Tu me parles en anglais, 1964 (Ambra n. 28)

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Tu me parles en anglais

Ensemble nous regardons ce ciel de cendres
tandis que nos voix arrivent de très loin.

Tu me parles en anglais
tandis qu’un petit lanceur d’innocentes fusées
frôle dangereusement le train.

Une fois j’y vins avec ma mère
la terre, plus creusée, semblait mouvante.
Je jouais à cache-cache derrière les briques
et elle me poursuivait tout en riant

Il est vraiment pénible ce que nous nous taisons
tandis que les pressentiments, comme des nuages
voltigent déjà parmi les hauts-de-hurlevent :
I like the spring, of course… –
C’est comme si tous ces enfants nous regardaient
et notre corps fût trop lourd pour bouger…

Il est bien triste un ciel de cendres
accroché sans façon à de remparts de ciment.

Juste au loin on pourrait enfin saisir
les pins dans leur vent :
Je ne trouve plus rien à regarder.

Un sillon bien visible sépare tes yeux
de ton front pâli, tandis que ton menton
pointe en haut. Tu exprimes
tout ce qu’en descendant ici
pas du tout tu ne m’expliquais
même en anglais.

Le ciel s’effondre dans les mottes
par une myriade de lucioles désemparées
je n’aurais jamais cru
que ma chair même
me serait devenue indifférente
et mes yeux odieux
et toi… tu, inutile !

Quand nous atteindrons
piazza di Spagna
ne t’arrête pas aux vitrines,
aux klaxons
aux bras et jambes
en dessous des tables,
poursuis droite !
Ne te tourne pas
et sois sûre qu’il y aura
éternellement, derrière toi
mon amour profond
et pourtant provisoire
comme ces cendres
entre les pins et le ciel !
Adieu

Nous marchons vers le centre,
extrême banlieue
d’un grand amour.
De plus en plus poignantes
et obsessionnelles
les lumières rebondissent
de la rue aux fenêtres
jusqu’à ce que le soir s’arrête,
vidant le pavé sous tes pas.

Je suis seul. Vive la mort
qui nous touche encore jeunes !

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

 

Je sais que je l’aime, 1964 (Ambra n. 27)

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Giovanni Merloni, 2013

Je sais que je l’aime

Je te jure que la même Musique
allumée dans nos refuges lointains
se faufilera, dans une aube taquine,
dans nos esprits hautains
nous prenant dans un piège d’épines.

Elle :

Je sais que je l’aime.
Pourtant, ses lettres
arrivent lointaines,
comme s’il n’avait plus des yeux
pour me chercher.
Je ne sais pas me dire
pourquoi
je ne le poursuis encore
dans quelques étoiles
ni pourquoi
je ne verse des larmes pour lui,
dans les plis gris d’un soir sans voiles
tandis que
mes lèvres muettes
ne cessent de lui dire Amour.

Mais,
contre les vitres je désespère
en découvrant— quelle galère ! —
qu’il ne me manque pas.

Là-bas, très loin
(dans la chambre de nos tourments)
il se réveille à l’aube,
déjà coupable,
en quête de ses haillons,
impatient d’écrire pour moi des mots d’amour
en vain.
(Car il ne sait pas m’aimer.)

(Elle ignore
qu’il va bientôt retrouver
la clé perdue.)

Lui :

Dans la Musique elle revient
se recroqueviller dans ma chambre
(dans un après-midi de tourments).

Dans la Musique ses yeux reviennent
grands et distraits, son parfum
de piscine, sa voix exaltée.

Dans la Musique belle et damnée,
les longues heures d’attente ont perdu leur poids.

Certes, une seule chanson
ne peut pas effacer sans façon
le souvenir douloureux
d’un écho mal placé
d’un pied piétiné,
d’un rythme raté
et de la peur surtout
d’étreindre jusqu’au bout
le corps de la vie.

Mais,
vestale inséparable de cette Musique
(qu’à l’infini recommence)
je prétends maintenant, même au loin
qu’elle écoute, qu’elle rie, qu’elle danse
inséparable, elle aussi,
de ce tourbillon de voix et de sons
explosant partout à cette heure.
Jusqu’à ce qu’elle chante au petit monde
le jour heureux — ô joie immonde —,
où explosa pour nous deux, par hasard,
le destin d’un amour doux et hagard.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Je ressemble, 1964 (Ambra n. 26)

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Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Je ressemble

Je ressemble
à cette musique crissante
qui frôle les murs.

Je ressemble
à ce goéland épuisé
qui pourtant n’arrête pas
de voler sous le poids
de ses ailes de plomb.

Je ressemble à nous deux :
mes jambes démesurées
ton cœur d’hirondelle.

Je ressemble
à ce matin froid
au splendide vertige
d’une pause
hors du temps.

Je ressemble,
à ce costume gris
qui scrute son nuage
de fumée
s’évanouir.

Giovanni Merloni

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Enfance de l’art par Françoise Gérard (les #vases communicants décembre 2013)

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ladri di biciclette - copie

Le Voleur de bicyclette (Ladri di bicyclette), film réalisé par Vittorio De Sica (1948)

Pour les vases communicants (*) de décembre (voir liste complète des participants), Françoise Gérard et moi nous avons décidé d’exploiter notre échange autour du sujet de l’enfance. Mon enfance, son enfance, celle de mes enfants, celle de ses enfants et petits enfants. Nous nous sommes tout simplement envoyées quelques photos. À partir de ces traces assez incomplètes de passés révolus mais encore présents dans nos âmes sensibles, chacun de nous a essayé de se plonger dans le passé mystérieux et tout à fait inconnu de l’autre. Dans cet esprit ce blog-ci héberge Françoise Gérard et ses réflexions poétiques à partir de quelques photos d’enfance, tandis que je me suis invité pour le même but dans Le vent qui souffle, le blog de Françoise, que je trouve très intéressant, ouvert, accueillant, inspiré depuis sa naissance à l’idée de l’échange, de la réflexion et du partage.
Giovanni Merloni

Enfance de l’art, par Françoise Gérard

Les mots me manquent… Je me sens incapable… Je ne saurai pas… Trop, trop d’émotions, de sentiments confus et contradictoires me submergent soudain en découvrant les simples mais très belles photos que m’a envoyées Giovanni… J’imagine que le sourire confiant, que le visage radieux de cet enfant est le sien… Aux commencements de sa vie… Quand tout n’était encore vraisemblablement que promesses… Quand il n’était possible d’imaginer que bonheurs présents et à venir…

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Au milieu de tous ces enfants, frères, sœurs, ou peut-être cousins cousines, une femme fait converger sur elle leurs regards aimants et heureux. Manifestement, elle les a aidés à grandir en les armant de son amour pour affronter la vie, et les voici, grands, adolescents, jeunes gens, sur cette photo où les visages moins ronds n’ont pas complètement trahi l’enfance, autour de leur mère ou de leur parente dont les cheveux ont commencé de grisonner...

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Trahir, le mot est lâché… Sans doute suis-je déjà en train de trahir Giovanni, aussi bien l’enfant qu’il a été que l’adulte se souvenant de cette enfance qui lui est propre et dont lui seul a la clé!… Mais n’est-ce pas plutôt l’enfant qui abandonne l’adulte à ce qu’il est devenu?… Nostalgie de l’enfance, que cherchons-nous à découvrir ou à déchiffrer sur ces visages qui se sont laissés photographier par les adultes d’alors pour fixer les moments de bonheur et baliser la vie qui passait?… L’enfance est-elle vraiment cet âge d’or qui nous tend le trésor de ses souvenirs? Quelle perception avions-nous de nous-mêmes quand nous n’étions encore que des enfants soucieux de devenir grands et de quitter les enveloppes trop protectrices? La vie ne se montrait-elle pas déjà un peu rude?… La grâce de l’enfance est parfois meurtrie par l’expérience du malheur; et même les enfances heureuses sont blessées par l’apprentissage de la vie qui montre fatalement l’envers du décor… Comment se défendre contre les monstres, réels ou imaginaires?… Les petits d’hommes sont ambivalents comme leurs parents, et balancent entre leurs peurs et leurs joies!…
Dans la famille de Giovanni, les enfants sont heureux et font la fête. Le petit Giovanni est fier de sa cravate qu’il arbore en bombant la poitrine entre son frère et sa sœur.

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« Oui, c’est moi, je suis en train de devenir grand et cette cravate le prouve. Pourquoi me regarder comme un enfant? »… Comme si les adultes eux-mêmes n’étaient que des adultes et n’avaient pas gardé au fond de leur cœur une part d’enfance?… Mais quelle est-elle? Comment la définir?… Le jeu et toute l’inventivité qui lui est associée est sans doute ce qui sépare ou réunit au plus haut point, selon les degrés d’interférence, le monde des adultes et celui des enfants…
Mais voici que je parle de l’enfance en général et que je m’éloigne de l’enfant Giovannino. Quels étaient ses rêves mais aussi ses cauchemars? Quel était l’axe structurant autour duquel l’enfant apprenait à penser sa/la vie? La première photo a été prise à Paris, la seconde à Siena. La France, l’Italie. Ce partage géographique (du côté de… ou de…) a nourri son imaginaire. Quels reliefs particuliers le bilinguisme apportait-il aux histoires lues ou racontées?

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Infans, l’enfant qui ne savait pas encore parler découvre que les émotions qui bouillonnent dans les coeurs correspondent à des mots qu’il est possible de cueillir sur les pages d’un livre. L’adulte aimée est une lectrice, une liseuse qui adorait la France et la peinture de Renoir.

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Giovannino aimera la peinture autant que les mots. Il entame à cette époque, au gré des déplacements de sa famille entre l’Italie et la France, un long voyage intérieur qui n’aura jamais de fin, et qui s’apparente à un exil. Pour rassembler tous les morceaux de sa vie, Giovanni apprend à composer de grands tableaux qui ressemblent à des puzzles. C’est son jeu de prédilection. Il y a toujours deux ou trois pinceaux dans sa trousse de voyage, à côté d’un stylo. Car il s’est mis aussi à raconter de longues histoires foisonnantes qui parviennent à peine à traduire le bouillonnement des sentiments qui mènent la danse tout au fond de son coeur. Il y a tant et tant à explorer! Mais aussi tant de choses essentielles ou inessentielles (comment savoir?) à laisser de côté au moment des départs et à tenter de retrouver pour se ra-ressembler (à) soi-même et se sauver de l’oubli! Tâche épuisante et vouée à l’échec, car les mots sonnent toujours un peu comme le tocsin de la mort… Le geste d’écrire ou de peindre se fond alors en un seul qui s’apparente à celui qui nous vient des profondeurs de l’histoire humaine quand les premiers hommes avaient découvert et mis en oeuvre le pouvoir de laisser des traces sur les parois de leurs cavernes… Que ne connaissaient-ils l’informatique à cette époque! Prescience des chamans qui tentaient d’ouvrir des liens sur les portes de l’au-delà?!… Nous portons tous en nous l’énigme des premiers jours et de la fin du monde…
Mais que serait ce billet sans la personne hors champ qui a pris les photos qui lui ont servi de support? Que conclure sinon que l’invisible permet le visible?… Et que, à l’inverse, le geste de l’inscription dans le monde par les chamans-artistes, en ouvrant-ouvrageant des espaces-temps qui, sinon, resteraient hors de portée, permet la révélation de ce que le réel a d’insoupçonné?… Magie de l’écriture et/ou de la peinture… n’est-ce pas, Giovanni?
Giovanni devenu grand devient un père visible au milieu de ses propres fils… Mais alors, si ce n’est plus le père qui prend les photos, qui donc se dissimule hors champ cette fois ?

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Depuis la nuit des temps, c’est ainsi, les grands transmettent aux petits. Les fils reçoivent donc du père ce qu’il a de meilleur, les mots et les couleurs.

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Paolo le cadet suivra le père à Paris, tandis que l’aîné Raffaele restera à Rome. Ainsi continuera l’histoire d’une famille métronomique
Les humains ont inventé la photographie automatique. Le regard de Gabriella ne rencontre pas, ici, celui de son père.

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Sans doute a-t-il choisi de s’effacer momentanément pour prendre en artiste cette photo de sa fille… De profil mais en réalité de face, brouillage de la perspective, mise en abyme… Une soeur et deux frères, trente ans auparavant, à Siena… etc, etc…

Texte de Francoise Gérard

Photos : archive Giovanni Merloni

(*) Rappelons que le projet de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre et Scriptopolis consiste à écrire, chaque premier vendredi du mois, sur le blog d’un autre, chacun devant s’occuper des échanges et invitations, avec pour seule consigne de « ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre ». La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte Célérier.

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 6 décembre 2013

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Plongeons-nous dans l’incompréhension, 1964 (Ambra n. 25)

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Giovanni Merloni, 2013

Plongeons-nous dans lincompréhension

Plongeons-nous
dans l’incompréhension
ou, si tu veux, comblons nos verres
d’oubli empoisonné.

Noyons-nous, les deux ensemble,
dans la salive, dans le vin
dans l’aventure d’un pari impossible
sans plus respirer
sans plus méditer
sans plus veiller
sur nos corps fragiles.

Plongeons-nous
dans les vêtements mités
oubliés dans le placard
par inadvertance.

Arrêtons de comprendre
et nous comprendrons
accordons-nous la possibilité
d’accepter les inévitables malentendus
et nous nous rencontrerons.

Nous ne pouvons nous comprendre
que dans l’incompréhension.

Nous ne pouvons nous entendre
que dans la dissimulation.

Nous ne pouvons nous aimer
que dans le théâtre embarrassé
d’un inexplicable défi.

Giovanni Merloni

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L’étranger, 1964 (Ambra n. 24)

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L’étranger

Si quelqu’un te demande :
« Jeune homme, savez-vous
m’indiquer la route ? »
Tu examines tes ongles,
les pulpes de tes doigts.

Tout de suite,
tu fais demi-tour, tu t’en vas,
mais le col de la chemise
pousse sur ta nuque,
car le regard étranger t’écrase.

Tu t’éloignes, chancelant
sous l’emprise d’une lampe qui s’éteint
d’une enseigne qui s’allume
d’une cigarette qui meurt
dans le reflet désolé
d’un néon agité.

Tu te sauves dans le coin
juste un peu dérangé
par une côte endolorie
par une mort précoce
qui te pèse juste un peu.

Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
Et ce foulard céleste
debout là devant
au milieu de la route
ce sourire figé
renfermé dans un fond d’ennui
qu’est-ce qu’il veut ?

C’est à elle, juste à elle,
la faute de tes attitudes
solitaires, égoïstes, assassines ?

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Rome, Via Andrea Doria. Photomontage de Paolo Merloni

C’est pour te rassurer
avec ses mystères
que tu oublies d’être seul
marginalisé, confus
égaré, obligé
de t’en remette au hasard
à l’ineptie de deux jambes
avançant dans le vide  ?

Giovanni Merloni

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L’attente, 1964 (Ambra n. 23)

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Giovanni Merloni, 1993-2013

L’attente 

Cet adieu mal placé
ce fut une tragédie sans appel,
un examen pénible, affolant
d’infinis couchants en séquence
sur la mer en diapositive.

Cet adieu déplacé
ce fut le dernier soupir de l’aigle,
l’inéluctable agonie
de petits êtres sans griffes
que le silence engloutit
dans la montagne grise.

Cet après-midi
je l’avais consacré
aux affaires de cœur
au va-et-vient des barques
en espérant te voir rentrer
tandis que le soir tombait.

Cet après-midi
de plus en plus sombre,
je ne m’apercevais
que des silhouettes trompeuses,
de longs cheveux blonds
de traîtresses étrangères.

Cet après-midi, ce fut trop vaste
pour héberger ma gueule mouillée,
cet instant dernier ce fut
trop étroit pour mes larmes.

C’est encore chaud le goudron
où la voiture de mon père
semble se dissoudre et dire :
« À cette heure, on s’en va, bel ami !
Toute attente a une limite ! »

C’est ça la catharsis ?
Un froid nouveau glisse,
presque heureux, sous ma peau
avec l’envie de rentrer
l’envie que rien ne fonctionne
l’envie que rien ne marche,
que personne n’appelle plus,
que personne n’arrive.
Toi non plus.

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Adieu, je te glisse
un petit baiser,
une fugitive caresse
sur une carte postale.

Et alors ? Ce ne fut
qu’un adieu mal placé ?

Maman, j’arrive.

Giovanni Merloni

Texte en ITALIEN

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Le corps renversé dans la nuit, 1964 (Ambra n. 22)

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Giovanni Merloni, 1979-2013

Le corps renversé dans la nuit 

Le corps renversé
dans la nuit
je m’endormais,
au fond d’un lac
bandé de collines.

Dans les ombres du ciel
je scrutais le zig zag
des montagnes
le reflet de tes yeux,
ton sourire lointain.

Dans ce rêve, je songeais
à l’instant magnifique :
encadré par la porte,
ton sourire voulait m’emporter,
me traîner qui sait où.

Le corps renversé
dans les ombres de miel,
l’obscurité  des couleurs
l’euphorie de la térébenthine
m’apportaient ton sourire.

Sans souci, accoudée
juste au pas de la porte,
tu scrutais dans ma mort,
dans le fond silencieux
de mes larmes insensées.

J’admirais ton allure
hésitante, enfantine
à l’orée d’une rencontre
qu’attendais anonyme
sans éclats ni larmes.

Sans entrer dans ma vie
tu dansais dans le vide,
obsédante et naïve
jusqu’à ce que le porte
derrière toi s’est fermée.

Un vent géant l’a claquée :
ton sourire a parlé.
Dans le noir, je t’ai vue
j’ai cessé de me plaindre,
de vouloir tout comprendre.

Ce jour-là, pour toi seule
je demeurais seul. Ce fut alors
que tu m’as vu, ce que je suis,
sans compter mon semblant
ce profil de tristesse et de peur.

Le corps renversé dans la nuit
au fond d’un lac de montagne
je retrouve dans les plis
de ton corps de cocagne
le reflet d’un sourire lointain

qui brisait le silence de mes larmes.

Giovanni Merloni

Texte en ITALIEN

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Dans l’enclos de la nuit, 1964 (Ambra n. 21)

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Giovanni Merloni, 2013

Dans l’enclos de la nuit 

Dans l’enclos de la nuit
un train a sifflé
et brisé les oreilles.
Deux ou trois mères ont pleuré.

Je suis le seul à partir,
avec le seul bagage des jours
de la terre, des baisers
d’une fille que j’aime
du fond du cœur.

Là-dehors
un chien a bâillé
un homme a aboyé
un rêve — de fleurs — est mort.

Le soir est sombre.
Le vent le trépasse.
Derrière la vitre
coulent les larmes
que je vois s’essuyer
contre les poteaux
d’un autre jour
d’un autre soir. Hier.

Ces contours majestueux
vont me dessiner dessus
un triste pli de douleur.
Il sont là, placides contours
de petits mots entassés,
douloureux contours
de toits, de chambres
de placards, de lumières.

Parti. Je laisse de moi
ce qu’ils voudront, en gage.

L’obscurité de la nuit
est interrompue par la lueur
de tout petites gares
ces petits miroirs
où tu verras d’autres gueules
d’autres odeurs
de terre et de mer
où tu vois moi aussi
en attente de baisers et d’abris
de paroles et de trains.

Dans l’enclos de la nuit
mon cœur se brise
sur les rails
il court pourtant
long ruban d’étincelles jaunes
comme une sirène heureuse.

piazza esedra 740

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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J’avais rêvé (Ambra n. 20)

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J’avais rêvé

J’avais rêvé
d’un amour de longue durée,
ininterrompu,
qui n’avait pas besoin
de paroles.

J’avais fantasmé
d’un amour innocent et sincère,
comblé de toi et de moi
seulement.

Les yeux clos,
lors d’un soir humide de rosée
j’avais suivi le mirage
de la joie que tu me jouais,
du bonheur que je te chantais,
espérant d’un amour
qui se réveillerait demain
nous disant encore bonjour.

J’aurais voulu (version précédente)

J’aurais voulu
que mon amour
fût long,
ininterrompu,
qu’il n’y eût pas besoin
de mots,
qu’il fût innocent,
sincère. Comblé
par toi et moi
seulement.

Un amour fredonné
dans un soir humide,
que le matin suivant
ce fût encore
de l’amour.

Giovanni Merloni

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