M ou Mourir en paix (alphabet renversé de l’été n. 15)

001_m_480Au Milieu de la Mer infinie des Mots, des noms des personnes et des lieux, des choses réelles ou figurées dont le M est le Maître, j’aurais eu envie de cueillir cette occasion Magnifique de l’alphabet renversé pour tirer le portrait d’hommes et de femmes, dont le nom ou prénom commence par M, que j’ai rencontrés lors de Moments cruciaux de Ma vie. Des Messieurs, Mesdames et Mesdemoiselles qui ont fait ou dit au Moins une chose restée Mémorable pour Moi, à partir de Ma Mère, évideMMent.
J’aurais pu en tirer une longue liste, en commençant par Ma Maîtresse aux écoles élémentaires, dont je suivis le Macabre enterrement aux premiers rangs avec Mes camarades de huit ans.

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J’y aurais ajouté d’emblée le nom de Mon professeur d’histoire et philosophie du lycée, Giuliano Manacorda, avec ceux de l’architecte Pio Montesi et du journaliste Stelio Martini. J’étais assez subjugué par l’honnêteté et la cohérence de Manacorda, que j’aimais aussi en raison de ses perplexités vis-à-vis des certitudes de certains philosophes, auxquelles il préférait sans doute l’esprit chercheur des poètes. Pio Montesi M’aida à découvrir Mon parcours de travail après l’université et la Mort précoce de Mon père, dont il avait été un grand ami. Stelio Martini fut le premier à M’encourager dans la peinture, restant tout au long du parcours commune de vie, une des rarissimes personnes avec qui j’ai pu parler de tout. Trois figures nobles et inoubliables, à la tête d’un long cortège de Morts et de vivants en M, auxquels je M’unis souvent, pour échanger ou discuter avec eux sur le sens de cette Malle invisible et précaire qui se remplit au hasard de phrases et vicissitudes communes, vécues ou ressenties dans l’intimité de rapports exclusifs, dont aucun d’autre en dehors des deux personnes concernées ne pourra jamais garder la Mémoire.
J’aurais voulu aussi parler de choses gigantesques comme le Monde, ou petites comme la Main d’un enfant ; de choses Mystérieuses comme les Magies, ou les Manies et les Manipulations vertébrales et cérébrales.

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Mais c’était impossible : on devient d’un coup sourd comme une cloche si l’on se risque à entendre dans le Même instant tous les klaxons du Monde.

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D’ailleurs, la liste serait trop longue. Bien sûr, j’aurais aimé visiter Montaigne dans la bibliothèque de son ancien château sur les rives de la Dordogne ; frapper à la porte de La Brède pour assister, non vu, aux dictées de l’insomniaque Montesquieu à son Malchanceux secrétaire ; ou alors M’inviter à la table de Malagar, avec l’excuse d’une interview posthume sur le nouveau film sur Thérèse Desqueyroux. François Mauriac, épuisé dans un fauteuil, ne m’aurait pas écouté, évidemment, mais j’aurais pu quand Même, tout en regardant l’infini au-delà de la haie, M’aventurer dans le jardin, fouillant dans les nuances de ces textes profonds et douloureux qu’on dirait arrachés aux arbres, aux feuilles frémissantes, à la chaleur éblouissante de journées interminables et pourtant tourmentées.
J’aurais aussi aimé reconstruire à travers ses vers la vie extraordinaire d’Eugenio Montale, sans oublier la voix d’Alessandro Manzoni et les mots de Giuseppe Mazzini…

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Enfin, je ne pouvais pas parler ici de Wolfgang Amadeus Mozart. Il est tellement présent dans Ma vie que j’aurais pu en parler de façon Même trop familière, oubliant le respect que je dois à cet homme unique, que ses œuvres éternelles ressuscitent à chaque écoute, à chaque touche de violon ou de clavier. Il entre dans nos esprits et Même dans nos corps par le biais de sa Mort inconnue, unique événement silencieux dans sa vie pleine de notes, de joies et douleurs déchirants. J’aurais aimé aussi parler du décalage toujours gênant entre son œuvre et son image reproduite en quantité industrielle, exagérée, dans les livres et livrets d’opéra, dans les affiches et les bustes, dans les chocolats, dans les tapis de souris, dans les Marque-pages et cetera. Tandis que son image Meurt à chaque fois qu’un de ces avatars s’installe sur nos étagères, son œuvre renaît derechef, plus vivante que jamais.
C’est le Même Mystère qui se vérifie avec William Shakespeare et Homère…

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Je devais donc chercher quelque chose ou quelqu’un qui évoquât la Modestie que le Manque d’espace exige. Bien sûr, Modeste Moussorgski (1839-1881), avec ses « tableaux d’une exposition » (1874), aurait pu M’aider à M’en sortir. Mais, ce n’était pas du tout Modeste l’œuvre de cet incontournable compositeur, incarnant à la fois les illusions et les espoirs d’entières générations fixant le regard sur cette Russie prometteuse et prodigue d’artistes et d’hommes de génie.

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En Manque de personnages suffisamment Modestes, le M n’est pourtant pas avare, si nécessaire, d’un coup de Main, en M’offrant une Myriade de Miracles et de Mythes…
Je Me souviens Maintenant du projet littéraire de Mon ami Mirko M., ancien ouvrier de la Fiat à Turin, Maintenant retraité. Il M’avait envoyé de l’ancienne capitale au-delà des Alpes une lettre pleine de verve et de véritable passion. Est-ce que Mirko est un écrivain ? Est-il un scénariste, sinon franchement un dramaturge ? Je ne sais pas. Pourtant son idée personne ne l’a eue avant lui. Il me l’a confiée avec un sourire complice, en m’autorisant dorénavant à l’exploiter à Mon nom dans un texte littéraire, une pièce de théâtre ou aussi dans un film :
Un jour, sortant d’une librairie de Turin — où les nombreuses affiches exhibant les portraits incontournables d’une série de personnages, notamment du monde du spectacle, M’avaient procuré un véritable Malaise —, j’avais imaginé une nuit sans couleurs ni caresses, passée parmi les étalages de cette librairie, où quelqu’un, par distraction, aurait bien pu Me renfermer tandis que j’étais aux toilettes. Au cours de cette nuit traversée par tous les insectes et chauve-souris possibles et imaginables, étendu tant bien que mal à côté d’une porte, deux affiches étaient sorties de leur rectangle, avant de glisser avec classe parmi les livres. Habitué désormais à l’absence de la pleine lumière qui M’avait autant gêné pendant l’ouverture du Magasin, aidé aussi par les flashes verts provenant d’une enseigne clignotante dans la rue, je restai étonné en voyant deux silhouettes sombres debout contre les rideaux Métalliques. Deux corps tout à fait réels, auxquels j’avais peur d’adresser la parole : d’abord j’avais peur qu’on Me reproche Ma présence dans le local ; ensuite, j’aurais pu être un voleur ou un sans abri, je ne sais pas lequel des deux aurait été considéré comme le plus redoutable ; enfin les deux, avec leurs Mouvances complices, auraient pu être des faux ressuscités, des voleurs ou des assassins… Mais, j’avais surtout peur qu’ils puissent se révéler comme deux fantômes…

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Ernesto Che Guevara, comme je l’ai toujours nommé, était né a Rosario, Santa Fe, Argentine le 14 juin 1928, aujourd’hui il aurait quatre vingt cinq ans et peut-être il serait en parfaite forme, s’il n’avait été brutalement tué, à la Higuera, dans les Montagnes de la Bolivie, le 9 octobre 1967, juste un Mois avant la Mort de Mon père.
Marilyn Monroe, comme tout le Monde l’a toujours nommée, était née à Los Angeles (Californie) le 1 juin 1926 ; elle aurait Maintenant quatre-vingt sept ans… Tout le Monde sais désormais qu’elle a été assassinée le 5 août 1962, toujours à Los Angeles.
Ces données biographiques passèrent comme un flash — cette fois bleu — devant Mon regard incrédule et halluciné. Elle a deux ans plus que lui, pensais-je, Mais ce n’est pas grave. Moi aussi j’ai deux ans moins de M…
Marilyn est petite, avec son Mètre soixante six ; en plus elle Marche souvent courbe, pliée en deux. Avec son allure chancelante elle peut apparaître plus petite encore, tandis que lui, avec son Mètre quatre-vingt deux et son portement droit pourrait lui Manger sur la tête. Moi, j’ai sa même taille à lui, tandis que Ma M. à Moi est assez petite elle aussi.

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Mon ami Mirko, M’avait ensuite envoyé une deuxième lettre, dans laquelle il s’était chargé d’une reconstruction plus précise des circonstances de son expérience imaginaire :
Maintenant je me rappelle mieux. Je restai dans la librairie, d’accord, mais cela ne se vérifia pendant ma pause dans les toilettes et je ne vis pas vraiment les deux figures mythiques et incontournables descendre de leurs affiches en noir et blanc pour se colorer devant Moi. Et cela n’arriva pas au rez-de-chaussée, Mais…
C’était un samedi de la moitié de décembre, la Noël s’approchait et je devais M’acheter une agenda. J’aimais beaucoup celle qui avait sur la couverture une femme verte peinte par Tamara de Lempicka, mais j’étais dérangé par James Dean, Audrey Hepburn, Marylin Monroe… Au bout d’un couloir, derrière un étalage pivotant avec tous les noms possibles et imaginables il y avait des photos, des livres et des films sur Che Guevara.
La librairie n’affichait aucune hâte de fermer. Il Me fallut une heure pour M’apercevoir  de cette table aux jambes en l’air. Il ne s’agissait pas d’une table, mais d’une trappe pour descendre dans le sous-sol. En m’accoudant je humais une poignante odeur de sauce, accompagnée par cette inoubliable ritournelle :

Aprendimos a quererte
Desde la historica altura
Donde el sol de tu bravura
Le puso cerca la muerte
Aqui se queda la clara,
La entranable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara

(Quand mes enfants mâles étaient encore petits, je leur fredonnais des étranges fables, avec un côté sensuel, inspirées aux cangaçeiros et au redoutable Antonio das Mortes. Elles étaient toujours mêlées aux histoires quotidiennes des maisons aux balustrades de Turin et aux souvenirs vagues du film I compagni avec Marcello Mastroianni).
J’ai descendu ce peu de marches, l’agenda dans la poche (pourquoi dans la poche ? voulais-je peut-être l’emprunter sans payer ?) avec dans la main l’énième livre sur la mort de Marylin.

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Je Me disais : nous nous attachons à l’immortalité des nos vedettes, quitte à laisser que la barbarie jette dans la poubelle le travail de nos pères et grands-pères. Nous acceptons une mode, au fond, soit si nous poursuivons avec résignation l’esprit de décadence de l’homme sans qualités qui croît à l’intérieur de nous-mêmes, soit si nous nous laissons traîner per cette espèce de délire érotique envers les nouveaux dieux… Ils sont toujours beaux, intelligents et perdants, ennoblis et immortalisés par la mort précoce.
(Le cinéma n’a plus, aujourd’hui, la même force de suggestion, peut-être à cause de cette réalité que nous trouvons à la sortie, une réalité difficile à modifier, de plus en plus renfermée avec un caillou dans la bouche et une main qui nous empêche de cracher).
Je ne sais pas comment et pourquoi je m’assieds dans un coin, parmi les balais. Il me semble d’entendre des voix. En fait, la librairie est assiégée par un groupe de jeunes fascistes… Ce n’est pas possible, je me dis, le fascisme n’existe plus, il s’est évanoui, désormais. Pourtant…
À ce point-là la trappe se ferme juste au-dessus de ma tête avec un sourd écho. Cela me coupe le souffle. Attrapé par un sommeil inattendu, j’essaie de m’étendre. À terre, je découvre un gros livre, un de ces livres assez coûteux et difficiles à vendre. Déjà sur la couverture, un tigre ouvre grand sa gueule : Voyage à travers les dangers de l’Amérique du sud.
Enveloppé dans l’irréalité du sous-sol poussiéreux et de ce livre que j’aurais peut-être aimé dans mon enfance lointaine, j’étais finalement en train de m’endormir — en songeant, épouvanté, aux iguanes, au certao, au serpent des sept pas, à Salvador Allende le fusil dans la main —, essayant de m’accrocher à l’idée que sur la couverture il n’y avait que le tigre en papier dont fantasmait Mao Tse Tung… lorsqu’une voix calamiteuse m’embobina :

I wanna be loved by you, just you
Nobody else but you
I wanna be loved by you alone
I wanna kissed by you, just you
Nobody else but you
I wanna be kissed by you alone
I couldn’t aspire
To anything higher
Than to fill the desire
To make you my own…

N’était-ce pas elle la vertigineuse qui avant fait tourner en rond sa jupe plissée en exhibant ses jambes et ses slips juste au-dessus de la trappe ? Oui, c’était elle, mais ses cajoleries et voltigements n’étaient pas adressés à moi.

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Se suivit une des situations typiques, entre le cauchemar et le rêve, qui se déclenchent lorsqu’on on dort avec un gros livre au-dessous de l’oreille : un homme se présenta devant moi, ressemblant comme une goutte d’eau à un véritable chaman de Castaneda. Je reconnus Marcello Mastroianni… Cette apparition ne me surpris pas du tout, j’en devinais immédiatement le sens. Viens avec moi, dit brusquement le chaman Marcello, d’une telle façon que je n’osai pas lui répondre. Je le suivis donc sur une barque branlante, s’apprêtant à remonter un fleuve large et plat. Pendant un temps insupportable, dans lequel je mûris un sentiment de manque et de peur de nouveaux coups de théâtre — manque des jambes flexueuses dansant le twist au-dessus de ma tête ? peur que les fascistes rentrent dans la librairie et descendent par la trappe ? — nous tournâmes en rond dans un brouillard épais et ouaté.

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Petit à petit, la barque se Muta en yacht élégant et impeccable filant parmi les requins de la Mer des Caraïbes. Au Milieu de Mes pieds, Marylin dansait, chantait, tout en insistant chez Marcello, Muté en serviteur, pour avoir l’irish coffee et le savon de Marseille. Quant à lui, Che Guevara restait toujours étendu, comme un Mort, ou alors se levait, Montait sur le Mât pour guetter le vent avant de  s’efforcer de prononcer son discours. Mais, je voyais qu’il n’était pas trop convaincu. Il semblait Me regarder et Me dire : À quoi bon ?
Nous étions en vérité dans une barque ondoyante parmi les grands navires russes bourrés de Missiles au large de Cuba, quelque Mois avant le bras de fer entre les deux plus grandes puissances du globe. Marilyn ne pouvait pas connaître en avance la date de sa Mort imminente. Elle était en croisière, dans un rare instant d’insouciance et de simplicité. Là, je fus témoin de l’amour soudain, violent et doux, se déclenchant entre Che Guevara et Marilyn. Un amour discret, Ma foi, protégé par des rideaux de brouillard rose et bleu que Marcello, véritable chaman touche-à-tout, avait su créer pour leur donner, pour une fois dans la vie, l’illusion de la liberté. Un amour dont je n’aurais  perdu aucun passage, aucune caresse et Mot intime si j’avais eu envie de profiter de la perspective que Ma position oblique M’accordait. Mais je détournai le regard en bouchant Mes oreilles avec las Mains. Ou alors je dormis. Plus tard, une voix officielle Me susurra que les corps ressuscités des deux plus grands héros contemporains de la beauté et du courage s’étaient aimés pendant à peu près une heure et demie, le temps d’un film traditionnel de la Metro Goldwyn Mayer.

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Au lever du jour, hors de la librairie, il n’y avait plus de voix, ni de sirènes de la police. Ma fiancée, Marilina, M’appelait tout en hurlant :

I wanna be loved by you, just you
Nobody else but you
I wanna be loved by you alone

tandis que deux sales types en blouson noir saisissaient brusquement Mes bras, en raison de l’agenda qu’ils avaient trouvée dans Ma poche.

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Une fois tout éclairci — je leur avais expliqué que c’était un pari que Mes camarades de l’université M’avaient lancé. D’ailleurs, ce n’était pas la fin du Monde, que de voler un livre dans une librairie ! — je Me trouvai libre, encore endormi, appuyé au comptoir du bar Reale où ma future femme Marilina Me versait un cappuccino.
Quelque chose t’a effrayé, n’est-ce pas ? Me dit elle.
Oui, ces pauvres Morts, on ne les laisse jamais Mourir en paix !

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Avec cette histoire farfelue et triste de mon ami Mirko, je crois avoir finalement atteint la moitié de mon alphabet renversé. À Rome, si je ne me trompe pas, les annuaires téléphoniques étaient coupés en deux : le premier volume s’appelait A-L, le deuxième M-Z. Avant d’entamer le nouveau livre, chargé de remonter de la Liberté à l’Amitié ou, si l’on veut, de la Loupe à l’Aiguille, je suis monté sur la tour Eiffel et j’ai regardé en direction du Mistral. Là-bas, près d’un grand fleuve, au milieu des pierres et du va-et-vient d’anciennes et récentes Liturgies, Brigitte Célérier se détache nettement, avec des attitudes hagardes et gentilles. Vendredi 23 et samedi 24 août, sur son blog, elle avait déjà fouillé avec élégance et passion parmi les M, en me laissant une Malle pleine de suggestions, que j’ai peut-être empruntées sans lui demander la permission…

Giovanni Merloni

(Photos : cliquer pour agrandir.)

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 30 août 2013

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N ou Nemo propheta in patria (alphabet renversé de l’été n. 14)

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Le dimanche dernier, le tramway sur lequel je voyageais — à la recherche d’un motif pour une dernière touche à l’O. de mon alphabet renversé, une touche capable de corriger son inguérissable propension à dire Oui, même contre sa propre volonté — ne s’est pas rencontré avec celui où Brigitte C., dans sa course tranquille, était en train d’attraper, avec un jour d’avance, la cohérence pour elle entre le N. et le Non. Aujourd’hui, nous sommes hélas lointains l’un de l’autre. Sa lettre O. est sortie hier sur « paumée » et je traverse maintenant des lieux et des mémoires encore imprégnées du passage de son N., orphelines de cette lettre si magiquement esquissée… Je pourrai en tout cas rattraper, dorénavant, avec un petit déclic virtuel, les M, les L et toutes les autres lettres que Brigitte a déjà visitées dans son blog. Je promets de le faire juste à la dernière minute, de façon que son passage Ne m’influence pas trop, sauf qu’à travers quelques vagues sensations dues à nos communs souvenirs générationnels.

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Rome, piazza Navona

Voilà donc que mon premier « doublon » va ressentir Nettement de l’austérité un peu hautaine de ce N. où je trouve, entre autres, les Noms célèbres : d’écrivains comme l’Italien Ippolito Nievo et le Russe-Américain Vladimir Nabokov ; d’architectes comme Oscar Niemeyer et Richard Neutra ; de villes prodigues de mystères comme Naples et Novgorod ; de lieux uniques comme Notre Dame de Paris et la piazza Navona de Rome ; des poètes comme Novalis et Pablo Neruda…

« Nonobstant les Nuages Noirs
Niant toute Nonchalance Naïve,
dans cette Nuit Nordique
Nous avons Nagé parmi les Nénuphars,
les Néréides et les Nymphes,
sans Négliger de Noyer Notre regard,
comme autant de Narcisses,
dans le Néant bleu de Neptune… »

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Notre-Dame de Paris, 850 ans

On a bien compris, peut-être à cause de son inguérissable propension à la Négation et au Nihilisme, que le N. s’efforce de se faire accepter par des attitudes démocratiques et assez équilibrées dans la représentation d’une grande variété de sensations et de personnages, que le N. même ressuscite un à un du fond de notre ignorance aggravé par l’oubli. Cependant, sans aucune raison apparente, cette consonne Neutre et Normalisatrice, a réussi tout à fait Naturellement à étendre au-dessus de mon élan de Naguère une Nappe sombre pour un déjeuner sur l’herbe aux Nuances Nocturnes, tandis qu’un rayon de soleil se Nouait Nerveusement à ma Nuque pour me Notifier, au contraire, l’ordre de m’arrêter et qu’une voix Nasale, Nichée dans un Nimbe voltigeant autour de mes oreilles, me susurrait un Nom en Naphtaline : Néandertal.
Il s’agissait d’un homme de Néandertal qui avait déjà accompli toute la parabole de l’existence humaine, de la Naissance fauve et héroïque jusqu’à la décadence, avec son inévitable taux de Névrose délirante.
Pourquoi appelais-je Néandertal, mon camarade de Bologne ? Parce qu’il avait une grosse tête de paysan en plus de deux yeux de peau rouge, accompagnés d’une voix d’ogre à la fois sibilante et rauque. Néanmoins, dans sa toux Nerveuse de fumeur acharné, et dans son allure préhistorique il y avait le charme du délire métropolitain, le goût tout entier d’une angoisse inédite, très difficile à maîtriser…
Je me souvins de Néandertal en 2000. À ce temps-là, j’étais à Nouveau capturé par les Niaiseries de Rome et par ses rites Néroniens dont pouvaient tout à fait Naturellement se déclencher des Narrations bizarres et inattendues. Mais, je Ne pouvais pas prévoir que mon camarade de Bologne se serait transformé en personnage et qu’il aurait rencontré la Lolita de Vladimir Nabokov, « écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre où il étudia la littérature française avant de passer quinze ans en Allemagne ».

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Giovanni Merloni, L’eau coule sous le pont, dessin à l’encre de chine, 2000

En mai 2000 (c’était l’année du Jubilée), il y avait eu une exposition sur l’Histoire du plus ancien pont de Rome, le pont Milvius ou Pont Molle, comme l’appelaient les Français jusqu’à la veille de l’annexion de Rome au reste de l’Italie unie. Une Histoire très longue, constellée de crues, d’invasions, d’écroulements et de reconstructions du pont.
Parmi les documents mis en valeur par l’exposition, à laquelle je donnai une petite contribution, deux dates se détachent. La plus récente c’était le 13 mars 1849, jour de la démolition du pont par ordre de Garibaldi, pour retarder l’avancée des Français venus en secours du pape Pius IX contre la République Romaine. Une autre, plus ancienne, c’est le 28 octobre 312, date de la bataille entre Constantin et Maxence, marquée par l’épisode désormais mythologique de l’apparition de la croix dans les cieux de Saxa Rubra, localité d’ailleurs très proche du pont Milvius.

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Giovanni Merloni, Cours, cours, il ne faut pas rater l’exposition de G. M., dessin à l’encre de chine, 2000

En octobre je vécus une Nuit de cauchemar, avec le sang qui ne finissait de couler, dans un hôpital Noirci, d’où je sortis Naïvement grâce aux portraits dont je faisais cadeau à la plupart des infirmières qui se disputaient le plaisir de me servir en me procurant une couverture, un oreiller ou un morceau de pain du jour avant. La lente reprise, vécue péniblement, dans la triste contemplation du cahier Noir dont une page était comblée d’encre rouge, fut interrompue par un coup de fil bénéfique : en reconnaissance de mon travail pour l’exposition et pour le scénario du spectacle musical titré Le pont des miracles, la Mairie de la 20ème circonscription m’offrait la possibilité de monter une exposition personnelle de tableaux dans la tour Valadier de pont Milvius. J’avais complètement oublié le spectacle et son improbable fil conducteur, ainsi que l’étrange statue de Saint-Jean Népomucène, originaire de Prague, placée sur la tête de pont opposée, qui m’avait peut-être influencé dans certains choix…

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Giovanni Merloni, La femme fleuve., dessin à l’encre de chine, 2000

Juste en 2000, dans une capitale de l’Italie et de la chrétienté moins Nonchalante que Navrée par une Nervosité de moins en moins souterraine, une jeune archéologue et paléontologue de Prague, Nigra, obtient la permission de visiter le sous-sol de la Tour Valadier, édifice du XIXe siècle occupant la tête de pont située sur le bord de la place du quartier populaire de pont Milvius. Nigra était une jeune femme « eau et savon » que pourtant personne n’aurait considéré comme une sainte-Nitouche Ni surtout comme une Lolita, si elle N’avait été passionnée pour l’œuvre de Nabokov ainsi que partisane de la théorie selon laquelle l’âge N’a aucune importance dans les relations humaines.
Néanmoins, elle Ne s’attendait pas à ce qu’il lui serait arrivé dans les caves mouillées de l’ancienne tête de pont.
Accompagnée par un policier d’origine paysanne plutôt grossier et pas du tout avare de compliments allusifs, dans une étroite catacombe creusée dans le tuf, Nigra découvre un cadavre parfaitement conservé. Néandertal ! hurle-t-elle sans pourtant perdre le Nord. Le policier, au contraire, s’évanouit. Tandis qu’elle considère les deux corps étendus à ses pieds, un vertige la surprend. Elle tombe au milieu des deux corps, avant de se réveiller dans un état de grave confusion. Pour se lever, elle saisit avec force un bras…

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Dans un latin approximatif, jaillissant d’une bouche qui était restée fermée depuis très longtemps, Nœvius, le vieux soldat romain, essaya tout de suite d’étreindre la jeune femme. Cela réveilla le policier. D’un bond, les deux hommes se levèrent, obligeant Nigra à une difficile action conciliatoire. Devenus amis, les trois remontèrent au rez-de-chaussée, où l’ancien Romain fut invité à s’asseoir sur un banc installé au-dessous de la voûte sombre d’où l’on pouvait accéder au pont, désormais interdit aux tramways et aux voitures et réservé aux piétons et aux vélos.
Entouré par une foule de curieux de plus en plus nombreuse, Nœvius, abasourdi par tout ce qu’il voyait autour de lui, fit tôt comprendre qu’il croyait, en pleine honnêteté, d’avoir dormi après un coup d’épée ou de dague sur la Nuque et de s’être réveillé juste au lendemain de la bataille. Il n’était pas un soldat de Constantin, donc il n’était pas du tout imprégné par le mysticisme religieux de cet empereur. En même temps il semblait encore écrasé par une montagne d’idoles et de superstitions dont Nigra n’avait jamais trouvé de traces importantes dans ses études fouillées.
Ensuite, une improbable confrontation se développa, autour des mémoires et des réflexions que les mêmes lieux provoquaient en Noevius et ses interlocuteurs. Au fur et à mesure que Nigra, aidée par un groupe d’intellectuels volontaires, expliquait tout ce qui s’était passé à Rome au cours des 2000 ans que Nœvius avait employé pour dormir, celui-ci essayait de s’adapter à la situation Nouvelle.
En fait, par des réactions pour la plupart inattendues — cynique lorsqu’il aurait dû l’être passionné et sentimental ; moraliste quand il aurait pu se borner à des haussements des épaules — Nœvius Ne se dérobait jamais à des responsabilités qui en fait Ne le concernaient pas.
Alors, en 2000, l’hypothèse, suggérée par la petite pièce, d’un amour aussi mental que passionné se déclenchant entre Nœvius et Nigra ne suscita aucun scandale. Personne ne s’était étonné à l’idée d’une possible union intime entre deux humains dont l’un avait mille sept cent deux ans plus que l’autre. Qu’importe s’il était resté hiberné et, au moment de son réveil, il avait l’âge de son corps au moment du coup fatal, c’est-à-dire à peu près quarante ans, tandis qu’elle en avait vingt-six.

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Giovanni Merloni, La femme-pont, dessin à l’encre de chine, 2000

Il aurait pu être son ancêtre. Probablement, le jour de la bataille il songeait à envoyer à son enfant aîné une bourse pleine de sesterces pour son prochain mariage…. Il faudrait faire l’examen de l’ADN, hurlerait un autre. Et si l’on découvre une parenté, c’est un inceste…
Pour des raisons plus modestes, Nigra n’eut pas la chance de couronner son rêve d’amour avec son Nœvius-Néandertal trop intelligent pour les Nouveaux Temps où il était ressuscité. Le ministère ne voulut pas renouveler la bourse pour exploiter jusqu’au bout le cas unique au cours de deux milléniums. Ensuite, elle et Nœvius ne réussirent pas à convaincre la Mairie de Rome pour la mise en place d’un « Musée de l’inexplicable ». Aidée par Renzo Piano et Dario Argento, Nigra avait dessiné un sous-sol aux lumières rouges avec deux niches où, dans les mêmes créneaux d’ouverture que les autres musées de Rome, Nœvius et elle-même s’étaient engagés à dialoguer avec les visiteurs, dans l’incommode position des statues gesticulantes. Nonobstant leur enthousiasme, on avait rejeté cette proposition avec des arguments Nuls et captieux, Notamment le coût excessif du personnel de billetterie.
Personne ne s’étonnait du fait extraordinaire d’un homme survécu à deux milleniums, donc très peu de gens auraient eu envie de frôler sa niche pour lui toucher la pointe du pied.

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Rome, pont Milvius en crue, novembre 2004

Nigra rentra donc à Prague, en larmes et pleine de rage comme Héloise après la brusque séparation d’Abelard.
Et Nœvius ? On dit qu’il dut vite s’intégrer et faire de façon que son cas fût oublié. Finalement, six ans après, le même jour où j’abandonnai Rome pour Paris, il partit à Bologne. Quelques mois depuis, un ami de Bologne m’appela, pour me reprocher mon absence. D’un coup, le discours tomba sur notre commun camarade : Ne savais-tu pas que Néandertal était à Nouveau parmi nous, très engagé comme architecte de la Mairie d’une petite commune de la banlieue ? Et puis il a une nouvelle femme !
Comment s’appelle-t-elle ?
Elle s’appelle Lola, les gens du village l’appellent Lolita, tandis que lui, il l’appelle Nigra.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 27 août 2013

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O ou Oloé (alphabet renversé de l’été n. 13)

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« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles…
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! — »
Arthur Rimbaud, Voyelles, 1872.

On est arrivé à la lettre O., dans ce bizarre voyage à rebours de la mer à la montagne, de l’estuaire à la source primordiale de mon alphabet renversé. Après tout ce qui s’est passé avec le P., ou le S., cette voyelle colorée de bleu par le génie enivré d’Arthur Rimbaud voudrait tout de suite me rassurer : dans la quête Obsessionnelle de l’Occident, dans cette poursuite acharnée des derniers rayons de soleil et dans cet espoir d’arrêter le jour juste au couchant… l’O. serait une Oasis dans le désert ou aussi un Océan tranquille ondoyant dans un verre d’eau…
Comme un pneu peint en rose, jeté sur le poil de l’eau en guise de bouée de sauvetage, l’O. se révèle, en définitive, une véritable lettre de gomme, rebondissant à l’infini sans jamais se faire mal.
Pourtant, c’est justement cette insouciance rebelle de l’O. qui m’inquiète, avec son attitude à l’Objection et à la provocation, venant de loin, de la profondeur ancestrale de chaque langue et de toutes les langues.

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M.C. Escher (1898-1972), Het Palais, La Haye, Hollande

N’y a-t-il pas dans les célèbres « sanglots longs des violons de l’automne » de Paul Verlaine une lutte souterraine et sans répit entre la langue orale, fondée davantage sur les sons, et la langue écrite, de plus en plus soumise à des lois et des règles inflexibles ?
Dans ces vers la présence sonore de l’O. marque la cadence et l’esprit mélancolique du poète, tout en plongeant le lecteur dans un état d’âme presque héroïque et réconforté…
Pourtant, ce n’est pas rassurant du tout, que de découvrir combien de fois l’O. résonne dans une infinité de mots qui en contiennent le son !
Un verre d’O. ? Suis-je autorisé à le dire ?
Ai-je la permission de profaner la science de la parole en disant que l’O. s’écarte nettement des autres voyelles — et de la plupart des consonnes — à cause de sa silhouette ressemblant au visage de la Lune, pour sa forme d’auréole ou d’anneau, de tête sans corps et aussi de zéro ?
Puis-je m’exclamer que cet O. merveilleux suscite en moi des réactions d’enthousiasme presque amoureux lorsqu’il se marie bizarrement et de façon inattendue à d’autres voyelles ?
N’est-ce pas le même pour vous ? Ne voyez-vous pas, vous aussi, que l’O. est l’essence même de la liberté expressive lorsqu’il se marie à la U. et à l’E. juste pour Ouvrir un Œil ?
Ne tombez-vous pas à terre, en proie au délire, lorsque vous entendez les mots Lisboa, Pessoa, Socoa, tout comme les sons Bilbao ou Certao ?

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M.C. Escher (1898-1972), Het Palais, La Haye, Hollande

La voyelle O. est tellement nécessaire, tellement habile, portée à fusionner, comme un jongleur, avec les autres voyelles avec des effets tout à fait différents dans les différentes langues, qu’on aurait du mal à imaginer une vie ou seulement une page sans elle.
D’ailleurs, comme dans le cas du verre d’O., cette voyelle ne fait qu’un avec le nom où il s’installe. Il suffit de penser à Charlot et à Totò : la sonorité retentissante de l’O. dans ces deux noms n’est pas étrangère à leurs succès éternels, comme d’ailleurs les O. qui sursautent dans les deux noms de Stan Laurel et Oliver Hardy réunis à jamais dans un gag infini…
Charlot, Totò, Stanlio et Ollio, tout comme les « sanglots longs » ! Toujours cet O. au centre, capable d’animer une scène ou des vers immortels avant de disparaître dans l’éternel oubli.
Cela va me rendre fou, car tôt ou tard ce dangereux exercice m’emmènera à ressusciter aussi un à un les sons longuement cachés de ma langue maternelle jusqu’au point de dire : « chez nous… »
Chez nous, en Italie, l’Occhio (l’Œil) ou l’Oblò (le hublot), l’Orto (le potager), l’Osso (l’Os) et l’Olmo (l’Orme) sont tellement comblés par cette lettre qu’on dirait qu’ils aspirent à se fondre avec elle…

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M.C. Escher (1898-1972), Atrani (Côte Amalfitaine). Het Palais, La Haye, Hollande

Combien de mots deviendraient moches et insupportables si on leur enlevait un O. ! Je me souviens d’une fête qui devait se dérouler, au temps de mon enfance, chez Octave, un camarade de mon frère. Après de grands préparatifs, habillés avec les pantalons du dimanche, nous allâmes au rendez-vous. Mais Octave, le fils du concierge, était tombé malade et la fête avait été complètement oubliée. Sur le cagibi en face à son appartement au rez-de-chaussée il y avait une enseigne amputée : C  NCIERGE… Dès lors, Octave était devenu le fils du concierge sans l’O.
Ce sentiment de manque et d’abandon ne me quitte pas. L’O. est tellement Obéissant qu’il m’Oblige en me transformant en Otage. D’ailleurs, à cause de ses rondeurs, l’O. fait souvent l’objet d’histoires Osées (se révélant toujours des histoires de manque)…
Comme l’Histoire d’O., bien sûr. Mais aussi, si l’On examine les coïncidences avec attention, cela arrive dans la plupart des intrigues, que la forme tout à fait charnelle de l’O. joyeusement favorise. Dans les Affinités électives de Goethe, par exemple, Otto, l’enfant d’Édouard et Charlotte, ressemble comme une goutte d’O. à Odile (Ottilia), qui ne peut absolument pas en être la mère. Le paradoxe de cette circonstance est souligné par la ressemblance des deux noms commençant tous les deux avec la lettre O. Cela ajoute d’ailleurs une énième touche dramatique au jeu littéraire qui avait déjà préfiguré l’inéluctabilité du bouleversement des destinées amoureuses de deux couples, quand ils sont Obligés de vivre au-dessous du même toit.

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Île de Procida (Naples), photo de Giovanni Merloni

Tout change lorsque l’O. rencontre des consonnes schizophrènes comme le z. Au contraire de l’Histoire d’O., proposant le revers de la médaille de l’hypocrisie et du manque de sentiments positifs dans la vie réelle, dans Le Magicien d’Oz on assiste à une évasion qui aidera Dorothy, la jeune protagoniste, à devenir adulte. Elle aimera ce qu’elle avait déjà : un abri confortable, deux bons parents et trois amis chaleureux.
Une fois enlevés les zigzags et les foudres du z, l’O. s’affiche finalement comme une Oasis de paix, ou aussi comme une bouée en forme d’O. qui vous attend, clignotant de l’Œil, au milieu de l’Océan pour vous sauver ou vous enliser dans une paresse Oisive.
Il est à la fois le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault et le lit de mort de Sardanapale d’Eugène Delacroix. En équilibre parfait sur ces planches extrêmes, vous pourriez trouver les corps allongés l’un sur l’autre d’Othello et d’Ophélia ou seulement un petit livret d’Opéra.
Quel est le secret de l’O. ?
Est-il, en même temps, la lune et le puits qui la contient ?
Est-il le reste de l’Orgueil des civilisations Opprimées par la violence Obtuse des Oppresseurs ?
Est-il l’Oloé d’Anne Savelli : ou lire ou écrire ?

Ô qu’elle est jolie cette voyelle en forme d’Œuf ou de visage Ovale ou de miroir ou d’ancienne photo de famille !
J’y vois une jolie fille aux cheveux longs, aux yeux de lune. J’y vois aussi un hublot d’où ce serait facile d’entamer la montée à l’Olympe…

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Amsterd-tram, photo de Gabriella Merloni

Pourtant, mon cher lecteur, je me permets, en passant, de vous faire une confidence. Avec l’O. j’ai eu envie d’arrêter brusquement et définitivement mon voyage insensé dans l’alphabet. Eh, oui ! Même dans ce chemin renversé, cela va prendre des proportions inattendues.
D’abord à cause d’une certaine inévitable prolifération des alphabets, des saisons, des signes zodiacaux et des jours de la semaine dans notre petit monde de lecteurs-écrivains, avec la conséquence d’un surplus de choses à lire et à voir… comme dans une sorte de festival d’Avignon permanent où alors une passerelle infinie d’artistes à jeun entrant et sortant du métro parisien avec leurs histoires douloureuses et répétitives. Quel est le sens de tout ça ? Était-ce exactement cela ce que je voulais dire en m’adonnant à ce chapelet de noms et de coïncidences ? Tôt ou tard, un sentiment de vague inutilité se déclenche partout, en chacun de nous, lorsque l’Obstination devient l’unique essence pour notre voiture épuisée…
Cette dernière réflexion s’est affichée soudaine pendant une pause de mon tour (de force) dans les Pays-Bas, deux jours avant la mi-août. J’étais péniblement appuyé au parapet d’un des innombrables canaux Saint-Martin d’Amsterdam, lorsque j’ai vu un tramway blanc s’arrêter sur le pont. Pour profiter à tour de rôle de l’unique rail au centre de la longue rue remontant du Rijksmuseum jusqu’à la gare Centrale, c’était prévu qu’à chaque pont les deux tramways, qui font le service dans les deux directions, se rencontrent.
En voyant cela, j’ai pensé à Brigitte C. et à son blog. « À quelle lettre sera-t-elle arrivée avec sa ligne alphabétique régulière descendant de A à Z lorsque je serai, dans ma marche contraire, à l’O. ? Aurons-nous le temps, une fois sur le sommet du pont, de nous échanger quelques mots ? »

Giovanni Merloni

Gabriella Merloni, Banks of Ohio

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 25 août 2013

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P ou Page, deuxième Partie, en hommage à Jacques Prévert (alphabet renversé de l’été n. 12)

p bleu

En Puisant dans les Prodiges du P je n’en finis pas de me bouffer de ces Pains et de ces Poissons se multipliant à l’infini.
Pourtant je m’aperçois bientôt :
que le Progrès est un mot dangereux et d’habitude interdit par les Pouvoirs dictatoriaux, surtout militaires ;
que la Paix est de plus en plus Provisoire ;
que le droit de Parole et de libre Pensée qu’on Partage en quelques Petits endroits — de plus en plus restreints — de la Planète est un bien tellement rare qu’un pourrait même le Perdre ;
que la Parole sortant abrupte de notre bouche aurait d’ailleurs besoin, Pour bien Profiter de la liberté de Parole, d’une grammaire, d’une syntaxe, d’un ordre…

Ah, comment ? Prétendre d’aligner les mots dans une Procession, ou alors de Peaufiner une Passerelle Pour leurs Pas rythmés ? Y a-t-il vraiment besoin de ranger les mots comme autant de Personnes sur les Planches rigides d’une école qui serait une Prison ?

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M.C. Escher (1898-1972), tour de Babel, Het Palais, La Haye, Hollande

Oui, d’accord, les Paroles ont besoin du vêtement d’une Phrase, de l’abri d’une… Page
d’une Page à la Page
d’une Page tabouret
d’une Page Pamphlet
d’une Page unique
d’une Page blanche

de Plusieurs Pages se déroulant au long d’un couloir

d’une Page meublée
d’une Page vide
d’une Page éclairée
d’une Page sombre
d’une Page Populaire
d’une Page royale
d’une Page roturière
d’une Page donnant sur un jardin
d’une Page donnant sur une Plage.

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Abbaye de Villers (Belgique)

On Pourrait ensuite
Pourquoi Pas ?
se Plonger
dans la Page imaginaire de l’Arioste
dans la Page hirsute du Boccace
dans la Page arpenté par Pétrarque
dans la Page d’une nuit entre mille

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Abbaye de Villers (Belgique)

Mais Parfois
la Page est envahie par l’orage
la Page est bouleversée par la tempête
la Page est fermée
la Page s’ouvre
la Page est prête à partir
la Page meurt

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Abbaye de Villers (Belgique)

Ce serait alors
une Page sans Plafond
une Page lisse
une Page ridée
une Page dense et menaçante

une Page dépouillée et Presque nue
une Page envahie par la boue

une Page ressuscitée
une Page déchirée, brisée, coupée
une Page oubliée

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Abbaye de Villers (Belgique)

mais aussi
une Page baroque, rococo, art nouveau, une Page en forme de bistrot, une Page roulante, une Page tapis, une Page tapis de souris, une Page envahie de souris, une Page classique, une Page gothique, une Page surréelle ou encore une Page existentialiste…

Une Page jamais lue, une Page jamais vue, une Page inconnue,
idéale Pour un Piquenique
une Page aussi bien utilisée pour envelopper des Poissons prêts à Pourrir
une Page pour en faire une cigarette
une Page à lancer dans le vent ou dans l’eau

une Page Pleine de bonnes intentions
une Page désespérée
une Page infinie
une Page rétrécie
une Page traversée par les Passions
une Page offensante
une Page vexée
une Page glissant dans la gloire
une Page irrégulière
une Page discontinue

une Page sans mise en Page.

Une Page dans la corbeille.

Une Page engloutie avant l’interrogatoire.

Une Page jamais existée.

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Abbaye de Villers (Belgique)

(en tout cas, pour Tourner la page, il faudrait revenir au T)

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 20 août 2013

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Un fort Bastiani parmi les toits de La Haye

Étiquettes

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Depuis la terrasse de Jan Doets, en plein centre de La Haye, j’ai vu des ballons voltiger parmi les sombres clochers en brique. C’était au couchant de la mi-août et les deux ballons-montgolfières auraient bien pu arriver de la France, cette patrie littéraire qui avait comblé nos étranges discours de passionnés incertains. Alors, j’ai formulé l’hypothèse selon laquelle Dominique H. était accroché au ballon qui occupait le quartier du ciel plus en haut, devenu pâle et transparent, tandis que le deuxième ballon, aussi agréable que l’autre mais plus hésitant — apparemment dégonflé et prêt à tomber parmi les toits — cachait, cela venait par conséquent, l’élégante silhouette de Brigitte C..

Mais, personne n’a frappé à la porte. Pour le moment, juste un lien virtuel s’était transformé en connaissance réelle, avec l’avantage, pour moi, non seulement de découvrir le « village » de La Haye et ses alentours ordonnés et insouciants, mais aussi, surtout, de connaître un personnage tout à fait hors du commun.

002_jan 2 part BN Voilà deux photos que j’ai prises de Jan Doets sans qu’il s’en aperçût. 003_jan tre quarti NB

Elles sont déjà expressives de la personnalité pleine d’énergie de ce vieux loup de mer dont l’air joyeux et discret semble inversement proportionnel à une vie que j’imagine intense et parfois difficile. Ce qui m’étonne le plus est son choix opiniâtre de vivre « en français » dans un monde, la Hollande d’aujourd’hui, qui ne reconnaît plus cette langue comme indispensable pour les échanges culturels et humains.

Cet homme qui a lu tous les livres de Camus et nous a raconté, dans son blog, l’histoire de la Russe Moussia, « Française de goût », se considère un cosaque de frontière, le Giovanni Drogo du Désert des Tartares de Dino Buzzati se trouvant relégué dans une forteresse très éloignée et sombre, isolée du reste du monde : « Quelle triste erreur, pensa Drogo, peut-être en est-il ainsi de tout, nous nous croyons entourés de créatures semblables à nous et, au lieu de cela, il n’y a que gel, pierres qui parlent une langue étrangère ; on est sur le point de saluer un ami, mais le bras retombe inerte, le sourire s’éteint, parce que l’on s’aperçoit que l’on est complètement seul. » (Dino Buzzati, Le Désert des Tartares, chapitre 10, Robert Laffont, 1949)

Pourtant cet homme plein d’enthousiasme et d’ironie ne se contente pas de la seule consolation des livres… Il lance des signaux de fumée auxquels j’ai eu la chance de répondre en premier et d’autres aussi y répondront bien sûr, s’accrochant à des ballons-montgolfières ou à des trains à grande vitesse.

Les Pays-Bas ne sont pas vraiment si éloignés que l’on peut imaginer. Mais les distances physiques sont toujours réelles. Et, si j’y pense, si je me vois assis ou pour mieux dire verrouillé à mon fauteuil au milieu du quartier parisien des deux gares, si je me souviens de l’interminable hiver dernier, qui ne devenait jamais printemps, je crois que Jan Doets a raison lorsqu’il dit que je suis, moi aussi, un des cosaques des frontières dont il veut causer dans son nouveau blog

Giovanni Merloni écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 20 août 2013 CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS Licence Creative Commons Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

P ou Pion, Première Partie (alphabet renversé de l’été n. 11)

001_p rouge 480Je ne suis qu’un Pion qui hésite au Pas d’une grande Porte se révélant étroite. En revenant des Profondeurs éloignées des Pays Bas et des Pays Plats, je voudrais m’accorder une Petite Pause, avant de Pénétrer dans le vif de cette lettre « P » Partout Présente et Pourtant tellement Prodigieuse !

En descendant du Palier du train à sept heures Pile, je suis déjà Persuadé que je ne veux Pas de Projets sans Perspectives. Je ne veux Plus de Portraits sans Personnes ni surtout des Personnes sans Paroles.
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M.C. Escher (1898-1972), Het Palais, La Haye, Hollande

Je ne suis qu’un Pion qui hésite au Pas d’une Porte Péniblement étroite qu’un seul coup de Pied Pourrait ouvrir brusquement, me Proposant un vaste Passage,  un lumineux Paysage, un Pont de Pierre envahi de lierre sauvage, un Puits lunaire, une Promenade en Plein air, un Parcours Périlleux et Panoramique jusqu’à la dune du Pylat ou, Plus loin, jusqu’au Phare de Cordouan.

En frôlant le Parvis de cette gare Pétillante de Paris, mon esprit Palpite, mon âme devient Presbyte en Poursuivant les Passants surpris Par la Pluie, tandis que les branches Pointues des saules Pleureurs font glisser des Perles de Plomb Parmi les Pieds.
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Lange Vijverberg, La Haye, Hollande

Je ne suis qu’un Pion qui hésite au Pas de la Porte d’un Palais vide, je ne suis qu’un Porte-manteau avec un Petit Porte-monnaie dans la Poche, un Passager Prêt à Partir à nouveau au Portugal, à Pamplona, au Périgord ou alors à Pavia, Piacenza, Parme, Padoue, Pesaro, Pise, Pistoia, Pompeï, Palerme.

Tout près du Pont tournant de mon dernier quartier Provisoire, je découvre le Plaisir d’un Pont Lévis se Penchant sur un monde de mémoires Plongées dans l’eau : les Paroles jaunes et grises de Prévert se mêlant aux Peintures bleues de Pissarro, tandis que les Pas circonspects et Pressés de Pierre Étaix évoquent Pour moi un Portrait Provocateur de Pablo Picasso.
004_la haye 16.08.2013 chiara réduite

Hooistraat, La Haye, Hollande

Je ne suis qu’un Pion qui hésite au Pas de la Porte du Progrès et de la Paix, deux Personnes dont j’ai entendu Parler, que je n’ai Pas eu la Possibilité de rencontrer, nonobstant mes Patientes recherches : je Pense que le Progrès est impatient tandis que la Paix est Paresseuse.

Ils Pourraient Pourtant faire quelques Petits efforts Pour le bien de la Planète !

Arrivé Près du Palier de mon appartement Parisien, un bout de Papier a glissé sur le Plancher depuis la Poche de mon Pantalon. Il n’y a qu’un mot : POURQUOI…

Giovanni Merloni

(Continue)

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 30 juillet 2013

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Y a-t-il quelqu’un qui supporte les devoirs de vacances ?

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Mes chers lecteurs, pendant deux semaines le « portrait inconscient » partira en vacances d’instruction à la Belgique et en Hollande. 
Dimanche 18 août, avec la lettre « P », reprendra — tous les mardis, vendredis et dimanches — le voyage dans l’alphabet renversé de l’été 2013, qui devrait s’achever, avec la lettre « A », trois jours après la fin canonique de l’été, c’est-à-dire mardi 24 septembre.

Y a-t-il quelqu’un qui supporte les devoirs de vacances ?
Attention ! Je vais vous prévenir avant d’entamer un sujet qui pourrait ne pas s’adapter à l’esprit du mois d’août et surtout à la chaleur de ces jours. Une période plutôt propice aux promenades insouciantes en sautillant d’un rectangle d’ombre à l’autre.
En quoi consiste alors cet avertissement ? Dans le fait que je n’ai jamais supporté, comme vous je crois, les devoirs de vacances et qu’il me semble toujours, dans le moment consacré à l’interruption de quelque chose… qu’elle ne nous appartient plus. Quand on laisse un bien, un travail que d’autres devraient ou pourraient continuer, quand on laisse des objets dans un appartement, ou dans une malle, ou dans un blog que quiconque peut consulter… on a peur de devenir ennuyeux et aussi de s’attendre, sans le vouloir, à des réactions qu’on ne peut pas prétendre.

Pourtant, une fois établi qu’il n’y a pas de devoirs de vacances pour personne ici, dans cet « atelier sans portes ni fenêtres », je serais heureux si quelqu’un des lecteurs de ce blog profitait de la possibilité d’accéder facilement aux divers textes ici publiés, en considération du fait que toute consultation se révélera dorénavant améliorée grâce au regroupement des textes en catégories, avec la mise à disposition de deux listes assez complètes, d’où l’on peut accéder directement à chaque publication.

En outre, durant ces douze jours de séparation, vous pourrez profiter de l’intense travail d’échange avec « il ritratto incosciente« , aboutissant dans la mise à disposition de toutes les poésies, jusqu’ici publiées, dans les deux langues (français et italien), dont vous recevrez l’annonce par Twitter au jour le jour.

Visite du blog
Pour faciliter la découverte et la lecture, on a regroupé ci-dessous les textes en deux listes organisées en fonction des suivantes catégories :

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Liste des articles du « portrait inconscient » (auteur Giovanni Merloni) regroupés par catégories :
alphabet renversé de l’été 2013
le portrait inconscient
le quatrième côté
le train de l’esprit
nouvelles, contes, récits
portrait d’Italie
portrait d’un tableau
portrait d’une table
portrait du dimanche
vases communicants

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Liste des poèmes de Giovanni Merloni regroupés par catégories :
abandonner rome, poèmes 1992-2005
ambra, poèmes 1960-1965
nuvola, poèmes 1966-1971
stella, poèmes 1972-1974
ossidiana, poèmes 1975-1976
luna, poèmes 1977-1991
paris, poèmes 2006-2013
testament immoral

Giovanni Merloni

Une femme (pas tout à fait) seule (vasescommunicants août 2013)

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Merci, Dominique, de m’avoir proposé de partager avec toi cette aventure des « vases communicants », ce vendredi 2 août 2013, merci d’avoir accueilli mon billet jumeau d’aujourd’hui — titré « De la confection à la dégustation » — dans ton blog. Cela a été un grand plaisir pour moi, parce que, mettant de côté le décalage objectif entre ton expérience et la mienne (je ne suis qu’au septième rendez-vous avec les « vases »), tu as proposé pour les vases communicants, dès le commencement, une vision très positive et amicale. D’ailleurs, il suffit d’aller sur ton blog plus récent — Le Tourne à gauche  —, désormais très connu et fréquenté. Il suffit d’y lire les débats quotidiens qui se déclenchent à partir des suggestions de tes billets, toujours riches et inattendus, pour se rendre compte de ta façon unique, Dominique, de créer un climat idéal de discussion et de travail aussi.
En quoi consiste le projet de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis) ? Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie justement grâce à Brigitte Célérier.
G.M.

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Cliquer pour agrandir

Une femme (pas tout à fait) seule

Quand tu m’as envoyé ton fichier « Zip » (la fermeture-éclair des photos), cher Giovanni, j’ai eu du mal à choisir l’un des clichés car tous possédaient leur charme et leur unité : l’affiche d’Une femme seule, pièce de théâtre de Dario Fo et Franca Rame dans laquelle ta fille Gabriella avait joué en 2011, du 22 août au 19 décembre.

La photo numéro 8 m’a frappée (en douceur) car le visage de l’interprète était comme surmonté de celui d’une autre actrice, une femme peinte peut-être par Tamara de Lampicka – ne pas oublier d’aller voir cette expo avant sa fermeture le 8 septembre prochain. Sa pose à l’envers montrait, comme pour une carte à jouer, qu’un visage est réversible, sensible au mouvement, et peut faire logiquement (ou parfois sans aucune logique) tourner la tête.

Et puis, il est naturel de sortir de l’introversion : le théâtre sert sans doute à cela, sans parler de « catharsis » ou, pire, de « purgation ». Le personnage sur scène permet que l’on se glisse d’autant plus facilement dans sa peau qu’il est présent : ici, la femme (pas tout à fait) seule est presque à portée de main, physiquement ; son image n’est pas éloignée, irrémédiablement, comme sur un écran de cinéma.

J’ai imaginé cette représentation au théâtre des Déchargeurs (il porte le nom étrange de cette rue, et cela lui va bien) : Gabriella – donc Maria – est dans son appartement et la fenêtre s’ouvre sur un autre horizon que celui dans lequel l’avait enfermé son mari. Elle chante à tue-tête (comme une révolutionnaire), elle enchante, devine-t-on, ceux qui la voient et l’écoutent depuis leur siège dans la salle.

Elle s’extravertit, sans sauter dans le vide, sa prison mobilière est devenue, grâce à une voisine, un lieu où elle peut enfin s’exprimer, se laisser aller, vivre ou rêver.

L’Italienne a peut-être (j’imagine…) ramené avec elle tous les parfums de la péninsule, Casanova, les canaux de Venise, la Toscane, Florence et Rome… Nous sommes transportés en Italie par la magie de la parole et du chant, je me demande même si l’on sent l’odeur du parmesan, si l’on voit la fumée des pâtes fraîches et si l’on aperçoit la bouteille de San Giovese posée sur la table de la cuisine.

Alors, tu auras été sadique avec moi, cher Giovanni : je n’ai pas vu ta fille jouer sur scène mais des photos (et cette vidéo jointe) en gardent le souvenir.

Dario Fo  a toujours été un peu fou, sans doute connaît-il aussi bien le français que l’italien. Et pour toi, pas de problème : tu sais admirablement, avec ton art inimitable, dessiner et écrire d’autres mises en scène.

Texte : Dominique Hasselmann

Photo : Giovanni Merloni

De la confection à la dégustation

Q ou Quintessence (alphabet renversé de l’été n. 10)

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Quand on arrive à la lettre Q, on s’aperçoit tout de suite de son inquiétante présence quantitative et qualitative dans nos querelles et quiproquos quotidiens : « en quête de quoi les gens du quartier ondoient-ils tous les jours entre le quai du canal et le quai de la gare ? »
En Angleterre, en Italie aussi, une question semblable serait considérée comme un véritable quiz, auquel presque personne ne saurait répondre. En France, il y a bien sûr le Quatrain quotidien d’Élisabeth Chamontin  — et bien sûr la voix immortelle de Raymond Queneau — pouvant lui donner des réponses quand même adéquates, sinon quasiment parfaites.

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Quant à moi, je suis incapable de trouver dans le dictionnaire d’autres mots ainsi qualificatifs que les précédents de l’importance majeure de la lettre Q. J’essaierai alors d’en extraire la Quintessence, résidant peut-être dans le mot Quadrivium, ancêtre directe du carrefour et du croisement, c’est-à-dire le point unique où toutes les voies se rencontrent ou, si l’on veut, le lieu de départ de toutes les routes s’en éloignant pour atteindre les quatre bouts du monde.
Je ne crois pas qu’à Rome puisse se rencontrer l’Aleph de Borges, bien sûr… Mais, je veux me risquer en allant à la rencontre de ce « Qui-va-là » qui a frappé mes oreilles lorsque je suis arrivé, à cheval de ma dernière chimère galopante, près d’un lieu qu’on appelle Quo vadis, choisi par le prix Nobel de Littérature 1905, Henryck Sienkiewicz, pour y situer son roman historique homonyme,. Un lieu d’ailleurs très agréable, simple et dépouillé de toute présomption…

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Oui, ce « Qui-va-là ! » me fait peur… Une peur que pourtant je suis obligé de mettre de côté, car je dois d’abord résoudre une question qui m’affole : « est-ce qu’il y avait le point d’interrogation dans la plaque installée près de cette bifurcation historique et mythique entre deux rues romaines ? »
Je suis très reconnaissant à Maria Teresa Lanza, géniale écrivaine et essayiste de Rome (habitant Milan) que j’ai eu la chance, il y a longtemps, de fréquenter avec ma famille.
Elle soutient, dans un de ses bouquins très fouillés et rares, que les Italiens, — dont je fais évidemment partie pour le meilleur et pour le pire —, seraient héritiers de deux personnages aux tempéraments opposés, mais, de quelques façons, complémentaires : en premier don Quichotte de Miguel de Cervantes ; deuxièmement don Abbondio d’Alessandro Manzoni.
 En fait, le personnage de don Abbondio, peu connu en France, est la Quintessence du lâche intelligent, non dépourvu d’humanité, dont nous avons eu beaucoup de représentations efficaces par le biais d’acteurs incontournables comme Totò, Alberto Sordi, Vittorio Gassmann, Ugo Tognazzi et Nino Manfredi.
D’ailleurs, don Abbondio correspond aussi à la figure de Sancho Panza, le paysan sage et rêveur, sans pourtant en assumer le penchant pour les illusions…

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Tandis que je me rends vers le Quo vadis (auquel j’enlève par prudence le point d’interrogation), j’entends encore résonner ce « Qui-va-là ! » dans mon crâne. Mais d’où vient-il ? De la rue Appia ou de la rue Ardeatina ? Du sentier montant du parc mitoyen ou bien de la porte ouverte de la petite chapelle votive (hébergeant un buste assez discret d’Henryck Sienkiewicz) qui prête son ombre baroque au carrefour ?
En m’approchant du Quadrivium tout comme Œdipe — étourdi moi aussi par un gros caillou qui venait juste de tomber de travers sur mon front —, j’essayai inutilement de fredonner Que sera sera.
 Je n’avais pas d’haleine dans ma gorge. Mon sentiment d’égarement dépassait même celui qu’on prouve lorsqu’on s’aventure dans l’esplanade des Quinconces à Bordeaux. Je dus me sauver alors dans la sombre fraîcheur de la petite église.

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Ce fut là-dedans que la Quintessence de l’emportement convulsif se matérialisa dans mon esprit et dans mes veines. Mon portable, depuis longtemps oublié à trois centimètres du cœur, c’est-à-dire dans la poche intérieure de mon veston indien, explosa dans un cri désespéré et menaçant.
— Où vas-tu ? me demandait une voix jamais entendue avant au téléphone.
— Tu es… Quirina ! Euh… je suis juste dans le lieu où, selon la légende…
— Quoi ?
— As-tu jamais entendu parler de Quo vadis ? Tu devrais connaître bien cet endroit. N’es-tu pas archéologue ?
— Tu nous laisses dans la bagarre et dans le désordre et te sauves dans ton île heureuse, me dit Quirina.
— J’ai tout organisé pour le séminaire de demain, lui dis-je. Maintenant, je suis tellement agité…
— Chacun a ses problèmes, dit-elle. Tu as de très bonnes qualités, mais tôt ou tard tu te laisses attirer par le gouffre.
— Il n’y a aucun gouffre, ici. Je dois prendre une décision, c’est tout.
— C’est moi qui ai besoin d’aide ! C’est moi qui dois prendre des décisions ! protesta Quirina.
— Ici il n’y a qu’une fourche, essayai-je de lui expliquer. Sur la droite on poursuit pour le parc de l’ancienne Appia. Sur la gauche on arrive aux Fosses Ardéatines. Des morts partout.
— Il faut penser aux vivants !
— Tu veux venir ici ?
— Étrange proposition, la tienne.
— Écoute, Quirina, si tu veux parler avec moi, on peut bien le faire ici, pourquoi pas ? Je traîne en long et en large, pour le moment je ne suis capable de faire mieux. De temps en temps je vais m’étendre dans un coin de pré qu’il me semble confortable…
— Tu m’inquiètes…
— C’est toi, au contraire, qui as besoin d’une voix amicale. Est-ce que la mienne peut te suffire ?
— Oui, j’ai besoin de parler à quelqu’un. Je te rejoins dans un quart d’heure. J’ai la moto, une Vespa !

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Tandis que j’attendais, la queue de voitures venant de Porte Saint-Sebastien augmentait. Essoufflés, les gens descendaient, prêts à s’engueuler l’un l’autre au moindre prétexte. Heureusement, personne ne s’occupait de moi. Je considérai les avantages de la moto en cette circonstance-là. Cette stagiaire de l’Université, que mon drôle de poste m’avait fait rencontrer et maintenant travaillait coude à coude avec moi pour préparer une contribution au séminaire sur « Rome et… », était plus jeune que moi d’au moins quinze ans. Jusque là on n’avait pas eu occasion de toucher un argument personnel quelconque. Maintenant, elle allait faire le slalom autour de ces carcasses pour toucher finalement ce rivage incandescent que j’avais choisi dans le hasard le plus total. Rien que pour couper le fil brouillé de ses pensées fixes, peut-être.
— Quo vadis ? me demanda un garçon de 12-13 ans. Enfant de chœur dans la petite église, il devait assister le curé dans une messe funèbre.
— Je ne suis pas Jésus, dis-je timidement, tu n’es pas Saint-Pierre non plus. Pourquoi tu me dis ça ?
— Ce soir on fera un film sur les catacombes…
Je m’appuyai contre la grille du parc. Il avait suffit le temps du colloque téléphonique avec Quirina pour que ce lieu ne fût plus tranquille. Je me réfugiai dans la vision de cette amazone-centaure en train de se plonger avec son casque plein de cheveux au milieu des fumées et des flèches de chaleur violente : elle avançait déjà telle un sous-marin glissant sur le fond accidenté d’une mer sombre, percée par des fils de lumière verte.
J’avais désormais perdu le compte des motos défilant sous mon nez qui faisaient vibrer mes oreilles. Je commençai à m’interroger sur la nature du rapport entre cette experte d’anciennes pierres et les deux roues, au lieu de récapituler les questions que j’avais depuis longtemps envisagé de lui demander, en confidence. Devais-je résister dans mon poste, réagir aux vexations qu’on me faisait ? Ou alors, de quelle façon pourrais-je m’en sortir la tête levée… Mais, le vacarme des klaxons et les rigides préparatifs des funérailles envahissaient tellement l’espace du Quadrivium que je ne réussissais pas à me concentrer..
Dans mon imagination en panne, la moto de Quirina dessinait des  gribouillis sur la page blanche et grise de ma ville mentale, gravée sur du papier recyclé. Ou parfois elle semblait vouloir m’indiquer de précises voies de fuite que je pouvais interpréter comme autant de voies d’accès, de nouvelles routes à battre. Des pistes merveilleuses jaillissant par enchantement même dans les lieux les plus inaccessibles.
Tandis que moi, j’avais cessé de regarder dans la direction d’où Quirina aurait du arriver, elle, la femme-motocyclette, s’était vite changée en tailleuse ou plutôt en machine à coudre, engagée dans un élégant mouvement sautillant. Je croyais d’être glissé de but en blanc dans une véritable hypnose ensoleillée, où cette femme de la fortune se déplaçait en souplesse tout en traînant un invisible fil d’Aryane, suffisamment costaud et adapté à renouer de nouveaux espoirs, lorsque Quirina arriva.

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Je pourrais avoir confondu comme dans un film d’Alain Resnais mes rêves avec mes souvenirs, ma peur de don Abbondio avec la témérité de don Quichotte, la lumière aveuglante, qui m’avait obligé d’arrêter la course désespérée, avec le sombre de l’église ou de cette gracieuse guinguette…
Une chose est sûre, dès que le casque de Quirina s’était affiché et que la Vespa blanche avait été garée avec une lourde chaîne près d’un poteau électrique, les voitures avaient disparu et le corbillard noir aussi s’était volatilisé.
Maintenant, l’ancienne bifurcation romaine avait repris son aspect de calme millénaire. On rentra dans le local qui se faisait apprécier pour la petite originalité de proposer une cuisine végétarienne.
Là-dedans, Quirina me parla avec enthousiasme de son fils n’ayant pas encore un an, qu’elle avait voulu coûte que coûte, nonobstant le manque…
– Son nom est Quasinodo. Le jour je l’appelle Quasi, la nuit Modo…
Tandis qu’elle me racontait son histoire au milieu de larmes continues et résignées je lui parlais à ma fois des choses absurdes qui m’arrivaient. Mais, comment pouvait-elle me comprendre ? Et moi, comment pouvais-je accueillir de façon humaine et concrète son appel ? Nous étions tous les deux dans des beaux draps !
— Et quand nous aurons tout dit, tout vomi, est-ce qu’on aura trouvé la façon de nous aider l’un l’autre ? ce fut une de mes phrases les plus maladroites.
— Tu as eu peur de vivre un amour partagé jusqu’au bout, dit-elle.
— Oui, l’amour pour une ville… répondis-je. Mais, je vois que tu sais encore très peu de moi.

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Une fois sortis, nous fîmes une petite promenade dans l’allée des cyprès. Je regardai cette femme hagarde et pensive avec un étrange état d’esprit. Peut-être tout ce qui m’arrivait dans les derniers temps avait eu affaire avec ma solitude ? Je décidai de réagir, en me disant qu’il fallait d’abord sortir du trou.
— Ou vas-tu, Domina ? demandais-je.
— Je rentre à mon bureau, puis je vais récupérer Quasimodo à la maternelle. Et toi ?
— Je traîne par ici. En fait, je dois encore décider la route à prendre, comme Œdipe. Peut-être que je me trompe, que je prend la route d’où arrive mon père, et que je le tue pour devenir l’amant de ma mère.
— Ta mère est morte. C’est l’unique chose que je sais de toi.
— D’accord, je ne rencontrerai personne. Merci du bon présage ! Donc je continuerai à marcher, jusqu’au tombeau de Cecilia Metella…
— Et moi, qui vais-je rencontrer ? me demanda-t-elle.
— Quelqu’un qui tient vraiment à ton bonheur…
— …Auquel je devrais me sentir liée par un sentiment réciproque, dit-elle brusquement.
— N’as-tu pas compris que je suis la Quintessence de l’italien moyen, un parfait don Quicondio ? Je m’en suis bien aperçu tandis que je t’attendais. Mes pulsions égales et contraires sont une formidable garantie d’immobilité.
Quirina s’était hissée sur la Vespa :
— Il n’y a pas que deux voies, mon ami. Trouve bien la troisième !
— Je n’en vois que deux, mon amie. Regarde ! Sur l’Ardeatina s’affiche de toute évidence mon côté gascon et protecteur, qui m’agace et d’ailleurs ne pourrait pas te plaire. Là, sur l’Appia, c’est l’homme prudent et pourtant maladroit qui s’installe, lâche et plein d’élans inutiles et dangereux. Celui-ci est obligé de reconnaître qu’on risque très facilement de glisser dans les quiproquos.
— Une vie sans quiproquo ne pourrait pas exister ! dit-elle. Et rappelle toi, dans l’amitié comme dans l’amour on aime plutôt les défauts que les mérites. Ceux-ci nous agacent, nous énervent. Ne vois-tu pas où t’ont amené tes mérites à toi ?

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Au couchant, je me promenais seul au milieu des ruines de la rue Appia, une marguerite entre les dents. D’un coup, je m’aperçus que Quirina marchait à mon côté.
 Elle souriat, me demandant pourquoi j’avais dû attendre si longtemps avant de trouver la bonne route. Je lui répondis qu’elle avait dit, sans s’en apercevoir, un mot, rien qu’un mot vraiment clair et efficace parmi des phrases par milliers, peut-être inutiles.
— Quel mot ?
— Réciproque.
Toute incertitude venant d’un lieu comme Quo vadis avait largement perdu son importance dès que l’amour s’était installé entre nos âmes désemparées.
— C’est dans la réciprocité la Quintessence de la vie ?
— Oui, Quirina.
 Mais, dorénavant, ne me quitte pas !
Que sera sera, fredonna-t-elle, tout en caressant l’inscription Senatus Populus Que Romanus.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 30 juillet 2013

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R ou Raccourci (alphabet renversé de l’été n. 9)

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La Route Romantique de la Romagne à la République

Rien que partir, de Rome ou de Romagne, mes deux patries infiniment aimées, toujours inconnues.

Rien que Rompre tout ce qui pourrait me Relier, me Retenir, me Rattraper par une Reproche à ma Résolution non suffisamment Réfléchie.

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Observatoire du Collegio Romano, Rome. Photo d’Adelaide Sericola

Rien que Regarder vers la Route sans jamais me Retourner vers les Ruines les Restes Refoulés puisqu’on n’a pas eu le Recul ni le Répit de tout Ranger.

Rien que Rêver d’une petite Révolution Responsable.

Rien que jeter un Regard pour se Rassurer.

Rien que Répéter par cœur les Rimes d’un petit Recueil de gianni Rodari ou d’amelia Rosselli.

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Rome depuis l’observatoire du Collegio Romano. Photo d’Adelaide Sericola

Rien que Rompre le fil Rouillé de cet invisible Réseau de Rues de Rêves de Rires de Racines.

Rien qu’essayer de ne pas Rater tout Raccourci .

Rien que Résilier toute vaine Rigueur.

Rien que se laisser Ravir par le Recto-verso de la vie.

En Rose.

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photo de Giovanni Merloni

La Roue Roule
La Rose Rouge Rayonne
La Rage sans Ruse Ronge
La Rime de Ronsard Résonne
La Raison du Roi Règne

Le Regret sans Remords Ruine
Le Remords sans Regret se Ratatine

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photo de Giovanni Merloni

Revenant de Rome ou de Romagne
me Risquant par une Route Rocambolesque
en Ralentissant près de Remparts Romanesques

je Réfléchis ou je Rêve

à la Rupture coupant les Racines
à la Reliure qui cache les Ratures

au Ravalement, au Rangement
aux Rendez-vous, au Règlement

à jean jacques Rimbaud
à arthur Rousseau

aux Rideaux au bout du Rouleau
à la Rumeur Rebondissante d’un Ruisseau

sur la Route Romantique
de la Romagne
à la République.

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photo de Giovanni Merloni

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 28 juillet 2013

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