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Michel Bénard : le geste médiateur et la soie du rêve. Franco Cossutta: au-delà du néant

14 dimanche Sep 2014

Posted by biscarrosse2012 in art

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Avant les vacances, mes premiers « portraits du dimanche » consacrés aux poètes avaient concentré leur attention sur le thème de l’amour. Le premier invité avait été le poète Michel Benard, dont on avait « exposé », avec ses poèmes, quelques-unes de ses peintures. Dans le deuxième cycle qui démarre aujourd’hui, où le thème sera totalement libre, Michel Bénard est invité de nouveau. Cette fois-ci, ses poèmes seront commentés par les tableaux de Franco Cossutta, un peintre déjà apparu, lui aussi, une première fois sur ces pages.
Je ne pouvais pas me passer de faire rencontrer ces deux artistes sur mon blog. D’un côté parce que j’avais le sentiment d’avoir fourni une image vaguement incomplète de l’atelier de Franco, ainsi qu’une lecture trop rapide des textes de Michel : cela demandait une nouvelle attention de ma part. De l’autre côté, parce qu’ils sont de grands amis entre eux, et que cette amitié, occasionnée bien sûr par leurs affinités artistiques, se traduit en un déversement réciproque et incessant des expériences et des réflexions de l’un et de l’autre, qui sont devenues dans le temps un repère irremplaçable pour un vaste groupe de poètes et d’artistes en France et ailleurs. Michel et Franco ont sans doute beaucoup de points en commun dans leur façon d’être peintres, mais aussi la même approche directe et sensible à l’expérience quotidienne de la vie.
Leurs personnalités sont d’ailleurs assez différentes. Franco a toujours besoin de vous convaincre que la mort et la vie ne font qu’une seule chose, et qu’il vit bien dans cet « endroit de passage » où « l’on voit tout couler selon les mêmes lois qui règlent les étoiles et les planètes dans le firmament céleste ». Michel aime au contraire savourer les nuances de la vie, où les ombres et les lumières ne sont pas vraiment la conséquence d’une loi surhumaine, mais presque toujours de lois et attitudes très humaines. Il écrit sur l’amour comme le faisait Catulle ; il décrit les surfaces ondulées de la terre et des corps féminins comme le faisait Gabriele D’Annunzio ; il découvre et réinvente les suggestions de la langue française pour que le bonheur soit moins violent et que le malheur soit moins aride…

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La rue des remparts de Montmirail s’est figée dans ma mémoire avec l’écho des pas de ce petit troupeau, dont je faisais partie, en pèlerinage à l’atelier de Franco Cossutta. En plus que ma femme, il y avait deux poètes, Michel Bénard et Jacques-François Dussottier (ce dernier aussi a été invité ici).
La maison, très simple, bien défendue par un chien fort chaleureux, affiche une attitude spartiate et rêveuse à la fois. Le rez-de-chaussée austère et obscur évoque moins l’atelier d’un peintre que la boutique d’un forgeron. C’est en montant à l’étage par l’escalier en bois qu’on commence à voir la lumière des tableaux de Franco ainsi que les éclats de la journée grise et verte. Dans une vaste salle, Franco nous accueille de sa façon extraordinaire, sans aucune barrière ni précaution dans le contact avec ses « amis ». Et, lorsqu’il parle de ses tableaux — parfois récalcitrants, la plupart du temps prêts à jaillir de ses mains comme une avalanche colorée —, on a la nette sensation qu’aucune séparation ne s’installe non plus entre l’artiste et le monde qu’il nous amène à travers ses tableaux.

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En imaginant de me transférer avec vous, par un seul battement des yeux, de l’atelier de Montmirail au pages tout à fait inconscientes de mon blog, je vous laisse dorénavant libres de lire Michel et regarder Franco selon votre sensibilité.
Je me réserverai, au fur et à mesure, juste une petite série de notations en marge de quelques extraits empruntés aux poésies publiées ci-dessous. Car, au-delà des émotions que ces vers vont provoquer en nous tous, j’aime m’exercer à reconnaître en chacune de ces treize poésies un aspect particulier de la personnalité riche et complexe de Michel Bénard. D’ailleurs, la présence des tableaux de Franco Cossutta n’aura pas qu’une fonction décorative. Car ils sont bien présents dans l’imaginaire de son ami poète et qu’il ajoutent souvent à ce qu’on lit de suggestions nouvelles, des pistes à parcourir ayant la force d’amplifier ou alors de condenser l’atmosphère toujours dense et tendue des poèmes que vous lirez.  

Giovanni Merloni

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Michel Bénard: le geste médiateur et la soie du rêve. Franco Cossutta: au-delà du néant

1. Je laisse glisser la soie du rêve

Je laisse glisser
La soie du rêve
Sur un délié blanc,
Vision d’un monde renversé
Aux reflets du miroir.
Tout n’est plus que transparence
En ce vaisseau fantôme
Battu par de pourpres flots,
Voilures spectrales en déchirure
Dans les quatre vents de l’espoir,
Etrange étreinte d’entre deux,
Noire exclamation,
Blanche interrogation.
Je laisse s’effacer
La soie du rêve
Sur un fil d’argent.

1. La première approche avec la poésie de M. B. est physique. Car il y exploite jusqu’au bout l’art de rêver des yeux ainsi que des mains lorsqu’il « … laisse glisser/la soie du rêve/sur un délié blanc… » (G.M.) 

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2. Cendres

L’œuvre se révèle issue
D’un chaos retenu
Dans des empreintes de terre.
Face aux mouvements
Permanents des foules anonymes,
L’homme porte son regard crucifié
Sur le flux des innocents perdus,
Qui déjà ne sont plus
Que cendres inconnues
En quête d’un temps qui n’est plus.
Le corps se recouvre de bandelettes,
La vie recèle une longue agonie
Aux rythmes cadencés des danses sacrées.
Temps fort d’un signe
Qui transcende les mots,
Se métamorphosant du vert au gris,
En passant par le rose premier
Des fruits gâtés du grenadier.

2. On reste toujours étonnés devant cet impressionnant art de décrire, qui est partout dans les textes poétiques et en prose de M.B. Et, ici : « que cendres inconnues/en quête d’un temps qui n’est plus… » (G.M.)

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3. Vers l’universel

Vers l’universel
Sur la ligne bleue
De la naissance du monde
La mémoire du ciel s’embrase,
Planètes furtives,
Ombres saturniennes,
Ebauche d’une pensée d’amour
En marge de la voie lactée,
Tout est subliminal, volatile,
Il convient alors de mettre l’or
De l’espérance en transhumance,
Pour que l’humain nous conduise
Enfin vers l’universel,
Au rythme des étoiles musiciennes.

3. Lorsque M. B. adresse un de ses poèmes à son ami Franco Cossutta, il nous révèle une disponibilité à peindre l’inconnu qui devient tout de suite un art. Car, tout en acceptant les récits de son ami à propos de l’au-delà, il ne cache pas son espoir d’en revenir : « Il convient alors de mettre l’or/de l’espérance en transhumance/…/au rythme des étoiles musiciennes. » (G.M.)

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4. Les passeurs de rêves

Les passeurs de rêves
Lorsque le ciel se dépose
En paillettes orangées sur le sable
Pour révéler mes signes
Endormis sous la cendre,
Avec plénitude je cisèle les traces
D’écume du visage favori,
Réinvente le geste médiateur
Entre l’homme et son image.
Lorsque la mer dépose
Sur tes seins enfiévrés
Ses cristaux de sel,
Dans le silence bleu nuit
Je rejoins les passeurs de rêves.

4. Peintre et poète de la vie, Michel Benard nous traîne et nous entraîne dans de longs tours et détours, comme s’il cherchait des lieux adaptés à héberger, parmi tous les souvenirs, celui qui le touche ou l’angoisse le plus. Voilà l’importance du « geste médiateur », voilà l’art de trouver un endroit où le souvenir d’un instant de vie ou d’un « visage favori » peut se cacher et se révéler en même temps : « Avec plénitude je cisèle les traces/d’écume du visage favori,/réinvente le geste médiateur/entre l’homme et son image. » (G.M.)

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5. Pour l’homme, sur ce fil tendu

Pour l’homme, sur ce fil tendu
Au-dessus des abîmes du monde
L’équilibre est instable.
C’est l’absence du temps,
Face à l’espace incertain.
C’est le dialogue avec les étoiles,
C’est l’archipel de la mémoire,
Seul passage possible
Vers l’île aux morts.
Au seuil de ce temple sidéral,
Avancer vers la connaissance,
Redécouvrir le signe,
Recomposer la lettre.
Au cœur de ce cénotaphe
L’homme a-t-il encore sa place ?
Le monde profané s’échoue
Aux pieds du poète consterné
Qui consulte les lames de l’oracle.
Il se perd dans ses livres
Et en oublie la signification de la parole.
Mais il s’offre encore le temps
De respirer le parfum des fleurs,
Et de préserver une main
Pour esquisser le galbe d’un sein
Et la courbe d’une hanche.

5. Homme parmi les hommes, M.B. a vécu et souffert, bien sûr. Dans un moment de sincérité indispensable, il déclare : « Pour l’homme, sur ce fil tendu/au-dessus des abîmes du monde/l’équilibre est instable. » C’est à partir alors de cette conscience que son art primordial demeure justement dans sa capacité de vivre en équilibre, de vivre artistiquement, poétiquement, plaçant la beauté (du monde, de la femme, de la vie) à la première place. (G.M.)

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6. Aliénant, éblouissant, l’Amour

Aliénant, éblouissant, l’Amour
Ce terrible fragment de vie
Que l’on porte
Comme une tache originelle
Incrustée à la peau,
Caressant l’instant du doute,
Agrandissant le cœur,
Erigeant la peur.
Alors, seul dans ce dépouillement
Au repli du bois,
Aller au plus profond de soi
Réapprendre les couleurs de terre.

6. Et pourtant, dans la poésie de l’intuition et de l’expérience qui est propre de M.B., la recherche du beau passe inexorablement par les fourches caudines de l’amour… Il faut savoir réagir à la violence destructrice de l’amour en allant « …au plus profond de soi/réapprendre les couleurs de terre. » Il faut savoir mettre en place l’art de la consolation à travers la poésie. Une consolation joyeuse, chez M.B. (G.M.)

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7. L’oiseleur

L’oiseleur de paroles, traqueur du verbe,
J’abandonne les fragments de vie
Aux sanglants épines du monde,
Retrouve dans le fruit des îles
Les saveurs de la chair matricielle,
Les stigmates menstruelles de la femme,
Comme un poème en délivrance
Gravé au fronton de l’abside céleste,
Pour un sourire qui s’offre à la mer
Face aux navires de pierre,
À l’heure où les ombres s’allongent
Et où la terre s’empourpre.

7. À côté des sentiments nobles, capables pourtant de nous tuer dans l’intime, il y a aussi, malheureusement, de destructions où le sentiment est absent, où la culture et la solidarité humaine sont absentes. En ces cas-là, l’art de la consolation à travers la poésie ne suffit pas toujours… L’homme M. B. nous chante alors l’art de ressusciter par le biais d’un nouvel espoir, d’un nouvel amour : « j’abandonne les fragments de vie/aux sanglantes épines du monde,/retrouve dans le fruit des îles/les saveurs de la chair matricielle,/les stigmates menstruels de la femme. » (G.M.)

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8. Ce soir le mystère de la femme

Ce soir le mystère de la femme
Se met en gésine
Dans les sombres profondeurs
Des soies de l’encre.
Sa grâce perle doucement
Sur le bout des doigts,
Son regard s’éprend de transparence,
Tout n’est plus que silence,
Emotion contenue,
Linéaire délicatesse.
Dans un transport magique
Le geste réintègre l’origine,
La racine de l’arbre de vie
Pénètre le cœur de l’éternité.

8. Au fond de cet art de ressusciter en redécouvrant l’envie de vivre, le poète et peintre M.B. exploite avec un grand talent son art de mettre en valeur la diversité entre homme et femme : « ce soir le mystère de la femme/…/…s’éprend de transparence,/tout n’est plus que silence,/émotion contenue,/linéaire délicatesse… » (G.M.)

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9. Terra Incognita

Terra Incognita.
En toi, j’ai défloré une « Terra Incognita »,
Sur son sable j’ai ramassé,
Tombée d’un arbre isolé
L’écorce grise,
La croix du Sud oubliée
Sur une piste touareg,
J’ai trouvé un coffret ciselé
Contenant le sel de la mer Morte,
Et la photo d’une indigène aux seins nus.
J’ai respiré les parfums opiacés
D’un triangle de soie rose et noire,
Je me suis brulé aux feux
D’une boucle obsidienne,
Dans le rouleau d’une vague d’écume
Ton visage en filigrane est apparu,
Avec ce reflet d’âme gitane.
En toi, j’ai fertilisé une terre inconnue,
Et respirant ton sang
J’ai repris goût à la vie.

9. Parfois, une épopée se déclenche, nécessairement floue, dans laquelle le poète M.B. s’adresse indistinctement à toutes les femmes, ainsi qu’à tous les endroits qu’il a frôlés en compagnie d’une femme ou pour l’amour d’elle… Au milieu de cette épopée il maîtrise tout à fait l’art de laisser jaillir un portrait net. Un seul. Le portrait d’une seule femme parmi toutes les femmes aimées : « dans le rouleau d’une vague d’écume/ton visage en filigrane est apparu,/avec ce reflet d’âme gitane. » (G.M.)

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10. Au cœur des ténèbres

Au cœur des ténèbres
Et des brumes visqueuses,
L’empreinte du temps s’interroge
Sur les ombres du passé.
Face au retour des effarés
Ployés sous l’hypocrisie
Des paroles mensongères,
Blessés par le fardeau
Des promesses vénales,
Le paysage devient irréel.
Au seuil du passage
Le sage seul attend,
Dans un champ de lumière
Le temps des résurgences.

10. Plus souvent, notre poète, perturbé et parfois annihilé par les tragédies qui éclatent partout dans le monde, essaie de pactiser avec la mémoire : « au cœur des ténèbres/et des brumes visqueuses,/l’empreinte du temps s’interroge/sur les ombres du passé. » (G.M.)

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11. Le monde s’est inversé

Le monde s’est inversé
Sur le miroir transparent
Des eaux matinales.
Impassibles sentinelles des écluses,
J’ouvre à deux battants
Les portes aux rêves fluviaux,
Qui reviennent de lointains
Pays aux immortelles légendes.
Je touche à l’ineffable
Aux impalpables transparences,
Aux images diaphanes,
À la femme de cristal.
En ce monde renversé
Je ne suis plus que fumeroles.

11. Il arrive cependant qu’il soit obligé de déclarer : « En ce monde renversé/je ne suis plus que fumeroles. » M.B. héberge alors dans sa poésie sensible et généreuse les tragédies insensées du monde contemporain. Dans sa contrariété il est toujours combatif. Fort de ses intuitions et prévoyances de poète il confie toujours que le monde s’en sortira. Mais parfois il faut s’asseoir sur la pierre nue et attendre. G.M.

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12. Le silence s’habille

Le silence s’habille
D’une chasuble de prières,
Mains jumelées,
En voute de cathédrale,
Gardiennes de l’unique
Point de lumière
Seul relai d’espérance
Au cœur de la nuit.
Le silence se met dans l’attente
Du miracle comme passage
D’un point de dérobade,
Franchissant et rapprochant
Des rives troubles de l’absence.

12. L’artiste M.B., comme tous les hommes, est seul devant tout ce qui se passe hors de lui. Il essaie d’accomplir sa mission avec enthousiasme et générosité. Au jour le jour, il se demande si cette chance d’être et de donner lui sera toujours accordée. Et, comme il peut, selon ses croyances et sensibilités, il prie : « mains jumelées,/en voute de cathédrale,/gardiennes de l’unique/point de lumière/seul relai d’espérance/au cœur de la nuit. » (G.M.)

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13. Demeurer dans la permanence

Demeurer dans la permanence
D’une observance insoupçonnée,
Traquer l’image intuitive,
Devenir attentif au moindre indice,
Du plus intime signe,
Furtif ou insolite.
Capter ce qui se voile au regard,
Le fixer, le pérenniser,
Conjuguer dans la fraction de seconde
L’objectif, le motif, la lumière,
Et l’instant d’un « déclic » frôler
L’éternité !

13. Dans ce dernier poème, se reliant naturellement au côté « intuitiste » de sa poésie, M.B. ne s’empêche de désirer de sortir un jour, pendant rien qu’un instant, de sa stricte et laborieuse destinée. Et voilà l’art de tendre vers un but invisible, en dehors de notre portée d’hommes : « conjuguer dans la fraction de seconde/l’objectif, le motif, la lumière,/et l’instant d’un “déclic” frôler/l’éternité ! »
Ce dernier poème représente un évident trait d’union avec cet « au-delà cosmique » des tableaux de Franco Cossutta, où se réalise, selon Michel Bénard même, « une communion avec l’infiniment grand et l’infiniment petit. Son regard intérieur nous place au seuil de l’innomé, de l’innommable et de l’ineffable. Par cela son œuvre devient intangible, intemporelle ! Dans la solitude méditative et le silence de son atelier cet artiste insolite communique avec l’univers, ce fait catalyseur, relai de transmission des lois que le principe universel lui insuffle. Face à une œuvre de Franco Cossutta nous transgressons toutes les notions artistiques habituelles, même les plus minimalistes ou conceptuelles. Ce voyage cosmique est peut-être la révélation inconsciente d’une nostalgie de l’ailleurs ! » (G.M.)

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Textes : Michel Bénard

Tableaux : Franco Cossutta

Commentaires : Giovanni Merloni

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Littérature par images : le phare de Claudine Sales

29 dimanche Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in art

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Après une longue parenthèse consacrée à la poésie (la mienne ;  celle d’autres poètes vivants ou glorieusement disparus) je reviens timidement à la prose, pour vous raconter, de la façon plus simple et dépouillée que possible, d’un tableau.
Je veux dire le tableau que vous voyez ci-dessus, que Claudine Sales m’a affectueusement donné lors de sa récente visite à Paris.
Je suis l’activité artistique de Claudine depuis plus qu’un an et je pense avoir saisi le motif central ainsi que le sentiment de fond qui pousse cette peintre autodidacte à avancer dans un travail de plus en plus cohérent et engageant. Et pourtant, je ne sais pas bien comment exprimer les émotions que ses tableaux suscitent en moi.
J’essaie de m’expliquer, et d’expliquer aussi, indirectement, par le biais de cette observation passionnée, pourquoi j’ai considéré comme « timide » mon retour à la prose d’aujourd’hui.
Je crois qu’à la base de toute œuvre artistique ou littéraire il y a toujours une solitude. Une détresse profonde de l’âme, une nécessité désespérée et pourtant très vivante de briser cette condition de solitude même — qui est surtout une condition psychologique — à travers une fouille acharnée qui s’accompagne à une réinvention du monde. Une fouille dans notre réalité personnelle, mais aussi dans la réalité du monde où nous habitons, qui nous entoure. Une réinvention… parce que le vrai artiste ajoute toujours quelque chose d’universel et d’unique qu’il puise dans son talent et son âme.
Claudine Sales fouille avec cohérence et acharnement dans un univers aussi tangible que mouvant, en train de changer toujours, et pourtant solide avec ses lois et ses comportements typiques. C’est l’univers de la mer, des fleuves, du ciel, mais aussi de la ville. Une série de paysages qui « correspondent » à ce que tout le monde peut voir, reconnaître et mettre en comparaison, et pourtant s’en détachent vivement, en raison d’éléments uniques, en plus, qui en font des œuvres d’art.
On pourrait bien sûr ranger les tableaux de Claudine Sales en fonction des différents « sujets » traités. Mais cela serait une abstraction bureaucratique. Car il peut arriver qu’une forte parenté s’installe entre la représentation d’une plage envahie par les flaques de la marée basse et le ciel nuageux assumant parfois de formes bizarres qui racontent des histoires. Il peut arriver, d’ailleurs, que deux tableaux ayant le même sujet et concernant le même lieu ne se présentent pas comme deux frères jumeaux. Au contraire, ils s’éloignent l’un de l’autre comme deux cousins de deuxième ou troisième degré.
Donc, il y a quelque chose que Claudine ajoute à la beauté d’une reproduction fidèle et passionnée. Une touche invisible, que j’avais perçue déjà à travers les photos des tableaux sur son blog « colors and pastels ». Cette touche assume une évidence encore majeure lorsque je me trouve, comme à présent, devant un tableau réel, finalement en condition de montrer toute sa beauté physique.
Je reviens un moment au thème de la solitude. Cette condition existentielle ou de travail est souvent moins une condamnation qu’une aspiration. La plupart des peintres, d’ailleurs, aiment beaucoup travailler seuls, éventuellement assistés par une radio toujours allumée. Moi, par exemple, je n’ai aucune difficulté à peindre au milieu d’un lieu habité, où les voix s’entrecroisent comme des courants d’air, mais je vis tout cela avec un esprit constant, où ma solitude (projeté dans le travail) cohabite avec la solitude des autres, sauf des échanges tout à fait superficiels. Je crois que le peintre, quand il a son pinceau, sa palette et son rectangle vide devant, il n’a besoin de rien. D’ailleurs, le monde qui coule en dehors de sa fenêtre, ainsi que le monde plus loin, qui court au trot sur le fil de l’actualité de Twitter ou de Facebook, c’est une compagnie, pour lui. Une compagnie, d’ailleurs, aussi inquiétante que nécessaire. L’artiste a besoin de participer, même si d’une oreille distraite, à tout ce qui se passe dans la planète ou dans les grandes et petites communautés qui le concernent de près. Cela ne l’empêchera pas d’avancer, petit à petit, avec son Œuvre.
Lors de sa venue à Paris avec sa famille, Claudine m’a expliqué son parcours et aussi certaines idiosyncrasies qu’elle a mûri dans le temps. J’ai finalement compris l’importance, pour elle, d’un rapport strict — idéal et affectif — avec la littérature. Cela a été marqué au commencement par un échange très riche et productif avec Isabelle Pariente Butterlin et son blog « aux bords des mondes »… Un rapport du même type se réalise aujourd’hui, de façon plus systématique, dans la collaboration très vivante de Claudine Sales avec Francis Royo, témoignée par le nouveau blog « contrepoint ».
Quel est le rapport entre la littérature — penchée vers la philosophie dans le cas d’Isabelle Pariente Butterlin, exprimée en poésie par Francis Royo — et la peinture de Claudine Sales ? Qu’est-ce qu’elle trouve d’enrichissant dans ses quotidiens rapports avec les différents interlocuteurs flottants avec elle dans la quotidienneté de la Toile ? Quel rapport y a-t-il entre la toile réelle de Claudine et la toile virtuelle où nous tous allons, tous les jours, chercher des petites certitudes ou consolations ? Là où, au contraire, nous ne trouvons — hélas très souvent — que le miroir de nos angoisses ?
Et voilà la petite idiosyncrasie de Claudine, que je partage tout à fait. Nonobstant la valeur objective de ce qu’elle fait ainsi que de l’intérêt que ses tableaux rencontrent de plus en plus, elle n’a pas envie d’exposer, ni de s’engager vraiment dans une dimension commerciale de son activité : « Chez moi, au Luxembourg, il n’y a que l’art abstrait ».
Voilà un problème qui s’éternise. À côté de la virtualité « merveilleuse » que le numérique nous fait presque toucher de la main, le monde ne change aucunement. Rien ne brise les idées reçues ni les convictions enracinées comme d’inébranlables tabous.

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En regardant le phare « poétique » de Royan se reflétant avec le ciel nuageux dans la plage envahie par flaques de la marée basse, je me demande comment l’on peut baptiser « figuratif » ce tableau, ou aussi peinture impressionniste. J’y trouve beaucoup plus que cela. Cette œuvre reflète, peut-être, la lecture de la « promenade au phare » de Virginia Woolf. Ou alors les contes de Maupassant ainsi que des films dramatiques comme « La fille de Ryan » ou « Loin de la foule déchainée ». Il y a pourtant, de toute évidence, un « ressenti » émotionnel qui va bien au-delà du rapport visuel avec le paysage réel autour du phare. On a même l’impression que plusieurs « temps » se déroulent dans la même image. Les tableaux de Claudine ne ressemblent pas du tout à des photographies. Ils représentent des émotions, des sensations, d’une façon toujours touchante et parfois choquante aussi. L’art de Claudine c’est un « art qui raconte » et « invente » aussi. Un art qui exprime dialectiquement soit le monde extérieur que le peintre prend en charge, soit le monde intérieur que le peintre même fait déclencher comme dans une action théâtrale où le spectateur est invité à monter sur le plateau, à se promener pieds nus sur les planches parmi les fils électriques et les décors.
Dans les tableaux de Claudine je retrouve aussi la littérature des lettres, des cartes postales, des petits billets que maintenant substituent les vieux systèmes postaux. Je parle évidemment des messages téléphoniques, des mails, des tweets, et cetera. Une espèce de courant parallèle, qui brise notre solitude quotidienne, en nous faisant participer à d’autres vies en dehors de la nôtre, en nous donnant aussi la nécessaire nonchalance pour nous exprimer dans un état de suspension adapté à la création artistique.
Bien évidemment, si cela peut fonctionner pour la peinture (ou la sculpture aussi), la scène change complètement si l’on parle d’écriture. Et je reviens, finalement, à la question de la timidité. Je me suis en fait rendu compte, en me mettant personnellement en jeu, qu’il est presque impossible de publier des textes littéraires « en temps réel » sur un blog. On peut, avec beaucoup de précautions, essayer de présenter des choses qui ont déjà eu une exploitation et un temps d’oubli, comme mes poésies, par exemple. Il est au contraire très dangereux publier ses émotions au jour le jour. Parce que les réactions des lecteurs ne peuvent pas laisser indifférents les auteurs. Au moins qu’ils ne se soient pas complètement détachés de leur « créature ».
Ces mêmes considérations m’amènent d’ailleurs à affirmer que la peinture peut bien être exposée en cours d’œuvre, donc en temps réel. Car elle se base sur un langage tout à fait différent, où chaque tableau ou dessin est conçu par l’auteur et vu par l’observateur comme un « fragment ». Comme une partie d’un travail à long terme ou d’une personnalité plus ou moins complexe qui ne peut se réduire à un seul objet. Tandis qu’il arrive fréquemment que le jugement sur une seule page écrite — même si c’est le résultat d’une extraction depuis un corpus plus vaste — devienne à jamais le jugement dernier sur la personne voire sur l’écrivain qui en est l’auteur.
Je reprendrai bientôt cette question qui me touche directement. Mais je crois que pour chaque exploitation littéraire la dimension du livre ne peut pas être contournée. Il faut donner au condamné à mort le temps au moins de se défendre.

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Je termine cette divagation avec un dernier regard au phare de Claudine. À partir de ce tableau, je considérais, jusqu’à hier, possible de m’aventurer dans un conte ou récit fidèle à l’esprit de l’auteur. Je crois maintenant qu’il n’y a qu’à se placer devant cette œuvre, chacun avec sa sensibilité, son histoire et ses idiosyncrasies. On sortira toujours émus et enrichis d’une expérience inattendue. Il n’y a d’ailleurs qu’une seule personne capable de décrire et représenter par mots ce que disent les différentes couches de couleur ainsi que le dessin au graphisme invisible. Elle s’appelle Claudine Sales, elle vit au Luxembourg et j’ai eu la belle chance de la rencontrer, ici à Paris, un des premiers jours du mois de juin.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 29 juin 2014

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Rire, danser, aimer sur de vieilles ritournelles avec Nadine Amiel

20 dimanche Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in art

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Nadine Amiel

HUGUETTE ET MOI

« Nous avons déjà connu l’auteur Nadine Amiel, comme romancière, comme plasticienne, voilà qu’elle nous livre aujourd’hui un aspect plus intime de sa personnalité, « la poésie » confidence princière dans le silence de la nuit. » Michel Bénard, lauréat de l’Académie française ainsi que vice-président de la Société des poètes français, poète et peintre, avait introduit par ces mots affectueux le recueil de poèmes Un amour, un cri de Nadine Amiel, dont j’ai extrait aujourd’hui quelques vers assez représentatifs.
Tout en essayant de ne pas me faire influencer par la sympathie de Nadine et aussi par l’allure apparemment insouciante de ses vers — comme si les mots n’eussent pas le pouvoir d’arriver au cœur des joies et des douleurs de la vie ; comme si en définitive les mots mêmes devaient assumer juste une fonction de trait d’union ou d’accompagnateur dans le voyage vers la vérité — je me suis pourtant aperçu que des fleuves de chagrin et de douleur inexprimable coulent au-dessus de cette surface joyeuse.
Heureusement, la vie n’est pas que douleur. Elle vient nous secourir avec des fantômes souriants ou des anges gardiens qui nous aident à trouver une consolation dans les souvenirs des jours heureux…
Cette recherche de « complices bienveillants » se trouve aussi bien dans les poésies que dans les tableaux de Nadine Amiel, qui apparemment avance à la recherche d’un apaisement intérieur auquel a priori elle ne s’autoriserait pas. Elle a tellement souffert qu’elle semble demander la permission avant de savourer même une miette de bonheur. C’est en raison de cet esprit primordial qu’elle partage sans transition les maux qui touchent aux peuples affligés par la détresse, la violence et les guerres. « Ce cheminement plus intime », écrit justement Michel Bénard, « nous met en présence de deux mondes parallèles, celui où l’amour obtient le dernier mot dans une sorte d’évanescence parfumée et celui d’un constat plus sombre qui mettrait en évidence l’agressivité des peuples qui par leurs croyances mèneraient le monde à annihiler tout espoir de paix. Mais si au-delà de la parole, sorte de chrysalide fragile, naissait l’éclosion d’un espoir tel un miracle possible ! et si par le verbe se manifestait la renaissance ?! ».
En parcourant les vers légers et poignants de Nadine, on découvre qu’à côté de la nostalgie d’un passé familial et amical révolu où trône la figure primordiale de Huguette, sa sœur chérie, s’impose la nostalgie de l’amour dans le plein sens du terme ou, pour mieux dire, la revendication des souvenirs secrets qui restent collés de façon ineffaçable dans le fond de son cœur.
Voilà que l’art plastique et la poésie donnent enfin à Nadine l’outil indispensable pour s’exprimer et se libérer en même temps : « Par ce modeste recueil : Un amour, un cri », conclut Michel Bénard, « l’auteur traduit par la poésie ce que sécrètent son âme et son cœur . »
Je suis très heureux de vous présenter, juste le jour de Pâques, cette artiste et poète dont j’aime la force de vaincre son naturel retrait, ainsi que le poids lourd de la vie quotidienne. Par des gestes joyeux qui savent briser les rideaux de l’humaine indifférence.
Giovanni Merloni

D_Charmes de Printemps  H. 15P  50X65

Rire, danser, aimer sur de vieilles ritournelles
avec Nadine Amiel (1)

(« Un amour, un cri », Editions les Poètes Français 2013)

Vous êtes parti en mer mon amour
Pour un voyage au long cours
J’attends déjà votre retour
Je pense à vous tous les jours

Nostalgique je marche à travers champs
Je suis à l’écoute des oiseaux et du vent
Votre image me hante à chaque pas
Votre voix raisonne mais je ne l’entends pas

Sur mon épaule un oiseau ce matin s’est posé
Il m’a parlé de vous avec un air osé
J’ai reconnu là vos propos aimants
Que vous m’offrez si souvent

Ce que j’aime en vous, vous le dirai-je un jour ?
Peut-être quand vous serez de retour
Ce moment hélas est encore loin
L’océan vous y retient à pieds joints

Je vous aime et mon âme inquiète
Rend mes nuits solitaires et muettes
Je rêve du jour où nous serions heureux
Tel est le plus doux de mes vœux

Huguette et moi avec des rubans (poème)

Il fait nuit. Nous descendons sur la plage
Sous la voûte céleste planent de sombres nuages
Plongés dans nos obscures pensées
Pensifs sur l’horizon nos yeux sont rivés
Au loin se détache un somptueux éclair blanc
Une silhouette gracile avance vers nous à pas lents
Son voile léger vole et danse dans le vent
Ses frêles épaules dénudées des perles à son décolleté
Elle s’est assise pieds nus sur le sable mouillé
Et nous dit : Je suis la marchande de rêves…

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Où est le temps où nous étions enfants

Où est ce temps où nous étions heureux

Toi, ma presque jumelle

Toi ma grande de si peu
Te souviens-tu de ces jours heureux

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Il m’arrive de penser à cette île merveilleuse
À ces contes et ces histoires fabuleuses
Que nous contaient nos livres d’enfants
C’était un réel enchantement !

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

À l’abri des intrus et des princes abusifs
Nous voguions joyeux dans ce monde fugitif.

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Elle a disparu notre île. Elle se cache quelque part
Elle nous apparaît dans une sorte de brouillard

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Je t’entraînerais vers notre refuge enfoui dans les bois
Nous répèterions notre serment de bon aloi

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Tu verras comme la vie sera belle
Contre moi tu te blottiras la rebelle
Nous chanterions nos amours d’enfants
En nous souvenant de nos rêves charmants

ADR_tango argentin. H. 12 P 61 X 46

Que faisiez-vous Mademoiselle
Au temps où vous étiez enfant
Jouiez vous à la poupée où à la marelle
Avez votre amie Isabelle

Lisiez vous des contes marrants
Qui mettent en boîte les méchants ?
Dessiniez vous des fleurs au printemps
Comme les enfants de votre âge souvent ?

Du rouge à lèvres en mettiez vous
Et des rubans à vos cheveux roux ?
Vous grimiez vous comme votre maman
Pour ressembler au princesses d’antan ?

À présent vous dansez au son de l’accordéon
Le 14 Juillet place de l’Odéon
Accompagnées de vos princes charmants ?
Que de beaux rêves en attendant !

T_coiffe marocaine

Qui es-tu, femme de l’Univers ?
Toi qui fascines les hommes
Qui les séduis et les étonnes
Toi qui inspires les poètes
Ces âmes sensibles et secrètes
Nous diras-tu, femme, ton mystère ?

On dit que je suis mystérieuse
On dit aussi que je suis rieuse
Que je rends jaloux les hommes
Que je trouble leur somme
On me dit perverse aimant la vie.
Et parfois on me maudit

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Depuis tous les soirs il lui joue des aubades
Elle, assise au piano, lui répond par des ballades
Leurs cœurs battent à l’unisson. Ils se quittent au petit jour
Quand nous reverrons nous mon troubadour ?

J’attendrai que vous soyez grande ma princesse
Soyez patiente je vous couvrirai alors de caresses
Je vous surprendrai au haut de votre tour
Et vous aimerez tout au long de mes jours.

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Souviens toi nous nous étions aimés
À la campagne un beau matin d’été
Tu m’invitas au manège le soleil était présent
Je m’en souviens encore souvent

Moi timide, toi osant, le lendemain
L’air confiant tu me pris par la main
Vers un tunnel obscure dont j’ignorais l’issu
On dévala les méandres d’une montagne bossue

Après ce slalom saisie par l’ivresse je fus transie
J’eus même un vertige et toi tu as souri
De l’ombre à la lumière mes mains sur mes yeux
Me sentant piégée je t’en voulus un peu

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

C’était un soir de la St Valentin
Il m’emmena loin de chez moi
Dans une guinguette de son choix
On se connaissait à peine…

Il m’avait dit que j’étais belle
Que le souvenir serait éternel
C’était… Un soir de la St Valentin
C’est si loin… je m’en souviens à peine

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Nos rêves à peine ébauchés, nous devions nous quitter
Dans le ciel les prémices de l’automne s’annonçaient
Un doux baiser sur la joue, main dans la main, souriants
Nous repartions le cœur plein de cet amour naissant…

F_Repos du Joueur de Banjo

Tu es ronde et tu tournes
Depuis la nuit des temps tu tournes
Est-ce là ta seule mission ?
Tu ne t’arrêtes à aucune borne
Ton parcours est immuable et morne
Imperturbable tu tournes !

Tes tremblements, tes orages, ta foudre
Nous paniquent et nous tuent
Toi, terre notre mère
Toi, qu’on dit hospitalière
Peux-tu être insensible à la laideur ?
Pourquoi ces guerres, ces morts, ces leurres ?

005_nadine k001 180

Que de rêves au bout de mes doigts
Je regarde, plein d’images au fond de moi,
Mes pinceaux qui sont posés là
Ils m’attendent tels de petits soldats…

Sur le chevalet la toile s’achemine
Mes pinceaux de joie s’illuminent
Ils caressent la toile qui fleurit
Ils sont depuis longtemps mes amis
Ma main les suit, j’apprécie leur magie
Que d’instants sublimes quand tout est réunit
Quand l’esquisse devient lumière et nous sourit
Je pose mes pinceaux la toile est finie !

Nadine Amiel

(1) Cette phrase de Michel Bénard a été empruntée pour le titre de l’article.

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 19 avril 2014

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Michel Bénard : l’érotique beauté du trait

09 dimanche Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in art

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Bénard Michel 1

La toile de l’amour

Je reprends, après quelques mois, la série du « Portrait du dimanche » avec un hôte tout à fait exceptionnel, Michel Bénard. Un artiste-peintre ainsi qu’un poète lauréat de l’Académie de France qui n’aime pas s’imposer à la première rencontre. Il vous laisse le temps de le découvrir, de l’apprécier et finalement de l’aimer.
D’emblée, lisant ce recueil de vers « érotiques », véritable hymne à l’amour et savourant, en même temps, le plaisir de ses peintures joyeuses et dramatiques à la fois, vous aurez l’impression que Michel Bénard traduit la vie — sa propre vie et celle de nous tous —, apparemment sans transitions, dans l’œuvre picturale ou dans le poème avec une certaine « facilité » et « désinvolture ».
En vous plongeant dans la ballade-épopée illustrée qui suit, vous serez pourtant d’accord sur cet adverbe « apparemment » que je viens d’utiliser, pour arriver à dire exactement le contraire. S’il n’y a aucune « facilité » ni « désinvolture » dans le procès créatif de cet auteur, il y a quand même, dans ses oeuvres, une force qui s’impose immédiatement. Cela explique la tendance de Michel Bénard à se dérober vis-à-vis de toute sorte d’exhibition de soi : il nous demande d’aller au-delà de cette impression de maîtrise innée — d’élégance à la Raphaël ou de virtuosité à la Choderlos de Laclos — pour découvrir au fur et à mesure la dimension et l’épaisseur de son immense travail, jaillissant d’une vie entièrement consacrée à l’art et à la poésie, où l’amour assume toujours un rôle central.
C’est d’abord l’amour naturel et culturel pour la femme, mais c’est aussi l’amour pour la nature et pour l’art.
Je tracerais un triangle reliant les trois pôles de l’expression humaine et créatrice de Michel Bénard :
— la peinture, ayant un côté physique et révélant souvent une lutte entre la main et les matériaux à l’origine indomptables comme des chevaux sauvages ;
— la poésie, très sensitive et sensuelle, qui se sert d’une prodigieuse capacité de description et d’analyse psychologique (de l’âme ainsi que du corps) pour atteindre des réflexions profondes, des visions universelles ;
— l’amour, avec son attitude pendulaire, ses défis cruels et ses joies aussi violentes que provisoires, est le compagnon de voyage de nous tous. L’intelligence — et le courage — de Michel Bénard consiste justement dans l’acceptation de cette vérité qui devient une force dans ses mains de peintre et dans sa voix de poète. Une force créatrice : on crée dans l’amour et grâce à l’amour, on crée en songeant à l’amour et l’on crée aussi au nom de l’amour.
Dans le recueil suivant (extrait des textes de Michel Bénard pour les Œuvres Érotiques d’Alain Bonnefoit), notre ami regarde l’amour dans les yeux, dans la gueule, dans les plis les plus intimes du corps aimé ainsi que dans la fusion invisible et non racontable de deux corps isolés dans l’amour et protégés par le sacre de l’amour même.
Un des dimanches prochains, je reviendrai à l’œuvre de Michel Bénard pour une réflexion plus approfondie. Je veux seulement ajouter ici l’intérêt spécifique de cette « toile de l’amour », où le poète et le peintre mêlent leurs voix et leurs outils pour s’adresser à la femme aimée ainsi qu’à l’amour même. « Aimer l’amour », c’est-à-dire aimer la vie, garder des espaces pour les autres, se rendre disponibles à l’engagement, à l’aide, au partage de moments de joie collective : c’est là le noyau dur de la personnalité riche complexe de Michel Bénard dont je voudrais être capable d’achever le portrait, un jour.

G.M.

001_Michel Bénard portrait

Michel Bénard
L’érotique beauté du trait

Par l’écume d’encre
Doucement je révélerai tes fourrures,
Glisserai sur l’écrin de tes dentelles,
Lisserai le marbre de tes hanches
Et sertirai de la paume des mains
Le dôme de tes seins,
Pour en récolter le miel
Au seuil de ton sexe solaire.

Par les couleurs sacrées du sang,
Je laisserai couler mes lèvres
Sur le marbre poli
De votre fauve intimité,
Pour y fixer les nuances d’un rêve.

Simplement déposer mon front
Sur la marmoréenne blancheur
De votre corps en offrande.

C’est une ouverture sur le monde
Un hymne à la vie,
Tout en courbes, tout en signes,
C’est le delta de l’étonnement
Aux rives laiteuses de l’intime.

Bénard Michel 2

Partageons nos chairs, l’esprit et l’amour,
Pour y mêler nos transparences.

A l’ombre de la ligne d’un sein
Vos lèvres saupoudrent des paillettes d’amour,
Et l’ongle s’accroche à vos chaudes étoffes.

Partager toutes les consonances
Des alphabets de ton corps de femme,
Et sous le pinceau créateur
Composer le poème éternel.

Par votre nudité d’envoûtante vestale,
Votre ventre se décline en de soyeuses douceurs
Semblables à celles des marbres antiques.

La femme devient soudain,
Un rayon de vie en embellie
Que dessine amoureusement
Le peintre sur la toile.

Sous la caresse d’encre
De la soie du pinceau,
Ton corps exhale
De délicats parfums,
Et tend vers la perfection
De la ligne calligraphique.

Bénard Michel 3

Il ne me reste au cœur
Que cette ligne jalousement roulée
Dans le voile de lumière
Dorée de votre chevelure.

En dévoilant ta beauté
Jai soudain ressenti en ma chair
Toutes les caresses du ciel.

Ébaucher le satin
De ton corps galactique,
Tracer d’un pinceau ébloui
Tes lignes embrasées,
Et par les encres mêlées
Retrouver l’origine de la vie.

Bénard Michel 4

Peindre les yeux d’une femme
Pour y recevoir
Les couleurs de son âme.

Ce sont les couleurs de la pensée
Qu’il faudrait peindre et graver
Sur le papier de l’éternité,
Tout comme les secrets de l’amour
Qu’il faudrait traduire à la femme
Par le silence de la voix intérieure.

Par le simple jeu de la ligne
Traduire le corps
Attirant comme une terre promise,
Surprenant comme l’amour naissant
Au creux du ventre de la femme.

Sur sa couche de lin
Le corps apparait
D’une bouleversante beauté,
D’une étonnante clarté,
Portant toutes les promesses d’une terre en jachère.

Bénard Michel 5

Par la seule maîtrise d’une ligne
Tous les mystères de l’intime delta
De la femme se dévoilent.
Où le flux du sang
Se mêle au bleu d’une veine
Esquissée à fleur de peau.

Juste le temps d’une renaissance,
Juste l’instant d’une offrande,
Le visage filtre la lumière
Des jeux d’une encre irisée,
Le corps se livre
Comme une charnelle prière.

Bénard Michel 6

Je voudrais composer une palette
A tes couleurs de femmes,
A tes transparences d’âme,
A tes reflets de cœur,
Afin de mieux pouvoir peindre
La toile de l’amour.

Bénard Michel 7

Sous le miracle du pinceau
Le satin du corps
Se fait calligraphie de rêve
Et les yeux dessinent
Les déliés de l’amour.

L’encre ira jusqu’au mystère
De la fascination d’un souffle de vie,
Du sang de la femme,
De l’harmonieuse ligne d’un sein,
Qui coulera d’un éclat de lumière.
L’encre ira jusqu’à la révélation
Du sacre de la femme,
D’un point de silence
Qui donnera mesure de sa beauté.

Bénard Michel 8

La lumière soudain modèle
Les lignes d’un corps éphémère,
Restitue le volume d’un sein,
La courbe de la hanche
Se déroulant sur le délié
D’une calligraphie sensuelle.

Sous la couleur de l’encre,
Sous la douceur de la soie,
Le trait éveille la beauté
De la femme nouvelle.

La ligne de lumière
Glisse comme l’éclair
Au fil de la chair,
Sa courbe nous trouble
Comme la note vibrante
De la caresse du spectre solaire.

Bénard Michel 9

Le désir aux bouts des doigts
La chair patiemment se patine,
S’imprègne d’un silence essentiel.
Par la semence fertile
De chaque langue d’argile
Voici la renaissance de la femme.

C’est le charme étrange
D’une lente coulée d’encre,
De l’insolite révélation
D’un corps en rêve de violon.

Sous la touche d’un ciel bleu,
Sur la touche d’une source
Surgit du miracle des eaux,
C’est une musique aussi belle
Qu’une femme qui compose la vie.

Bénard Michel 10

La ligne suggère le verbe
Qui filtre du bord des lèvres,
Et dispense la couleur irisée
De la création de la femme.

Belle en ta nudité
Tu éveilles les brumes d’aube,
La perle de rosée sur ton sein
Décline toutes les nuances
De la voie lactée.

Effilement de la soie,
Douceur charnelle,
Le charme se grave au grain de la peau,
À la nacre mammaire,
À l’humide échancrure,
C’est le souffle du désir
L’appel à la caresse
La source secrète de l’intime.

Bénard Michel 11

Femme noire, femme blanche,
Femme comme une source
Sous l’écume soyeuse d’une touche bleue,
Femme dansant au cœur du désert
Pour célébrer la vie,
Femme où es-tu ?
Femme que fais-tu ?
Femme où vas-tu ?
J’ai vu le ciel s’éclaircir et ton visage s’incliner,
Tout en dispensant l’amour et la paix.
Femme te voici aussi belle
Qu’une terre en jachère,
Qui redevient champ de lin.
Femme je te dessine ces mots,
Ceux qui naissent sur le bout des lèvres,
Je te rêve légère comme l’arpège.
Femme tu es la déferlante,
Le fruit pour deux âmes qui embarquent
Vers l’inconnu sur le galion d’amour.
Femme blanche, femme noire,
Femme source,
Ensemble partons à la rencontre des prophéties.

Le souple délié du trait donne à l’œuvre cette beauté
D’une femme au ventre généreux
Enceinte des couleurs d’un arc en ciel.

Michel Bénard

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 9 mars 2014

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F : et Dieu créa le Format (alphabet renversé de l’été n. 24)

27 vendredi Sep 2013

Posted by biscarrosse2012 in alphabet renversé, art

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Comme tout être vivant, Fabien Fagot était Fourni d’une Forme et d’une Figure propre. Poussé moins par la Faim que par son indomptable Fringale de tout Fouiller pour atteindre le Fond des choses il se Fêlait entre le besoin d’une Femme (et de Former sa propre Famille Fagot) et le désir de Franchir les Frontières de son esprit Fourvoyé (et du Fagot de son corps Fini) pour se Frayer une voie de Fuite dans le Firmament.
On disait que cet homme Frénétique et bien sûr Farfelu avait été Foudroyé par des curieuses Fantaisies et de Fausses convictions qui l’avaient amené à Frapper aux Fenêtres de tous les Foyers de Fagotier-sur-bois pour leur Fredonner une chansonnette Folle ou alors pour leur transmettre le lourd Fagot de ses Fixations.
On ajoutait d’ailleurs que ce Fameux charlatan et conteur de Fables n’était pas Fiable car il n’avait pas su administrer le Fardeau de Fortune qu’il avait gagné dans Chacun a son Fagot de Fautes.
Ce Fut dans cette Farce qu’il avait joué le rôle du Fugitif, oui justement celui qui avait Fiché le camp après avoir gâté la Fête.
Il n’avait été, peut-être, qu’un des nombreux Figurants, qu’un minuscule Fil du Filet de cette Formidable Fiction, mais il n’avait cessé, depuis, de se prendre pour Ranier Fassbinder ou Federico Fellini sans en avoir ni le Feu ni la Flamme.
Il avait su en Fin de compte se Forger une Figure Familière, capable de rester longuement Figée dans l’imaginaire de son Fan club, c’est-à-dire d’une petite foule ne cessant à chaque Fois de le Flatter.
Ayant Fabriqué sa Fortune de bois sur le Fil d’un rasoir, profitant de Fausses pistes il sut toujours Feindre les multiples Facettes du Fatalisme, quitte à Fondre en larmes quand il dut Faire Fagot avant de Faire Front à sa Fin.

« Devais-je attendre l’arrivée de la lettre F pour m’apercevoir que c’était surtout une question de Format ? Devais-je quasiment Frôler le Fond de cette Fringale alphabétique, pour découvrir qu’une tout petite Feuille de papier peut contenir le Firmament ?

002_cossutta 013 seppia 740 F ou le Format du Firmament

Franco Cossutta vit depuis longtemps en France et tout en gardant son esprit et accent particulier — originaire du Frioul, sa famille s’était installée près de Latina, à sud de Rome, participant avec de milliers d’autres familles des régions pauvres du nord à la transformation en campagne assez riche des marais pontins, un immense territoire marécageux et malsain — il s’exprime de préférence en français, même avec moi.
Autour de lui, on s’est beaucoup interrogés, comme vous pourrez lire ci-dessous. Un livre passionnant de Mahlya de Sant-Ange a raconté ce qu’il a vécu et marque encore son quotidien d’homme et d’artiste. Et aussi le peintre et poète Michel Benard  témoignera en quelques mots de sa valeur unique.
Ce qu’il m’intéresse d’ajouter à propos de Franco Cossutta ce sont ses expressions verbales et ses gestes, toujours en relation avec l’œuvre d’art qu’il vient d’achever ou de celle qu’il est en train de concevoir. Les mêmes phrases, mot par mot, que Mahlya de Sant-Ange a transcrit dans son roman-interview dont vous lirez bientôt un extrait. Quel lien y a-t-il entre ces mots et ces œuvres ? Qu’est-ce que signifie le mot « cosmos » dans le regard et sur la bouche de ce personnage fabuleux et hors du temps habitant dans un légendaire atelier de forgeron près des ruines habitées d’un château disparu de Montmirail ? Quel rapport peut y être entre le firmament réel et ces tableaux lumineux, où la force de l’univers se déclenche et s’apaise en passant sans aucun souci de la forme gazeuse à la forme liquide ou solide ? D’où vient cette lumière ?
Comment cet homme simple, qui ne prêche aucune ruse de style ou d’école ni d’abstraction intellectuelle, a-t-il su trouver la façon d’emprisonner le cosmos dans des rectangles de bois lisse ?
Dans mon précédent conte, sans queue ni tête, au sujet du personnage de Fabien Fagot, j’avais sournoisement essayé d’introduire plusieurs questions terribles, capables de me tuer, si je n’avais pas une bonne dose d’ironie dans mon sang bâtard… interrogations sans réponses sur le destin de l’artiste, ô combien influencé par des règles invisibles, qui sont toujours les mêmes !
Pourtant, au bout du tunnel, j’avais vu une solution : il n’y a qu’une chose à faire, pour rendre moins compliqué le passage voire la perception d’une œuvre, soit elle un texte littéraire ou musical ou pictural…
Oui, un texte pictural ! Pourquoi pas ?
La règle essentielle à respecter c’est la compatibilité des formats : « si tu veux que je te lise, ne sortes pas en pantoufles ; ne prétends pas que je t’attends tandis que tu te rases ou prends ton petit déjeuner… »
J’étais arrivé à cette banale évidence et déjà je m’apprêtais à changer de format, de forme et de contenu — pourquoi pas ? —, lorsque j’ai pensé à Franco, à ses phrases, à ses couleurs merveilleux… La même émotion que j’eus voyant les joyaux de Toutânkhamon, ayant survécu à plusieurs siècles sous les sables, encore neufs…
Est-ce que Franco Cossutta avait dû, en quelque mesure, tenir compte de la contrainte du format ?
Je crois qu’il ne pouvait faire que cela. Le format de ses tableaux n’avait aucune importance, ou bien, était-il dicté directement par ce cosmos auquel nous appartiendrions. Le cosmos qui est aussi, comme nous jure Franco Cossutta d’une voix calme et imperturbable, l’au-delà d’où nous venons. Le non-lieu de l’entre-deux-mondes, l’espace lumineux et même attirant à la frontière qui se creuse entre la vie et la mort.
Moi, j’avais vécu une période inoubliable à Bologne et j’y voulais absolument retourner. Franco ne réussit pas à se séparer d’un souvenir agréable de ce cosmos qui occupe l’antichambre de la mort. On dirait qu’il s’y rend de temps en temps, en fermant un œil ou se bouchant une oreille. Il y va pour en revenir à nouveau foudroyé et riche de visions voire d’émotions calmes et terribles à fixer de façon indélébile sur le rectangle blanc qui l’attend en silence.
Voilà que je suis heureux d’avoir partagé un brin de cette force cosmique, d’avoir nagé avec Franco dans le même liquide amniotique, remontant, pendant un instant à ma propre mort déjà vécue durant ma naissance. Je remonte déjà l’escalier de ma maison paternelle, à deux pas de la brèche de porte Pia…
Mais, quoi faire de ce format qui ne servirait déjà plus à rien ?
Je regarde Franco dans les yeux. Son rapport avec le cosmos est beaucoup plus facile et solide que celui qui s’instaure avec les humains… Avec le firmament ce n’est pas question de dimensions, de contraintes ni de rimes. Ni de mails, de numéros de téléphone ou de rendez-vous ratés. On ne vous demande pas la motivation, le CV, on ne vous reproche pas, sur le ton d’un compliment, votre accent…
Mais, avec les humains ce n’est pas si facile , même pour cette espèce d’Ange Gardien souriant, rassurant et bon.

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Voilà un extrait du Miroir à deux têtes, roman de Mahlya de Sant-Ange consacré à Franco Cossutta et à son esprit poétique, France Europe Éditions, 2007, p. 183-184 :
« — C’est bien Monsieur C., vous avez fait des progrès, vous vous tenez debout (évidemment sans équilibre). Vous parlez comme un enfant qui apprend à lire. Il vous faut maintenant d’autres soins plus appropriés, plus ciblés. Nous allons vous transférer dans un autre hôpital qui possède des moyens thérapeutiques bien plus performants que les nôtres !
— Je… Ne veux.. aller nulle… nulle… part ail… ailleurs.
— Nous ne pouvons malheureusement plus rien pour vous. Il y a d’autres malades plus jeunes encore que vous qui attendent déjà votre chambre !
— Je… ne veux… Ça suffffit…
— On m’a dit que vous aviez des hallucinations, que vous visitiez une (hum) une sorte de pays merveilleux. Avez-vous toujours l’impression de dériver de cette manière ?
— Mais… ce n’est pas une dé… dérive.
— Vous n’êtes pas sans savoir Monsieur C. que vous avez été victime d’une grave atteinte neurologique, que vous êtes au début d’un long processus de réadaptation dans le concret, que les traumatisés crâniens sont des personnes dépendantes. Toute votre vie, vous aurez des séquelles de votre accident. Vous êtes en phase de changements majeurs de la personnalité. Il vous faudra passer par une période de deuil et d’acceptation de vos handicaps. Des année. C’est une dure réalité
Pour exprimer la peine, l’agressivité, la vengeance, la fuite de la réalité, l’idée de l’euthanasie, vous avez besoin de soins intensifs, que nous ne pouvons plus offrir. Les expressions formelles ou informelles de votre souffrance doivent être guidées pour éviter une désorganisation ou le désespoir. Impossible de laisser passer trop de temps. Vos confrontations doivent se faire dans un contexte d’aide appropriée.
— Je ne suis pas fou. Les couleurs que je vois me soignent, me guident, elles existent mais dans un autre monde !
— Monsieur C. vous « paradisez », c’est votre manière de faire face à vos déficits physiques, au piétinement de vos progrès, à votre isolement impitoyable, Je compatis… je compatis.
« Il vous faudra passer par un compromis douloureux où s’accomplira en détail, le commandement de la réalité », ce n’est pas moi qui le dit, mais Freus ! Si vous « paradisez » dans un état constant de subjectivité, vous êtes un impératif humanitaire !
— Je veux ren-trer chez chez… moi !
— C’est impossible dans votre état actuel. À l’extérieur, vous allez montrer très vite des signes intermittents d’appréhension à tout environnement ! Vous êtes encore arelationnel, vos réponses sont fluctuantes, selon le moment de la journée et vous êtes souvent en état pauci-relationnel !
— Stop ! je veux rentrer chez chez moi…
[…]
Quelques jours après, il n’y eut pas d’applaudissements, pas d’encouragements pour accompagner la sortie de Franco… » (Mahlya de Sant-Ange)

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Michel Benard, Mahlya de Saint-Ange et Franco Cossutta

L’accident de moto qui a changé si radicalement la vie du pilote Franco Cossutta en le transformant en peintre visionnaire sans égal s’est passé un 8 avril d’il y a presque 40 ans. Et Franco Cossutta est toujours là, avec ces tableaux imprégnés d’au-delà cosmique qu’il ne cesse de réaliser avec sa bombe à peinture et sa technique aussi simple que mystérieuse.

Giovanni Merloni

F ou Franco Cossutta

Le peintre et poète Michel Benard —Lauréat de l’Académie française. Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres — suit depuis longtemps l’oeuvre extraordinaire de Franco Cossutta dont il partage la conception picturale dans plusieurs aspects. En fouillant parmi ses commentaires les plus récents, outre à une entrevue très poignante, je considère comme très beau et intéressant ce portrait de l’artiste et de son oeuvre :
« Un artiste authentique, atypique, singulier, naturel, simple, qui étonne, détonne et surprend les amateurs d’art ce qui peut paraître logique, mais également les scientifiques et astrophysiciens du CERN (Genève) qui s’interrogent sur cette transposition spontanée du cosmos, très voisine de la réalité.
Une rupture de vie, la mort ou presque et tout bascule !

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Franco Cossutta après son accident.

A partir de cet instant Franco Cossutta est devenu une sorte de visionnaire en liberté, un électron de l’imaginaire, un pèlerin de l’univers, un pêcheur d’étoiles, un voyant au sens rimbaldien, donc déréglé de tous ses sens.
Ses expériences personnelles et artistiques sont devenues de longs voyages cosmiques en alternance.
Une communion avec l’infiniment grand et l’infiniment petit.

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Franco Cossutta, L’origine, huile sur bois

Ses œuvres intemporelles sont des métaphores de la mémoire des galaxies, de la voute céleste et des symboles étoilés.
Son regard intérieur nous place au seuil de l’innomé, de l’innommable et de l’ineffable.
Par cela son œuvre devient intangible, intemporelle !

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Franco Cossutta, Germination, huile sur bois.

Dans la solitude méditative et le silence de son atelier cet artiste insolite communique avec l’univers, ce fait catalyseur, relai de transmission des lois que le principe universel lui insuffle.

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Franco Cossutta, Magma stellaire, huile sur bois.

Face à une œuvre de Franco Cossutta nous transgressons toutes les notions artistiques habituelles, même les plus minimalistes ou conceptuelles.
Nous sommes confrontés à une sorte poésie galactique accompagnée d’une musique des sphères.

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Franco Cossutta, Fécondation, huile sur bois.

Ce voyage cosmique est peut-être la révélation inconsciente d’une nostalgie de l’ailleurs !
Michel Bénard.

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Franco Cossutta, 2013

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 27 septembre 2013

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G ou Grégaires en fuite (alphabet renversé de l’été n. 23)

24 mardi Sep 2013

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Heureusement, dans le passage de la lettre H à la lettre G, j’ai réussi à me dérober à la brutale alternative
entre
l’Hôpital et la Galère
l’Huis clos et la Grange aux belles
Audrey Hepburn et Juliette Gréco
l’Hockey et le Gymkhana.

Cependant, la possibilité de rencontrer au-delà de la Grille une inquiétante multitude de Géants — comme Garibaldi et Guevara, Gorbaciov et Gandhi, Goya et Giorgione, Goethe et Giordano Bruno, Giacometti et Gerschwin, Genet et Goldoni, Giono et Gide — m’avait tellement Gêné que j’ai décidé de m’adresser d’abord aux Gendarmes, ensuite au Gouvernement.
On m’a proposé une visite à la Gare d’Orsay, aux Galeries La Fayette et à la Géode. Ensuite, on m’a offert une Glace avant d’ouvrir Grand les bras et me proposer, résignés, d’attendre Godot.
Mais, tandis que j’attendais, entouré de Gentilshommes de ma même Génération, très experts en matière de Guerres, de Grands Hommes et de plats Gourmands, un Gouffre s’est creusé sous mes pieds.
Je suis alors rentré dans ma Guinguette où j’ai pu me désaltérer avec plusieurs Gorgées de Glen Grant et hurler librement « ta Gueule » à l’adresse d’un cher ami venu de Groënland. Mais j’ai aussi flanqué une Gifle à Giovanni, le Garçon italien qui m’a répondu « Grazie tante ! » avant de me traîner par les Gencives jusqu’à la première chambre à Gauche.
Une fois dans mon lit je ne réussissais pas a m’endormir, car j’avais l’estomac Gonflé par l’effort de Gérer tous ses personnages en G Grimpant comme de milliers de Gnomes du Genou à la Gorge, tandis que mon corps de plus en plus Gaillard ressemblait à celui de Gulliver à Lilliput.

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Pour me libérer de ce cauchemar, je songeai d’attaquer ces redoutables espèces de Grenouilles comme avait fait à son époque Luigi Galvani, en les transperçant par d’épouvantables décharges de courant électrique. Galvanisé par mon Geste, je m’adressai à la statue de ce tortionnaire bienfaisant dont Bologne est justement fière, installé juste à côté de la cathédrale de Saint-Petronio. Mais celui-ci fit semblant de ne pas me connaître ou, pour mieux dire, il m’indiqua sournoisement le plafond. « Gutta cavat lapidem… Les Gouttes creusent la pierre ! » me dit-il.
En comptant une à une les Gouttes de l’horrible lustre central, je me suis finalement abandonné à la protection de mes Anges Gardiens, qui s’étaient entre-temps chargés de Gommer, pour un peu, mes Gribouillis mentaux.

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Au centre de la nuit, l’urgence de me rendre aux toilettes me fit Goûter le plaisir du vide noir du jardin au-delà du Garde-corps rouillé.
— Tu Gaspilles inutilement ton temps, me dit mon ami Gilles jaillissant de toute sa maigre silhouette derrière une Gloriette blanche Gracieusement illuminée.
D’un coup, j’eus la sensation d’une Galaxie de prénoms en G qu’on ne pouvait pas arrêter.
Où allaient-ils Giuliano et Giuseppe, Giacomo, Giorgio, Gino, Gina, Giusto, Guerrina, Giada, Giovanna, Gabriele, Guido ?
Où allaient-ils Gérard et Geneviève, Guy et Gustave ?
Ce n’est pas la peine d’observer qu’entre eux pourrait bien y être Giacomo Leopardi marchant bras dessus bras dessous avec Giacomo Casanova ; Giorgio Bassani avec Giovanni Pascoli ; Guy de Maupassant avec Gustave Flaubert…

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Anonymat à tour de rôle

M’unissant à ce cortège de Gens illustres, ô combien familiers, je reconnus le centre de Gênes où, petit à petit, au lieu des hommes et des femmes du passé, je vis glisser l’un après l’autre les vélos légers du troupeau du Giro d’Italie. Cela me fit tout de suite souvenir des Grégaires en fuite de Paolo Conte.
J’ai déjà illustré quelque part le Goût de l’anonymat, la Gloutonnerie un peu perverse de la vie en retrait. Avant de m’endormir, avec ces figures des coureurs Grégaires qui tirent la volée aux champions, je me suis souvenus des branches latérales dont me parlait Paolo, mon cousin psychanalyste… En fait, il y a une petite différence entre Grimper en Grommelant pour la conquête d’un Graal invisible et Gagner le prix Goncourt ou le Roland Garros. Sans aucun rapport avec le talent et la force de leur voix il y a des Gens qui naissent vainqueurs du Grand Prix et d’autres Gamins et Gamines qui sont nés pour le refuser.
Plus difficile trouver des Généreux qui soient prêt à lire les bouquins égarés, Gravés parfois avec le sang, une Goutte à la fois.
Mais cela peut arriver. Ainsi se console le Grégaire éreinté qui a fuit le troupeau juste pour se Gratifier en traversant tout seul une redoutable Gorge aux rochers saillants. Sous la pluie battante et Gelée, évidemment.
Pendant la nuit j’ai conté plusieurs troupeaux de cyclistes à la poursuite du Grimpeur ailé, un personnage très célèbre de mes temps : le Luxembourgeois Charlie Gaul. Seul sur l’Aubisque, seul sur le Tourmalet…

G ou la Gifle du hasard
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Le tableau giflé

Avec l’image du coureur Glissant heureux parmi deux parois de Glace je suis plongé dans le vieux placard de mon Grand-père maternel, Alfredo. Parmi la naphtaline et les cintres de bois — ressemblant des Glaives dont je me servais avec mon frère pour combattre jusqu’au dernier sang — il y avait un vieux tableau enroulé, très abîmé par la poussière et l’abandon. Ma mer m’avait dit que c’était l’œuvre d’un frère cadet d’Alfredo s’appelant Roberto, unique artiste auquel je peux remonter dans le vaste arbre Généalogique de ma famille pour retrouver quelqu’un qui m’aurait transmis cette propension… Ce tableau, que j’avais vu trôner au-dessus du buffet dans la salle à manger de mes Grands-parents, avait maintenant une très mauvaise mine. Après, dans le rêve je me Glissai péniblement sur le carrelage noir et blanc. Dans la chambre au fond il y avait une Grande agitation. Mon Grand-père était tombé du lit et ses trois filles, le voyant tout courbaturé mais sain, essayaient de se moquer un peu de lui en lui demandant les circonstances de sa chute.
— J’ai eu un litige avec Roberto, répondit Alfredo avec un regard excité. Je lui ai donné une Gifle… Et suis fini à terre !
Je me demande aujourd’hui s’il y avait de la jalousie ou de l’envie de la part de ce très sérieux professeur de mathématiques et ce peintre aux couleurs obscures des paysages de Léonard qui avait eu peut-être, au contraire de son frère, une vie précaire et malheureuse. Ou alors c’était l’amour de leur mère qui les divisait, ou une femme… Pourquoi pas ?
Car une Gifle est toujours une Gifle. C’est une chose qu’on devrait Garder juste pour les bonnes occasions…
En me réveillant dans mon abri parisien j’ai regardé longuement le tableau de l’oncle Roberto que ma femme avait voulu restaurer. Maintenant, ressuscité, il me semble Cendrillon dans les habits de la fête. Il suffit d’un seul rayon de soleil, qui réussit parfois à se faufiler parmi les immeubles de la cour. Quand il effleure le tableau, celui-ci devient un endroit réel. Je reste enchanté à observer ces rives, le maquis, les arbres, le mouvement sinueux que fait le Garigliano, Glorieux fleuve de la Campania…
Je n’accuse pas mon Grand-Père adoré qui me portait à cheval sur ses genoux se réjouissant toujours de mes dessins de soldats sur les collines et des contes que je m’inventais pour lui faire plaisir. Ce fut peut-être la première personne avec laquelle je m’ouvrisse librement, la première autorité bienveillante (et patiente) qui m’encouragea à raisonner.
Mais, combien de gifles à-t-il adressé à cette branche latérale de l’arbre familial ?
Si l’on devait accrocher aux murs tout ceux qui ont été fauchés par une gifle réelle ou symbolique, on aurait besoin de la Muraille chinoise. Mais ce serait le Mur des larmes, une chose qui évoquerait moins la vie que la mort.

G ou Galerie des Poètes,
échos d’une exposition en cours :
Trois Jeunes peintres ukrainiens à Paris.

000a_les trois peintres 740 Alexandre Dmitriev, Suleiman Kadyr-Ali et Ouliana Ivanova
Société des Poètes Français, Espace Mompezat
16, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

Vendredi dernier, dans les locaux de la Société des Poètes Français j’ai participé comme spectateur à l’installation d’une exposition très intéressante, concernant trois jeunes peintres venant de l’Ukraine. Dans le peu de mots que j’en dirai, on comprendra bien la raison de l’insertion de cet évènement au beau milieu d’une de mes lettres biaises et farfelues.

D’abord, je suis sorti particulièrement ému de cette expérience en raison de la grande simplicité des rapports réciproques entre les Poètes Français, faisant partie de la plus ancienne et noble association de poésie de Paris, et le groupe d’artistes venant d’une ville située en Crimée sur les rives de la mer Noire : Simféropol. Dans la même région de l’immense Ukraine on nous a évoqué les noms d’Yalta et de Sébastopol, la première très connue pour des raisons éminemment politiques, la deuxième pour le siège franco-anglais de 1854-1855, dont il nous reste à Paris le nom d’un boulevard très connu.

À la tête de la « délégation », la professeure Nadège Lessova-Yuzefovich de l’Alliance française de Simféropol. Les jeunes peintres — Alexandre Dmitriev, Suleiman Kadyr-Ali et Ouliana Ivanova — ont fréquenté tous les trois l’Académie Nationale des Beaux Arts et d’Architecture de Kiev en Ukraine, l’ancien « état cosaque », dont on cherche encore de traces dans plusieurs endroits d’Europe.

On dirait que c’est normal. Il y a toujours des échanges culturels entre les pays d’Europe et du monde entier et Paris est souvent au centre de ces échanges dans le rôle de promoteur, d’hôte accueillant. Ce n’est évidemment pas la première fois que Paris et la France découvrent des trésors d’art venant de loin.

On dirait que pour rejoindre la Crimée il ne faut que trois heures d’avion. Pourtant le déplacement n’est pas évident. Si d’un côté les Français ne sont pas de grands connaisseurs des beautés sauvages et culturelles de la Crimée ou d’autres endroits et villes d’Ukraine, comme Kiev et Odessa, les Ukrainiens, quant à eux, n’ont pas l’habitude ni souvent la possibilité de visiter Paris ou de venir en France pour faire connaitre leur culture.

au travail 740

Je veux commencer mon petit récit-commentaire avec les premiers moments de cette rencontre avec ces trois artistes, eux aussi, peut-être, des « grégaires en fuite », comme la plupart des artistes. D’abord, à cause du manque provisoire d’une langue d’échange basée sur les mots et les gestes, on était au mutisme. Ensuite, au fur et à mesure que la préparation de l’exposition avançait, avec le désemballage des tableaux et la révélation des tableaux mêmes, le dialogue a commencé et a vite trouvé son rythme.
Et voilà l’incroyable surprise : depuis un territoire assez éloigné, trois jeunes amènent à Paris un monde extrêmement familier. Je ne dirais pas un déjà vu, mais plutôt une nouvelle interprétation, dans leur contexte, de certains exemples et modèles incontournables. À travers leurs tableaux nous ne voyons que des petites nuances qui nous font arriver de temps en temps des émotions inattendues.
On pourrait appeler cela « peinture du commencement et de l’élan poétique ». D’abord le commencement vis-à-vis de l’expression picturale, où le choix des maîtres se fixe sur certains artistes de la belle époque, dont les impressionnistes, évidemment et en particulier, Edgar Degas… Ensuite, le nouveau commencement de l’après-Seconde Guerre, avec le choix de La vie en rose — chanson créée par Édith Piaf en 1947 — qui semble transparaître dans certains tableaux ici exposés.
Dans ces tableaux on retrouve d’ailleurs un esprit et une recherche commune : « la redécouverte de l’âme ». Face à la « tabula rasa » d’identités plusieurs fois niées ou carrément effacés par un siècle implacable, quel est notre point de repère ?
On dirait que le trio de peintres remonte consciemment au 1889, c’est-à-dire cent ans avant l’écroulement du mur de Berlin avec pour conséquence la fin de l’Union Soviétique et la naissance d’une nouvelle galaxie des nations russes.
Les trois peintres, jeunes et modernes, se servant de l’acrylique d’une façon qui ne fait pas regretter ni les huiles ni les pastels et les aquarelles d’il y a 130 ans, remontent résolument à la période de la Belle Époque, en Europe et surtout en France… N’oublions pas combien la langue française était présente dans Guerre et Paix de Tolstoj (roman qui acheva sa publication en 1869) et dans la plupart des romans russes d’avant la Première Guerre.
On voit cela en observant la presque totalité des tableaux ici exposés, où l’évocation de la Belle époque est particulièrement évidente.

001_la dame au petit chien 180

La Dame au petit chien est un film Soviétique en NB réalisé par Iossif Kheifitz, sorti en 1960 qui fut présenté au Festival de Cannes, tiré de la nouvelle éponyme d’Anton Tchekhov de 1889, situé à Yalta, sur la mer Noire.

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Un nu sereinement étendu au centre d’une chambre dont chaque particulier assume une importance particulière… Renvoyant à Velasquez plutôt qu’à Goya… Renvoyant, plutôt qu’à Modigliani, à Edgar Degas et aux nus que celui-ci avait peints à la même époque où Tchekhov écrivait la Dame au Chien…

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Paysages de la Crimée qu’on devine splendide, avec des nuances de sable et de couleurs pâles de la mer se trouvant à la même latitude ne notre Côte d’Azur…

004_gogol 180

Gogol, le grand écrivain qui nous regarde, inspiré et pensif, depuis un autre siècle.

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Le portrait d’un couple d’antan, assis sur des fauteuils hautains dans un coin très élégant d’un atelier d’un peintre qui donne autant de valeur au portrait fidèle des deux personnages assis qu’à la mise en scène de cette ambiance du passé.

En plus de quelques natures mortes évoquant Cézanne ou Matisse, ou les fleurs jaunes de Van Gogh, on observe juste quelques petites ouvertures, pour le moment, envers la peinture abstraite et les nombreuses expériences qui se sont développées en Europe après la Première Guerre. Aucun clin d’œil, pour le moment, au constructivisme russe de l’époque de la révolution dont je rappellerais ici le nom de Tatlin ni au futurisme d’El Lissitzky qui a vu ici à Paris les preuves incontournables de Natalia Gonciarova et Vladimir Larionov.

Dans ce groupe marchant en contre-tendance vis-à-vis des modes contemporaines, il y a donc une précise volonté que je n’appellerais pas « retour à l’ordre » ni « assomption » de énièmes formes de récupération du passé en clé moderne. Ils repartent de là, de cette Belle Époque qui a été aussi un moment de grande rupture où le langage des peintres a eu un rôle sans précédent dans l’histoire des nations et de leur civilisation.
L’idéologisation de la peinture — d’un côté l’art abstrait, de l’autre l’art figuratif, pour faire une banale simplification — ont amené une rupture parfois déchirante et dramatique dans la vie de beaucoup de peintres, coupant net la continuité du procès d’émulation et d’assimilation du savoir-faire dans les arts plastiques.
Et je me trouve d’accord avec Alexandre, Suleiman et Ouliana, venus ici à Paris à la primordiale source de leur inspiration. Je partage absolument leur besoin de se relier aux mouvements picturaux de la Belle époque, non seulement en raison de leur merveilleuse exploitation de la figure humaine et du paysage , mais aussi, surtout, parce que ces formes d’art gardaient encore des liens robustes avec l’art des grands maîtres du passé.
Ils évolueront bien sûr et peut-être changeront, en devenant de plus en plus témoins de notre temps complexes et difficiles. Pourtant ils seront partis d’une base solide, qui correspond d’ailleurs à leur vision passionnée et sentimentale de la réalité de l’homme et de la femme.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 24 septembre 2013

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U ou Underground, les fils d’Aryane d’Isabelle Tournoud (alphabet renversé de l’été n. 6)

20 samedi Juil 2013

Posted by biscarrosse2012 in alphabet renversé, art

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Isabelle Tournoud

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Lorsqu’on arrive dans le domaine de la voyelle U, un petit sursaut de peur s’empare de moi. Car, dans la langue italienne, à partir de la terrible figure du comte Ugolino de Dante — celui qui, se trouvant piégé dans une situation d’extrême détresse et de faim, eut le courage de se nourrir de ses propres enfants — et de l’Uomo Qualunque (le parti de l’homme quelconque ressurgit cycliquement dans notre pays, toutes les fois que la démocratie et la stabilité économique sont en danger), les noms ou prénoms en U se présentent d’emblée de façon assez contradictoire. D’un côté, les personnages sérieux — comme le maestro Uto Ughi, ou l’incontournable Umberto Eco — suscitent en moi un double sentiment d’estime sans borne et d’infériorité sans remède. De l’autre, au contraire, les figures et voix uniques d’Ugo Foscolo et de Giuseppe Ungaretti se marient joyeusement aux visages rassurants d’Ubaldo Lay (inoubliable Lieutenant Sheridan télévisé) et d’Ugo Tognazzi, m’aidant beaucoup à relativiser mon ancestrale méfiance envers l’U. En dehors des U italiens, il y a bien sûr Ulysse, Ubu Roi et Till Ulenspiegel, ainsi que Maurice Utrillo, une des figures qui me sont plus chères, avec Pierre-Auguste Renoir, parmi les peintres impressionnistes. Mais, je ne peux pas me passer d’un sentiment d’étrangeté envers l’U, que j’aurais pu surmonter juste par le biais d’une confidence intime avec Liv Ullmann ou Ursula Andress. Un sentiment qui se renverse complètement lorsque je franchis les confins de notre continent pour me caler dans ce monde encore mystérieux d’au-delà de la Manche et de l’Océan. Dans ces endroits fumeux et au-dessous de ces vertes prairies, je trouve un mot qui m’ensorcelle, provoquant en moi une série infinie de situations et hypothèses et, en même temps, le soupçon d’une possible synthèse, le mot Underground.

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Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Ce mot musical, qui pourrait évoquer aussi bien les tremblements de terre que les réunions secrètes des exilés italiens au cours du Risorgimento, relève donc d’une richesse sémantique prodigieuse. En fait, ce serait beau et suggestif s’ouvrir un passage dans une grotte naturelle pour explorer les catacombes creusées dans le sous-sol de Naples et de Rome ainsi que d’autres villes et localités en grand nombre en Italie, même si une exploration comme celle-ci peut causer des effrayantes surprises. À Londres comme à New York, Underground c’est le nom qu’on assigne au métro : une chose connue, et pourtant une immense réalité qui change sous nos yeux jusqu’à nous démunir, parfois, de nos primordiaux instincts de conservation et d’orientation. Même dans le labyrinthe le plus doté de signalisations et de systèmes de secours, visuels et sonores, aux faiblesses humaines, on peut se perdre. D’ailleurs, ce n’est pas nécessaire de voir toutes les séries de films catastrophiques que surtout les Américains aiment exploiter autour de multiples types de disgrâces qui pourraient se vérifier, pour associer à la notion de labyrinthe souterrain celle du danger incombant ou de l’étau en attente menaçante. C’est peut-être en réaction à cela — car la créativité la plus originale se déclenche justement de la peur et de la rébellion — que naît toute forme d’art underground.

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Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Je me suis demandé combien de véritables artistes underground je connais, à Paris ou en France. Je ne compte ici, évidemment, le vaste et insondable domaine de la musique dans ses multiples formes, dont sincèrement je ne perçois que des échos dans les couloirs du métro parisien, en raison de mes fréquentations tout à fait rares des lieux députés à cette expression, pourtant aimée. Dans les arts plastiques, j’ai sans trop de réflexion trouvé un nom, qui correspond bien à mon idée d’art underground. Elle s’appelle Isabelle Tournoud. Avec les deux U dans son nom, elle a toutes les cartes en règle. Car il est difficile de la classer parmi les sculpteurs traditionnels et sa façon de créer dans l’espace ne pourrait pas se situer non plus dans les termes d’une éventuelle avant-garde. Tout cela amoindrirait la portée de son travail original et unique.

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Paolo Merloni, Le mariage de mes parents (2005)

J’ai connu Isabelle Tournoud rue de Seine, lors de la première exposition que mon enfant Paolo avait montée en avril-mai 2007 dans le sous-sol de la galerie Étienne de Causans. Cela ne pouvait être plus underground que cela. Sous ces voûtes basses, blanches, Paolo avait accroché des tableaux de petite taille, faisant partie de la série fortunée de « La famille », un thème qu’il avait exploité à fond, ajoutant toujours un esprit d’égarement et d’orgueil familial aussi. Cela rendait ses tableaux poignants et vifs, même plus des personnes auxquelles il s’était inspiré. Un siècle semble passé depuis ces journées insouciantes où nous étions « two brothers » plutôt qu’un père suivant son fils. Nonobstant le petit handicap de la salle cachée, Paolo réussissait à traîner en bas la presque totalité des visiteurs accourus à la plus importante exposition au rez-de-chaussée. On en profita pour échanger beaucoup, surtout avec des artistes, peintres, sculpteurs, photographes, et cetera. Cela donna courage à moi aussi, me poussant à vaincre mon fatalisme. Le dernier jour de l’exposition, Isabelle devait arriver avec Laura, une camarade de Paolo, romaine. Laura arriva seule, examina un à un les tableaux tandis qu’on les décrochait, gentiment harcelés par le patron. Lorsqu’Isabelle arriva, haletante et pourtant souriante, c’était trop tard. Le lendemain on aurait récupéré les tableaux. Moi j’avais sous le bras mon lourd dossier où j’avais placé sans façon les photos de mes tableaux. Nous allâmes tous les quatre dans un bar sur le quai de la Seine où l’on sympathisa beaucoup. En fait, Paolo et moi, nous étions encore des nouveaux venus à Paris, imprégnés encore de cette futilité et facilité pour le rire typique des jeunes touristes. Et moi, nonobstant la différence d’âge, j’étais aussi contaminé par cet esprit léger que fasciné par la « religion U » qu’il racontait à sa demie-sœur depuis la plus tendre enfance de celle-ci. À défaut des tableaux de Paolo, ce fut moi qui montrai mes photos à Isabelle. Admirative, elle me rassura : le fait de ne pas être un peintre français pouvait devenir une chance d’éviter d’être fauché « a priori ». Malheureusement, la soirée s’annonçant très amicale fut interrompue sur le bus qui nous ramenait à Popuncourt, tandis qu’Isabelle poursuivait en direction de Belleville. Après cette rencontre, grâce à la petite carte de visite qu’Isabelle m’avait donnée, j’eus, contrairement à mes habitudes, envie de voir ses œuvres et de la revoir. Déjà, des ans sont passés. Maintenant, Isabelle vit et travaille à Rennes avec sa famille. Je lui suis reconnaissant pour la confiance, qu’elle m’a plusieurs fois confirmée, même récemment, en occasion d’une rencontre où elle m’a interviewé. Mais ce petit bien-être personnel n’a aucun rapport avec l’estime que j’éprouve envers ses sculptures…

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J’ai parlé de son œuvre assez particulière dans un précédent article. Mais, détourné par mes portraits inconscients et les poésies que ce nouveau blog m’a aidé à ranger et parfois retravailler, j’avais raté le récit de sa dernière exposition à Paris que j’avais visitée en décembre 2012. Je ne peux pas ici me produire dans une critique fouillée. Je me bornerai à faire le même parcours que j’avais suivi dans ce petit local rue Charlot dans le Marais, où l’on avait voulu mettre en valeur l’hypothèse d’un possible rapport entre l’art d’Isabelle et le travail du styliste de vestes pour homme. Je ne nie pas la possibilité de trouver des parentés entre les formes extérieures des vestes en étoffe et ces enveloppes de fils multicolores assumant par hasard la forme de veste (ou de paletot, ou de chaussure d’enfant, ou de revolver dans un étui adapté), mais je crois que ce qu’Isabelle propose sort bruyamment de tout cela. En suivant le parcours, je laisse une petite phrase qui peut-être n’expliquera pas beaucoup. Mais…

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Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

La vitalité des surfaces, avec leur transparence, apporte au corps invisible qui les endosse le charisme de toute beauté insaisissable. 007_giacca 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

La chevalière inexistante d’Italo Calvino n’est pas trop contente de se trouver au centre d’une investigation critique rapprochée. Donc elle prétend que son dévoué soupirant reste près de lui, qu’il partage son agacement. 008_fili 740

Sculpture de Isabelle Tournoud (part). Photo de Giovanni Merloni

L’armure qui enveloppe le corps invisible de la chevalière (ou du chevalier déguisé en femme) est tissée de fils robustes capables de résister à n’importe quelle épée ou poignard. Elle ressemble à des barbelés. Des barbelés pourtant tendres et doux comme du velours. 009_pistola 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Sur un banc à côté, un revolver d’argent avec un seul coup est caché. Servira-t-il à tuer celui qui découvrira le mystère du chevalier qui transperce portes et fenêtres ? Servira-t-il au contraire à tuer le chevalier pour en libérer l’âme emprisonnée ? 010_mano 740

Sculpture de Isabelle Tournoud (part). Photo de Giovanni Merloni

Cette main qui se défait dans l’effort de saisir quelque chose qui lui échappe… 011_braccio b 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

…est-elle le positif ou le négatif du corps que la veste rose héberge ? Et ses nuances en saillie, sont-elles des veines roses et bleues ? 012_pistole 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Voilà deux revolvers qui ne gardent que la silhouette vague de ce qu’elles auraient pu être… 010_isabelle 740 Giovanni Merloni écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 20 juillet 2013 CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS Licence Creative Commons Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

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