment,
j’aurai sur-le-champ l’envie
de faire demi-tour.

Vous ne m’entendrez pas
quand je partirai,
ramassant mon corps amoureux
à la hâte, dans le noir,
juste avant l’aube.

Giovanni Merloni

mulino a vento_fardellox poésie

Lien texte italien 

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

Une statue (Bologne en vers n. 17)

01 dimanche Juil 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Bologne en vers

Giovanni Merloni, Le trapèze, acrylique sur papier 46 x 64 cm, 2015

Une statue

1.
Une statue gesticulante
nous a parlé et même hurlé
avant d’arracher, affolée,
les fils bleus du tramway,
pour se forger, à notre insu,
une cravate tordue
et s’éloigner, tristounette,
parmi des branches violettes
octroyant, juste au bout,
une jolie porte secrète.

Sur mon même sentier, avait-elle marché
cette statue descendue de cheval
orpheline de son piédestal
emboîtant mes pas irréguliers
indifférente aux échos retentissants
de nos corps inexistants.

La fatigue c’était alors mon métier.
Chaque jour j’effondrais dans sa crue
et j’en ressuscitais tout entier
comme en sortant du marbre d’une statue.
Cela m’apprit à me résoudre à la vie
jusqu’à me découvrir gaillard et serein,
ma tête épuisée à même tes seins.

2.
Bien avant, une statue de bois
avait caressé tes cheveux blonds
d’où coulèrent à l’unisson
sur nos bras enchevêtrés
des larmes brûlantes, liquéfiées
libérant enfin nos poitrines boueuses
de toute ombre visqueuse.

Bien avant, une statue de cendre
avait emmené notre amour
dans une grotte de joie
auprès d’un lac de velours
s’évaporant brusquement à rebours
sous des draps de carton.

Bien avant, une statue de cire
s’était dissoute en arpèges
au milieu de nos corps de liège,
nous apportant une rengaine,
ratatinée et étrangère,
envoûtante et grossière
avec l’aubaine inespérée
d’une caresse qui nous réjouit
mes yeux dans les tiens enfouis
lors d’un jour de paix endormie.

Bien avant, une statue d’étoffe
ensevelie par des chiffons de soie
et des foulards de faux coton
ouvrit une brèche dans nos remparts
nous laissant librement arpenter
les labyrinthes sans fin
où se cachait, irrévocable, le destin
de nos vies de pantins.

3.
Il s’agissait
d’une statue de papier,
d’une statue de neige,
d’une statue de feuilles,
d’une statue de mains, de pieds
de sexes entrelacés.

Il s’agissait
d’une statue aux yeux vidés
par des pigeons terrorisés,
d’une statue de granit rose,
d’une statue aux branches soyeuses
où nos blanches chemises accrochées
se rendaient, telles des voiles délabrées
à l’évidence de la chose.

Il s’agissait
d’une statue qui arrêta de chanter,
de rire et nous câliner
reflétant, rien que pour nous
les lumières et les sons inconnus.

Il s’agissait
d’une statue statuée.

Giovanni Merloni

la statua 740

Giorgio De Chirico – sculpture exposée pendant l’été 2004 dans la cour du Palais des Diamants à Ferrare

Il y a 5 ans pile, le 1er juillet de 2013, j’avais publié cette même poésie, « La statue », qui demeura inaperçue, à part le commentaire de Dominique Hasselmann.
Cinq ans après, en entamant cette deuxième publication, je me suis rendu compte que dans le texte français de la première traduction il y avait beaucoup des choses à reprendre.
Il ne s’agissait pas que de la traduction et du choix de mots appropriés et poétiquement efficaces dans la langue de Jean Giono.
Il fallait aussi, pour une meilleure cohérence expressive, revenir à quelques passages du texte italien qui n’étaient déjà pas trop clairs et compréhensibles dans la langue de Umberto Saba.
Au bout de ce travail le nouveau texte vous livre une « chose » tout à fait différente, qui correspond sans doute mieux à mes exigences expressives actuelles ainsi qu’à mes états d’âme de l’époque (années 1976-1977) où la première ébauche italienne a vu le jour.
Tout cela m’a fait bien sûr réfléchir à ces 5 années que j’ai consacrées intensivement à mon blog et à cet étrange échange réel-virtuel avec des lecteurs connus et inconnus. Cinq ans, ce n’est pas une courte quota de mon existence, où j’ai moins profité qu’auparavant du monde physique qui m’entourait et notamment des mille suggestions ou des jardins en grand nombre de Paris…
Il y a eu sans doute des personnes qui ont critiqué plus ou moins ouvertement mon abnégation voire mon acharnement à communiquer avec mes confrères français même si ma langue française n’était pas toujours maîtrisée ni efficace…
Cependant, je crois que cela a été très, très important pour moi, tandis que ce « work in progress » n’ayant pas d’alternative s’est révélé au contraire une formidable façon de croître et d’apprendre le meilleur de la vie.
G.M.

Combien de mots (Bologne en vers n. 16)

23 samedi Juin 2018

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Bologne en vers

Giovanni Merloni, En contre-couchent, acrylique sur toile, 2018

Combien de mots

Combien de mots
nous héritons
de la peur de la nuit
de la misérable noblesse
de nos jours engourdis.

Combien de mots
en dépit de la fatigue.

Combien de mots
compromis par l’enthousiasme.

Combien de mots
pour nous dire combien
nous nous sommes manqués,
combien de mots
pour te raconter de moi
pour me raconter de toi :
« ô combien hier ce fut triste »
« ô combien ce matin fut lent »
« ô combien cet après-midi
fut furieux ! »

Combien de mots
pour étouffer le scandale
d’avoir emprunté cette retraite
à une déesse distraite.

Combien de mots
pour qu’il devienne enfin juste
ce silence des baisers
cette profondeur de la nuit.

Combien de mots
pour ajouter de la force
au délire de notre abandon.

Combien de mots
tels des funambules
nous avons poursuivis
pour nous dérober
à l’orgueil, à l’embarras
de cette rencontre.

Combien de mots
pour esquiver
le fantôme douceâtre
de la solitude annoncée
du retour chez soi
chez elle, chez lui
chez lui, chez elle.

Combien de mots
pour nous forger des carapaces
de héros solitaires
que bercera gentiment
la musique de la mer.

Combien de mots
pour tout tromper
et tromper nous-mêmes
avant de glisser
dans un nouvel ordre des gestes
qui nous ouvrira à nouveau
la porte invisible
(ô combien légère)
de notre entretien
(ô combien vrai !)
(ô combien chaud !)
(ô combien froid !).

Combien de mots
se perdent au loin
dans un trou noir constellé
de hurlements, de sanglots,
de petits pas brisés.

Combien de mots
voudraient remonter en troupeau
du fond désespéré d’une nuit
qui va se terminer dans un autre lit.

Combien de mots
pour nous plaindre de nos échecs
pour nous reprocher
réciproquement
le train qu’on a raté
où l’on aurait pu se connaître
et se marier aussitôt…

Combien de mots
pour nous autoriser
ce véritable amour qui nous unit
de toute volonté en dépit
par ces instants de crève-cœur
que nous nous arrachons
comme des voleurs.

Combien de mots
entrent et sortent
de nos lèvres ardentes
de nos yeux clos
de nos imprudentes mains
abandonnées dans un beau rêve
d’horizons lointains.

Giovanni Merloni

combien de mots_740

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

Une plaie violacée qu’on ne peut pas recoudre

10 dimanche Juin 2018

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, mes poèmes

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Giovanni Merloni, Via del Pratello, acrylique sur carton 51 x 72 cm,
terminé en 2018

Une plaie violacée qu’on ne peut pas recoudre

Si j’ai cassé les ponts, je me dis,
si j’ai effacé les routes
si je suis en France, désormais,
il y a eu une raison,
un inconvénient sérieux
qui m’a brisé la vie.

Je me dis : c’est étrange
d’être ici, à Paris,
de m’endormir et me réveiller
parmi des gens qui parlent une langue
qui n’était pas la mienne,
loin de Bologne, de Rome, de la mer.

De là-bas, j’ai fui et ne sais plus y revenir.
Ma famille s’aventure désormais en deux mondes parallèles.

Je me dis : combien de morts se cachent
dans le sillage de mon exil doré :
ceux qui savaient que je ne reviendrais plus,
ceux qui ne savaient plus où me chercher,
ceux qui me considéraient comme mort.

Personne ne croyait que je serais vraiment parti.
Il n’y eut que Daisy à exclamer que c’était un adieu.

Je me dis : quelle grande illusion, l’Europe,
les frontières ouvertes, les voyages insouciants,
les échanges, les étreintes, les baisers !

Je me dis : cela n’a jamais été facile
de traverser la barrière invisible séparant
ce que j’étais de ce que je suis devenu.
Derrière nous une porte a claqué,
les voix sont devenues petites,
écrasées par le vent d’un changement ambitieux.

Mais je suis bien heureux, dans cette boîte pétillante
où j’ai pris l’habitude de remémorer et rêver
en portant, bien cachée dans les plis de mon cœur,
une plaie violacée qu’on ne peut pas recoudre.

On ne revient pas en arrière, et c’est embarrassant
devenir une ombre étrangère
pour quelqu’un ou quelqu’une qui disparaît là-bas
à Bologne, à Rome, au bord de la mer
ou alors qui sait où
dans la maison qui fut la nôtre
et ne saurais plus reconnaître
dans la rue familière
où nous apprîmes à aimer…

Giovanni Merloni

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