Monotonie (Nuvola, 1971)

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001_monotonie 180 Monotonie (1971)

Monotonie, je te tiens par la main,
tu es blonde et mince, tes seins sont des poings fermés,
tes lèvres sont des villes brûlées,
tes yeux sont des panoramas de carte postale,
tu as des corps différents pour le même destin,
des faces distinctes pour le même lit
envahi de chiffons et de débris.

Tu as la voix de l’ambulance,
la voix d’une télévision idiote,
la voix d’enfants en prison,
la voix muette du bourreau.

002_monotonie 180 Monotonie, latente inquiétude
d’hommes contraints à se faire du mal entre eux
pour garder intacte la logique inexorable
du pouvoir constitué.

Monotonie, tu vas me bâillonner,
tu vas devenir un vêtement, un masque,
un filtre séparant ce que je pense de ce que je fais.

Jamais je ne veux te perdre,
jamais, jamais, jamais…

Giovanni Merloni

1960-1965 ambra 1966-1971 nuvola 1972-1974 stella 1975-1976 ossidiana 1977-1991 luna 1992-2005 roma2006-2014 paris

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 6 avril 2014

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Les nouveaux mots que tu m’apprends (Zazie n. 3)

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001_un monsieur silencieux 180

Versailles, 1961

Les nouveaux mots que tu m’apprends (*)

Les nouveaux mots que tu m’apprends
je te les rends ;
les vieux mots que j’oublie pour toi
c’étaient ma vie à moi.

Assis dans un bistrot
sous un rayon de lumière
un jeune homme au chapeau
maladroit, silencieux
interrogeait son verre.

Regardant peu à peu
dans le noir de mes yeux
ce garçon malchanceux
a éveillé, sans un mot,
ma merveille.

Il n’est pas le neveu
de Richelieu
ni le frère de Molière.
Il ressemble plutôt
au persan de Montesquieu
vomi par le train bleu
de la banlieue.

On était en chemin
au canal Saint-Martin
lorsqu’il dit un petit mot :
je suis Monsieur Hulot
ou alors le petit oiseau
à l’aile cassée au pied tordu
ta gentille alouette
tes instants perdus.

Assis à l’Atmosphère
dans la soirée légère
ses mains m’ont parlé
et, la bouche bée
tout le temps j’ai dansé
dans ses gestes assurés…

Il s’appelle Paradis
ce géant très poli
qui m’emmène ravi
de la Gare de Lyon
jusqu’aux Buttes-Chaumont
devinant ma fortune
en bas de rue de la Lune
ou jouant de sa harpe
à la Contrescarpe.

002_un monsieur silencieux 180

Paris, Montmartre 1961

Nous étions comme des fous
bras dessus bras dessous
sous le Pont Mirabeau
voltigeant sans un mot
tout en haut dans le ciel
de la Tour Eiffel.
Je riais comme une folle
à Batignolles
j’avais mal au genou
au Centre Pompidou.
et je tombais à terre
sur la route de Nanterre.

Revenant en arrière
l’écharpe en bandoulière
il se met à chanter
un refrain de chimères
un manège insensé
où l’amour d’une journée
dure une éternité…

Saisies par l’atmosphère
de cette soirée légère
ses mains m’ont parlé
et, la bouche bée
je ne cesse de danser
dans ses gestes assurés…

003_un monsieur silencieux 180

Paris, Montmartre 1961

Giovanni Merloni

(*) Cette poésie ayant une femme comme protagoniste, a été inspirée par un texte en prose, publié ici le 2 juin 2013 : L’installation I/II

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

Une poésie primordiale (Nuvola, 1966)

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001_appia antica (90) 180

Roma, via Appia Antica, 1961

Une poésie primordiale 

I
Une femme se penche.
Depuis son ventre,
tel un nœud dissout,
un hurlement se déchaîne,
le même que je crachai
tout en pleurant
le jour de ma sortie
dans la vie.

Je ne saurai jamais répondre
à une question adressée à moi-même.

002_giardino aranci 180

Roma, Aventino, Giardino degli Aranci

II
J’ai embouché, en courant,
une route encastrée par les pins
(des troncs debout bien vivants
appuyés sur les sables du néant,
qui parlaient, presque,
tandis que le vent prétendait
les flanquer vers le ciel).

Glissant dans l’obscurité,
j’ai traversé
les voix des vivants et des morts,
le bruit sourd des roues,
le silence triste du vent.

En courant, je m’approche
de ta porte. Ma joue enflammée
se frotte désormais
contre ton cœur de velours.

003_aventino da sotto 180

Roma, Aventino dal Lungotevere

Derrière les pins agités,
les rambardes coupent la mer.
Une mer dictée
par un voyageur,
une mer hurlée
par un noyé,
où tu navigues, nue.

Dans le ciel sombre, la lune
surprend les ardeurs
de deux amants étrangers.
Parmi les écorces et les orties,
une odeur neuve s’effondre.
Ma longue main te prend tels un
papillon, une glycine,
une fleur d’orange.

Ô joie exterminée, tu es
arrivée !

004_discesa 180

Roma, Aventino, discesa

Giovanni Merloni

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 28 juin 2014

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Ma semaine à moi. Dimanche, 1975 (Ossidiana n. 22g)

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Giovanni Merloni, 2009

Ragazzo_padre (1) d’Enzo Jannacci (texte de Bruno Lauzi)

Ma semaine à moi. Dimanche (1975)

Ta semaine hors de toi
ma semaine hors de moi
notre semaine hors de nous
Mes jours hors de toi tes jours hors de moi
nos jours hors de moi et toi
ton temps hors de moi mon temps hors de toi
notre temps hors de nous deux.

Dimanche un jour fermé
les mains dans les poches.

Dimanche s’il y a la lumière tu es là.

Dimanche si tu es là c’est un jour de fête.

Dimanche si je pars en voyage avec toi
je voudrais hurler. Si je suis serein,
le dimanche, c’est parce que je suis avec toi.
Sans toi, dimanche n’est pas dimanche.

Pourtant, le dimanche, la douce ville s’en va
toute entière elle te suit quelque part
où je ne saurais pas poursuivre tes pas.

Dimanche si tu es loin je t’écris
une poésie sans paroles.

002_testina celeste_740 def

Dimanche, à pied, je respire les arcades
hautes basses, larges étroites, nobles ignobles
bruyantes angoissantes
comme mes gestes en morceaux dans l’air.

Dimanche je m’achète
une fleur violette et ton parfum.

Dimanche, au lieu de rentrer dans mes murs
je m’éloigne tout au long des rails
en mimant ton pas
ton regard surpris.

Dimanche c’est déjà lundi.

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Giovanni Merloni

(1) Garçon-père (« Ragazzo padre ») de Jannacci-Lauzi,

Elle est arrivée un jour, un matin d’été
et s’est installée au salon, me demandant de fumer
Je vous laisse imaginer comment ça s’est passé :
avec un enfant à entretenir, je me suis retrouvé !

Je suis un garçon-père, qui demande la charité
car je suis un pécheur, pour cette société.
Je suis un garçon-père qui ne sait plus où aller
J’ai demandé à la Mairie, ils ne m’ont pas laissé entrer.

Il y a vingt ans que je traîne, mon fils est presque adulte
et vu la saison il faut bien qu’on y pourvoit
au fait hier soir au parc, il faisait sacrément  froid
on s’est serré fort, fort… l’on a fini là-dedans.

Je suis un garçon-père qui demande la charité
car je suis un pécheur pour cette société.
Je suis un garçon-père qui ne sait plus où aller
J’ai demandé à la Mairie, ils ne m’ont pas laissé entrer.
J’ai demandé aux gendarmes, ils ne m’ont pas laissé entrer.
J’ai demandé aux sœurs, elles ne m’ont pas laissé entrer.
J’ai demandé à mon fils, il m’a dit : « Allons…
Tu es un garçon-père,  demande la charité
tous les garçons-pères demandent la charité
non, ce n’est pas péché de demander la charité… »

(traduction par Giovanni Merloni et Catherine Develotte)

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Ma semaine à moi. Samedi, 1975 (Ossidiana n. 22f)

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Giovanni Merloni, 1991

Paolo Conte Wanda

Ma semaine à moi. Samedi (1975)

Ta semaine loin de moi
ma semaine loin de toi
notre semaine loin de nous
Mes jours loin de toi tes jours loin de moi
nos jours loin de moi et toi
ton temps loin de moi mon temps loin de toi
notre temps loin de nous deux.

Samedi quatre pas au milieu de l’herbe et les chiens
une pensée engourdie, un désir troublé
une envie frénétique de te toucher
une poésie adressée à moi-même.

Samedi la dimension précise
de mon penchant pour l’attente

Samedi une semaine qui s’achève
une autre qui s’entame
les renoncements d’un prince sans le sou
le dessin plein d’orgueil d’un appartement vide
l’allure courbe d’une tête entière.

Samedi le temps devant
le temps derrière
samedi dormir, samedi rêver de toi
samedi m’apercevoir, samedi t’aimer
samedi être jaloux
samedi te chercher parmi les papiers
samedi peindre ta silhouette vague
samedi attendre.

003_divano_bologna_740 rid

Giovanni Merloni

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Ma semaine à moi. Vendredi, 1975 (Ossidiana n. 22e)

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Giovanni Merloni, 2003

« Vorrei incontrarti » (« Je voudrais te rencontrer ») de Alan_Sorrenti (1972)

Ma semaine à moi. Vendredi (1975)

Ta semaine sans moi
ma semaine sans toi
notre semaine sans nous
Mes jours sans toi tes jours sans moi
nos jours sans moi et toi
ton temps sans moi mon temps sans toi
notre temps sans nous deux.

Vendredi un commencement frénétique
trains et navires au départ
des gens en face de la porte
pas une seule minute pour les poésies.

Vendredi un adieu hâtif.

Vendredi un seul instant de certitude
de t’avoir ravie.

002_Prati-alti 740

Vendredi les mots des autres
les prodiges impuissants
face à cet enlèvement échoué
les oracles angoissants
face à cette solitude renfermée.

Vendredi scruter la ville
depuis un tapis volant
en y cherchant les réponses
à tes labyrinthes
à tes incompréhensibles sermons
à tes regards clairs.

Vendredi des coquillages à la dérive sur les sables
une balançoire effleurant l’écume de la mer
une vitre triste reflétant ma gueule d’artiste.

Giovanni Merloni

003_cartellino bologna 740

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Ma semaine à moi. Jeudi, 1975 (Ossidiana n. 22d)

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rimmel testina_prima_740

Dans l’ovale : Giovanni Merloni, 1978

Libre interprétation de la couverture de Rimmel de Francesco De Gregori (1975)

Ma semaine à moi. Jeudi (1975)

Ta semaine avec moi ma semaine avec toi
notre semaine avec toi et moi
Mes jours avec toi tes jours avec moi
nos jours avec moi et toi
ton temps avec moi mon temps avec toi
notre temps avec nous deux.

002_cortile antique 740

Jeudi une journée massacrante
un paresseux va-et-vient dans l’escalier
un téméraire clin d’œil
parmi les voix des autres.

003 via delle moline antique 740

Jeudi un soir comme deux époux
nos langues enroulées
parmi les vêtement éparpillés au sol.

004_piazza verdi antique 740

Jeudi une progression de gestes,
comme dans une danse.

005_non so antique 740

Jeudi un corps en sueur, une main pleine de bagues.

Jeudi mes questions et tes regards

Jeudi une poésie mise en pièces.

Jeudi une triste descente vers le sommeil.

Jeudi le jour le plus adapté pour mourir.

006_piazza maggiore antique 740

Giovanni Merloni

Tableau de l’en-tête : Giovanni Merloni huile sur toile 21×30 cm, 1978

Photos de Raimondo Rosario Giunta

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Ma semaine à moi. Mercredi, 1975 (Ossidiana n. 22c)

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astolfo nell'isola 740

Giovanni Merloni, 1973

Ma semaine à moi. Mercredi (1975)

Ta semaine à moi ma semaine à toi
notre semaine à toi et moi
Tes jours à moi mes jours à toi
nos jours à moi et toi
ton temps à moi mon temps à toi
notre temps à nous deux.

Mercredi un nouveau mordant
une souplesse inattendue
un mémento
un deux trois quatre coups de fil
un regard de travers
pour obtenir de se faire suivre.

Mercredi un après-midi dans le soleil
tes caresses circonspectes
ta défense souriante
tes bras serrés aux miens

Mercredi, une heure après l’autre
le temps emprunté aux devoirs
fatigué par les réunions ratées
cassé par les renvois et les excuses
laissant glisser doucement
la tête et les mains dans un voyage
à rebours, au-delà du cap
le plus reculé du monde.

Mercredi une navigation dans la brise
une poésie aux fautes rouges et bleues
un silence musical
une tranquille poignée de main
la découverte de deux corps merveilleux
voltigeant au milieu des ombres
obscures et gelées du soir.

torri bologna 740

Les tours de Bologne (reconstruction de Gina Fasoli, « Il Medioevo » sur « L’Emilia Romagna », Teti editore, Milano 1974)

Giovanni Merloni

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Ma semaine à moi. Mardi, 1975 (Ossidiana n. 22b)

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seggiolino del papa 740

Giovanni Merloni, 2003

Ma semaine à moi. Mardi (1975)

Ma semaine ta semaine notre semaine
à moi à toi à nous
mes jours tes jours nos jours
mon temps ton temps notre temps.
Notre semaine ta semaine ma semaine
Notre temps ton temps, mon temps
à nous à toi à moi.

Mardi une invitation
un sandwich fumant,
un cocktail de paroles biaisées.

Mardi un sourire lumineux
nonobstant la pluie
un dessin de rues et de toits
un jardin sombre dans l’après-midi
une promenade sage
parmi les boucles de ton cou.

Mardi une élégie
n’ayant que deux heures pour nous
une farce de marionnettes
une poésie stupide
un pull effiloché
un caillou dans l’eau
une conversation agaçante
glissant sur les glaces
d’un discours sans éclat.

Mardi une difficile rentrée chez soi
un lit défait
une chaudière qui ne marche pas.

viale silvani 2 antique 740

Bologne, viale Silvani, jardin et fontaine près de l’entrée de la Région Émilie-Romagne

Giovanni Merloni

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Ma semaine à moi. Lundi, 1975 (Ossidiana n. 22a)

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Ma semaine à moi. Lundi (1975)

Ma semaine à moi, notre semaine à nous
mes jours à moi, nos jours
mon temps à moi, notre temps.
Ta semaine à toi, ma semaine à moi
ton temps, mon temps
ta semaine à toi, notre semaine à nous.

Lundi la lumière perce comme un réveil rose
en dissipant la torpeur endolorie.
Lundi la voiture démarre
vers une brioche et un cappuccino
vers les sourires dans l’ascenseur
après avoir « pointé »
vers le bureau en désordre
et les histoires des collègues de travail.

Lundi une vie rythmée
au ralenti, de l’aube au soir
au milieu de couloirs et moquettes
parmi des vibrations téléphoniques
des éclaboussements de mots
et les ennuis des nouvelles rencontres.

Lundi de fatigantes péripéties de  la pensée
sans retrouver pourtant
ces notes indispensables.

Lundi un rendez-vous improvisé
une surprise, un rapprochement difficile
un embarras indicible
une poésie impresentable
le dialogue nerveux de deux costumes
une soirée dans une musique en sanglots.

Lundi un programme ambitieux,
un tour en cercle vicieux
un dîner immobile
en avalant de mauvais restes.

bologna centro storico 740

Part. couverture « Bologna, politica e metodologia del restauro nei centri storici » par les soins de P.L. Cervellati e R. Scannavini, Società editrice il Mulino, Bologna 1973

Giovanni Merloni

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