« Marchez, mes braves soldats » (Vers un atelier de réécriture poétique n. 16)

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« Marchez, mes braves soldats » (Vers un atelier de réécriture poétique n. 16)

152_« Marchez, mes braves soldats ! » (Avant l’amour n. 16)

Cher Giovanni,
C’est un exercice bien compliqué que tu m’as demandé !
Car chacun, évidement, écrit avec ce qu’il est ;
et qui suis-je, pour pouvoir dire qu’un texte devrait être autre que ce qu’il est ?
Première chose, à mon humble avis : ton texte est très bon. Tu peux le présenter sans rougir.
J’ai décidé de le lire, puis de le relire, comme si il s’agissait de l’un de mes textes : aurais-je gardé exactement le même rythme ? Exactement les mêmes vers ?
Je t’envoie en pièce jointe ton texte, avec ce que j’aurais changé (écrit en gras) si ça avait été le mien.
Il est question de détails, de propositions.
Je te le redis : tel que tu me l’as envoyé, je le trouve bon.
N’hésite pas à en discuter, à me dire ce que tu en penses.
Cher François
Merci du cœur ! Tes mots clairs et sincères me font vraiment plaisir. Mercredi je publierai cette poésie. Plus tard je regarderai attentivement tes propositions. L’unique chose qu’il me semble difficile à résoudre, c’est dans le passage : « d’idéaux fossoyeur ».
Je me demande si l’on peut dire « fossoyeur d’idéaux », pour désigner quelqu’un qui ensevelit les idéaux sans aucun scrupule…
Par conséquent, je me demande si l’on peut dire, poétiquement, « d’idéaux fossoyeur »…
Sinon je trouverai une autre solution.
Merci de ton aide vraiment amical !
…demain je publierai cette poésie.
Comme tu peux le voir, j’ai retenu quelques-uns de tes conseils et suggestions.
Merci pour les « sirènes » !
Cher Giovanni,
Je suis très heureux d’avoir pu t’apporter un regard extérieur sur ton texte.
(Et, oui, « fossoyeur d’idéaux » est une image poétique à la fois forte et très compréhensible !)
J’attends avec impatience la publication…
Je n’ai pas encore rencontré François Bonneau, ni à Paris ni à Poitiers, où il vit. Cependant, je l’ai eu une fois au téléphone et je crois avoir pu deviner un jour sa physionomie grâce à une photo qu’un miroir déformé avait drôlement transformée… Cela arriva lors de notre deuxième « vase communicant » (sur un total de trois), consacré à une histoire farfelue que chacun de nous avait proposée à partir des images que nous nous étions adressées réciproquement. Nous avons ensuite réalisé un « vase » plus poétique. En cette dernière occasion, nous nous imposâmes des contraintes plus strictes que dans le passé. Je ne sais pas si nos échanges ont été appréciés par les lecteurs. Ce qui est sûr et certain, je me suis toujours amusé dans ces échanges tout à fait anticonformistes avec François. Au-delà de l’estime pour son travail littéraire, dont je perçois quelques bribes significatives et poignantes à travers son blog « irrégulier », je ressens une incroyable affinité avec François pour ce qui concerne le rôle primordial que nous attribuons, tous les deux, à une vision décalée, voire ironique, de « l’action littéraire ». Oui, j’ai parlé d’action, de communication, de littérature qui s’ouvre de plus en plus à la société, le sourire sur les lèvres. À condition qu’il s’agisse d’une société libre, humaine, créative, républicaine… sans dictateurs ou fossoyeurs d’idéaux comme le « méchant » du poème-cauchemar d’aujourd’hui.
Merci à François Bonneau, qui a participé avec un esprit vraiment amical et solidaire au travail de révision de ce texte.

Giovanni Merloni

Révélation divine ou Etrange élégie (Vers un atelier de réécriture poétique n. 15)

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Viale Libia, Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Révélation divine ou Etrange élégie (Vers un atelier de réécriture poétique n. 15)

151_Révélation divine ou Étrange élégie (Avant l’amour n. 15)

Au Petit Caporal
Chère Marie-Noëlle,
Je vous joins la poésie ci-dessous. J’espère que vous l’aimerez, que cela vous donne l’envie de m’aider à me corriger ou à signaler les passages où ma langue à moi — une langue apprise au fur et à mesure de mon installation et intégration — semble inefficace…
Bonjour Giovanni
Je suis ravie de participer à la « fabrication » d’un recueil en français de vos poèmes.
En effet, je comprends bien que les petites « imperfections » de votre français qui sont pour moi, qui ne maîtrise aucune langue étrangère, un ravissement lorsque je lis votre blog, ne sont pas compatibles avec une édition « définitive »
Comme vous le savez, je ne suis pas une de ceux qui écrivent et publient chaque jour sur leur blog mais plutôt une lectrice des textes des autres. J’aime aussi la poésie, la lire et la partager…
J’entends bien qu’il ne s’agit pas là de « jouer à la maitresse d’école » et de corriger des « fautes », mais de faire des suggestions pour « améliorer » un texte dont vous restez le seul auteur et « maître ».
Je pense aussi que nous pourrions peut-être un soir nous rencontrer et parler de ce poème, sur lequel il me convient tout à fait de « réfléchir », de vive voix puisque nous avons une proximité géographique… que nous n’avons pas hélas avec d’autres amis de Twitter. Il s’agit là juste d’une suggestion…
……
J’espère que c’est un beau dimanche pour vous malgré la grisaille.
J’ai le cerveau lent alors ce fût un peu long… mais vous trouverez en pièce jointe mon document de travail : dans une première partie, des commentaires et suggestions, puis dans une seconde partie, une proposition, nécessaire pour plus de clarté au vu du fouillis de la première partie, pour un départ de réécriture.
…En attendant, je suis impatiente d’avoir votre avis et un retour sur vos réactions.
Quoi dire de la proposition de Marie-Noëlle vis-à-vis de cette poésie que je lui avais confiée sous le titre de « La rébellion de Dieu » ?
C’était, il faut le dire, une poésie tout à fait particulière, pour laquelle j’avais suivi une démarche différente vis-à-vis du « Chant du berger ayant perdu son troupeau », revue avec Élisabeth Chamontin, que j’avais au contraire beaucoup retravaillée par rapport à la première traduction.
Cette « rébellion-ci » avait été juste un peu corrigée pour en faire mieux ressortir les étranges significations.
La proposition de Marie-Noëlle constitue d’ailleurs une petite exception au milieu de la série des poésies publiées dans le cadre de cet « atelier de réécriture ». Parce qu’elle, tout en utilisant fidèlement mes expressions et mes mots, parvient à une traduction du texte italien plus efficace et mieux rythmée par rapport à ma traduction à moi.
Je suis donc doublement reconnaissant à Marie-Noëlle :
. D’un côté pour cette fidélité à l’esprit et à la lettre de mon poème tel qu’il avait été conçu il y a plus de cinquante ans ;
. De l’autre côté pour avoir accrédité une deuxième possibilité pour quelques-uns de mes textes poétiques, à laquelle je ne croyais plus : la voie d’une traduction alternative.
Dans ce cas spécifique, il est difficile d’établir des confins entre ce que j’avais traduit déjà moi-même et la façon avec laquelle Marie-Noëlle a su remettre les choses en place, si poétiquement. Donc, pour cette poésie, nous partageons la responsabilité de la traduction.
Mais je suis redevable à Marie-Noëlle aussi pour la proposition, de sa part, d’un mot-clé absolument stratégique : le mot « révélation », qui a finalement rempli de sens symbolique le nouveau titre de cette poésie d’aujourd’hui. Un mot qui résume en lui-même, pour l’expliquer, le sens d’un passage se déroulant assez obscur dans mon texte italien…
J’ai bien sûr rencontré Marie-Noëlle Bertrand au Petit Caporal (près du métro École Vétérinaire). On s’est tout de suite tutoyés, avant de constater que nos visions du monde actuel ainsi que nos sentiments de la vie sont très proches les uns des autres.
Je ne pourrais pas décrire ici Marie-Noëlle en dehors d’une sincère émotion et d’une estime sans bornes. Ceux qui ne l’ont pas encore connue en découvrant sa sensibilité et sa cohérence en seraient bien sûr étonnés… et confortés à la fois. Si dans ce monde dégradé et de plus en plus indifférent il y a de belles personnes comme Marie-Noëlle, il faut alors suspendre toute tentation catastrophique, croire dans la possibilité de remonter en haut, de travailler finalement pour une culture libre ainsi que pour un art désintéressé… La poésie nous a fait rencontrer. Espérons donc que la poésie puisse aider d’autres gens encore à s’aimer, à s’interroger positivement sur le sens de la vie dans une société qui refuse de s’arrêter ou de reculer, s’engageant, au contraire, pour assurer à la culture un rôle toujours central et stratégique…
Voilà, je n’ai fait qu’esquisser, de façon très incomplète, le portrait de Marie-Noëlle. Bibliothécaire depuis toujours, elle travaille dans une Médiathèque située dans la première banlieue à l’est de Paris, à la confluence de la Seine avec la Marne… Elle est très présente et active sur Twitter, où elle représente pour un grand nombre de blogueurs francophones un point de repère irremplaçable.

Giovanni Merloni

Pour ne pas penser (Vers un atelier de réécriture poétique n. 14)

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Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Pour ne pas penser (Vers un atelier de réécriture poétique n. 14)

150_Pour ne pas penser (Avant l’amour n. 14)

Je suis désormais dans une phase avancée de cette relecture et réécriture du recueil « Avant l’amour », en collaboration avec quelques-uns de mes correspondants de Twitter, choisis pour la plupart sur la base de leurs attitudes connues de bienveillance et patience envers moi… D’ailleurs, je l’avoue, je n’aurais jamais eu le courage de soumettre la « chair de ma chair » à des gens pressés ou trop éloignés de mon univers.
J’attends maintenant la réponse de juste trois correspondants pour atteindre le numéro 18. Je vous épargnerai donc les 9 poésies restantes, que j’essayerai moi-même de retravailler. Renforcé, j’espère, par cet important travail d’échange et acquisition d’instruments nouveaux qui devraient m’aider à avancer dans cette quête infinie d’une poésie plus… poétique en français.
La quatorzième personne que j’ai rencontrée est Ève de Laudec, une amie. On s’était connus juste le temps de s’adresser un sourire, lors d’une intéressante rencontre de blogueurs engagés dans les Vases communicants près d’une Médiathèque de Paris. Ensuite, on s’était réciproquement suivis. J’avais découvert avec admiration L’emplume et l’écrié, son blog, où j’avais trouvé de très belles et fortes poésies ainsi que des chansons tirées des vers d’Ève de Laudec. Pourquoi a-t-elle choisi ce nom d’art, « de Laudec », évoquant Toulouse Lautrec, la Gascogne et mon adorée Aquitaine ? Je ne le sais pas. Cette « invention » fait partie intégrante, je crois, de ce personnage, Ève, toujours riche d’enthousiasme et de joie de vivre qui traverse pourtant, de temps en temps, de moments de peine en raison de sa sensibilité extrême. Heureusement, pour elle et pour nous, elle a cette nature communicante, ouverte et franche qui l’aide à élaborer ses deuils avec les autres, qui deviennent spontanément ses amis… Je ne connaissais pas vraiment cette Ève-ci avant de la rencontrer « en vrai ». Cela a été déclenché par l’idée fulgurante d’exploiter ensemble, en occasion des « vases » de septembre 2014, une petite pièce à deux voix et quatre mains : « Hier est un autre demain ».
Moi, j’avais donné la voix et l’âme à Henri, un metteur en scène au seuil de la retraite… Elle, Ève, avait donné toute sa verve dynamique et son intelligence à Jeanne, une comédienne encore intentionnée à faire parler d’elle… Ce texte, peut-être trop long vis-à-vis de la taille des autres « vases », a été cependant une expérience très agréable pour nous deux. Bientôt, Henri et Jeanne se sont rencontrés, en se racontant leurs vies… Ensuite, Ève a connu les autres membres de ma famille et on a donc partagé nos réciproques joies et tourments. Car la vie n’arrête pas de bousculer et bouleverser les chemins de nous tous…
Lorsqu’on s’est rencontrés à La Marquise  de Tolbiac, près du métro Olympiades, pour travailler ensemble au texte de ces trois fragments ci-dessous, nous étions donc déjà dans la familiarité.
Juste après avoir publié une poésie consacrée aux bistrots — les seuls endroits, comme le dit bien José Defrançois, où l’on peut encore partager le simple et innocent plaisir de la rencontre entre êtres humains —, je suis particulièrement heureux, aujourd’hui, de constater combien a été productive et stimulante ma rencontre « de travail » avec Ève, dans le coin reculé d’un bistrot ordinaire… Il est vrai que durant trois heures de colloque elle m’a signalé, à l’intérieur de ces trois fragments poétiques, une série d’éléments qu’on n’aurait pas pu affronter par lettre. En dépassant les éventuels tabous liés à l’expression poétique, avec son attitude nette et bienveillante à la fois, Ève n’a fait que toucher des éléments que moi-même connaissais déjà — sans l’admettre — comme défaillants, ou lourds, ou inappropriés. En même temps, elle a été totalement respectueuse de mon parcours. C’était à moi de traverser le petit désert ou la grande flaque ! Et je l’ai fait, le soir même, obtenant le prix presque immédiat de son approbation :
« wouahhhh! C’est la même mais c’est une autre! J’aime beaucoup cette nouvelle version, bravo, poésie personnelle et musicale !… »
Vous verrez, en vous rendant aussi sur la version précédente, qu’il s’agit de petits éléments, pourtant décisifs dans de courts poèmes marquants le passage de l’adolescence à l’âge adulte.
Merci du cœur, Ève !

Giovanni Merloni

Des guitares sans cordes (Vers un atelier de réécriture poétique n. 13)

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Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Des guitares sans cordes (Vers un atelier de réécriture poétique n. 13)

234_Des guitares sans cordes (Atelier de réécriture, Avant l’amour n. 13)

J’ai tant tardé
J’ai tant tardé, remis à plus tard, presque été tenté d’abandonner souvent.
Pas par paresse cette fois, mais plutôt par humilité.
Qu’ai-je à faire ici, moi à l’intelligence si peu déliée ?
Qu’ai-je à faire ici, moi pauvre lecteur ?
Enfin, qu’ai-je à faire ici, moi qui ne sais que bâtir que quelques phrases à coups de truelle malhabile ?
Je ne sais ce qui m’a pris d’accepter si vite ce « défi » que vous m’avez proposé. Un moment de folie, d’inconscience…
Pourquoi d’ailleurs prendre comme un défi ce que vous me proposez comme une simple lecture, juste « un regard extérieur » ?
Pourquoi prendre comme un défi ce que je devrai prendre comme une marque d’amitié, de confiance ?
Pourquoi ?
Parce que mon univers n’est habité que par la compétition : toujours plus de résultats, de performances, d’objectifs sans cesse plus ambitieux. Une course perpétuelle, éreintante. Une course inutile.
Voilà aussi pourquoi j’ai hésité si longtemps, la crainte de ne pas être à la hauteur. De vous décevoir, de me décevoir une fois encore. Retrouver le chemin, revenir après de si longues années, revivre avec les mots, les scruter, les disséquer. Les travailler au corps, en extraire l’essence.
Oh, bien sûr, les mots sont toujours là, des milliers de mots lus chaque jour. Des mots puisés à cette source intarissable qu’est internet. Des livres aussi dévorés chaque nuit, des nuits de plus en plus courtes.
Des mots rencontres. Des mots ambiances. Des mots sons. Des mots odeurs.
Des mots univers.
Des mots plaisir.
Parce qu’il s’agit bien de cela n’est-ce pas ?
Le plaisir. Le plaisir de l’échange. De la découverte de l’autre.
Je vous vois dans cette pièce au plafond si haut, assis dans la pénombre que n’éclaire que l’écran de l’ordinateur. Je vous vois, le chapeau vissé sur la tête, travaillant à je ne sais quoi. Un instant saisi. Une image qui s’est imprimée en moi. Une image qui revient à chaque fois que je vais « chez vous ». Un portrait inconscient ?
Peut-être est-ce portrait inconscient que vous avez de moi qui vous a poussé à me soumettre ce texte. Vous saviez Giovanni, vous saviez que vous me toucheriez en m’offrant la lecture de cette poésie.
Vous saviez que les bistrots font partie de mon univers, un univers-monde.
Un théâtre où chaque acteur a sa place marquée, ses répliques sues par cœur. Un univers-monde ou peut-être un monde protégé de l’extérieur par la vitre épaisse. Le brouhaha des voix du matin par-dessus le sifflement aigu de la machine à café. Les mots de rien échangés dans le matin encore pâle. Le courage qu’on se souhaite, phrases machinales échangées à chaque entrée ou sortie d’un compagnon.
Une partition jouée mille fois, pas de fausse note, peut-être seulement un peu le regret de ce matin identique à celui de la veille. L’espoir brisé d’une renaissance possible.
Et puis la journée d’avancer, croire encore qu’autre chose est possible. À la terrasse, savourer un instant de flâne, écouter bruire la ville alentour.
Plus tard, d’autres partitions encore. Une symphonie pour vie mineure, des rêves perdus dans les volutes bleues, un œil las qui plonge dans l’ombre offerte. Plus rien que de factice. Une journée de plus….ou de moins.
Il ne manque que la mélodie, la guitare sans corde accompagne les heures, des notes à écrire, les doigts glissent sur les cordes invisibles, suggèrent les couleurs à poser.
Du gris de l’univers-monde monte la voix chantante et l’exotisme du poète.
On est là, les lieux sont connus et pourtant différents. Un monde effleuré du regard, un regard juste. Un regard que le passage d’une langue à l’autre aiguise.
Les mots ne meurent pas après avoir été gravés dans un livre. Chaque page imprimée est une chance à vivre.
José Defrançois
Saint-Hilaire-Cottes, le 18 février 2015
Cher José,
je suis très ému. Votre lettre est beaucoup plus importante pour moi que n’importe quel commentaire « technique », que d’ailleurs je ne cherchais et ne cherche pas.
Dans vos mots tout est dit. Ils vont au-delà de la réponse à mon invitation, car ils évoquent l’essence des rapports humains, en dehors des contextes et des occasions de discussion autour d’un objet spécifique quelconque.
D’ailleurs vous avez lu mon texte sans y trouver des mots ou des passages inappropriés (sauf ce « à » que je vais insérer à la place du « dans ») et je vous en remercie du cœur, parce que j’avais besoin exactement de cela : être rassuré !
P.-S. Oui, c’est vrai, le texte d’origine était vraiment très différent. Comme vous le dites bien, un fragment. Juste cette idée des guitares désaccordées (devenues guitares sans cordes), un bar et une lune.
Cette idée minuscule aurait pu engendrer d’autres choses aussi. Mais, cette fois, en réécrivant la poésie ici, à Paris, je ne pouvais pas décoller mes yeux de certains bistrots et bars de mon quartier ou, en tout cas, de ce lieu incroyable et merveilleux, Paris, qui finalement « s’éveille » en moi !

En guise d’introduction à son blog, le 5 novembre 2011, José Defrançois écrit : « Je suppose que chaque personne qui a ouvert un jour un blog s’est posé la même question : pourquoi ? Ma seule réponse est : pourquoi pas ? Après tout, le risque n’est pas bien grand. La fréquentation assidue des bistrots m’a donné le goût pour ces petites conversations faites de tout et de rien. Le goût pour ces mots simples, de ceux que l’on considère souvent comme étant sans importance et qui pourtant sont le lien entre des personnes d’horizons divers que l’on ne rencontrerait pas ailleurs qu’en ce que je considère comme étant les derniers lieux de convivialité (encore que…là aussi les choses sont en train de changer) »…
Non seulement pour cet amour commun pour les bistrots, je me rends toujours avec plaisir dans le blog de José Defrançois, Les pages du petit bonhomme, où se déroulent plusieurs formes d’expression et de communication parallèles : une sorte du journal, très vivant et sincère ; une espèce de revue musicale qui se charge de présenter l’actualité de façon tout à fait dépouillée des artifices et des superstructures ; des exercices littéraires comme « instanta-tweets » ainsi que des témoignages poignants.

Giovanni Merloni

Banlieue, rhapsodie triste (Vers un atelier de réécriture poétique n. 12)

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Banlieue, rhapsodie triste (Vers un atelier de réécriture poétique n. 12)

148_Banlieue, rhapsodie triste (Avant l’amour n. 12)

Trop blanc !
Je fréquente toujours avec plaisir le blog de Nicole Peter, Passages, déjà en raison de son nom séduisant et accueillant aussi. Nicole Peter, à son tour, m’honore de ses visites régulières et pleines d’humour… Pourquoi utilisé-je ce terme « humour », avec ce peu d’éléments que notre « société d’inconnus fraternels » nous offre ? Je ne sais pas. C’est une intuition. Elle aime le paradoxe, tout comme moi aussi je l’aime. Elle démystifie même les colonnes portantes voire les clichés les plus enracinés dans nos esprits obéissants, par exemple Le Corbusier. Oui, elle a le courage — que j’admire, bouche bée — de dire qu’à la fameuse Ville Savoie il y a « trop blanc ». Si je pense combien d’années de timidité et de résignation avons-nous vécues dans la stricte observance de cette « clarté » qu’on ne pouvait pas mettre en discussion… devant cette « rationalité » légèrement abstraite ayant la présomption de tout maîtriser ! C’est grâce à Nicole que je me suis rendu dans le blog-encyclopédie de Giorgio Muratore, où j’ai trouvé, entre autres, un intéressant reportage sur les « larmes de Le Corbusier ». Je ne peux pas le traduire ici, mais là aussi on respire un air salutaire de désacralisation, comme dans l’article de Nicole Peter.
Je crois que ce même esprit l’a guidée lorsqu’elle a dû se confronter avec les poésies un peu naïves de mes 15-16 ans… Elle est bien sûr une sévère et brillante professeure de lettres. Mais…
…Je suis désolée d’avoir mis du temps à vous répondre, mais cette mauvaise grippe a du mal à passer… J’ai mis quelques suggestions dont vous pouvez tenir compte ou non… sinon les points ? correspondent à ce qui ne me semble pas très clair en français et comme je ne connais pas l’italien je ne vois pas à quoi cela correspond.
J’ai mis des majuscules à chaque début de vers, je trouve que c’est plus esthétique pour un poème.
Voilà ce ne sont que quelques remarques sinon le texte passe bien.
Nicole Peter
(Pour l’intérêt des lecteurs, je fais aujourd’hui une exception vis-à-vis des précédentes poésies « retravaillées ». Cette « rhapsodie » étant très simple et même élémentaire à l’origine, les observations de Nicole Peter ont été ciblées et discrètes. Elle a marqué juste quatre passages :
1) Il pleut depuis longtemps…
« J’aurais tendance à supprimer « depuis longtemps »»
2) Arrête les voitures silencieuses.
« Les voitures sont-elles silencieuses ? »
3) Dans les quatre vers suivants il y avait effectivement une descente dans les caves pas trop claire, que Nicole Peter a mis en évidence par un point interrogatif.
«Maisons empilées
Pour des courses affolées
Jusqu’au bout
Des caves. ( ?) »
4) Le monde meurt et renaît
« Le monde disparaît puis renaît »
Ces remarques ponctuelles ont suffi a déclencher une réécriture de ma part, qui est allée même aux delà de ces passages.)
Chère Nicole,
merci d’avoir réveillé la belle au bois dormant…
Le premier fragment surtout (très dépouillé dans la langue d’origine), ne se prêtait pas au rythme de la poésie française.
Voilà. Tout en revenant aux initiales minuscules (cohérentes vis-à-vis des autres poèmes ainsi que de cette mesure particulièrement étroite et simple que j’ai adoptée dans ce cas-ci), j’ai pris en charge vos suggestions pour donner à cette « rhapsodie triste » une nouvelle vigueur ainsi qu’un esprit d’actualité.
…J’aime beaucoup votre nouvelle rhapsodie triste. Elle est beaucoup plus imagée et en effet le rythme du premier fragment est bien meilleur. Félicitations !
Nicole Peter

Giovanni Merloni

Le soldat (Vers un atelier de réécriture poétique n. 11)

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Le soldat (Vers un atelier de réécriture poétique n. 11)

147_Le soldat (Avant l’amour n. 11)

Chère Florence,
Mercredi prochain la deuxième version du « soldat » sortira sur mon blog. Jusqu’à hier, j’avais laissé la version que je vous avais envoyé… J’avais aussi transcrit votre « jet » en prose poétique (1), car effectivement, cela donne un très agréable résultat.
Ce matin, je me suis dit que peut-être il fallait faire quelque chose encore.
J’ai alors lu votre proposition en parallèle avec mon texte…
Vous verrez que j’ai une ou deux fois profité aussi de vos solutions.
Je vous envoie donc ce texte final, que je n’aurais pas retravaillé s’il n’y avait pas eu notre échange. Si le résultat est bon vous en avez aussi le mérite, avec ma sincère reconnaissance…
Bonjour Giovanni 🙂
J’aime beaucoup ce nouveau soldat : il a pris du corps.
Je le trouve plus présent que le précédent, plus à sa place, plus vivant dirais-je.
C’est très gentil de suggérer que j’ai eu une influence sur le résultat !
Vos lecteurs, comme moi, ne s’y tromperont pas : c’est votre écriture poétique, votre patte, qui une fois encore les séduiront.
… (l’image du « vent de poussière », depuis le début, j’aime beaucoup c’est elle qui me permet de rêver l’ensemble du poème...
C’est en raison du thème de la poésie d’aujourd’hui — où le sentiment d’impuissance vis-à-vis de la guerre et de la mort soudaine ne fait qu’un avec l’intime rébellion de chacun contre l’injustice et l’absurdité de ces drames — que j’ai proposé à Florence Z., c’est-à-dire FloZ de jeter sur mon texte son regard. Très présente — sur Twitter ainsi que sur Facebook —, FloZ s’occupe sérieusement des questions sociales, avec une attention particulière pour le Travail et les Femmes, comme on peut constater en se rendant sur « Storify », son blog. Évidemment, son engagement est accompagné par une vision politique de l’actualité et de la mémoire absolument nette et claire, que je partage tout à fait. Elle ressemble de près à quelques-unes de mes amies de Bologne avec lesquelles j’ai partagé plusieurs batailles ainsi que de moments joyeux ou douloureux de ma vie.
Merci à Florence Z., qui a participé de façon innovative et propositive au travail de révision de ce texte.
1) Voilà, en forme de prose poétique, le « jet » que Florence Z. m’avait envoyé (en vers). Une originale paraphrase-réinterprétation poétique de mon « texte intermédiaire », première réécriture de ma poésie d’origine, qui assume, en cette forme, l’allure d’une adaptation théâtrale ou d’un petit scénario cinématographique :
« Un murmure encore aux lèvres, il gît sur l’herbe nue. L’ombre qui s’approche, il ne la voit pas. Il sourit, au ciel, aux étoiles, mais elles ne sont plus siennes. Ses cheveux emmêlés tombent sur son  visage. Sur ses yeux la nuit a posé la poussière et le vent, dans un tourbillon de feuilles mortes.
Il eut juste un instant pour écouter les mélodies du soir, la fusillade au loin ; il n’a pas reconnu, au milieu du silence le bruissement soudain, la cruelle embuscade. La mort l’a saisi. Sans douleur, rieur, contant d’un souffle insouciant un récit, sa vie. Pour parler de sa fin, le temps fût trop court… Voyez comme il repose sur l’herbe et sur la boue ! Suivez-le, quand il roule comme une avalanche sombre, vers le fond de la vallée. Tout endormi, il glisse ses yeux écarquillés comme s’il fixait une porte fermée.
Voyez comme il se penche encore, même dans l’oubli immobile. Regardez, sur ses lèvres musardent la rosée, le souvenir  d’un baiser, et la saveur dernière d’une bouchée de pain. Mais sa bouche est emplie de lourdes balles, de longs fusils et de ce vent de poussière qui l’affale. La mort est sa bouche.
Cesse de regretter, ô soldat, ces hommes, ces maisons, ces amas inutiles, qui te survivent ! Détourne ton regard, oublie la terre jetée sur toi. Ne juge pas ces êtres maigres qui prient face au tombeau ni même cette guerre qui t’a effacé sans bruit. La vie est dans ta mort… »

Giovanni Merloni

La ballade d’un pendu (Vers un atelier de réécriture poétique n. 10)

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La ballade d’un pendu (Vers un atelier de réécriture poétique n. 10)

140_La ballade d’un pendu (Avant l’amour n. 10)

« Abandonné l’italien ? certes, mais pas abandonné la belle musique de la langue ! » (1)
Cher Noël Bernard, je te remercie vivement de ton tutoiement !
J’ai copié-collé ci-dessous la poésie que je viens de revoir. On a le temps jusqu’à lundi prochain, mais tu peux me dire tes impressions ou propositions quand tu veux. Espérant te rencontrer dans les prochains temps je t’envoie toutes mes amitiés !
Bonjour Giovanni, ta Ballade d’un pendu m’est parvenue et je l’ai lue beaucoup, avec admiration. Ce texte qui date pourtant de 1962 m’est apparu prémonitoire, et j’ai repensé à la pendaison l’an dernier de l’écrivain iranien Hashem Shaabani sur lequel j’avais écrit « Le poète doit mourir »
J’ai vu que ton texte a déjà fortement évolué depuis sa version mise en ligne il y a un an, sans perdre de sa force et sa poésie. Je ne sais pas ce que tu attends de ma relecture, mais il me serait difficile de proposer des formulations, craignant de transformer ton écriture en quelque-chose qui ne serait pas de toi. Je te donne pour l’instant une liste, courte comme tu vas le voir, de passages qui m’ont posé question. Surtout, ne tiens pas compte de ces remarques si ce que je remarque est justement un effet poétique recherché par toi… J’ai été heureux de pouvoir te rendre ce service, occasion aussi d’un contact littéraire privilégié. J’aime bien ce que tu écris. A bientôt et bonne écriture…
Sur Talipo, Noël Bernard écrit la plupart de ses poèmes dans le cadre de sa participation à la liste Oulipo. Comme m’a expliqué lui-même : « cette liste est très stimulante. J’ai trouvé des amis extraordinaires, magnifiques écrivains et dont l’art, la grande culture et la profonde amitié sont pour moi le meilleur des stimulants. Ses membres, sans être des oulipiens, font une recherche très active sur les contraintes oulipiennes, mettant en oeuvre celles qui sont déjà bien connues, et proposant fréquemment de nouvelles contraintes. Les contraintes que j’ai expérimentées sont souvent inspirées soit des mathématiques, comme le bigollo (sur les suites de Fibonacci), le jeu de la vie (sur des automates cellulaires), le pissenlit (sur les fractals) ou très récemment les dérivées et intégrales (sur le calcul différentiel), soit de la musique pour laquelle j’ai un profond attachement, comme la contrainte harmonique (contrainte guidée par un morceau de musique) ou la forme sonate ».
D’ailleurs, Je partage tout à fait ce que Noël Bernard affirme à propos des contraintes : « …au delà de prouesses techniques, la contrainte permet une véritable création poétique, en procurant paradoxalement une liberté à l’écrivain qui est souvent surpris de ce qui sort de son travail et qui vient de profondeurs insoupçonnées ».
Dans son travail, Noël Bernard s’attache particulièrement à rechercher, malgré les contraintes, le plus de beauté et de musique possible. La récente découverte de la « twittérature » a enrichi son champ d’activité, et ceci apparaît de plus en plus souvent dans les textes qu’il présente sur le site Talipo.

Giovanni Merloni

(1) Un « tweet » de Noël Bernard à mon intention.

Dans mon film de gueules sombres (Vers un atelier de réécriture poétique n. 9)

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Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Dans mon film de gueules sombres (Vers un atelier de réécriture poétique n. 9)

187_Dans mon film de gueules sombres (Avant l’amour n. 9)

Une démarche rare, inhabituelle, chez les poètes…
Cher Giovanni,
Merci de votre proposition, une démarche rare, inhabituelle, chez les poètes… Je veux bien essayer, mais ce me semble un exercice difficile, et mon souci est aussi de pouvoir le faire d’ici le… Si je m’engage, il faut que je fasse la « livraison » à temps, qu’une connexion soit possible… Je ne voudrai pas vous mettre dans l’embarras… « Tentons le coup » comme on dit. Envoyez-moi votre texte.
Cher Serge Marcel Roche,
je réfléchis à vos mots et pourtant ma prudence est moins efficace que mon inconscience (voir le nom de mon blog) et l’habitude psychologique au partage, à l’amitié. Donc c’est dans un tel esprit que je vous invite à la lecture de mon texte où j’ai décidé de créer un décalage, un artifice « cinématographique » pour raconter cette réalité italienne des premières années 1960, où l’Église catholique était encore plus « présente » qu’aujourd’hui, empêchant à la racine tout possible espoir de liberté et de vision laïque de l’existence.
Bonjour Giovanni,
Votre texte me plait et je n’y vois pas de dérision, rassurez-vous. J’aurais aimé vous envoyé ma ‘lecture » de votre poème plus tôt, mais aussi avoir plus de temps pour affiner… J’ai voyagé hier toute la journée, arrivé fourbu, je trouve un moment à l’aube pour mettre au propre mes notes et propositions… Travail passionnant que celui du corps de la langue, et ce dans un dialogue, une « collaboration » comme vous le dites, merci de cette possibilité donnée… Il s’agit de répondre à votre attente, voici donc remarques et propositions…
Cher Serge,
Je viens de lire vos propositions ainsi que votre commentaire. En vous lisant, mon « rêve de la stupeur et de la désacralisation » devient moins abrupt et tranchant… En même temps ma fantaisie peut-être déplacée m’emmène à imaginer un échange entre la vie « hors du temps » de votre village, désormais légendaire pour moi et ce village « extrait » d’un quartier « sans histoire » de la Rome fin des années cinquante-début soixante…
…Ce que vous appelez « artifice cinématographique » est bien rendu (on parle, je crois, du « rendu » d’une photographie). Votre poème distille un climat, une atmosphère, le climat c’est important en poésie, essentiel même à mon avis, au sens où l’entend Julien Green pour le roman, chez lui climat surtout onirique, le rêve est d’ailleurs très présent dans votre texte, un rêve « évanoui », qui ne se réalisera pas (« et je cesse d’attendre »), le « moment attendu » qui ne reviendra pas… Enfin, je ne veux pas faire une exégèse, ce qui serait pourtant passionnant…
Vous avez « adouci » en quelque sorte votre poème, rendant le « film » encore plus énigmatique, mais le contraste avec les « gueules sombres » demeure « efficace ». Merci de vos mots, j’aurai aimé avoir plus de temps et disponibilité pour cette « collaboration » ; j’ai hélas ces temps-ci trop à faire (en dehors de l’écriture) ; je lirai votre texte avec joie dimanche, c’est un bon jour, merci.
Serge Marcel Roche est un poète extraordinaire, connu dans le web comme « Chemintournant » ou « Chemin Tournant ». Au-delà de son blog et la web-radio qu’il vient de lancer, il est très présent dans le circuit francophone des poètes et des écrivains participant au réseaux sociaux comme Twitter et Facebook. Il habite dans le Cameroun, pas loin de Yaoundé, dans un village dont il nous fait pervenir des images de plus en plus fascinantes et originales.
Merci à Serge Marcel Roche, qui m’a encouragé et aidé avec profonde sensibilité et patience dans le travail de révision de ce texte particulièrement engageant.

Giovanni Merloni

Les deux lunes (Vers un atelier de réécriture poétique n. 8)

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Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Les deux lunes (Vers un atelier de réécriture poétique n. 8)

139_Les deux lunes (Avant l’amour n. 8)

Deux ombres chinoises
Aujourd’hui, en vous présentant mon huitième échange au sujet d’une des poésies de ma jeunesse, je n’avais pas envie de fouiller encore dans le terrain inépuisable et marécageux de la réécriture pour en mettre en valeur la positivité ou alors pour en découvrir les côtés pervers…
D’ailleurs, tout le monde le sait. La liberté d’expression, tout comme la liberté tout court, se paye avec la solitude, la marginalité et parfois la mort, comme nous avons dû le constater il y a un mois à Paris. Il faut accepter cette condition du sacrifice extrême, si l’on veut créer quelque chose qui nous appartienne. Avancer sans bénédictions ni soutiens et surtout sans demander des conseils !
Comme j’ai plusieurs fois déclaré, avec cette petite invention que j’ai baptisée un peu à la hâte « atelier de réécriture », je n’avais pas vraiment envisagé d’aller au-delà d’une vérification lexicale, grammaticale ou syntactique de mon français littéraire, encore boitant sur sa « chaussée déformée ».
Mais, comment faire si quelqu’un nous suggère ou pour tout dire nous fait cadeau d’un mot ou d’une expression que nous n’avions pas prévu d’écrire et qu’en tout cas nous n’avions pas écrite ?
Cela peut arriver en tout les domaines.

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En 1983, par exemple, j’avais presque terminé l’un de mes tableaux les plus « célèbres » : une table avec six personnes assises avec nonchalance, à la fin du repas, dans la cour d’une « trattoria » napolitaine entourée d’architectures suspendues dans les nuages. En dehors des gens assis, deux enfants tourmentent une grappe de raisin tandis qu’une servante et un garçon aux cheveux noirs, les bras soulevés en l’air, servent de façon solennelle… Mais l’assiette du garçon était vide… Vous voyez, quand je me trouvai à ce passage du plat « inachevé », placé juste au centre de la scène représentée, je ne savais vraiment quoi faire. Saisi par une sorte de timidité ancestrale et tout à fait dépourvue de logique, j’avais peut-être peur d’abîmer le tableau qui me semblait abouti et donc fragile… Ce fut Claudia, ma femme, qui prit le courage à deux mains et, par une surprenante rapidité, ajouta un poisson. Ce fut l’unique fois de ma vie que j’accordai le droit à quelqu’un d’appuyer le pinceau sur une de mes « créatures ». Mais je n’avais pas le choix. À défaut de cette intervention « stratégique », le plat serait resté vide. Avec le temps (trente-deux ans après), je veux croire aux facultés prémonitoires de ma femme, qui n’avait pas accepté de voir se terminer comme ça ce dîner de psychodrame. Les deux traiteurs, selon elle, ou pour mieux dire selon son « inconscient » avaient fait leur apparition juste pour dire : « ce mariage ne peut pas se faire, nous connaissons une raison pour laquelle il ne serait pas valide »…
Après cela, je n’ai plus ressenti comme un « vulnus » ni comme une honte l’éventuelle intrusion d’autres mains et d’autres têtes à l’intérieur d’un tableau, ou d’une phrase que j’avais conçue de A à Z et je maîtrisais tout à fait.
Il suffit de penser à Rubens, à Titien, à Raphaël pour se rendre compte du caractère toujours aléatoire de la propriété intellectuelle. Tous les artistes ne sont pas comme Michel Ange ! Et combien de peintres ou poètes, au contraire, sont complètement dépourvus de scrupules et copient les formes et les idées sans vergogne comme le faisaient entre autres Picasso et D’Annunzio !
Moi je ne copie jamais et je n’aime pas qu’on me copie. Mais, tout en gardant les yeux ouverts, on ne doit pas tomber dans la névrose pour cela.
Donc, lorsque Noëlle Rollet — au milieu d’une série de conseils discrets et tout à fait respectueux du rythme, des nuances et du sens de ma poésie — a glissé, à titre de provocation ou d’exemple, l’expression « ombres chinoises », je me suis tout de suite emparé de cette expression en l’intégrant dans mon texte.
Lors de ma rencontre amicale avec elle — chez « La Patache », rue de Lancry, à deux pas du pont tournant du canal Saint-Martin —, il y avait eu, au milieu de nos multiples discours, l’incursion d’un vendeur ambulant avec un bouquet de fleurs que j’avais refusé. En cueillant la fleur que Noëlle m’a successivement offerte avec ses « ombres chinoises », je n’ai fait qu’aggraver ma dette, comme la Grèce envers la redoutable Banque européenne. Mais cela fera déclencher en Noëlle, j’espère, ainsi qu’en moi-même, la petite satisfaction d’avoir brisé, pour une fois, un tabou.
Comme le poisson au centre du tableau de 1983, les ombres chinoises au centre de la poésie rebelle de 2015 auront peut-être donné à ma poésie une touche essentielle ajoutant à sa « force vitale ».
Le hasard a d’ailleurs voulu…
Noëlle Rollet — que j’estime vivement pour ce qu’elle écrit sur son blog sur le vaste thème intime du train et aussi pour son généreux engagement dans la « dissémination » de « webasso », l’association créée par Laurent Margantin — a à peu près le même âge et le même caractère fier et positif de Anna Buonvino, un de mes personnages chéris…
Or, par hasard, la poésie ci-dessous parle de « deux lunes » et d’un mur. Ici, un jeune homme téméraire semble passer son temps à califourchon sur un mur qui tient debout tout seul. Il dialogue avec la lune. Mais aussi avec une femme-lune en chair et os. Enveloppées par la lumière pâle que la vraie lune projette, les deux figures fabriquées par la fantaisie solitaire du jeune homme se détachent comme des « ombres chinoises » contre ce mur précurseur (d’un plus confortable abri…).

Giovanni Merloni

Le jour d’un instant (Vers un atelier de réécriture poétique n. 7)

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Viale Libia, Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Le jour d’un instant (Vers un atelier de réécriture poétique n. 7)

138_Le jour d’un instant (Avant l’amour n. 7)

Chère Hélène Verdier,
Je voudrais publier le prochain jeudi 12 février la poésie « Le jour d’un instant » (venant de deux poésies publiées sur le blog : « Rien que dans un instant » et « Le ciel d’un matin gris »). Il s’agit, bien entendu, de poésies, celles-ci, que j’avais écrites au temps de mes 18-19 ans. Je les ai fusionnées, en apportant des modification nécessaires à la cohérence du texte, revoyant aussi le rythme et quelques mots presque partout.
Je vous serai très reconnaissant pour votre regard extérieur et vos observations. Dites-moi où le texte vous semble moins fouillé, ou le choix du mot et de l’expression ne correspond pas bien (ou pas du tout) à l’esprit d’un lecteur français, et cetera…
Cher Giovanni, j’espère ne pas être trop en retard pour vous apporter cette réponse,
je vous rassure cependant, je n’ai relevé qu’une seule erreur : épitaphe étant un substantif féminin, l’accord avec l’adjectif est le suivant : épitaphes quotidiennes (par chance les syllabes ne sont pas comptées… A part cela, le reste relève plutôt de la translation…
J’espère que cela vous sera utile, c’est en tout cas une lecture (et relecture) qui m’ont beaucoup intéressée, bien amicalement…
Merci à vous, Hélène, je ne sais pas si cette poésie, un peu trop triste vous a plu… mais je vous suis énormément reconnaissant !
Oui, ce poème m’a beaucoup plu. Il n’est pas triste, il a la mélancolie du jour qui avance.
Merci encore pour ce travail que vous avez fait si aimablement pour moi !
Je me suis engagé dans cette révision surtout pour essayer d’établir des liens plus directes avec les personnes que j’estime. C’est une « démarche » que vous faites aussi, avec le même esprit je crois, dans vos « simultanées » à vous. Je trouve très intéressants et beaux vos articles, vos réflexions sur le monde qui empire − j’ai beaucoup aimé votre commentaire sur Charlie ! (1) − et je regrette, en cette période-ci, de m’être un peu éloigné de certaines questions, notamment dans le domaine de l’urbanisme, qui me seraient propres…
D’ailleurs, on est obligé de faire une chose à la fois si on veut garder le coup et la barre !…
Merci à Hélène Verdier, qui a participé de façon aussi discrète que sensible au travail de révision de ce texte
(1) Il faut hélas faire le deuil de notre foi aveugle, celle des grands pas de l’humanité vers (dans le désordre) l’égalité, l’education, la paix, la culture (ne cherchons pas trop loin : lire, écrire puisque même cela est l’objet du combat obscurantiste de Boko Haram), le partage des ressources de la planète terre, en un mot, le progrès, ce mot que l’on n’ose plus prononcer faute de savoir encore ce qu’il veut dire. Elles sont loin les Lumières. (Hélène Verdier)

Giovanni Merloni