le portrait inconscient

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Archives de Tag: Solidea

Elle me manque, 2005 (Solidea n. 28)

27 lundi Juil 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001B_chimère meilleure 180

Giovanni Merloni, La chimère jaune, 2015

Elle me manque (1)

Elle me manque, la demoiselle
littéraire et romanesque,
cette élégante hirondelle
dont Leopardi fit la fresque.

Elles me manquent, elles aussi,
ces dames belles pleines de soucis
dont les lecteurs avaient envie.

Elle me manque, la grisette
qu’on conçut, pauvre fillette
en poésie ou en éprouvette,
obligée sans autre enquête
de poursuivre, même si inquiète,
deux jumeaux dans la poussette
de la crèche à la chambrette.

Ils me manquent sinon
les « oui » ou les « non »
de la pauvre Manon,
héritière d’un forgeron.
(Avant de proférer un juron,
elle va peindre bien sûr de marron
ses belles lèvres de Junon.)

Il me manque le jour de fête
le manège dans la tête
d’une épouse analphabète
sauvage comme une bête
qui signerait, sans enquêtes,
comme un trait d’arbalète,
la pendaison du poète
au bout d’une journée malhonnête.

Personne ne s’aperçoit du soir qui tombe.

Il me manque le village
frôlé un jour dans un voyage
qui ne fut qu’un bref hommage
au poète triste et sage
obnubilé par des mirages.
(Le square est un trou noir
où des garçons sans espoir
jouent au foot sur le trottoir
en bas du manoir.)

Personne ne s’aperçoit des amies
revenant de leur journée infinie
pour tenir le pari
de renouer avec leur mari
désormais parti.

Personne ne s’aperçoit des amants
péniblement revenants
d’un pas lourd et inconstant
dans leur nid sans diamants.

Il me manque, le samedi,
ce village perdu de comédie
où rarement le Paradis
se changeait, pendant la nuit,
en Enfer inouï :
toi, la pêcheuse hardie,
moi, le poisson englouti,
prisonniers abasourdis
d’un aquarium maudit.

Elle me manque
peut-être, pardi
une certaine Italie.

Giovanni Merloni

(1) Petite désacralisation du « Samedi du village » (« Il sabato del villaggio ») de Giacomo Leopardi (1798-1837) et de sa ville natale, Recanati, où l’on peut visiter son manoir-musée.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

POST SCRIPTUM (Solidea n. 26)

18 lundi Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

roma - copie 180

POST SCRIPTUM

Le temps passe
sans le moindre fracas.
Le cœur en contrebasse,
le chagrin me dépasse.

Incertaines journées
que de rêves comblées
poursuivant en volée
de petites mains gantées,

la silhouette d’Odette,
la jupe d’une soubrette,
les mots doux de Colette,
une belle en bicyclette.

Mais ce n’est que faillites
qu’effusions contredites
collectionnant tous les rites
d’une solitude maudite.

Pour détourner l’impasse
j’amène sur la pinasse
une camarade de ma classe
voir voler les bécasses.

Elle est très, très jolie
quand elle danse en folie
sur la plage éblouie
songeant père et patrie.

On s’étend dans un lit
de feuilles, sans bruit.
Mademoiselle l’a promis :
je serai son mari !

002_via giulia 180

Mais le temps tôt s’arrête
sur mes vols de poète
tout de suite elle dit « bête ! »
refusant mes conquêtes.

Me plongeant dans l’angoisse
elle ne fait que grimaces
jusqu’au bout de l’impasse
où ma tête se casse.

Je part pour la guerre
sinon pour l’Angleterre
ou alors pour Nanterre
le moral à même la terre.

Au terminus de ma chasse
je vais mourir sans cuirasse
balayé comme carcasse
qu’un sale vent dépasse.

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog.

Je suis passé, personne ne m’a vu (Solidea n. 25)

27 mardi Jan 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_monica iPhoto 180

Je suis passé, personne ne m’a vu (1)

1. Depuis le pessimisme

Devant les gueules
que je n’avais pas défoulées
je suis passé,
pour voir, pour être vu.

Dans les lieux
que je ne pouvais pas oublier,
je n’ai fait qu’une descente
furtive.

Dans cette autre dimension
qui fut la mienne,
j’ai pourtant retissé,
de façon schizophrène,
les trames d’une affection
dont je craignais la vanité,
car le train allait bientôt
tout couper, tout écraser,
tout déchirer de nouveau.

J’ai seulement eu le temps
de me reconnaître dans le regard
de chacun d’eux : un revenant
dont chaque homme possédait
un échantillon privé
exclusif, primordial ;
un survivant dont chaque femme
gardait le secret.

Je ne serai jamais le seul homme
ni le même
pour ces gens trop aimés
dont pourtant aussi bien
je me souviens.

Aucun souvenir
de ma silhouette passagère
(trop rapide, trop intense)
ne se figera, hélas ! solitaire,
identique, dans l’esprit
de tous ceux qui m’ont vu m’éclipser
comme une ombre.

À présent, je me découvre changé
et je voudrais que la ville le sût.

Elle ne le saura pas, peut-être.
Je suis passé, personne ne m’a vu.

002_jim 180

2. Depuis l’optimisme

Je suis traîné, ici à Bologne,
par un courant fiable
par l’enthousiasme illimité
de mon amour filial.

Elle est une mère brusque
malgré tout affectueuse,
où sont nées
autant de pièces
de mon corps et de mon être
importantes sinon indispensables.

C’est ici qu’elles prenaient
leur nourriture, loin d’ici
elles n’ont eu d’autre perspective
que mourir.

C’est ici que j’aurais dû vivre
quitte à me soumettre
à des escarmouches quotidiennes
avec des frères jaloux.

003_jeanne et les pinceaux 180

3. Depuis le voyage

Je voudrais rester à Bologne.
Je voudrais rester sinon à Rimini,
à Imola, à Casalecchio
ou alors à Terra del Sole
dans une maison comme celle-ci
dans une rue comme via dell’Unione.

Je voudrais me caler
dans la mélancolique incertitude
d’un monde de correspondances
à renouer, de vides inattendus
à remplir.

Dans la certitude ébahie
d’obligations nouvelles
plus circonscrites, plus régulières
moins démesurées et aventureuses,
ô combien volontiers
je resterais ici !

004_jeanne et jim iPhoto 180

Giovanni Merloni

(1) Réécriture de ces jours, en français, d’une poésie écrite (en italien) en 1989 lors d’un voyage à Bologne

Texte d’origine EN ITALIEN

À présent dans l’île il n’y a qu’une barque (Solidea n. 24)

15 jeudi Jan 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_barque colorée - copie

Giovanni Merloni, Amour et géometrie, janvier 2015

À présent dans l’île il n’y a qu’une barque

L’île enlève les filets
sous un ciel s’ouvrant blanc
à sa première lumière.

Je m’effondre dans tes yeux
tels de grottes verdoyantes
envahies par la mer. Tenacement,
j’essaie de m’y noyer,
dans l’espoir de me perdre
ou de guérir.

002_barque noir et blanc - copie

Giovanni Merloni, Amour et géometrie, janvier 2015 (hypothèse en N&B)

À présent, dans l’île
il n’y a qu’une barque,
il fait mauvais et toi
tu ne vas pas sauter
sur le sable mouillé
en y laissant
les reflets de tes pas.

Moi, je ne serai pas là
et pourtant jusqu’aux détails
je peux me figurer
ta descente sur les lieux
désœuvrée et coupable.

Tu trouveras ce soleil
toujours prêt à élargir
les gouttes de mer sur la peau ;
tu trouveras, dans mon ombre
collée aux cailloux,
« ton problème » ;
tu trouveras, sous un arbre,
nos regards mélancoliques
ou alors l’écho impitoyable
de nos voix hystériques.

Tu te souviendras
de cet embarras
qui n’a pas su
se convertir en joie,
au bout languissant
de soirées magnifiques,
dans ce divan flottant
au milieu des étoiles.

003_barque colorée part

Je te vois bien, apeurée,
en train d’effleurer
tout ce qu’on a raté,
touchant de tes yeux
la triste vanité
du petit espoir vertueux
de nous revoir unis
dans le lit somptueux
et interminable
de cette île inexplicable.

Moi, je vois tout perdu :
l’île, le soleil, les étoiles,
l’eau sur la peau.
Et même toi, gamine
tu as déchiré tes voiles
au bout de la séance divine
qui fut ton seul cadeau.

Tu deviens blanche, ta gueule
ne me semble pas chagrine
tandis que sur une barque
sous une pluie taquine
tu t’en vas loin, toute seule…

Giovanni Merloni

Je vide le sac (Solidea n. 23)

04 dimanche Jan 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_vide le sac 180

Giovanni Merloni, Trois générations, part. Janvier 2015

Je vide le sac

Un sac de plâtras
au bout de la rue là-bas
pourrait contenir
— pourquoi pas ? —
nos deux corps foudroyés
obligés de ressusciter
au moment topique
de l’emménagement,
des travaux frénétiques
de l’installation solennelle
d’un grand lit.

Je m’y vois, avec toi
là-dedans, au bout d’une vie
de joies arrachées, de délires
provisoires, ô combien
importants !
Toi et moi,
nous étions étendus
à même l’herbe
— enveloppés l’un dans l’autre,
les yeux clos,
la bouche ouverte —
engloutissant
goutte à goutte
le bonheur de l’amour
la stupeur de l’amour
le chagrin de l’amour.

Dans ce sac ordinaire,
nos statues sont cassées,
mises en pièces, renversées
réduites au néant d’un ticket
d’un cellophane
balayé par le vent.

Ou alors, ces amas
sont la trace minérale
d’une cloison animale
séparant nos deux vies
de l’allure spectatrice
d’un voisin sans malices
ayant pourtant l’envie
de cueillir nos prémices
dans son retrait
complice.

Ces anonymes fatras
sont l’écho assez fugace
d’un colloque démoli
lors de l’écroulement
de ce mur mitoyen
emportant sans soucis
(et sans aucun préavis)
dans les bras de la mort
l’observateur accroupi.

Une longue histoire d’amour.

002_vide le sac 180

Giovanni Merloni, Trois générations, part. Janvier 2015

Voilà, je vide le sac.
C’est l’histoire d’un amour
verrouillée pour toujours
se dévoilant sans détour
au jour le jour
à l’oreille exercée
d’un bonhomme ordinaire
qui vivait solitaire
au-delà de ce mur.

J’arrivais toujours
avant que toi.
De rien d’autre
je ne me souviens.
À défaut de ce mur
qu’on gagnait en montant
au sommet bien humide
d’un escalier croulant ;
de ces plâtres noircis
retombant sur les pieds
comme d’écorces meurtries
ressemblant à des oiseaux
du bon augure.

Il est tout à fait inutile
d’essayer de t’oublier.

Ah, s’il n’y avait pas eu
cette rancune, ces mots
sans courage ni fortune !

Ces autres amies,
envers lesquelles je me fatiguais
(décidé par moitié,
incertain à part entière,
disponible jamais)
elles ne servirent qu’à précipiter
mon aveu irrémédiable :
il demeure insupportable
ce mur de douleur !

Fin de l’histoire d’un mur.

003_vide le sac 180

Giovanni Merloni, Trois générations. Janvier 2015

Ce n’est pas de ta faute
si je cède à moi même.
Ce n’est pas toi qui déchaînes
le nouveau désespoir
au constat de ton absence.

Si jamais je reviens
à ta vaine rencontre
dans cette chambre écroulée
si jamais je caresse
l’ombre bleue de la tresse
que ta tête a gravée
sur ce mur claustrophobe,

tu te ratatines,
tu endosses dix robes
l’une sur l’autre
pour me paraître un pantin
emmitouflé.

Et surtout, tu te tais.
Magnanimement, tu te tais.

Puis tout cesse. S’évanouit
l’encombrant souvenir
de ce monde anéanti
de chambres et de lits
glissant à l’infini
au milieu de mes doigts
engourdis.

Giovanni Merloni

Elle, la vie, mon amie (Solidea n. 22)

08 lundi Sep 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_elle, la vie 180

Giovanni Merloni, Fenêtre, septembre 2014

Elle, la vie, mon Ariane
est badine et gitane
moelleuse et abrupte
tel un corps sans la croûte.

Elle n’a pas de raccourcis
ni de haltes jolies.
Citadine ou paysanne
elle dévore nos âmes.

Tôt ou tard, nous sortons
d’un petit bonheur bref
pour rentrer derechef
dans un malheur qui dure.

La vie est une torture
de plaisirs inacceptables,
ou alors, dans le sursis
c’est un zapping désagréable
de casseroles et tapis.

Avec toi, je voudrais bien
(qu’il fasse gris ou serein)
de toute façon la vivre,
cette vie de hauts et de bas
mais elle ne veut pas
chavirer, joliment ivre,
dans le compas de mes pas.

Elle, ma vie, mon amie
c’est un gâteau candi
le souvenir de ton cri
désormais englouti
dans un puits…

Giovanni Merloni

Fils, mon fils, 1993 (Solidea n. 21)

03 dimanche Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_figlio figlio 180

Giovanni Merloni, Fuori posto, juillet 2014

Fils, mon fils (1993)

Fils, mon fils,
mon amoureux lys, (1)
des vagues d’écume jaune
me noient, en me ligotant
les cheveux et les yeux ;
un bloc de ciment
parmi les requins
me retient et me retourne
vers le fond.

Résigné, je me creuse
la tête dans le déchiffrement
impossible
de mots à rebours.

Fils, mon fils,
tu m’attends insouciant
là-haut sur l’embarcadère
de bois.
Tu oses même fumer,
en mâchant, en crachant.
Est-ce toi ? Vraiment toi ?

Fils, mon fils,
ambulant sans bagues
ni colliers, petit Gobetti
sans les livres
sous le bras. Tandis que
je me noie, tu flottes
à peine.

Fils, mon fils,
le soleil t’a fait don
d’un sourire. Avec ostentation,
tu affiches les lèvres
tremblantes, les dents
blanches, le regard
attentif, tandis
qu’une énorme proue de fer
coupe net mes chaînes
trop tard, peut-être.

Trop tôt, j’affleure,
à demi mort, les os bleus,
le corps gonflé
jusqu’à faire exploser
le costume.

Fils, mon fils
on me traîne doucement
dans un coin sableux,
sec, où le parfum est arrivé
(va savoir pourquoi)
des barques
des vacances,
avec le souvenir
de nos gentilles et maladroites
promenades.

Une chanson nous caresse
les cils,
un soulagement soudain
nous remplit les poches,
un tout petit mot
nous sauve, maintenant.

La vie, pour nous,
c’est un dur exercice ;
c’est un siège laborieux
autour de forteresses
bien munies ;
c’est l’immense fatigue
de nous en sortir,
après des jours de fête
insupportables
et même incompréhensibles ;
c’est le risque probable
qu’on nous dépouille
qu’on nous dénude
avant de nous rejeter
en arrière, au-delà
de la ligne blanche
de l’horizon.

Et pourtant il nous
conforte, cet élan
haletant
vers des îles légères
léchées par la lente
maternelle déferlante
d’une mer en automne,
elle nous berce
la brûlante attente,
vainement refoulée,
d’une invitation au bal
au milieu des corps,
des ombres,
des musiques,
des silences
viscéraux.

Écrasé, renié,
il voudrait se libérer
un cri de rage désespérée,
un geste extrême,
un bond géométrique
qui déchirerait les mille strates
d’étoffe, les mille costumes
hérités, désormais vieux
(plusieurs fois retouchés),
un acte élégant
qui briserait les mille couches
de l’éducation
de l’obéissance
du silence.

Fils, mon fils,
elle nous soutient,
cette conscience
même héroïque
de devoir tout accepter.
Après les feux d’artifice,
les reproches ;
après les chutes maladroites,
les menaces d’abandon ;
après les mots disproportionnés,
le destin revenant
d’humiliants purgatoires
au-dehors,
dans l’obscurité, ou alors
dans une laide, étroite
et inhospitalière
chambre de périphérie.

002_figlio figlio 001 180

Fils, mon fils,
sans d’autres incertitudes
plongeons-nous à nouveau
ensemble
dans cette mer de salive
de vomissures et de plastiques,
car au-delà de cette écorce
révoltante
elles pourraient se dérouler
de rassurantes plaines
bleues, des sirènes
silencieuses,
des grottes vertes et roses
dans lesquelles souffler.

Fils, mon fils,
mon amoureux lys,
celui qui touche le fond
peut bien remonter ;
celui qui souffre, accroché
à ses couvertures,
pourra du moins déchiffrer
ces mystérieuses traces
sur le mur ;
celui qui demeure immobile,
confus, peut bien reprendre,
lentement, à marcher
dans les sombres et légères
pistes de l’esprit, tout en tuant
gracieusement
avec une fougue patiente
le temps. Il suffit
de reprendre à compter
sans cesse :
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
quitte à savoir contourner
les cogitations gênantes,
les leurres pompeux,
les prévarications sordides.

Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
Les yeux hagards,
les oreilles bouchées,
le nez qui gronde
de la morve et du sang
nous allons
en avant et en arrière,
tout en faisant attention
à ne pas trébucher.
Par un pas militaire,
par des mouvances
de panthère,
par des allures d’escargot
nous suivons
un cercle,
une ellipse,
une spirale,
répétant
comme si c’était un jeu
la douce obsessionnelle
ritournelle de la vie.

Fils, mon fils
j’apprendrai à me taire
à répondre juste
si l’on m’interroge.
Empruntant quelque part
le courage nécessaire,
j’exercerai le métier de père
tout en laissant glisser
ces feuilles (blêmes
et moribondes) parmi les doigts
(fermes et tremblants).
Et, finalement
je te laisserai libre
de croître,
de devenir un homme
sans m’opposer,
avec un sourire poli
et résigné,
mon fils.

Giovanni Merloni

(1) Depuis « Donna de Paradiso » de Jacopone da Todi (XIIIe siècle)

«O figlio, figlio, figlio,40
figlio, amoroso giglio!

Figlio, chi dà consiglio
al cor me’ angustïato?

Figlio occhi iocundi,
figlio, co’ non respundi?45

Figlio, perché t’ascundi
al petto o’ sì lattato?».

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 3 août 2014

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Chanson pendulaire, 2005 (Solidea n. 20)

24 samedi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_chanson pendulaire 001 180

Chaque matin, pour me rendre au travail, après une longue saison consacrée au train, je traversais Rome de Nord à Sud. Deux mondes opposés, avec plusieurs différences, dont la principale, c’était le souffle. En fait, la banlieue d’où je venais était suffocante, tandis que celle de destination avait été conçue avec un soupir aussi rhétorique et grandiloquent que clairvoyant.
Ce qui me fascinait le plus c’était ce filtre final des remparts en forme de lunettes de soleil d’où le grand boulevard-autoroute consacré à la mémoire de Christophe Colomb se déclenchait comme un serpent en direction de la mer.
Au cours d’un de ces déplacements, j’imaginai « l’histoire contrariée d’un voyageur pendulaire » que je fixai dans la poésie ci-dessous (suivant le rythme de Io ho in mente te, fameuse chanson de l’Equipe 84).

Chanson pendulaire (2005)

Tous les matins
uoo uoo
je passe sous les arches,
je sors de Rome,
j’entre dans le tunnel de lumière
de Cristophe Colomb (1),
de Bavastro (2), de Giorgione (3)
et Caravage (4).

De noms de rue de place
de square
où circule ton mirage
ou un cargo
ou un groupe de piétons
ou un marché improvisé
ou un pré désolé.

002_chanson pendulaire 002 180

Même aujourd’hui,
uoo uoo,
je tourne bien avant
de me perdre
par distraction
dans le flux obligé
dans la cour infinie
voyageant impunie
sur le tapis roulant de la vie.

Je tourne avant
de rester aimanté
par l’habitude de ton nom,
par le rappel impérieux
de tes jupes,
avant de m’arrêter, confus,
devant ton visage
qui regarde interloqué
depuis le comptoir du bar.

Par un brusque coup de volant
(en avalant la vomissure,
en respirant le frisson,
en retenant la chamade)
je me faufile,
étrange et minimal,
dans une allée abîmée,
où circulent en boitant les amants déçus,
les jeunes devenus vieux,
les jeunes filles habillées de miroirs.

003_chanson pendulaire 003 180

Mon amour,
juste à deux pas de la mer,
la ville se prend pour unique,
directionnelle, travailleuse,
active. Tandis qu’au contraire
tous les gens se perdent,
se croisent, se dévisagent,
se snobent, se moquent
l’un de l’autre,
traînassent,
uoo uoo,
suent,
uoo uoo,
tout en disant de mensonges
ou soupirant des magies,
conscients ou pas
qu’ils te divisent de moi
même plus que ce mur percé
qui entre et sort
de Rome.

004_chanson pendulaire 004 180

Maintenant, je laisse la voiture
(un parking loin de toi
on le trouve toujours)
ou alors, encore un instant,
je m’arrête à écouter
la litanie ininterrompue,
uoo uoo
qui ne sait pas
se résigner.

005_chanson pendulaire 005 180

Giovanni Merloni

(1) Viale Cristoforo Colombo, reliant les remparts de Rome (« mura aureliane ») au quartier de l’EUR et à la mer de Ostia.
(2) Via Capitan Bavastro, rue du quartier de la Garbatella.
(3) Via del Giorgione et (4) via del Caravaggio, rues du quartier Laurentino-EUR.

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 24 mai 2014

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Je vous raconte une histoire, 2005 (Solidea n. 19)

22 jeudi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_je vous raconte une his NB 180

Je vous raconte une histoire (2005)

Pour me faire pardonner,
je vous raconte une histoire.

Une histoire un peu gênante à débiter
par son parcours malchanceux
assiégé par les Hauts et les Bas
par ce petit Fracas
du va-et-vient de la vie.

C’est l’histoire d’un négoce nébuleux
enduré avec inconscience ou fatalisme
tout au long de la lame subtile
d’occasions médiocres
de reconnaissances rares
de prix inexistants.

C’est l’histoire haletante d’un corps
dérobé de ses rythmes naturels
avant d’être livré aux malaises
aux humeurs mauvaises
de journées mal à l’aise.

C’est l’histoire du rêve ou du mythe
d’une société unie et sereine
où pourtant tôt ou tard tout le monde
partira vivre ailleurs.

C’est l’histoire de personnes voisines
physiquement, éloignées dans l’esprit.

C’est l’histoire d’un homme désargenté,
obligé de devenir funambule
cheminant gaiement sur le fil
avec ses mille chèques à vide.

C’est l’histoire patiente
des hameçons lancés,
des filets et des pièges bien placés
d’une maladroite stratégie.

C’est l’histoire de quelqu’un qui se noie
dans la paresse et dans le désordre,
et pourtant ne peut pas
se conformer à l’ennui.

C’est l’histoire du rêve de mille raptus
de mille fuites hors de la tournure vicieuse
d’autant de responsabilités
qu’il n’a pas su soutenir
jusqu’au bout.

C’est l’histoire de siècles
de désespoir, qu’à l’improviste,
par une invisible rupture,
auraient pu se délivrer
et se perdre dans la redécouverte
d’attitudes amoureuses
refoulées.

002_richard lenoir soleil 180

Giovanni Merloni

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 22 mai 2014

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Irène, 2005 (Solidea n. 18)

17 samedi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_irène 180

Irène
(paix après la défaite, ou à la veille d’une grandiose victoire ?)

Quelquefois,
je te vois arriver
ou plutôt pointer
parmi les ombres du boulevard

Je te vois pirouetter, surprise
par un son intérieur
par une sonnerie d’enfer.

Essoufflé, j’allonge le pas,
coupant l’asphalte
en diagonale.

Ainsi je te dépiste, ou alors
c’est toi qui me dépasses.

Je m’enfonce dans le bar du décaféiné
tandis que toi, Irène, tu poursuis, élégante,
interrogative, hésitante
jusqu’à la porte insignifiante.

Angoissant, l’ascenseur me hisse
dans le court couloir. Devant les toilettes
une barbare négligence a supporté
que toi, la brune Irène aux mains blanches,
élégante comme une vedette,
tu t’assisses juste là, suspendue
sur un tréteau d’air.

Presque une demi-heure
s’est écoulée
(Elena n’est pas arrivée).
(Il y a toujours une pause)
(un échange de rumeurs)
(peut-être, j’épie tes « Ciao »,
tes soupirs)
(peut-être, tu écoutes
à contrecœur mes répétitifs discours ;
peut-être, de façon audible,
j’engloutis le crapaud
en m’apercevant que toi,
innocente et hardie,
tu lâches, gémissant,
parmi les bruits sourds de l’esprit,
de souffles de jeune vie ;
peut-être, tu soupires
silencieusement, si j’écrie,
tout en réprimandant quelqu’un
ou l’air, ou que je dis en grésillant
plusieurs fois « Zut ! »)

(entre-temps, Elena est arrivée).

002_terminal ostiense quadro 180

Presque cinq mois
se sont écoulés
et nous parlons encore de travail
juste dans les pauses de travail.

Parfois, imprudent ou superficiel
(quand Elena n’est pas là),
sans prétextes
(de loi ou délibération)
je débarque dans ta chambre au-delà
sans les excuses de l’âge
(je n’ai plus cet âge-là).

Coincée aux cordes du ring
en tournant l’œil égaré
(tout de même gentille),
tu subis mes mots brouillons :

PLUS DE TRANSPARENCE
MOINS D’ABSOLUTISME !
MOINS DE BUREAUCRATIE
PLUS DE VIE !

Entrant et sortant, la lumière
envahit la petite chambre au grand
bureau (ou alors s’enfuit
par la fenêtre, tandis qu’Elena,
imperceptiblement, enregistre et signale
toute variation climatique).

Caressée par le soleil
ou chérie par la lune,
tu hoches tes cheveux
tout en approuvant l’onde
de la fin heureuse. Ratatinée
et photogénique, tu glisses
volontiers sur la barque
ayant échoué
de l’AUTORITÉ (1).

Ou alors, obscurcie,
tu te sauves
dans l’angle le plus sombre
ou tu serres dans tes bras
la plante grasse
et tu deviens la figure de proue
du Titanic-ÉTIROTUA
qui s’effondre déjà.

Je t’attends, Irène
pacificatrice belliqueuse,
obligée de pratiquer l’escrime
pour esquiver la caserne
indisciplinée et rassise
comme du pain peuplé
de mouches.

003_fontanella 180 antique

Il nous faudrait, à nous tous,
une différente tranchée,
un plateau lumineux,
un placard garde-robe,
des toilettes éloignées et discrètes,
un téléphone secret
ainsi qu’un monde renversé
où l’on puisse dire sans timidité
AUTORITÉ
un petit mot qui porte bien
dont la signification convienne
demander à Irène.

Giovanni Merloni

(1) Dans ce mot AUTORITÉ se condense et se résume le travail de sept ans, de 1999 à 2006, que j’ai exploité dans un rôle de responsabilité. Ce n’est pas la peine ici d’entamer un récit qui demanderait un petit survol historique. Laissons cette « poésie d’un jour » libre de s’exprimer.

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 17 mai 2014

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