le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

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Archives d’Auteur: biscarrosse2012

Si la vie n’est qu’une lutte, 1974 (Stella n. 31)

31 jeudi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Stella

001_si la vie 01 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Si la vie n’est qu’une lutte

Si la vie n’est qu’une lutte
si les jours aboutissent
à de montées haletantes
au milieu de pierres rugueuses

Si, parmi les rides
de la terre, les glycines
grimpent
jusqu’à nos lèvres
avec leur parfum
ressemblant à nos haleines

Si la vie c’est la rencontre
de nos corps
humides dans la pluie,
sèches dans le sable,
brûlants dans les draps

Si la vie c’est toi,
le temps s’allonge
tandis que la raison
mesure l’anxiété
sans l’arrêter
ou alors
le temps raccourcit
tandis que l’espérance
dessine l’itinéraire
pour atteindre ta porte

Si tu demeures à jamais
cachée derrière
ton regard solitaire,
accoudé sur une nouvelle vie

Si la vie est ton pas
rapide, ton nuage
de trophées  d’amour

Si je renais
dans un lit
de glace liquéfié
et que je te souris
et m’approche de toi
sans traîner la jambe…

…te voici !

002_si la vie 02 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Tout comme depuis un lit nuptial
comblé de fleurs roses douceâtres
tu jaillis circonspecte, silencieuse,
timide, en attente :
je crois en toi.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Une famille (Nuvola, 1970)

30 mercredi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Nuvola

001_la lavandière 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Une famille (1970)

Il était une fois
une lavandière analphabète
aux mains rouges sillonnées
au visage blême de Cendrillon,
toujours seule dans sa baraque
avec cette peste de son fils.

Quand le mari rentra
— un ogre aux dents tordus
à l’haleine pesante
à l’arrogance gitane —
la lavandière commença
à trembler,
s’apercevant
qu’à force de laver
elle avait oublié, une fois
de plus, de cuisiner.

— Est-il possible ?
hurla l’ogre-cochon,
tout en menaçant sa femme
avec un énorme jambon.

Entre-temps,
tout en pissant,
l’enfant pleurait
désespérément,
tandis que le téléphone sonnait,
qu’une fuite d’eau envahissait
le plancher, où des barques
de papier de journal
naviguaient,
et que la lavandière
(ne sachant
ni lire ni écrire)
pleurait
tout en s’écriant :
— Idiot, idiot,
cochon d’un idiot !

001_la lavandière 180 NB

Giovanni Merloni

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avant l’amour – 1960-1965 ambra – 1966-1971 nuvola – 1972-1974 stella – 1975-1976 ossidiana – 1977-1991 luna – 1992-2005 roma – 2006-2014 paris
écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 30 juillet 2014

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Le calme adieu du vent, 1965 (Ambra n. 61)

29 mardi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_le calme adieu du vent def 740

Giovanni Merloni, 1991-2013

Le calme adieu du vent 

De milliers de balayeurs
passent au-dessus
sur ces feuilles de novembre
éparpillées dans la boue
triste adieu du vent.

La nuit, surprise par les pas
se ratatine dans les pâles néons
de rares vitrines.

Ils s’en vont. Peut les voir
juste quelqu’un qui se lève
qui s’étonne avec eux
découvrant les enseignes et les murs
encore là, inchangés depuis hier.

Dieu seul sait pourquoi
oui, pourquoi se sont-ils échappés
(comme des voleurs)
de cette assez laide pension
sans vue sur la mer ?

Ce sont deux ombres difformes
au départ, qui piétinent
au milieu des feuilles
leur mutisme matinal.

Cette ambiance de la rue
ne sait devenir ni adulte ni aimable ;
il n’est ni mort ni vivant
cet amour empêché
sans lits ni toits
et vraiment sont bien vides
leurs énormes valises.

Mal assurés, zigzaguant
autour des confins de l’aube
ils s’en vont les amants
du plein air, ils s’en vont
les habitués des heures de soleil
tout en cherchant
derrière le mur de la nuit
le calme adieu du vent.

Giovanni Merloni

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À présent, 1965 (Ambra n. 60)

29 mardi Juil 2014

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Ambra

001_à présent 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

À présent 

I
À présent, les marches
de l’escalier
entre toi et moi
ont augmenté.
À présent, on se comble
de mots, de la peur
que le silence nous tue.
À présent,
chacun de nous devient
inutile à l’autre,
chacun se perd
dans un cercle
de plus en plus froid
et lointain.
Et pourtant,
même dans nos mots
bien connus, arides,
de plus en plus idiots,
un élan sincère survit
envers ces jours lointains
(heureux, béats,
insouciants aussi),
quand les mots
se mêlaient aux baisers,
quand — te souviens-tu ? —
nous descendions
(moi, depuis Mars,
toi, depuis Venus),
chacun à la rencontre
d’un imparfait
inconnu.

II
« Je pensais alors à l’adieu
entre deux muets.
Je souriais à l’idée de deux statues
qui s’avouent l’une l’autre
des secrets inacceptables.
Je ricanais en imaginant
l’emportement
de deux malades
en train de lancer
leurs oreillers
contre le mur invisible
qui les sépare.
Je disparaissais dans la nuit
avare de mots, en nous
voyant, moi et toi,
en train de nous
effondrer,
comme les profils noirs
de deux îles,
dans la mer. »

Giovanni Merloni

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Une promenade à Villa Borghese

28 lundi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, mes poèmes

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001_villa borghese - copie

Ma ville à moi est une femme débraillée, malicieuse, s’allongeant dans une étreinte sauvage. Elle est une sorcière hypocrite, qui dort avec nous. Elle n’a pas vu le couchant, ni les premières étoiles, ni la mort rentrée dans les boulevards. Elle est rose, sereine, invitante. Même si elle n’a pas vu la mort, elle dort avec nous.
Hier, ignares de l’enchantement que nous allions violer, nous avons frôlé les statues de marbre et les haies touffues de Villa Borghese. Contre les pins — de grandes girafes aux écorces luisantes — les lauriers agitent leurs feuilles odorantes, tandis que nous retenons le souffle en nous effondrant dans les prés trempés par mille rosées. Étonné, je ne comprends pas le sens de cette lumière blanche. Dans cet étrange silence, je ne réussis même pas à t’effleurer la manche. En marchant sans émoi à côté de moi, tu fredonnes la sérénité, tu prêches la liberté, mais je ne vois pas de la fierté dans tes yeux, de la pitié dans tes vœux. Tu n’es que l’ombre mensongère de cette paix sincère. Je ne te crois pas, mais quand tu m’appelles depuis le bord de la fontaine, cachée derrière une colonne de lierre, quand tu me caresses par le vent de ton parfum (imprégné de pluie et de musc), ça coule, derrière toi, un irrésistible sillage : un soupir dans le gravier de l’allée, un salut bref dans une feuille morte, un baiser léger sur ta bouche fermée.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 28 juillet 2014

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Les chiens, je les rends à la pluie, 1965 (Ambra n. 59)

26 samedi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_cocco 2 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Les chiens, je les rends à la pluie

Personne, entre nous deux,
ne se repentit plus.

Personne ne cherche plus
les mots adaptés.

Personne n’attend
que le jour du présent
se couche, que le jour
du futur se lève.

Personne ne vit
jusqu’au bout.

Personne, entre moi
et toi, ne sait plus
ce que cela veut dire
espérer.

Personne ne trouve
le courage
de dire
que nous ne nous aimons
plus.

002_cocca a2 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Les chiens, je les rends à la pluie
pour qu’elle les trempe
jusqu’aux os.

Au vent, je rends ce train
qui m’a guidé ici, près de toi,
pour que tu me rendisses tous les jours
que tu m’avais volés.

Demain, quand je serai parti
sous la pluie
tu te rendras, timide,
près de la gare vide
tourmentée par le vent.

Sous cette marquise
fouettée par la brise
tu vieilliras
au jour le jour
de plus en plus seule
dans la pénible besogne
de compter
tous les jours perdus
de cet amour tordu
et que personne
ne nous rendra
plus.

Giovanni Merloni

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Le combat du rouge et du gris (débris des vases communicants n. 13)

25 vendredi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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vases communicants

Vendredi 4 juillet 2014 le texte suivant avait été publié, dans l’esprit des « vases communicants« , sur Métronomiques, le blog de Dominique Hasselmann, tandis que le texte à lui a été publié ici à la même date. (1)

Un de mes camarades de Bologne, F. C., s’amusait à dire, de temps en temps, qu’il « aimait le gris ». Dans son inspiration, le gris c’était la couleur de l’anonymat, de la fuite (impossible) des responsabilités. C’était la couleur aussi, peut-être, de « l’aureamediocritas », qu’un verre de vin ou une petite goutte de sang pouvait teinter de passions impromptues ouvrant la porte à des instants de rare bonheur.
À mon avis, ce camarade aimait (et probablement, aime encore) le gris en fonction surtout d’un parti pris et de son irréductible esprit de contradiction envers cette ville de Bologne, trop belle, trop humaine et trop colorée aussi. Je respecte son exagération, même si à ce sujet j’ai des idées tout à fait contraires.
Je considère le gris comme une condition inévitable, une donnée de la réalité — humaine et urbaine — dont on hérite. Comme les quatre murs où l’on naît. Le gris est d’ailleurs la « couleur de base » de Paris, la ville que j’ai enfin préférée à Rome et à Bologne.
Le gris des façades, des trottoirs, et en général des rues de Paris, donnerait raison à mon ami de Bologne : cette couleur de fond, ainsi qu’inévitable, se révèle en fait assez confortable. Un « plaisir de base » s’installe quand on y vit pendant longtemps et que l’on y savoure l’esprit indomptable. D’ailleurs, le gris est aux couleurs ce que la pomme de terre est aux saveurs. Si cette dernière doit sa suprématie à son absence (presque) de saveur et donc à sa disponibilité exquise vers une infinité de nuances merveilleuses et inattendues que certaines cuissons ou assaisonnements peuvent lui conférer, le gris ordinaire des architectures de Paris se marie parfaitement aux couleurs des décors et de l’improvisation quotidienne. On dirait même que le « gris de Paris » attend les autres couleurs au passage, pour s’en enrichir et aussi pour susciter la curiosité sinon l’admiration des passants.
Sans renoncer à sa physionomie unique, Paris sait s’embellir des couleurs de Picasso et de Modigliani mieux que n’importe quelle ville du monde. Néanmoins, elle sait aussi très bien profiter des petites touches, des créativités mineures, du talent diffusé qui jaillit souvent de la pure et simple nécessité de s’en sortir, dictée par les exigences du ménage familier ou tout simplement par le besoin individuel de se garantir un petit équilibre.
Je vais maintenant vous raconter une photo. Une photo que M. Jemmapes, un de mes amis parisiens habitant dans les parages de l’Hôtel du Nord, m’avait envoyée dans l’esprit d’une espèce de chasse au trésor. Jemmapes et moi (M. Valmy), nous avons la chance d’habiter, tous les deux, dans le même 10e arrondissement, « terrible et bruyant », qui prend alternativement le nom des « deux gares » (du Nord et de l’Est) ou de « Magenta » (le boulevard qui coupe brutalement le quartier en deux, reliant la place de la République à Montmartre).
Entre nos deux domiciles demeure la « petite Venise » parisienne, ce village tout à fait particulier (et diversifié à l’intérieur) se développant autour du canal Saint-Martin, le principal contrepoids vis-à-vis des grands axes haussmanniens (boulevard de Magenta, avenue de la République, boulevard Voltaire). Un véritable « poumon » naturel ainsi qu’un havre de paix à la dimension humaine qui a récemment engendré la transformation de la place de la République, devenue, elle aussi, oasis pour les piétons, ne faisant dorénavant qu’une avec le Paris du canal.

001_rue de Lancry 10.5 180 def

(10 mai 2014. Cliquer pour agrandir.)

Quand Jemmapes m’a envoyé cette photo concernant la rue de Lancry, d’abord je me suis perdu. Parce que ces arbres qu’on voit sur le fond, je croyais que c’étaient les platanes du canal près du pont tournant (et du célèbre Hôtel du Nord, pas loin duquel mon ami réside). J’ai même fait une descente sur les lieux avec mon fils, car je ne m’expliquais pas la raison de cette 2cv rouge orientée en sens contraire vis-à-vis du sens unique, obligeant les voitures à circuler en direction du pont. D’ailleurs, dans ma promenade, je n’avais pas trouvé, sur le trottoir de droite, cet énorme cône de glacier.
Ce n’est que le soir, en regardant mieux la photo, que je me suis aperçu que le point de vue du photographe était exactement à l’opposé du mien. Les arbres au fond faisaient en fait partie de cet autre havre de paix qui prend le nom de la station de métro consacrée à Jacques Bonsergent, le premier Français mort, en 1940, lors de l’occupation allemande… Rien qu’un triangle qui élargit la silhouette du boulevard Magenta, offrant aux passants la possibilité d’une halte pour de nonchalantes réflexions ou conversations debout devant le kiosque des journaux ou…
Il n’y a pas ici l’espace pour raconter l’importance, pour moi, de certains endroits de ce quartier ou de leurs noms. Je note ici juste des circonstances : après le nom République, j’ai appris en deuxième celui de Saint-Martin, en troisième celui de Bonsergent et en quatrième celui de Magenta. Ensuite, j’ai appris le sens intime de mots tels « les Garibaldiens » (ne faisant qu’un avec la rue des Vinaigriers) ou « l’Atmosphère » (ne faisant qu’un avec l’Hôtel du Nord et le pont tournant des rues de Lancry et de la Grange aux Belles).
Ces mots faisaient déjà partie de mon « indispensable » vocabulaire, bien avant que je m’installe avec ma femme dans l’hôtel Est en assumant le nom d’art de Valmy.
Depuis que l’on se connaît, Jemmapes et moi, nous nous sommes toujours donné rendez-vous près du pont tournant de la rue Dieu, dans le célèbre bar-bistrot de La Marine. Il descendait depuis l’hôpital Saint-Louis, tandis que moi je venais depuis l’hôtel Est par un parcours plus tortueux, à baïonnette, cohérent avec l’esprit de la glorieuse bataille de Magenta…
Et voilà le mystère expliqué. Avec cette photo, Jemmapes avait voulu tout simplement me donner un nouveau rendez-vous, en proposant un pont tournant situé presque à mi-chemin entre nos deux foyers.
Une fois découverte la bonne orientation de la photo, j’ai reconnu tout de suite, sur la gauche, la boulangerie où je me rends chaque fois que je trouve fermée celle qui est plus proche de chez moi. J’ai ensuite reconnu, petit à petit, les autres enseignes, ainsi que les vitrines et chaque détail d’un parcours que je pourrais faire aussi bien les yeux fermés.
Reste à comprendre la signification, le rôle symbolique de cette « intruse », c’est-à-dire de cette voiture au rouge joyeux qui s’écarte nettement du sanglant magenta…
Une voiture dans un quartier presque complètement reconquis par les piétons, les flâneurs, les coureurs à pied et en vélo, les familles en trottinette, et cætera.
Une voiture qui semble sortir du garage Citroën pour la première fois. Un véritable mirage, donc un oxymoron de la fantaisie photographique de mon correspondant. J’observe mieux. Je m’aperçois qu’ici et là le rouge est présent partout dans la photo. Si ce n’est pas le magenta, c’est le rouge de la casaque des Garibaldiens, le rouge des briques des tours de Bologne, le rouge du drapeau républicain…
Je n’arriverai jamais à comprendre le sens de la devinette que Jemmapes m’a proposée… Je ferme les yeux et je continue pourtant ma flânerie mentale dans ce quartier encore authentique qui, pour le moment, « joue » l’étalage de marchandises colorées, la plupart inutiles, avec le but modéré de capturer quelques passants, tout en gardant son esprit fier et fataliste…
S’il n’y avait pas ce typique fond gris ou grisâtre, on ne saisirait pas les petites différences entre les rideaux, les vitrines, les enseignes, les petites bornes du décor villageois.
S’il n’y avait pas le rouge républicain, créant un nombre infini de petites ou grandes provocations de la curiosité dormante en chacun de nous, Paris ne serait pas Paris.

P.-S. : J’étais déjà en train de jeter l’éponge, me déclarant incapable de dénouer la devinette proposée par mon ami habitant du côté de Jemmapes, quand j’ai finalement compris la raison de cette voiture garée à contre-sens, tant bien que mal, dans l’espace réservé pour les cyclistes. C’était pour s’acheter une glace d’une fameuse marque italienne que quelqu’un (un Italien peut-être) avait emprunté, dans un « blitz », cette 2cv rouge. Une bravade ! L’invitation de Monsieur Jemmapes avait donc un but très innocent : profiter d’une glace au bord du canal et précisément près de l’écluse la plus proche, pour y étudier, de façon scientifique, le principe « social » des vases communicants.

texte : Giovanni Merloni

photo : Dominique Hasselmann

(1) (vases communicants juillet 2014 avec Dominique Hasselmann)

Les objets inutiles, 1976 (Ossidiana n. 40)

24 jeudi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_belle bleu-rose iPhoto 180

Giovanni Merloni, gouaches juillet 2014

Les objets inutiles (1976)

Tes bras s’abandonnent
et tombent
comme des feuilles chaudes
parmi les objets inutiles
d’une chambre sans
lumière.

Les cris de la vie
et de la mort
(éclatés violemment
dans le petit théâtre
de notre étreinte
embarrassée)
vont aboutir,
à présent,
dans la lueur ferme
d’une lente promenade,
tout au long
d’un fleuve de neige
entouré d’arbres
jaunes.

J’engloutis
péniblement
la douleur glacée
impromptue
remplaçant
la joie foudroyante
de cette petite
force
retrouvée.

Devons-nous
confier notre chance,
ce désir aigu
de bonheur
au temps capricieux
ou galant homme,
impatient
ou patient ?

Et pourtant
(au jour le jour
feuille après feuille),
elle est sincère
cette bataille des corps
ensommeillés,
elle est indomptable
cette constance
qui nous pousse
à nous poursuivre
l’un l’autre,
à protéger
notre petite
bonne humeur,
à défendre
coûte que coûte
la paix orgueilleuse
d’une petite
affinité.

Ça ne sert à rien,
contre l’amour,
tout dessin sombre
ou schématique.
Toute hypothèse
de bon sens
(heureusement)
s’épuise, bien avant
de produire
des résultats.
Elle ne remplacera
jamais la solidité
et le charme
de deux mains serrées
au milieu des odeurs
et des profils nets
de la rue.

Nous apprenons
à accepter
que la vie amène toujours,
en promenade,
bien serrée contre son corps
souple et provisoire,
la silhouette définitive
de la mort. Le bonheur
n’est qu’un enchevêtrement
d’objets inutiles
et d’élans indispensables
que nous devrions
toujours
protéger
contre les pièges
invisibles
de la mort,
contre les illusions
inévitables
de la vie.

Giovanni Merloni

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Ne dis rien, 1965 (Ambra n. 58)

23 mercredi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

001_ne dis rien b iPhoto 180

Ne dis rien

La première chose
essaie de comprendre
le schéma du monde.

Puis, sans rien
dire, cloue trois
planches de bois,
couvre-toi
de sable et d’ivresse.

Puis, si tu veux,
mets-toi à pleurer,
ou alors rame.

Accroche-toi
à l’arbre,
au fil,
au train.

Ne dis rien.

Il suffit de se taire,
de laisser que ce soient
les autres
à parler.

Enfin, laisse
que la lumière rentre,
révélatrice.

Et, même si
tu auras perdu
tout ce que tu avais,
n’arrête pas de te taire,
ne dis rien.

Giovanni Merloni

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Je serai un nomade, 1965 (Ambra n. 57)

22 mardi Juil 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ambra

221_nomade 01 180

Giovanni Merloni, gouache juillet 2014

Je serai un nomade

I
Je quitte le lit
de plus en plus fatigué.
Je m’accoude sur la rue,
sachant déjà
qu’il ne m’excite plus,
le ciel, même
purifié par la pluie.
Je découvre
que cette violente lumière
ne m’invite plus
à savourer l’air du matin,
l’odeur de café
et de journaux.

Aujourd’hui, je ressens le poids
de millions de regards
comme le mien,
de millions de pas démesurés
qui se croisent sans façon,
d’innombrables énergies
qui se brûlent, sans prendre
le temps
de réfléchir ni de penser.

Aujourd’hui, renfermé
dans une nouvelle désolation,
j’éprouve presque de l’envie
pour ceux qui n’ont
qu’une façon d’être,
pour ceux qui vivent
une vie seulement.

002_frescona 180

Giovanni Merloni, gouache juillet 2014

II
Je serai un nomade
je me passerai de ces murs
j’oublierai
ces vitrines,
ces bancs publics
ces fontaines.

Ils me manqueront
nos pas
nos croche-pieds
nos pièges.

Je serai parti
pour chercher dans les ombres
nos ombres,
dans les rencontres
nos rencontres,
dans les baisers
nos baisers.

Je voyagerai
tout en retenant
le souffle,
dans l’attente
d’une petite voix
égale à la tienne
se frayant un chemin
inespéré
dans le lourd manteau
du silence.

Tu es la terre que je quitte
celle que je suis en train
de trouver.

Je partirai, inévitable-
ment. Entre-temps, ton image
(prisonnière,
sur la vitre,
entre la buée et la pluie)
se décolorera
doucement
en hommage à l’esprit
décadent
(qui m’avait anéanti),
que je vais, finalement,
abolir.

Giovanni Merloni

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