La nuit où dormir n’était pas possible (Zazie n. 35)

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001_fermare macchina def_19.05.2013 _740 Un de mes dessins qui inspirèrent François Bonneau pour le texte « Arrêter la machine di temps » (vases communicants juin 2013)

La nuit où dormir n’était pas possible

Les yeux écarquillés
devant l’image obsédante
d’une vitrine de bar
cassée par les coups
de la mitraille

la tête tournante
au milieu de ces gens familiers,
éternellement assis
à la terrasse de mon quartier

pourvu qu’ils restent assis,
du moins jusqu’à la fin
de leur conversation,
j’ai interdit mes oreilles
de se clore, et me suis entêté
à l’écoute des propos
et des rêves
qu’ils se confiaient
agréablement, fébrilement
avant que la rafale arrive
lâche, serpentant
au hasard des décombres
de la rue sombre.

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Un de mes dessins qui inspirèrent François Bonneau pour le texte
« Arrêter la machine di temps » (vases communicants juin 2013)

Les yeux ouverts
devant l’insoutenable défilé
de ces corps enveloppés
de cette liste de noms
et d’espoirs égorgés
j’ai rêvé, avec eux,
d’une Europe
réconciliée avec son histoire
décidée à cesser
de se plaindre
ou de prétendre

j’ai songé, avec eux,
d’un grand pays
travailleur
où les jeunes
s’engageaient promptement
pour le grand ravalement
des innombrables biens
que l’Europe détient
de Lisbonne à Mamaia
de Rovaniemi à l’île de Crète

j’ai passé en revue, avec eux,
une lourde liste de vieilles usines
éparpillées dans l’Europe
devenant par prodige
de nouvelles industries
ouvrant leurs portes
aux jeunes inspirés
enthousiastes, créatifs.

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Un de mes dessins qui inspirèrent François Bonneau pour le texte
« Arrêter la machine di temps » (vases communicants juin 2013)

J’ai imaginé, avec eux,
une Europe solidaire
avec de dignes patrons
des ouvriers assidus
des syndicats actifs
et responsables.

J’y ai vu, avec eux,
des lieux de travail
des débats
des grèves
des repos
des vacances
des voyages
à la découverte de l’Europe
de cet immense trésor
autour de nous
sous nos pieds.

J’y ai envisagé, avec eux,
des trains, permettant à nous tous
d’habiter n’importe où
de nous rendre
n’importe où.

J’ai ajouté, avec eux,
la banale hypothèse
de remettre debout
les villages reculés
abandonnés, détruits.

J’ai conçu, avec eux,
des Arts et Métiers
nous apprenant
à jouer de nos mains
sur d’autres claviers.

Enfin, j’ai fantasmé,
avec eux, au sujet d’une Europe ordinaire,
que l’ordi aiderait
à s’affranchir des pièges
de ses privilèges.

Ô combien je désire
me réveiller sous le ciel
d’une Europe
se réveillant à son tour
de ce long cauchemar américain,
d’une Europe sans armes,
pacifiste,
offrant à chacun un abri
un travail, une famille
l’insouciance des bistrots
des pizzas
des kebabs
des sushis,
des musiques du monde !

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Un de mes dessins qui inspirèrent François Bonneau pour le texte
« Arrêter la machine di temps » (vases communicants juin 2013)

Pour que nos frères humains
ne disparaissent pas en vain
j’ai rêvé un train de roulottes
où l’émacié Don Quichotte,
notre guide souverain
nous amenerait, bienveillant
jusqu’à l’abri sans appas,
mais confortable et sain,
des moulins à vent.

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

« A spasso, a braccetto », où s’en va-t-elle notre merveilleuse humanité ?

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Gandhi, Londres 1931

« A spasso, a braccetto », où s’en va-t-elle notre merveilleuse humanité ?

Depuis le premier jour que je suis devenu parisien, et bien avant de m’y installer, je me suis souvent répété, tel un talisman, la liste des choses qui faisaient de Paris la plus belle et agréable ville du monde.
C’était le métro… mais aussi les habitants de Londres ont le métro.
C’était le trottoir… mais combien de villes d’Europe, Berlin ou Copenhague, ont elles aussi des trottoirs confortables ? C’était le bistrot, alors ! C’était la fusion de ces trois richesses… Le métro, le trottoir, le bistrot… avec le monde qui jaillit de partout, qui remplit de vie tous les coins, tous les quartiers… dans lesquels on découvre la boulangerie, l’épicerie fine, le marché, le kiné, la retouche, Picard, Nicolas, et cetera.
Je n’ai pas quitté Rome que pour visiter le Louvre ou le Centre Pompidou. J’y vais bien sûr, assez régulièrement. En vérité, j’ai voulu me transférer définitivement à Paris surtout en raison de cette joie de vivre, à laquelle on est tous conviés, sans modération. Pour cet amour pour l’art et le spectacle, pour cette dimension cinématographique de l’existence, pour cette facilité de se promener n’importe où avec toujours la sensation d’être au centre, dans le vif d’un monde libre, dans la page d’un livre ouvert qui vous apprend toujours quelque chose…
J’étais étonné par tous ces gens « a spasso », comme nous le disons en Italie, se promenant par les boulevards, les rues et les ruelles de Paris, avec cette insouciance et cette hâte de brûler la vie dans l’expérience, dans l’échange, dans l’amour. Je n’avais jamais connu, de ma vie, une ville, que dis-je, une métropole plus vivante que Paris. Plus tolérante aussi, dans son effort constant de garder un équilibre entre ses différentes réalités territoriales, sociales et humaines.

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Et maintenant, aux derniers coups de ce 2015 d’apocalypse, je me trouve obligé à regarder Paris avec un différent regard, à devoir accepter, du moins pour une certaine période assez difficile, que Paris se trouve obligé d’arrêter son rythme, de ralentir l’enthousiasme de cette vague humaine, de reporter dans le temps son insouciance ainsi que son désir de liberté… Paris va-t-il ressembler alors à n’importe quelle ville d’Europe ? Va-t-on y retrouver le fatalisme de Rome, par exemple ? On nous dit qu’il faut être forts, qu’il ne faut pas avoir peur…

Chacun de nous est en train d’élaborer un plan d’attaque personnelle contre la peur ou pour mieux dire, contre la précise sensation, en ce moment critique, que personne ne se charge vraiment de travailler pour une solution nette et définitive qui neutralise ces terribles menaces à la vie de nous tous. Personne, ayant le pouvoir de faire quelque chose, ne semble vouloir aller jusqu’au bout de la réflexion tous azimuts que cela demande.
Donc la peur devient désormais la compagne de nos jours, de nos nuits, de chacune de nos sorties, de chacune de nos rentrées.
C’est un peu comme l’avion : tout le monde y affiche un air indifférent, se concentrant sur un magazine ou sur le cou parfumé de la voisine élégante. Et pourtant tout le monde se tait, auscultant le moindre bruit et la moindre défaillance, scrutant l’aile coupant les nuages, se jetant un peu d’oxygène sur le nez, touchant bois. Après l’atterrissage, quand l’avion se transforme en un bus chancelant, tout le monde retrouve le souffle et la voix. On entend alors quelqu’un rire, tandis que d’autres entament de petites discussions, ou alors ils s’abandonnent sur le dossier, finalement confiants et rassurés : « on a touché la terre ! on est encore en vie ! »
Et c’est inévitable, chaque fois qu’on monte à nouveau sur l’avion la peur revient, et parfois augmente… Pourtant, si on a peur de l’avion et que l’on peut se permettre un rayon d’intérêt de travail ou de loisir plus limité, on a le choix de renoncer à y monter, en dehors de circonstances uniques.

Après les attentats à Paris du 13 novembre, je n’ai pas honte d’avouer que j’ai peur, que je ne me sens pas en sûreté. Que j’ai peur pour mes conjoints, pour mes amis, pour tous les hommes et les femmes de tous les âges de cette merveilleuse ville où j’habite, et j’ai peur aussi pour tous les hommes et les femmes de tous les âges du monde !
Bien sûr, je suis d’accord avec Périclès : « il n’y a pas de bonheur sans liberté » et aussi sur son corollaire : « il n’y a pas de liberté sans courage ».
Bien sûr, il faut défendre la liberté, coûte que coûte. Donc il faut avoir du courage. Le courage de maîtriser la peur, de se mettre en jeu, même au risque de sa vie. Je suis d’accord, en principe, pour risquer ma vie pour un idéal et surtout pour me mettre au service d’une cause juste, logique, fondée elle-même sur une idée de liberté et de respect entre les humains. La République, par exemple.

La République est en elle-même la plus grande conquête que le peuple français ait su conquérir et bâtir pour en faire un endroit privilégié dont la civilisation, ne faisant qu’un avec la culture et le progrès, est le tissu connectif et la sève vitale.
Je ne crois pas que l’idée de république soit en elle-même incompatible avec les exigences du progrès économique et technologique ni avec une idée de richesse équilibrée et diffuse dans le territoire républicain.
Je ne crois pas non plus que la république, que le peuple français a choisie comme loi suprême pour défendre et développer sa propre civilisation, doive nécessairement rencontrer des obstacles ou des menaces dans l’idée de l’Europe, c’est-à-dire dans une plus vaste réalité territoriale, liant ses membres par des lois et devoirs réciproques. Et je ne vois aucune difficulté dans le fait que les états membres de la communauté européenne n’ont pas tous les mêmes caractéristiques institutionnelles, la même histoire, donc la même idée de civilisation.
Car en fait les règles de l’économie et du progrès, ainsi que celles de la communauté européenne, doivent être toujours acceptées et inscrites dans la réalité de chaque pays selon une dialectique qui est toujours garantie.
Si je ne me trompe pas, par exemple, depuis 1966 et jusqu’à la présidence Sarkozy, la France ne rentrait pas dans l’OTAN. Elle aurait été libre, peut-être, de n’y faire partie. Son statut particulier n’avait aucune conséquence, je crois, sur la pleine et convaincue participation de la France à l’Europe.
D’ailleurs, suivant une route complètement opposée, par exemple, à celle suivie par l’Italie, la France a créé un vaste réseau de centrales nucléaires sur son territoire, se rendant plus autonome que les autres pays de l’Europe vis-à-vis du chantage du pétrole.
L’économie française, comme l’italienne d’ailleurs, du moins jusqu’à la fin du siècle dernier, était solidement basée sur des principes solidaires, où le travail à temps indéterminé et la retraite étaient garantis à la plupart des travailleurs selon un circuit tout à fait vertueux.
Comme tout le monde le sait, l’économie britannique est beaucoup plus libérale et beaucoup moins solidaire. Cela n’empêche pas la France, l’Italie et l’Angleterre de faire partie toutes les trois de l’Europe avec plusieurs pays aux économies encore différentes.

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Je me suis posé très simplement ces questions parce que je vois franchement menacée l’idée républicaine en France et dans tous les pays d’Europe où elle s’est affirmée.
Parce que je vois le capitalisme financier international imposer partout ses règles impérialistes. Parce que je vois des pays riches ou mieux structurés et des pays pauvres et mal structurés dans la planète, mais je vois aussi un manque de volonté à réduire cette distance de plus en plus dangereuse. Parce que je vois une terrible ambiguïté dans le pouvoir qu’exercent la plupart des chefs de gouvernement du monde. Et cetera.
Je ne parlerai pas de ceux qui vendent les armes aux terroristes, ni de ceux qui en achètent le pétrole. Je préfère parler de tous ceux qui savent bien comment et combien les ennemis de notre planète et de l’humanité même avancent aveuglement, par tous les moyens, y compris désormais l’utilisation mafieuse de la terreur, sans se soucier de la destruction de ressources qu’on ne pourra plus reproduire, pour le profit unique d’une infime minorité de spéculateurs, aussi bestiaux qu’invisibles, qui ont pourtant un nom et, quelque part, une adresse physique ou électronique…

Depuis le 7 janvier 2015, Paris et la France sont devenus eux aussi des cibles de cette terreur aveugle. La mort affreuse et inacceptable de ces victimes innocentes aurait dû suffire pour s’interroger autour des raisons de ces attentats… Je me souviens de la manifestation du 11 janvier. Une immense manifestation de présence et d’impuissance à la fois. Cela nous avait déjà fait comprendre que tout le peuple français se sentait concerné. Dire « Je suis Charlie » voulait surtout dire « je sais bien que je suis moi aussi la cible de cette horreur ». La question de l’outrage à la religion, de l’éventuelle désinvolture des rédacteurs de la glorieuse revue n’avait rien à voir avec la gravité extrême de la situation. On attaquait la France parce qu’en Europe, en Occident, la France est le pays le plus déterminé, le défenseur le plus cohérent de la laïcité ainsi que de la nette séparation entre l’état et les églises de toutes sortes. En nom de ce principe, la France est arrivée même à oublier l’importance du catholicisme dans son histoire. Il a fallu des siècles, en France, pour que la tolérance s’impose entre la religion catholique, dominante, et les autres deux églises, juive et protestante, qui avaient ici un enracinement important. La Révolution française et la phase napoléonienne ont réussi à établir d’abord un équilibre, ensuite une séparation nette entre l’administration publique et l’Église catholique, qu’aucun autre pays d’Europe n’a jamais réalisée. Elle est assez différente, par exemple, la situation des pays qui optèrent nettement en faveur de la réforme protestante, comme l’Angleterre et la Hollande. Même si cette option a bien sûr donné vie à un équilibre intelligent entre le domaine civil et le domaine religieux.

En 2001, avec l’attentat aux tours jumelles de New York, on attaquait la capitale de l’Occident économique, l’unique puissance mondiale survivant à la guerre froide. Dans son extrême lâcheté et violence, c’était un geste presque impossible à reproduire. Mais déjà un avertissement évident pour tous les pays occidentaux.
Quatorze ans se sont écoulés, dans lesquels aucune réelle tentative de solution de la crise du Moyen-Orient ne s’est produite. Aucune tentative pacifique, je veux dire. Personne n’a envisagé de faire même un petit pas en arrière, personne n’a renoncé à participer aux petits ou grands avantages venant de l’exploitation du pétrole ou de la vente des armes.

Au contraire, les gouvernements occidentaux, les Américains en première ligne, ont essayé de modifier les équilibres existants se mêlant aux logiques complexes et difficilement contrôlables de ces pays, où le fanatisme religieux et la tyrannie de certains chefs empêchent a priori toute hypothèse de stabilité et de démocratie.
Tandis que le Moyen-Orient ne cesse d’être une poudrière, les Pays occidentaux, au lieu d’entamer une sérieuse offensive diplomatique, accompagnée de sanctions indispensables et de l’interdiction absolue de la vente des armes dans tout ce contexte, ils sont encore là, convaincus qu’ils exerceront un rôle positif quelconque…

En France, cette nouvelle vague de terrorisme soi-disant religieux, trouve malheureusement des adeptes. Obligeant de but en blanc ce pays — culturellement étranger et hostile à l’idée de la guerre et de l’utilisation de la force pour imposer ses lois — à faire front à deux terribles obstacles. D’un côté, aujourd’hui, l’EI, un véritable état terroriste installé en Syrie ; de l’autre côté, des groupes de jeunes kamikazes de nationalité française qui sont prêts à mourir aux ordres de ce même état terroriste.
D’un côté des gens qui n’ont aucune honte de détruire une à une les statues des temples de Palmyre, de l’autre côté des gens qui tuent d’autres gens assis dans un bar, dans une rue d’un pays qui n’est pas en guerre.

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Je crois que la peur, du moins une « peur active », soit légitime. Je crois que tous les Européens devraient partager cette peur, indispensable à ouvrir les yeux. Je suis convaincu que la conscience du risque de voir brisée notre identité d’hommes et de femmes pacifiques pourrait suffire à trouver une façon différente de s’en sortir. S’accrochant à une utopie, peut-être. Mais, lorsque la peur devient réelle, et que le temps manque, les utopies deviennent indispensables, comme celle de couper nettement toutes les complicités : plus de terroristes français aux ordres du terrorisme international ; plus d’armes françaises et européennes aux terroristes et aux pays terroristes. Comme celle de renoncer au pétrole payé avec le sang. Est-ce un défi trop grand pour nos sciences et intelligences ? Renoncer à quelques-unes de ces mensongères richesses ferait du bien à notre planète ainsi qu’à la santé de ses habitants.

Sinon, ne cessons bien sûr de sortir dans les rues. « Andiamo a spasso », « a braccetto », bras dessus bras dessous, essayant de nous convaincre que ce qui est arrivé ne pourra plus se vérifier…
« Mais, où s’en va-t-elle notre merveilleuse humanité ? »

Giovanni Merloni

Je viens de loin (Nuvola, 1971)

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Je viens de loin

Je viens de loin
d’innombrables
changements d’identité
d’histoires redoutables
que tu jugerais
absurdes, étranges, anachroniques.

Jamais je n’ai eu rien de fort,
hormis le besoin d’amour.
Jamais je n’ai eu rien de vif
en dehors de la peur
me donnant ce vertige
d’être seul, au tréfonds de la Terre
dans la gorge d’un noir précipice
qu’envahissent des odeurs infernales.

Même seul, je ne suis jamais seul,
entouré comme je suis de gens bien,
agréables et gentils,
seulement observant
au sujet de mon pessimisme
qu’il serait vain, exagéré, préconçu.

Selon eux, je n’ai pas raison.

Je n’ai pas raison, j’ai tort.
Je garde seulement
au fond de moi, le désir
de partir à la mer
d’étendre sur le sable un tapis
pour mes enfants,
de leur créer un petit nid
où tisser sans effort
la longue fable du ciel,
des oiseaux
des odeurs ancestrales…

Ou sinon nous nous tairons
parce que nous ne serons pas seuls
jamais vraiment seuls
tous les trois.

Ô combien je désire être ailleurs !
M’évader de ces gens qui bavardent
me laisser recouvrir
par les restes du pique-nique
par les courses des enfants
se prenant pour Indiens
par les tristes hurlements
de mégères implacables…

Chacun de nous possède
un interrupteur
pour ne plus entendre
pour voler plus haut
pour songer à ne pas penser
pour changer d’opinion
ou rester figé
dans l’absence d’idées,
pour se sauver dans les rêves
ou dans les souvenirs.
Pour compter deux et deux sans cesse
parce que nous sommes libres,
esclaves,
libres, esclaves
libres, esclaves.

La mort même
devient alors une bonne route
à entreprendre
pour ne pas entendre
de bruits de fond.
Devant ma paralysie,
les autres ont peur que je puisse
d’un bond ressusciter.
Je les pétrifie,
ils ne m’effleurent pas,
de la peur de gâter
cette ridicule attitude
de l’absence.

Si je ferme les yeux
pour être seul
et que les autres me scrutent
sans plus cacher leur gêne,
leur embarras pour ce fait divers
pour cette mort inopportune
qui les dérange,
en ce moment suprême
je m’en fous vivement d’eux.

Je peux alors sortir
de mon sarcophage
et leur faire le mystérieux cadeau
d’un sourire.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Telle une première hirondelle (Luna, 1979)

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Giovanni Merloni, 1994_2013

Telle une première hirondelle (1979)

Telle une première hirondelle,
le train transporte, sans odeurs,
le justaucorps bleu de la nuit
dans l’air épuré de l’hiver.

Je me vois sautiller avec lui
suivant le grondement des paroles
emprisonnées dans l’étui
de ma gorge.

J’en entends
l’écho, croassant ou aigu,
sifflant ou aveugle :
le temps et moi,
nous nous faisons des infidélités
si cette constance est fille de la paresse
si cette paresse est sœur de la douleur
si cette douleur…

Rien ne va, rien ne reste,
lorsque le train se visse
en spirale, tel un graffiti de fumée,
dans un colimaçon de stuc
où les amas des situations perdues
se confondent en milliers de lueurs
de visions incohérentes
d’instants enthousiastes
de couleurs ardentes
de chagrins uniques.

Et je revois la chronique,
le scénario fragmentaire,
le mythe de mon passé haletant,
dont je ris, médusé
devant ce temps déchiré
où ma solitude se sauve
dans un costume élégant,
où mes misères déraillent
dans le rêve du néant.

Avec l’allure d’un ivrogne,
le train avance, taillant sans effort
le ballon de caoutchouc et d’eau
du futur.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN  

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À la mer, 1975 (Ossidiana n. 67)

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jeanne moreauH

À la mer

Quand explose l’été, ils se croient déjà nus
mais ils sont habillés. Leurs chemins sont frayés
par l’ardeur de leurs pas sous les ombres des pins.

Tu effleurais le matin par tes feuilles légères
caressant ton élan d’une tunique crêpée.
En voyage, le vent s’engouffrant par la vitre
recouvrait bien de bruits. Tu parlais de chansons.

Quand explose l’amour, il ressemble à l’été,
et pourtant le soleil ne défait pas ses nœuds.

Descendant bien de marches on était malheureux.
Toi, nerveuse, badine, tu chantais que des mots.

Qu’il est sombre l’amour s’il explose dans un corps
surgissant à la vie ! À la vie qui s’envole
insouciante et légère comme une chanson.

Nous étions à la plage. Contre un ciel ennemi
des tordus parasols déguisaient nos corps nus.
Des amas d’algues mortes s’engouffraient à nos pieds
des journaux voletaient vers le fond vert de l’eau.
Au lointain, arborant des lunettes assez drôles
triste et belle, tu glissais dans les ondes
déjouant brusquement mes envies furibondes.

Qu’il est sombre et bizarre revenir, au couchant
aux cloisons désolées d’une cité malicieuse
parfumée de sagesse, tellement loin de la mer ! (1)

Giovanni Merloni

(1) Une journée à la mer sur la côte Adriatique en 1975. La ville est Bologne.

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

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Je le sais, tu espères (Luna, 1977)

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IMG_3002 Je le sais, tu espères

Saint-André
déverse un brouillard rose
dans le miroir de tes bras.
Le ciel bleu, puis céleste
pâle comme une fresque
a dansé léger, sans corps
autour de la silhouette exquise
de cette coupole grise
dessinée et effacée
par la brume et le soleil.

Je le sais, tu es blonde, comme la vie.

Mais j’ai voyagé
me perdant au milieu
de collines opaques. Bologne,
tel un bout de chair vive,
roule encore parmi les échos
d’arcades en pénombre.

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Je le sais, je peux bien te parler,
m’appuyer à cette pierre
sachant que Rome est là,
devant mes yeux chéris par le vent,
ressuscitée et impunie.

Elle est ici, toujours vague,
insouciante de ses mille couleurs
de ses mille lumières
elle ne jette pas de fleurs
dans ma flaque de larmes.

Je le sais,
traversant ses rues sombres
mon coeur vide, égaré
trouvera ses décombres.

Je le sais, la terre et le temps
séparent les soucis et les rêves
comme des objets oubliés,
des statues ou des rues.

Je le sais, tu espères.

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Giovanni Merloni

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Tandis qu’un homme à l’usée salopette (Luna, 1977)

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Sans aucune intention rhétorique, je dédie avec amour la poésie ci-dessous à tous ceux qui sont partis d’ici le 13 novembre dernier, sans penser nullement à la mort, n’ayant peut-être pas le temps de convier dans l’esprit leurs amis, leurs amours, leurs petites choses…

Tandis qu’un homme à l’usée salopette

Je m’attends à une danse sournoise
légère, angélique, en revanche visqueuse
des odeurs plus intimes.

Par courtoisie, mes dames, mes amis disparates
se rendraient sur les lieux de ma convocation
s’interrogeant douteux sur mes justes intentions :
est-ce qu’il entend nos pas en bas de sa maison ?

Si ce fait dont je rêve ne sera pas l’ultime,
le jour fatal de ma mort même, si tout s’écoulera
lors d’une après-midi violette et d’une brise sublime
et qu’un joli dessin de labyrinthes sans mystères
accueillera l’assaut de mes fertiles colères

si je pourrai encore aimer sans avarice
sans ambiguïté mes pauvres petites choses
cette fringale de la vie, en haut du précipice
grimpera, conquérant les châteaux, leurs délices,
s’effondrant dans la paix d’oasis silencieuses.

Lors d’un jour comme cela je me vois cultiver
attentif le jardin d’un amour vraisemblable
observant sans angoisse tous mes gestes affolés
mes fatigues, mes ardeurs

tandis qu’un homme à l’usée salopette
descendant du camion par un saut de jongleur
brisera la stupeur et le vide de la rue
déchargeant sur l’asphalte,
lentement, toutes mes choses.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

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TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN (« Le mie cose »)

Est-ce qu’on peut accepter une morale, laïque ou religieuse, où la dimension du remords soit abolie ?

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Déjà au lendemain du 7 janvier on n’était plus tranquilles, dans cette merveilleuse ville de Paris où, depuis des siècles, tout semblait être fait pour assurer le maximum de possibilités à ses habitants.
Avant ce monstrueux début de l’année 2015, je voyageais dans le métro et me promenais dans ses méandres infinis avec une joie que je n’avais éprouvée nulle part, même à Rome… Dans les sous-sols de Paris, j’ai oublié mon habituelle claustrophobie au nom d’une simple idée personnelle qui pourtant me rassurait : le métro va à la rencontre des exigences de tout le monde, donne la chance à n’importe quel habitant de l’île de France de se déplacer librement, économisant énormément de temps et d’argent vis-à-vis du déplacement en voiture, par exemple. En plus, le service est impeccable. On dirait qu’un chauffeur vient vous récupérer à la sortie du cinéma ou du théâtre pour vous ramener depuis une banlieue située au Sud jusque de chez vous, habitant par exemple une banlieue située au Nord et vice-versa.
Le métro fait d’ailleurs vivre les bistrots, donnant à chacun la possibilité de faire une pause, rien qu’en sortant sur la rue ou sur le boulevard. Pendant les promenades en dessous de cette immense ville pleine de vie on découvre et l’on apprend à aimer une ville souterraine qui appartient à tout le monde, qui n’exclut personne. Le métro n’est pas un privilège pour les riches ni un ghetto pour les pauvres. Et cetera.
Au contraire, le voyage à travers Rome ou Milan, au sous-sol comme à la surface, est une aventure assez incertaine qui prend beaucoup de temps et qu’on ne vit certainement pas dans un pareil état de gratitude. Oui, gratitude à une grande civilisation ainsi qu’à des gens qui travaillent continûment pour nous assurer un déplacement assuré. Un rythme prévisible, grâce auquel nous pouvons tranquillement bâtir nos engagements et nos rendez-vous indispensables, comme c’est le cas de Paris.

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Après le 7 janvier, j’étais convaincu que bien sûr le Gouvernement, la Police, la Mairie travaillaient encore plus dur qu’avant, pour nous assurer encore, en dépit de ce qu’il était arrivé avec les deux attentats, insupportables et consécutifs, une certaine tranquillité.
À Paris, je voyageais sans penser, comme il m’est au contraire arrivé souvent en Italie, « à la bombe » ni « aux fusillades ». J’étais confiant non seulement dans l’organisation et dans les mesures de sécurité préventives, mais aussi dans le respect de tous ceux qui profitent du métro, du bus, des bistrots, des bureaux de poste, et cetera. Un respect qui se soudait, à mon sentiment, avec un primordial esprit de solidarité et de partage de ces « biens communs » que nous héritons tous de nos ancêtres géniaux et travailleurs.
Or, dans l’après-midi de ce vendredi 13 novembre, j’ai pris le métro pour me rendre chez mon chiropraticien, ayant son cabinet à côté du pont-viaduc de Passy. J’y suis arrivé par la ligne 9, de RÉPUBLIQUE à TROCADÉRO. À cette station, j’ai emprunté la ligne 6, direction NATION, pour descendre à la première station, PASSY. Normalement, vu la longueur du parcours et la facilité de trouver une place assise à République, j’en profite pour lire (et noter avec un crayon) quelques-uns de mes livres, que d’habitude j’aime et maltraite à la fois. Ce vendredi 13 j’avais dans la poche « La conscience de Zeno » d’Italo Svevo, que je suis en train de relire en français. Mais, je ne sais pas dire pourquoi, je n’ai pas eu envie de lire, même pas une ligne. J’ai passé tout le temps à regarder les gens qui montaient et descendaient, les passagers qui m’entouraient, étonné de cet étrange silence qui avait touché la totalité des occupants de la rame. Un silence qui ne se séparait pas d’une indicible pesanteur des visages se mutant en gueules renfermées en elles-mêmes. Comme si tout le monde était plongé dans une pensée fixe. Comme si pour tout le monde la pensée eût été la même. Au retour, dans la ligne 9 il y avait encore autour et devant moi cette angoisse souterraine, cette absence de gentillesse, ce manque des petites complicités qui sont propres du métro parisien. Même l’accordéoniste qui répétait d’une rame à l’autre la célèbre chanson de Renato Carosone « Tu vuo’ fa’ l’americano » (« Tu te prends pour un Américain ») se perdait dans un vide sans écho. Je suis descendu à FRANKLIN ROOSEVELT pour allonger le parcours dans l’espoir de trouver plus d’animation dans la ligne 1… que j’ai occupé pour le trajet bref entre le Rond Point et la glorieuse station PALAIS ROYAL MUSÉE DU LOUVRE. La ligne 1 aussi paraissait endormie, recouverte d’une couche de mélancolie sans nom. Sorti de la rame, j’ai alors rattrapé ma ligne préférée, la 7, la lente et bringuebalante ligne 7 avec sa population connue et ses carrosses inchangés depuis dix ans ou plus. Mais dans la 7 aussi le cœur de Paris avançait péniblement, comme si tout le monde (ou quelqu’un en particulier) était en train d’entretenir un cauchemar dans sa tête.

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J’avais vu plusieurs fois de ma vie ces attitudes graves, cette nervosité à fleur de peau lors de mes voyages en train entre Bologne et Florence, par exemple, au lendemain de l’attentat de 1974 au train Italicus… Et aussi dans le bus que j’attrapais au vol, à Rome, entre 1977 et 1978, au temps des fréquents attentats des Brigades rouges. Un sentiment de fatalisme ne faisant qu’un avec l’espoir que du moins la bombe ou le coup de revolver n’éclate pas justement dans le moment où nous sommes là, mais aussi avec la conscience que pour la bombe il fallait une raison crédible tandis que les fusillades auxquelles on nous avait habitués avaient toujours de cibles précises. Bien qu’il y avait eu, à Bologne Francesco Lorusso (11 mars 1977) et à Rome Giorgiana Masi (12 mai 1977), deux victimes que des « balles errantes » avaient tuées…
Je ne me prends pas, à mon tour, pour un Américain, ni pour un clairvoyant non plus. Je ne pouvais pas prévoir ces sirènes continues et insistantes qui ont rempli d’interrogations et de peine mon boulevard pas loin de République à commencer de 22 h de la nuit. Mais le voyage de RÉPUBLIQUE à PASSY ne m’avait pas plu, si j’ai ressenti la nécessité de rejoindre le parapet de la voie Georges Pompidou pour prendre quelques photos du hardi Pont de Bir-Hakeim et de la Tour Eiffel, splendide au couchant. Et si, sortant du métro à la sortie Strasbourg, malgré le ciel déjà noir, j’ai voulu faire le parcours plus long pour atteindre la boulangerie Liberté rue des Vinaigriers. Je ne pourrai jamais oublier le poids de cette promenade passant d’abord devant la redoutable armurerie en face de la Gare de l’Est, empruntant ensuite la rue des Récollets pour déboucher sur le coin du fameux bistrot de l’Atmosphère et plier enfin dans la rue Sampaix, ou rue « sans paix ».

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Maintenant, comme tous les Parisiens, je ne suis plus ce que j’étais hier. Je suis un être intimement blessé et meurtri. Ils me manquent, tous ces visages que je m’efforce d’imaginer. Ces silhouettes de gens normaux et spéciaux à la fois qui se sont rendus au Bataclan ou au Stade de France ou alors se sont tout simplement assis dans la terrasse de ce bistrot spartiate et pas cher du tout où je me suis assis une fois moi aussi. Ils me manquent tous ces espoirs individuels ou partagés ou collectifs qu’une main sans âme et sans religion a coupés sans hésitation, on dirait machinalement, avec la précision idiote d’un robot.
Quel est le virus qui a corrompu l’ordinateur terrestre ? Ou alors, plus franchement, pourquoi donne-t-on des armes à des gens qui n’ont pas la sensibilité d’évaluer les conséquences de leurs gestes, qui ne savent pas se repentir ?
Est-ce qu’on peut accepter une morale, laïque ou religieuse, où la dimension du remords soit abolie ? Bien sûr que non. Pourtant, les questions se multiplient, hélas, tandis que le temps passe et les hommes qui vivent d’un travail honnête, ceux qui ne toucheraient même pas à une mouche, commencent à voir de plus en plus inefficaces l’indignation, la rébellion non violente, la pacifique manifestation au soutien d’une société démocratique, républicaine et solidaire.
Tout ce qui était à mon avis une conquête — la civilisation avec ses « privilèges partagés » — et le respect-amour pour cette même civilisation risque de devenir une limite, un piège, une coulpe aussi.
C’est justement à cette dérive qu’il faut se rebeller. Parce que c’est là que réside la barbarie.
Giovanni Merloni

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J’avais déjà posté l’article ci-dessus quand Michel Benard m’a envoyé une poésie qu’il a écrite… dans le même après-midi que je viens de revivre avec vous. Tandis que je vaguais dans un état de marasme sans nom, dans un autre quartier de Paris, la sensibilité extraordinaire de mon ami poète vivait dramatiquement, en avance de quelques heures, ce qu’il allait se passer juste à côté de nous.
G.M.

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Les villes du désert portent leurs deuils (1)

Les villes du désert
Sous des vents de sable incertains
Que profanent des nuées
Barbares en hordes inféodées
A un « dieu » diabolique,
Portent leurs deuils
Sous les bannières noires du désespoir.
Le monde se réveille
Au seuil du néant
Dans un bain de sang,
Seul un vol de corbeaux
Passe indifférent au dessus
Des ruines calcinées
Par l’aveugle folie
De ce mépris des allégeances.

Michel Bénard

(1) Texte écrit à Paris juste quelques heures avant les terrifiants attentats de la nuit du Vendredi 13 Novembre 2015.

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Au bout des rues, 1975 (Ossidiana n. 66)

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Giovanni Merloni, Rigoletto (part.) 1991

Au bout des rues

Au bout des rues
d’une ville gravée à peine
le blanc sur le blanc
le noir sur le noir
le rouge sur le rouge
le violet sur le violet

soudainement s’entr’ouvre
une petite porte
laissant glisser
les flots innombrables
des couleurs
et des nuances

avec le mouvement
le bruit, l’excitation
l’ivresse
la surprise de ta robe
jetée sur mon lit,
de tes yeux
scrutant la fenêtre,
de ta bouche
savourant le silence,
de ton parfum
amadouant mon rêve.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

Aventure d’un Artiste Absorbé dans l’Abîme : un tableau de Franco Cossutta (Zazie n. 34)

001_tableau franco 180 Tableau de Franco Cossutta, 2015

Aventure d’un Artiste Absorbé dans l’Abîme

Franchise d’une Flèche Filant dans le Firmament
Rougeur de la Rouille d’un Remords Refoulé
Ancestral Astrolabe Arpentant l’Amitié
Noyau de Nuages Navigant dans les Nimbes
Cœur Crevant de la Colère Céleste
Océan d’Ogres Ornés d’Ombres.

Chaque Couleur du Ciel s’y Cache
Oubliant les Odeurs dans ses Ondes Obliques.
Seul le Silence Siffle sous ses Semelles
Sculptant ses Sillons dans la Scène Sidérale :
Ultimes Unités Ululant Unanimes
Trains de Tristesse Traversant le Tableau
Tambours Talentueux Taquinant les Tabous
Aventure d’un Artiste Absorbé dans l’Abîme.

Giovanni Merloni

Grazie, Franco, pour ce tableau dont je deviens propriétaire. Un hublot ouvert sur la nuit des étoiles, « tes » étoiles, faisant désormais partie, pour toi, de la route du potager ou comme nous le disons en Italie, « la strada dell’orto ». Un endroit encore plus familial que le comptoir du bar ou la planche reposant sur deux tréteaux où les toiles vierges t’attendent au passage. Merci de m’avoir convié au spectacle de cette sagesse matérialisée, infinitésimale et infinie à la fois. Dans ton esprit d’équilibriste sans filet ni corde raide, je retrouve la force de l’amitié, la simple beauté de la vie.
G.M.

P.-S. « Pourquoi avez-vous mis chaque fois quatre noms ou verbes ou adjectifs ? » Parce que j’espère, dans cet immense firmament de la vie, qu’il y a toujours le nord, le sud, l’est et l’ouest…

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