le portrait inconscient

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Juste un mètre, 1973 (Stella n. 15)

06 mercredi Mar 2013

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Stella

001_juste d'un mètre 740

Aujourd’hui, depuis que la poésie ci-dessous avait été déjà publiée, en relisant attentivement (pour une énième fois) les premiers vers du texte original italien (daté 1974), je me suis aperçu que, même si ceux-ci étaient peut-être trop synthétiques et pas suffisamment clairs, mon interprétation récente avait été une trahison excessive. Donc, quant à ces vers initiaux, je me suis permis de me rapprocher de l’original, sauf garder, dans la note au fond du texte, la mémoire de la traduction-trahison précédente.

Juste un mètre

Pour toutes les choses que j’ai dit
(bureaucratiques rythmes
empâtés de dentifrice sec)
depuis une fenêtre
entourée d’une foule de pancartes
(gare à l’incompréhension réciproque !
Assez, de l’ignorance
du sens véritable des mots !
On ne peut snober la politique !) [i]

pour toutes les tâches inutiles
que j’ai essayé,
péniblement, d’accomplir
en contournant
les toiles d’araignée
d’objets refusés
d’amours désaffectés
de vêtements grandioses
en dribblant aussi
un passé familial
dans les placards
d’une maison abandonnée
hantée par les odeurs
de bohémiens en fuite

pour toutes les choses utiles
que je n’ai pas faites — idiot !

pour la danse endormie
au-dessus de toi
me traînant
dans tes bras mouillés
tout en rêvant
de ce long train
avançant lentement
dans la galerie
de ta bouche
jetant des étincelles
parmi le réverbère émerveillé
de tes yeux fatigués

pour la force isolée d’un jour
(presque une anecdote
racontée par des autres)

moi, la chemise collée à la peau,
brûlante comme une idée sauvage,
j’ai la force de dissoudre
ce brouillard de tours vicieux,
la force de te prendre
sans effraction ni vol,
mais ainsi, librement,
comme s’il y eût une guerre
qui tout accorde
aux gens rusés
(et aux ineptes aussi).

Tandis que je parcourais
désespérément mon destin
et que je m’y accoutumais,
déroulant, satisfait dans mon fauteuil,
les restes de ma mémoire

le temps, autour de toi
a fait des tours et des détours
tout à fait inattendus
en traînant ta silhouette aimée
juste un mètre.

Giovanni Merloni


[i]  Pour tous ces mots, que j’ai dit (la bouche empâtée de dentifrice) ; que j’ai dit sans le savoir, sans réfléchir ; que j’ai dit en répliquant des rythmes de bureau ; pour tous ces mots d’ordre hurlés depuis une fenêtre entourée d’une foule de pancartes ; pour ces mots conscients, de rébellion contre l’incompréhension réciproque ; pour ces mots ennemis de toute corruption de la vie publique, de toute ambiguïté idéale, de toute sous évaluation de la politique ; pour ces mots qui voudraient vaincre l’ignorance obtuse de tous ceux qui haïssent la vérité…

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN :

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Je crois que tu vas me changer, 1973 (Stella n. 14)

06 mercredi Mar 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

001_marché saint-michel

Je crois que tu vas me changer

Je crois que tu vas me changer
avec ton tic de m’emmener
dans un petit sac brodé
parmi la foule hurlante.

Je crois que tu vas me désarçonner
avec ton réflexe instinctif
de m’abriter et puis de m’étaler
au public.

Venez, venez !
Il est à moi,
ce pigeon lapin, pivoine
gosse, garçon, homme !
Il est à vous !

Entendez, entendez !
Il sait parler,
amadoué, mais bizarre.

Pourtant,
je crois en nous deux
restés seuls entre cendres et feux
les narines brûlées,
les corps noircis,
en train de nous enrouler
en des manches d’étoffe
de nous accouder, muets
devant l’immense eau
d’un fleuve devenu mer.

Je crois en nos longues caresses
à la paix d’une conversation
se déroulant silencieuse
entre nos cheveux débrouillés,
nos mains paresseuses,
nos rêveries sans temps.

Je crois à la distraction
qui nous affranchit
à notre envie de vivre
de tout et de rien
à notre fausse maîtrise des émotions
à notre faux effroi.

Je crois à notre barque
torpillée partout, qui va
juste un peu se révolter,
juste un peu se couler
s’échouant
dans les icebergs de l’impatience.

Je crois à notre train partant,
voleur de nos souvenirs, de nos espoirs,
de notre solitude à deux.

Je crois en ce train en voyage
offrant déjà à d’autres,
qui sait où,
cet étrange désir
(qui nous appartenait)
de paix et de partage.

Je crois en cette envie
de tout prendre,
de tout donner, en cette
quotidienne certitude anxieuse,
parenthèse d’une vie
entre parenthèses.

Giovanni Merloni

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Nos cliques et nos claques, 1973 (Stella n. 12)

06 mercredi Mar 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

001_castigato 740

Nos cliques et nos claques

Dehors il pleut un liquide jaune,
quelque chose meurt
parmi l’ordonné désordre
quelqu’un se noie
le mots s’embouteillent
derrière l’abrupte éloquence
de ces corps ratatinés
comme dans un tombeau étrusque.

Même aujourd’hui,
nous ne prenons pas
nos cliques et nos claques.
La séquence de nos gestes est très lente :
depuis mon regard jusqu’au tien
depuis ton regard jusqu’au mien
erre l’angoissant subtil plaisir
d’un amour proche de la mort
d’un amour ami des nuages,
du calme violet qui se suit à l’orage.

Nous nous hébergeons
dans nos odeurs d’aisselles
dans les maladroites extranéités
de poils et boucles ébouriffés
de baisers lents et chauds
de gémissements silencieux.

Même aujourd’hui,
nous ne finissons pas pour jouer les mariés
dans une étable au-dessus d’une taverne
ou dans un autre quelconque
des fascinants, stéréotypes, drôles et sombres
lieux communs.

002_fare fagotto nero 740

Même aujourd’hui,
notre façon de nous emparer du temps
ressemble à la roue de la fortune :
qui sait si demain
nous serons forts contents aguerris,
qui sait si demain
nous tombera dessus l’angoisse
de nous découvrir à l’improviste
seuls.

Giovanni Merloni

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Hier, c’était la Malacappa, 1973 (Stella n.11)

06 mercredi Mar 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

001_la malacappa 740

Hier, c’était la Malacappa

Hier, c’était la Malacappa [1]
l’hiver, la sueur dans la voiture
ton capuchon blanc
ma barbe gelée
les pas dans le cagibi
c’était flâner dans la ville
sûrs de ne rencontrer personne
c’était le soir au téléphone
ta voix lointaine
petite, comme toi.
003_malacappa 740Aujourd’hui, l’été se comble
d’un voisinage qui nous convient
du jeu d’amour comme d’un sursaut
de vêtements minuscules
de mots débordants
de sons sournois.
002_malacappa 3Hier, c’était une danse
de cheveux dans le vent
les yeux dans le dessin blanc
de l’horizon
un soupir de baisers embarrassés
timides, silencieux
en deçà et au-delà
d’un mur d’herbe brûlée
se mêlant aux restes
aux vomissements.

La joie porte sur elle
des pressentiments, des soucis
combien tu es sérieuse
combien je suis compliqué.

Aujourd’hui, tu es près de moi
lunatique exotique frénétique
orgueilleuse
pourtant nous évitons d’éclaircir
de nous sauver
accrochés aux colonnes d’albâtre
d’un labyrinthe fermé
de réflexions solitaires
de désirs cachés
d’insécurités déguisées

Hier, c’était Venise
plus libres, mais méfiants aussi
amoureux de la fuite
mais toujours prisonniers
diligents et fatigués
vivants et mous.

Hier, c’était l’envie
de longues disparitions extatiques,
mystérieuses, chanteuses, secrètes,
aujourd’hui, c’est la certitude
de nous être trouvés
de devoir déjà nous perdre
inéluctablement
dans une mer assez morale
peu profonde
dans de l’eau stagnante
aberrante, qu’on appelle
mari femme maison enfants famille.
004_malacappa 2 740Aujourd’hui, il est évident,
la faute ce n’est plus au jeu
à notre jeu à nous que nous avions inventé
si quelque chose s’est cassé
tandis que nous nous découvrions
moins étrangers qu’avant
tandis que nous nous serrions
comme deux frères longuement séparés
obligés de grandir ailleurs,
tandis que nous nous arrêtions
à cette bienveillance affectueuse
qu’à chaque baiser
me rappelait le départ proche du train
sans m’habituer ni m’adapter
à l’adieu.

Giovanni Merloni


[1] Localité en commune d’Argelato (Bologne) auprès des digues du fleuve Reno.

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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La déchirure, 1973 (Stella n. 10)

06 mercredi Mar 2013

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Stella

la déchirure 740 antique

La déchirure

Je commis cet héroïsme d’abandonner Rome
ma constellation de prouesses
d’amitiés épuisantes
de projets souillés, mal collés.
À vingt-sept ans on peut être vieux
crevés, paresseux
sûrement aliénés ;
l’ascenseur dans un mur
de plus en plus étroit ;
la maison ce n’était pas un carillon
elle n’était pas non plus envahie par les lianes
et moi je n’étais pas Tarzan
tandis que les tableaux et les poésies
et les contes
devenaient des plumes brisées ;
le parti communiste me semblait
le courage digne et solidaire des funérailles
des camarades morts
la loquacité des fonctionnaires romains ;
c’était comme une nouvelle adolescence
d’appels téléphoniques continus
de journées interminables
ne saisissant pas le sens
des renonciations, des misères
des tragédies.

Le travail, cette chose si sérieuse
si importante
tu t’aperçois que si l’on veut voler
il faut être aimables
prêts à parler de tout
car l’habit, certes, l’habit
le physique du rôle…

Que c’est drôle que de vouloir
se garder cohérents
parmi tant de fils,
neveux, cousins, parents
de bourgeois, de maisons de tapis
et d’autres maisons
dans l’Italie des autoroutes
(et après le péage et les flèches
moins dix moins cinq kilomètres
Naples ; puis la bruyante
rocambolesque route d’Amalfi :
un beignet remplit ta bouche
une fausse charrette peinte
bourrée de pamplemousses
entraîne les escaliers
de la petite casbah
jusqu’à l’hôtel lugubre).

Que c’est difficile que repousser
l’assurance rieuse
des gens aisés
et rester là, hors-jeu
avec cette envie
de faire rayonner clarté et rage
apprenant, entre-temps
à les connaître à te connaître
ce qu’on veut que tu penses
ce qu’on veut que tu sois.

Et ces temps du lycée
le rythme répressif
des horaires des heures gâchées
de la page à la page
des exercices de pénibles paroles
comme j’étais doué pour la géographie
pour le français
et la tête m’éclatait
et la bitte-machin
se cabrait comme une grue non huilée
spectateur exclu et effaré
d’Alibech et du moine croît-en-main
fruste, rupestre, sale
envie de violence
de robes déchirées sur les cuisses
de femmes rouges
de fêtes sanglantes sous le rideau du lit.

foro romano migliore 740

De Rome je ne songe pas aux jardins
aux escaliers de Valle Giulia
aux pas circonspects
des camarades rivaux ;
sur un grand papier céleste
on voit dessiné-écrit un soliloque
(des créations inutiles
adressées à de petits hommes
essoufflés, déjà chauves).

Pour moi Rome est le milieu complexe
vieillot, les strates
le chemin de chez soi
le téléphone léché
les ruines modernes
les gravats noirs
les gouffres de ciel rouge
dans le plomb violet des immeubles
mort-nés, tragiques.
Rome est un labyrinthe, une mère
ce qu’il y avait avant de naître.
Les prés et les pins
qui étaient là avant moi.

Je commis cet héroïsme d’abandonner Rome
ma constellation de prouesses
d’amitiés épuisantes
de projets souillés, mal collés.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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S’il restait du temps (Luna, 1991)

04 lundi Mar 2013

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Luna

s'il restait du temps 740

(revenir à la liste du « Train de l’esprit »)

S’il restait du temps (1991)

S’il restait du temps
avant d’accueillir la mort
avant de m’étendre résigné
me confiant au terrible dialogue
pour me consoler ou me tromper.

Ce temps-là n’existera jamais.
Et j’aurai été un artiste raté
un orateur ému, un journaliste éclectique
un poète inconnu.

La vie m’a déporté
dans des endroits reculés, étroits, enfumés
où je m’acharnais
en perfectionnismes rituels.
C’était la vie d’un isolé
qui revenait toujours, infatigable
au même artificiel congrès idéal.

Depuis toujours inscrit pour prendre la parole
j’observais effrayé une tribune
où m’attendait ma catharsis quotidienne.
J’étais un fabriquant de propositions
obstinées, orgueilleuses
fantasmagoriques et vaines
un vétéran d’art provisoire.

Je n’ai jamais parlé, depuis cette tribune.
Au contraire, je me suis verrouillé
au petit fauteuil tournant
à l’inexorable  routine
de prouesses invisibles.
Et mes fragments
confiés au hasard
destructeur ou philologue
n’étaient que de petits fœtus
(le projet formidable
n’a pas vu le jour).

S’il restait du temps
avant de me plier dans la mort indolore
et de m’abandonner confiant
à son récit aveugle
sourd et muet
avant de plonger dans le terrible dialogue
pour me consoler ou me tromper.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 4  mars 2013

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À quoi ça sert le mur ? Petit spleen en prose sur le thème de la frontière (Zazie n. 2)

03 dimanche Mar 2013

Posted by biscarrosse2012 in les échanges, mes poèmes

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vases communicants, Zazie

Le billet que je propose aujourd’hui a été déjà publié le 1er mars 2013 par Élisabeth Chamontin dans son BLOG_O’TOBO
Voilà ce qu’avait écrit Élisabeth Chamontin : « Certains des lecteurs de Blog O’Tobo qui ne sont pas sur Twitter ignorent peut-être ce que sont Les Vases communicants. Ce projet lancé en 2009 par Le Tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis)  (l’histoire est racontée ici) consiste à échanger avec un autre blogueur littéraire, chaque premier vendredi du mois, chacun écrivant dans le blog de l’autre. Brigitte Célerier, une autre blogueuse, en publie régulièrement la liste. Je n’y avais encore jamais participé. Aujourd’hui c’est chose faite grâce à Giovanni Merloni, peintre et écrivain dont je suis avec bonheur et fidélité les créations en français, en italien et en images, sur son blog Le Portrait inconscient. J’avais entamé une série sur « le mur », celui que je vois lorsque je pédale sur mon vélo d’intérieur. Elle se poursuit sur leportraitinconscient.com, mais avec une autre perspective : celle du mur frontière entre nos deux langues et pays. C’est aussi le thème du texte de Giovanni Merloni que vous pouvez découvrir ci-dessous. Avec en prime, deux acrostiches sur mon nom et sur mon pseudo de twittos, Souris_Verte ! »

001_dessin montmartre 1961_740

Montmartre 1961 – Collection privée (M.A. Quintiliani)

Si vous avez un mur qui vous enlève le souffle vous feriez mieux de l’abattre.

Ou alors de le contourner en y ouvrant une petite porte.

Un mur de ciment, vous dites ? Un mur de préjugés ? Une feuille morte ?

Rester chez vous ce n’est pas confortable ? Je vous crois. Mais il faut se battre !

Inutile de vous conseiller de vivre avec ce mur, s’il vous gêne. Mais…

Si vous partez sans rien faire, votre frontière ne vous quittera jamais.

002_france 1958_740

France 1958 Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Évoquant la maison, le quartier sans murs… de mon quotidien d’enfant bourgeois (pauvre) ne jaillissent que des mots français. J’étais bien gauche avec mes galoches !

Lamy (Hortense), ma prof de français, ne se bornait pas à nous interroger sur Deux-et-deux-quatre ou sur Mon petit-oiseau-s’est-tordu-le-pied.

Insensiblement, elle glissait à nos oreilles les Frères-humains-enfants-de-la-patrie, La-cigale-et-la-formi et Je-pense-donc-je-suis. Elle finissait toujours ainsi : Voilà-c’est-la-vie.

Sans les chansons de Piaf et Montand, l’île mystérieuse de Verne, la liseuse de Renoir et la danseuse de Degas, cela n’aurait pas été le cas. Sans le pont d’Avignon cela n’aurait pas été si bon.

Avant de voir Paris et Azay-le-Rideau, on se désaltérait aux mots de Rousseau en écoutant Le galérien, qu’on comprenait tant mal que bien.  Ce petit rien faisait déjà sangloter ma mère.

Bagages sur le toit de la voiture hardie, la France accueillit avec élégance notre insouciance de voyageurs sans trop de chance.

Egalité ne va pas sans Liberté. Fraternité nécessite la République. Progrès a besoin d’avenir. L’avenir a besoin de Mémoire.

Tout cela tournait bien dans ma tête : une roue parfaite d’exemples vivants m’aidait à vivre sous mon plafond éblouissant de Rome, tout en rêvant du ciel gris de Paris.

Hélas, ce fut alors que je m’aperçus qu’il y avait un mur qui m’empêchait de rencontrer le Gavroche que j’hébergeais dans ma poche. Comment sortir d’une situation si moche ?

003_halles 1964 740

Halles, Paris, 1964 Photo : Collection Frères Merloni. Reproduction interdite

Voyez ce qui se passe lorsqu’on passe de l’utopie aux faits. Difficile de savoir si c’est le mur des faits ou le mur de l’utopie qui nous barre le passage. Quoi faire ?

Entrer dans la France sans sortir de l’Italie ? Ondoyant comme une pendule je ne faisais que ça. Je partais et mourais à chaque fois

Résistant dans le monde dérangé où j’étais né, j’y serais resté si ce mur fermé ne se fût brisé par l’ouverture badine d’une fourche caudine.

Tout d’un coup retraité, j’héritais d’un oncle disparu un grossier passepartout.

En sortant des remparts de mon monde assiégé j’ai joué ma partie installant ma seconde patrie dans un autre pays.

004_france 1991 740

France, 1991

Changeant de coordonnées (pas d’identité) je découvre la copropriété, le coin, le passage, le village, le canal coulant et le pont tournant.

Hanté d’hôtels et d’hôpitaux, ce quartier des deux gares ne m’égare pas du tout. La rue de Paradis m’amène à la Villa Médicis, la rue de la Fidélité dure une romaine éternité, tandis que le passage du Désir devient Pont des Soupirs.

Avançant éphémère avec ma gueule d’Atmosphère j’entrelace des liens avec les Garibaldiens… Reculant pensif, ma tradition à la main, je me perds à République dans la couleuvre humaine.

Montant par Magenta en flâneur ardent, j’atteins le métro chez Jacques Bonsergent.

Oh j’en avais envie, de même que Zazie, de cette fourmilière pleine d’humeurs et de stratosphère.

Nombres de compatriotes partagent ma stupeur vis-à-vis de la quotidienne rengaine de cette fête foraine.

Trottant sur le trottoir entre trottinettes et sacs à dos je gagne avec émotion la gare de Lyon et m’accoude sur les quais voir les trains arrivants dans un film d’antan.

Immobile, je ne rêve plus de partir. J’ai mon mur avec moi, dans cette valise grise où je garde ma chemise. Je lis Turin ou Milan tout en poursuivant un lapin lointain.

Nonchalant, à chaque jour, je fais une toile de Pénélope de mon mur ou alors un labyrinthe azur pour cette vie douce et salope qui m’a rendu dur.

005_gainsbourg 2010 740

Serge Gainsbourg

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

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Donnez-moi de l’eau, 1993 (Solidea n. 6)

02 samedi Mar 2013

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Solidea

doria x blog_antique_740

Giovanni Merloni, 1963-2013

Donnez-moi de l’eau (1993)

J’ai vu pour de bon
le loup et l’agneau :
deux ombres embaumées
auprès des cascades
de cette eau jaillissante
limpide et gelée
dans l’ancienne promenade.
L’air et l’eau, là-haut
encore s’entremêlent
comme des aquarelles
dans le parfum de prés verts
de granges jaunes abandonnées
de rouges après-midis endormis.

Nous rentrions à Rome
A cette inconfondable
odeur de renfermé retrouvée
dans la maison grise et blanche
aux canapés épuisés
aux livres décolorés
aux cahiers cornés.
Et l’eau, dans la cuisine
D’abord chaude puis fraîche
puis assez froide, gelée
calcique, ferreuse
nous vomissait dans la gorge
d’inattendus méandres
de souterrains ressacs
de moisissures de statues submergées
et d’infinis revissages
sans poids, à rebours
dans un gouffre de scaphandrier.

Avec les années
nous nous mîmes à l’épreuve
nous étudiâmes avec application
en essayant
de comprendre, de raisonner
de faire des projets
pourtant impatients
des longues tablées oisives.
On nous ignora
et nous mêmes nous ignorâmes,
on nous évita
et nous mêmes nous évitâmes.
Et le magma d’une arrogance
tout à fait « particulière »
envahit les espaces, les jardins
les fossés, les plages, les pinèdes
les jolis bois.
Des poteaux et des puits
plongèrent de façon perfide
irrémédiable
dans des cavernes de spectres.
Les nouveaux habitants
s’éparpillaient béats
dans les supermarchés
les lieux de vacances
les pistes fauchées
les promenades goudronnées
en avalant
des collations indiscrètes
auprès de doux petits lacs
iridescents.

À présent l’eau
qui sait si on peut la boire
à présent l’air
qui sait si on peut le respirer
à présent l’amour
je ne sais pas si je peux
en cachette
en avoir envie.

Cela ne me fatigue pas d’imaginer
des hommes en train de boire
leur propre urine
peut-être malade
des femmes avalant
d’immondes cartes huilées
et aussi des masses de singes sapiens
qui meurent se piétinant
dans des marches en sueur :
un instinct de mort
ravage l’horizon
qui s’obstine, pourtant
à s’offrir
lumineux, consolant
encore prêt
à ressusciter.

Tout en suivant
le robinet qui coule
en tâtant du doigt,
dans le silence nocturne,
le liquide toujours chaud
je m’aventure
dans le hardi souvenir
ou rêve
du rat de campagne
dans la très douce et désesperée
contemplation
de cet ancien jaillissement
restaurateur maternel
définitivément mort
inaccessible, précieux.

Tout piteux et obscène
je bois quand même
de l’eau mêlée à la cigüe
qui lentement
inéluctablement
me rendort.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 1  février 2013

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Un nuage te cache, 1962 (Ambra n. 5)

28 jeudi Fév 2013

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Ambra

051_una nuvola e tu dentro 740

Giovanni Merloni, 1963

Un nuage te cache 

Un nuage. Là-dedans,
les sabots à la main
entourée de fleurs éteintes,
tu souriais auprès d’escaliers
aux marches transparentes.

Puis la couche de terre,
le dos plat de l’oubli.

De la profondeur d’une trappe d’herbe
tu remontais péniblement,
défaite, hurlant
mon nom comme une faute.

Un rayon de soleil,
un arrêt de bus.
J’écarte le rideau
de mon gratte-ciel.
Tu regardes en haut,
myope, voisine et lointaine.
Je te poursuis
avec le vent, et tout le poids
de l’asphalte, des enseignes
des bancs publics
et te parle longuement,
parce que je sais que toi
tu ne m’entends pas :
près de toi je ne suis pas sincère.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

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Muse, musique, museau, minois (Luna, 1977)

27 mercredi Fév 2013

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Luna

001_musa_musetto antique 740

Giovanni Merloni, 2004-2013

Muse, musique, museau, minois (1977)

Muse, musique, museau, minois
on se promène dans Prague
toi, tes coudes blancs, ronds
moi, mes mollets gelés
le nez ensommeillé
les yeux presque fermés
fixant des coins de neige
de lacs de châteaux de cathédrales.

J’ai creusé un tunnel
dans ton corps. Depuis  l’enfance
je fus ton amant
ton accompagnateur
jouant des mots de l’amour
tandis que tes cuisses
frôlaient la rosée du pré
la somnolence des arbres
au raz du sol.

Ton cou de cygne
pardonne-moi
sortait interrogatif
de ce foulard
qui résumait
tel un ancien parchemin
l’arc-en-ciel d’une cascade
de frais baisers
de jambes miennes et tiennes
enchevêtrées endormies
chaudes et mouillées
pédalant vers le drap
des chevaliers en marche
collé au plafond

C’était la bataille
de lances et massues
et carapaces de cuir
de dentelles et de vieux habits
à plusieurs couches
j’avais des mains de glace
livides, blessées
la bouche brûlée
les yeux noircis.

J’étais  comme un automate
qui dort, effondré
dans un rêve enrhumé
soumis à la fatigue
la plus sombre
pourtant anxieux
de te chercher à la nage
au milieu de poissons bleus
dans le calme bizarre
d’un fleuve vert marin
m’imaginant
poursuivant acharné
de tes cheveux humides
de ton corps rose.

002_musa_musetto 740

Et c’était le déjeuner sur l’herbe
les beignets sur le cou
la fougue Rubens
qui m’assaillaient
comme une sentinelle
Isabelle
qui me brûlaient
comme une torche olympique
Angélique
qui me durcissaient
comme un diamant
Bradamant
et me gonflaient
comme une montgolfière
Élisabeth Première.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 27 février 2013

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN : http://wp.me/p343bA-ao

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