Je suis passé, personne ne m’a vu (Solidea n. 25)

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Je suis passé, personne ne m’a vu (1)

1. Depuis le pessimisme

Devant les gueules
que je n’avais pas défoulées
je suis passé,
pour voir, pour être vu.

Dans les lieux
que je ne pouvais pas oublier,
je n’ai fait qu’une descente
furtive.

Dans cette autre dimension
qui fut la mienne,
j’ai pourtant retissé,
de façon schizophrène,
les trames d’une affection
dont je craignais la vanité,
car le train allait bientôt
tout couper, tout écraser,
tout déchirer de nouveau.

J’ai seulement eu le temps
de me reconnaître dans le regard
de chacun d’eux : un revenant
dont chaque homme possédait
un échantillon privé
exclusif, primordial ;
un survivant dont chaque femme
gardait le secret.

Je ne serai jamais le seul homme
ni le même
pour ces gens trop aimés
dont pourtant aussi bien
je me souviens.

Aucun souvenir
de ma silhouette passagère
(trop rapide, trop intense)
ne se figera, hélas ! solitaire,
identique, dans l’esprit
de tous ceux qui m’ont vu m’éclipser
comme une ombre.

À présent, je me découvre changé
et je voudrais que la ville le sût.

Elle ne le saura pas, peut-être.
Je suis passé, personne ne m’a vu.

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2. Depuis l’optimisme

Je suis traîné, ici à Bologne,
par un courant fiable
par l’enthousiasme illimité
de mon amour filial.

Elle est une mère brusque
malgré tout affectueuse,
où sont nées
autant de pièces
de mon corps et de mon être
importantes sinon indispensables.

C’est ici qu’elles prenaient
leur nourriture, loin d’ici
elles n’ont eu d’autre perspective
que mourir.

C’est ici que j’aurais dû vivre
quitte à me soumettre
à des escarmouches quotidiennes
avec des frères jaloux.

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3. Depuis le voyage

Je voudrais rester à Bologne.
Je voudrais rester sinon à Rimini,
à Imola, à Casalecchio
ou alors à Terra del Sole
dans une maison comme celle-ci
dans une rue comme via dell’Unione.

Je voudrais me caler
dans la mélancolique incertitude
d’un monde de correspondances
à renouer, de vides inattendus
à remplir.

Dans la certitude ébahie
d’obligations nouvelles
plus circonscrites, plus régulières
moins démesurées et aventureuses,
ô combien volontiers
je resterais ici !

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Giovanni Merloni

(1) Réécriture de ces jours, en français, d’une poésie écrite (en italien) en 1989 lors d’un voyage à Bologne

Texte d’origine EN ITALIEN

Les signaux évidents que notre douleur renvoie (Zazie n. 25)

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Giovanni Merloni, Couple rouge et bleu, janvier 2015

Depuis ce glorieux dimanche 11 janvier 2015 où les Français de tous les crédos sont descendus dans la rue, deux semaines se sont écoulées.
Spontanément, ils avaient proclamé leur attachement à la liberté républicaine et en même temps ils avaient voulu manifester : leur volonté de travailler pour que l’amour prévale sur la méfiance et la haine ; leur engagement individuel à exercer dorénavant, plus que jamais, l’attention ainsi que la tolérance. Toujours, même dans les situations les plus difficiles.
D’en haut de mon observatoire privilégié — l’un des boulevards qui portent à place de la République, à Paris, en provenance des deux gares du Nord et de l’Est —, j’avais pu observer la façon des gens de participer à cet événement unique.
Tout le monde « courait », glissant sur le goudron au milieu des platanes avec une légèreté qui n’avait qu’un sens, celui de la confiance dans l’intelligence et la sagesse des êtres humains. Dans cette course il y avait aussi une force, l’unique possible contre le vent froid et impitoyable de la Mort : la force de l’Amour.
Pendant cette manifestation de chagrin et de joie, je me suis souvenu plusieurs fois de la journée du 23 mars 2002, à Rome, où une foule pareille, avec les mêmes sentiments, s’était donné rendez-vous près du Circo Massimo, autour de Sergio Cofferati. Nous y accourions pour défendre un primordial principe du droit du travail et, en même temps, hélas, pour manifester contre le énième acte de terrorisme aussi violent qu’ambigu qui avait tué, le 19 mars, à Bologne Marco Biagi, un juriste en train de travailler autour de cette loi controversée.
Je vois des points en commun dans ces deux journées. Elles ne sont pas les seules, en France, en Italie et en Europe, à exprimer une condamnation unanime du terrorisme. Ce dernier n’a aucune justification religieuse ou idéologique que l’on puisse accepter. Ce n’est qu’une forme lâche, tout à fait insupportable, de toucher la volonté de paix et de démocratie dans les pays libres ainsi que dans les libres consciences de tous les êtres humains de la planète.

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Boulevard Richard Lenoir, Paris, 21 janvier 2015

Les signaux évidents que notre douleur renvoie 

Je suis ici, comme vous,
comme toi, comme elle,
un corps encore en vie,
une voix
au milieu d’autres voix.

Une voix qui n’a qu’un seul pouvoir :
celui d’exister,
de crier au secours,
de courir au secours.

Une voix encore libre,
heureusement,
de rester debout.

« Je suis ce que je suis
et n’y puis rien changer. » (1)
Et pourtant j’essaierai
de me garder, dorénavant,
attentif et honnête,
courageux et prudent.
Dans l’espoir
qu’ils se gardent, eux aussi
attentifs et honnêtes,
courageux et prudents,
mes voisins et mes proches
et les jeunes
et les moins jeunes
et tous les artistes
et tous les touristes
et tous les représentants
des autres listes.

Sans rien faire d’autre
parce que nous ne pouvons
rien faire de plus

quitte à respecter la liberté
que nous avons le bonheur
de respirer,

quitte à espérer
qu’on ait des égards
pour cette constellation
de signaux évidents
que notre douleur renvoie,

quitte à prétendre
qu’elle soit réalisée
jusqu’au bout
une poignée indispensable
de choix résolus
que notre civilisation
égalitaire et fraternelle
demande.

Giovanni Merloni

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Place de la République, Paris, 11 janvier 2015

(1) Célèbre chanson de Juliette Gréco.

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Avant j’étais un œuf frais (Zazie n. 24)

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Avant j’étais un œuf frais

Avant j’étais un œuf frais
où les nébuleuses rouges
voltigeaient sans les toucher
avec les traînées blanches et jaunes
tout en frôlant le firmament noir
de l’enclos verrouillé
comme des lèvres
comme des joues
comme autant d’attestations
de sympathie et
(pourquoi pas ?)
de confiance.

Pendant longtemps,
j’ai été à demi solide,
à demi liquide,
à la coque,
voilà pourquoi
on m’a avalé
(plusieurs fois)
en me laissant installer
dans les pénibles intestins
de demoiselles incertaines
au milieu de vicissitudes obscures
de travail ou de lutte.

À présent, je suis bien rude,
arc-bouté comme un œuf dur
survolté comme un voyageur clandestin
en train de lorgner son destin
en deçà d’un mur
douloureux et moqueur.

Maintenant, il existe
mille façons
de sortir de cette coquille :
elle n’est qu’un frein usé
désormais
rien qu’un transparent
costume estival.

Et pourtant mille bouches
sont prêtes déjà
à mordre et mâcher
cette silhouette parfumée
qui vient juste de naître
à l’aventure de la vie.

Mille estomacs,
mille bras, mille oreilles, mille cheveux,
mille mains faméliques
vont me mettre en bouillie,
m’éructer,
me cracher,
me vomir….

Enfin libre,
mon corps sans corps
profitera de mille cuisines
et de mille chambres
et de mille cimetières
pour s’asseoir à mille tables
sans manger
pour reposer dans mille lits
sans dormir
pour se retourner dans mille fosses
sans mourir.

Giovanni Merloni

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La poésie déchirée, 1976 (Ossidiana n. 43)

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La poésie déchirée (1)

La poésie déchirée
était belle,
la poésie déchirée était sincère,
un cul-de-sac ombrageux
où la lumière avait pénétré,
un coin de poussière
où l’écheveau s’était dévidé
de la douleur et du bonheur.

La poésie déchirée
était ma vérité
la plus cruelle
déguisée en fleur,
mon extrême effort
pour te comprendre
pour me libérer
de mes « idées reçues ».

La poésie déchirée
m’avait anéanti
ressuscitant aux narines
le parfum tiéde
de ton corps.

À présent,
la poésie déchirée
est retournée tout entière
dans mes mains
dans mes jambes
dans l’estomac souffrant
de la vie.

Giovanni Merloni

(1) Réécriture de ces jours, en français, d’une poésie en italien de novembre 1975 (Bologne)

TEXTE D’ORIGINE EN ITALIEN

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Le projet d’une poésie, 1975 (Ossidiana n. 42)

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Giovanni Merloni, J’espère que tu…, janvier 2015

Le projet d’une poésie (1)

Dans la fragile géographie
des souvenirs
des attentes
des gestes cachés,
le projet d’une poésie
s’étend
comme une langue de papier
au milieu des vêtements
et des masques
d’un amour tombé
en désuétude
jusqu’au moment où la rage
d’une vitalité nouvelle
desserre les jalousies
de la relique sacrée.

Depuis le fond d’une crypte
sentant l’oignon et le vin
mon cri a grimpé
au-delà de la trappe d’herbe
frôlant ta robe
jusque dans ton giron blanc
aux dentelles fleuries
et nous avons pris à rouler
dans la spirale infinie
d’un parchemin en colimaçon
transparent.

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Giovanni Merloni, J’espère que tu…, part. janvier 2015

Oui, tu me rends conscient
finalement
de ma naissance
de mes premiers pas
de ma courbe gaucherie d’écolier.

Oui, tu m’acceptes
finalement
au milieu d’un dessin plus vaste,
plus riche
avec des excès,
avec du gaspillage d’humeurs
et de couleurs exubérantes
et foncées.

Oui, tu me donnes,
finalement, la certitude
qu’elle nous appartient
cette vie à nous.

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Giovanni Merloni

(1) Réécriture de ces jours, en français, d’une poésie en italien de juillet 1975 (Bologne)

TEXTE D’ORIGINE EN ITALIEN

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À présent dans l’île il n’y a qu’une barque (Solidea n. 24)

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Giovanni Merloni, Amour et géometrie, janvier 2015

À présent dans l’île il n’y a qu’une barque

L’île enlève les filets
sous un ciel s’ouvrant blanc
à sa première lumière.

Je m’effondre dans tes yeux
tels de grottes verdoyantes
envahies par la mer. Tenacement,
j’essaie de m’y noyer,
dans l’espoir de me perdre
ou de guérir.

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Giovanni Merloni, Amour et géometrie, janvier 2015 (hypothèse en N&B)

À présent, dans l’île
il n’y a qu’une barque,
il fait mauvais et toi
tu ne vas pas sauter
sur le sable mouillé
en y laissant
les reflets de tes pas.

Moi, je ne serai pas là
et pourtant jusqu’aux détails
je peux me figurer
ta descente sur les lieux
désœuvrée et coupable.

Tu trouveras ce soleil
toujours prêt à élargir
les gouttes de mer sur la peau ;
tu trouveras, dans mon ombre
collée aux cailloux,
« ton problème » ;
tu trouveras, sous un arbre,
nos regards mélancoliques
ou alors l’écho impitoyable
de nos voix hystériques.

Tu te souviendras
de cet embarras
qui n’a pas su
se convertir en joie,
au bout languissant
de soirées magnifiques,
dans ce divan flottant
au milieu des étoiles.

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Je te vois bien, apeurée,
en train d’effleurer
tout ce qu’on a raté,
touchant de tes yeux
la triste vanité
du petit espoir vertueux
de nous revoir unis
dans le lit somptueux
et interminable
de cette île inexplicable.

Moi, je vois tout perdu :
l’île, le soleil, les étoiles,
l’eau sur la peau.
Et même toi, gamine
tu as déchiré tes voiles
au bout de la séance divine
qui fut ton seul cadeau.

Tu deviens blanche, ta gueule
ne me semble pas chagrine
tandis que sur une barque
sous une pluie taquine
tu t’en vas loin, toute seule…

Giovanni Merloni

Je te suis redevable, 1965 Ambra n. 62)

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Giovanni Merloni, Une rencontre ratée, janvier 2015

Je te suis redevable

À présent, je sais bien
ce que j’aurais dû faire
ce que je n’ai pas fait
m’en dérobant, au contraire,
sous le prétexte de tes fautes
de tes silences
de tes grimaces.

Si je fouille là-dedans
dans nos rencontres dissymétriques
dans nos souffles biais
je vois ce que j’aurais pu donner
en échange de ton manque
de force et de courage.

Et pourtant
je te suis redevable
d’un après-midi
où j’ai ri, j’ai pleuré,
de ce jour de souffrance absolue
où j’ai sculpté
jusqu’au bout silencieux
de mon cœur,
pour y laisser ce que je ne savais pas
ce que je n’avais pas compris.

Je te suis redevable
de longs jours de silence
et de foudroyant bonheur.

Je te suis redevable
de cet étrange cynisme
qui m’a fait rouler en arrière
dans le néant et le vide.

Je te suis redevable
d’un « non » sec
que j’ai tranché de but en blanc,
sans hésiter,
de cette force absurde
de refuser l’amour
— pourquoi pas ? —
à jamais.

Si tu venais me chercher
dans la rue sombre,
tu ne m’aurais pas reconnu.
Ou alors, me voyant rire
et pleurer, indifférent
à la pluie battante,
tu n’aurais rien compris,
peut-être.

Giovanni Merloni

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La liberté en auto-stop : Maria Napoli

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Je connaissais Maria Napoli depuis quelques années. Elle était une dame très sympathique, gentille, généreuse, ouverte. Il ne me semple pas possible qu’elle ne soit pas là. Je la considérais comme une membre de ma famille, même si malheureuse-ment nos rencontres ont été rares. Je n’oublierai jamais sa voix et son sourire. Adieu Maria !

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Giovanni Merloni, La liberté en auto-stop, janvier 2015

La liberté en auto-stop : Maria Napoli

Merci je dois dire à la bureaucratie,

Aux difficultés de compréhension, d’une langue à l’autre, des documents nécessaires. Dans le hall du consulat, près d’une colonne, sur un bout de papier je fis mon choix : traductrice habilitée, onzième arrondissement,

Rue des Boulets (une latérale). L’entente fut immédiate, entre deux

Italiens sensibles et quelque peu souffrants de l’excès de bureaucratie, et pourtant réactifs.

Avait-elle de réserves ou de doutes ? Pas du tout, elle aimait déguiser son âme généreuse derrière de petites questions : « pourquoi vous vous consacrez tellement à vos enfants ? Pourquoi ne pensez-vous pas à vous-même ? »

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Giovanni Merloni, La liberté en auto-stop, janvier 2015 part.

Noyée dans les tampons et les photocopies, elle me racontait  des épisodes imaginaires de familles contrariées, de frères et de sœurs qu’elle avait vus se pousser les uns les autres au bord d’un gouffre…

Avant de venir en France, en auto-stop, rêveuse de liberté. Dans cette France bien aimée devenue joliment sa patrie, celle de ses enfants. Avant d’accepter, il y a trois ans, mon invitation au spectacle…

Premier rang de la salle, je la vois toujours là, apparition bénie, assister avec ardeur au monologue touchant d’une « femme seule » débordée des souffrances d’un amour disgracieux. Je n’oublierai jamais ses yeux rêveurs dans le plateau, son attention irréductible, le charme de sa solidarité.

Ou alors elle attendait la sortie de l’actrice qui redevenait personne pour plaisanter avec elle, élégamment, tout en flottant dans son ironie douloureuse.

L‘Italie restait quelque part, dans les coulisses de sa grande figure. Un amour refoulé, peut-être, ou alors un endroit chéri pour de merveilleux épisodes

Imaginaires, dont personne ne pourra pas se passer. Le souvenir de l’Italie ne faisant qu’un avec le respect de la mort annoncée, une mort trop soudaine et radicale pour cette plante légère, une mort dont elle a peut-être essayé, souriant, de se passer.

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Giovanni Merloni, La liberté en auto-stop, janvier 2015 part.

À présent je m’interroge au sujet de ce verbe ambigu, « disparaître ». Un verbe qui raconte si bien l’affreuse déchirure qui enlève à jamais une personne, une rue, une porte, une réponse, un geste unique, une affinité élective…

À présent je ne peux pas me pardonner de n’être pas allé la chercher, avant qu’elle passe de l’autre côté. Mais je sais qu’elle n’a cessé de sourire même devant cette énième, colossale absurdité de la mort. Un sourire de défi résigné, pour ne pas dire vraiment adieu à la vie.

Giovanni Merloni

P.-S.
Depuis Facebook, j’extrais ci-dessous quelques traces de la nouvelle de la disparition de Maria Napoli (juin 2014) et des réactions de quelques amis à elle. Même si Facebook est public et tout le monde peut lire tout cela, j’ai préféré omettre les noms des personnes concernées.

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Maria et Francesca Napoli avec deux autres personnes 

12 juin 2014
Un ami espagnol :
Une très belle famille avec de très jolis souvenirs. Je vous embrasse fort, avec beaucoup de caresses

10 juillet 2014
Une première amie française : Chère Maria, nous nous sommes connues le 5 avril 1980. C’était notre cinquième anniversaire de Mariage. Voilà comment tu es entrée dans notre vie et dans nos cœurs. Tu faisais du stop pour aller à Biarritz (via Bordeaux). Nos amis t’ont proposé de venir déjeuner avec nous. Tu est restée parce que tu es tombée amoureuse de l’un d’entre eux. Tu portais une salopette blanche comme c’était la mode à cette époque. Tu avais une coupe de cheveux à la Angela Davis. Notre amitié a été instantanée et a duré 34 ans sans faillir. J’avais tant d’admiration pour toi.
Tu travaillais la nuit dans un centre d’hébergement d’urgence du Nid. (L’Amicale du Nid considère la prostitution comme une violence et une atteinte à la dignité des personnes ; elle refuse de l’assimiler à une profession. Elle propose aux femmes et aux hommes en danger, ayant connu ou en situation de prostitution, un accompagnement vers des alternatives…)
Pour moi qui avais travaillé très tôt manuellement, tu venais d’une autre planète. Vénus sûrement ! Amoureuse de Saturne qui repartit très vite sur sa lointaine orbite. Francesca est née le 16 janvier… Un amour de petite fille !
Ta passion pour la langue française était stimulante et tes engagements vivifiants. Nous étions nées la même année mais combien ton parcours, si différent du mien, m’a enrichie et soutenue. Ta philosophie me soutient encore mais ta présence, ton art de vivre et ton rire me manquent.

Une deuxième amie française : Une tata avec un cœur aussi grand repose en paix c’est certain !

Une troisième amie française : je suis bouleversée

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Maria Napoli à Pienza avec une amie française

3 août 2014
Troisième amie française : Chère Maria, se perdre de vue pendant 32 ans, se revoir , rire, pleurer ensemble, se regarder dans les yeux en se promettant peut etre de se revoir. tes derniers mots ont été :je t’attends à Paris,et puis d’un coup apprendre que tu es partie cette fois pour toujours. Nous n’avons même pas fait une dernière photo ensemble c’est mieux ainsi, moi et toi a Pienza, notre jeunesse, notre insouciance,nos projets…

Une amie italienne : Elle avait fui…

Troisième amie française : Les deux filles des fleurs se sont rencontrées à nouveau 32 ans depuis. Deux jours magnifiques, beaucoup de souvenirs, Merci Maria ! ! !

2 novembre 2014
Troisième amie française : Aujourd’hui ma pensée va à toi, je pense à ton regard , à ton etreinte quand nous nous sommes quittées, tu savais tout, tu n’as rien dit, tu as voulu me dire adieu comme tu l’as toujours fait, grande Maria — triste.

11 novembre 2014
Une quatrième amie française : Un rire, un sourire, une philosophie de vie, de nombreux bons moments partagés, et le souvenir d’une grande Dame aussi généreuse que pleine de Vies. Encore une t’attend peut-être? Toujours là dans nos coeurs et ta voix dans nos mémoires. Bon anniversaire !

G.M.

Charlie Hebdo et nous (À présent n. 15)

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Giovanni Merloni, 7 janvier 2015, technique mixte, 2015

Charlie Hebdo et nous (À présent n. 15)

C haque jour qui me reste

H onteux de vivre dans un monde impuissant

A vançant avec mes petites certitudes, je

R egretterai une époque qui a quand même existé, où

L iberté était pour tous le bien suprême à défendre. C’est au nom de la Liberté qu’il faut

I nformer tout le monde sur les risques totalitaires de plus en plus menaçants

E nseigner aux jeunes les vertus de l’échange, de la participation, de la solidarité.

 

H aine ? Je ne veux pas croire à la haine

E ngendrée par le fanatisme, ni aux

B ombes à retardement de nos fautes, de nos ingénuités.

D evant ces actes de guerre

O n doit faire valoir les droits et les devoirs de la Liberté.

 

E vidence primordiale : ce n’est pas une question de religion !

T olérance et intelligence sont les uniques moyens pour qu’on n’effleure plus les voix indispensables des innocents.

 

N égligeant toute réthorique,

O n a le droit, à présent, de pleurer. Mais demain,

U nissons-nous avec les armes gentilles de la connaissance !

S oulagés par l’art cosmopolite et la culture fraternelle, c’est à nous de garder dans nos mains la liberté et la paix !

Giovanni Merloni

La supériorité du sujet : Gérard D’Hondt

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Portraits d’ami(e)s disparu(e)s n. 2

J’ai hésité, avant de me décider à publier aujourd’hui ce deuxième hommage à un ami disparu. Ce qui s’est passé hier, à Paris, dans un quartier qu’on ne pouvait imaginer plus tranquille, cette tuerie absurde et même incroyable m’a tellement bouleversé que je voulais m’arrêter pour pleurer.
Plus tard, dans le métro qui me menait à la station Richard Lenoir où ma fille habite — pas loin de « Charlie Hebdo » —, j’ai été réconforté en écoutant cette voix féminine qui disait, solennellement : « à la demande de la Préfecture de police, la station Richard Lenoir est fermée… »
Ensuite, en revenant, nous avons participé à la manifestation place de la République. Dans cet espace immense, comblé de citoyens bouleversés et profondément attristés, j’ai ressenti jusqu’au bout l’empathie avec ce peuple effrayé qui ne se laisse pas abattre, affichant au contraire sa présence combative et tranquille :

ENSEMBLE, UNIS POUR LA DÉMOCRATIE !

criait quelqu’un depuis le piédestal de la statue de la République.

LIBERTÉ D’INFORMATION !

hurlaient d’autres dans la foule.
Une fois rentré chez moi, j’ai pensé que cet homme unique dont je voulais vous parler, monsieur Gérard D’Hondt, aurait partagé lui aussi jusqu’au bout tous les sentiments que je lisais dans les yeux autour de moi. Tout en songeant aux dix journalistes et aux deux policiers tués hier, j’essayerai donc d’esquisser le portrait d’un homme incroyablement généreux et solidaire ayant en commun avec ces journalistes et artistes merveilleux un profond amour pour la Liberté.

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Gérard D’Hondt, hommage è Joseph Bernard (recto)

« Je crois à la supériorité du sujet dans l’œuvre d’art… et que celle qui ne le possède pas, fut-elle un chef d’œuvre de conscience et d’exécution… est à mon avis froide et sans but. »
Joseph Bernard (1866-1931)

La supériorité du sujet : Gérard D’Hondt

Généreux et hyperactif, venant de terres joviales

Était une présence, ce monsieur souriant en bas de la

Rue Varlin. Malgré la faible trace de ses cheveux blancs,

Avait, celui-ci, la force intacte d’un forgeron qui rame dans une galère. Ancien haltérophile, capable même de soulever deux femmes à la fois,

Rendre service aux gens aimables ainsi que donner l’âme pour eux

Devait le rendre heureux. D’ailleurs, entre les privilèges de la copropriété et les joies de la rue, il choisissait toujours ces dernières.

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Gérard D’Hondt, hommage è Joseph Bernard (verso)

Dessinant et sculptant, jeune élève talentueux de Paul Belmondo (1)

´(apostrophe)

Habillait par d’époustouflants décors les médailles dorées de la Monnaie du Pont Neuf. Dans son nid, par petits croquis, il ne cessait d’étudier les nuances d’expression jaillissant du sourire et des yeux de sa belle Danielle.

Omnivore de tout jeu, même âgé, il se débrouillait bien aux claquettes ainsi que dans la valse musette.

Négligeant délibérément de raconter les horreurs vues en guerre, notre ami gaillard

Défendait, acharnement, les valeurs les plus nobles de la société. Jusqu’au jour

Terne et froid de décembre, où la force de sourire a d’un coup disparu.

À présent, son courage solidaire et son choix d’être ami me reviennent à l’esprit par des foudres piquantes.

À présent, essayant de l’étreindre, dans le vide je ne trouve que chagrin. Je m’efforce pourtant de revivre quelques histoires que j’imagine de lui dans ses plaques dorées, dans ces traces de danses invisibles qui ont gravé le trottoir.

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Gérard D’Hondt est mort le 21 décembre 2013, à l’âge de soixante-dix-neuf ans. Il était un véritable « ch’ti », installé à Paris depuis longtemps. Un vrai personnage, ayant laissé des traces d’admiration et d’amitié partout à son passage. Il a été parmi les premiers qui m’ont accueilli, de façon chaleureuse et immédiate, lors du début de mon installation en France. Avec Gérard, sa femme Danielle, madame Marie Josè Martins, Guy et Renée Houset, j’ai eu depuis le premier instant une véritable famille à Paris.

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Giovanni Merloni

(1) Paul Belmondo (1898-1982), père de Jean-Paul, était un grand sculpteur français.