Derrière les persiennes, 1975 (Ossidiana n. 44)

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J’ai empruntées ces photos à Giorgio Muratore, da Archiwatch avec son accord

Derrière les persiennes

Chacun de vous
est un nombre,
une génération,
un vieux costume,
un titre d’études achevées,
quelques médailles,
une dégradation,
cent licenciements,
un grain de beauté,
une barbe et des moustaches,
une paire de lunettes,
une voiture rouge,
une carte d’adhésion,
un insigne,
un sandwich parmi les employés,
une queue derrière une porte fermée,
une file interminable au guichet,
une présence
(ou sinon une absence)
à un rite.

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Chacun de vous
est un arbre
qui se désespère
jetant aux nuages
ses petites feuilles.

Chacun de vous
est un collier de corail
lumineux
accroché aux racines de la mer.

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Chacun de vous
est un fruit sous-marin
ou sinon un cancer.

Chacun de vous
est un hurlement étouffé,
une rébellion circonspecte,
une inaptitude
déguisée ou manifeste
à la vie.

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Chacun de vous
est un garçon
attendant de réponses.
Inhibé, réduit au silence,
il n’ose pas poser des questions,
il n’ose pas parler.

Chacun de vous
n’est qu’un petit artisan
dans cette absurde entreprise
de bouche-trous
qu’est le monde.

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Giovanni Merloni

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TEXTE EN FRANÇAIS

Mon cœur est une charmille (Avant l’amour n. 38)

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Mon cœur est une charmille

Mon cœur est une charmille
qu’au vent s’égosille
s’arrachant au sable.

Enchevêtrés par leurs mots embarrassés
devant mes veines se promènent
des couples dégoulinants d’euphorie :
je voudrais m’extirper
aller à la rencontre de la vie
et aimer.

Giovanni Merloni

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Deux chansons aux étoiles (Avant l’amour, n. 37)

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Deux chansons aux étoiles (1962)

I.
Moi et toi
nous sommes deux petits Soleils
qui brûlent égoïstes
dans leur lumière
immense
qui ne savent pas pourtant
combien le monde leur ressemble.

Nous sommes deux présences toutes proches
dans un jeu irréel
d’explosions
et d’échecs.

Dans un vide d’ombre
entre deux murs
nous nous éloignons
de moi et de toi.

Si je savais voler
je ne voudrais pas y être
en cette fiction.

Si je savais m’envoler,
je n’aimerais pas que toi
et cette terre dont tu t’habilles
cette terre dont tu te nourris…

Pourtant j’y reste, sur cette terre
léchée par la lune
où je te redécouvre
différente, à chaque matin,
avec ton haleine parfumée
de constance…

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II.
Toi
tu es un petit soleil
qui brûle égoïste
dans sa lumière
dense,
tu ne sais pas pourtant
combien le monde te ressemble.

Cesse de m’aimer,
éclipse-toi !
Fais demi-tour
en une seule fois !

Je veux atteindre maintenant cette haleine différente
qui ne sent pas la poussière.

Adieu.

Toi aussi tu es libre
de voltiger
et de te perdre
dans une musique
insaisissable.

Ne te tourne pas,
ne scrute pas mes larmes
enregistrant mon chagrin
pour ce « big bang »
qui nous sépare

pour mon égarement
sans remède

pour un matin comme ça
qui jamais ne reviendra.

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Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

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J’aime les blancs rouleaux (Avant l’amour, n. 36)

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Île de Paxos (Grèce), 1990

J’aime les blancs rouleaux

Sous l’eau mille poissons
se poursuivent au milieu des algues
seuls et muets

sous la lumière qui filtre
un thon gris lutte
avec une langouste
une sirène les yeux fermés
traverse l’encre
de mille calamars

sous les rayons croisés
de la lumière dans l’eau
le monde s’enroule
sans cesse, révélant
des jardins secrets,
absorbant sans regrets
dans le silence d’une chanson
la voix secrète de la mer.

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Sardaigne, 1980

Se retourne et se gonfle
autour de moi, la vague
qui jamais s’apaise, la vague
qui ne meurt jamais.

Nous sommes impuissants !

Au loin, dans l’horizon
toujours nouveau
pour ceux qui s’approchent
tout se perd :
là-bas la mer est ciel.

S’adossant au vaisseau en voyage
les rouleaux menaçants
(de plus en plus gonflés et superbes)
voudraient nous noyer
ou alors nous caresser,
nous recouvrir du sel
qui brûle, en nous donnant
un parfum de tempête
messager d’une mort violente,
sans issue.

 

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Sardaigne, 1980

Quelqu’un,
impuissant vis-à-vis de la force
de ces gifles inhumaines
de cette eau infinie,
pourrait même haïr les rouleaux.

J’aime l’écume des océans
les algues des écueils
j’aime les blancs rouleaux
qui ne connaissent pas leur force.
J’aime l’océan.

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Cap Ferret (Aquitaine), 1996

Ici, dans nos abris,
n’arrivent pas les baleines
ni les os des requins.
Ici, où la mer semble se calmer
tout autres rouleaux
qui connaissent leur force
déchirent et écrasent les cœurs.

Ici, nous sommes impuissants !

Nous cueillons de blanches
méduses, nous empochons
le coquillage des siècles.

Mais nous ne savons pas
aimer
ceux qui sont loin de nous
ceux qui nous aiment
sans nous comprendre.

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Île de Chios (Grèce), 2004

Giovanni Merloni

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Des marines (Avant l’amour, n. 35)

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Sardaigne, 1980

Une épine dans le sable

Une épine dans le sable
parmi le coquillage,
des ossements, une arête.
On voit un œuf souillé
une écorce.

(Je caresse tes cheveux
c’est dans tes yeux que je me perds.)

Il n’y a pas de fleurs
ni de cailloux brillants.
Au loin, les pins volent
agitant leurs ombrelles.
Je crois t’aimer.
— Tiens, quel plongeon !
Il se noie ! Non, ce n’est rien.

(Je me perds dans tes yeux
ce sont tes cheveux que je caresse.)

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Sardaigne, 1980

Un cœur vulnérable étudie 

Un cœur vulnérable étudie
le déferlement des vagues
et la coulée de larmes et de sel
sur deux paupières
limpides.

Il étudie son silence
tout en demeurant assis
sur son peignoir.

Il voit s’approcher
un voile parfumé
deux pas
brûlant sur le sable.

Un cœur vulnérable
est frappé à l’improviste
par le souffle de l’amour
par le regard de l’amour
par la voix de l’amour.

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Sardaigne, 1980

Si la mer est profonde 

Si la mer est profonde
ainsi que notre amour

si les étoiles ont la même lumière
que notre amour

si l’aube étendue sur l’horizon
est violacée
défaite, effrayée
et pourtant vivante, heureuse
tout comme notre amour

si la mer est profonde,
si les étoiles sont éblouissantes
si les jours retentissent de lumière
de changements et de vie

si toutes ces choses en cercle
sont heureuses
notre amour
qui est tout cela
est heureux,
ravi de se promener
ici et là dans le monde
tout en respirant
de sa propre vie.

Et pourtant,
qu’est-ce que c’est cet amour
auquel nous ne savons pas
donner le juste nom
le vrai nom, ni la gueule
qui sincèrement lui ressemble ?

S’il n’y a pas un seul instant
où qu’il puisse éclater
se révélant à nos cœurs,
notre amour c’est un rien
juste une saveur, une sensation
brève, un bonheur fuyant
une attente désespérée.

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Giovanni Merloni

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« Ciao » (Avant l’amour, n. 34)

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Ciao

1
Elles sont encore
dans les oreilles
les paroles
ne faisant qu’un
avec ton bâillement indifférent.

Elles sont collés aux ombres
suspendues au milieu des reflets,
des lumières jaunes,
des rectangles des vitrines,
des murs abîmés,
des miroirs gelés.

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2
Elles sont encore ici
tes paroles
me brûlant dans les yeux.

Avec elles je m’accoude
sur la scène au ralenti
où les adieux se promènent
où des gueules quelconques
glissent une à une
contre l’écran flou
des miroirs gelés
des murs abîmés
des rectangles des vitrines
des lumières jaunes.

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3
Je dois dire « ciao »
depuis ces rails des tramways
au-dessous des fils noirs
se croisant dans le ciel
tandis que sur les marches
d’où nous sommes montés
des lueurs opaques
clignotent encore,
échos de lumières d’or
prêts à s’éteindre
dans un instant.

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4
Je dois dire « ciao »
et répéter « je t’aimais »
au milieu d’une rue sans nom
adressant de nouveau la parole
à ton froid imperméable :
« Attends, reste, ne pars pas ».

Sur la montée
de gravier et de terre
nos deux misères
— ô combien petites ! —
savourent dans un baiser
qui sera le dernier
d’éclaboussures de peur.

« Je suis un homme timide
qui se tait, attendant
une parole.
Toi, tu es une ombre
— ô combien subtile ! —
qui rêve indifférente. »

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5
Elles sont encore
dans les oreilles
tes paroles
à la silhouette subtile
se sauvant
dans les angles obscurs,
devant
les rectangles des vitrines,
sur les murs abîmés.

Ils sont encore ici
leurs souffles
chauds et piquants.
« Je t’aimais »
susurrent les fils dans le ciel.
« Attends, reste, ne pars pas ».

Giovanni Merloni

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Dans l’immense soupir de l’aube (Avant l’amour, n. 33)

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Dans l’immense soupir de l’aube 

Contre la baie vitrée
s’enchevêtrent
les couleurs gelées de l’aube.

Je me tourne et retourne
dans mes solos nocturnes
où tes tristes yeux bleus
paraissent et disparaissent
sans qu’il y ait la raison.

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Je me glisse sans courage
dans d’étranges voyages
tandis qu’au loin résonne
le craquement des glaces
et que j’entends le cri
qui déchire, sans oubli,
le rideau de l’automne.

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Étendue sur le disque,
une divine chevelure,
caressant ma figure,
me rappelle l’instant
de la danse avec elle
se figeant comme neige
au milieu d’un tournant.

« Sur les tristes balcons,
sur les bords des fenêtres,
sur les nids des pigeons
que la neige emprisonne,
mes désirs s’enchevêtrent
tandis que, sans façon,
nos deux joues s’effleurent
et nos lèvres s’empêtrent. »

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Oui, se taisent, désormais,
dans le blanc d’un jour biais
toutes ces plaintes nocturnes.

Dans sa course, le train
va chercher la fortune
parmi des collines brunes
sur des rails bleus de neige,
entraînant de son vent
telles de voiles en cortège
des croissants blancs de lune
aux reflets d’or et argent.

Le salut
est tes gestes
dépourvus de sens.

L’adieu
est mon souffle brisé
dans l’immense
soupir de l’aube.

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Giovanni Merloni

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De bandes légères de nuages en rubans (Avant l’amour, n. 32)

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De bandes légères de nuages en rubans 

De bandes légères de nuages en rubans
vont ensevelir, avec le vent,
le promontoire esseulé
les crêtes dures des rochers.

Dans la baie, les reflets
se font de plus en plus vagues ;
de plus en plus sombres sont les ombres
aux contours solennels.

Tu te sauves
à travers la pinède
insouciante des sentiers
aux aiguilles piquantes.

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Tu te plonges dans le noir
redoutable de la nuit
désormais descendue
sur l’ultime horizon, saluant
en premières
les montagnes, recouvrant
nos extrêmes regards
nos étreintes naïves.

Elle nous harcèle déjà.

Contre le ciel assombri,
depuis des siècles immobiles,
des statues se tordent
près d’escaliers de marbre
arborant les sandales blanches
de Minerve, la flèche luisante
de Diane.

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Contre le ciel enchevêtré
d’amants nus et perdus,
nos bras détendus
jamais ne sauraient saisir
tous ces corps renfermés.

Contre le ciel orageux,
tes cheveux en rubans
font semblant de voiler
ton sourire silencieux
dans leurs bandes légères.

Giovanni Merloni

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L’affreux cauchemar d’une nuit de mai

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L’affreux cauchemar d’une nuit de mai

Je venais juste de me sauver d’un de mes cauchemars claustrophobes… qui me touchent chaque fois que j’excède dans la consommation d’aubergines. Tout d’un coup, sans aucune transition, je tombe dans un piège, une espèce de complot à mon intention. Je me trouve contraint à subir une corvée totalement insensée qui ne me regarde pas. Tout a commencé par ces deux tapis enveloppés dans des journaux que quelqu’un avait brusquement descendus de la soupente d’un appartement où j’étais hébergé… lors d’un voyage sans queue ni tête où je m’étais chargé d’accompagner un de mes enfants… En fait, la chute de ces deux rouleaux m’avait jeté dans un effroi épouvantable. Car ces encombres, m’empêchant de sortir de l’étroit couloir au milieu des étagères, m’avaient inculqué l’idée, totalement infondée, peut-être, que dans les deux enveloppes, au lieu des tapis, il y avait des cadavres féminins ! J’essayai alors de protester avec mon patron, ressemblant comme une goutte d’eau à mon chef de bureau du temps de Bologne (un homme tranquille, celui-là)… tandis que celui-ci n’avait pas envie de discuter : je devais absolument le débarrasser de ces encombrements, car « à son tour » il avait promis cela à quelqu’un d’autre… À son tour ? J’aurais voulu m’indigner, protester. Rien à faire, j’étais seul. Mon fils n’était plus là. Dans mon cerveau obscurci, une seule phrase allait et venait, inexorable : dès que j’avais accepté la première fois, ce pénible transport rentrait désormais dans mes obligations. Un boulot de fossoyeur qu’on aurait pu prendre pour assassin ! Mais… je ne pouvais pas revenir en arrière. Dans le rêve, l’obsession faisait des tours répétitifs, car mon cerveau terrifié n’était pas capable de résoudre les problèmes pratiques qui s’accumulaient : où est ma bagnole presque abandonnée ? Elle serait adaptée pour ce genre de travail… mais est-ce qu’elle partira ? Oui, mon fils était à côté de moi, avec la clé anglaise pour visser la batterie au moteur… Mais, comment faire après ?

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Heureusement, je me suis réveillé… Ou du moins, je l’ai cru. Un halo autour de la fenêtre me soulageait : j’étais « hors danger »… Je me suis mis tout de suite à taper sur un clavier aveugle le récit des étapes de ce cauchemar horrible. En écrivant, j’ai plongé dans une réalité encore plus absurde et inquiétante, dans son évidence diabolique, que celle rêvée. Ne sommes-nous pas — tous sans distinction — contrôlés ? Tandis que nous tapons sur le clavier la liste de nos courses, cela voyage dans un nuage et quelques-uns (même les sapeurs pompiers ou la police) pourraient s’amuser à lire et nous demander un jour, d’un ton menaçant : « pourquoi hier, dix minutes avant la fermeture de Franprix, avez-vous acheté les aubergines que vous n’aimez pas ? »

Giovanni Merloni

VIVA LA PERSIANA …

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« Vive la persienne (qui n’est pas une persane ni une personne non plus) ! Vivent les photos impeccables des fenêtres avec ou sans persiennes dont Giorgio Muratore nous fait cadeau en nous transformant en de véritables voyeurs ! »

Trop gentil …

ce n’est qu’une petite manie innocente …

juste un passe-temps …

d’habitude, je fais ces photos …

quand j’attends quelqu’un dans ma voiture …

je regarde autour de moi …

car je ne sais vraiment pas quoi faire …

elles me regardent …

et moi aussi …