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Je viens de loin (Nuvola, 1971)

03 jeudi Déc 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Nuvola

cible romain

Je viens de loin

Je viens de loin
d’innombrables
changements d’identité
d’histoires redoutables
que tu jugerais
absurdes, étranges, anachroniques.

Jamais je n’ai eu rien de fort,
hormis le besoin d’amour.
Jamais je n’ai eu rien de vif
en dehors de la peur
me donnant ce vertige
d’être seul, au tréfonds de la Terre
dans la gorge d’un noir précipice
qu’envahissent des odeurs infernales.

Même seul, je ne suis jamais seul,
entouré comme je suis de gens bien,
agréables et gentils,
seulement observant
au sujet de mon pessimisme
qu’il serait vain, exagéré, préconçu.

Selon eux, je n’ai pas raison.

Je n’ai pas raison, j’ai tort.
Je garde seulement
au fond de moi, le désir
de partir à la mer
d’étendre sur le sable un tapis
pour mes enfants,
de leur créer un petit nid
où tisser sans effort
la longue fable du ciel,
des oiseaux
des odeurs ancestrales…

Ou sinon nous nous tairons
parce que nous ne serons pas seuls
jamais vraiment seuls
tous les trois.

Ô combien je désire être ailleurs !
M’évader de ces gens qui bavardent
me laisser recouvrir
par les restes du pique-nique
par les courses des enfants
se prenant pour Indiens
par les tristes hurlements
de mégères implacables…

Chacun de nous possède
un interrupteur
pour ne plus entendre
pour voler plus haut
pour songer à ne pas penser
pour changer d’opinion
ou rester figé
dans l’absence d’idées,
pour se sauver dans les rêves
ou dans les souvenirs.
Pour compter deux et deux sans cesse
parce que nous sommes libres,
esclaves,
libres, esclaves
libres, esclaves.

La mort même
devient alors une bonne route
à entreprendre
pour ne pas entendre
de bruits de fond.
Devant ma paralysie,
les autres ont peur que je puisse
d’un bond ressusciter.
Je les pétrifie,
ils ne m’effleurent pas,
de la peur de gâter
cette ridicule attitude
de l’absence.

Si je ferme les yeux
pour être seul
et que les autres me scrutent
sans plus cacher leur gêne,
leur embarras pour ce fait divers
pour cette mort inopportune
qui les dérange,
en ce moment suprême
je m’en fous vivement d’eux.

Je peux alors sortir
de mon sarcophage
et leur faire le mystérieux cadeau
d’un sourire.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Telle une première hirondelle (Luna, 1979)

30 lundi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Luna

hirondelle_trattata def

Giovanni Merloni, 1994_2013

Telle une première hirondelle (1979)

Telle une première hirondelle,
le train transporte, sans odeurs,
le justaucorps bleu de la nuit
dans l’air épuré de l’hiver.

Je me vois sautiller avec lui
suivant le grondement des paroles
emprisonnées dans l’étui
de ma gorge.

J’en entends
l’écho, croassant ou aigu,
sifflant ou aveugle :
le temps et moi,
nous nous faisons des infidélités
si cette constance est fille de la paresse
si cette paresse est sœur de la douleur
si cette douleur…

Rien ne va, rien ne reste,
lorsque le train se visse
en spirale, tel un graffiti de fumée,
dans un colimaçon de stuc
où les amas des situations perdues
se confondent en milliers de lueurs
de visions incohérentes
d’instants enthousiastes
de couleurs ardentes
de chagrins uniques.

Et je revois la chronique,
le scénario fragmentaire,
le mythe de mon passé haletant,
dont je ris, médusé
devant ce temps déchiré
où ma solitude se sauve
dans un costume élégant,
où mes misères déraillent
dans le rêve du néant.

Avec l’allure d’un ivrogne,
le train avance, taillant sans effort
le ballon de caoutchouc et d’eau
du futur.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN  

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À la mer, 1975 (Ossidiana n. 67)

25 mercredi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

jeanne moreauH

À la mer

Quand explose l’été, ils se croient déjà nus
mais ils sont habillés. Leurs chemins sont frayés
par l’ardeur de leurs pas sous les ombres des pins.

Tu effleurais le matin par tes feuilles légères
caressant ton élan d’une tunique crêpée.
En voyage, le vent s’engouffrant par la vitre
recouvrait bien de bruits. Tu parlais de chansons.

Quand explose l’amour, il ressemble à l’été,
et pourtant le soleil ne défait pas ses nœuds.

Descendant bien de marches on était malheureux.
Toi, nerveuse, badine, tu chantais que des mots.

Qu’il est sombre l’amour s’il explose dans un corps
surgissant à la vie ! À la vie qui s’envole
insouciante et légère comme une chanson.

Nous étions à la plage. Contre un ciel ennemi
des tordus parasols déguisaient nos corps nus.
Des amas d’algues mortes s’engouffraient à nos pieds
des journaux voletaient vers le fond vert de l’eau.
Au lointain, arborant des lunettes assez drôles
triste et belle, tu glissais dans les ondes
déjouant brusquement mes envies furibondes.

Qu’il est sombre et bizarre revenir, au couchant
aux cloisons désolées d’une cité malicieuse
parfumée de sagesse, tellement loin de la mer ! (1)

Giovanni Merloni

(1) Une journée à la mer sur la côte Adriatique en 1975. La ville est Bologne.

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

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TEXTE EN ITALIEN

Je le sais, tu espères (Luna, 1977)

22 dimanche Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Luna

IMG_3002 Je le sais, tu espères

Saint-André
déverse un brouillard rose
dans le miroir de tes bras.
Le ciel bleu, puis céleste
pâle comme une fresque
a dansé léger, sans corps
autour de la silhouette exquise
de cette coupole grise
dessinée et effacée
par la brume et le soleil.

Je le sais, tu es blonde, comme la vie.

Mais j’ai voyagé
me perdant au milieu
de collines opaques. Bologne,
tel un bout de chair vive,
roule encore parmi les échos
d’arcades en pénombre.

002_sant'andrea 001 180

Je le sais, je peux bien te parler,
m’appuyer à cette pierre
sachant que Rome est là,
devant mes yeux chéris par le vent,
ressuscitée et impunie.

Elle est ici, toujours vague,
insouciante de ses mille couleurs
de ses mille lumières
elle ne jette pas de fleurs
dans ma flaque de larmes.

Je le sais,
traversant ses rues sombres
mon coeur vide, égaré
trouvera ses décombres.

Je le sais, la terre et le temps
séparent les soucis et les rêves
comme des objets oubliés,
des statues ou des rues.

Je le sais, tu espères.

003_sant'andrea 002 180

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN

Tandis qu’un homme à l’usée salopette (Luna, 1977)

18 mercredi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Luna

le mie cose colorato_96

Sans aucune intention rhétorique, je dédie avec amour la poésie ci-dessous à tous ceux qui sont partis d’ici le 13 novembre dernier, sans penser nullement à la mort, n’ayant peut-être pas le temps de convier dans l’esprit leurs amis, leurs amours, leurs petites choses…

Tandis qu’un homme à l’usée salopette

Je m’attends à une danse sournoise
légère, angélique, en revanche visqueuse
des odeurs plus intimes.

Par courtoisie, mes dames, mes amis disparates
se rendraient sur les lieux de ma convocation
s’interrogeant douteux sur mes justes intentions :
est-ce qu’il entend nos pas en bas de sa maison ?

Si ce fait dont je rêve ne sera pas l’ultime,
le jour fatal de ma mort même, si tout s’écoulera
lors d’une après-midi violette et d’une brise sublime
et qu’un joli dessin de labyrinthes sans mystères
accueillera l’assaut de mes fertiles colères

si je pourrai encore aimer sans avarice
sans ambiguïté mes pauvres petites choses
cette fringale de la vie, en haut du précipice
grimpera, conquérant les châteaux, leurs délices,
s’effondrant dans la paix d’oasis silencieuses.

Lors d’un jour comme cela je me vois cultiver
attentif le jardin d’un amour vraisemblable
observant sans angoisse tous mes gestes affolés
mes fatigues, mes ardeurs

tandis qu’un homme à l’usée salopette
descendant du camion par un saut de jongleur
brisera la stupeur et le vide de la rue
déchargeant sur l’asphalte,
lentement, toutes mes choses.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

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TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN (« Le mie cose »)

Au bout des rues, 1975 (Ossidiana n. 66)

12 jeudi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

rigoletto avalanches

Giovanni Merloni, Rigoletto (part.) 1991

Au bout des rues

Au bout des rues
d’une ville gravée à peine
le blanc sur le blanc
le noir sur le noir
le rouge sur le rouge
le violet sur le violet

soudainement s’entr’ouvre
une petite porte
laissant glisser
les flots innombrables
des couleurs
et des nuances

avec le mouvement
le bruit, l’excitation
l’ivresse
la surprise de ta robe
jetée sur mon lit,
de tes yeux
scrutant la fenêtre,
de ta bouche
savourant le silence,
de ton parfum
amadouant mon rêve.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

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TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

Aventure d’un Artiste Absorbé dans l’Abîme : un tableau de Franco Cossutta (Zazie n. 34)

09 lundi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in art, mes poèmes

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001_tableau franco 180 Tableau de Franco Cossutta, 2015

Aventure d’un Artiste Absorbé dans l’Abîme

Franchise d’une Flèche Filant dans le Firmament
Rougeur de la Rouille d’un Remords Refoulé
Ancestral Astrolabe Arpentant l’Amitié
Noyau de Nuages Navigant dans les Nimbes
Cœur Crevant de la Colère Céleste
Océan d’Ogres Ornés d’Ombres.

Chaque Couleur du Ciel s’y Cache
Oubliant les Odeurs dans ses Ondes Obliques.
Seul le Silence Siffle sous ses Semelles
Sculptant ses Sillons dans la Scène Sidérale :
Ultimes Unités Ululant Unanimes
Trains de Tristesse Traversant le Tableau
Tambours Talentueux Taquinant les Tabous
Aventure d’un Artiste Absorbé dans l’Abîme.

Giovanni Merloni

Grazie, Franco, pour ce tableau dont je deviens propriétaire. Un hublot ouvert sur la nuit des étoiles, « tes » étoiles, faisant désormais partie, pour toi, de la route du potager ou comme nous le disons en Italie, « la strada dell’orto ». Un endroit encore plus familial que le comptoir du bar ou la planche reposant sur deux tréteaux où les toiles vierges t’attendent au passage. Merci de m’avoir convié au spectacle de cette sagesse matérialisée, infinitésimale et infinie à la fois. Dans ton esprit d’équilibriste sans filet ni corde raide, je retrouve la force de l’amitié, la simple beauté de la vie.
G.M.

P.-S. « Pourquoi avez-vous mis chaque fois quatre noms ou verbes ou adjectifs ? » Parce que j’espère, dans cet immense firmament de la vie, qu’il y a toujours le nord, le sud, l’est et l’ouest…

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Je réussis à ne pas m’effondrer, 1975 (Ossidiana n. 65)

07 samedi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_je réussis 180

Je réussis à ne pas m’effondrer

Je réussis à ne pas m’effondrer
à éviter qu’on me déchire le cœur
même si je te vois dans mon rêve
rire, t’amuser
préparant de précieuses corbeilles
d’expériences colorées
improvisées, irrésistibles
avec de bandes de copains
de jeunes guitares
d’élégants manteaux
de silencieux cheveux ondulés
dans l’obscurité d’un feu de joie.

Me plongeant dans ce rêve
virant au cauchemar
je saurais bien te suivre
par la seule imagination du cœur
comme le ferait un frère
qu’une timidité soudaine
renferme à la maison.

Par la seule télépathie de l’esprit
je pourrais te rejoindre
comme le ferait un ami
trahi sans compassion
par la fièvre et la migraine.

002_épousailles NB 180

Tu vois, je ne reste pas immobile
anéanti par l’écho
de tes sombres murmures.

Dernier rejeton
d’une patiente génération
d’artisans, bricoleurs
d’immenses miniatures,
je réussis, pendant des heures
à endurer cette séparation
cette tromperie, cette exclusion
rien qu’en me consacrant
aux paresseux gribouillis
aux châteaux de sable
aux ombres chinoises
m’aidant à bâtir
péniblement, miette sur miette
les formes appropriées
d’un nouveau stratagème.

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN

Zigzaguant à rebours, 1975 (Ossidiana n. 64)

04 mercredi Nov 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

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Photo empruntée de Archiwatch de Giorgio Muratore

Zigzaguant à rebours (1)

I
Au fur et à mesure que je me connais j’apprends à me répondre.

Zigzaguant à rebours
dans le silence absorbé
de réflexions profondes
je retrace mon itinéraire
piégé par la paresse
par le fou gaspillage
d’énergies déplacées,
j’y retrouve
le kaléidoscope brisé
des épisodes brûlantes
d’une existence brûlée.

Gribouillant dans le vide
je me plonge
dans une fantaisie secrète,
accoudé, tel un timide écolier
au-dessus du mur suffocant
d’une patience impossible
d’une vie tranquille épuisée
d’un assaut sombre
obtus, guttural
contre les institutions visqueuses,
contre les cadres défaitistes
contre les courtiers
louches et hypocrites.

002_pantieri-forlicc80-mercato

Pier Claudio Pantieri, Mercato Ortofrutticolo, Forlì, depuis un
article de Giancarlo Gatta, Forlì, publié sur Archiwatch de Giorgio Muratore

II
À présent
sous le poids des angoisses
des désirs inarticulés
je me découvre vulnérable,
un contestataire solitaire
incapable de hurler.

À présent
je voudrais caresser avec fougue
la fuyante sirène
de mes rébellions stériles
de mes envies de révolte
gravées sur le film transparent
de ce passé-là
de ces jours-là
de ces années difficiles
explosant
en silence et en retard
au milieu des pas trépidants
de ces échos moribonds
qui jamais ne mourront.

003_antonioni pîttore

Un tableau de Michelangelo Antonioni, photo empruntée de Archiwatch
de Giorgio Muratore

III
Gribouillant je m’achemine
sur une terre vallonnée
m’agrippant au mirage
d’une vie de devoirs solidaires
de routines courageuses.

Zigzaguant j’avance
en oubliant l’adresse
de mon escargot farci
de force et de faiblesse.

Au milieu d’une nature hostile,
dans l’ouverte campagne
menacée par une tempête
je ne m’abandonne jamais
je ne me glisse pas dans un lit
de fourmis et de vautours.

À l’improviste
au-dessous des étoiles,
la musique des gitans
va m’octroyer — ô conquête ! —
le côté étrange des choses.

À l’improviste
mon corps est capable
de prouesses infinies
je deviens riche
attentif, respectueux
désireux de mystères.

004_poltrone 16.10

Photo empruntée de Archiwatch de Giorgio Muratore

IV
Zigzaguant au-dehors,
le voyage dans la vie
se nourrissant de stupeur
de réflexion et de hasard
a brisé brusquement
l’intimité
l’introversion pathétique
du jeune homme
précocement pensif
que je fus.

C’est bien dur le trajet
d’entamer à penser,
de ne cesser dorénavant
de m’interroger,
de jeter des percées
de lumière jaune
sur l’exténuant manichéisme
d’un monde
qui a perdu le courage
de briser l’inconnu
qui néglige la dialectique
qui sait juste déraper
vertueusement
entre noir et blanc
bon et méchant,
moral et immoral,
honnête et malhonnête,
paresseux et travailleur.

Au long de la route
de mes trente ans,
je vais devenir,
peut-être, un
HOMME.

Giovanni Merloni

(1) Cette poésie naît d’un brouillon poétique de 1975, que je viens de retravailler, parallèlement, dans les deux langues de ma vie : l’italien maternel et le français d’adoption. À cette réécriture a d’ailleurs contribué, inévitablement, l’expérience de la vie, les nombreuses épreuves qui souvent ont confirmé au fur et à mesure ce que je ressentais alors sous forme de gêne indistincte ou d’intuition clairvoyante.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright.

TEXTE EN ITALIEN

La lumière du Siècle des lumières

20 mardi Oct 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Valère Staraselski, Zazie

001_hélène verdier 180

Lors de mon récent anniversaire, en signe de sympathie et d’amitié, Hélène Verdier m’avait envoyé sur Twitter cette « carte postale » que j’ai beaucoup aimée. Je ne sais pas précisément de quel édifice il s’agit, si nous avons affaire à un immeuble résidentiel ou à une école ou alors à des bureaux. Ce qui me touche ici, c’est le contraste entre l’enfermement de ces fenêtres, longues et étroites comme la visière d’un heaume, et la lumière qui de l’extérieur pénètre partout où elle veut, arrachant de ses gonds tout ce qu’elle touche…
Il ne s’agit pas de la lumière qui inonde les toits de Rome, ni de la lumière « facile » qui brûle la campagne en dessous de la fameuse ligne invisible marquant la séparation entre le nord et le sud du monde, deux univers climatiques différents et incapables de se comprendre réciproquement jusqu’au bout. Cette lumière est pour moi la lumière de la « Ville lumière », Paris. Ou, plus précisément, c’est la lumière du Siècle des lumières…

Je préfère
la lumière régulière
inondant la clairière,
effleurant le mystère
de tes genoux de couturière
de tes cheveux de laitière
de tes yeux de boulangère.

Je me désaltère
à la fraîche lumière
coulant telle une rivière
sur ta robe légère.

Elle m’indiffère
la lumière sans repères
d’une apprentie sorcière
fomentant la colère
de ma peau prisonnière.

J’adhère
à la sombre atmosphère
d’un bistrot de frontière,
à la loi solidaire
fraternelle et libertaire
que réveille la lumière
d’une ampoule solitaire.

Pourtant je considère,
à la lueur du réverbère,
le grand siècle de Voltaire,
cet immense cimetière
de prouesses extraordinaires
de pères et de mères,
de voix vivantes, familières
pourrissant dans leurs bières
oubliées par la lumière
de notre grisaille amère.

(Je suis en train d’achever la lecture d’un roman passionnant de Valère Staraselski, « Une histoire française, Paris janvier 1789 ». Dans ce livre j’ai trouvé, respectivement au commencement et à la fin, deux messages l’un de Voltaire et l’autre de Rousseau, qu’aujourd’hui seraient peut-être lancés sur un blog méconnu ou alors dans des SMS, avec la prière de les faire circuler.
Dans une inquiétante convergence, Voltaire et Rousseau considèrent la Révolution française comme inévitable déjà au début des années 1760.
Quelque part dans la géographie et dans l’histoire de la planète on découvre, plus rare, une composition pacifique et démocratique des contradictions et des injustices. Il est sûr et certain que notre planète est à nouveau traversée par des conflits de plus en plus terribles que l’homme ne réussit pas à maîtriser et que ces splendides lumières, dont nous devrions être tous intimement réchauffés, ne réussissent peut-être pas à illuminer…)

Mais…
Une lumière naguère prisonnière
est sortie maintenant de galère.
Elle avance, en colère,
affichant sa beauté printanière
en dessous de nos phalanstères.
Une lumière pionnière
descendant de la gouttière
jusqu’à la porte cochère
touche mon âme aventurière
inspirée des paroles sincères
de Rousseau et Voltaire !

« Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n’aurai pas le plaisir d’être témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent. La lumière s’est tellement répandue de proche en proche qu’on éclatera à la première occasion ; et alors ce sera un beau tapage — Les jeunes gens sont bien heureux, ils verront de belles choses. »
Voltaire à M. le marquis de Chauvelin, le 2 avril 1764

« Vous vous fiez… à l’ordre actuel de la société, sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu’il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet. Les coups de sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d’en être exempt ? Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions… Je tiens pour impossible que les grandes monarchies d’Europe aient encore longtemps à durer ; toutes ont brillé, et tout État qui brille est sur son déclin. J’ai de mon opinion des raisons plus particulières que cette maxime ; mais il n’est pas à propos de les dire, et chacun ne les voit que trop. »
Jean-Jacques Rousseau, L’Émile ou de l’éducation Livre I, Partie Ii, Chapitre XXVI, 1762
.

Giovanni Merloni

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