le portrait inconscient

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Le pro-fil d’Ariane, 2004 (Solidea n. 17)

28 lundi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_le pro-fil d'ariane NB 180Le pro-fil d’Ariane (2004)

Ariane
Tu montes et descends.
Ton corps deguisé
(enveloppé, juste cenné)
entre et sort, subite
(derrière le fil homonyme)
à travers ton special
regard azuré.

Ariane
tu te confies et te plantes
puis, assez tôt
sans prétextes
— par un léger, élégant
tourbillon — tu disparaîs.

Ariane
(il faut l’admettre)
tu n’effaces pas tes conquêtes
se balançant à ton fil
pendus à jamais.

Pourtant Tesée, ton Tesée
(en renversant les conventions
et dénaturant le mythe)
tu l’as laissé
seduit et abandonné
à se faire dévorer
par le remords divin.

Aux autres, de loin,
depuis tes odyssées à rebours,
tu accordes ta présence
bienveillante :
et l’on garde en reliques
tes cartes postales
où tu t’incastres, petite
à peine perceptible
dans les épaisses lignes du monde.

Confiant j’attends tes retours.

002_ariane 01 180

En-air-a
mère et soeur de Marie
tu accepterais
n’importe quelle aventure :
tu laverais Jésus ;
tu accompagnerais un aveugle
au-delà de la mer ;
volontiers tu lui raconterais
les leurres pâtis
par le vaisseau pirate
les écueils qui pourraient briser
(d’un moment à l’autre)
la quille noire, perdue
au-dessous de sillages gris

mais tu croirais cet aveugle
s’appelant Homère ou Tirésias
ou Ray Charles ;
tu croirais que ces voix
dilatées, vaticinatrices
peuvent lancer
hors de ses orbites
le monde.

003_ariane 02 180

En-air-a
samaritaine
rêvant les yeux ouverts
lumière qui glisse
sur le dos de la mer.

En-air-a
patronne des amoureux
qui perdent la raison
juste pour se sauver.

004_ariane 05 180

Ariane
dans ta force vitale
demeure une étrange douceur
senti-physique
et senti-mentale,
Une ressourse noble
généreuse, argentine.

Ariane fontaine
grotte précieuse
tombant à pic
(comme un diamant)
dans la mer.

Ariane vague marine
qui s’enroule
(douce anxieuse
moelleuse silencieuse)
dans la petite échancrure intime
d’une île.

005_ariane 04 180

Ariane mère et fille
sanctificatrice de la joie
sanctuaire de la vérité
auberge de la vie.

Ariane au-dedans au-dehors
(rires et larmes)
(légèreté et poids de la vie):
Ariane tourniquet
Ariane, parmi toutes
les femmes-port de mer
tu pourrais être Gênes
ou Naples ou Bordeaux
parmi tous les océans-femme
la Méditerranée.

Ariane
En-air-a
grotte, petite plage, ninfe
vestale, ambassadrice
plume sans chapeau
amie comme
elle seulement le sait
être.

Giovanni Merloni

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 28 avril 2014

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Passent la mort et la nuit, sa sœur jumelle

22 mardi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, mes poèmes

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001_ada 180

Tes cils clairs font des tours d’une absurde lenteur, sans pouvoir s’élancer dans un geste imprudent. (Il est tard sur les bancs et dans les terrasses.) Et j’observe les contours à tes cheveux de velours, voltigeant sans caresse, telles des ombres, au-dessus de tes dents souriantes, de ta bouche haletante.
(Sur les murs, des signes indéchiffrables, ainsi qu’au long des ombres se hissant vers les toits ; derrière les vitres, si t’arrêtes, tu découvres la lenteur de nos pas ; tu devines une à une les lumières scintillantes par le sang des blessures, ces lumières assombries par la peine ; te souviens du chagrin éparpillé et bizarre touche-à-tout, qui peut-être n’en voulait de personne.)
Le regard sur le trottoir, tu te mêles au bleu du soir, gigantesque miroir pour les yeux gris de cendre de la lune. Il est trop tard sur les clochers, sur le pavé, sur les toits des baraques. Les yeux de la mort s’accoudent, invincibles (d’ailleurs, la guerre est voisine, elle se mêle aux passants.) Une grimace enveloppe les petites ombres. Des chiens hululant en troupeau font la ronde. Tu es là, blonde, ondoyant dans les bras de mon pâle souvenir. (Devant les murs et les vitrines, devant nous, raids vifs regardants, passe la mort comme en rêve, en nous caressant les paumes en soufflant légèrement sur nos fronts détendus.)
Je crois qu’on se quittera ici, au milieu de cette poussière, de cette fumée… Adieu, je sais déjà que c’est cela que je dirai… aucun mot sur mes états, sur cette exaspération me donnant l’envie d’en finir…
J’y ai beaucoup réfléchi, tu comprends ? comme d’autres fois, par cette phrase je réussirai à atteindre ma nausée. Et je gâcherai nos souvenirs, je le sais.
Mais toi, tu ne me manqueras pas. Je te garde à jamais, au fond de l’âme, même si tu t’éloignes de moi tout au long de la vie. Tes cils clairs feront alors des tours et des détours d’une absurde lenteur sans pouvoir s’élancer (même en cas de guerre) dans un geste imprudent.
(Passent à présent la mort et la nuit, sa sœur jumelle, tout en dispersant les cendres et la fumée.)

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 22 avril 2014

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Joli monde, 2014 (Zazie n. 11)

21 lundi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

 001_joli monde001 180

Joli monde

Joli monde
frôlé par les voyageurs
englouti par les nuages
malmené par l’eau et le soleil.

Joli monde
incompréhensible cocagne de jouets
incorrigible tanière d’injustices
des fois trop
des fois rien de rien.

Joli monde
unique et robuste
jamais avare
de surprises rares
lit de Procuste
fil barbelé
terrain miné
mais aussi pré
où le soldat a aimé.

Joli monde
unique au monde
qu’on a peint sur un fond
coloré et fécond.

Joli monde
tu n’arrêtes pas une seconde
ta dérive vagabonde ;
oui, tu réfléchis, par bonds
mais parfois tu surabondes
avec ton puits sans fond.

Joli monde
blond ou noir, immonde
(on est sûr qu’il est bien rond ?)
joli monde hypocondre
je veux bien lui correspondre
où sinon je m’effondre.

Joli monde
depuis les bouches d’égout
sales, ressuscitent des cohues de morts
en file indienne
la main dans la main
comme des figurines d’étain
ne faisant qu’un avec les souris
les chats et d’autres errants.

002_joli monde002 180

Jolie terre
Angleterre, Daguerre, Abbé-Pierre
terre de pommes de terre
moins de paix que de guerre
jolie terre qui lance des pierres
où mon cœur se resserre
où mon envie se désaltère.

Joli monde de terre
si je dépasse la fin des terres
une peur bleue m’atterre.

Jolie eau
je suis un poisson hors de l’eau
un évier qui coule de l’eau.

Jolie eau de ruisseau
à mon corps blanc-manteau,
joli abri sans rideaux
juste en face des châteaux
du bon vin de Bordeaux.

Joli monde d’eau,
sur mon cœur d’arbrisseau
coule un destin en lambeaux.

Joli feu
incendie doux, faible jeu
feu roque qui dure peu
joli feu devenu chef du lieu
où brûle mon petit aveu
où meurt notre adieu.

Joli monde en feu
tous les jeux durent assez peu
et mon lit brûle dans l’enjeu.

Joli air
Molière, Voltaire, Baudelaire
l’air est beau lorsqu’il fait clair.

Joli air sommaire
où je meurs du mal contraire
oubliant l’abécédaire.

Joli monde d’air :
de plus en plus balnéaire
notre vie devient moins claire.

Jolie lumière
perle rare et liminaire
épouvantail et mystère
jolie lumière qui t’a séduite
même si tu me dis « ensuite »
je ne cesse ma poursuite.

Joli monde de lumière
ces deux corps en contre-jour
ne sont pas de la poussière.

Joli silence
ambivalence de l’opulence
nonchalance de le violence
des bourdonnements en notre absence
gâchent la coexistence.

Joli silence où la fumée s’élance
dans mes bras tu es Prudence
dans ses bras tu es Présence.

Joli monde de silence
viole violons violence
où finira mon proverbial bon sens ?

003_joli monde003 180

Joli monde
de terre et de lumière
d’eau et de feu
d’air et silence.

Joli monde
sans air, en contre-jour
sous l’eau, en silence
tu perds la patience.

Joli monde de ciel et terre
tout le monde tombe à terre.

Giovanni Merloni

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Pour ramasser un sens accompli à cet espoir, 1975 (Ossidiana n. 34)

16 mercredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_poesia di rinforzo IPhoto 180

Pour ramasser un sens accompli à cet espoir (1975)

1
Au petit matin
je prends déjà des notes
pour ramasser un sens accompli
à cet espoir.

2
Malaga, pistache, crème
rhum
un énorme iceberg
glissé d’un seau
d’argent,
un impalpable sorbet
coloré
se liquéfiant dans la saveur
d’un baiser marin.

Une glace
pour dégeler
pour dissoudre en un souffle
le couchant.

3
Tu es comme moi,
je suis comme toi :
quand je te cherche,
tu m’échappes. Pourtant,
quand tu me cherches,
je demeure.

4
Dans la fenêtre vide de mon imagination
j’ai projeté
l’inquiétude,
la détresse, la rage
contre la répression sauvage.

Sur le plafond de mon imagination
j’ai déroulé
les toiles aux couleurs foncées
de nos villégiatures
ensommeillées,
de nos invincibles promenades
entre l’herbe et les rochers.

Dans les caves de mon imagination
j’ai retrouvé
des expressions sèches,
du besoin et de l’égarement,
des personnages dédoublés
camouflant
leurs divers destins possibles.

Sur l’escalier de mon imagination
héroïque, la solitude douloureuse
est la mort,
la danse incessante
de notre étreinte joyeuse
est la vie.

5
Ne théorise pas
si tu veux vivre
ne fais pas de schémas
ne dessine pas des parenthèses
n’accumule pas de feuillets
et de rendez-vous avec le vide
si tu veux être heureux.

6
Un, deux, trois
et j’ai finalement coupé
ce fil inutile
me liant à la vie.

Un, deux, trois
et je vole sous l’eau
léger.

Giovanni Merloni

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Des moyens possibles, 1975 (Ossidiana n. 33)

12 samedi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_poesiam001 più nero 180

Des moyens possibles (1975)

Des moyens possibles
pour refouler ce chagrin
dans les tréfonds abîmés de l’âme
pour le transformer
comme tu dis
en fleur violette et rouge
en trophée du jour de fête.

Des moyens possibles
pour ne pas avoir besoin
de ton parfum ni de ta trompeuse
ressemblance à l’amour.

Des moyens possibles
pour graver dans ma grotte secrète
la passerelle de tes personnages.

Si tu étais de mes photos la cible,
tu refuserais ton accord à mes enquêtes,
et pourtant je sais bien ces images :

en bohémienne indisponible,
tu briserais les pas de la fête
sans risquer pourtant de gages ;

en villanelle incorruptible,
tu hocherais pensivement la tête
t’absorbant dans d’étranges mirages

en comédienne incoercible,
tu jouerais un acte sans queue ni tête
joyeusement assise sur les bagages

(susurrant et même scandant
la musique douloureuse
d’un voyage que nous ne ferons pas
d’une étreinte merveilleuse
qui n’arrivera pas
non plus)

Des moyens possibles
pour retourner à la terre,
à la joie indicible
de saveurs banales ;
pour atteindre l’indifférence,
tout en frôlant une existence
sombre et inhumaine.

Des moyens possibles
pour faire sortir ma vie
hors de ce petit mal
insidieux
gigantesque
ancestral.

Des moyens possibles
pour refouler ce chagrin
dans les tréfonds abîmés de l’âme
pour le transformer
comme tu dis
en fleur violette et rouge
en trophée du jour de fête.

Giovanni Merloni

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Le moment est venu, peut-être, 1975 (Ossidiana n. 32)

11 vendredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_poesiam002 più nero 180

Le moment est venu, peut-être (1975)

Le moment est venu, peut-être
de nous expliquer ce mal-être
qui se dérobe ou se cache
dans les coulisses sombres
où ma volonté sans relâche
de t’avoir sans encombre
se rencontre ou se mêle
avec ta silhouette frêle
paniquant aux cordes de cette estrade
trop étroite pour notre promenade

(Moi, maladroit, exagéré,
revêtu de laine en strates ;
toi, à moitié nue, égarée
presque évanouie et distraite).

Le moment est venu, peut-être
d’ouvrir grand une fenêtre
sur ce qui flotte derrière
mes mots larmoyants
(devenus ritournelles),
sur ce qui danse devant
tes silences sévères
(et ta beauté solennelle).

« Juste avec toi je demeure
puisque sans toi je meurs »,
par cette phrase, ma chère,
je n’ai pas été sincère,
ni prêt à assumer vraiment
les primordiales chimères
que tu me promets en souriant.

Car il me touche, à moi aussi,
de me mettre à nu
et qu’il arrive à mon insu
(en mourant dans tes bras,
même au milieu d’un cri
de joie assez violente),
d’être possédé — hélas ! —
par une étrange agonie
en manque des paroles
(perdues dans cette étreinte).

Et voilà le mystère éclairci :
plus que je me déshabille,
plus que je me rhabille ;
plus que je souffre un petit tort,
plus que je deviens grand et fort.

Tandis que je m’effondre,
j’ai peur de me morfondre
donc j’ai besoin d’une trêve
du recul, de sages rêves
en quête du pourquoi.

Vais-je deviner, en passant
ce que sont vraiment
l’amour, la vie, pour moi ?

Giovanni Merloni

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Pour nous dire encore adieu (Zazie n. 10)

10 jeudi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_dopo l'addio001 grigio 180

Pour nous dire encore adieu

I
Tout en nous désintégrant
dans les méandres de l’absence,
nous restons agrippés pourtant
tous les deux — quelle indécence ! —
à la vie.

À quelle vie ?

Je t’avais perdue mille fois,
mille fois je t’avais trouvée,
raide dans la pénombre,
et bien pelotonnée
dans une grimace sombre.

Mille fois je t’avais conquise
par des paroles impromptues
justes ou déplacées, exquises.

Tandis que toi, en un seul jour,
en un seul moment
essayant de le faire distraitement,
sans malaise ni sanglot
tu m’as quitté par deux justes mots.

002_moufle 180

II
« La vie continue », dit-on.
La vie ne cesse de tourner
(autour d’un aiguillon
telle une vis d’horloger) ;
la vie jamais n’arrête
de creuser d’ulcères
tout en multipliant
nos estomacs, nos œsophages,
en plus de nos viscères.

003_douches 180

III
Ô nouvelles solitudes
dans le vide voltigeant
de nos pas endoloris !

Il nous reste à découvrir
de plus en plus encombrant
le chagrin sans quiétude
de mille nuits, tombant
sur nos tristes yeux noircis.

Nous allons rencontrer
le désespoir noyé
dans cette pluie jaunie
qui fait son doux métier
sur nos bras engourdis.

004_boulangerie 180

IV
Désormais, cette vie journalière
ne nous appartient plus.
Elle se promène, à présent, étrangère
au-delà de la vitre
et c’est une vie printanière
empruntée
sans aucune apparence de souci
par milliers de silhouettes anonymes
ou de gueules en manque d’abri.

Si d’ailleurs une souffrance se cache
dans des puits insondables
dans des gouffres invisibles
les abîmes des autres
qu’ils soient même terribles
ne pourront ressembler
au chagrin quotidien
de mon manque de toi
de ta séparation de moi.

Jusqu’à quand — ô allégresse ! —
la vie même vient nous voir,
amenant des caresses
dans nos derniers couloirs,
où les gens nous câlinent :
il n’y a pas de sentinelles
pour cette étrangeté rebelle
de nos mots qui dessinent
de gribouillis de vie.

Après l’adieu des corps,
c’est ici que nos âmes
se sont retrouvées impatiemment
pour se dire encore
au jour le jour
adieu

Giovanni Merloni

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Par la seule force de ton sourire, 1975 (Ossidiana n. 31)

09 mercredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

Pour mes lecteurs les plus fidèles.
Comme vous l’avez vu, je suis en train de prolonger la pause annoncée avant la reprise de la publication du Strapontin. Cela dépend essentiellement de la nécessité de trouver un rythme le plus cohérent (ou le moins incohérent) que possible avec mes exigences vitales, où s’impose comme central le travail de peintre (qui demande, quant à lui, une organisation très stricte et méthodique de la journée ainsi qu’une consécration constante).
En cette situation, il suffit d’un petit contretemps (familial ou physique), pour m’enlever au jour le jour « le bon esprit » — il y a trente ou quarante ans, on aurait dit « l’inspiration » — pour rendre efficacement ce que je veux dire.
J’utilise ces « temps vagues » pour publier des poésies venant pour la plupart du passé. Je ne fais que les choisir, les traduire, les « adapter » comme l’on ferait avec une pièce de théâtre sentant un peu la poussière. Mais j’essaie d’être fidèle à l’esprit du temps concerné. Car chacune de ces poésies s’inscrit, petit à petit, dans un « monde retrouvé » qui a réellement existé et existe encore, qui sait où, dans les souvenirs tout à fait inattendus et hasardeux de ceux et celles qui ont partagé leurs vies avec la mienne dans les mêmes lieux.
Ce ne serait pas à moi de le dire, mais il est évident que tout ce travail de restitution de mon « zibaldone en lignes coupées » (ou si l’on veut en vers) fait pendant, depuis le commencement, avec le Strapontin ainsi qu’avec l’idée qui est à la base du Portrait inconscient.

000_bologna quadro 180

Par la seule force de ton sourire (1975)

Une grande scène hivernale:
les pas d’une femme élégante
attentive à ne pas s’effondrer
au milieu de la boue et de la neige ;
deux cents étudiants
aux regards effarés
(haletant contre l’air raréfié,
s’interrogeant
sur leur rôle à inventer,
se réjouissant
de cette façon inattendue
de vivre les rues) ;
mille soldats morts
sur une grande fresque murale ;
des couples d’amoureux
enchevêtrés comme des écharpes,
soudés comme des soupirs gonflés,
distraits et boiteux
comme des fils de fumées.

Le grand détachement
même inhumain
vis-à-vis des émotions
des passions, des douleurs.

La grande solitude
des jours de grève
où l’on finit par savourer
la grandeur des chances
la mesquinerie
de nos humaines limites
le plaisir rassurant
du retour aux origines
aux lectures difficiles
à l’écoute d’une chanson.

179_par la seule force 180

Tandis que le disque
reproduit à l’infini
l’écho obsessionnel
d’un hymne à la vie
(en nous absolvant
pour un petit instant
de nos obligations morales) ;

tandis que le caillou
glisse de notre poche
(le caillou de douleur et de sang
qu’on aurait dû lancer
en haut dans le pigeonnier
pour provoquer la pagaille
en réveillant
l’humanité tout entière) ;

chante, me dis-je,
chante, vole mon petit oiseau héroïque,
n’hésite pas à lancer,
généreusement,
dans la mêlée,
ton corps effiloché
maladroit et pourtant tendre
jusqu’à vaincre
par la seule force de ton sourire
l’hypocrisie du monde ;

chante, si tu veux
briser les attitudes rebelles
de ta belle, découvre
le secret qui s’épouse
aux besoins péremptoires
aux appels sourds et invisibles
recouverts d’écailles
et de parfums exotiques
d’une femme seule ;

002_chiostro monreale 180

chante, même avec la bouche
grimaçante, les lèvres séchées
par la fatigue
de journées ternes,

chante des mots en vers,
déversé-y les sentiments que tu as,
cache comme tu peux
l’amertume,
la nausée, le vide sublime
de ne pas partager jusqu’au bout
des idéaux communs ;

chante, avec ta gueule émaciée
et pourtant attentive,
développe finalement
(jusqu’à te rendre insupportable)
l’exercice
de l’intelligence la plus critique
de l’ironie la plus sarcastique
du calme le plus lucide
et froid.

Giovanni Merloni

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L’art de la rencontre « fatale » (Zazie n. 9)

08 mardi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_art r. fatale 000 180

L’art de la rencontre « fatale » (2007)

Terrible rencontre, ce jour-là,
hantée par de boueuses mémoires,
de sirènes glissantes,
d’étreintes lâches,
de douceurs impitoyables.

Terrifiant verbiage embrouillé,
consacré à toi, à moi-même.
Énième révérence
(souple et pourtant accablante)
à une honteuse beauté
qu’on ne peut pas toucher.

Territoire âpre, sauvage gymkhana
parmi des verres et des parfums,
essayant d’esquiver
ton sourire, ton rouge à lèvres
ton petit geste en retrait.

Terreau sur mon corps
précocement endolori.
Dans tes soupirs niés,
dans la censure
de tes promesses,
dans l’élan châtré
de tes sourires,
toi, prisonnière,
moi, aviateur au départ.

Propriétaire de pagodes,
de maisons de thé ombragées,
ô douce sommelière d’âpres ciguës,
je voudrais désespérément te louer,
m’inclinant hardiment envers toi
et non, hypocritement,
vers ce caporal-chef somnolant
ne faisant pas bonne garde.

002_art r. fatale001 180

Tu voudrais me conduire en arrière,
dans un ancien passage
(bien vivant et pourtant avili,
délirant, amnésique
prolifique et réactif,
devenu bien taciturne,
s’effondrant volontiers
dans l’oubli).

Tu le voudrais, toi qui passes
quelques centimètres derrière moi,
sur un pont aérien de barques
d’une rive à l’autre,
pensive.

Giovanni Merloni

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Je me suis aligné, 1975 (Ossidiana n. 30)

07 lundi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_je m'aligne 180 NA

Je me suis aligné (1975)

1.
Je me suis aligné
sur des hommes combattifs
pour travailler avec eux,
pour construire ensemble
des alternatives
dans le cycle infini,
dans le conflit pérenne
des choses :

il n’y a pas de travail
sans une lutte acharnée
sans qu’on ne s’arrête
à réfléchir ;

il n’y a pas de véritable liberté
sans qu’elle ne devienne
le patrimoine de tous ;

il n’y a pas de civilisation
ni de culture,
sans une société toujours éveillée.

2.
Je me suis aligné
sur ceux qui croient
dans les hommes
dans les idées.

Je me suis aligné
contre l’ignorance
contre l’arrogance
du pouvoir.

Je me refuse
de me déclarer organique
à une révolution sans les hommes
à un arrangement harmonique
fictif ou libéral
des contradictions.

Je me refuse de parler
juste pour désacraliser
juste pour scandaliser.

Je refuse de me créer une île
pour y être oublié
et assiégé.

3.
Je ne suis pas à l’aise
avec les avant-gardes
provinciales, livresques,
groupusculaires.

J’en écoute pourtant les voix
essayant de courir à rebours
contre les rapides
d’une ruineuse chute de tension
d’un nivèlement médiocre
des comportements.

Je renonce à marcher
en contre-courant
parmi les désespérés
d’une élite sentimentale
filant sur un radeau bien étroit,
volontaire, sans culottes,
me réjouissant d’une voile
anarchiste, désinhibée
(dont se passent très bien
tous ceux qui produisent
tous ceux qui exploitent).

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4.
À la veille de la bataille,
les camarades scrutent le marais.
Le silence est bruyant
parce qu’on est encore
trop peu de monde
l’ayant compris :

LA RÉVOLUTION
N’APPARTIENT PAS
ENCORE
AUX MASSES

Avec nos maisons brûlées
(pour démêler les gaucheries
d’une philosophie précaire),
notre sacrifice serait
une exécution sommaire
dont la télévision ne parlerait jamais.

(On dira que c’est à cause
de l’interruption d’un service
d’une calamité naturelle
d’un manque de réseau
cellulaire)

Personne ne parlera
de celui qui travaille en souffrant
en se blessant les mains
en s’épuisant dans le vin
dans l’incapacité d’aimer
de comprendre les autres
de rayer sa propre
écorce somnolente
ou de faire levier
sur les petits rites de la vie
pour de nouvelles conquêtes
pour de nouvelles forces
pour de nouvelles luttes.

5.
Dans nos débats
combien de fois
nous nous découvrons
inaptes à deviner
une vérité commune ?
incapables d’étudier
ni d’écrire ou de lire
ensemble ?

Nous débarquons alors
sur de vieilles philosophies
ou d’histoires des prophètes,
sur des personnages charismatiques
sur des pèlerinages.

Nous nous arrêtons au vague
d’amitiés méfiantes,
tandis que notre doigt violet
enfoncé dans la digue
arrête juste un instant
la mécanique inéluctable
de l’amour entre les fourmis,
de la guerre entre les fourmis,
du travail riche d’inventions
(mais dépourvu de science)
des fourmis, de la fantaisie
grande comme une fourmilière
des fourmis.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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