le portrait inconscient

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Quand on croit voir l’amour s’éloigner, 1974 (Stella n. 21)

20 dimanche Oct 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

volare oh oh antique 180

Quand on croit voir l’amour s’éloigner

Quand on croit voir l’amour s’éloigner
c’est alors qu’ils affleurent
les souvenirs les plus reculés :
un souffle sur ton front plissé,
une coupure nette qui était capable
de débrouiller n’importe quel écheveau,
ton pas près de moi, inattendu
notre étreinte soudaine.

Quand l’amour se replie, condamné,
on désire jusqu’au désespoir
que le temps sera infini,
qu’une vie sera deux vies,
qu’une promenade en hiver
dans le brouillard
sera aussi un plongeon
dans un amas de feuilles sèches et de boue,
que l’on pourra à nouveau se tenir par la main,
dans un bref voyage invisible,
vers les nuages suspendus
au-dessus du calme et du vent.

Quand l’amour près de nous se termine,
on ne cesse pourtant de chercher un ailleurs
où nos voix les plus égarées se retrouvent,
un point lointain
où nos pensées les plus figées se perdent.

Quand l’amour se perd,
nous apprenons à nous distraire, à nous renier,
à nous engager dans la bonne cause.

Quand l’amour lointain soudainement s’approche,
ils sont simples et très beaux les souvenirs
d’où jaillit ton sourire, facilement
(il me semble),
et que toi, tu deviens comme une vague :
la vague des pensées les plus affectueuses,
la vague des cheveux qui entourent toute chose,
la vague de caresses et murmures,
la vague d’une mer nouvelle,
la vague d’une terre au bout de notre bout,
la vague d’un vent sombre,
sibilante dans son tour dans le ciel et les toits.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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B ou Boh ? (alphabet renversé de l’été n. 31)

15 mardi Oct 2013

Posted by biscarrosse2012 in alphabet renversé, mes poèmes

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000_b_modifié-1 480 Je l’ai créée jusque du fond de toutes les choses
les plus chères pour moi, et je ne sais pas la comprendre.

(L’ho creata dal fondo di tutte le cose
che mi sono più care, e non riesco a comprenderla.
Cesare Pavese, Incontro, dans Lavorare Stanca, 1936)

001_boh c'est mon cri_180

C’est un mot qui m’obsède
ce Boh interrogatif
ce Boh indifférent
ce Boh la Bouche pleine
ce Boh sans aucun élan
ce Boh que j’entends encore :

Caïn, où est Abel ?
Boh ?
Caïn, où est Abel ?
J’en sais rien…

J’ai toujours eu le Bonheur
d’être né Bourgeois Border line
d’être tôt devenu Bohémien
ensuite flâneur de Boulevards
habitué de Bouquinistes
de Baguettes tradition
de Bistrots près des stations
du métro Bastille.

Mais pourquoi préfère-t-il Boiter
dans une capitale Bruyante
sous un ciel Brumeux ?
Boh ?

002_Giordano_Bruno NB 180

Au centre de la place rectangulaire
de Campo de Fiori, à Rome
survit, debout, au centre des ombrelles
Blanches du marché, sérieuse,
toujours effondrée en difficiles pensées
hérétiques, intelligentes, modernes
la statue de Giordano Bruno.

Mais, pourquoi ont-ils brûlé Bruno ?
Boh ?

Là-bas, au pied du Bronze, parmi
les fleurs, fleurit une Boulangerie
qu’on appelle forno ; là même un Bistrot
nommé trattoria : là dedans des Bourgeois
se déguisant en Bohémiens Bavards
échangent des mots d’incompréhension
avec des Bouquinistes Border line.

Quoi disait le Bouquiniste, au juste ?
Boh ?
Quoi répondait le Bohémien ?
Boh ?

003_navona 180

On appelait tout cela Bel paese, Bel endroit
aux toits ensoleillés, aux Bancs de pierre
aux coupoles Baroques de Borromini et Bramante
aux statues envoûtantes de Bernini
aux cathédrales de Brunelleschi
aux peintures de Botticelli
Beato Angelico, Giovanni Bellini.
Rome, Florence, Bologne.

On m’a dit qu’il est parti !
Mais pourquoi s’est-il Banni tout seul ?
Que va-t-il faire à Bologne ?
Boh ?

004_archiginnasio NB - copie

Ce fut ma Balance Branlante
Brûlant sans soucis les distances
entre Boh et Bologne
ce fut elle, la Bêtise
de chercher le Bonheur
qui tant pis, m’amena la Bonne
humeur, la Belle ivrogne
en compagnie de Berthe
de Barbara et Béatrice
et aussi de Bérénice.

Déjà Bologne c’était au delà
des Bornes ouatés des Apennins
et Bientôt les arcades, Bleutées
par la Brume de l’été,
Bienveillantes comme des Berceaux
infinies au-dessus de mon Béret
pouvaient Bouleverser mes Béates
résolutions d’aller jusqu’au Bout

Pourtant, il avait Beaucoup
de Bonnes intentions
et aussi d’idées Bonnes.
Pourquoi n’a-t-il pas su
Badigeonner les petites Blessures
Qui lui cassaient la figure ?
Boh ?

005_Stazione di Bologna 2 Agosto 1980 180

Sous la menace des Bandits assassins
cachés derrière une Bombe lâche
Bologne ne se fit abattre, mais depuis là
on n’a pas su s’adapter à la Besogne
de se Battre contre les Brutes
on a préféré naviguer à la Bouline
s’adonner à la dérive, s’accrocher aux Bouées ;
certes, Bosser, mais sans jamais
Bondir sur la scène, la Bouche Bée
éventant la Bannière de la Belle liberté.

Ensuite il est reparti, aimanté par une Boule
de verre, qu’une Bohémienne Blonde
lui lançait, le prenant pour une quille
de Bowling.
Ah, vraiment, laisse-t-il Bologne ?
Pourquoi ?
Boh ?

006_piazza di spagna BN 180

Brinquebalant, une à une les années quatre-vingt
se sont échouées, telles des Brins de Buée
sur la vitre Brisée d’une fenêtre romaine
ou d’en haut d’un Balcon. Au Bureau
le temps s’épuisait, les mots se Brouillaient
et plutôt que faire du Bien on Badinait
avec des solutions qui seraient Balayées
avant de naître, ratées. Rien ne Bougeait
sous le soleil de Rome. Bien sûr
on faisait du Bruit, on Babillait
on se rendait dans des Boîtes, on se déshabillait
on s’aimait au Bout de souffle, on hurlait :
Bonjour, Bonsoir, Bonne nuit !

C’est pour qui le Bon plan, le Beau prix
les voyages aux Bermudes, les vacances à Bilbao ?
Boh ?

007_paris 2006 180

Un Beau jour, Bécassine est venue
experte de Bonnard et de Braque
anxieuse de Boccioni et futur-Balla
emmenant le Bonheur des cartes postales
le plaisir des mots Bizarres, Barbouillés
aux Bords cornés des Bandes dessinées,
ajoutant la Béatitude d’une amitié de loin
avec le Besoin retrouvé
de lancer des Bribes de chair et de sang
au-delà de la mer Bouleversée
au-delà des montagnes Blanches.

Elle m’écrivait depuis Bayonne ou Blaye
de Sévres-Babylone ou de Brest
(toujours Bourrée d’une pluie qui ne cesse)
elle me racontait déjà les Balades
de Bastille à rue du Bac
de la Bibliothèque à Bonsergent
je lui renvoyais la poésie de Bassani
le conte de Buzzati
la nouvelle de Boccace.

Mais pourquoi, un Beau jour
Bécassine se rendit à Bordeaux ?
Boh ?

008_l'animalité NB 180

Carte postale reçue d’un ami de Bordeaux

Tandis que lui, il voulut Baigner
ses draps dans le Bleu-jaune
de la Garonne. Au Bord de quelle
illusion voulut-il se Bercer ?
Boh ?

Giovanni Merloni

(cliquez sur les images si vous avez envie de les agrandir)

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 15 octobre 2013

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Aller-Retour (vases communicants septembre 2013)

10 mardi Sep 2013

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges, mes poèmes

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vases communicants

Le billet que je propose aujourd’hui a été déjà publié le 6 septembre 2013 par Élisabeth Chamontin dans BLOG O’TOBO, son atelier ouvert où paraissent quelques-uns de ses textes littéraires. Voilà ce qu’Élisabeth avait écrit :
 « Un grand merci à Giovanni Merloni qui, pour la seconde fois, m’a proposé un échange dans le cadre des “vases communicants”. Son texte “Aller-retour” est donc publié ci-dessous, alors que les miens le sont sur ‘Le portrait inconscient’, le blog dans lequel il publie ses poèmes, sa prose et ses images. Car Giovanni Merloni est non seulement poète, mais aussi peintre ! Depuis notre premier échange, nous nous sommes déjà rencontrés plusieurs fois et avons lié amitié. Partis cet été dans des directions opposées, nous avons rapporté, de nos vacances respectives, poèmes et photos que nous partageons aujourd’hui. »
En fait, nous avons travaillé ensemble dans un climat très amical sur le thème « d’après vacances » que nous avons essayé d’exploiter sous forme de récit rythmé (en vers dans son cas), selon un esprit de réflexion et de joie de vivre aussi tout à fait partagé.
Rappelons que le projet de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre et Scriptopolis consiste à écrire, chaque premier vendredi du mois, sur le blog d’un autre, chacun devant s’occuper des échanges et invitations, avec pour seule consigne de « ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre ». La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte Célérier.
001_escalier descente 740

Aller  
Attention aux marches, les partants !
Balancez-vous doucement, avec vos valises !
Comment vous expliquer qu’il y a des règles ?

002_rue bréguet 740

D‘accord, dorénavant je ne vous dis rien, je vais me coudre la bouche.
(Effectivement le globe est grand
Faut pas s’engueuler
Gentiment je vais leur souhaiter…) Bon voyage !

003_voyage 740

Heureusement, vous avez de la chance !
Italie, c’est beau, vous verrez le tour de Pise…
(Je passai ma lune de miel à Venise
Kit de voyage une seule chemise
Linge pour une nuit et brosse à dents
Merveilleuse parenthèse, cela me suffit pour le reste de ma vie)

004_richard lenoir 740

Nous avons le canal, les vélos, Paris plage…
Opiniâtre ? Oui, j’aime le théâtre !
Pourtant on ne peut nier que parfois j’y pense

005_square 740

Que c’est beau de partir…
Rouler dans une route vide, briser les remparts
Saluer le profil de maisons sans leur dire bonjour
Trébucher dans un pré de montagne frais et nu, saluer l’inconnu
Une à une apprendre les cimes, leurs noms redoutables
Voltiger dans l’air, se diriger vers la mer…

006_mer 740

What ? You don’t understand ?
Xénophobe ? Pas du tout.
Yes, dans le Yacht où j’habite vous serez toujours les bienvenus.
Zigzaguant on se débrouille, dans cette ville infinie. Je vous attends !

007_grande place 740

Retour
Zénith, il faut laisser la chambre…
Yeux cernés, vous voyez ? C’est la Mort subite, une boisson locale…
Xylophone monotone dans le hall de l’hôtel, vous entendez ?
Whisky au petit matin pour ces messieurs hautains. N’est-ce pas drôle ?
Valises. Avec en plus les faïences hollandaises et les chocolats belges.
Urgence ! Je dois faire pipi !

008_nivelles pluie 740

Tournures menaçantes dans le ciel du Brabant,
Solennelles promesses de revenir,
Rêveries d’autres promenades ou d’autres bouffes, ensemble…

009_nivelles fin de la pluie 740

Quand la cloche sonne…
Partir est mourir un peu !
Opiniâtre nécessité de revenir à la base,
Notre seule plage, d’ailleurs.

010_via di bruxelles 740

Mirage d’une halte à mi-chemin, dans un village petit, très joli
Loisir de s’adonner à une halte rétrospective :
Kiss me my dear ! Embrasse-moi, idiot !

011_villers église 740

Je traverse comme un jongleur mes voyages de rêveur
Impossible, car tout cela restera inconnu,
Hélas ! On se console envisageant quelques bricoles :
Gentiment on pourrait transformer le cagibi en petit atelier ;
Froidement on pourrait remonter la pente en brisant les contraintes ;
012_république NB 1 740

Élégamment on pourrait s’en sortir.
Demain soir on se souviendra du code
Chancelant on grimpera dans l’escalier
Brusquement on ouvrira la porte
Attention au cafards !

013_escalier montant 740

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication le 6 septembre 2013 sur BLOG O’TOBO et Dernière modification ici le 10 septembre 2013

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Rêver d’arrêter de rêver, 1974 (Stella n. 20)

03 mercredi Juil 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

arrêter de rêver 740

Rêver d’arrêter de rêver

Espérer, rêver
de dilapider les revenus d’un mois
dans un festin de roi,
de me retourner avec une femme dans l’herbe
en emmenant deux ou trois de réserve
dans une gerbe.

Espérer, rêver
d’une reconnaissance magnifique
d’un accueil, d’une chance
d’un abri pour les vacances
de la fin de l’errance
pourtant assez poétique.

Sur le point d’obtenir
réfléchir
avec un geste déplacé
critiquer
avec aplomb
(sans faire de bond)
convenir,
vicieusement tournant,
vainement serpentant
(tout en dévorant sa propre queue),
tout en prêchant fiévreusement
cette vie heureuse
qu’on ne peut pas exploiter.

D’un coup,
désespérer, arrêter de rêver
quitte à se consoler
d’avoir les revenus d’une vie
à jeter aux orties, un petit coin de monde
à renverser dans l’onde
et deux ou trois îles cachées
dont se passer.

Dans une journée immonde
au passage de la ronde
(juste au point de mourir)
repartir, en se harcelant,
en combattant, en gagnant
quitte à tout gaspiller
avant de renoncer
à rêver.

Giovanni Merloni

Texte en ITALIEN

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Un fleuve gris, 1974 (Stella n.19)

02 mardi Juil 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

1974:3 740

Giovanni Merloni 2004

Un fleuve gris

Un fleuve gris se faufile
parmi les constructions effilochées,
entraînant de radeaux en plastique
de restes gigantesques.

Mourir seuls
dans le gouffre de cette boue,
se noyer en nageant
avec rage, vers le fond
de cailloux et de verre.

Des hommes, en haut des tours,
s’écrient synthétiques,
envoyant des gestes vers la rive.
D’autres recueillent de briques,
d’amas de goudron,
de restes de bois inutiles,
tout le monde s’affaire
tout au long d’un liquide fétide de rats morts.

Mourir de l’incapacité, succombant
à la décadence, au jeu
et se trouver à lire
à travers l’eau brillante
tes mots de stupeur,
ta fermeté, le jour de l’enterrement,
la surprise des autres.

Tout le monde avale la force douloureuse
de la patience, en renonçant
à s’habiller d’œillets rouges,
en renonçant à courir, légers,
au milieu d’amas de paille,
en renonçant à la passion
faible, sordide, compliquée
des bras nus
du silence retrouvé
en renonçant à la vérité douce
d’un sourire, de deux paroles
échangées derrière la vitre.

Tourner la page,
effaçant
ce que j’aurais voulu savoir faire,
donner, avoir, voler
tourner la page,
oubliant ce dont j’aurais voulu
me souvenir, en échange
d’un plongeon noir
ultime, définitif, libératoire
calme.

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

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Une poésie jaillissante de moi, 1974 (Stella n. 18)

29 samedi Juin 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

001_je voudrais 740 Une poésie jaillissante de moi

Une poésie jaillissante de moi
qu’on ne pourrait pas confondre
mille fois plus grande, je la vois
rebondir sur les murs et se fondre
dans les ombres grises des toits.

Une poésie maladroite, déplacée
va rester inobservée, broyée
par les pas de jeunes gens hébétés.
Elle va mourir sans clameur,
écartée par des hommes affairés,
effacée par des vieux provoqués,
empruntée ou en cachette copiée
par des femmes gênées.

Un monologue perdu
abattu, disparu,
car la Gloire, jalouse de tout,
n’a pas voulu.

Sur ce mur de prison,
il n’y avait qu’une parole :
Je voudrais…
Je voudrais te ravir par un délit parfait
en gardant la grimace d’un tueur en série
l’élégance d’un Fantomas
le charme d’un artiste de coffres-forts.

Sur la tour médiévale,
il n’y avait qu’un propos ancestral :
Je voudrais…
Je voudrais t’emmener
sur la barre d’un vélo d’argent
dans le luxe de la rue au couchant
en hurlant, en chantant la joie
de chaque instant avec toi.

Sur la porte de la ville
que personne n’avait plus franchie,
le sommeil avait tout blanchi
effaçant mon dernier cri.
Et pourtant je voulais
te scruter en silence, abuser
de la gauche lenteur
d’un instant de jouissance,
je voulais qu’une nuit de combat
contre toi et ton sommeil
arrivât jusqu’à l’aube, aux délires
jusqu’aux chaudes fentes du jour,
je voulais nous effondrer
dans la vie gigantesque
sans qu’elle t’efface, ou qu’elle
t’agace, nous ressuscitant pourtant
sereins et convaincus
hors des débris, ensemble.

Une poésie jaillissante de moi
que tu n’aurais pu jamais confondre,
mille fois plus grande, je l’ai vue
glisser frêle au long des murs
jusqu’en bas de hautes fenêtres.

J’y avais écrit : je crois en toi,
blanc buisson virevolté par le vent,
toi, après-midi regardant sur la mer,
toi, nuage précis au milieu des montagnes
dans le rouge silence du soir.
J’avais juré : je t’attends
rare certitude dans la confusion
d’une vie se brûlant au jour le jour
maladroite, oppressante, ennuyeuse…

Giovanni Merloni

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Hier, je fouillais des cieux sales, 1963 (Ambra n. 13)

22 samedi Juin 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_dernière attente 740

Giovanni Merloni, 2007-2013

Hier, je fouillais des cieux sales
I
Il n’y a que toi qui peux me prendre,
ce que je suis. Il n’y a que toi
qui peux t’en passer de l’autre moi
que les autres gens voient.

002_medaglie d'oro NB 740

II
Personne n’entendra,
personne ne commentera, personne.

Ces quatre murs blancs nous regarderont.
Toi et moi, nous entendrons la peur,
la peine accablante du bonheur.

Le soir descendra avec nous dans la nuit,
tandis que notre amour solitaire
lucide comme un caillou blanc,
brillera, fou de joie, dans le noir.

003_mercato balduina NB 740

III
Hier
Je perlustrais des cieux sales.

Aujourd’hui,
tu m’as dit l’espérance
tu m’as dit que j’aimerais.

Maintenant
tu es un nuage
que les cieux referment.

Demain
tu auras une taille douce
et des mots parfumés
que Dieu dira à toi seule.

À jamais
tu seras lointaine et voisine
empruntée aux poètes
l’amour te chantera
et tu chanteras l’amour, toi seule.

004_cartolina 9 740

IV
Aux pas du soir nous laissons
le souvenir de nous-mêmes
et, au-delà du clic-clac
de nos talons, le silence.

Ah, ces pas, empruntés au silence,
roulement de tambours battant
dans les glycines de nos cœurs !

Giovanni Merloni

Texte en ITALIEN

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Tu es le soleil et la pluie, 1963 (Ambra n. 12)

21 vendredi Juin 2013

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Ambra

001_replay rupture def 740

Giovanni Merloni, 1991-2013

Tu es le soleil et la pluie

I
Tu as ta même voix,
légère, de verre sur le verre.

Tu me parles encore,
au téléphone, quand je te vois.
Mais, tu ne m’aimes plus.
Il me semble toujours que tu le dise.

002_balduina BN 740

II
Tu es le soleil et la pluie.
Le soleil brûlant dans le creux de la main,
la pluie des larmes brûlant les yeux.

003_d'oro BN 740

III
J’avais perdu quelque part un mot,
un vers sans rime : c’était le gouffre
et, sous-entendue, la mort.

J’avais perdu un mot,
j’ai retrouvé ton nom.

Tu es passée, gauche et solennelle :
j’oublie tout et me souviens de tout.

004_belsito BN 740

IV
Je te dois un amour qui roule à terre
en bas de l’escalier.

Je te dois un amour merveilleux
et intime, qui s’effondre
dans un abîme sublime.

Je te dois une joie étincelante,
brûlante, qui pourtant
même sans mourir
se volatilise.

005_balduina BN 740 Giovanni Merloni

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TIex7_Venise VII/VII

12 mercredi Juin 2013

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Testament immoral

001_venezia capovolta 740Venise VII/VII (chapitre XI,15, Carrosse n. 5, Testamento immorale, p.169-170 Manni Edizioni, Lecce 2006)

(Dernière Escapade)

Le train glisse
comme un traîneau
sur la lagune ;
les briques noircies
de l’arrière-boutique vénitienne
voudraient éteindre
l’enthousiasme.
Un doute s’affiche :
est-il vraiment possible
qu’au-delà de ce sombre rideau
il y ait vraiment
(encore)
Venise ?

002_biennale 740 Venezia, Biennale 1976

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 12 juin 2013

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TIex6_Venise VI/VII

11 mardi Juin 2013

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Testament immoral

001_nuovo gelato def 740

Giovanni Merloni, 2004-2013

Venise VI/VII (chapitre IX,8-10, 14, 16, Carrosse n. 4, Testamento immorale, p.119-130 Manni Edizioni, Lecce 2006)

Bienvenue à Venise
toi aussi. Quelle magnifique allure
et pourtant quelle triste tournure
cette interdiction à mes lazzis,
et cet étalage chez les paparazzis
du virement, brusque et inattendu,
qui te dégage du soupirant fou.

Escortée par ta cousine
tu t’assieds au café Florian
avec l’envie d’un truc irlandais
introuvable dans cette cuisine,
moi je ris de façon enfantine
repensant aux égratignures
qu’au dieu Pan [i] tu as accordées
tandis qu’à moi tu les as bien niées.

Mon nid restera vide. Le Lido
scrutera des nuits blanches.
Les cousines seront fatiguées
comme des arbres sans branches
tandis que cette bande d’antan
savourera péniblement les cancans
et que mes envies de sous-sol
(mortes à Venise) crèveront au regard
du dernier jour qui s’envole
(tu es Tadzio, je suis Bogarde). [ii]

002_gio_antique 16 740

Toute la nuit j’ai erré
entre la gare et le pré
où je t’avais embrassée
comme un mirage blessé.

Au milieu des tables et des pigeons
j’ai détendu mes jambes fatiguées
en fredonnant de tristes chansons
infaillibles trompeuses d’hormones.

Au petit matin, au jour montant
pour moi tu étais une fée
une belle à l’abri dormant
qui se serait bien fâchée
si je l’avais réveillée.

003_gio_antique 17 740

Au retour dans le train
de dialectes assez plein
pour notre amour obscène
la vie s’affichait sereine :
« Demain ce sera lundi
opportun jour de passage
de la cour au jardin
de la raison au destin.
Oubliant d’être sage,
mardi ou mercredi
je serai à l’origine de tes maux :
de nouveau le cœur
de deux amants normaux
redonnera leur valeur
aux organes génitaux ».

Le lendemain d’une lourde journée
ma bonne chance est rattrapée
la cousine est déjà disparue
le rival est parti dans la cohue :
après une pathétique
mort poétique
recommence frénétique
la vie pratique.

004_gio_antique 15 740

Entre nos trains perdus
il y eut la lutte
et des prix de consolation
Il y eut la douceur,
l’insouciance, l’inquiétude
la malsaine clarté
la jeunesse saine
il y eut de la vérité,
des instants de sincérité
promiscuité liberté libido
(toi Violetta, moi Alfredo) [iii]
dans les coupes sirotées
dans nos après-midis exquis
et nos rêves purs ou impurs :
magiquement,
tu paraissais et disparaissais,
te faufilant en geisha
dans mon lit emprunté
et ressortant madame
sur le boulevard obscurci.

Il y eut entre nous
des rafales de libération
(parfois nous étions
suspendus dans l’air).
Il y eut la joie, bien sûr.

Mais nous ne fûmes pas capables
de rassembler nos esprits
de descendre de ce train minable
traversant sans le moindre souci
une Bologne qu’il n’avait pas compris.

Nous ne sûmes pas non plus
jeter le lest aux orties, sortir
de nos pieds (moi Charlot, toi Marylin) [v]
vers l’ouest ou vers l’est
nous confiant à la route infinie
qui nous sauverait la vie.

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Dans le train lent
presque immobile
qui trente ans après
voyage dans les rues de Bologne
je ne quitte pas la gare
(ferme comme du pain rassis,
penaud comme un pénis infirme).

D’un bond s’est ouverte
la coulisse sans poids
d’un compartiment
comble et allumé.
Un bras se jette dehors
m’obligeant à m’asseoir
dans la place vide
sur le velours gris
devant une vieille photo
de Venise-ciel-de-bise.

Retourné comme d’habitude,
je n’ai pas eu honte
de fermer les yeux
de me boucher les oreilles
avec les mains.

006_scompartimento 740

Un chuchotement qui ne cesse
m’a d’un coup réveillé.
Celle que j’ai devant
fait louange de remords
tout en reniant les regrets
(elle parle de cours et recours
de colloques à rebours
de questions à se poser
de difficiles concours
et d’autant d’amis venus
pour décrire, par bouchées
certains faits qui leur sont arrivés).
La voisine à la fenêtre, absorbée
dans l’écoute, se borne à dire seulement
qu’elle souhaite voir le train
effacer toutes ces gênes du monde
par sa propre rumeur de fond
tandis qu’un sommeil serein
se glisse dans cette bande humaine
entourant Obsidienne.

Sauvé par le noir, tel un assassin
j’observe devant moi un à un
les traits de ce mannequin :
le cou et l’épaule menue
(elle sait que je l’ai re-connue)
le sac la veste et les gants
son style sans doute envoûtant,
le nez justement, l’ovale vivant
les yeux verts comme une mer
les cheveux ne cessant de parler
la bouche sachant écouter
les mains en vif argent
(devant mon air surpris
se crispe son front exquis).

Adieu Obsidienne
on s’est dérobés aux pièges
aux manipulations, aux manèges
il nous reste cette vie marraine.
Pendant le temps juste d’une glace
à la vanille ou de raisins grattés
un autre tunnel sera dépassé.


[i]  Dieu grec des bois, auquel l’amour est toujours accordé.

[ii]  Dans Mort à Venise (1971), de Luchino Visconti (1906-1976), Dirk Bogarde interprète Von Aschenbach, protagoniste du film avec Tadzio.

[iii]  Protagonistes de La Traviata (1852) de Giuseppe Verdi (1813-1901).

[v]  Final de plusieurs films de Chaplin: deux amoureux, vus de dos, s’acheminent vers l’horizon.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 11 juin 2013

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