le portrait inconscient

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Testament immoral

Tu étais la lumière sur le balcon (Nuvola, 1971)

05 samedi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Nuvola

001_terrazzino 180

Tu étais la lumière sur le balcon (1971)

Tu étais la lumière sur le balcon,
chaude comme une main
dans une goutte.

Tu étais triste,
même dans ton sourire
effilochant mon rêve.

Tu étais l’incertitude
entre adieu et au revoir
s’ajoutant
à l’étrange inquiétude
dessinée par ta bouche souple,
sculptée par tes cils écarquillés,
filmée au ralenti
par les gestes inutiles
de tes mains agrippées
à la rambarde.

Je t’embrassais, serrant
dans les peignes de mes dents
une femme-oiseau sévère
ébahie, étrangère.

Tu te rebellais, douteuse,
prête à fuir, jetant
ta voix pleine de colère
sur mon être imprudent.

Il reste dans ma bouche
la saveur triste du sang
et les restes épuisés
de nos corps enchevêtrés.

Notre vie, loin de nous,
nous incombe tout de même,
immobile et mouillée,
dans le son détendu de l’été.

Giovanni Merloni

campo de fiori anni 80 (8)

Giovanni Merloni

P.-S. Pour ceux qui s’intéressent à mon parcours, voilà ci-dessous la traduction de la première version de ce texte.

Tu étais la lumière sur le balcon (1971)

Tu étais la lumière sur le balcon,
chaude comme une main dans une goutte.
Triste, dans ton sourire, comme dans mon rêve.
Tu étais ce tragique entretien d’adieu
dessiné sur une bouche souple,
sculpté sur des cils écarquillés,
filmé au ralenti dans les gestes inutiles
des mains sur la balustrade.

Je t’embrassais, serrant dans l’étreinte
de mes dents une femme nue
qui se démenait et hurlait heureuse,
répandant son cri sur mon corps.
Il restait dans ma bouche
la saveur du sang et les restes grisâtres
de ce corps immobile et mouillé
dans le son détendu du silence.

Giovanni Merloni

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 5 avril 2014

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Ballade du moi-narrateur, 2005 (Solidea n. 16)

04 vendredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

000_moi narrateur001 180

Ballade du moi-narrateur (2005)

Moi, narrant,
toujours fatigué,
toujours ambulant,
je voyageais incertain
dans le monde aimé
tout en me dérobant
à son corps abîmé :

autant de roses
j’en ai touché

autant de larmes
j’en ai pleuré.

001_amsterdam 1 180

Moi, errant
entre amour et envie
entre mégalomanie et guerre,
j’ai creusé des monts de mystère,
j’ai bu des fleuves de folie.

002_amsterdam 2 180

Moi, narré,
toujours désargenté,
toujours harcelé
par des créditeurs de faveurs
(que je ne savais pas exaucer)
par des négatrices de baisers
(que je ne savais pas voler).

Au fond du train
qui m’a dévoré
moins que serein
j‘étais angoissé.

003_amsterdam 3 180

J’ai écrit dans une boîte
faufilée dans une trappe
roulante.

J’ai écrit de jet et de pisse
en me transformant
en couleuvre qui glisse.

J’ai écrit depuis le berceau
des menaces à une fille
perdue dans le troupeau.

J’ai écrit sur ta martingale
que tu m’avais transmis la gale
par ta fureur bestiale.

J’ai écrit sur la comète
une pensée d’ascète
ne me désaltérant jamais.

J’ai écrit la trame
d’une exaltante flamme
ne me comblant jamais.

J’ai écrit en diagonale
ma hantise ancestrale
végétale et animale.

004_amsterdam 4 180

J’ai cessé d’écrire,
car enfin c’est égal :

à quoi bon toute gloire
si jamais le chagrin s’arrête
si la douleur m’encage
si la fille va disparaître
que quelqu’un d’autre caresse
derrière une coulisse
ou dans une trappe ?

005_amsterdam 5 180

Giovanni Merloni

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 4 avril 2014

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Je pourrais devenir même insouciant, 1975 (Ossidiana n. 29)

03 jeudi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_clown003 180

Je pourrais devenir même insouciant (1975)

Je pourrais devenir même insouciant
en donnant à vous tous
ma joie provisoire d’être ici,
gesticulant devant vous,
essayant avec vous
l’immobilité, juste ici
nulle part ailleurs.

Je pourrais m’immerger
dans les draps enchanteurs
d’un clown impénétrable
et tout en souriant froidement
(en pleurant chaudement)
grimper sur un fil transparent

avant de finir là-haut
dans cet autre monde inutile
où l’on vend sans trop réfléchir
des escargots et des glaces
aux enfants.

002_voilière 180

Giovanni Merloni

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Au milieu de deux barques, 1975 (Ossidiana n. 28)

01 mardi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_deux barques002 180

Au milieu de deux barques (1975)

Venise éclate,
éclipsant ses mains noueuses
dans l’étendue marécageuse
de gestes submergés.

La couleur du jour
rebondit, stupéfaite
dans ton corps haletant
dans ton sourire étincelant ;
mais déjà
tes mots téléphonés
s’éloignent en écho.

Peut-être, tu voudrais
arrêter le temps
pour qu’on ne doive pas
se dire encore adieu
depuis cette étrange
brève rencontre
au milieu de deux barques.

002_venezia (2) 180

Giovanni Merloni

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Éloge du finestrino (Zazie n. 8)

31 lundi Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_disegno finestrino def 180

Éloge du finestrino (2014)

J’aime regarder dehors
depuis le finestrino
m’accouder dans le vide
depuis une rambarde
depuis le comptoir d’un bar.

J’aime dialoguer
(assis dans mon lit
à quatre heures du matin)
avec les fantômes
traversant le noir
(j’aime aussi espérer
qu’enfin la nuit m’apportera
son conseil agité).

À force de me pencher
depuis les gouffres, les ponts
et les tours hardies
il arrive toujours le moment où
tout devient clair
et que je comprends
ce que je suis
ce que je devrais faire.

Il suffit d’un instant
pour saisir brusquement
le sens de la vie
et ses voies fabuleuses
à la vitesse du train,
de ses voix mystérieuses…

Et pourtant,
par de petits trucs
ou des dires caducs
je m’oblige toujours
à reprendre la routine
du voyage à rebours :

je regarde au-dedans
du compartiment,
je tourne le dos
au panorama
et j’avale depuis le calice glacé
une gorgée de vin blanc
sans trouver la passion
de sauter
attrapant l’occasion
de ressusciter.

Sans jamais changer
ni me décider.

Que ferais-je d’ailleurs
sans mes endroits extrêmes,
sans mes puits ou miroirs
(le train, la rambarde,
le comptoir du bar
et ce noir sans bout) ?

Comment pourrais-je
sans me risquer, cycliquement,
dans un rêve,
éviscérer les entrailles
de ma vie ?

Giovanni Merloni

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Riche d’un enthousiasme sans abri, 1976 (Ossidiana n. 27)

30 dimanche Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_enthousiasme instable 180

Riche d’un enthousiasme sans abri (1976)

Prochainement, je reviendrai
parmi mes camarades ;

dans peu de temps
je reprendrai l’habitude
de ne pas me scruter ;

rapidement je retournerai
à ma gueule ingénue
et je rirai
comme avant
par exaspération
parce que je serai,
en ce moment-là,
distrait ;

peut-être demain
je participerai de nouveau
à cette bagarre spasmodique
contre le temps
à ce tourbillon des paroles ;

d’un moment à l’autre
je redeviendrai jeune
drôle et gentil
riche d’un enthousiasme
sans abri.

Giovanni Merloni

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Dans le cœur sombre et noir de la rue, 1964 (Ambra n. 38)

29 samedi Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_disegno sombre noir rue 180

Dans le cœur sombre et noir de la rue

Deux maisons s’effondrent « en bas »
dans le cœur sombre et noir de la rue.

Parmi les têtes, les capotes, les colombes
a jailli ton visage chéri
— Tu sais, il y a du monde, tu me dis agacée.
Ou par ton tic aux doigts te désespères :
— Je n’ai pas envie de vivre encore
et tu ajoutes : — aide-moi !

Nous marchons, étirant le matin
embrouillant les lumières
les saveurs. Coule encore
sur nos têtes de la terre,
du soleil, par éclairs.
Tu t’écries, sautillant sur ton pas :
— Aide-moi !

Je descends à nouveau
ne croyant qu’à ce ciel
triste et blanc.
Tu es morte, petite tranche
d’un carnage de cette ère,
petit arbre séché
que des bombes ont troué. Désormais,
tu es la terre nue, sans fruits
qui pourtant donne l’amour.

Les maisons ouvrent
leurs lumières étincelantes
du matin à la nuit
et l’on est mieux comme ça :
moi, complètement seul
toi, peut-être,
complètement morte.

Parmi des maisons blanches
où le soleil flotte
imprimé ou peint
ta mort rit, bien heureuse.

002_vetrina bruxelles 180

Giovanni Merloni

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Le train est parti, il nous a séparés, 1964 (Ambra n. 37)

28 vendredi Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_disegno train001 180Le train est parti, il nous a séparés

Le train est parti, il nous a séparés
nous jetant sur des terres hideuses
nous ravissant même les paroles.

Au départ, c’était toi qui essayais
à me donner des caresses,
des raisons,
et pourtant tu m’étais séparée
par cette vitre
par ce voyage t’affairant
par ces autres t’adressant
la parole.

Le train est parti
emportant son bagage fragile
qui pourtant traîne ignare
dans la course précipitée.

Ce quai sans bagages
rassemble ce torrent de larmes
inutile, sot, douloureux
qui pourtant reste ici, immobile,
pour toujours.

002_stazione aia 180

Giovanni Merloni

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Ô page blanche de l’avenir (Zazie n. 7)

26 mercredi Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_caravelle 180

Sortir
Me dérobant a la vue
tout en empruntant la rue,
sortir dans la cohue
comme une chanson perdue.

Sortir en haillons
me faufilant un pantalon
un chapeau sans façon
et rien que des chaussons
endossés dans l’action.

Sortir des couloirs
des cauchemars noirs
piétinant les trottoirs
arpentant le comptoir
d’un bistrot aux décors noirs.

Sortir en allégresse
de tout esprit de finesse
étreignant avec tendresse
une fausse déesse
remplacée par l’ivresse.

Sortir d’une destinée
déjà écrite, abîmée
me donnant l’air fâché.
Sortir de toute idée
fixe et bouleversée.

Sortir librement
sans changer continent
rien qu’allant et venant
par le désir ardant
jusqu’à Ménilmontant.

Sortir sans un mot
me sauvant dans un cachot
en attendant Godot
derrière une table de bureau
voilà le grand boulot

que je vais faire !

002_bibliothèque 180

Laisse tomber ces mots caducs
Essaie d’autres trucs !

Sors de l’autobiographie
Tente l’anatomie
Roule-toi dans la gastronomie
Accélérant l’utopie.
Plonge-toi dans la cacophonie
Oubliant la poésie.
Note sans jalousie
Toutes les alchimies
Inventées par boulimie
Nonchalance ou folie.

Viens donc dans l’atelier
On t’apprendra à marcher
Utilisant les gags du métier
Sans rien devoir inventer.

Derrière la poussière qui le couvre
Immense et bourré comme un Louvre
Tout un monde te s’ouvre !

À toi la liberté !

Balustrade ou rambarde
Illusion triste ou hagarde
Enfance sombre ou pénarde
Notre jeu de pure fiction
Tremplin de la déraison
Ô page blanche de l’avenir
Te fera rajeunir

!

Giovanni Merloni

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ti_009_Le va-et-vient de Monsieur Le Train III/III (Testament immoral IV/III)

12 mercredi Fév 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Testament immoral

001_le va et vien III def 180

Giovanni Merloni
Le va-et-vient de Monsieur Le Train III/III
(Giovanni Merloni, Testament immoral IV/III, Manni 2006)

12.
Pendant le long voyage
parmi les dialectes d’Italie
je rencontre, douce-amère,
une Babel toujours fière
de ses graves défauts.
Changent les parlers
à chaque traversée
du turbulent golfe de Naples
jusqu’à la mélancolique angoisse
auprès du Tibre, à Rome.
À chaque fois, je laisse,
enthousiaste
cette Rome grosse-tête
(patrie se feignant quiète
étrange station de poste).
Pour moi, bête de somme
Rome, « amour », « premier hôtel »,
ce fut une étreinte de bordel
une mère qu’il fallait abandonner
pour ne pas suffoquer.
Depuis les parapets de travertin
de cette ville de ruines
et d’églises,
la course en strapontin
m’emmène à la lumière
(voilà)
peinte sur les murs
de Florence. Une fresque
poussiéreuse
(voilà)
où la rivière de Dante
traîne des chevaux,
des carrosses, des arbres
sombres et légers
des balustrades enchevêtrées
aux madones accoudées.
Une fois quittée Florence
(ville de seigneurs)
on passe de l’autre côté
au-delà de la montagne,
du « sì » au « scì »
du parler toscane
a la cantilène émilienne.
Bologne a perdu son fleuve ;
cependant, cette plaine
c’est une mer infinie
où le naufrage m’adoucit ;
cependant, cette terre
c’est parfois un huis clos
où je peux imaginer
la chaumière du XIXème
le balcon du XIVe
le cardo des anciens Romains
rencontrant le decumanus
à piazza Maggiore.

004_santo stefano 180

13.
Parmi Naples, Venise et Florence,
je choisis  Bologne, ville de sciences,
de véritables correspondances,
mais aussi
pour ces «Lasagnes chaudes ! »
confortant, pendant la nuit,
les os rompus, les esprits hagards
et le besoin d’aventure
ne faisant qu’un avec la peur.
J’ai tout de suite aimé Bologne
pour cette langue qui songe,
écoutée chez Luisa et Dora
et dans le couvent
de la sœur Virginia ;
pour cette musique flûtée,
devinée dans la voix
inconnue de Zvanì
ce monsieur qui partit,
enthousiaste, s’accrochant
au premier train de Rome.
J’ai d’emblée poursuivi
le savoir-faire ancien
et l’esprit citoyen
voyageant dans cette voix
qui refusait l’axiome
de devoir s’embaucher
forcément
dans une vie d’employé ;
il me semble de l’entendre
maintenant, cette voix
qui aimait bien voyager,
se vautrant dans le rêve
d’être utile à la cause
perdante des pauvres.
Je devine
ardente son idée
susurrée depuis le tréteau ;
j’imagine
assuré son regard :
un faucon
s’il lorgnait sa Mimì
accoudée au balcon.
Jamais ne s’évanouit
son train vaporeux, élégant
unissant l’Italie d’infinis
innombrables pays.

007_cesenatico 180

14.
À mes quinze ans
(en juin)
(chaud, il faisait chaud)
je connus les rues de Bologne
en quête des étoffes
du costume gris « fumée de Londres »
pour Décio, un cher parent
tombé dans le piège
conjugal.
Je connus l’ombre des arcades
en découvrant que Bologne
ne laisse pas qu’on l’aime
avant que l’on s’y installe
et qu’on y retourne
plusieurs fois.
À dix-sept ans, en été
je voyageais incognito
sur le train de Cesenatico
sur le train du premier baiser
imprégné de sable
de la première balançoire
couinante sur la mer.
À vingt-cinq ans
le train m’emmenait à Trieste
(une seconde Venise) :
un voyage interminable
comblé de pensées
de  projets
de rêves en demi-sommeil
d’érotiques fantaisies
ainsi que des folies
très modestes.
Trieste m’accueillait,
souriante,
avec ses parquets,
son hôtel liberty,
ses grands cafés,
ses rues descendantes
balayées par le vent.
J’en revenais content
quitte à m’arrêter à Venise
pour gaspiller le temps
pour me souvenir ou espérer
jusqu’à tâtonner
dans une mer d’excuses
pour tromper mon épouse.
Je m’arrêtais à Bologne
pour les « Lasagnes ! »
pour ces voix plaintives
pour une promenade hâtive
au-dessous des arcades
tout autour de la gare
comme si j’avais pris déjà
la décision solennelle
(au rythme des ciseaux)
de couper Rome
et son amour en cage
et coller Bologne
(par strates de salive)
en devinant, mon Dieu
que mon amour déclaré
serait tôt partagé.

006_treno rm_bo 180

15.
Ensuite plus souvent
sans accompagnateurs
seul et pensif
et hardi
mille et mille fois
je pris ce train. Ici
(seul courage demandé),
l’on atteint le palier,
on installe la valise
ou le sac
ou le livre
ou le journal
et l’on se retrouve en voyage
dans un doux cabotage
entre poussière et  goudron
herbe médicinale et purin
au milieu des voix
intimes et amoureuses
parmi des hurlements
aigus et fatigants.
Certes, le train est constriction,
entassement, prison,
mais c’est aussi le grand prodige
de penser en mouvement
tout en regardant,
même sans en avoir envie
les paysages de la vie.

Giovanni Merloni

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 12 février 2014

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