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Destinées croisées (Zazie n. 6)

27 lundi Mai 2013

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Zazie

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Giovanni Merloni, 2010-2013

Au moment de mon départ à Paris, en 2006, une chère amie à moi, une Française de Bordeaux, Hélène J., se transférait, pleine d’enthousiasme, en Italie. Dès lors, de temps en temps, on s’écrit des longues lettres assez drôles, dans lesquelles nos impressions se croisent, se mêlent et parfois s’opposent l’une à l’autre sans trouver aucune forme de compromis. 

Destinées croisées (pour Hélène J., 2006)

Tu l’as vu, à aimer l’Italie
on se noie dans des mots
grossiers, sans pitié,
des mots pourtant veloutés
empruntés aux fées,
quoiqu’ils soient dépareillés et sales.

C’est un monde de déménagements
et de jeux de mots, tu l’as vu.
Des mots hurlants
lancés à tout venant
des mots ambulants
des mots passés sous silence
obtus, même trop connus
des mots désinvoltes
alignés, obéissants.
Je suis moi aussi,vraiment
un Italien entier
sans retenue, farfelu
sans bouche ni haleine
contraint de parler en me taisant.

002_fiume in piena 740

Rome, Tevere en crue, novembre 2005

Tu as vu, c’est à nous
de dresser le monde
avec de la fausse herbe
et nous y asseoir résignés
(en proie à de pénibles accouchements)
parmi de malodorantes ordures
faisant mine de manger
des romans de confiture
des poésies aux pâtes
des tableaux envahis de feuilles.

Jusqu’au moment où un nouvel amour nous touche.

Il me suffirait d’un petit progrès
d’une dorée et médiocre
civilisation, d’une justice
contrôlable, d’une inattaquable
liberté.

Je remercierais sans conjurations
tous ceux qui ont travaillé
pour nous, jeûné
pour nous, descendants obsédés,
en se laissant écorcher.

Je célébrerais par mille révérences
ces corps évaporés qui ont entrouvert
des tunnels de lumière
pour nos yeux aveugles.

Tu as vu, Hélène
combien est descendue bas
la gratitude : l’homme collectif
n’est plus artisan
ni de cathédrales ni de tomes.

Et maintenant, à aimer l’Europe
ce continent incontinent
arrivant nu à son but
un frisson coule
de froid et de peur :
réussirons-nous à garder
dans l’esprit et sous le bras
la future humanité
idéale et internationale ?

L’Europe ce n’est pas une promenade.

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Rome, via Boncompagni (piazza Fiume, via Veneto) Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Les nouveaux barbares de l’occident
oublient nos ponts
sur le Gard, nos Jocondes
nos biges d’or
le sang dans les ruelles de pluie
l’anonyme et glorieux
travail de l’instinct humain
de conservation.
Et nous, analphabétisés
nous oublions Voltaire
tout en avalant, placides
des pilules de télévision
venimeuses à l’esprit.

Nous ne parlons plus, entre nous.
Joyeusement on nous accoucha
dans le vin et dans l’huile. Bien
tôt on nous a américanisés
arabisés, japonisés
beurrés et vite mangés.

Nous ne fûmes pas capables
de retenir dans les doigts
cette vie inouïe. Nous sommes
de trop, trop nombreux
pourtant résignés, même enthousiastes
de demeurer amassés
en de babéliques cités
ravis même de la dangereuse beauté
d’une vie volcanique
sur le bord d’un volcan.

Incertains d’entamer un nouvel amour.

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Voyage en France, 1958 Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Tu as vu, aimer la France
on se noie dans des mots
de fées et de velours.
Des mots peut-être grossiers,
impitoyables, sales et dépareillés.

C’est un monde d’intendants
et de compétents, j’ai vu
un monde de mots sifflants
sur des bouches murmurantes
de chanteuses charmantes,
des mots surexcités
hurlés, avoués
des mots révolutionnés
précis ou précisés.

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Blaye, vue sur la Gironde, 2006

Tu as vu, on est obligés
de nous rouler en boule
dans une Géode en fausse herbe
avant de nous asseoir, résignés
(en proie à de pénibles accouchements)
parmi les fils invisibles
en feignant de feuilleter
des romans couleur de patate
des poésies à la saveur de carotte
des tableaux envahis par les feuilles
mortes.

S’appelle France le nouvel amour.

006_biscarrosse bar 740

Bar Saint-Ex, Biscarrosse (Aquitaine), 1998

Giovanni Merloni

 

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L’art de la non-rencontre, 2004 (Solidea n. 15)

26 dimanche Mai 2013

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Solidea

l'art de la non rencontre_def_740Giovanni Merloni, 1993-2013

L’art de la non-rencontre (2004)

Que fais-tu là
avec tes grands yeux
qui percent les nuages et les pierres ?
Pourquoi juste contre toi
devait se cogner
la vague démesurée et dégonflée
de mon naufrage inconnu ?

Quel mot doux
ou cinglant ou mystérieux
a filtré de tes lèvres violettes ?
Qui suis-je, du moment que je traîne
en bas de chez toi ?

Comment pourrais-je justifier mes vers
mes claudicantes sérénades muettes
mes remue-ménage intimes ?
Comment t’expliquer
qu’il arrive parfois
(du moins une fois dans la vie)
qu’on se devine
parfaitement forgés
l’un pour l’autre ?
Et qu’on reste pourtant là,
immobiles
regardant dans la vague
de ces corps qui ne s’embrassent pas
de ces mains
qui ne se mêlent pas
et de ses bouches
qui ne s’effleureront jamais ?

Rien. Il n’est arrivé rien,
le silence nous assourdissait
le vacarme nous apaisait,
je ne cherchais pas ma fortune
dans ta chevelure brune,
toi, tu n’as vu que défauts
dans mes allures d’escargot.
Nous restâmes dans le non-dit
dans le non-entendu
figés devant la vague de mort
qui roulait empressée
devant cette table desservie
en attente dupe
qu’un autre couple l’occupe.

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Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Je demeure ici, embarrassant objet
sous les yeux rouges des gens
ne lâchant plus ces maisons jaunes
ces trottoirs bourrés de pantins
encombrés par les restes
de mille festins.
Je ne descends ni ne monte
n’ayant d’autres projets
que celui de scruter les reflets
de ma défaite et de ma honte.

D’une certaine façon tu m’héberges
tu me laisses un abri
un non-lieu près de toi
où je peux
m’adonner à ce train immobile
à son onde invisible
paralysante
me questionner sur le non sens
brutal de la vie.
Je n’ai même pas eu le temps
de te dire que j’étais un marin
un vaisseau ne faisant qu’un
avec l’eau de la vie,
qu’à présent je deviens
un fleuve à sec.
Je n’ai pas pu te dire
par où je débarquais.

Quand tu t’es accoudée au balcon,
souriante et irrésistible
j’ai oublié tout à fait
toute façon de parler
mais j’ai pu bien te lire
pénétrant jusqu’au fond
dans ton petit livre ouvert
où ton chagrin se fond
dans un pénible concert.

J’ai perdu la parole ?
Bien possible, mais toi,
rare et unique, presqu’au vol
tu interceptes les mots confus
juste en train de se préciser
ou de rater tout sens.
Le bon sens te guide-t-il ?
As-tu peur de t’attacher
à qui ne saurait pas t’aimer ?

Parmi les murs de la rue
les gens glissent comme de l’eau
dans les doigts. Je t’imagine
assise dans un fauteuil quelconque
à l’écoute de mes pas qui montent
et redescendent ton escalier,
une plante grasse à la main,
un journal dans la poche.
Pourtant je traîne toujours dans la rue
glissant parmi les murs mon désespoir
pour un naufrage qui n’as pas eu lieu
pour un divorce jamais consommé,
pour un mariage jamais envisagé
pour un baiser passionné
resté dans l’antichambre
d’un grand palais vide.

J’aurais été capable
de te faire un furieux portrait
rien que dessinant ton cou,
par cœur, et juste en naviguant
dans la flaque sombre de tes yeux.
Pourtant, dès qu’on s’est rencontrés
nous nous fuyons
nous laissons le temps se rouler
sans oser le saisir
nous laissons glisser les choses
comme de l’eau parmi les doigts.
Pourtant on était attirés
par ce miroir de brouillard
où se croisaient distinctement
nos deux labyrinthes silencieux.

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Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Piétinant parmi ces ruines
la tête baissée
je me comprends, je te devine
et j’essaie de me dérober
avant que ce tourment léger
ne devienne lourde souffrance.
J’imagine alors monter dans le train
pour retourner en d’autres non lieux
où tu peinerais à me trouver,
où je n’aurais pas la force
de t’attendre, où le train de la vie
n’aurait surtout pas l’envie
de se remettre en marche.

Mais, que fais-tu là
avec tes grands yeux
qui percent les nuages et les pierres ?
Et moi, que fais-je ici
traînant ma silhouette hideuse
en bas de chez toi ?

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 23 mai 2013

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La traduction II/II, 2012 (Zazie n. 5b)

24 vendredi Mai 2013

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Zazie

la cigale 740

La cigale, c’est l’orale. La fourmi, c’est l’écrit (2012)

Pays bizarre
que le mien
où, parvenue à la détresse
fort dépourvue, piétinée sans cesse
la langue écrite
rit enfin d’elle-même
quitte à subir avec noblesse
(et soupirs de tristesse)
la violence ancestrale
de la Babel dialectale.
Une bizarre fourmi
que cette langue écrite
devenue aujourd’hui maudite
surchargée de défaites
cette fourmi baroque
pourtant travailleuse
vertueuse et même trop talentueuse
cette fourmi maltraitée
écartée, frustrée face à cette ennemie qui tout avale
elle essaie de se muter en cigale.
Tandis que la langue orale
à force de chanter
danser
bavarder, chuchoter
à tout venant,
parvenue à la richesse
s’en réjouit dans l’ivresse
d’un très bizarre pouvoir.
Cette cigale trop ambitieuse
n’est pas prêteuse
(c’est là son moindre défaut) :
« Que faisiez-vous au temps chaud ? »
« J’écrivais, ne vous déplaise. »
« Vous écriviez ? J’en suis fort aise
et bien, parlez maintenant ! »

Giovanni Merloni

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La traduction I/II, 2012 (Zazie n. 5a)

23 jeudi Mai 2013

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Zazie

001_traduzione tra sordi def 740

Giovanni Merloni, 1991

La traduction (2012)

Le comble, pour quelqu’un qui se débrouille à peine
dans sa langue maternelle,
est qu’il se croit capable
de se passer des multiples défauts
qu’au cours d’études épuisantes il avait bien appris
et surtout d’oublier
qu’au calvaire de la montée
s’ajoutera hélas le calvaire de la descente.
Il n’y a peut-être de comble
pour un homme exagéré
qui se lance sans filet
dans ce douteux itinéraire
dans cet abc
qui devrait l’emmener à s’exprimer
dans une nouvelle langue
mais lui, il ne voit même pas l’interdit
caché dans les pièges
de ce nouveau manège
roue de la fortune, roulette criarde
bavarde ou illusoire
de cette langue flatteuse amoureuse
limoneuse argentine lointaine voisine
jaillissant de l’estomac ou de la poitrine.
Une langue qu’il connaissait déjà un peu, vous direz.
Une langue qu’il a toujours aimée, bien sûr.
Plus que la sienne, même.
Ne pourrait-il pas continuer à écrire dans sa langue et petit à petit commencer à s’exprimer par petites phrases ?
Il pourrait bien le faire, écrivant encore des bouquins en son syrien polonais portugais colombien irlandais indien japonais italien grec hébreu suédois allemand russe
arabe chinois
anglais.
En même temps, il peut bien apprendre par cœur les noms des stations du métro :
VAVIN
JUSSIEU
TUILERIES
BONSERGENT
CHAUSSÉE D’ANTIN
INVALIDES, SAINT-PLACIDE
ROME, PARMENTIER, LA COURNEUVE
CONCORDE, PALAIS ROYAL-MUSÉE DU LOUVRE
PLAISANCE, PASSY, MAIRIE D’IVRY, GENTILLY, PORTE DE NEULLY
BASTILLE
BELLEVILLE
DUROC
PYRAMIDES
MONGE
CADET
CITÉ
QUAI DE LA RAPÉE

002_il giardino 740

Giovanni Merloni, 1983

Il doit encore s’installer, donc il doit apprendre tout :
le pass navigo, l’éclair au chocolat, la carte vitale, le « be-ache-vé »,
l’ordinateur
le répondeur
le baladeur
le merle moqueur
les sapeurs-pompiers
les arts et métiers.
Il s’interroge : « Je suis dans le gué, mais à quel point ? »
« À quel niveau ? »
« À quel niveau de l’apprentissage de la langue, des usages, des tics, des habitudes ? »
« Ou, en revanche, qu’elle est ma chance de ne pas perdre mes biens, mes liens,
mes trésors anciens
si longuement assimilés au cours de la vie
dont la langue héritée, exploitée, généreusement réinventée
ces appas de l’essence de mon existence
même trop rapidement méprisés
et mis de côté. »

003_traduction I sur III 740

Cependant,
pour tout dire
s’il a creusé son tunnel
au dessous de la montagne et de l’arc-en-ciel
s’il s’est accroché au radeau des bancs de l’école
gravés des visages des personnages qui ont inventé la liberté
égalité fraternité, s’il a coupé les ponts avec le passé, s’il est monté
sur le train qui se faufilait dans le bleu du tunnel, sur le navire coupant l’eau
c’est pourquoi
voilà
pour lui
sa langue à lui,
cette langue ruisselante
débordante rassurante gratifiante
maternelle élémentaire moyenne lycéenne
cette langue de l’Arioste et Leopardi, de Pavese
et Bassani, de Buzzati et Soldati, de Carlo Levi et Calvino
cette langue
qui danse
qui valse
qui tangue
ce prodige de possibilités
de virtuosités nuances et tournures
cette langue de vacances, éclatante, corrosive
parfois tranchante et vulgaire
extraordinaire
formidable
cette langue pourtant vulnérable
qui prête le flanc
de but en blanc
— par sa merveilleuse insouciance —
s’est trouvé coincée
prisonnière d’elle même
de son défi fanfaron
de maîtriser sans façon
à la garibaldienne
la Babel italienne.

On ne peut pas donner à la langue italienne toute la responsabilité de ce qui s’est passé dans mon pays, de façon de plus en plus éclatante à partir des années quatre-vingt du siècle dernier. Cela est évident. Cette langue a été la cible d’une action destructive et simplificatrice consciente, à travers le monopole des médias, d’un groupe restreint de politiciens et hommes d’affaires experts de communication dont tous les Italiens ont été complices, pour la plupart inconscients, pour le seul fait de parler, de s’exprimer, en partageant la lutte quotidienne d’un mot contre l’autre. Cela, dans la confiance intime de la force indomptable de la langue même de s’en sortir. Cependant, ma langue a subi des attaques violentes et parfois inexorables. La télévision et tous ceux qui la regardaient faisaient le lieu idéal où cette guerre intérieure s’est déroulée. Un lieu substituant tous les villages, toutes les places, tous les lieux de rencontres, tous les foyers. Un réseau unique et totalitaire. D’abord, en totale absence de scrupules, on a laissé toutes les expressions et tous les dialectes libres de se mélanger dans l’esprit pragmatique et grossier d’aller à la rencontre du « populaire ». On faisait tout pour plaisir. Mais, c’est évident que cela était exactement ce que « leur » plaisait, ce qui « leur » servait le plus. Une certaine langue orale, la langue de la télévision (qui se reflétait et se confirmait dans ladite « langue de l’homme de la rue »), corrompue et assez vulgaire — basée sur un mélange tout à fait hasardeux des dialectes et sur des superpositions qui n’ont rien à voir avec ce que Dante appelait « langue vulgaire » — s’est imposée à tel point qu’une partie de la langue écrite, surtout dans les journaux, a essayé de s’y modeler. La langue des écrivains en a eu des contre coups évidents (dont on parlera avec plus de profondeur à la première occasion).

Giovanni Merloni

P.-S.
Bien sûr, j’ai été toujours un homme très naïf. Je croyais aux ânes volants, aux films de Frank Capra et aux prodiges du progrès. Je croyais bien sûr à la bonté primordiale de l’homme, étant donné que les délinquants et les assassins sont une minorité dont une société évoluée peut bien se charger, en soignant leurs maladies, surtout. Je protestais contre les cercles vicieux parce que je croyais dans les cercles vertueux.

J’ai grandi dans un pays
touché par la Fortune
léché par le Soleil
caressé par le parfum des pinèdes et de la mer

J’avais autour de moi une grande famille maternelle
une grande famille paternelle
j’avais des frères, des cousins, des oncles, des tantes
des nourrices, des bonnes, des vice-mères
des grandes réunions
des grandes bouffes
et promenades
et plongeons
et chansons
et petites joies
et petites découvertes…

(on avait le temps de s’ennuyer)
(et les lecteurs d’en avoir marre, justement…)

Giovanni Merloni

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Combien de temps (Luna, 1991)

22 mercredi Mai 2013

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Luna

bruttina 2004 740

Giovanni Merloni, 2004-2010

Combien de temps (1991)

Combien de temps
au milieu de nos ruines,
plus experts, pourtant
vulnérables, ingénus
encore fascinés par le grand rêve
du monde qui change,
plus vieux, désormais,
contraints à mille subterfuges
pour expédier
notre véhicule abîmé
parmi les mille obstacles
pour le persuader de se cogner
(avec une fausse  courtoisie)
contre le mur jaune et gris
d’une obtuse et maléfique
absence de pensée et d’action.

Combien de temps
prisonniers en ces quartiers
de carton et crachat
(en souhaitant vivement
qu’ils ne s’écroulent pas)
sans que nous puissions
nous prodiguer des amabilités
de confortables conversations
des adieux, des caresses…

Combien de temps dans de rigides formalismes
dans le feint professionnalisme
de dignes costumes gris
d’articles longs et alambiqués
de journaux à la mode.

Combien de temps va se passer
entre un beau souvenir
un regret impossible
un espoir médiocre, résigné…

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 22 mai 2013

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Histoire de bureau (Solidea n. 14)

21 mardi Mai 2013

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Solidea

001_storia d'ufficio def 740

Giovanni Merloni, 1991-2013

Histoire de bureau (1994)

Comme eux, se sera impossible
de devenir.
Sa veste à grands carreaux, usée,
son œil rougi, chassieux
sa voix raisonnable
plaintive.
Et ses samedis qu’il laisse
s’écouler avec ses victimes
ces Dioscures pourtant enthousiastes
de sa prodigieuse mémoire
de ses retentissantes dictées
bourrées de pénibles réponses,
assez longues, au mur.

Avec son triste paletot
agrippé au cartable presque vide
toujours accompagné
Grisaglia a d’ailleurs voyagé.
Il a aussi exploré, fouillé
et quelque part habité.

Il rencontre parfois
furtivement
son confrère plus âgé,
Romandini. Et alors courbés,
se tapant l’un l’autre sur l’épaule
ils filent vers le bar
à vins.
En buvant, s’achemine
le souvenir doux
blondi par le reflet du soleil
illuminant le bord
de la coupe.

« Cette fois-là du concours
pas question de remboursement ;
cette fois-là de l’examen
tout ce fatras
d’inutiles papiers ministre
puisqu’on savait déjà.
Cette fois-là le Président
du Comité était agité
le souffle lui manqua
car le projet était déplacé.
Ce fut quand même approuvé ».

Grisaglia sanglote
en riant désespéré
et Romandini l’observe, ennuyé.

« On était harcelés
écrasés par le terrible étau
de ce caporal majeur
qui est encore là, tout pris
à se donner une importance
dangereuse ».

Presque tous les jours
dans ce tramway grinçant
on cherchait le moyen
de réagir.

« Pas grand-chose à comprendre,
mon hideux souverain
mais tu restais là, ineffable
derrière tes lunettes à la Béria
prêt à nous meurtrir
avec un nouvel imbroglio
qui resterait impuni ».

Parmi les étagères métalliques
du patron
on a pu trouver une chaise jaune
pour Romandini éreinté, essoufflé.
Grisaglia regarde désarmé hébété :
au-delà de la vitrine
parmi les bouteilles vieillies
dans la rue des merdes de chien
on voit passer
la voiture du caporal
qui lance, en roulant
des dossiers incendiaires.

002_storia d'ufficio De justesse ils se sauvent
les deux collègues vaincus
accrochés tels des enfants
à leurs souvenirs ivres, gazéifiés,
finalement insouciants
de toute dignité vaine.

Pourtant, ces anciens conservateurs
d’étagères bien rangées
et de registres en désordre
s’abandonnent à des gestes de rage.
Je les vois distinctement
ces anciens inventeurs
de hasardeux escamotages
pourtant méprisés
pour leur orgueil d’honnêteté,
je les vois bien
traînant dans la rue
tout en lançant, dans leur débâcle
un soupir d’envie à cet implacable
donneur de chantages.

Comme eux, ce sera impossible
de devenir.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 21 mai 2013

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Être ou mal être, 1994 (Solidea n. 13)

20 lundi Mai 2013

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Solidea

001_il tram 81 1994 740

Giovanni Merloni, 1998

Être ou mal être (1994)

Être ou mal être
tel est le souci.
Entendre, malgré toi
l’imprudent qui vocifère son
répétitif “pas-de-souci”
tel est le souci.

Devenir Romandini
vieillir à l’identique
derrière d’épaisses lunettes embuées
se promener courbés
bredouillant tout seuls
la gêne
du quotidien voyage pendulaire
tel est le souci.

Se sentir mort
vis-à-vis de la vitalité grise
des usurpateurs
tel est le souci.

Sourire en cachette
parmi des sons agréables
tout en essayant
de détendre l’esprit
sur de lointains prés fleuris
en enserrant dans la mémoire
le souvenir d’un baiser
secret et scandaleux
tel est le souci.

Grisonner en silence
derrière une vitre couverte de smog
en se souvenant de quelque héroïsme
de quelques pirouettes
ou bravoure insoupçonnée
quelque bravo
pour une fois mérité
tel est le souci.

Suivre de la fenêtre
le boiteux Romandini
avant qu’il ne tourne au coin
et décider, tout comme dans la cabale
si moi et lui ne pourrions jamais
devenir égal
tel est le souci.

002_essere malessere 740

Se trouver dehors
(les mains et les pieds
les jambes et les bras)
dans une vaste place informe
parmi des faces sournoises
ou dégoûtées, sombres, marrons
éloignées de mille lieues,
tel est le souci.

Rentrer dans l’habitacle brûlant
et noter
sur un feuillet souillé
avec un stylo liquéfié
une insistante question
tel est le souci.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 20 mai 2013

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Ici/là, 1963 (Ambra n. 11)

19 dimanche Mai 2013

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Ambra

001_je m'endormais 740

Giovanni Merloni, 1993-2013

Ici/là 

Ici
sur cette ligne floue,
à zig zag
dans le sable
parmi les crachements
et les vomissements
ici
réduit en jongleur
je te pense
et j’étreins ton corps vide
en cognant de la tête
contre mes souvenirs
contre mes perdus désirs
sans pourtant en mourir.

Ici
parmi ces rails
et ces valises
sur ces aciers de train
mille fois sifflés
je ne cesse de partir
loin de toi.

Là
isolé, déporté
je me balancerai
entre deux rêves
impossibles.

Là
je serai trop loin
et tu ne sauras pas
imaginer
ces rideaux lointains
ces ombres sans voix.

Là
tu seras partie
toi aussi au loin
résignée et folle
entourée de décors sans voix
de voix sans décor.

Là
chacun de nous
s’effacera
dans des couloirs vides
insignifiants et muets
dont on n’aura pas eu le temps
de rêver ensemble.

Giovanni Merloni

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Tu me parles d’une autre ville, 1963 (Ambra n. 10)

19 dimanche Mai 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

l'uomo arbusto 740

Giovanni Merloni, 2010

Tu me parles d’une autre ville

Tu me parles d’une autre ville
où quelques-uns vivent et aiment.
Vaguement je le sais, tu me parles
de partir, de mourir,  tu me parles
de gens étrangers, de murs,
de portes, d’escaliers, de fontaines
d’eau qui coule, de soleil qui sèche
d’amours qui traversent les rues
de valises, de journaux, de cafés
où tu frôles, apeuré, des ombres
inconnues, de pénibles atmosphères.

Mais ces gens-là je les connais, tu dis
d’ailleurs on parle la même langue
d’ailleurs on boit dans de verres
de verre, d’ailleurs on mange
sur des tables anonymes
on rigole on rivalise on fraternise
par des phrases anonymes
qui nous comblent de joie
sais-tu le pourquoi ?

Il ne suffit pas d’avoir mangé
avec quelqu’un d’entre eux.
Ferrare, Turin, Palerme
il y pleut en hiver
l’été y brûle, et les arbres
sont des platanes ou des oliviers.

Il ne suffit pas, écoute-moi
d’être sortis de la gare
d’avoir dormi dans un lit
d’avoir mangé avec quelqu’un
que tu ne verras plus jamais.

Celle-là m’a tout raconté, tu dis
si demain elle s’en va ou qu’elle meurt
elle aura sculpté dans mon corps
son abrupt testament. Si elle vit,
elle viendra me chercher, je le sais.

Tu me parles d’une autre ville
où l’on gaspille et l’on aime le temps
de cette ville dont j’ignore
les fils, les filets
de ce temps aimé
de ce temps gaspillé.

Tu me parles d’allées lointaines
que le cœur arpente
jusqu’au bout
jusqu’aux lumières,
aux squares sombres
jusqu’aux va-et-vient sans lumière
de la déception.

Je me parle tout seul
de tout ce que j’ignore
ou de ce dont je sais même trop
je me parle pourtant
tout en flairant dans l’air
cet étrange mystère
qui me colle à mes murs
et me porte très loin.

Giovanni Merloni

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La nouvelle vie III/III, 1992 (Solidea n. 12c)

19 dimanche Mai 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_trenino balduina 740

(revenir à la liste du « Train de l’esprit »)

La nouvelle vie III/III (1992)

Une nouvelle vie recommence :
quelle que soit sa durée elle sera
inattendue, complaisante
et même douce, ardue mais
déchiffrable, alléchante même.
Elle aura la douceur
douloureuse de souvenirs affleurant en bandes
pour caresser mon orgueil lointain.

Recommence la vie, après la vie.
Une vie qui semble grise
après les mille couleurs
qui explosaient vers le ciel.
Les mille lumières s’enfoncent,
à présent, dans la brume
et les mille bruits gisent
inertes sous une manteau d’étoffe.

Mais je survis, malgré les étaux,
les étranglements, les méchancetés
l’absence d’enthousiasme et de recul
l’absence de joie et de stupeur,
l’absence de mots
l’absence de promenades.
Je survis en rasant, avisé
le mur de briques
en repoussant les pensées
dans les détours vicieux
dans les va-et-vient
dans les attentes longues et inutiles
dans les salles d’attente
de mille gares.

002_portico ottavia 740

Recommence la vie
dans ce répertoire de numéros et de noms
à remplir ou à perdre,
en les jetant d’en haut de ce pont
où le train immobile attend,
éteint, dans la nuit.

003_eur ridotto antique 740

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 18 mai 2013

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