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Photo empruntée de Archiwatch de Giorgio Muratore

Zigzaguant à rebours (1)

I
Au fur et à mesure que je me connais j’apprends à me répondre.

Zigzaguant à rebours
dans le silence absorbé
de réflexions profondes
je retrace mon itinéraire
piégé par la paresse
par le fou gaspillage
d’énergies déplacées,
j’y retrouve
le kaléidoscope brisé
des épisodes brûlantes
d’une existence brûlée.

Gribouillant dans le vide
je me plonge
dans une fantaisie secrète,
accoudé, tel un timide écolier
au-dessus du mur suffocant
d’une patience impossible
d’une vie tranquille épuisée
d’un assaut sombre
obtus, guttural
contre les institutions visqueuses,
contre les cadres défaitistes
contre les courtiers
louches et hypocrites.

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Pier Claudio Pantieri, Mercato Ortofrutticolo, Forlì, depuis un
article de Giancarlo Gatta, Forlì, publié sur Archiwatch de Giorgio Muratore

II
À présent
sous le poids des angoisses
des désirs inarticulés
je me découvre vulnérable,
un contestataire solitaire
incapable de hurler.

À présent
je voudrais caresser avec fougue
la fuyante sirène
de mes rébellions stériles
de mes envies de révolte
gravées sur le film transparent
de ce passé-là
de ces jours-là
de ces années difficiles
explosant
en silence et en retard
au milieu des pas trépidants
de ces échos moribonds
qui jamais ne mourront.

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Un tableau de Michelangelo Antonioni, photo empruntée de Archiwatch
de Giorgio Muratore

III
Gribouillant je m’achemine
sur une terre vallonnée
m’agrippant au mirage
d’une vie de devoirs solidaires
de routines courageuses.

Zigzaguant j’avance
en oubliant l’adresse
de mon escargot farci
de force et de faiblesse.

Au milieu d’une nature hostile,
dans l’ouverte campagne
menacée par une tempête
je ne m’abandonne jamais
je ne me glisse pas dans un lit
de fourmis et de vautours.

À l’improviste
au-dessous des étoiles,
la musique des gitans
va m’octroyer — ô conquête ! —
le côté étrange des choses.

À l’improviste
mon corps est capable
de prouesses infinies
je deviens riche
attentif, respectueux
désireux de mystères.

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Photo empruntée de Archiwatch de Giorgio Muratore

IV
Zigzaguant au-dehors,
le voyage dans la vie
se nourrissant de stupeur
de réflexion et de hasard
a brisé brusquement
l’intimité
l’introversion pathétique
du jeune homme
précocement pensif
que je fus.

C’est bien dur le trajet
d’entamer à penser,
de ne cesser dorénavant
de m’interroger,
de jeter des percées
de lumière jaune
sur l’exténuant manichéisme
d’un monde
qui a perdu le courage
de briser l’inconnu
qui néglige la dialectique
qui sait juste déraper
vertueusement
entre noir et blanc
bon et méchant,
moral et immoral,
honnête et malhonnête,
paresseux et travailleur.

Au long de la route
de mes trente ans,
je vais devenir,
peut-être, un
HOMME.

Giovanni Merloni

(1) Cette poésie naît d’un brouillon poétique de 1975, que je viens de retravailler, parallèlement, dans les deux langues de ma vie : l’italien maternel et le français d’adoption. À cette réécriture a d’ailleurs contribué, inévitablement, l’expérience de la vie, les nombreuses épreuves qui souvent ont confirmé au fur et à mesure ce que je ressentais alors sous forme de gêne indistincte ou d’intuition clairvoyante.

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