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Des affinités derrière les mots : un cosaque hollandais à Paris

12 samedi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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Noëlle Rollet

000a_le cosaque 180 Des affinités derrière les mots : un cosaque hollandais à Paris

On dit toujours que la réalité est beaucoup plus fantaisiste que la plus improbable et hyperbolique des fictions. Cette affirmation est devenue tellement banale, comme la réalité qui nous entoure d’ailleurs, que nous nous accoutumons à tout. Nous ne nous émerveillons de rien, presque. Dans notre quotidien, la révolution informatique a sans doute contribué au bouleversement du monde du travail ainsi qu’à la crise de l’ancien système de la solidarité sociale, en exaltant un individualisme de plus en plus renfermé dans l’inconscience de son objective fragilité. Et pourtant la révolution informatique a produit le phénomène d’Internet… Bien sûr, nous sommes contrôlés… même nos photos sont classées automatiquement en relation au lieu où nous avons eu la brève illusion d’un déclic… Nous sommes contrôlés et gâtés en même temps, par quelqu’un que nous ne voyons pas… On n’est pas vraiment (ou pas encore) dans un « Truman show ». Mais on ressent l’haleine lourde de quelques inconnus passant leur temps à nous dire « Bravo ! », lorsqu’un article de notre blog a été « aimé », ou bien pour nous signifier que nous avons été choisis pour une vacance-arnaque à l’île de Pâques…
Dans cette f-loterie que notre vie est devenue, il me semble que l’immense et redoutable engin de Twitter soit le mal mineur, moins dangereux de l’alcool et des cigarettes, en tout cas. Au premier stade, c’est une grande route où nos voitures se glissent comme dans le courant d’un grand fleuve. « Little boxes », aurait dit Pete Seeger. Des doublons de nous-mêmes, des avatars, comme on dit dans le nouveau langage, qui se cachent derrière un gracieux masque, en plus d’une parole d’ordre…
Au deuxième stade, la route-fleuve se transforme en couloir. Un couloir désert ou fort animé, longeant des chambres grandes ou petites… Je fréquente depuis deux ans désormais le couloir francophone. Là-dedans, j’ai rencontré plusieurs… interlocuteurs. Pour la plupart, je ne connaissais, à l’origine, que des noms très charmants, accompagnés par une arobase, comme @leventquisouffl, @Souris_Verte, @Chemintournant, @athanorster, @tamponencreur77, @MemoireSilence et cetera. Les noms de blogs étaient aussi très originaux : l’irrégulier, métronomiques, paumée…
Heureusement, si le diabolique système de camouflage informatique adopté « protège » la vie privée de chacun, Twitter n’empêche pas les gens de dialoguer et d’échanger des informations plus personnelles…
Certaines initiatives — par exemple les vases communicants — ont créé sans doute un système d’échange qui va au-delà de la libre constitution de rapports d’amitié.
Et dans notre couloir francophone, on se connaît, désormais. La publication périodique sur le blog, accompagnée par une présence suffisamment active à la vie quotidienne de Twitter, crée dans l’ensemble une attitude générale à la discussion, au commentaire, à la prise de position, ainsi qu’à des épisodes d’entraide entre blogueurs ayant des affinités ou des courants d’estime réciproque. C’est notre « village local » — plus ou moins intégré dans le tristement célèbre « village global » —, où la présence de certains personnages est devenue petit à petit indispensable, tout comme celle d’un clocher ou d’un donjon dans un village en pierres et bois.
Pourtant la plupart d’entre nous ne se connaissent pas encore. Tout cela, évidemment, peut offrir plusieurs suggestions à la fantaisie de la myriade de flâneurs de l’écriture et de l’art qui constellent ce petit firmament francophone. Mais comment éviter de constater qu’en même temps une semblable pauvreté de connaissances directes va s’installer aussi de façon endémique dans les endroits physiques de notre vie quotidienne ? Comment négliger l’existence d’un moteur primordial dans notre choix de nous exprimer à travers un blog et de rechercher aussi un contexte de confrontation à travers Twitter ?

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La plupart de nous ne font cela que pour dialoguer sur la base d’une affinité — culturelle, esthétique et (pourquoi pas ?) politique — avec d’autres comme nous… Et voilà que cette « pulsion » spontanée individuelle se révèle petit à petit une véritable force.
Je disais, au commencement, que la réalité dépasse la fantaisie, en engendrant surtout de mauvaises fictions ou de films à éviter soigneusement. Il se peut d’ailleurs que la réalité assume une allure joyeuse, où l’inattendu garde l’apparence et le style d’une humanité positive et ouverte.
Depuis une année, presque entièrement vouée à son obsession majeure — l’histoire des péripéties et des douleurs de Moussia, de ses deux maris et de sa fille Natasha —, mon ami hollandais Jan Doets a décidé, il y a juste un an, de se consacrer à une initiative collective assez extraordinaire, qui a obtenu un succès indéniable dans notre milieu. Le principal atout de son nouveau blog « Les cosaques des frontières » — une possible forme de petite maison d’édition numérique aux portes ouvertes — consiste dans la convivialité et dans la liberté absolue. Chacun est responsable de ce qu’il écrit et c’est tout. D’ailleurs, dans l’initiative de Jan Doets il y a ce trait d’union de la « diversité cosaque » énoncée plusieurs fois, même si de façon légère et insouciante. Cela doit signifier quelque chose dont j’aimerais un jour pénétrer la plus profonde signification.

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En rencontrant à Paris Jan Doets pour la deuxième fois, je n’ai pas trouvé immédiatement la réponse à cette dernière question. Nous en avons longuement parlé le 8 juillet dernier dans l’agréable soirée au « Petit Villiers », passée en compagnie de sa charmante compagne Hannelore ainsi que de ma femme Claudia, de Béatrice Bablon et de Noëlle Rollet.
Béatrice est la libraire « de A à Z » qui depuis des années alimente avec ses bouquins rares et importants la collection de textes français dont Jan Doets est justement très orgueilleux.
Noëlle est une blogueuse — au nom de bataille (@selenacht = nuit de lune) très envoûtant — qui a récemment consacré, dans son blog, un très intéressant article-interview à l’expérience des « cosaques des frontières » de Jan Doets.

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J’ai abordé le même sujet de la « vocation cosaque » le lendemain (9 juillet), lors de la visite à la collection italienne du Louvre avec Jan, Hannelore et Paolo Merloni dans le rôle de guide.

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Ensuite, dans la confortable ambiance des « Deux Magots », le débat a continué sans nous empêcher de grignoter une salade tout en jetant un coup d’œil sûr l’église de Saint-Germain des prés. Juste pour nous rappeler que deux Hollandais et deux Italiens garderont toujours leur enthousiasme de touristes à chaque immersion dans la forêt pluviale qu’on appelle Paris.

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Et finalement, quand Jan Doets a voulu essayer la taille du chapeau colonial du grand-père de Claudia, officier de marine mort tragiquement dans la mer Égée après le 8 septembre 1943, le mystère s’est expliqué.

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Jan Doets serait bien élégant dans une devise militaire quelconque ainsi que dans les draps redoutables d’un vrai « cosaque ». Et pourtant, ce nom passepartout ne doit pas être pris au pied de la lettre. Pour lui, tout comme ses interlocuteurs privilégiés, c’est l’humanité qui compte.
Une humanité, bien sûr, qui se rebelle aux « ghettos » de toutes les histoires. Car le plus important c’est la recherche de l’autre qui est derrière chaque texte ou dessin ou morceau musical. Et c’est aussi la certitude d’y trouver une affinité, quelque chose que les mots et les signes cachent toujours.
C’est cela qu’intéresse notre ami Jan Doets. Et c’est justement pour cette raison-là qu’il a réalisé, avec son blog, une espèce de zone franche ou « radeau de l’esprit » pour les écrivains, les poètes et les artistes francophones. D’ailleurs, « Les cosaques des frontières » ont leur « cerveau » à La Haye, incontournable ville-village de Hollande, mais, en définitive, si l’on voit les noms des participants et leur lieu de résidence habituelle, cette « plateforme nomade » pourrait se disloquer presque partout dans la planète francophone.
Peut-être, ceux qui envoient leurs textes ou leurs images à Jan Doets ont besoin de s’éloigner de temps en temps de leur « contexte ».
Quant à lui, Jan a besoin de donner libre cours à son grand amour. Et c’est pour l’amour de la langue française apprise et cultivée sur les romans de Camus et Saint-Exupéry, de Sartre et de Gide qu’il est déjà au deuxième « tour de l’amitié ».
En juin, il a visité Avignon, Aix-en-Provence et Marseille où il a rencontré Brigitte Célérier et Christine Zottele. Maintenant, après une visite à Amiens où il a vu Françoise Gérard, il vient d’achever cette brève halte à Paris dont je vous ai raconté l’essentiel. Tout de suite après, il est parti à Angers sur la Loire pour une autre étape…
D’autres en suivront, avant qu’il rentre chez soi. Pour un homme de presque quatre-vingts ans et pour sa femme aussi, ce n’est pas la « route du potager ». Mais la réalité est toujours pleine de surprises. Avec ces « promenades cosaques », des cercles invisibles se brisent, des habitudes se révèlent beaucoup moins indispensables qu’avant, une nouvelle idée de lecture et d’écriture basée sur l’échange et la confiance s’impose.

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D’ailleurs, si la culture reconnue et affirmée cesse de se battre pour le renouvèlement et pour la découverte de nouveaux écrivains et poètes (ne sortant nécessairement pas d’un « atelier d’écriture » branché ou d’une école renommée), si cette culture plus ou moins officielle accepte sans aucune réaction les logiques économiques et quantitatives qu’on voit de plus en plus s’imposer (dans le numérique tout comme dans le papier)… alors je ne me scandalise pas si par une certaine naïveté ou même par une « barbarie cosaque » des gens de talent essaient de frapper bruyamment aux portes closes.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 12 juillet 2014 CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

La maison de nos rêves (débris des vases communicants n. 12)

06 dimanche Juil 2014

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vases communicants

Vendredi 7 mars 2014 le texte suivant avait été publié, dans l’esprit des « vases communicants« , sur le blog de Jessica Maisonneuve, tandis que le texte à elle est publié ici à la même date.
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Londres, métro 1978

La maison de nos rêves (1) 

« Celui qui laisse la maison vieille pour la maison neuve, sait bien ce qu’il perd, mais ne sait pas ce qu’il trouve… »
J’avais reçu une lettre non signée de quelqu’un qui devait me connaître très bien. Donc, apparemment, j’aurais dû découvrir à mon tour celui ou celle qui m’avait écrit.
Pour tout dire, je n’avais pas entièrement lu cette lettre. Je m’étais borné aux premières cinq lignes, faisant au commencement confiance à cette écriture fluide et généreuse… Mais j’avais dû m’arrêter lorsque j’avais constaté que l’on connaissait mon secret. Une chose que je n’avais avouée à personne.
Ce monsieur (ou madame ou mademoiselle) savait que je n’en pouvais plus de cette copropriété ainsi que de cet appartement clair et calme au troisième étage d’un immeuble haussmannien dans le quartier de l’Horloge… D’ailleurs, il était trop petit. Ses quarante-cinq mètres carrés ne me suffisaient pas. Je rêvais d’une petite chambre à coucher sans cheminée ni moulures où j’aurais pu finalement me passer du canapé-lit ou de ce lit fantôme s’adaptant à toutes les circonstances. Ce deux-pièces que maintenant je voyais se perdre dans un brouillard épais… Étais-je moi celui qui avait creusé une niche dans le mur mitoyen pour élargir le placard ? Comment avais-je pu apprendre si bien l’art de la menuiserie ainsi que le métier redoutable de l’embaumeur ? Tout cela, maintenant il me semble impossible. Par contre, je trouve cohérente à ce drame mon impulsion aveugle pour le changement :  je pouvais m’adapter à tout, me contentant même d’un petit hublot encastré dans le toit. J’avais juste besoin de quatre murs où me vautrer quand j’aurais eu envie de m’isoler…
Cette lettre arrivait, d’ailleurs, dans un de ces moments cruciaux, décisifs, où l’on est obligés de se faire violence pour sortir d’une effrayante impasse. Néanmoins, ces lignes pleines de charme et de parfum m’inquiétaient. Je me sentais menacé et attiré en même temps.
« Venez, vous me remercierez ! » c’étaient les derniers mots.

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Londres, métro 1978

Si je pense que tout cela s’est déroulé en quelques heures seulement ! Ce matin, j’étais sorti à l’aube, tout de suite après que mon voisin de palier s’était lancé la tête première, comme d’habitude, dans l’escalier. En profitant de ce vacarme, qu’il augmentait au jour le jour pour se donner de l’importance, j’avais vite refermé la porte à double clé. Je ne voulais surtout pas que mes voisins s’intéressent à ma « disparition ».
En me dirigeant vers le métro, j’avais songé aux milliers de personnes prêtes à faire n’importe quoi pour prendre ma place. Mon cœur bondissait comme une boule de ping-pong, tandis que mon cerveau poussait sur le crâne à la seule idée que quelqu’un trouvant la porte ouverte rentre chez moi… J’essayais de me rassurer, en me disant que je l’avais soigneusement refermée à clé, profitant de la voix de contralto de la concierge, ainsi que de son aspirateur en pleine action… Pourtant, j’avais laissé la vieille chaudière allumée. Elle était assez décrépite ! Je paniquai à l’idée d’une explosion de quatre sous, qui aurait pu déclencher l’intervention des Sapeurs-Pompiers, l’irruption des curieux, la bagarre de la police.
Dans le métro, la vision d’une jeune femme pensive, renfermée dans un imperméable identique à celui du tenant Colombo, eut la force de me distraire. Ses yeux bleus et sa bouche en perpétuel mouvement me plongèrent dans une histoire d’assassins et d’espions internationaux. Pourtant elle ne m’était pas étrangère. Son parfum était le même…
Il m’avait fallu presque une heure pour atteindre la station de Saint-Ouen. À pied, puisque je n’avais pas envie de me renseigner chez des inconnus, je m’étais rendu en bord de Seine…
« Dans les emplacements des anciens entrepôts, un nouveau quartier va surgir. Au bout d’un parcours tout à fait inattendu, vous resterez bouleversé à la vue d’une construction ultramoderne, solide et légère à la fois ! » C’étaient les mots qui m’avaient provoqué, en me faisant sortir de mon cocon. Ainsi que ce parfum…
Je me tournai en arrière, brusquement. La femme à l’imperméable avançait derrière moi, tranquille, avec l’air typique de tous ceux qui se rendent au travail à pas de course. Un éclair jaune illumina violemment le petit tunnel où je m’étais joint au troupeau. Cela me donna une étrange euphorie. À la sortie du tunnel, je lorgnai un banc public. Je m’assis.
Sens dessous dessus, je décidai que je ne pouvais plus avancer, même d’un millimètre, si je ne lisais pas la lettre, de A à Z.
(tandis que je lisais, la femme à l’imperméable frôla imperceptiblement mon genou et me sourit, s’accompagnant d’un petit geste complice.)
Je me forçai de lire : « n’ayez pas peur ! » disait au final le mystérieux expéditeur. « On vous montrera plusieurs habitations de différentes tailles. Vous êtes attendu au pied du tapis roulant »
Je me levai, prêt à tout. J’avais reconnu le parfum qui se dégageait de ce profil de femme hâtive qui m’avait gentiment salué. C’était le même parfum inondant la lettre ; le même « Tocade et fuite » de Madame Rochas qu’utilisait…

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Londres, métro 1978

Au bout d’un instant où j’avais hésité, et que j’avais envisagé de faire demi-tour, je m’aperçus qu’il était tard, désormais. J’essayai d’imaginer une possible stratégie pour sortir de mon impasse dangereuse. Une fois installé dans le nouveau logement, j’aurais appelé la concierge, qui a le double de mes clés. Je lui aurais demandé, tout simplement, de rentrer dans l’appartement, d’éteindre la chaudière, avant de couper carrément la lumière et le gaz, se souvenant enfin de renfermer à nouveau la porte d’entrée. De mon nouvel appartement, m’accoudant paisiblement depuis un de ces étages en haut, j’aurais jeté un coup d’œil sur la Seine, avant d’expliquer que j’étais maintenant en voyage et que je serais rentré très tôt, au bout d’une dizaine de jours au maximum.
En fait, il n’y avait plus moyen de changer d’avis, ou de projet de vie. Une ombre épaisse m’emprisonnait sans remèdes. Elle descendait depuis un truc immense que je n’avais pas la force ni l’envie d’examiner avec la même désinvolture des gens qui arrivent au travail comme si c’était une alcôve. Heureusement, le paysage sombre était traversé par des flèches lumineuses et des silhouettes phosphorescentes qui se croisaient avec une sorte de joie complice. Je fus attiré par une inscription : LOGE. Étais-je déjà arrivé ?
Par une vive déception, je vis, au lieu des sabots usés de ma concierge bien aimée, une machine pour le péage ! Elle me demandant de façon dictatoriale de faufiler un billet de métro ou l’équivalent en argent dans un filet. J’obéis et…

BIM ! BUM ! BAM !

Comme si je devais entamer une longue visite dans un musée, je me trouvai dans les mains une espèce d’émetteur-récepteur à la voix très aiguë.

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Londres, métro 1978

Il n’y avait pas de choix, j’étais obligé de monter avec le tapis roulant par un parcours en courbe. On aurait dit que j’allais me lancer dans une autoroute ou dans une piste ne faisant qu’un avec un bateau de ligne ultramoderne prêt à partir sur le ruban bleu de la Seine.
Voilà, je fus sur une énorme terrasse, avec des saules pleureurs partout, où les gens circulaient comme des ombres parmi des haies en guise de labyrinthe…
— Quel est le mien ? Je demandai au microphone
— Suivez les charmilles rouges avec panorama incorporé. Elles sont là pour
vous, me répondit l’inconnue à l’air ricaneur.
J’eus peur. Et pourtant, sur le fond de mon pessimisme noir s’ouvrait une petite fente teintée de rose. Le couchant aurait pu se muter en aurore… En fin de compte, qu’avais-je fait ? Je n’étais qu’un exécuteur… Oui, le mot existe, j’avais été le bras armé, j’avais travaillé pour quelqu’un qui devait ensuite s’occuper de tout : de nouveaux papiers, un costume tout à fait différent ainsi que de lunettes métalliques… Je n’avais pas besoin de changer ma gueule, anonyme jusqu’à la transparence. Et voilà qu’il y avait un autre être qui se chargerait de me donner une chance, une place libre, un immeuble tout neuf en échange d’un immeuble tout pourri !
Pendant un instant, rien qu’un instant, j’entendis une voix de l’au-delà — ayant appartenu peut-être à mon silencieux compagnon de chambre — murmurant : «
Celui qui laisse la maison vieille pour la maison neuve, sait bien ce qu’il perd, mais ne sait pas ce qu’il trouve ! »

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Londres, métro 1978

Troublé par cette interférence, j’attendis que le problème technique fût réglé. Ensuite, tout en trébuchant péniblement sur les aspérités du sol — qui voulait peut-être évoquer les sous-bois pleins de branches et d’orties —, je poursuivis dans le parcours indiqué par mon assistant virtuel. Il me hurlait dans l’oreille BIM pour avancer, BUM pour m’arrêter à réfléchir et BAM pour me prévenir vis-à-vis des risques d’emprunter la fausse direction.
Bientôt, je me trouvai dans un escalier en colimaçon. Obéissant aux instructions de cette voix de plus en plus familière, je me plantai solidement sur l’une des marches triangulaires en m’accrochant aux poignées suspendues sur ma tête. Je plongeai enfin dans un espace gris et sombre (un garage au sous-sol ?) où cette voix me conseilla de suivre les petits cailloux de plâtre collés au linoléum : — juste trois secondes :

BIM ! BUM ! BAM !

La femme assise sur le fauteuil, tout en me tournant le dos, me demanda la carte vitale, le RIB et la carte fidélité de cette unité d’habitation, qui s’appelle

ROUGE LE SOIR, IL N’Y A QUE L’ESPOIR…

L’ayant reconnue, j’essayai de rester sage. Gentiment, je lui dis que je n’avais pas de carte fidélité, car je venais juste d’arriver.
— Si, si ! Vous l’avez ! Regardez bien dans votre portefeuille !
(Ces deux mots courts — « si, si » — me ramenèrent d’un coup en Italie, au souvenir d’une incontournable visite au Colisée, endroit que j’avais trouvé idéal pour s’y abriter, à condition, certes, qu’on renonce aux portes et aux fenêtres.)
Tout de suite après, la jeune femme à l’imperméable fit tourner brusquement son fauteuil, jusqu’à cogner son nez contre le mien.
C’était elle. Avec sa nouvelle coiffure, elle avait rajeuni d’une quinzaine d’années. D’un air hagard et sournois, elle ne cachait pas son triomphe. Croyant de voir en elle Ariane ou Eurydice je compris en un seul déclic que je n’aurais jamais dû, comme Persée, suivre ses cailloux ni ses ordres sous-entendus. Et maintenant, puisque c’était elle qui se tournait en arrière, moi j’aurais dû être plus sage qu’Orphée…
Mais l’attrait de la maison neuve ce fut plus fort que toute prudence : je vis la Seine couler dans ses yeux, tandis que les terrasses des bistrots, baignées de lumières, lui ouvraient la bouche dans un sourire…
— Arrête un moment d’étaler tes merveilles ! lui dis-je. Laisse-moi essayer de répondre à l’énigme qui règle ce cauchemar. Car je devine déjà, en un seul regard, ce que tu incarnes. C’est toi l’immeuble ultramoderne et ultra confortable ! C’est toi l’héritière de Le Corbusier et de son Esprit nouveau ! 
(2) 

006_maisonneuve 180Londres, métro 1978

— D’ailleurs, tu savais très bien combien j’admire cet homme visionnaire et réaliste à la fois. Tu vas même au-delà… Pourtant, tes yeux sont le toit-terrasse que le Maître prêche dans toutes ses publications, même posthumes, depuis en 1927 ; ta bouche ressemble comme une goutte d’eau à la fenêtre en longueur de ses unités d’habitation ; ton indispensable nez c’est un des pilotis qui soutiennent cette baraque-ci (si, si ! C’est une baraque !) ; tes oreilles, finalement à l’écoute, sont la dernière touche qui rend fort aimable ton visage juste un peu épuisé par ce travail pénible… tandis que tes cheveux ébouriffés et pleins de charme évoquent le plan libre !
— Bravo, avec votre exploit vous venez de signer un contrat avec votre « maison neuve », dit-elle, en me vouvoyant.
— Je veux voir mon appartement, avant.
— Mais vous y êtes déjà ! Vis-à-vis de 1927 on a fait des progrès. Abolis les couloirs ainsi que les portes, pour ouvrir les fenêtres il suffit d’écarquiller les yeux…
— Qu’après on referme avec la bouche, n’est-ce pas. ? essayai-je d’ajouter, tout en lui lançant un baiser, qui tomba pourtant dans le vide.
J’ai obtenu une chambre en plus, avec un hublot bleu-nuit de train, comme je désirais. Mais, je ne sortirai d’ici qu’au bout d’un long couloir d’années — vingt-cinq ou vingt-six : je n’ai pas retenu ce numéro. À condition bien évidemment de survivre avec tout ce BIM BIM BAM et cette modernité ultramoderne.
De cette immense construction, je n’ai pu saisir que quelques images en écho. Pourvu qu’elle soit robuste, cela ne change en rien, pour moi, si son aspect extérieur est agréable comme une unité d’habitation plongée dans la nature selon les prescriptions de l’Esprit nouveau, tandis qu’au contraire je suis abandonné dans un cachot humide aux tréfonds d’une galère.
Tout en recouvrant plusieurs rôles, dont celui de syndic de cet hôtel particulier, elle vient de temps en temps me voir, s’invitant dans le jeu redoutable et parfois pervers d’un rapport de plus en plus intime entre la victime — moi-même — et celui du bourreau, qu’elle incarne à la perfection.
En fin de compte, je n’aurais rien de quoi me plaindre, ayant enfin obtenu une chambre exclusive pour moi. Mais, à chaque fois qu’elle se rhabille — avant de prononcer le code de sortie, toujours différent —, j’ai toujours peur qu’elle me dise, à brûle-pourpoint :
— Mais pourquoi as-tu décidé un jour de tuer mon mari ? Il est vrai, il était fort ennuyeux, mais il faisait bien son travail de syndic, gardant toujours une séparation nette entre les questions concernant ta copropriété et les questions privées…
Heureusement, elle me disait cela assez rarement, car nos discussions architecturales autour de Le Corbusier et du baron Haussmann l’emportaient jusqu’à la rendre distraite. Par contre, dans les moments silencieux, un petit diable lui suggérait souvent de tout gâter par une phrase aussi déplacée qu’inutile, désormais :
— Ne pouvais-tu pas me dire que tu gardais le cadavre embaumé de mon mari dans ton placard-lit et que cela devenait de plus en plus gênant… car tu ne pouvais plus m’y recevoir à cause de ce tiers incommode ?

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Londres, Agatha Christie, Madame Tussauds, musée de cire, 1978

Oui, c’est vrai, avec ma fantaisie galopante, j’avais cru obéir à ses désirs, en la débarrassant de son époux. Mais, évidemment, j’avais eu ensuite quelques doutes à propos de ses intentions effectives. Cela m’avait affaibli et rendu incertain. J’avais perdu toute détermination dans le moment précis où je m’étais trouvé seul avec ce mort étendu de travers sur le lit pliant. C’était d’ailleurs impossible de sortir de cet immeuble frénétique, le jour ou la nuit cela aurait été la même chose. Alors, je décidai de résoudre « en famille » la question, achetant chez un bouquiniste à côté de Notre Dame un manuel pour embaumer les oiseaux. Quelques jours après, ce corps enveloppé dans les draps et les journaux m’était désormais familier. J’avais creusé une niche dans le mur où le cadavre gisait debout, caché tant bien que mal par un rideau noir de photographe.
J’avais dû me priver de la compagnie d’elle, évidemment, par des prétextes affreux. D’ailleurs, je ne pouvais pas lui expliquer que la momie ne me donnait aucun souci. Je m’attachais à l’air prétentieux des habitants de mon immeuble haussmannien, tout en déclarant que j’en souhaitais la mort violente.
Maintenant, dans les rares quarts d’heure d’air qu’on m’accorde sur le toit-jardin, je me répète la même question : « pourquoi Ariane et Eurydice, ont-elles voulu me convoquer ici tandis que, pendant longtemps, ni l’une ni l’autre ne s’est aucunement intéressée au sort du mari disparu sans une seule trace ? »

Texte : Giovanni Merloni

Photo : Giovanni Merloni

(1) (vases communicants mars 2014 avec Jessica Maisonneuve)

(2) Voilà les cinq points de l’architecture moderne lancés en 1927 par Le Corbusier et Pierre Jeanneret2 :

Premier : les pilotis (le rez-de-chaussée est transformé en un espace dégagé destiné aux circulations, les locaux obscurs et humides sont supprimés, le jardin passe sous le bâtiment) ;

Deuxième : le toit-terrasse (ce qui signifie à la fois le renoncement au toit traditionnel en pente, le toit-terrasse rendu ainsi accessible et pouvant servir de solarium, de terrain de sport ou de piscine, et le toit-jardin) ;

Troisième : le plan libre (la suppression des murs et refends porteurs autorisée par les structures de type poteaux-dalles en acier ou en béton armé libère l’espace, dont le découpage est rendu indépendant de la structure) ;

Quatrième : la fenêtre en longueur (elle aussi, rendue possible par les structures poteaux-dalles supprimant la contrainte des linteaux) ;

Cinquième : la façade libre (poteaux en retrait des façades, plancher en porte-à-faux, la façade devient une peau mince de murs légers et de baies placées indépendamment de la structure).

L’effet miroir au volant

04 vendredi Juil 2014

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vases communicants

Merci, Dominique, de m’avoir proposé de partager avec toi, pour la deuxième fois, cette aventure des « vases communicants », ce vendredi 4 juillet 2014. Merci d’avoir accueilli mon billet jumeau d’aujourd’hui — titré « Combat du rouge et du gris » — dans ton blog. Basé sur un prétexte (une voiture rouge, élégante et inattendue) notre échange a été absolument libre : moi, j’ai profité d’un de tes admirables photos pour une improbable flânerie dans la « petite Venise » du canal Saint-Martin à Paris ; toi, tu as laissé couler le flux des souvenirs que peut-être mon dessin t’avait en partie  suggérés.
Cet échange a été très agréable pour moi et j’espère que les lecteurs saisiront les petites affinités qui relient entre eux nos deux récits. Je profite de cette occasion pour te remercier de tes publications quotidiennes, — avant sur
Le Tourne à gauche, maintenant sur Métronomiques  —, qui me donnent la possibilité de participer activement aux débats qui se déclenchent à partir des suggestions de tes billets, toujours riches et inattendus.
En quoi consiste le projet de « Vases Communicants », lancé par 
Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis) ? Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie justement grâce à Brigitte Célérier.
G.M.

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Giovanni Merloni, Arrêter la machine du temps, 1993

L’effet miroir au volant

Une fois dans la voiture, on démarre, l’étrave du capot fend le flot de la circulation. J’aime conduire (et j’essaie de me bien conduire), mais je ressens cette liberté comme paradoxale puisqu’elle est de plus en plus encadrée par les lois, limites, règlements, interdictions, radars et autres mesures dites « sécuritaires », problèmes dont la solution radicale serait, à terme, la disparition pure et simple de l’automobile.
Parmi les véhicules que j’ai possédés, je m’étais acheté d’occasion, quand j’étais étudiant en fac à Besançon, une Chevrolet Corvair qui voisina un temps sur le parking de notre petite maison à Vesoul (70) avec ma 2cv.
Cela devait sans doute assouvir un désir inavoué : la banquette pour trois (pas de ceintures de sécurité à l’époque !), le nom magique de la marque d’origine française, le souvenir des films américains époque James Dean, l’esthétique du véhicule, la conduite automatique… mais la consommation d’essence était nettement exagérée et je ne pouvais engloutir ma bourse d’étudiant dans le réservoir. Au bout de quelques mois, je revendis mon phantasme.
Quand j’ai acheté une petite Volkswagen, c’était autant à cause du nom « démocratique » (même s’il avait un passé un peu lourd à porter) que de sa forme arrondie et des deux pots d’échappement et du bruit si particulier du moteur. Je l’avais choisie rouge, on la voyait de loin sur les routes (maintenant le noir est majoritaire).
Cette gentille VW m’a emmené, entre autres destinations, jusqu’en Grèce, où elle coula une bielle pour nous dire que la chaleur (ajoutée au manque d’huile, sans doute) tapait vraiment trop fort. Notre bâtard Pollux, malgré son nom mythologique, ne put monter jusqu’à l’Acropole : les gardiens grecs du site nous affirmèrent que les chiens noirs portaient malheur.
Récemment, j’ai vu que Volkswagen avait lancé sa nouvelle VW, baptisée cette fois-ci « Coccinelle », reprenant ainsi, de manière marketing, le nom que lui avait donné spontanément « le peuple » : il faut dire que ce modèle semble plus réussi que le précédent (« New-Beetle »), car peut-être plus proche de l’original.
Quand j’ai acheté à Paris une 2cv Charleston, après avoir vendu ma moto Honda CBK 750 quatre cylindres, j’avais le choix entre deux couleurs : gris foncé et gris clair ou rouge et noir. J’ai choisi la deuxième couleur (qui me rappelait celle de ma « bécane ») et j’aimais, là aussi, son aspect rétro, ses phares et rétroviseurs chromés, son antenne radio verticale sur l’aile avant et son toit amovible qui en faisait la décapotable la moins chère du marché.
Après d’autres voitures, j’en suis maintenant à ma deuxième Scenic Renault (la première était vert bouteille), de couleur rouge. Cette constante m’interroge : est-ce l’attrait de cette teinte, violente et vitale comme le sang, sa connotation politique – « Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes ! » disait un slogan de Mai 68 – ou le fait qu’il est rare, sauf pour les pompiers, de se précipiter sur ce modèle du nuancier automobile ?
Une fois au volant, on ne pense plus à la couleur de la voiture que l’on conduit car ce sont les autres qui vous remarquent. Mais si vous apercevez un véhicule de couleur rouge, il se produit alors comme un effet miroir : vous vous mettez à la place de l’autre conducteur qui a oublié d’ailleurs, avant de vous repérer, que vous apparteniez exactement au même endroit que lui sur la palette du peintre.

texte : Dominique Hasselmann

dessin : Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 4 juillet 2014

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Littérature par images : le phare de Claudine Sales

29 dimanche Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in art

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001_faro sotto vetro 180

Après une longue parenthèse consacrée à la poésie (la mienne ;  celle d’autres poètes vivants ou glorieusement disparus) je reviens timidement à la prose, pour vous raconter, de la façon plus simple et dépouillée que possible, d’un tableau.
Je veux dire le tableau que vous voyez ci-dessus, que Claudine Sales m’a affectueusement donné lors de sa récente visite à Paris.
Je suis l’activité artistique de Claudine depuis plus qu’un an et je pense avoir saisi le motif central ainsi que le sentiment de fond qui pousse cette peintre autodidacte à avancer dans un travail de plus en plus cohérent et engageant. Et pourtant, je ne sais pas bien comment exprimer les émotions que ses tableaux suscitent en moi.
J’essaie de m’expliquer, et d’expliquer aussi, indirectement, par le biais de cette observation passionnée, pourquoi j’ai considéré comme « timide » mon retour à la prose d’aujourd’hui.
Je crois qu’à la base de toute œuvre artistique ou littéraire il y a toujours une solitude. Une détresse profonde de l’âme, une nécessité désespérée et pourtant très vivante de briser cette condition de solitude même — qui est surtout une condition psychologique — à travers une fouille acharnée qui s’accompagne à une réinvention du monde. Une fouille dans notre réalité personnelle, mais aussi dans la réalité du monde où nous habitons, qui nous entoure. Une réinvention… parce que le vrai artiste ajoute toujours quelque chose d’universel et d’unique qu’il puise dans son talent et son âme.
Claudine Sales fouille avec cohérence et acharnement dans un univers aussi tangible que mouvant, en train de changer toujours, et pourtant solide avec ses lois et ses comportements typiques. C’est l’univers de la mer, des fleuves, du ciel, mais aussi de la ville. Une série de paysages qui « correspondent » à ce que tout le monde peut voir, reconnaître et mettre en comparaison, et pourtant s’en détachent vivement, en raison d’éléments uniques, en plus, qui en font des œuvres d’art.
On pourrait bien sûr ranger les tableaux de Claudine Sales en fonction des différents « sujets » traités. Mais cela serait une abstraction bureaucratique. Car il peut arriver qu’une forte parenté s’installe entre la représentation d’une plage envahie par les flaques de la marée basse et le ciel nuageux assumant parfois de formes bizarres qui racontent des histoires. Il peut arriver, d’ailleurs, que deux tableaux ayant le même sujet et concernant le même lieu ne se présentent pas comme deux frères jumeaux. Au contraire, ils s’éloignent l’un de l’autre comme deux cousins de deuxième ou troisième degré.
Donc, il y a quelque chose que Claudine ajoute à la beauté d’une reproduction fidèle et passionnée. Une touche invisible, que j’avais perçue déjà à travers les photos des tableaux sur son blog « colors and pastels ». Cette touche assume une évidence encore majeure lorsque je me trouve, comme à présent, devant un tableau réel, finalement en condition de montrer toute sa beauté physique.
Je reviens un moment au thème de la solitude. Cette condition existentielle ou de travail est souvent moins une condamnation qu’une aspiration. La plupart des peintres, d’ailleurs, aiment beaucoup travailler seuls, éventuellement assistés par une radio toujours allumée. Moi, par exemple, je n’ai aucune difficulté à peindre au milieu d’un lieu habité, où les voix s’entrecroisent comme des courants d’air, mais je vis tout cela avec un esprit constant, où ma solitude (projeté dans le travail) cohabite avec la solitude des autres, sauf des échanges tout à fait superficiels. Je crois que le peintre, quand il a son pinceau, sa palette et son rectangle vide devant, il n’a besoin de rien. D’ailleurs, le monde qui coule en dehors de sa fenêtre, ainsi que le monde plus loin, qui court au trot sur le fil de l’actualité de Twitter ou de Facebook, c’est une compagnie, pour lui. Une compagnie, d’ailleurs, aussi inquiétante que nécessaire. L’artiste a besoin de participer, même si d’une oreille distraite, à tout ce qui se passe dans la planète ou dans les grandes et petites communautés qui le concernent de près. Cela ne l’empêchera pas d’avancer, petit à petit, avec son Œuvre.
Lors de sa venue à Paris avec sa famille, Claudine m’a expliqué son parcours et aussi certaines idiosyncrasies qu’elle a mûri dans le temps. J’ai finalement compris l’importance, pour elle, d’un rapport strict — idéal et affectif — avec la littérature. Cela a été marqué au commencement par un échange très riche et productif avec Isabelle Pariente Butterlin et son blog « aux bords des mondes »… Un rapport du même type se réalise aujourd’hui, de façon plus systématique, dans la collaboration très vivante de Claudine Sales avec Francis Royo, témoignée par le nouveau blog « contrepoint ».
Quel est le rapport entre la littérature — penchée vers la philosophie dans le cas d’Isabelle Pariente Butterlin, exprimée en poésie par Francis Royo — et la peinture de Claudine Sales ? Qu’est-ce qu’elle trouve d’enrichissant dans ses quotidiens rapports avec les différents interlocuteurs flottants avec elle dans la quotidienneté de la Toile ? Quel rapport y a-t-il entre la toile réelle de Claudine et la toile virtuelle où nous tous allons, tous les jours, chercher des petites certitudes ou consolations ? Là où, au contraire, nous ne trouvons — hélas très souvent — que le miroir de nos angoisses ?
Et voilà la petite idiosyncrasie de Claudine, que je partage tout à fait. Nonobstant la valeur objective de ce qu’elle fait ainsi que de l’intérêt que ses tableaux rencontrent de plus en plus, elle n’a pas envie d’exposer, ni de s’engager vraiment dans une dimension commerciale de son activité : « Chez moi, au Luxembourg, il n’y a que l’art abstrait ».
Voilà un problème qui s’éternise. À côté de la virtualité « merveilleuse » que le numérique nous fait presque toucher de la main, le monde ne change aucunement. Rien ne brise les idées reçues ni les convictions enracinées comme d’inébranlables tabous.

002_faro di claudine iPhoto 180

En regardant le phare « poétique » de Royan se reflétant avec le ciel nuageux dans la plage envahie par flaques de la marée basse, je me demande comment l’on peut baptiser « figuratif » ce tableau, ou aussi peinture impressionniste. J’y trouve beaucoup plus que cela. Cette œuvre reflète, peut-être, la lecture de la « promenade au phare » de Virginia Woolf. Ou alors les contes de Maupassant ainsi que des films dramatiques comme « La fille de Ryan » ou « Loin de la foule déchainée ». Il y a pourtant, de toute évidence, un « ressenti » émotionnel qui va bien au-delà du rapport visuel avec le paysage réel autour du phare. On a même l’impression que plusieurs « temps » se déroulent dans la même image. Les tableaux de Claudine ne ressemblent pas du tout à des photographies. Ils représentent des émotions, des sensations, d’une façon toujours touchante et parfois choquante aussi. L’art de Claudine c’est un « art qui raconte » et « invente » aussi. Un art qui exprime dialectiquement soit le monde extérieur que le peintre prend en charge, soit le monde intérieur que le peintre même fait déclencher comme dans une action théâtrale où le spectateur est invité à monter sur le plateau, à se promener pieds nus sur les planches parmi les fils électriques et les décors.
Dans les tableaux de Claudine je retrouve aussi la littérature des lettres, des cartes postales, des petits billets que maintenant substituent les vieux systèmes postaux. Je parle évidemment des messages téléphoniques, des mails, des tweets, et cetera. Une espèce de courant parallèle, qui brise notre solitude quotidienne, en nous faisant participer à d’autres vies en dehors de la nôtre, en nous donnant aussi la nécessaire nonchalance pour nous exprimer dans un état de suspension adapté à la création artistique.
Bien évidemment, si cela peut fonctionner pour la peinture (ou la sculpture aussi), la scène change complètement si l’on parle d’écriture. Et je reviens, finalement, à la question de la timidité. Je me suis en fait rendu compte, en me mettant personnellement en jeu, qu’il est presque impossible de publier des textes littéraires « en temps réel » sur un blog. On peut, avec beaucoup de précautions, essayer de présenter des choses qui ont déjà eu une exploitation et un temps d’oubli, comme mes poésies, par exemple. Il est au contraire très dangereux publier ses émotions au jour le jour. Parce que les réactions des lecteurs ne peuvent pas laisser indifférents les auteurs. Au moins qu’ils ne se soient pas complètement détachés de leur « créature ».
Ces mêmes considérations m’amènent d’ailleurs à affirmer que la peinture peut bien être exposée en cours d’œuvre, donc en temps réel. Car elle se base sur un langage tout à fait différent, où chaque tableau ou dessin est conçu par l’auteur et vu par l’observateur comme un « fragment ». Comme une partie d’un travail à long terme ou d’une personnalité plus ou moins complexe qui ne peut se réduire à un seul objet. Tandis qu’il arrive fréquemment que le jugement sur une seule page écrite — même si c’est le résultat d’une extraction depuis un corpus plus vaste — devienne à jamais le jugement dernier sur la personne voire sur l’écrivain qui en est l’auteur.
Je reprendrai bientôt cette question qui me touche directement. Mais je crois que pour chaque exploitation littéraire la dimension du livre ne peut pas être contournée. Il faut donner au condamné à mort le temps au moins de se défendre.

003_faro 02 iPhoto 180

Je termine cette divagation avec un dernier regard au phare de Claudine. À partir de ce tableau, je considérais, jusqu’à hier, possible de m’aventurer dans un conte ou récit fidèle à l’esprit de l’auteur. Je crois maintenant qu’il n’y a qu’à se placer devant cette œuvre, chacun avec sa sensibilité, son histoire et ses idiosyncrasies. On sortira toujours émus et enrichis d’une expérience inattendue. Il n’y a d’ailleurs qu’une seule personne capable de décrire et représenter par mots ce que disent les différentes couches de couleur ainsi que le dessin au graphisme invisible. Elle s’appelle Claudine Sales, elle vit au Luxembourg et j’ai eu la belle chance de la rencontrer, ici à Paris, un des premiers jours du mois de juin.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 29 juin 2014

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Des carrosses sous les pieds, 1965 (Ambra n. 56)

26 jeudi Juin 2014

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Ambra

001_des carrosses 180

Des carrosses sous les pieds

Tu viendras ici, de retour
d’un voyage
sinueux, infini
sur le fond de la mer,
en donnant à mon cœur
le sourire
de tes yeux
de verre.

Jeune et fraîche,
tu voleras dans mon ciel te leurrant
qu’il y a
des carrosses sous tes pieds
effleurant sur les cimes des montagnes,
la pierre de mes ancêtres.

Si je pense que c’était toi,
juste toi, qui me traînait
dans les tourments !
En ces heures
désespérées, volées
à la paix, au bon sens
je ne pouvais pas savoir
qu’un beau jour
je trouverais
cette douleur
merveilleuse.

Nous marchons, maintenant
avec nos discours frivoles
insouciants de l’horizon plat
pesant au-dessus de nos yeux
comme un vide
où se perdent toutes choses.

002_des carrosses

Je ne sais plus rien
de toi, ni de ce qui nous attend
dans ce lit de feuilles.
Je sais pourtant
que cette douleur a servi
à te faire retourner.

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN

Sur cette table, des feuilles, 1965 (Ambra n. 55)

26 jeudi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_sur cette table

Sur cette table, des feuilles

Sur cette table, des feuilles
et des cahiers
et des livres
et le sang des baisers.

Non, ne t’effondre pas.
Attends qu’elle revienne
pour lui dire tout
pour lui dire combien tu l’aimes
et tu l’aimeras
même dans la mort.
Tes mots
seront simples,
chastes, purs,
calmes.
En les disant,
tu te découvriras éloigné,
même indifférent
au voile méchant
qui tombera sur tes yeux.

Elle tombera à tes pieds,
elle embrassera tes mains
en laissant couler
des yeux
à chaque larme
un baiser.

Dans ce délire, tu découvriras
trop tard
qu’entre vous deux
peut-être
une vie heureuse
aurait pu
se déchaîner.

La mort approchera,
tout en glissant, légère,
entre tes mains et ses yeux,
entre son corps
frémissant et mouillé
et ton regard
emprisonné et sec.

Au loin, le crépitement du soir
rendra ta mort
moins triste,
moins évidente
tandis
qu’un souffle imperceptible
apaisera ton front
en y posant
une pensée coupée
qu’il laissera voltiger
le temps d’un instant
sur ton étrange sourire.

002_sur cette table 180

Elle sortira dans la rue,
l’unique femme que tu aimais.
Elle, qui t’aimait
jusqu’à en mourir
portera ton sourire
collé, de biais,
comme une fleur,
parmi les gens et les toits.
Toute seule, elle parlera
en répétant à chacun
ta dernière phrase :
«Voyons, mon amour,
chacun va à la rencontre
d’une mort originale,
sur mesure,
ressemblant à sa
propre vie.
Tu peux la voir
toi même :
belle ou laide,
cette mort-ci c’est la seule
qui existe
pour moi. »

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN

La grotte à la forme d’oreille, 1965 (Ambra n. 54)

26 jeudi Juin 2014

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Ambra

001_une grotte colorée iPhoto 180

La grotte à la forme d’oreille

I
J’improvisais mes rêves
et pourtant j’y voulais poursuivre
un canevas.
Des mots en forme de rambarde
suivaient des marches en descente
dans mes nébuleuses de lumières
et de lentes révélations
de femmes nues.

Je courais
la main appuyée contre le cœur
et je m’effondrais
dans la sombre terreur
de grottes mouillées
où la lumière du jour
petit à petit
cédait la place
à la nuit.

Ma voix solitaire avançait
dans cette grotte
à la forme d’oreille
dans ce trou sans écho
où les nids noirs
des chauves-souris
pendillaient.

II
Je ne supporte pas ma voix,
je n’aime pas non plus
mes pas perdus.
Je ne me trouve pas agréable
quand je ris sans tenue
dans les fêtes des autres.

J’aime les jours longs,
raides
comme autant de pantins
de neige.
Là-dedans, je recherche,
seul et inspiré,
les pas qui engendrèrent mes pas,
l’insouciance des ombres
croisant la violence
de mon corps stupéfait.
Je recherche
la caresse distraite
qui saurait ensevelir
en un seul instant
les labyrinthes enflammés
de ma peur.

Je marche seul,
sans aucune passion
en me négligeant moi-même,
en souffrant comme les choses,
en aimant comme les oiseaux.
À chaque coin de la rue,
je vais ramasser mes ruines
sans renoncer pourtant
au petit écho
d’une voix sincère
qui était la mienne
au souvenir du cri
que je libérai un jour.

III
La vie m’a appris
à être prudent
à recouvrir de révérences
l’ordre des choses
à me montrer attentif, intelligent
à baiser les mains
à me taire.

Ce n’est que ça ce qu’il faut faire.
Alors pourquoi, petit enfant,
rêvais-je
de mourir soldat ?

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN

J’ai écrit sur le rocher, 1965 (Ambra n. 53)

26 jeudi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_passage du désir 180

Passage du Désir (Paris Xe)

J’ai écrit sur le rocher

J’ai écrit, sur le rocher,
la poésie de cet homme à la voix grave,
qui s’était rendu en costume noir
à la fête
dont il était rentré
amoureux et chiffonné.

J’ai fait autant de ratures
que le bon sens ou la raison
opposaient à l’inspiration.

J’ai écrit qu’il était un seigneur
âgé, un vieux blessé à la guerre
au pas martial
sublime dans les chœurs de l’église
qu’un jour, par convenance,
avait pris en épouse
une jeune coiffeuse.

J’ai dit qu’au party
il y en avait à suffisance
pour un régiment affamé
et qu’Angela la précieuse
avait un grain de beauté
sur le menton.

Ce fut alors
que l’homme bien habillé
ne sut résister. Oui
ce fut lui
qui tapa sur les fesses d’Angela
en faisant déclencher
la bagarre.

J’ai lu mon histoire au pays.
— Ô poète, ils m’ont dit,
tu te mets sous les pieds
toute fidélité historique !
Moi, troublé, je me pinçais
pour me réveiller.
Je m’étais convaincu, à l’improviste,
que le monde se fût
retourné.

(Au lendemain,
je suis revenu
et j’ai lu, devant tout le monde,
la « véritable » histoire,
que tout de suite
je vais vous débiter.)

Il y avait une fois un roi
prussien, affecté par la sciatique
et le cancer à la gorge.
Pour ces raisons banales,
il marchait comme un godelureau
et marmonnait comme un baryton.
Se sentant seul et triste
dans son immense manoir
descendit un jour à la vallée
bien en selle de son canasson
(ayant un grain de beauté
sur le museau),
c’est-à-dire de son cheval
prénommé Angela
(ce prénom ailé,
ne collant pas trop
à cet étalon invétéré,
c’était celui d’une fille
morte à juste dix ans :
une douleur trop aiguë
pour ce père déchu
et, hélas, désarçonné).

Dès son arrivée
aux portes du pays rêvé,
le pauvre roi dépaysé
donna à boire
une gorgée d’eau gelée
à son Angela.
Ensuite, descendu du cheval,
se désaltéra lui-même.
Mais il vit se baigner,
parmi les fraîches frondes
du fleuve, toute nue,
une servante blonde
se complaisant
(et cela était évident
pour tous mes paysans)
du regard insistant
« d’un seigneur imprégné
de poussière
ayant tellement voyagé ».

Vous ne pouvez pas imaginer
l’excitation suscitée
par l’odeur de l’aventure
ni la saveur de l’émotion
que Son Altesse éprouvait
tandis qu’à son château,
rougi de honte, au galop,
il retournait.

Pour en finir, je parlerai de ses enfants.
Aucun d’eux ne lui ressemblait,
aucun d’eux n’avait de grain
de beauté,
mais ils firent tous les trois
des gueules stupéfaites
quand ils virent près d’un ruisseau
en face du château
la jument Angela
qui piaffait
tandis que,
depuis sa baignoire,
une fois de plus nue,
une jeune servante saluait.

Au bout de mon récit,
personne ne fut satisfait.
Ils firent semblant
de me prendre pour fou,
avant de dégainer leur morgue
et, enfin, de décréter :
— Si tu veux rester
dans notre communauté,
tu dois te calmer,
descendre du cheval,
te lever au chant du coq
pour écrire sans répit,
sur le rocher, chaque jour
goutte à goutte
une interprétation nouvelle  
de ton histoire.

Giovanni Merloni

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J’attends, 1965 (Ambra n. 52)

26 jeudi Juin 2014

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Ambra

001_je t'attends 02 180

Pont du Gard, été 1982

J’attends

J’attends
qu’une voix péremptoire appelle
en démêlant mes toiles d’araignée
avant d’abandonner les labyrinthes
paresseux de ma solitude.

D’habitude, je ne crois pas
aux expressions de confiance
aux sourires naïfs :
dans mes rêves
au lieu des mers sereines
s’enchevêtrent
des nébuleuses
et se coincent
des déchets d’autres hommes
des « non et non » d’estime
déniée, de terreur.

Je garde pourtant l’espoir
de sortir de mon personnage
de la multitude de faits commis
des petites fautes de la vie.

002_je t'attends 03 180

Pont du Gard, été 1982

Et j’ai encore
des sentiments intègres
quand je lance dans le vide
des mots, tels des messages
à moi-même,
des appels désespérés
à la bonne chance.

Toi, qui écoutes
les phrases incompréhensibles
que marmonne ma voix ;
toi qui veux croire
à mon héroïsme
à ma nouvelle virginité,
sache que je suis là,
sur ce podium fragile,
par hasard.

Sinon
« j’aurais peut-être attendu encore
dans l’obscurité
en compagnie d’images farfelues ;
je serais affolé de pensées belles,
mais gâchées,
obsédé d’idées nouvelles,
mais exagérées,
désireux d’activités grandes,
mais bloqué ».

003_je t'attends 01 180

Pont du Gard, été 1982

Tout ce temps, coule
au milieu de sons ordinaires.

Entre-temps,
tous ceux qui passent
devant nous
regardent ailleurs
(qui sait où),
tous ceux qui se taisent
devant nous
sont en train de fredonner
à eux-mêmes
leur douleur secrète,
leur espérance cachée,
leur joie insaisissable,
leur prétention étrangère.

Je pourrais de but en blanc
attaquer à écrire
et ne jamais arrêter ;
attaquer à étudier,
à parler, à travailler dur
et ne jamais arrêter.

000archit -180

Quelques ans après,
je serais connu
ou juste un peu estimé
ou juste accepté,
simplement.

Un matin, je pourrais me lever
plus tard, me saupoudrer de parfum,
percer, le pas brûlant, la brume ;
je pourrais rêver de mers sereines
en passant ma main
sur tes cheveux de velours,
t’emporter
bras dessus bras dessous
légère, ô combien légère…

Giovanni Merloni

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Jour et soir, 1965 (Ambra n. 51)

26 jeudi Juin 2014

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Ambra

001_jour et soir (12) 180

Jour et soir 

Pendant le jour, les rues
cherchaient leur souffle
en vain.

Les ombrelles des pins
retournées par le vent
flanquaient vivement
de gifles et de poings
contre les fils du ciel
ou alors accordaient
une rapide caresse
distraite et gelée
au silence embarrassé
de notre solitude
à deux.

Au soir, la tempête
d’un coup s’évanouissait. La vie
retournait, égarée,
au milieu des lumières
avec une musique hardie
qu’on aurait dit scandée
par l’insistante prière
d’un cœur même trop petit.

Et pourtant, c’était grand
ton amour, quand, le soir,
ta petite main s’effondrait
dans ma main,
quand, toujours inattendu,
un vent impromptu
taquin et voleur
empruntait brusquement
la saveur longtemps rêvée,
notre joie n’ayant duré
que le temps d’un instant.

002_jour et soir (23) 180

Chaque soir
nous nous sommes embrassés.

Chaque jour
nous nous sommes quittés.

Giovanni Merloni

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