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Éloge de la paresse

12 samedi Nov 2016

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Giuseppe Strano

001_schiele-bacio Egon Schiele (1890-1918), image emprunté sur Twitter

Éloge de la paresse

D’abord, je dois prévenir les lecteurs les plus sceptiques qu’il ne s’agit pas de mensonges. En un moment précis et circonscrit de sa vie, Giuseppe Strano s’est rendu responsable de bêtises qui en ont déterminé fatalement le déroulement. Elles sont liées à des circonstances réelles dont j’ai été moi aussi le témoin. Mais ses « fautes » ou « erreurs » — beaucoup moins graves que leurs conséquences — viennent surtout de sa paresse mentale. D’ailleurs, on ne peut pas passer à côté des circonstances où Giuseppe a glissé farouchement dans son propre piège.

Ce qui força Giuseppe à changer de fond en comble le sens de sa vie ce fut un incident de voiture presque insignifiant, l’un de ces faits mineurs que nos quotidiens cyniques et grossiers ne prennent pas en charge. Tout arriva en conséquence d’un banal manque d’attention. Ou, peut-être, du fait que Giuseppe, au moment de la collision, avait sa tête ailleurs. En général, lorsqu’on a à faire avec le violent arrêt d’une course comme en ce cas, on se demande ce qu’était en train de penser cet homme au volant lorsqu’il se rendait de l’endroit « A » à l’endroit « B ». Est-ce qu’il était encore imprégné du monde qu’il venait de laisser ? Ou alors, était-il de quelque façon absorbé par quelques soucis liés à ce qui l’attendait dans un endroit mystérieux ou bien connu où il était en train de se rendre ? Est-ce qu’il errait, au contraire, sans aucun but, abandonnant sa voiture au gré de tours et détours complètement insensés ?
Suivre une telle logique pour mieux comprendre aurait été utile, aidant Giuseppe à conjurer le pire. Mais personne n’avait songé de poser la question cruciale : « Où est-ce qu’allait Giuseppe, au juste ? »
D’emblée, sous l’effet du choc, sa reconstruction des faits avait suivi toute autre piste. Au lieu de se demander où était-il en train de se rendre et pour quel but, il s’était brusquement souvenu qu’en « ce moment-là » il était profondément absorbé en des pensées assez compliquées, s’échouant par vagues régulières sur un écueil pointu et noir, toujours le même. Il s’en prenait à sa vie « d’aliéné ». Une vie scandée par mille rituels et devoirs. Et — juste à l’instant où sa voiture « de famille » se lançait à la vitesse de soixante kilomètres l’heure vers le quartier de piazza Verbano —, il se demandait : « Serai-je enfin capable de récupérer un jour l’ingénuité et l’allégresse de l’enfance lointaine ? Pourrai-je revenir, avec mes quatre frères et mes cinq sœurs, dans notre ancienne chambre des jeux, si petite et pourtant si immense dans ma mémoire ? »
S’approchant du carrefour, Giuseppe parlait tout seul, mais, d’instinct, il avait mis le pied sur le frein. Sa voiture avançait au trot, comme si dans son rêve un carrefour entre deux rues l’attendait, identique à celui de l’incident… Il s’était donc presque arrêté — les yeux bien ouverts sur le rêve et bien fermés sur la réalité —, quand un fourgon à l’air terriblement robuste, venant de sa gauche, lui avait coupé soudainement la route.
Sans savoir comment ni pourquoi, il s’était retrouvé, tout de suite après, dans une chambre d’hôpital avec une gêne étrange au nez et le regard idiot dévisageant sa mère et ses neuf frères qui lui demandaient en chœur : — comment vas-tu ?
Pendant des jours Giuseppe songea à ce moment critique, presque gai pour avoir esquivé le danger ou, si l’on veut tout dire, pour avoir eu la vie sauvée. Il se souvenait de ce vacarme de voix, plus aiguës que d’habitude, et de cet air de désapprobation unanime qui l’entourait, sans pourtant lui enlever le souffle. Et, même si la voiture « à tout le monde » avait été désormais détruite, et qu’elle était prête à être mise à la casse, il y avait dans l’attitude unanime des membres de sa famille une pointe inédite de respect ! Il avait fallu d’un incident presque mortel pour qu’on lui reconnaisse sa primogéniture ! En fait, il n’était que le premier de cinq mâles, le cadet après Giulia… Mais pourquoi toute la famille au complet — son père seul était absent, qui sait où — lui avait-elle adressé la parole pour lui demander comment il allait ?
— Mais, n’avez-vous pas lu le compte-rendu médical ou comme diable s’appelle ? Peut-être voulez-vous savoir comment je me sens… Eh bien, je me sens mal, très mal !

002_donghi-scale Antonio Donghi (1897-1963)

Quand il avait ouvert les yeux dans la chambre étrangère, Giuseppe avait saisi immédiatement qu’à commencer par l’incident et la course de l’ambulance, puis l’hospitalisation, enfin son évanouissement, tout s’était passé en très peu de temps.
— Quelle heure est-il ? avait-il demandé.
Il n’était qu’onze heures du matin, et la chambre d’hôpital était déjà comblée de personnes et de paletots. Au-dehors, dans le couloir inconnu, il régnait le même silence que dans les films sur les hôpitaux.
Prisonnier du plâtre, Giuseppe se sentait, qui sait pourquoi, un héros, rassuré par cette cuirasse blanche et bossue enveloppant son corps.. Mais il était très fatigué. Sous le plâtre, son réveil bruyant retentissait de la tête aux pieds. Avec le seul bras gauche et la seule jambe droite, il réussit à attirer l’attention de Giampiero, celui qui riait toujours, à la maison, mais devenait lugubre à l’extérieur :
— Je t’en prie, pousse-les, un à un, dans le couloir, je dois absolument me reposer. Dites à l’infirmière que je ne désire pas être dérangé !

003_donghi-portrait Antonio Donghi (1897-1963)

Resté seul, Giuseppe comprit qu’il était sauf, désormais, mais ce cilice du plâtre allait mettre à dure preuve sa patience et même sa paresse. Il comprit que la mort l’avait effleuré et qu’il n’aurait pas été là si l’angle de collision avait été 45 degrés au lieu que 33…
Ah, s’il ne s’était pas laissé capturer par la reconstruction de la chambre des jeux, trop petite pour dix enfants ! S’il ne s’était pas efforcé de se souvenir, par une subtile angoisse, de ces pénibles haltes en dehors de la porte, tous assis à terre dans l’obscurité du couloir en attendant chacun son tour… de cette affreuse contrainte… pas plus que quatre enfants à la fois, tout comme dans les tombeaux des Étrusques, par exemple deux frères et deux sœurs : « entrez, amusez-vous ! Mais dépêchez-vous ! » Donc, on devait se résigner à trois tours. Il finissait toujours pour rentrer en dernier, avec Gigliola, la sœur la plus taquine… Ah, s’il ne s’était pas laissé emporter par la vague des souvenirs, par toutes ces phrases qui jaillissaient telles des mouches !
« Quand on ne meurt pas, on se revoit… »
« Celui qui tout seul mange, tout seul s’étrangle »
« Ce qui ne vous étrangle pas vous engraisse »
« Prends, pèse, enveloppe et ramène tout chez toi »
« Tu profites du fait que je suis plus petit que toi… »
Le fait de se caler dans les tréfonds du rêve — là où sautaient à sa gorge les joies et les chagrins, ensemble, inséparables les uns des autres, dans un seul écheveau qui se dénouait péniblement —, tout ce travail mental ne servait qu’à éviter de penser à son rendez-vous imminent ! Mais était-il en train d’y aller, ou alors tournait-il à vide pour gaspiller du temps ?
Maintenant, il s’en souvenait, dans un soubresaut d’angoisse et de peur. « Qu’aura-t-elle pensé, cette étrange jolie fille qui m’attendait devant le magasin de chaussures à quelques pas de Santa Maria Maggiore ? Sera-t-elle fâchée ? Déjà, quel était son prénom ? Lorena ? Loretta ? Lorella ? »
S’il était mort, la fille brune habitant via Merulana lui aurait porté des fleurs. Mais elle se serait demandé, elle aussi, comme tant d’autres et peut-être tous les gens convenus, ce qu’avait pu faire de bon Giuseppe au bout d’une vie si brève. Une vie comme la plupart des autres, consacrée sans doute à quelque chose d’important pour lui… que pourtant personne ne saurait imaginer.
Voilà : une vie orientée exclusivement envers ce côté inquiet et troublant de l’existence que nous appelons « monde » ou « société » ou plus souvent « devoir » et « faire quelque chose pour les autres ».
« Une vie aliénée », disait Giuseppe intérieurement, agitant la main libre un peu engourdie par le froid de la chambre. « Si l’on n’est pas un peu rusé, on subit la vie que quelqu’un d’autre nous impose : mon père, ma mère, mes frères plus agressifs, le chef de mon bureau lorsque j’y travaillerai, mon professeur de philosophie, mes anciens camarades de l’école, pour ne pas parler des “amies du cœur” de Giulia. C’est ça le monde ? C’est un monde très exigu, comme ma vieille chambre des jeux. Là-dedans, ça devrait y être tout tandis qu’au contraire il n’y a rien d’utile et de bon pour moi ! »
Heureusement, il n’était pas mort. Il aurait alors peut-être le temps pour renverser la table avec toutes ces cartes malchanceuses. Qui sait ? Peut-être, cette chambre simple — ayant une fenêtre sur le parc du Gianicolo, d’où il avait finalement appris à reconnaître le profil, parmi les arbres, d’une bien triste église à la couleur ocre — serait enfin le berceau de sa nouvelle vie « sans idoles ni maîtres ». Et, sans doute, dans les bras affectueux de ces murs verdâtres que la lumière artificielle rendait encore plus médiocres, il aurait pu se retrouver lui-même, avec une bonne raison pour avancer dans la vie. Il lui aurait suffi de l’amour de l’infirmière brune, ou alors des mots enfiévrés de la fille blonde… « Pourvu que je ne tombe pas de la poêle dans les braises ! »

005_casorati-1 Felice Casorati (1883-1963) image empruntée sur Twitter

Le destin avait choisi le visage d’une fille que, sur le coup, étrangement, Giuseppe n’avait pas su fixer dans son esprit, malgré son œil enquêteur. Il faut dire que ce visage paraissait et disparaissait trop à la hâte. Ou alors s’agissait-il de différentes coiffures, de chapeaux, d’imperméables, de parapluies… et de ce je-ne-sais-quoi d’énergique que celle-ci ajoutait à ses pas sautillants sur le couloir.
« Gymnique, sportive, élégante, mystérieuse et — pourquoi pas ? — un peu ridicule aussi ! » Celui-ci était le portrait-robot de la femme idéale selon Giacomo, le benjamin. Pour Giuseppe, au contraire, il y aurait fallu une Madone de Piero della Francesca, ou alors la Laura de Petrarca, ou enfin, pour venir à nos jours, une jolie personne en retrait, taciturne, énigmatique et douce empruntée aux tableaux de Donghi ou Casorati, célèbres représentants du « réalisme magique » italien.
Mais puisque cette « femme étrange » passait et repassait devant sa porte, Giuseppe s’était engagé à lui trouver quelques défauts physiques, pour pouvoir s’en souvenir mieux. Ce fut ainsi qu’il découvrit qu’en ce visage « changeant », illuminé de façon stable par deux yeux bleu très clair, il y avait, à peine perceptible, une charmante irrégularité, une étrange asymétrie du nez et des sourcils.
« Tiens ! Celle-ci a le strabisme de Vénus ! »
De « mademoiselle Serena » la sœur infirmière lui avait parlé dès son réveil de la commotion cérébrale… cette étrange défaillance qui était survenue quelques heures après son hospitalisation et qu’il avait prise pour un coup de sommeil.
— Je ne l’avais pas remarquée ! avait-il dit à la religieuse.
« Comment est-il possible que je ne me sois pas aperçu du fait que “celle-ci” passe toutes les minutes sa tête sur le pas de ma porte ? »
Plus tard, en entendant parler d’elle comme d’une petite philanthrope, étant la fille unique d’un richissime patron du pétrole hospitalisé lui aussi à l’Enfant Jésus, il avait tranché qu’il s’agissait forcément d’une célibataire nerveuse et acide comme on en voit partout à Rome.
Deux jours depuis, intrigué par les échos retentissant dans le couloir, parmi lesquels il entendait souvent voltiger ce prénom — « Serena », « Serenella », « Serenissima » —, Giuseppe avait timidement demandé à la sœur infirmière :
— Mais, cette Milanaise, est-ce qu’elle s’attend quelque de moi ? Est-ce qu’elle m’a sauvé la vie ?
Pourquoi Milanaise ? Parce que cette fille, si différente de lui, avec son activisme effréné, lui attirant jalousies et soupçons, ne pouvait pas être née à Rome :
— Il s’agit d’une typique enfant unique, répondit la religieuse. Mais elle n’est pas originaire de Milan ! C’est plutôt le contraire, elle vient de Sicile ! C’est elle qui vous a vu sortir, étourdi et mourant, de votre voiture tout de suite après la collision… au croisement entre la via Salaria et la via Panama. C’est encore elle qui vous a prêté les premiers secours et, selon ce que l’on dit, vous a pratiqué la respiration bouche à bouche. Enfin, c’est elle qui vous a accompagné à l’hôpital…

En vérité, Giuseppe n’aurait pas fait de telles bêtises s’il n’avait pas rencontré — et aimé de façon si opiniâtre — cette femme bizarre qui avait laissé couler autant de temps avant de s’ouvrir à lui, ce qu’elle faisait, il faut le dire, au compte-gouttes. Cette fille d’abord évanescente avait successivement pris corps, devenant une femme à part entière. En fait, après avoir durement résisté, elle s’était finalement abandonnée dans ses bras… Cela arriva après une longue attente, presque à l’improviste, le jour où Serena avait permis à son corps rond, flexueux et parfumé d’essences hospitalières de s’encastrer parfaitement dans les vides de son étrange partenaire tout en s’interpénétrant heureusement avec ses pleins…
Comme il arrive très souvent, voire toujours, en croyant de la connaître désormais comme sa poche, Giuseppe s’était finalement laissé conquérir. Non seulement par les qualités physiques et sensorielles de leurs rencontres rapprochées, mais encore plus par ses extraordinaires attitudes à se déguiser en écouteuse docile et attentive. Serena s’accordait d’ailleurs cette étrange habitude de revenir toujours à l’épisode de l’incident, à ce fameux baiser… Comme s’il s’agissait du canevas pour un spectacle inspiré aux tourments identitaires de Luigi Pirandello : « C’est ainsi, si vous voulez ! » En somme, mademoiselle Serena adorait mettre les petits points sur les deux « i » du mot « incident », comme si elle voulait établir pour elle-même et pour la victime de son amour un acte de naissance qui effaçait tout ce qui était arrivé avant. Elle était donc devenue pour lui la sage-femme qui l’avait mis au monde une deuxième fois. À force de recréer cette scène, comme dans un psychodrame, à force d’évoquer cette respiration bouche à bouche — qui ne pouvait pas être comparée à un baiser librement accepté ni partagé — Giuseppe ne considérait plus comme angoissant et gênant ce souvenir.
Certes, c’était étrange et tordu, cette façon d’aimer et de se faire aimer que Serena lui avait enfin imposée comme la chose la plus naturelle au monde. Mais il était désormais suspendu à cette bouche élégante et subtile d’où germaient des histoires fabuleuses, qui devenaient peut-être, avec le temps, analytiques et longues… mais Giuseppe ne s’en inquiétait pas… Il s’était même convaincu qu’elle faisait exprès pour lui d’allonger ses histoires, pour l’aider à assimiler ce qu’elle voulait dire.
Cette façon à elle de raconter, sans interruption comme un fleuve en crue, exerçait une telle attraction sur Giuseppe qu’il fut bientôt en mesure de se dérober et même de devenir indifférent aux incursions de ses rêves abstrus ainsi que des souvenirs des odeurs de l’enfance…
Il était donc en train de s’affranchir de son passé et de cet état d’aliénation qui lui avait enlevé tant de forces. Et cela semblait lui donner l’élan pour faire quelque chose de positif dans la vie.

006_cpioggia-180 Oscar Poss, Germany 1950, image empruntée à un tweet de Laurence (@f_lebel) et de FiloLife (@FilofLif) via Franck Vergh (fb)

Mais un jour, depuis sa position horizontale, Giuseppe s’aperçut que les va-et-vient désinvoltes de Serena dans sa chambre révélaient — tout comme sa tendance à s’emparer de ses pulsions vitales, même les plus secrètes — un état psychique et mental tout à fait particulier. Jamais de sa vie il n’avait rencontré une femme comme ça et peut-être il n’avait pas voulu la rencontrer non plus. Elle était sans doute une espèce d’extraterrestre, menant une existence assez chaotique. Emprisonnée dans une espèce de girouette automatique bloquée, elle n’avait jamais trouvé le temps de s’occuper de l’amour. Sans compter la confusion mentale que trahissait la plus inquiétante de ses phrases célèbres, dont Giuseppe n’était plus en mesure de préciser combien de fois elle l’avait répétée : « Je dois t’avouer, en passant, que l’exploitation d’un tel “devoir de pitié” — la respiration bouche à bouche — me paraissait, par à-coups, même agréable ! »

verdier-nb-180 « Et là derrière le portail rouillé qui séparait, noir sur noir, les eaux mortes des eaux vives, j’ai cru voir les cheveux verts des fées – barques au mouillage sous le chant déplacé des oiseaux… » Textes et images empruntés à une publication d’Hélène Verdier (@h_verdier) sur Facebook

Giuseppe ne réussissait pas à comprendre si Serena attendait de leur union une existence forcément menacée par les dangers et les morts annoncées… ou alors si cette collision violente et libératrice aurait été suffisante, une fois pour toutes.
Lui aussi, dans son état psychique si fortement marqué par cette inertie dense et incorruptible qu’il appelait « paresse » ou « amour de soi-même », il n’avait jamais su saisir au passage, jusque-là, le moment propice pour céder à l’amour. Car Giuseppe, épris comme il l’était par ses rêveries et ses peurs solitaires, n’avait pas vraiment voulu partir chercher, avec l’amour, quelque chose de vif et de brûlant en dehors de lui-même.

Ce fut tout à fait naturel, pour Giuseppe et Serena, de mettre la miraculeuse « virginité » qu’ils avaient conquise ensemble à la base de tout ce qui s’ensuit pour eux dans les siècles des siècles : des moments beaux et douloureux qui causèrent pourtant une infinité de bêtises et fautes et dommages ainsi que de lourds contrecoups, dont tout le monde à l’unanimité s’obstina à accuser Giuseppe jusqu’à la fin de ses jours.
Comme si Serena n’eût été qu’une figurante dans leur pièce sans titre ; comme si elle n’avait jamais existé. Et comme s’il n’y avait pas eu au beau milieu du quartier « Salario » ce croisement routier mal fichu, ni cette longue hospitalisation qui aurait été, à défaut de ce baiser mortel, horriblement ennuyeuse.

Giovanni Merloni (1967)

Il fera son entrée dans le hasard de la vie

04 vendredi Nov 2016

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Giuseppe Strano

« Vous me demandez de raconter un peu ma vie, sous prétexte que j’en ai une, je n’en suis pas tellement sûr parce que je crois surtout que c’est la vie qui nous a, qui nous possède. Après on a l’impression d’avoir vécu, on se souvient d’une vie à soi comme si on l’avait choisie. Personnellement, je sais que j’ai eu très peu de choix dans la vie, que c’est l’histoire au sens le plus général et à la fois le plus particulier et quotidien du mot qui m’a dirigé, qui m’a en quelque sorte embobiné »
Romain Gary

001_sposi-feliciSarcophage des époux, terre-cuite étrusque, venant de Cerveteri (Italie).
Musée du Louvre, image empruntée sur Twitter

Il fera son entrée dans le hasard de la vie

Aurait-il tout oublié ? Aurait-il tout rendu au « hasard » qui n’a pas d’embarras, à cet « être » si peu fiable ? Lui aurait-il enfin rendu toutes ses anxiétés, ses contradictions et, ce qui compte le plus, cette lamentation sombre accompagnant les défaites de son orgueil et le sentiment d’impuissance devant ses dérives de paresse ?
Giuseppe Strano se demandait si ce « hasard » était une « chose » ou, au contraire, une personne qui aurait décidé ou accepté à contrecœur de s’occuper de lui. Une personne-hasard qui s’était « installée spontanément » sur sa route et maintenant devenait le réceptacle de tout ce qu’il avait été « avant ».
Avant de se livrer corps et âme (avec toutes « ses choses ») à ce « hasard » à la figure encore floue, il se découvrait un Oscar Wilde tout à fait pitoyable, replié sur lui-même, même ravi de pouvoir en rire ou pleurer. Il vivait alors dans un état d’extase pérenne, tel un enfant rêveur, juste un peu agacé par la contiguïté avec le cynisme des autres, à peine enorgueilli par les petits succès dont sa fantaisie lui faisait cadeau.
Sa réalité fantastique courait, dynamique, au rythme métallique d’un ensemble « beat », sur un véhicule que poussaient son inertie psychique ainsi que ses réitérées rébellions contre le monde « faux et trompeur ». Et pourtant, tous ces feux d’artifice se traduisaient en un rêve renonciataire : il lui suffisait du bruit sourd de ses pas sur le dallage infini…
Avant d’étreindre son nouveau destin dans ses bras, il se berçait dans les inquiétudes de ses maladies inexistantes, pour combattre ainsi une véritable maladie, peut-être. Tout de suite après avoir voracement mangé, il se disait, dégouté, que l’odeur de la crème — qu’il essayait vainement d’étouffer, le torse bombé, dans ses pas solitaires — cachait en elle le roman accompli de la vie d’un adolescent qui avait déjà vieilli.
Giuseppe avait trouvé son équilibre en une espèce d’absence de passions et d’hypocrite suspension du jugement : rien ne le touchait vraiment ! Il essayait alors de se convaincre qu’il aurait suffi de regarder les choses — qu’elles allassent bien ou mal, peu importe — d’un œil objectif, pour que dans son esprit se formât enfin un certain « sentiment d’adhésion ».
Il adhérait à la haine, à l’amour, à la méchanceté par le biais de l’indifférence. Il croyait qu’elle s’était désormais dissoute dans un brouillard touffu, son identité unique, dont il n’aurait gardé que l’étrange orgueil de se vouloir accepté, coûte que coûte. Maintenant, il ne lui restait que l’espoir de voir pardonnée sa « provisoire absence ».

002_foro-romano-tatafiore Rome, Vue sur le « foro », photo de Bruna Tatafiore empruntée sur Facebook

Quand il rêvait d’Elle, au milieu de tous ces cauchemars réels ou imaginaires, il lui semblait d’avoir signé une trêve d’armes, par où il s’autorisait à une détente estivale. Une villégiature suspendue entre les flèches fourmillantes du soleil et la pensée nette et « calme » de la nuit, de « cette nuit-là » où les talons blancs d’elle résonnent encore sur l’escalier de pierre lisse tandis qu’à côté d’eux les tourmentent les voix ennuyeuses de deux amants décrépits.
C’est un effort titanique, lorsqu’on ne peut pas tout oublier, que de superposer à l’image réelle de lieux et personnes familières des noms et prénoms postiches. Dans les pénibles circonstances existentielles de Giuseppe Strano, tout cela n’amène pas, bien sûr, à des identifications héroïques ni à des chefs-d’œuvre immortels. Mais il fera quand même, de sa façon prudente et prolixe, son entrée dans le hasard de la vie, se laissant enfin glisser sans plus résister dans le vide atmosphérique d’une explosive « libération ».

Giovanni Merloni (Rome, Pâques 1966)

Une pomme ensorcelée

27 jeudi Oct 2016

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Giuseppe Strano

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Une pomme ensorcelée

Ces jours à l’hôpital avaient coulé pour Giuseppe Strano à une surprenante vitesse. Sans doute parce qu’il était très rarement resté seul dans cette chambre avec un seul lit que Serena, par mille subterfuges lui avait fait obtenir, parvenant enfin à captiver l’attention de l’infirmière-chef du service des urgences. Serena lui avait fait croire que Giuseppe était un homme de science, une espèce de génie précoce travaillant déjà, aussi jeune qu’il fût, auprès de l’observatoire astronomique de Monte Mario : « Il faut le ménager comme il le mérite ! »
Comme si c’était tellement important qu’avoir une chambre rien que pour lui ! À quoi bon de l’avoir eue si après Serena ne lui accordait que très peu de sa compagnie ? Si les portes, en cet hôpital, restaient toujours ouvertes, laissant le libre accès à des gens de tous les genres qui te racontaient leur vie et te faisait peur avec mille descriptions et rumeurs ?
Giuseppe songea à cette infirmière qui avait été obligée, la pauvre, de se montrer antipathique : « Ne voyez-vous pas que l’hôpital est au comble ? À l’Enfant Jésus, il n’y a pas de place pour un malade ainsi… insignifiant ! » Elle avait dit exactement ces mots-là, mais ensuite elle avait changé d’avis, devenant très gentille, même si, les premiers jours, Giuseppe n’avait pas arrêté de la poursuivre dans le couloir avec la même question : « Qui est insignifiant ? Le malade, c’est-à-dire moi, ou alors ma maladie ? » L’infirmière, qui pouvait bien être la sœur jumelle de Serena, sauf pour les cheveux noirs, répondait en riant : « Ce n’était qu’une façon de dire ! Rien n’est insignifiant, ici. Mais vous n’aviez rien de grave, à part le choc… Le docteur Fedele vous tient en observation, de la peur de complications… fort improbables ! D’ici dix jours… vous rentrez chez vous, je vous assure ! »
Le temps avait volé. C’étaient bien sûr des heures solitaires, se déroulant dans cette chambre simple tout à fait ignare de ce qui arrivait au-dehors, dans ces endroits magnifiques du Gianicolo constellés d’arbres et de paisibles promenades et traversés par la rue panoramique — le plus beau coup d’œil sur Rome, dit-on —, tout près des monuments de Garibaldi et de sa courageuse compagne, Anita. Et pourtant ces heures se comblaient de conjectures les plus fantaisistes autour des phrases que Serena scandait sur le pas de sa porte au terminus de leurs têtes à têtes trop brefs :
« Si nous nous étions rencontrés avant… »
« Je ne crois pas à l’amitié entre l’homme et la femme. »
« Vous, les hommes, ne pensez qu’à cela. »
« Il me semble de te connaître depuis ma naissance, et pourtant il arrive, d’un moment à l’autre, que tu deviennes un étranger… »

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Quand Giuseppe sortit de l’hôpital, il ne se jugeait pas encore prêt à affronter l’ennuyeuse routine de son existence à venir : il avait la sensation d’avoir séjourné très peu là-dedans, et désirait même d’y rester. Peut-être, laissant cette exiguë chambre simple et serrant de façon solennelle la main de l’infirmière-chef, il avait compris qu’une importante partie de sa vie — tout ce qu’il avait vu, ressenti, pensé et souffert avant l’incident — touchait désormais à son terme tandis qu’à l’improviste il avait eu la gorge nouée et s’apprêtait déjà à pleurer. C’était ça, sa nouvelle vie ?
Il n’était plus l’être qu’avant, à cause de l’amour, bien sûr, de cette femme qui lui avait adressé la parole, avec laquelle il s’était défoulé… Maintenant, il devait agir, l’heure de le faire était arrivée. D’ailleurs, il devait rattraper le temps perdu…
Sans qu’il y eût des faits réels, suivant sa vision morale ou moraliste, tout à fait personnelle, des rapports humains et de la société, Giuseppe était heureux d’avoir pieds et poings liés. Il était désormais un fiancé fidèle, tandis qu’une série d’événements simultanés le poussaient à affronter sa situation, de plus en plus fataliste et négative… À tout casser, il allait à la rencontre de la vie et de l’amour comme un joueur de poker…
Serena exigeait de lui un minimum d’action, en échange de son intérêt sans doute spontané… Il devait d’ailleurs répondre aux espoirs sinon aux besoins de sa vivante famille : douze membres en dehors de Giuseppe, un nombre exorbitant de frères et sœurs avec une gigantesque fatigue collective. Cette petite et dense collectivité exigeait de lui une décision qu’il prit, enfin : une décision qui fut douloureuse sinon tragique...

Il était donc sorti de l’hôpital, la tête légère, mais en forme. Et, pour se distraire, il avait fait une halte sur le parvis de Saint-Onofrio, s’accoudant ensuite sur le parapet du jardin adjacent, où s’était laissé emporter par l’étreinte lumineuse de Rome. À pied, tenant sans effort le sac à demi vide avec son pyjama, il avait emprunté la descente qui mène à la Lungara. Une fois passé le pont consacré à Mazzini, il avait atteint le quai opposé. C’était là qu’il y a quinze jours il avait laissé sa voiture, rien qu’à deux pas du corso Vittorio. « Est-ce qu’elle est encore là ? » se demanda-t-il, mais, tout de suite après, il eut la brusque impulsion de reporter les pensées et les efforts concrets. Embarrassé et confus, se berçant dans l’illusion qu’ainsi il aurait mieux réfléchi à ce qu’il fallait faire, il se rendit à la terrasse du bar Biancaneve (Blanche Neige) pour y goûter une « pomme ensorcelée », une glace exquise en forme de pomme à l’écorce de chocolat fondant. Un délice à se lécher les moustaches !

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Devant lui coulait de façon très naturelle le chaos des voitures et des bus, laissant derrière lui un sillage épais de goudron. Giuseppe rêva d’entrer dans l’un de ces Fiat 600 ou 850 et se laisser traîner en balade dans Rome par quelques infirmières du Bambin Jésus ou alors par une future professeure blonde. Personne ne s’arrêtait pour l’inviter à monter et déjà il revenait à sa crainte de ne pas trouver la voiture de l’incident, quand il entendit une voix derrière lui : « Mais, où vas-tu ? »
C’était Gianluigi, un de ses innombrables frères qui ne l’ayant pas trouvé devant la grille de l’hôpital l’avait cherché en vain jusqu’au moment où il avait eu envie, lui aussi, de la pomme ensorcelée…
Giuseppe comprit que sa voiture n’avait pas eu le loisir d’attendre sa guérison, parce que Gianluigi, ou Giancarlo ou Giampiero l’avaient promptement enlevée au lendemain de l’incident…
« Il n’y a que toi qui as été blessé, cognant contre le volant après le brusque coup des freins ! Le cycliste en est sorti sans un bleu, même s’il s’en est plaint beaucoup, venant même frapper à notre porte. Giulia, notre sœur, a eu juste une égratignure. Quant à la voiture, ne vois-tu pas ? Elle est restée indemne… »
Distrait par le plongeon soudain dans la réalité de cette voiture convoitée jusqu’à l’épuisement extrême, Giuseppe avait quitté la terrasse du bar sans payer. Et, quand le garçon lui tira la blouse avec une typique expression — « Pardon, jeune homme, l’addition ! » — il s’aperçut qu’il n’avait plus le portefeuille !
Gianluigi avait dans sa poche… juste les sous qu’il fallait pour s’en sortir et les lui prêta, sans pourtant cacher sa gêne.
« Nous devons revenir à l’hôpital ! » hurla Giuseppe d’une voix égarée. Ensuite, essoufflé, il obligea son frère à revenir en arrière, au-delà du pont Vittorio, pour remonter ensuite vers Saint-Onofrio et le Gianicolo depuis la porte Cavalleggeri.
La quête du portefeuille dans les labyrinthes aseptiques de l’hôpital allait devenir un cauchemar quand Giuseppe entrevit les longs cheveux noirs de l’infirmière-chef. Juste en face de la porte de cette femme appétissante et puissante, son portefeuille gisait à terre, encastré entre le mur et la jambe métallique d’une chaise de la salle d’attente des urgences.
« Comment m’est-il arrivé une chose comme ça ? » dit Giuseppe d’un fil de voix. « En fait, j’étais assis sur cette chaise le jour de mon hospitalisation, quand Serena discutait avec vous au sujet de la chambre simple, Madame, vous vous en souvenez-vous ? C’était il y a quinze jours… »
« Comment pourrais-je m’en souvenir ? Avec tous ceux qui passent devant cette porte ! »
« Il est possible que celui qui avait empoché le portefeuille se soit repenti, ou alors qu’il ait eu un peu de compassion pour toi, en le ramenant aujourd’hui, le jour où tu quittes l’hôpital… Quelle coïncidence ! s’exclama Gianluigi d’un air désolé. “Regarde quand même s’il y a l’argent…”
“Vous avez de la chance si vous trouvez le permis de conduire !” dit la belle infirmière faisant sautiller ses jambes élancées.
Maintenant, Giuseppe n’avait plus envie de rester en cette frontière entre la joie et l’angoisse, la naissance et la mort, l’amour et…

004_lgtevere_tatafiore-1 Rome, lungotevere, photo de Bruna Tatafiore empruntée sur Facebook

Sa promenade ou son “transport mécanique de lui même”, comme il aimait l’appeler, recommençait devant la grille de l’hôpital de l’Enfant Jésus.
“On m’a dit qu’il faut se mettre au volant tout de suite après l’incident de voiture, sans attendre !” dit-il brusquement à son cadet de deux ans. Puis, suivant les roues et le frissonnement de l’air autour de la vitre, il se souvint du vol subi : on lui avait enlevé tous ses biens !
“Il ne s’agissait pas d’un chiffre astronomique”, le consola Gianluigi. Et tu verras qu’on t’embauchera à nouveau à l’observatoire. Ou alors tu feras le gardien à l’école en plein air “Giacomo Leopardi”. Patience pour les sous que tu me devais, disons que j’ai payé moi la pomme ensorcelée pour fêter ta sortie de l’hôpital et c’est tout… »
La voiture avançait paresseusement, affichant ce matin-là son incapacité d’entendre et de vouloir… Tandis que Giuseppe aurait aimé voyager, voir le monde, même de façon abrupte et tout à fait touristique : « Voyez à votre gauche la superbe mole massive du Château Saint-Ange, ancienne forteresse de papes célèbres, voyez à votre droite Villa Borghèse… Et finalement, on a atteint le sommet du mont Mario, où vous profiterez d’un incontournable panorama de Rome. Ce bar-ci, avec terrasse accoudée sur le vide s’appelle Zodiaque, à cause de l’observatoire astronomique à côté, du ciel qui accueille la ville dans ses bras et du fleuve… Mais sans doute aussi pour stimuler la fantaisie des élèves de l’école en plein air… »
Sinon, les deux frères se calaient dans les draps d’un touriste tchécoslovaque aux sandales jaunes, les chaussettes grises et les lunettes métalliques qui voyageait devant eux en Skoda, l’une de plus laides voitures de l’histoire, tout en confiant à sa compagne, poliment assise à sa droite, des choses sans doute imposantes et conclusives au sujet du manque de confort à Rome, une ville vraiment chaotique.
Cette compagne, tout comme Serena, avait ses beaux cheveux blonds relevés, les mêmes yeux bleus écarquillés et, de profil, on ne lui notait pas l’asymétrie du nez par rapport aux yeux, ni celle des yeux par rapport aux sourcils.
Avant d’arriver à la Storta, négligeant pendant un instant le voyant rouge de la réserve désormais fixe, Giuseppe se souvint qu’il ne l’avait jamais embrassée sur la bouche. Il ne savait pas non plus si Serena désirait, à son tour, de partager cette expérience avec lui… Même si cela paraissait évident sous plusieurs points de vue, c’est-à-dire sa tendance à le plaindre pendant son hospitalisation, la familiarité de ses attitudes et l’envie de lui dire tout. « Mais, en elle, tout cela peut bien rentrer dans une normalité sans éclats, se disait-il. Selon ce dont je me souviens maintenant, avec un peu de recul… Serena serait capable de parler à l’infini, en obtenant des réponses, avec un interlocuteur même plus insignifiant que la paroi peinte en vert pâle de la chambre simple de l’hôpital de l’Enfant Jésus…

Giovanni Merloni (1967)

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