le portrait inconscient

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Archives de Catégorie: contes et nouvelles

L’affreux cauchemar d’une nuit de mai

25 lundi Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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L’affreux cauchemar d’une nuit de mai

Je venais juste de me sauver d’un de mes cauchemars claustrophobes… qui me touchent chaque fois que j’excède dans la consommation d’aubergines. Tout d’un coup, sans aucune transition, je tombe dans un piège, une espèce de complot à mon intention. Je me trouve contraint à subir une corvée totalement insensée qui ne me regarde pas. Tout a commencé par ces deux tapis enveloppés dans des journaux que quelqu’un avait brusquement descendus de la soupente d’un appartement où j’étais hébergé… lors d’un voyage sans queue ni tête où je m’étais chargé d’accompagner un de mes enfants… En fait, la chute de ces deux rouleaux m’avait jeté dans un effroi épouvantable. Car ces encombres, m’empêchant de sortir de l’étroit couloir au milieu des étagères, m’avaient inculqué l’idée, totalement infondée, peut-être, que dans les deux enveloppes, au lieu des tapis, il y avait des cadavres féminins ! J’essayai alors de protester avec mon patron, ressemblant comme une goutte d’eau à mon chef de bureau du temps de Bologne (un homme tranquille, celui-là)… tandis que celui-ci n’avait pas envie de discuter : je devais absolument le débarrasser de ces encombrements, car « à son tour » il avait promis cela à quelqu’un d’autre… À son tour ? J’aurais voulu m’indigner, protester. Rien à faire, j’étais seul. Mon fils n’était plus là. Dans mon cerveau obscurci, une seule phrase allait et venait, inexorable : dès que j’avais accepté la première fois, ce pénible transport rentrait désormais dans mes obligations. Un boulot de fossoyeur qu’on aurait pu prendre pour assassin ! Mais… je ne pouvais pas revenir en arrière. Dans le rêve, l’obsession faisait des tours répétitifs, car mon cerveau terrifié n’était pas capable de résoudre les problèmes pratiques qui s’accumulaient : où est ma bagnole presque abandonnée ? Elle serait adaptée pour ce genre de travail… mais est-ce qu’elle partira ? Oui, mon fils était à côté de moi, avec la clé anglaise pour visser la batterie au moteur… Mais, comment faire après ?

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Heureusement, je me suis réveillé… Ou du moins, je l’ai cru. Un halo autour de la fenêtre me soulageait : j’étais « hors danger »… Je me suis mis tout de suite à taper sur un clavier aveugle le récit des étapes de ce cauchemar horrible. En écrivant, j’ai plongé dans une réalité encore plus absurde et inquiétante, dans son évidence diabolique, que celle rêvée. Ne sommes-nous pas — tous sans distinction — contrôlés ? Tandis que nous tapons sur le clavier la liste de nos courses, cela voyage dans un nuage et quelques-uns (même les sapeurs pompiers ou la police) pourraient s’amuser à lire et nous demander un jour, d’un ton menaçant : « pourquoi hier, dix minutes avant la fermeture de Franprix, avez-vous acheté les aubergines que vous n’aimez pas ? »

Giovanni Merloni

VIVA LA PERSIANA …

24 dimanche Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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Giorgio Muratore

« Vive la persienne (qui n’est pas une persane ni une personne non plus) ! Vivent les photos impeccables des fenêtres avec ou sans persiennes dont Giorgio Muratore nous fait cadeau en nous transformant en de véritables voyeurs ! »

Trop gentil …

ce n’est qu’une petite manie innocente …

juste un passe-temps …

d’habitude, je fais ces photos …

quand j’attends quelqu’un dans ma voiture …

je regarde autour de moi …

car je ne sais vraiment pas quoi faire …

elles me regardent …

et moi aussi …

La lettre de M. Hyde

23 samedi Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Mes chers lecteurs,
en fouillant dans un tiroir j’ai trouvé, au milieu des chaussettes et des maillot de laine, ce calendrier de 1995. Tout d’un coup, je me suis déplacé dans cette époque révolue d’il y a vingt ans où tout me semblait difficile et j’écrivais alors de longues lettres à moi même, dans un esprit de redoublement identitaire typique de Fernando Pessoa ou de Luigi Pirandello. J’essaie maintenant de reproduire par coeur « la lettre de M. Hyde ».

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La lettre de M. Hyde

« Rome, 23 mai 1995

« Cher Docteur,
Ton appel téléphonique m’a fait vraiment plaisir. Et pourtant cela a été pour moi une révélation (je ne veux pas dire une confirmation) de la vraie nature de tes sentiments, flottant auparavant dans un limbe brumeux, qui se détache à présent en toute sa médiocre banalité.
Maintenant, j’essaie de t’écrire, dans la façon la plus simple possible et sans me perdre en mille divagations, ce que j’ai plusieurs fois essayé de te dire par la voix. Je voudrais d’ailleurs chasser toute possible équivoque qui pourrait s’être installé de ma faute entre nous.
Ce n’est pas le cas de rappeler l’amitié ni l’affection réciproque qui nous avait toujours liés. Cela tu le sais et je le sais. Quant à moi, je t’ai toujours attribué — justement, en considération de l’âge — le rôle du frère aîné, c’est-à-dire d’une personne estimée sous tous les points de vue, à laquelle je me confiais dans les moments critiques. Dans cet esprit, j’avais toujours recherché et accepté ton jugement.
Un jugement sur une lointaine thèse de fin d’études universitaires, mais aussi sur ma vie même, sur tout ce qui m’est cher, intime, indispensable. Un jugement hors de la quotidienneté et de ses règles, tempéré par l’amitié, par cette solidarité qui jaillit spontanément dans tout rapport alternatif à la famille, aux personnes qu’on hérite sans les choisir…
Pourquoi aurait-on alors inventé les bars, les trains et les jardins publics, sinon pour donner aux gens la possibilité de s’aider réciproquement par le biais d’une complicité de quelques façons transgressive ?
Je ne veux te reprocher aucunement. Mais, il me semble, tu as oublié combien de fois tu as cherché en moi cette même “complicité transgressive” ! Car toi aussi tu me reconnaissais une “autorité”. J’étais pour toi quelqu’un qui plaçait la vie à la première place, sans jamais y renoncer. J’étais selon toi un “expert des questions du cœur”. Je trouvais cela assez bizarre, mais je t’écoutais volontiers, me bornant à rechercher juste quelques petites paroles qui pouvaient ajouter un petit écho, en décalage devant tes récits tourmentés et parfois surprenants. J’étais bien sûr ton complice quand tu me racontais tes histoires incertaines ou alors tes rencontres fulgurantes. Des mondes s’ouvraient à mes yeux faisant partie d’une société un peu gâtée et fort intellectuelle qui m’était assez étrangère… mais je m’amusais aussi devant ce tourbillon de prénoms, de cheveux, de lunettes, de sacs, de cabines téléphoniques, de petits déjeuners et d’apéritifs incommodes… Tu as trouvé toujours en moi cette disponibilité à l’écoute, étant rassuré par mon estime, par mon irréductible affection pour toi…
Cependant, pour ce qui me concerne, tu n’acceptais pas mon attitude fataliste et insouciante vis-à-vis de mes devoirs, que d’ailleurs j’assumais jusqu’au bout… Même sans rien dire, tu stigmatisais sans appel ce manque de pleine identification dans tel rôle, telle charge ou tel travail : “pour quelle raison ce type, qui écrit des comptes-rendus si clairs et fouillés, ne publie-t-il pas des articles ? Pourquoi ne s’engage-t-il pas dans les institutions ou dans les sièges de la culture spécialisée ?“ »

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« Cher Docteur, tu n’as jamais voulu regarder ce qui était pourtant évident… Tu aurais dû le comprendre et l’accepter — ou le désapprouver ouvertement — depuis le début !
Ma vie se déroule depuis toujours sur deux chemins parallèles. Celui du travail, celui de l’expression artistique et littéraire. Ce sont gigantesques là, les efforts qui m’attendent au fur et à mesure. Rien à voir avec ce que j’ai dû faire pour rester « dans le sillon d’un destin ordinaire ». C’est une lutte continue contre le temps, de plus en plus acharnée. Je le sais bien et cela fait partie désormais de mes journées. Mais pourquoi un tel « choix de double vie » doit-il susciter autant de scandale ? Est-ce que dans mes téméraires tableaux littéraires il y a des dérives d’égocentrisme ? Ou alors de traces de mon travail, avec l’évocation d’un monde que je connais trop bien pour m’autoriser à en parler ?
Certes, parmi mes lecteurs les plus affectionnés, une cousine milanaise de ma mère, âgée d’à peu près soixante-dix ans, a jugé “superbes” les 120 dernières pages de mon roman. Oui, je devrais m’arrêter au pouvoir consolateur de reconnaissances comme celle-ci… Et pourtant je suis resté interloqué et fort bouleversé quand tu m’as dit que ce roman était « comme ci comme ça », tandis que ces poésies, je n’aurais pas dû « les avoir écrites » !

« Voilà une lettre que je voudrais t’avoir envoyée, mon cher Docteur Jekill. »

Giovanni Merloni

Des milliers d’écrivains morts-nés : la faute est-elle au marketing… ou à Salieri ?

05 mardi Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Comme je l’ai annoncé récemment, je suis en train de ranger mes anciens commentaires dans le but de concentrer dans ce blog tous les textes littéraires publiés ailleurs. Je suis maintenant à mi-chemin, je peux donc me permettre de ralentir le pas, pour cueillir quelques fleurs ou quelques cailloux qui capturent mon attention d’habitude distraite. Ou alors pour relire à voix haute des textes que j’avais gardés dans les dossiers de mes anciennes publications.
Aujourd’hui, je vous propose ci-dessous un texte que je n’avais pas eu le temps (ou l’envie) de traduire. Il reporte à ma mémoire une époque assez révolue, mais, en fin de compte, assez proche aussi.
On était en 1998 ou 1999, à Rome. Juste seize ans se sont écoulés. Ce n’est pas beaucoup. Et pourtant, dans l’Italie de cette époque, la révolution numérique était encore aux premiers pas. On n’envisageait pas ce que la planète serait devenue grâce à Internet, même s’il y avait déjà des sites un peu compliqués où l’on pouvait participer à des « forums »… On commençait à s’envoyer de longs mails, cependant on n’imaginait pas l’imminente explosion des blogs. Le livre en papier ne soupçonnait pas l’arrivée massive du livre numérique et… j’étais plus jeune et, bien sûr, moins inconscient.
À l’origine, le texte ci-dessous était une lettre ou plus exactement un mail. Une histoire farfelue, que j’avais envoyé à Luigi Granetto, un artiste et intellectuel, très actif à Milan, qui avait eu le grand mérite, chez moi, d’apprécier publiquement mon premier roman, « Il quarto lato », sorti en 1998…
Sans me prévenir, Granetto avait publié tout de suite cette lettre dans son forum nommé « Gnomiz », un site glorieux, qu’il a continué à faire vivre sans en changer la forme ni l’esprit, qu’on apprécie, encore aujourd’hui, de plus en plus performant et enlevé.
Pendant longtemps, cet article, un peu tranchant sur un fond de pathétisme, jaillissait de façon menaçante chaque fois que je consultais sur Google les informations à mon sujet. Cela me gratifiait et m’inquiétait à la fois…

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Des milliers d’écrivains morts-nés : la faute est-elle au marketing… ou à Salieri ?

Ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui se consacrent à l’écriture, révélant assez souvent un certain talent. D’ailleurs, il y en a encore plus qui voudraient « publier ». L’offre augmente. Cela dépend peut-être du fait que beaucoup de gens ont cessé de regarder la télévision et qu’ils ne se décident pas encore à reprendre la vieille habitude des soirées au cinéma… Beaucoup d’eux, dans l’esprit, sont de véritables écrivains. Mais, d’abord, des personnes. Avec la conscience de la valeur de l’expérience et de la nécessité de trouver une façon valide pour l’exprimer ou la déformer.
Des personnes qui ont justement vécu avec le but de pouvoir raconter leur expérience, d’y découvrir les nœuds et les multiples sens, ne se dérobant pas, d’ailleurs, à l’agréable torture de la souffrance.
Des personnes qui analysent, dans la solitude d’un anonymat assez désolé, les possibilités infinies de rapprochement et de rencontre à travers l’art.
Des personnes qui écrivent tout en songeant à une lectrice qui savourera, par ces mots en file — cela n’a aucune importance si celle-ci se trouve par coïncidence en une position difficile, debout dans un bus ou provisoirement assise sur des w.c. tout à fait inconfortables —, un doux sorbet imprégné de vie.
Des personnes qui voudraient juste transmettre leur caillot de souffrance tant bien que mal filtré et transformé en métaphore ou en image pulsante et ineffaçable. Une armée de gris employés de la plume, ou du crayon, ou de l’ordinateur (la machine Olivetti est en désarmement), devant laquelle se serre comme un entonnoir en fonte une porte sombre ayant au-dessous une redoutable inscription :

MARKETING

C’est une belle journée de soleil, à Rome. Les écrivains attendent devant la porte. On entend des petites voix saccadées et rapides, qui lancent sans retenue des conseils, des jugements tranchants, ou alors des refus :
« Nous avons lu avec attention votre texte… mais cela ne rentre pas dans notre ligne éditoriale. »
« C’est un beau livre, mais c’est un peu long, oisif… cela ne colle pas avec le marketing ! »
« Cela ne se vend pas, c’est trop long. »
« Cela ne marche pas, il y a un excès d’écriture. »
« Cela ne va pas, c’est trop beau ! »
« Cela ne peut pas se vendre, et c’est tout. »
Mais la réponse la plus fréquente est la première : « … cela ne rentre pas… »
Alors, le pauvre homme (la pauvre femme) reste là, interloqué. Il essaie de comprendre ce qu’il s’est passé derrière cet hostile rideau. Il téléphone à un ami parmi les plus compréhensifs : « Ne t’en fais pas ! Remercie le ciel de la chance que tu as. Ah, si je savais écrire comme toi ! »
Il y a des lecteurs travaillant auprès des maisons d’édition qui amènent chez eux les manuscrits refusés. Il y a même des bibliophiles qui les collectionnent. Ils font disparaître les « best sellers » de leurs étagères pour y entasser les livres ratés, dont ils adorent les reliures de plus en plus élégantes et recherchées.
Mais il y a toujours quelqu’un (le patron ? son chien ?) qui se charge spontanément du rôle ingrat :
« non, “ça” je ne le veux pas ! C’est trop soigné, trop parfait. Voyons une deuxième épreuve… »
Si le deuxième livre est bien écrit, lui aussi, qu’est-ce qu’on lui répondra ?
« Voyons-en un troisième ! »
Entre-temps, les gens moins exigeants lisent Harmony et Wilbur Smith, tandis que d’autres, heureusement, connaissent Umberto Eco ainsi que Dacia Maraini…

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27 mars 2003, librairie Montecitorio, Rome, présentation du roman « La folla di Bordeaux ». De gauche à droite : Giovanni Merloni, Giovanni Russo, Gaetana Pace et Filippo La Porta

Ma cousine A. (come Alcott) était désespérée. Elle a acheté une tarte dans une grande pâtisserie viale Mazzini avant de se rendre chez un vieil ami qui travaille à la RAI. Celui-ci, un dirigeant respecté, a été très content de la visite. Il a souri tout le temps. Sa femme (qui ne travaille pas à la RAI) a donné beaucoup de conseils : « envoie-le — le manuscrit — à quelques réalisateurs… à Dacia Maraini ! »
Ma cousine A. connaissait un fleuriste qui savait l’adresse de Dacia Maraini. Celui-ci, avant de lui donner cette adresse, a voulu être rassuré. Enfin, un samedi matin, le paquet (de Rome à Rome, poste prioritaire) est parti. Lundi soir, inattendu à plusieurs égards, en considération de la vitesse aussi, un appel téléphonique interrompt les banalités de la conversation quotidienne. C’est Dacia Maraini. Elle est enthousiaste du manuscrit : « un roman à embrasser du premier mot jusqu’au dernier, un véritable livre de chevet… » Ma cousine A. haletait. Elle avait même perdu la voix, au bout de cet appel. On lui avait donné la vie, la rendant pourtant orpheline de quelque chose de très important qui avait d’un coup disparu. Invitée d’honneur dans une émission entièrement consacrée à sa créature, A. se rendit à la télévision. Sur les écrans du studio paraissaient des scènes colorées, suivant de façon aussi méticuleuse que chaotique les péripéties verbales du duo Maraini-Alcott. Ensuite, malgré les compliments et les réservations en grand nombre, le livre, envoyé, ne fut pas publié.
Tout le monde en tisse les louanges, mais personne n’en veut. Peut-être, même s’il gagnait un prix littéraire important (le prix Strega, par exemple) il resterait inédit. Les membres des comités de lecture le gardent jalousement chez eux, comme l’œuvre unique d’un grand peintre disparu. Peut-être, une nouvelle époque va se déclencher où tout le monde dira que la publication endommage l’œuvre de génie. Si tout le monde peut l’avoir, elle devient banale, insignifiante, n’est-ce pas ? « Toute la faute est au marketing » ! Voilà ce qu’on dit à Rome. Un grand imbroglio obligeant les artistes à payer pour qu’on les voie, pour qu’on les connaisse, même distraitement. Payer pour exister. D’ailleurs, il faut désormais payer pour naître et aussi pour respirer.
Avec cette expression — le « marketing » — prononcée par de sales types de plus en plus grossiers et redoutables, on nous explique qu’il faut écrire forcément un best-seller, ou mieux se le faire dicter par quelques habitués d’une maison d’édition rusée, par des gens attentifs aux « désirs » voire aux « besoins » du public. Le public !
Ils ont oublié qu’il n’y a pas longtemps, en plus que Moravia et Calvino, il y avait aussi Carlo Levi, Primo Levi, Elsa Morante, Cassola, Berto, Bassani, Buzzati et Pratolini… Lorsqu’à l’horizon on a vu apparaître Gadda et Pasolini, est-ce qu’on les a exclus sous le prétexte qu’il y en avait trop, d’écrivains ?
Voilà pourquoi j’ai décidé que je n’y crois pas. Ce n’est qu’une idée reçue. Comme l’illusion qu’il y a une recette pour devenir riche. D’ailleurs, l’argent ne peut pas devenir le seul paramètre de notre vie. Avec le totalitarisme de l’argent, celle-ci deviendrait misérable, soit pour celui ou celle qui lit, soit pour celle ou celui qui écrit.

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Giovanni Merloni

L’élégance et la sincérité (une voix pour des guitares sans cordes)

10 vendredi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, mes poèmes

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Mes chers lecteurs,
C’est avec une émotion tout à fait particulière que je partage la publication de Rixile sur son blog.
 De façon inattendue, lors d’un échange sur Twitter, je lui avais demandé… d’essayer de créer une chanson à partir d’une de mes poésies. Elle m’a dit oui, je lui ai envoyé une « rose » de textes. Elle a choisi « Des guitares sans cordes », la poésie très parisienne que j’avais retravaillée avec la participation de José Defrançois. Et voilà le cadeau de sa voix magique :

Des guitares sans cordes chantées par @Rixilement

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002_martini 180 « Chère Rixile,
Jusqu’ici je n’avais demandé à personne un engagement semblable, même si j’avais plusieurs fois formulé dans ma tête cette demande : « est-ce que vous… ? »
Maintenant, je suis très ému pour avoir contribué à créer une chanson tellement française ! C’est un honneur pour moi et pour ainsi dire une espèce d’accueil culturel et humain que je reçois de cette France sincèrement aimée.
C’est très beau, élégant, ouvert aussi, je crois, à des interprétations plus ou moins dramatiques ou ironiques ou tout simplement « sincères ».
Je crois que la beauté d’une certaine chanson d’auteur (caractérisée par de fortes influences réciproques entre Italie et France) vient justement de ces deux éléments-clés : l’élégance et la sincérité.
Dans mon rêve musical il y a plusieurs raisons, que je pourrais vous énumérer l’une après l’autre.
Je me borne à la première : ma culture orale est fort imprégnée de chansons. depuis mon adolescence. D’ailleurs l’Italie est le pays des chansons : Ennio Flaiano par exemple disait que les Italiens ne font que chanter toujours, au lieu de parler et même de penser… »

003_vetrina torino 180 « Dans tous mes textes on peut ressentir l’écho des chansons de Giorgio Gaber ou Enzo Jannacci ainsi que des chansons engagées comme les Cantacronache des années 50-60 ou des belles chansons surréelles et désengagées de Francesco De Gregori.
Peu importe qu’en 1975 j’ai vu à Venise un merveilleux spectacle de Béjart avec la IX symphonie de Beethoven et que, depuis cette fulguration, s’est déclenchée en moi une véritable passion pour l’opéra lyrique ayant pour leader absolu Mozart, avec ses œuvres italiennes et son monde merveilleux (qui a inspiré beaucoup ma peinture).
La chanson (italienne et française d’abord), avec ce rôle de la parole et du théâtre de la vie, reste pour moi une des formes d’expression les plus libres et révolutionnaires…. »

Giovanni Merloni

Une parenthèse « Rubens »

05 dimanche Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, mes poèmes

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Rome, photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Une parenthèse « Rubens »

À la suite d’une invitation inattendue — un nouveau blog de Jacques-François Dussottier qui regroupera des artistes et des poètes italiens et français —, je suis revenu à mes poésies en langue italienne pour faire un choix.
Ce n’est pas la peine de vous exprimer mes états d’âme et d’esprit vis-à-vis de ces « corps abandonnés » ne faisant qu’un avec d’autres textes dans lesquels j’ai déversé autant d’espoirs et d’énergies au cours de « ma double vie » de dirigeant public et d’artiste. Je reviendrai un de ces jours sur le thème de mon déracinement, aussi définitif qu’indolore… pour expliquer ce qui peut représenter l’éloignement de la langue maternelle au point de vue psychologique et humain.
Pour ce qui concerne mes poésies, les relire en italien me fait l’effet d’une rencontre secrète. Comme si je rencontrais une dame très fascinante à l’insu de ma propre femme…
C’est probablement à cause de l’embarras d’une telle rapatriée — causant une émotion difficile à maîtriser — que j’ai choisi en première une poésie d’il y a… quarante ans !
C’est une poésie qui raconte un univers aussi précaire qu’intense et même volumineux. Un grand amour mêlé aux jeux inépuisables de la fantaisie. J’étais à Bologne, ce mois d’avril 1975… Elle avait accepté le sobriquet de « fée » et ne cessait de m’émerveiller par ses continus changements de « look ». Je n’oublierai jamais sa collection de sacs et ses coiffures toujours différentes. C’est pour cela que j’avais pensé à cette jolie madame ci-dessous, un peu transformiste, qui « assume » pourtant, sans fléchir, son naturel rôle de femme gâtée qui se laisse entourer d’attentions.
Voilà, j’ai d’abord relu et modifié l’ancien texte italien. Ensuite, j’ai retravaillé ainsi le texte français qui va substituer celui que j’avais publié une première fois en janvier 2013, il y a donc plus que deux ans. Cette poésie, ne rentrant évidemment pas dans la série des poésies « d’avant » l’amour, peut être alors considérée comme une parenthèse « Rubens ».

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Giovanni Merloni

ELOGIO DELL’IRREALIZZABILITA’ …

27 vendredi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Giorgio Muratore

Éloge de l’infaisabilité

Cher Giorgio,
Une fois rentré à Paris, j’ai tout de suite cherché des informations sur l’ancien parcours des deux lignes de tramway (la Circulaire rouge, périphérique, la Circulaire noire, intra-muros) pour étudier, autour de ces mémoires historiques, une hypothèse « révolutionnaire » prévoyant des lignes de tramway à l’intérieur de l’enceinte des remparts de Marc Aurèle à Rome.
Je me suis immédiatement aperçu des difficultés infinies qu’on devrait surmonter.

En premier, il y a la méfiance, sinon l’hostilité, qu’il faut s’attendre non seulement de la part de ceux qui président au « secteur du tramway » à Rome, mais aussi de ceux qui ont sauvegardé avec orgueil, « de père en fils », la glorieuse idéologie du « soin du fer ».
Par charité, comment ne pas être d’accord avec eux ?

La deuxième difficulté, strictement liée à la première, vient de l’existence, sur le sol de Rome, de « morceaux » de lignes de tramway qui pourraient objectivement représenter une base d’où démarrer pour « accomplir », comme je le souhaiterais vivement, un réseau de tramways complet et efficace.
Malheureusement, cette « prémisse » favorable se configure — voilà pourquoi je parle de difficulté — comme une donnée rigide de la réalité romaine, qui n’est pas disponible a priori pour dialoguer autour d’éventuelles propositions aussi organiques que décisives.
Comme il arrive souvent, ceux qui aiment le « fer » des rails aiment aussi, de façon viscérale, leur propre « rôle indiscutable » de défenseurs irremplaçables (et infaillibles aussi). Peut-être craignent-ils de perdre ce peu (de lignes ou de morceaux de lignes) qu’ils ont péniblement conquis ? Peut-être sont-ils prisonniers d’une « mentalité d’entreprise » à l’intérieur d’un contexte politico-administratif qui est prisonnier à son tour d’une « mentalité d’affairistes », avec une certaine propension pour la délégation totale et fataliste à l’argent ? N’y a-t-il donc que l’argent pour résoudre les questions nouvelles ? Imaginent-ils peut-être qu’il en faut toujours davantage, même plus d’argent que nécessaire ?

Tout de suite après ces difficultés « intérieures » j’en pourrais énumérer beaucoup d’autres, « extérieures » à l’idée d’un transport urbain fluide qui transforme Rome en ville moderne.
L’ensemble des obstacles — explicites ou sous-entendus ; déclarés ou tus — pourrait se condenser en trois phrases :
— LES ROMAINS N’AIMENT PAS ROME ;
— LES ROMAINS NE COMPRENNENT PAS QUE ROME EST UNE CAPITALE MONDIALE, APPARTENANT DONC AU MONDE ENTIER ;
— PAR LEUR FATALISME INDIVIDUALISTE, LES ROMAINS RENONCENT, SANS COMBATTRE, À SE RÉJOUIR D’UNE VILLE CONFORTABLE, TANDIS QUE LES VISITEURS DE TOUTES LES PARTIES DU MONDE NE PEUVENT PAS PROFITER PLEINEMENT, À LEUR TOUR, DES TRÉSORS IMMENSES QUE ROME CONTIENT.

Cher Giorgio,
tu sais que j’ai été foudroyé sur la route de Damas en voyant, au cours de quatre ou cinq années, la ville de Bordeaux transformée, ou, pour mieux dire, « miraculée » par un réseau de tramways structuré comme celui d’un véritable métro.
Un réseau qui a amené le réaménagement des chaussées et des décors urbains.
Un réseau qui n’a pas besoin de fils suspendus dans le ciel.
Mais pourquoi parlé-je de Bordeaux ?

Parce que Bordeaux, tout comme notre Ferrare, est une ville « appuyée sur l’eau ». Creuser pour y réaliser un métro traditionnel ce serait très cher sinon impossible. Comme à Rome.

Parce que Rome — à la suite d’une absurde politique de concentration des bureaux publics dans la zone centrale, accompagnée par un rejet coupable de la plupart de la population d’origine — est devenue maintenant un immense « musée inconscient » où de gigantesques trésors sont mal utilisés ou abandonnés tandis que les activités touristiques et culturelles languissent ou disparaissent.

Certes, les Romains auront toujours besoin de « traverser Rome » lors de leurs quotidiens voyages pendulaires.
Mais les Romains mêmes, comme aussi tous les non-Romains qui le désirent, ont besoin d’entrer à Rome, « ayant la chance de la parcourir librement en long et en large ».

Si l’on accomplit un réseau de sept ou huit lignes de tramway métropolitain, capable, en lui-même, de garantir tous les parcours possibles entre les portes encore nettement identifiables au long du périmètre des remparts de Marc-Aurèle, Rome connaîtrait un nouvel essor.
Hôtels, bars, restaurants, boutiques, musées, atelier artisans, tout reprendrait sa vie en peu de temps.

Le problème, mon cher Giorgio… Un projet comme celui-ci devrait être soutenu et administré, de A à Z, par des gens experts, sous le contrôle des gouvernements de toute l’Europe… Laisse-moi rêver, imaginant de confier cette entreprise à la RATP, la société qui s’occupe depuis un temps immémorial du métro de Paris…

Ce serait un projet tout à fait faisable, beaucoup plus économique que celui de la seule ligne C du métro. Une initiative stratégique, d’ailleurs, qui donnerait du travail aux jeunes (et moins jeunes).
Je me rends compte que justement cette « faisabilité » déconcertante représentera toujours un défaut qu’on ne pourra pas accepter.
Donc pardonne-moi, cher Giorgio, pour t’avoir « écrit » mon rêve avec autant d’enthousiasme imprudent.
Je t’embrasse

Amicalement

Giovanni Merloni

Une « Macondo » hivernale (À présent, n. 13)

01 jeudi Jan 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Mes chers lecteurs,
J’avais rempli deux pages de considérations et réflexions que je considérais comme assez importantes autour de cette « nouveauté » (ou « actualité en évolution ») des blogs. Une chance extraordinaire que les nouvelles technologies nous ont offerte, en nous donnant, très généreusement — parfois « in extremis », au bout de vies constellées de rendez-vous manqués —, la possibilité de nous exprimer librement et jusqu’au bout.
Dans mon propos, j’avais pourtant glissé des phrases baroques, qui se multipliaient les unes sur les autres comme des vagues au cours d’une tempête.
Peut-être, cette prolixité venait de mon estomac en reflux et des circonvolutions de mon intestin, qui me faisaient présager un bloc physique encore plus redoutable que l’autre bloc, celui d’une éventuelle censure, incombant toujours sur nos têtes, nos bouches et nos mains — comme revers de la médaille de cette euphorie croissante lors de nos navigations tous azimuts…
J’avais entamé aussi une espèce de réflexion constructive sur cette communauté francophone des blogs littéraires, offrant un panorama rassurant d’une convergence, aussi involontaire qu’objective, autour de plusieurs thèmes assez intéressants, qui vont au-delà de la pure et simple « expression individuelle ». J’avais recueilli des éléments pour un véritable reportage, que je voulais titrer à peu près comme ça : « Les blogs, sont-ils des phénomènes artistiques et/ou littéraires à part entière ? »
Mais, j’ai dû m’arrêter. Je me suis dit que rien ne pouvait se réaliser, même dans une collectivité sérieuse et fiable comme celle-ci, en dehors de principes établis et de règles partagées qui auraient demandé une discussion « préalable », un travail collectif dont on ne voit, pour le moment, que de faibles signaux…
J’ai alors déchiré mes pages, en regagnant mon lit.

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Une « Macondo » hivernale

En fermant les yeux, je n’ai pas pu me passer de mon appareil digestif en panne. Pour me consoler, j’ai parcouru les pages de Marquez, où son alter ego Florentino Ariza parvient à se moquer même de ses blocs intestinaux récurrents grâce au « toccasana » du clystère…
Un rite presque joyeux, que celui-ci partageait avec des compagnes de route complaisantes, avant que le clystère même devienne la plus importante preuve de l’amour que Fermina Daga partagera enfin avec lui, après des années d’intime attente…
Tout de suite après, conforté par le seul mirage de ce truc archaïque de tuyaux de gomme et d’eau, capable d’un seul coup de dissoudre mes souffrances, je me suis endormi. Plus tard, finalement apaisé et indifférent aux inquiétudes ainsi qu’aux possibles remèdes, je suis glissé dans un rêve.
J’étais d’abord à rue de la Lune, à Paris, puis sur le strapontin d’une vieille limousine garée juste en face de la maison de Rome où je suis né il y a plusieurs décennies…
Ensuite, j’occupais une place assise près de la vitre dans un bus montant sur la route de Sogliano al Rubicone, en Romagne. Une vieille femme vêtue de noir, la Santina, tout en dirigeant le chœur de ses poules affamées, m’invita à sortir de la fenêtre pour la suivre…
Bien tôt, la piste empruntée au milieu de la campagne changea plusieurs fois d’apparence. Je tombai enfin dans un village unique, incontournable, emblématique où je me préparai sans transition à rencontrer Aureliano Buendìa, la vieille Ursula, la belle Remedios et même Gabriel Garcia Marquez en personne. Ce dernier brandissait allègrement un clystère lorsqu’il me fredonna, dans un français qui sentait l’accent colombien :

Va finir l’année, mon bébé !
Tout l’argent a disparu de ta poche trouée
Si tu ne fais pas signe de ta vaine survie
La retraite te sera enlevée
Tout comme à mon Colonel chéri…

Quand l’inscription MACONDO s’afficha, contre le mur blanc de ma chambre, comme une plaque de laiton dans une gare, cela ne me fit pas peur. Au contraire, je décidai de continuer mon rêve… pour chercher l’argent perdu, ou le bouc émissaire de mon mal intime… en me calant encore plus au-dessous des couvertures comme dans un véritable « tipi » indien…
Sur la rue principale de ce village inconnu, au-dessus de chaque porte, une enseigne discrète trônait…
« Je suis sans un sou, je me suis dit. Tout le bien a disparu… Mais je ne suis pas seul “senza famiglia”, car voilà mon plan de la Tortilla ! Je ne suis pas “solo al mondo” car voilà mon fourmillant Macondo ! »

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Au fur et à mesure que j’avançais dans une allée verte (en guise de boulevard marchand ou de couloir bavard), j’ai pu ensuite découvrir, de façon libre et tout à fait spontanée, une véritable mine de propositions, de suggestions, de réflexions honnêtes et fouillées. De véritables mondes, riches de culture et de vie, se mêlaient les uns aux autres de façon humble, directe, fertile.
Au croisement des deux artères principales, il y a un jardin. Ou peut-être, il s’agit d’une place camouflée en jardin. Au beau milieu de ce lieu insolite que vous appelleriez exotique, trônent discrètement, avec leur enseigne en forme de branches entrelacées, « Les arbres japonais » (de Francis R.). Il suffit désormais de trois pas : dans le « patio » en pénombre un hêtre centenaire se détache avec nonchalance évoquant le petit village colombien de Marquez : un endroit mythique, où les années s’écoulent les unes après les autres sans que rien change, apparemment. Le poète-patriarche est absent, à présent. J’imagine qu’il stationne longuement auprès de ce hêtre, tout comme Tytire et les Buendìa, renouant sa sagesse énergétique à la générosité des branches de la plante touffue, tenace, immortelle.

Le ciel bleu (de Brigitte C.), se multipliant par fragments au-dessus de nos têtes, nous invite tout de suite à nous promener, à découvrir les aspérités du terrain, les joies de la lumière, la saveur des odeurs. Tout comme Ariane, elle nous aide avec de petites traces non seulement à nous retrouver dans le labyrinthe des images splendides de sa ville-village à elle, de plus en plus insaisissable, mais aussi à reconquérir notre destin perdu. Se moque-t-elle un peu de nous ?

Au beau milieu de notre promenade de fin d’année nous sommes attirés, ou, pour mieux dire, aimantés par Les camions jouets (de Dominique H). Une drôle d’imagination verbale, visuelle et sonore, un véritable feu d’artifice de reportages, d’inventions, de réflexions et de rêves est au passage. Et pourtant, derrière cette action métronomique, il n’y a pas que la maîtrise et l’assurance du talent et d’une culture solide. Il y a peut-être une pulsion vitale et communicative qui reste apparemment inexprimée, laissée au hasard de quelques nuances et tournures, ou alors d’un seul mot, habilement resserré dans la cabine d’une grue.

Le vent personnifié (de Françoise G.) représente, dans le village, une voix irremplaçable et pourtant transgressive, capable d’observer patiemment avant d’intervenir avec impatience, quand il le faut, d’un moment à l’autre, avec une autorité reconnue.

L’aube personnifiée (d’Anna J.) vous attend au petit matin. Elle vous accueille dans une grotte, tout comme la Sybille. Elle vous soigne et vous laisse appuyer la tête fatiguée contre le lierre souple et parfumé. Ensuite, elle parle, donnant aux mots une force paradigmatique, un charme envoûtant. Si elle vous parle de la mort, vous atteindrez la source de la vie. Si elle vous parle de l’amertume et du vide, vous serez foudroyés par les lames et les coups de pioche de l’amour.

Les promenades personnifiées (de M.Christine G.) nous proposent la bonté, la sincérité, les meilleures attitudes humaines. Combien ne pas lire dans cette générosité presque franciscaine une rage sourde, une rébellion prête à bondir, une intime frustration devant les attitudes paradoxalement opposées du monde d’aujourd’hui ?

Le paysage ancestral (de Claudine S.) est partout. Il vous attend dans chaque rue, près de chaque porte, sur les remparts, intra-muros et extra-muros. C’est le paysage de notre existence, avec la mémoire du vent, de la mer, des déferlantes, des promenades pour fêter la marée basse. C’est le plat pays des peintres flamands, un paysage gonfle de fleuves et de batailles aussi nécessaires qu’atroces. C’est la campagne de Millet ou de Van Gogh, c’est la montagne de Courbet ou de Cézanne. C’est la chambre colorée de Matisse, la fenêtre entrouverte de Hopper… Un paysage fertile, caressé par des mots silencieux et des gestes invisibles.

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Ce fut un de ces tableaux, où je crus reconnaître le paysage de Delft signé par Vermeer, qui me fait découvrir La terrasse-pont de navire (de Jan D.). Un homme grand, souriant, ayant l’air de me connaître depuis longtemps, me saisit par le bras avant de m’emmener sur cet immense pont de navire, apparemment prêt à partir.
— C’est le Hollandais volant. Ou, pour mieux dire, ce vaisseau légendaire, capable d’aller n’importe où… c’est moi !
Je vis les toits anciens et modernes d’une ville tranquille, puis, aidé par un des fidèles de mon hôte, j’atteignis le sommet du grand mât et j’eus l’immense joie de voir la mer !
Figurez-vous, au beau milieu d’un rêve où tout se passe entre escaliers, enseignes, portes, espaces fermés avec la seule consolation de quelques petits jardins… voir la mer !
— Ne vois-tu pas l’Italie ? hurla une voix nouvelle. Je me penchai depuis le balcon du gabier et je reconnus La France en Italie (d’Hervé L. M.). Je me demandai s’ils gardaient encore les tweets en plusieurs langues qu’on s’était réciproquement échangés. Quand je descendis, le Hollandais volant était commodément assis dans un fauteuil au centre d’une grande pièce moderne. Autour de lui, il y avait une délégation des Cosaques, les plus fidèles entre les fidèles…

Les flâneries du silence (de Franck Q.) ne sont pas affichées sur la rue principale de notre Macondo en forme de tortilla. Une petite flèche assez discrète nous indique une cour sur la gauche, en forme de couloir, où les ateliers d’écriture et de lecture s’alternent pacifiquement. Au bout, sur la droite, dans ses bras en forme de fauteuil, une statue moelleuse accueille chaque jour un nouveau personnage de l’infinie série des « gens taciturnes ». Il connait la juste taille, la façon idéale pour communiquer d’un blog à l’autre, d’un monde à l’autre, d’un silence à l’autre. Voulez-vous en savoir le secret ? La mémoire. La mémoire du silence ou le silence de la mémoire ? Cela ne peut pas être dit.

Les fondamentaux (d’Isabelle P.B.) sont une compagnie indispensable dont personne entre les blogueurs en langue française ne devrait se passer. Se situant aux bords des mondes, cette « philosophe du regard sur l’existence » essaie constamment de trouver une solution possible, une voie de l’esprit pour nous soustraire à l’écrasement, à la banalisation, à la simplification. Elle nous apprend à trancher sur les petites choses, sur les menus éléments de ce combat sempiternel entre le Bien et le Mal qu’on est forcés à affronter de plus en plus en solitaire. Elle nous invite à contraster la diaspora des mondes — nous éloignant les uns des autres —, qu’une pensée (et action) unique de plus en plus redoutable voudrait au contraire encourager. Inutile de trop réfléchir autour des raisons de ce délire d’anéantissement. Retrouvons entre nous les armes de la solidarité !

Parmi Les immortels confinés (d’André R.) Je retrouve tous mes antihéros, inéluctablement foudroyés par leur esprit de solitude. D’ailleurs, cent ans ne suffiraient pas pour naviguer à rebours dans cet hypertexte en forme de radeau pour les survivants de notre Fahrenheit 451 contemporaine. Une substitution sournoise, apparemment innocente, des moyens de transmission et mémorisation des mots, des images et des sons qui se produisent de façon implacable sous nos jeux distraits, avec les modalités précises que ce glorieux bouquin avait prévues, une par une. L’aveuglement des errants de Saramago se marie ici, parfaitement, à la cécité de Borges ou d’Homère. Il n’y a désormais qu’à revenir à la tradition orale, il n’y a qu’à apprendre nos entières vies par cœur avant de les raconter aux incrédules.

Les ressuscités (de Danielle C.) sont des hommes du passé qui s’efforcent d’apprendre la langue de Corneille et de Hugo. Avec un brin de snobisme, ils gardent leur accent, leur aura incontournable qui fait même ressurgir les lieux, les parfums, le sens profond et intime de leur destin. Leur héroïsme n’est jamais rhétorique et scolaire. Leurs pulsions de mort sont en vérité des hymnes splendides à l’éternité de la vie.

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Heureusement, dans un quartier reculé de ce village fourmillant de voix de toutes sortes, on peut de temps en temps se rendre dans un grand immeuble à plusieurs étages… C’est ici que des gens assez extraordinaires ont fixé leur résidence, au fur et à mesure de la découverte de nombreuses affinités réciproques.
« Comment faire pour y être admis ? » Béatrice, une femme très gentille qui traînait avec son petit chien touffu autour des platanes du petit square en bas de cette espèce de phalanstère, m’expliqua en peu de gestes qu’il fallait avoir juste un peu d’imagination, le mot d’ordre étant habilement caché dans un « menu » qu’on pouvait retirer chez la gardienne. En fait, cette femme était justement la gardienne en personne, qui m’avait pris en sympathie. En hochant les épaules, elle m’expliqua ce que je devais faire. Quinze minutes après, je frappai au portail d’en bas :
— Qui va là ? hurla la voix mécanique.
— Quelqu’un qui ne se prend pas trop au sérieux !
— Bien, pour faire quoi ? répondit la même voix, d’un ton ennuyé.
— Ne jamais oublier de pratiquer un peu d’auto-ironie !
— Entrez !

Le coup de balai (de Claude M.) a été le premier bruit que j’ai entendu provenir de ce grand phalanstère. Un coup sec, dont on a tout de suite ressenti les effets positifs sur les voies respiratoires des habitants des quartiers tout autour. À ce coup — fort ressemblant à celui d’un marteau gentil contre une cloche classée pour son immense valeur artistique — répondit le ricanement sinistre de La souris souriante (d’Élisabeth C.). Je compris qu’entre les deux enseignes (qu’un miroir métallique reflétait l’une à côté de l’autre) devait y être une sorte d’affinité élective. Le duo sonore — se répétant tout les quarts d’heure, comme il arrive pour les deux Mores de la piazza San Marco à Venise – faisait déclencher des pèlerinages initiatiques selon un flux assez régulier. Les groupes se formaient d’abord pour se rendre devant la porte cochère et y absoudre au rite des mots d’ordre. Ensuite, on attendait dans la cour avant de monter à l’étage. Quand il arriva mon tour, une voix très aimable me glissa les mots suivants dans l’oreille :
— On vous ouvrira gentiment la porte. On vous racontera des anecdotes qui vous engageront dans une vision active de la littérature. Un jeu tout à fait sérieux, d’ailleurs. Vous sortirez pleinement conscient de la dangerosité de cette arme que vous portez sur vous : la parole !

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Dans le même palier de cet immeuble aux balcons filants, La grange de la poésie désinhibée (de Lucien S.) est une véritable villa avec potager et jardin (en serre). Après avoir frappé plusieurs fois, j’y suis entré, j’y ai passé des heures et des heures sans jamais me fatiguer de lire, de regarder et d’écouter des voix sublimes. Je me souviens aussi d’avoir séjourné sur un train qui n’arrivait jamais, se remplissant et se vidant continûment de gens paresseux, affairés, beaux, laids, élégants, « casuals »… Un homme grand, très gentil, nous indiquait les places libres au fur et à mesure qu’on les laissait libres. Sur le dos de son costume bleu se détachait cette inscription : POÈTE ORDINAIRE…

Quand je sortis de ce lieu Béatrice, qui s’occupe entre autres de ranger l’énorme bibliothèque en colimaçon se vissant tout autour d’un escalier « G » que je n’avais pas noté m’a pris sous le bras et accompagné gentiment dans la cour :
— Vous devez partir !
— Pourquoi ?
— La liste est encore longue. Vous pensiez de vous en sortir facilement… Eh, non !
Quelque temps après, j’ai compris que cet étrange colloque s’était passé dans un rêve. Juste dans un rêve, les paysages changent si vite. Maintenant, nous étions sur une colline panoramique d’où le curieux village de « Macondo d’hiver » laissait entrevoir ses nombreuses enseignes. Un observateur superficiel aurait pu confondre tout cela avec une crèche de Noël. Béatrice m’offrit brusquement des jumelles :
— Regarde ! Je te donne trois minutes. Après je referme le portail et m’en vais dormir…
Il est vrai. Le temps manque toujours. Avec mes jumelles, je regardai le plus lentement possible, essayant d’imaginer les merveilles que chaque enseigne pouvait avoir engrangées. J’essayai de prendre des notes. Mais, inexorablement, le rêve finit. Je me réveillai.

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Maintenant, je suis fort déçu de ce rêve interrompu. D’abord parce que j’ai perdu une partie importante d’un film qui m’amusait ou pour mieux dire m’emportait. Deuxièmement, il était fort improbable que cela se répète. Je ressens alors comme une injustice et même une omission grave, de ma part, le fait d’ignorer une quantité de blogs de qualité dont j’aimerais parler.
Heureusement, par un petit effort de concentration rétrospective (ne faisant qu’un avec un petit pacte avec le Diable) j’ai réussi à me remémorer les noms des enseignes que Béatrice m’avait laissé regarder le temps d’une vague ou d’un éclat, ou d’un éclair…
Voilà la liste :
La désacralisation syncopée (d’Eve de L.)
Les traces du visible (d’Hélène V.)
Anagrammalgame (de Wana T.)
Tapages libres (de Noël B.)
Un havre de paix et d’espérance pour les bonhomme (de José D.)
Le village ancestral (de Serge Marcel R.)
La Marseillaise personnifiée (d’Eric S.)
Flâneries à travers les patries (d’Anh M.)
Ces échanges improbables (de Lan Lan H.)
Le rythme inquiet (d’Anne S.)
Les métamorphoses de l’âme (de Claudia P.)
Les souvenirs italiens (de Christophe G.)
L’irrégularité heureuse (de François B.)
Les impasses lumineuses (de Nicole P.)
La maison neuve (d’Angèle C.)
De terrestres rêves célestes (de Christine Z.)
Un train à travers les lumières (de Noëlle R.)
L’atelier imaginaire (de Christine S.)
L’attention transigeante (de Dominique A.)

La fréquentation presque quotidienne de toutes ces réalités pulsantes me rend enfin optimiste : notre village ne se mutera pas en vase de Pandore ni en tour de Babel. Solidement soudés dans la lutte contre toute Fahrenheit 451 vieille et neuve, même dans un esprit d’orgueilleuse rivalité, nous allons de plus en plus révéler l’extraordinaire cohérence ainsi que la complémentarité de nos blogs, leur riche variété.
Résistons !

Un 2015 plein de reconnaissances à nous tous !

Giovanni Merloni

P.-S. Je vous invite à visiter vous-mêmes Les carrosses perdus (de Giovanni M.). Ils sont dans un petit cagibi encastré dans les remparts. Vous n’y trouverez rien d’utile ni de vraiment réfléchi. Vous serez quand même admis et invités à profiter d’un goûteux « panettone » arrosé par une gorgée de « Prosecco », dans la meilleure tradition italienne.

Cent jours II : compte à rebours

23 mardi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

≈ 5 Commentaires

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Cent jours II/II : compte à rebours 

Cent jours pour apprendre à relativiser le sens de notre vie.

Quatre-vingt-dix-neuf jours pour jouer le jeu.

Quatre-vingt-dix-huit jours pour rester dans le monde.

Quatre-vingt-dix-sept jours pour faire ou défaire notre patchwork invisible.

Quatre-vingt-seize jours (seront-ils suffisants ?) pour faire semblant que rien ne s’est passé.

Quatre-vingt-quinze jours pour compter un à un les jours passés.

Quatre-vingt-quatorze jours pour vaincre ou perdre.

Quatre-vingt-treize jours pour jouer à « quitte ou double ».

Quatre-vingt-douze jours à la recherche d’un nouvel abri, suffisamment ombragé.

Quatre-vingt-onze jours pour s’équiper d’un haut-parleur et d’un long fil pour s’adresser au monde.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Quatre-vingt-dix jours pour faire les valises.

Quatre-vingt-neuf jours pour nous décider à nous couper un bras ou une jambe.

Quatre-vingt-huit jours pour se séparer du lest.

Quatre-vingt-sept jours pour se familiariser avec les poubelles.

Quatre-vingt-six jours pour se repentir d’avoir tout jeté, pour revenir en arrière, chercher la photo de notre mère au milieu des poupées amputées et des pneus Michelin.

Quatre-vingt-cinq jours pour préparer une liste des choses les plus importantes.

Quatre-vingt-quatre jours pour faire un tri entre ce qui est peut-être important et ce qui est absolument nécessaire.

Quatre-vingt-trois jours pour découvrir qu’on a déjà jeté à la décharge publique soit l’important soit le nécessaire.

Quatre-vingt-deux jours pour se plaindre du mauvais fonctionnement du service de récolte et destruction des déchets urbains.

Quatre-vingt-un jours pour s’apercevoir que quelqu’un a probablement puisé dans la poubelle pour s’emparer de l’encadrement de la photo de notre mère.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Quatre-vingts jours pour se protéger des sursauts de tension.

Soixante-dix-neuf jours pour nous séparer d’une dent malade.

Soixante-dix-huit jours pour nous opérer à la dernière minute et nous sauver juste à temps.

Soixante-dix-sept jours pour empêcher l’intestin, notre « deuxième cerveau », de trop penser.

Soixante-seize jours pour s’acheter un maillot de laine et un pull irlandais.

Soixante-quinze jours pour établir une liste de ce qui est nécessaire parmi tous les bidules que nous aurons encore sur nous sans le savoir.

Soixante-quatorze jours pour relire soixante-quatorze fois une lettre d’amour qu’il faudra absolument jeter.

Soixante-treize jours pour s’imaginer un enterrement hors du commun au milieu des poupées amputées, des pneus Michelin et des photos des mères mortes.

Soixante-douze jours pour décider au sujet des dernières volontés : consigner une feuille de mots tremblants à un aride notaire ? Déchirer la lettre ou alors la livrer, elle aussi, dans les mains du hasard ?

Soixante et onze jours pour effeuiller une marguerite.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Soixante-dix jours pour observer patiemment notre impatience.

Soixante-neuf jours pour essayer de laisser un témoignage détaillé de nos contrariétés.

Soixante-huit jours pour essayer de mettre en valeur quelques traits emblématiques, voire uniques, de notre passage dans la vie.

Soixante-sept jours pour se perdre dans une myriade de mondes et de vies vécues, dont la trace ne résiderait pas dans les choses faites ni dans les choses vues, mais plutôt dans les personnes rencontrées, voire aimées.

Soixante-six jours pour nous souvenir une à une des personnes, ignorantes de nous et hostiles, qui nous ont empêchés de vivre et d’aimer.

Soixante-cinq jours pour remonter au péché originel, aux fautes que nous avons subies, dont nous avons pourtant dû assumer la responsabilité.

Soixante-quatre jours pour exploiter une sévère analyse rétrospective, pour établir les éventuelles coulpes des autres, tout en sachant, hélas ! que nous retomberons toujours dans les comptes-rendus bien connus de nos fautes à nous.

Soixante-trois jours pour errer dans des endroits réels ou imaginaires, que nous piétinerons sans joie ou alors évoquerons avec peine.

Soixante-deux jours pour arriver au dénouement : il n’y aura d’autre catharsis qu’une nouvelle renonciation. Au bout d’une vie où l’on a dû accepter, le sourire sur les lèvres, une image de nous qui ne nous convenait pas, nous allons nous résigner à de nouveaux compromis, à peu près confortables…

Soixante et un jours pour remémorer la vie du personnage que nous avons incarné, ce drôle d’étranger qui se calait tant bien que mal dans les nombreux rôles que ce pénible train de vie exigeait.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Soixante jours pour découvrir qu’il y avait eu pourtant une dialectique entre l’original et ses fausses copies. Il avait agi sourdement, comme une éminence grise, empêchant ses innombrables contre figures de vivre en dehors de ses principes irréductibles et de ses espoirs inspirés.

Cinquante-neuf jours pour remplir une liste des refus que notre gueule postiche a su quand même opposer aux propositions obscènes ou ambiguës que le monde extérieur avait essayé d’imposer.

Cinquante-huit jours pour faufiler cette liste dans une enveloppe, avant de l’envoyer, sans y ajouter l’adresse de l’expéditeur, à n’importe quel lointain ami d’enfance. (Celui-ci ne comprendra rien avant de tout jeter dans une poubelle lointaine elle aussi, propre et vide peut-être, où nos farfelus souvenirs flotteront longuement parmi les feuilles moisies).

Cinquante-sept jours pour nous promener sur l’asphalte, jour et nuit.

Cinquante-six jours pour nous asseoir dans un bar fréquenté par les jeunes étudiantes de l’école féminine, le nez plongé dans une salade nommée « Hawaï » ou « Capricieuse ».

Cinquante-cinq jours frôlant le cimetière des Anglais, faisant visite aux tombeaux de Gramsci et de deux inoubliables aînés, Pio Montesi et Carlo Galluzzi.

Cinquante-quatre jours renfermés dans notre voiture pour ajouter à la longue liste les phrases que ces amis disaient, en essayant de fixer sur les pages minuscules leurs gestes, leurs voix.

Cinquante-trois jours pour ajouter aux mots et aux phrases qui ont marqué notre vie ce que disait celui-ci et celle-là, en essayant de fixer sur ce petit cahier leurs yeux, leurs parfums, leurs couleurs.

Cinquante-deux jours ouvrant et refermant la porte de notre voiture, ouvrant et refermant l’objectif de notre appareil photo pour y engranger notre Rom-A-mour.

Cinquante et un jours forcenés avec le sentiment de voir Rome pour la dernière fois, pour fixer dans ses multiples scènes les actions de notre vie, l’insouciance de nos gestes répétitifs, la passion de nos élans compulsifs et irrépressibles, le calme de conversations ombragées, la profondeur des moments où notre vérité a cessé de demeurer solitaire, la joie d’une confidence partagée.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Cinquante jours pour se souvenir des jours où nous avons eu le sentiment d’être importants pour quelqu’un.

Quarante-neuf jours pour revivre, le temps d’un instant, la joie d’être choisis, d’être voulus en dehors de toute raison ou condition.

Quarante-huit jours pour nous souvenir combien nos défauts ont plu à celui-ci, à celle-là.

Quarante-sept jours pour essayer d’oublier la fonction du numéro Quarante-sept, un type redoutable comme le vendredi Treize et le Chat noir qui nous coupe la rue.

Quarante-six jours pour se découvrir rajeuni ayant franchi la barrière de la mort, tout en découvrant l’importance des petites joies dont la vie nous fait cadeau.

Quarante-cinq jours pour se faire de nouveaux amis, de nouvelles amies.

Quarante-quatre jours pour découvrir le plaisir se nichant dans le petit rien de demeurer assis sur un banc public avec un petit carnet de dessin, jusqu’à ce que le froid ou le vent ou la pluie surviennent…

Quarante-trois jours pour s’apercevoir qu’on est des privilégiés, qu’on a un lit, une fenêtre, un escalier bruyant de gens indifférents qui pourtant nous saluent.

Quarante-deux jours pour s’interroger sur le futur, sur les risques venant de l’abandon de la vieille rue connue avant d’en emprunter une nouvelle.

Quarante et un jours pour préparer une fuite, pour essayer de la déguiser en départ raisonnable, juste un peu inconfortable.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Quarante jours encore, pour atteindre un bout, un terme, un changement.. dans un état de maladie, bloqués dans un vaisseau au milieu d’un port pendant une pénible quarantaine avant de débarquer parmi les sourires et les melons mûrs.

Trente-neuf jours relégués dans une étroite cabine pour y recevoir la visite de tous ceux que nous avons rencontrés pendant les derniers soixante et un jours. De gens sans importance ni personnalité, auxquels nous étions accrochés par la seule crainte de rester seuls.

Trente-huit jours en attendant la clochette qui sanctionne la fin des visites, pour remplir notre vide de présences absentes, de visages et de corps qui sont peut-être là, dans cette casbah multicolore qui nous est interdite. Car il est bien possible que ceux que nous considérerons comme perdus soient arrivés au contraire bien avant nous et qu’ils nous attendent pour nous faire une surprise.

Trente-sept jours pour nous dégager des questions bureaucratiques concernant nos papiers périmés.

Trente-six jours pour convaincre notre ami le plus fidèle à nous accompagner jusqu’à la frontière.

Trente-cinq jours pour convaincre notre amie la plus affectionnée à garder un bon souvenir de nous.

Trente-quatre jours pour étudier une rocambolesque « fuite de la fuite », imaginant de nous soustraire à notre même but, dont nous aurons découvert la vanité.

Trente-trois jours de provisoire crise mystique, pour partir en pèlerinage au milieu des feux follets, via Appia, tout en créant un partenariat idéal avec les anciens chrétiens persécutés.

Trente-deux jours pour fouiller dans les catacombes, dans l’espoir d’y retrouver notre mère.

Trente et un jours pour expliquer à cette dame, fort ressemblante à notre mère, les raisons de notre débâcle.

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Les Halles de Paris dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Trente jours pour sortir dans la lumière de Rome.

Vingt-neuf jours pour consigner nos dossiers à celui qui nous remplacera.

Vingt-huit jours pour vendre tout, à l’exception de notre âme, bien entendu.

Vingt-sept jours pour monter au sommet de l’observatoire du Collegio Romano.

Vingt-six jours pour nous rendre à Villa Borghese.

Vingt-cinq jours pour apprendre les premiers mots d’une nouvelle langue.

Vingt-quatre jours pour dire : « je vais bien ».

Vingt-trois jours pour dire : « je ne suis pas le premier être humain qui a dû subir cela ».

Vingt-deux jours pour dire : « je n’ai pas été le seul à tomber dans un piège pareil ».

Vingt-et-un jours pour dire : « j’ai de la chance ».

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Shirley MacLaine dans Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Vingt jours pour traîner dans un état confusionnel d’un square à l’autre, d’un kiosque de journaux à l’autre, tout en essayant de rester debout.

Dix-neuf jours pour vivre dans un agréable anonymat, cachés dans l’ombre la plus reculée de bars de banlieue, toujours seuls, libres de ne pas adresser la parole à personne.

Dix-huit jours et dix-huit nuit à la belle étoile, projetant les nuages gris du passé dans le ciel violet du futur pour ne pas accorder de satisfaction aux avances calamiteuses du présent.

Dix-sept jours de peines et de joies sans raison pour mettre en valeur notre indomptable « esprit de conservation ».

Seize jours pour faire ressortir un étrange « esprit de conversation » qui nous semblera inattendu et même déplacé vis-à-vis des circonstances.

Quinze jours pour ouvrir notre cœur brisé à une jeune étrangère nous offrant un bouquet d’œillets.

Quatorze jours pour lui proposer la lecture de l’Amour aux temps du choléra.

Treize jours pour oublier le pain et le vin, les livres et les portes qui claquent.

Douze jours pour se souvenir du drame qui nous a emportés.

Onze jours pour confectionner une couronne de chrysanthèmes et pour y écrire « c’est la vie »…

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Irma la douce de Billy Wilder (1963)

Dix jours…

Neuf jours…

Huit jours…

Sept jours…

Six jours…

Cinq jours…

Quatre jours…

Trois jours…

Deux jours…

Un jour…

Zéro jour…

Giovanni Merloni

Cent jours I

21 dimanche Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

≈ 1 Commentaire

Mes chers lecteurs, puisque j’écris « à présent », toutes mes mémoires me semblent déplacées. Il faudrait bien sûr expliquer — à moi-même surtout — certains passages décisifs de ma vie d’avant. Cela me servirait à m’en libérer, peut-être de façon définitive. Et pourtant, je n’ai pas la force de tirer au clair toutes les vicissitudes d’une période dont je ressens encore des contrariétés. Je parle en particulier des derniers « cent jours » de travail. Des jours où je me suis battu comme un lion, dans un état d’âme assez similaire à celui de Gary Cooper dans Le train sifflera trois fois. Seul et frustré, m’accrochant pourtant aux petits repères du splendide paysage urbain que je devais traverser au jour le jour, je ne réussissais pas à m’organiser logiquement ni poétiquement un nouveau destin. Aujourd’hui, je vous fais donc partager juste un échantillon des sombres réflexions dont je me servais pour faire ressortir encore plus belle et désirable la vie que j’aurais retrouvée au bout de cent jours.

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Cent jours

— Je me demandais si cent jours ce sont peu ou beaucoup.
— Quoi ?
— Cent jours s’écoulant dans l’attente de quelque chose d’inconnu ou, pour tout dire, en espérant qu’une chose assez précise s’accomplit.
— Ils sont peu, si entre-temps on a la preuve documentaire, la certitude de ce que nous attendons.
— Bien sûr. Mais ils sont beaucoup, et même trop si tu dois finir dans une nouvelle prison. Un cachot plus confortable que celui d’avant, mais encore un cachot.
— En es-tu sûr ?
— Tu doutes peut-être de ma parole ?
— Non, je ne doute pas de cela.
— Alors de mes attitudes à réfléchir ?
— Ne te tracasse pas la tête, quand est-ce qu’ils atteindront leur terme ?
— Demain.
— Et demain, que feras-tu ?
— Je me régalerai d’un beau plat de « pastasciutta« .
— Hourra ! Du moins, ils se seront tous écoulés.
— Oui, les cent jours derniers.
— Auront-ils été peu ou beaucoup ?
— Maintenant, c’est toi qui poses les questions, tandis que  moi, l’unique intéressé, je ne sais plus quoi répondre !

Je ne m’en souviens pas : quel jour de la semaine était-ce justement le 21 novembre où je consignai aux collègues du protocole la lettre avec mes démissions de l’emploi, adressée à mon supérieur maléfique ? Je ne me souviens pas si ce fut avant ou après ce vendredi noir, où tout semblait aller à l’envers, jusque de la montre cassée et de la branche dévissée des lunettes.
J’étais bien sûr victime de mes « exagérations » et d’une irrépressible propension poétique à glisser, déjà noyé, dans un verre d’eau en papier. Cependant, je me revois quelques jours après en héros, rien que pour cet engagement des réparations, que je poursuivais une à une, comme un fil d’Ariane à rebours.
Cela me faisait aller et revenir plusieurs fois du kiosque de journaux à la boutique du petit artisan qui n’arrivait que dans l’après-midi, se faufilant dans l’ombre laissée vide en fin de matinée par son frère jumeau. Étaient-elles vraiment nécessaires ces lunettes ? Était-elle indispensable, cette montre, puisque le temps coulait pourtant, inexorable ?

N’y a-t-il que les cent jours de Napoléon qui comptent, avec leur tonitruant compte à rebours ? Toujours en descente, de cent à quatre-vingt-dix-neuf ? De quatre-vingt-huit à soixante-quinze ? De cinquante-trois à trente-trois ? De dix-huit à treize, avant d’atteindre les petits nombres qui font la gloire de la première dizaine connue ?
Les cent jours à moi auraient pu durer même cent ans. Une occasion pour remonter le ziggourat renversé de ma vie, en soulevant des bords de jupes ou étendant des voiles de plastique ou des draps ou des quadrillés de la troisième classe élémentaire, pour recouvrir les mauvaises actions qu’on avait devinées, les fautes qu’on devrait faire payer et que personne pourtant ne payera pas.
Cent jours, ils ne sont pas suffisants pour faire revenir en arrière les femmes qui nous abandonnèrent. Au cours de cent jours où nous ferons le possible pour les rencontrer toutes, notre propension pour la renonce fera le possible pour le contraire. Entre-temps, la perception de leur désamour sera de plus en plus nette, même à distance. Leurs regards grifferont par des traînées d’acier l’écorce de poussière de la dune où nous serons amoureusement accrochés, en nous rendant de but en blanc incapables de nous débrouiller dans les méandres du labyrinthe que nous avons édifié nous-mêmes.
Mes cent jours ne seront pas les cent jours du premier ministre qui signe un pénible contrat avec ses électeurs.
Voilà ce que je ferai, je relirai les livres de Saramago, les poésies de Pessoa. Je ferai une halte dans le célèbre bistrot du village de Biscarrosse où j’apprendrai par cœur les photos de Saint Exupéry,
Il ne me suffirait pas de cent jours pour relire Vol de nuit en faisant « Brunn ! Brunn ! » avec un volant de voiture idéalement transformé en gouvernail d’avion. « Je suis d’accord, c’est impossible », me dirait depuis un hamac mexicain la magnifique Consuelo Suncin Saint-Exupéry.

000_cent jours tableau part 180 D’habitude, en cent jours on ne peut rien démontrer. Pour moi, ils ont suffi pour confirmer tout ce que j’avais deviné en un seul coup. D’ailleurs, cent jours pèsent vraiment peu, ils se ratatinent assez facilement, comme un gong sans écho. Ou alors ils se terminent dans un « Tiens ! Beaucoup de temps s’est déjà écoulé, sans que je m’aperçoive de rien ! »
Je n’ai pas eu le temps d’envisager un véritable procès. D’ailleurs, aucun de mes innombrables sosies ou alter ego n’aurait pu prendre mes défenses :
— Il est tout à fait évident que tes comportements ont été marqués par une pulsion autodestructrice.
— Tu as fait de toi-même un cobaye, tandis qu’au contraire tu aurais dû t’amuser aux épaules de ceux qui te tuaient d’un coup d’épée…
— Mais vous oubliez ce que j’ai souffert. Ou alors, vous ne l’imaginez même pas, j’aurais répondu.

002_joyce 180

James Joyce

Au cours de ces cent jours, j’avais emprunté la voiture de monsieur Saramago, tout en acceptant d’héberger dans le divan postérieur monsieur Borges. Celui-ci voulait d’ailleurs tremper nos élans envers l’ouest latin-européen et latin-américain en nous proposant de fréquentes immersions dans la littérature en langue anglaise.
Mais cela n’avait pas suffi à me distraire. Car elle mûrissait violemment en moi cette idée de me jeter depuis le huitième étage de mon bureau. Dans cette hypothèse de vol angélique, dont à mon sentiment personne ne devait s’apercevoir, j’envisageais de coller contre ma poitrine une inscription menaçante : « Vous m’avez laissé seul ».
Pendant ces cent jours, s’il avait existé une Fermina Daga tout entière pour moi, elle serait morte et ressuscitée au moins trois fois sans jamais me rencontrer. Ou alors ce fut elle qui me sauva la vie, en m’attendant près de cette fenêtre avec une petite valise, un sourire inoubliable et ce joli billet de train pour un départ tout à fait confortable et immédiat.

Giovanni Merloni

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