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Les flâneries d’un bus (débris de l’été 2014 n. 6)

10 dimanche Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in le strapontin et débris de l'été 2014

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Les flâneries d’un bus (débris de l’été 2014 n. 6)

Si la patronne du premier appartement, Française d’Alsace, arborait Jeannot comme nom de famille, l’ancienne propriétaire du deuxième était polonaise de Cracovie répondant, comme on a vu hier, au prénom de Joanna. Si dans notre abri des exordes nos seules ressources étaient nos valises, quand on fut chez nous, nous eûmes la chance d’un grand placard aux portes coulissantes revêtues de miroirs.
Au bout de deux mois et demi seulement — le temps de tout concrétiser chez une notaire très distinguée ayant un grand cabinet boulevard Richard Lenoir — beaucoup de choses avaient changé, aussi importantes que le confort, pour ma fille surtout, de pouvoir ranger jupes et chemisettes dans un ordre imaginaire quelconque.
Cette période de transition — vers une insertion spartiate, mais effective dans la ville nouvelle — fut pour moi caractérisée par deux affections pénibles, peut-être agaçantes pour mes proches. D’un côté, j’exerçais mon attitude spontanée à fouiller dans la ville comme dans une carte géographique, et cela me valait le titre de « homme carte ». De l’autre côté, tel un apprenti sorcier, je m’adonnais avec un enthousiasme assez naïf à la découverte de tout ce qu’une grande ville accessible peut offrir.
Sous le prétexte de résoudre les exigences alimentaires quotidiennes ainsi que de chercher tout ce qu’il faut pour « monter » la maison, je zigzaguais dans Paris en dessinant d’étranges trapèzes qui essayaient de relier :
— la boulangerie de la rue Popincourt au Monoprix de l’avenue Ledru Rollin ainsi qu’au Géant des Beaux Arts de la rue de la Roquette;
— Naturalia et Attica à la Pharmacie de la rue Oberkampf ;
— la Poste de la rue Bréguet et les boutiques des rues de la Roquette et Charonne à la librairie L’Arbre à lettres sur la rue du faubourg Saint-Antoine ;
— l’Office Dépôt du boulevard Richard Lenoir et le Picard de la rue Chemin Vert aux boutiques consacrées à la photographie du boulevard Beaumarchais ;
— les magasins DARTY et HABITAT de la place de la République au BHV près de l’Hôtel de Ville ainsi qu’au FNAC des Halles…
En glissant le doigt lecteur sur cette liste (d’ailleurs incomplète), le lecteur le plus rusé — dont j’en reconnais deux ou trois, jusqu’à en percevoir de petites grimaces souriantes ou dubitatives presque invisibles — a bien sûr cueilli la raison de cette précision. J’explique aux autres lecteurs (confiants, comme moi, dans la force corrosive de l’eau vis-à-vis de la pierre) : notre nouveau domicile se trouvait en fait au milieu d’un triangle, peut-être divin ou appartenant à une entité surnaturelle laïque rentrant dans l’esprit de Voltaire. D’ailleurs, c’est un fait que ce triangle (d’où semblait aussi facile, et même évident, partir pour s’emparer de la ville entière) était formé justement par le boulevard Voltaire, la rue du Chemin Vert (chère à Rousseau) et le boulevard Richard Lenoir (consacré à quelqu’un qui ne s’occupait certainement pas de religions totalitaires et intolérantes).
Et pourtant, rien n’était immédiatement accessible à pied. Contrairement à d’autres quartiers — où dans une seule rue il y a tous les commerces et tous les services à peu près — à l’intérieur dudit triangle il y a que des résidences ou de rares bureaux ou des cabinets professionnels. Donc, si on se rend à Monoprix on s’éloigne de Naturalia ; si l’on va acheter les surgelés de Picard, sur ce parcours on ne rencontre pas de boulangerie ni de bureau de Poste…
Heureusement, cette caractéristique du lieu nous a poussés à explorer dans toutes les directions évoquées, jusqu’à nous donner un sentiment d’omnipotence ne faisant qu’un avec une euphorie qui nous a accompagnés pendant plus qu’un an…

Je me bornerai aujourd’hui à monter idéalement sur le bus n. 69… Oui, le hasard a voulu que le bus qui nous accueillait juste en bas de chez nous eût ce numéro « double-face » que pas seulement Gainsbourg a évoqué sous l’appellation d’année érotique dans une de ses plus célèbres chansons. 1969 c’est la date fatidique de mon premier mariage et aussi celle de la naissance de mon fils aîné…
Cette ligne de bus, suivant le troisième côté dudit triangle (la rue du Chemin Vert), intègre très efficacement les formidables services offerts par la ligne 5 (courant à côté du canal Saint-Martin, sous les deux voies du boulevard Richard Lenoir) et la ligne 9 (courant au-dessous du boulevard Voltaire).
Aux navigateurs passionnés, cette ligne de bus donne des possibilités en plus. Grâce à sa flânerie nonchalante, on peut s’adonner à une sorte de « récapitulation » de la ville qu’on avait essayé d’imaginer et de reconstruire dans les tunnels du métro, rassemblant nos souvenirs des différents endroits découverts à pied, avec la seule aide des noms…
Les noms des rues et des places (par exemple BRÉGUET-SABIN ou RÉPUBLIQUE) ; les noms des églises (comme SAINT-AMBROISE) ; les noms des gares (comme GARE DE L’EST, GARE D’AUSTERLITZ)…
Voilà que les lignes du bus parisien superposent un filet plus léger et tortueux au gribouillis souterrain dessiné par le métro. Quelques-unes de ces lignes, comme celle du 69 (glorieuse, non seulement pour moi), suivent des parcours que les pullmans touristiques ne pourraient mieux choisir.
Gâté par la facilité d’y avoir trouvé place dans les heures creuses, je suis très conforté par la présence d’une multitude de retraités (comme moi) ainsi que de mères avec leurs poussettes pleurnichardes. Je peux me régaler, après la descente ombragée et anonyme de la rue Chemin Vert, la soudaine lumière du boulevard Richard Lenoir et, plus avant, le souffle calme et élégant du boulevard Beaumarchais.
Quelqu’un y descend, avant d’arriver dans un nouveau bain de lumière : place de la Bastille. Elle est provocatrice, chaque fois, de quelques souvenirs, dont le plus fréquent est celui de l’immense Éléphant, dont parle Hugo dans les Misérables, où se faufilait péniblement Gavroche toutes les nuits… Ou alors c’est l’image plus figée, mais émouvante aussi, de Voltaire assis et forcément désœuvré dans son cachot à la Bastille…
Ensuite — ô merveille ! —, le 69 se faufile dans la plus belle rue de Paris, cette large et placide rue Saint Antoine, frôlant :
— sur la droite, l’hôtel de Sully et les alentours directs de la place de Vosges ;
— plus avant, sur la gauche, l’église de Saint-Paul (constituant sans doute une émergence importante, avec Saint-Gervais, en direction de la Seine et de l’île Saint-Louis).
(À moitié, c’était dans ce bureau SNCF que je venais m’asseoir avec le calme du néophyte enthousiaste, pour y attendre mon tour et y acheter le billet d’aller-retour pour Rome, ou Milan, ou Turin…)
À la hauteur de Saint-Paul, la rue Saint Antoine s’élargit pour accueillir la rue François Miron, en formant ainsi une petite place très agréable. Lorsque la rue reprend sa section originaire, elle change de nom et d’aspect.
À mon avis, ce premier trait de la rue Rivoli c’est un peu chaotique et impersonnel, mais je ne trouve pas quelqu’un qui s’intéresse à ce genre de questions.
Après quelques mètres, le 69 arrête devant le BHV, l’ancien Bazar de l’Hôtel de Ville, maintenant le plus important sinon l’unique grand magasin où l’on peut trouver vraiment tout :

« de la cuiller à la ville »

comme le disait le père du BAUHAUS, Walter Gropius.
Normalement, quand sur le petit écran suspendu sur les têtes on lisait « Hôtel de Ville », je descendais, car mon but primordial c’était celui d’acheter une vis ou un tournevis, ou alors un petit chariot pliable, des étagères, des rideaux occultants, des tiges, des cimaises ou des oreillers…
(Je me souviens, par une émotion spéciale, d’un de nos retours, ma fille et moi — toujours avec le 69, qu’on devait attraper sur le dos de l’église de Saint-Gervais — lors de l’achat de deux couettes et deux oreillers… C’était très compliqué rester en équilibre avec ces paquets assez volumineux et glissants… et c’était, comme aujourd’hui, un après-midi de pluie.)
Quand on n’avait pas des courses à faire dans ce temple du bricolage ainsi que du vagabondage des yeux, on se laissait doucement bercer par ce bus-vaisseau (encore plus fascinant qu’un bateau-mouche, en fin des comptes) tout au long de la rue Rivoli, frôlant d’abord la tour Saint-Jacques, ensuite le dos de l’ancienne Samaritaine, avant de rentrer dans le « salon », c’est-à-dire le côté noble de cette rue ayant comme riverains : sur la droite, le Palais Royal ; sur la gauche, le Louvre et les Tuileries. Le spectacle jusqu’ici ce serait déjà suffisant pour un billet. Mais — ô merveille ! — le bus, sans préavis, tourne brusquement à gauche, se faufilant sous une arcade du Louvre, pour en sortir… juste là où l’Arc du Carrousel laisse entrevoir le jardin des Tuileries, tandis que sur la gauche la célèbre pyramide en verre et acier protège l’immense hall d’entrée au Musée du Louvre. Ensuite, le bus traverse la Seine par le pont du Carrousel.
Ensuite (quand je ne descendais pas pour visiter quelques collections de peinture), ce bus flâneur entame, avec le quai Voltaire et la rue du Bac, un troisième parcours ayant pour terminus la place Champ-de-Mars et la Tour Eiffel… SPLEEN !

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 10 août 2014

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Appels illimités (débris de l’été 2014 n. 5)

09 samedi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in le strapontin et débris de l'été 2014

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Appels illimités (débris de l’été 2014 n. 5)

Nous sommes désormais dans une époque où, après avoir perdu certaines facultés manuelles primordiales, comme celle d’écrire — avec un stylo sur le papier, avec une craie sur l’ardoise — nous allons perdre aussi celle de communiquer par la voix. Du moins à travers le téléphone, qu’il soit fixe ou sans fil peu importe. C’est une conséquence de la crise (crise d’enthousiasme humain aussi) qui nous amène à tout concentrer dans des messages qu’on peut désormais lancer par le biais de mille médias différents sans payer, sans attendre les réponses, sans voir les réactions ni les entendre, sans avoir le temps de réfléchir.
On pourrait dire que tout cela dynamise les rapports, nous poussant à sortir de chez nous, à rencontrer physiquement celui ou celle que nous n’avons pas pu rejoindre avec un appel…
… téléphonique.
J’ai, au contraire, la sensation
que la transformation du téléphone en instrument diabolique de certification de notre omnipotence individuelle affaiblit progressivement notre humanité, en nous enlevant la spontanéité et surtout la possibilité — ô combien indispensable ! — d’être de temps en temps un peu stupides.
« Par contre » (expression qui devient tout à fait cohérente dans ce contexte en cours de modification, tout comme « merci de votre compréhension »), avec toutes ces chances techniques nous allons devenir des brutes, des violeurs, des assassins, et surtout des indifférents. (J’ai osé le dire !)

Dans ma rétrospective parisienne, les « appels illimités » assument un rôle important, comme des preuves en décharge, en défense des bonnes choses que ce monde cynique et tricheur nous a pourtant offertes — . Une expression désormais usée, s’affichant avec une lueur sinistre, déjà inefficace. Et pourtant, combien de vies ont-ils sauvées, les appels illimités ?
J’ai vécu la révolution du portable quand je vivais encore en Italie. Avant mon départ, le « telefonino » était déjà devenu indispensable pour les presque cinquante millions d’habitants de tous les âges de notre péninsule. Quand je suis venu à Paris, en 2006, ce n’était pas encore le temps des appels illimités à bon marché. L’utilisation des portables était chère comme en Italie et même plus. Les téléphones portables n’étaient — ici comme partout dans le monde — que des passe-partout pour extorquer aisément de l’argent en dehors de tout contrôle.
Lors de mon arrivée, les cabines téléphoniques de Paris étaient nombreuses et fonctionnaient encore. Quelques-unes, plus cachées ou protégées par l’ombre d’une illumination irrégulière de la rue, étaient déjà occupées, de temps en temps, pour de longues ou courtes pauses physiques — un abri vertical où dormir, se libérer, faire l’amour et (pourquoi pas ?) se droguer —, mais, pour la plupart, elles étaient bien entretenues. Car en fait la compétition entre le téléphone fixe et le mobile était encore à la phase initiale.
D’ailleurs, en me tournant en arrière je regarde avec affection sincère ce petit jeu d’agilité appelé « décrochez », ensuite « numérotez », en suivant la consommation de la carte insérée… J’écoute encore une agréable musique qui accompagne l’attente, le doute, la peur, l’incertitude, l’espoir, l’urgence. « Répondra-t-elle ? Pourquoi ne répond-elle pas ? » Et cetera.
Pour appeler ma femme en Italie, je descendais après dîner dans la rue et me rendais dans une des deux cabines placées à côté de la sortie du métro Goncourt. Grâce à une carte internationale, que j’achetais dans un local étroit et désolé, je pouvais parler beaucoup plus qu’avec les cartes de 20 à 50 euros qu’on achetait chez le bar-tabac de l’avenue Parmentier.
En alternative, lorsqu’il était absolument nécessaire, je me servais de mon glorieux Nokia gris et bleu. Et cela m’arriva lorsque nous visitâmes les deux pièces où devait se concrétiser notre installation (du moins la première phase).
Ce fut une décision vraiment assez rapide, même foudroyante.
Le temps de constater en un coup d’œil que les pièces étaient propres, lumineuses et silencieuses aussi.
Le temps de descendre dans la rue et téléphoner à Rome (« Oui, c’est parfait, on peut s’y installer sans rien faire… Oui, pas de travaux ! Si elle accepte l’argent que nous pouvons amasser, en nous laissant une partie pour les frais de notaire… »).
Le temps de rappeler de nouveau au téléphone situé derrière la fenêtre au rideau gris du deuxième étage
Le temps d’entendre une voix riante, qui ne cache pas son étonnement ni sa gratitude.
Le temps que l’ancienne propriétaire renvoie les derniers visiteurs et qu’on signe la promesse d’achat…
Cette blonde et agile Polonaise prénommée Joanna fut très gentille avec nous, en se chargeant de tous les passages de relais qui s’imposaient dans ce cas. Grâce à elle, le lendemain de notre emménagement dans l’appartement accoudé sur l’ancien asile Popincourt, nous avions déjà notre ligne fixe qui nous offrait, en plus d’Internet, la possibilité de parler gratuitement, même des heures, avec les numéros fixes de Paris et de la France, mais de l’Italie aussi
Je ne sais pas comment aurait pu se dérouler la transmigration biblique de ma famille en deçà des Alpes s’il n’y avait eu ce machin diabolique. Oui, d’accord, beaucoup de gens utilisent Skype. Mais cela brise l’intimité téléphonique. D’une certaine façon, ce truc banalise le dialogue en le rendant aussi trop engageant au point de vue émotif.
Il faut dire qu’en Italie, même aujourd’hui, il n’y a pas une chance semblable, c´est-à-dire la possibilité de parler « ad libitum » en restant dans un coût mensuel fixe, très honnête. Déjà en 2006, Free avait opéré une véritable révolution, en fin de compte en contre-courant vis-à-vis des tendances libéristes dominantes. Suivant sans démagogie un fil rouge de bon sens et d’esprit de solidarité que j’ai observés juste en France, tandis qu’en Italie (et dans beaucoup d’autres pays d’Europe) cela serait tout à fait impossible. Je suis naïf peut-être, mais je trouve que le niveau de civilisation d’un pays se voit aussi dans ces exploitations géniales. Même si peut-être on fait le possible pour faire mourir le téléphone (et la voix, ainsi que la main et les jambes) à travers l’imposition d’égoïsmes commerciaux et financiers de plus en plus agressifs… je peux déclarer que j’ai bien profité de cette chance des « appels illimités » avec nombre de travailleurs, de jeunes étudiants ou d’apprentis ainsi que d’emmerdeurs âgés finalement libres de consulter leur femme, même pour raconter les drôles disputes dans les assemblées de la copropriété ou pour choisir le dessin d’une nappe.
Dans ce téléphone qui bougeait d’une pièce à l’autre, d’une main à l’autre de notre petit appartement, combien de miel ou de passion ou de tension aussi a coulé ! Il a surtout raccourci cette distance de 1800 kilomètres, en donnant à la mère et à la femme la possibilité de ne pas rester exclues de la phase la plus passionnante de la découverte et de la progressive immersion dans un monde différent (pas en toutes choses), dans une société égale (pas dans tous les domaines).
— Pronto, chi parla ?
— Allô ! Qui êtes-vous ?
Même si un assassin nous téléphonait, nous avions toujours une boutade prête pour une réponse adaptée. On avait beaucoup moins de peur qu’aujourd’hui, même si notre nom et adresse, ne faisant qu’un avec notre numéro magique, était imprimé sur tous les annuaires, partout disponibles et consultables, même dans les cabines téléphoniques…

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 9 août 2014

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Deux pièces, clair et calme avec balcon (débris de l’été 2014 n. 4)

08 vendredi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in le strapontin et débris de l'été 2014

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Deux pièces, clair et calme avec balcon (débris de l’été 2014 n. 4)

Est-elle usée et même désabusée ma façon de voyager dans le passé, chevauchant des mots qui ne sont emblématiques que pour moi ?
Est-il fruste et terne, désormais, le souvenir de ce passé-là ?
Me trompé-je, en choisissant, pour représenter ce passé, des mots ou des souvenirs qui ne sont pas vraiment les plus significatifs ?
Je me demandais cela hier soir, en lançant le billet sur la « fermeture éclair ». Après une nuit bercée par la pluie battante, je me suis réveillé avec une phrase que mon fils avait adoptée pour titrer une petite thèse illustrée sur la piazza Navona à Rome : « Perdersi per trovarsi », « se perdre, avant de se retrouver ». Il n’y a pas d’autre recette. Pour connaître un lieu (de la petite île à la grande métropole), il faut marcher, marcher, marcher. Petit à petit, certains éléments de notre flânerie (des décors, des enseignes, des plaques évoquant de noms illustres, drôles ou inconnus) deviennent des pierres milliaires, des points de repère indispensables.
Par exemple, lorsque je testais le parcours le plus bref entre Goncourt et Popincourt (quelle rime !), j’ai dû suivre plusieurs fois les différents itinéraires avant de me rendre compte des différents rôles « psychologiques » que chaque rue, grande ou petite, assumait pour moi. Chaque rue avait en fait une surprenante unicité dans sa propre physionomie : la rue Saint-Maur, par exemple, est toute autre chose vis-à-vis de l’avenue Parmentier, d’ailleurs parallèle et très proche. Ces deux rues « intérieures », creusées dans le vif de leurs respectifs quartiers, n’ont d’ailleurs rien à voir avec le boulevard Richard Lenoir, troisième axe parallèle, plus proche du niveau de la mer.
À partir de cela, c’était très amusant et émouvant passer d’un univers à l’autre, juste en tournant le coin. Je me rappelle bien, sur la gauche de l’avenue Parmentier, la librairie des Guetteurs de vent ; sur le trottoir de droite, une boulangerie et ce nom… inoubliable pour moi : rue des Trois Bornes… En prenant cette petite traverse (se confondant presque avec la plus connue rue Jean-Pierre Timbaud) on franchit une frontière. On abandonne le monde assez homogène (dans sa multiplicité) qui relie le dos de l’hôpital Saint-Louis à la place Léon Blum, pour atteindre rapidement ledit boulevard Richard Lenoir. Une artère lumineuse, gâtée, frontière à son tour avec les quartiers plus centraux de Paris, dont le Marais…
Petit à petit, on découvre une autre frontière aussi dans la rue Oberkampf, dont le caractère change assez au fur et à mesure qu’on s’éloigne du Cirque d’hiver pour rejoindre, en montant, le Père-Lachaise.
Mais pour quelle raison faisais-je, avec une telle insistance, ce parcours à zigzag ou, pour mieux dire, à baïonnette, entre un quartier très dense de population (originaire de presque toutes les parties du monde) et un village caractérisé par la monoculture chinoise ?
Pendant la première semaine passée à Paris, nous avions déjà vu, ma fille et moi, plusieurs appartements, de petites tailles, autour de la rue Auguste Barbier où nous logions, quand une annonce du glorieux PAP (de particulier à particulier) nous attira. On y proposait un appartement pas loin de la rue du Chemin Vert et du boulevard Richard Lenoir.
À ce temps-là, je ne pouvais établir aucun lien avec ce nom, Chemin Vert, et la deuxième promenade solitaire de Jean Jacques Rousseau, qui l’arpentait souvent pour y chercher des plantes et des fleurs pour son herbier. Je n’avais pas relu en français ce texte merveilleux. Donc ce fut juste une subliminale promesse qui nous attira : quelque chose de « vert », dans une ville tout à fait décolorée. En fait, dans le passage « clair et calme » où notre futur immeuble assez digne se laissait examiner, il y avait trois ou quatre arbres affichant des feuilles vertes, claires et calmes elles aussi. Ce fut le coup de foudre. On plongea, quant au contigu quartier de Popincourt, dans le silence de plomb d’un village fourmillant de chariots et de fourgons, se transformant le samedi et le dimanche dans une espèce de garage vide. Mais, en nous aventurant en d’autres directions, on pouvait se rendre en moins de dix minutes soit à la Bastille-Saint-Antoine, soit au boulevard Beaumarchais et place des Vosges, soit, assez rapidement, dans le Marais. De l’autre côté, une fois franchi le désert de Popincourt (qui avait été un jour, une rue marchande typiquement parisienne), on se régalait l’allégresse bizarre de la rue de la Roquette dans les deux directions de la Bastille et de Léon Blum-Père Lachaise…
Oui, cela peut être long et ennuyeux, pour quelqu’un qui ne connaît pas ces rues et ces bornes, cette reconstruction d’un fragment lointain, désormais révolu, à travers une ville qui d’ailleurs change (doucement, sans cesse).
Mais il est peut-être nécessaire que les lecteurs mêmes se perdent, avant de saisir le fil inattendu, le moment de grâce indispensable pour rentrer dans une histoire.
Une histoire sans personnages, ni vrais ni fictifs, comme la mienne, qui pourtant réservera tôt ou tard, je le ressens bien, des surprises.
Songeant à cette annonce de septembre 2006, que je conserve religieusement dans un dossier consacré à l’achat de l’appartement clair et calme (que ma retraite ainsi qu’un petit héritage de ma femme ont rendu miraculeusement possible, arrivant au moment précis où nous en avions besoin), j’avais écrit deux ans plus tard l’ébauche du texte pour une pièce se déroulant dans un appartement « clair et calme avec balcon » situé rue de la Lune. Un coin de Paris que je voyais comme une petite Sienne ou alors comme une Venise parisienne. Michele, un Napolitain immigré à Paris depuis une année ou deux, décide de louer une chambre à Anna, une Bolonaise qui fait des recherches sur la Résistance en Europe, fouillant dans les archives de l’Association des Garibaldiens de la rue des Vinaigriers.
Nonobstant la différence d’âge, le penchant réciproque entre Michele et Anna s’affiche évident lorsque Michele croit rencontrer dans la ligne 9 du métro son grand-père persécuté, ainsi qu’un voyou napolitain aux attitudes fort agressives… En réalité, Michele avait été violemment saisi par le remords de ne s’être pas rendu en Italie lors des élections de 2008 qui avaient ramené Berlusconi au pouvoir…
Cette pièce de théâtre est restée inachevée ou, si l’on veut, non aboutie. Car en ce temps-là je vivais encore dans une terrible incertitude. Je n’avais pas compris qu’on ne peut pas faire les deux choses en contemporaine : écrire en italien ainsi qu’en français ou, pire, alterner le français et l’italien dans un même texte.
À défaut d’une énorme perte de temps, avec un absurde gaspillage d’énergies psychologiques qui nous sont tout à fait nécessaires, il faut choisir. Ce que j’ai fait.
Tout en abandonnant cet appartement silencieux et ces personnages attachants (Naples et Bologne sont les deux villes où le cœur de l’Italie bat le plus fort), je me suis concentré sur une langue d’ailleurs sincèrement aimée, le français. Une langue qui m’a accueilli avec gentillesse et humour, jusqu’à devenir, petit à petit, sinon ma langue maternelle, ma langue sœur, ma compagne de vie.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 8 août 2014

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La fermeture éclair (débris de l’été 2014 n. 3)

07 jeudi Août 2014

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La fermeture éclair (débris de l’été 2014 n. 3)

Si, pour raconter les premiers événements de mon passé récent, je devais faire un choix de longueur au prix de la vie ou de la mort, j’arrêterais d’écrire, je fermerais les yeux et je me dirais, intérieurement : « Vite, deux mots-clés au maximum ! Sors-les de ta poche ! N’oublie pas que tu vas raconter la France à des Français et Paris à des Parisiens ! »
« Mais, comment puis-je sauter les liens chronologiques, les petits événements sans importance qui ont pourtant marqué… » répondrais-je, quitte à me couper moi-même la parole… « Débrouille-toi ! Tu n’es pas venu à Paris pour rien. C’est ici que tu as appris des choses essentielles qu’avant tu n’imaginais pas… »
J’essayerai, m’accrochant à deux mots qui devraient se révéler efficaces : « fermeture éclair » et « éventail ». Je pourrais en synthétiser le récit en écrivant, laconiquement : « de la fermeture éclair à l’éventail », mais je me rends compte qu’a priori cela ne signifie rien. Donc je vous explique.

La fermeture éclair.
Quand ma fille benjamine et moi nous sommes descendus du train Palatino, le matin du 11 septembre 2006, avec nos deux valises robustes, pleines surtout de livres, j’imaginais d’être Maurice Chevalier en compagnie d’Audrey Hepburn. Selon mes rêves, tous les deux nous aurions bientôt joué ensemble dans un remake d’Ariane, le fameux film en noir et blanc ayant comme troisième acteur important un Gary Cooper assez antipathique dans cette circonstance.
Venant du chaud de Rome, donc d’habitudes climatiques tout à fait différentes — encore gâtés par le ciel serein, étant structurellement inquiets des fréquentes sécheresses beaucoup plus que des rares crues estivales —, nous ne voyions dans le mot « fermatura lampo » (« fermeture éclair ») ou « sciarpa » (« écharpe ») rien que de termes banals et pratiques. En Italie, la fermeture éclair est surtout considérée comme l’outil indispensable pour ouvrir et refermer presque tous les types de pantalons (non seulement les jeans), ou alors les blousons hivernaux ainsi que les poches internes des bourses ou des cartables.
Ici, à Paris en particulier, la fermeture éclair assume un rôle primaire. Elle est aussi importante que la baguette et peut-être plus nécessaire que le parapluie.
Nous étions provisoirement logés dans un petit deux-pièces rue Auguste Barbier, d’où ma fille devait se rendre tous les matins dans les ateliers théâtraux situés dans le quartier du métro Crimée. Du moins les premiers temps, je l’accompagnais par cette agréable descente de la rue de la fontaine au Roi se terminant au croisement entre la rue du faubourg du Temple et le canal Saint-Martin. C’était au feu rouge du boulevard Jules Ferry que nous nous apercevions chaque matin d’être à Paris. Car le petit troupeau de travailleurs et d’étudiants se rendant à pas de charge à place de la République devenait à cette halte un peloton où l’héroïsme se mêlait à l’habitude. Personne n’avait l’air de s’inquiéter pour les fréquents changements atmosphériques. D’ailleurs, tout le monde était prêt à profiter au vol de toute belle journée explosant inattendue. Même d’un poignet d’heures de soleil seulement. En ce cas, on voyait, à côté de gens qui n’avaient pas abandonné les habits du jour avant, des gens nus, ou presque, béatement plongés dans l’esprit de la plage. « Et si le temps empire, s’il rafraîchit ? » Nous nous demandions. Pas de problèmes. Quand la vague grise passe rapide et inexorable entre le ciel et le trottoir, tout le monde qu’on rencontre ne manque de rien.
Évidemment, nous deux n’étions pas du tout prêts, surtout les premiers jours, à nous déshabiller à la hâte ni à nous protéger du froid non plus. Nous n’étions pas encore dans ce février 2007, qui nous fit éprouver un froid citoyen que nous imaginions possible juste à Moscou ou à Saint-Pétersbourg… lorsqu’une sorte d’inexpérience et de naïveté me conduit à acheter dans une boutique péruvienne de la rue de la Roquette un typique béret de laine épaisse décoré avec des lamas, de couvre-oreilles et des pompons. J’en étais même arrivé au point de provoquer un regard embarrassé, plus gelé que le gel même de ce jour, chez la boulangère d’avenue Parmentier.
En septembre-octobre 2006, le froid était tout à fait maîtrisable. Et pourtant, surtout dans le métro, on risquait de s’enrhumer très facilement. Car dans les carrosses il faisait souvent très chaud, ou alors, en sortant-entrant dans les stations il y avait un vent froid, même gelé.
Petit à petit, nous avons compris l’importance d’une fermeture éclair qui, au moment donné, ouvre ou referme une blouse, une chemise, un pull. Peut-être, nous exagérions, ma fille et moi. Mais nous étions convaincus, du moins ces premiers jours de septembre, qu’il n’y avait pas de vêtement, masculin ou féminin, qui n’avait pas de fermeture éclair ! Plus tard, on apprit à protéger le point faible de nos poitrines, placé juste en dessous du cou, avec une écharpe nouée « à la parisienne ». On peut avoir même les bras nus, mais il faut bien garder la chaleur nécessaire à cet endroit critique de notre corps humain !

L’éventail
Je reviendrai un jour sur ce blog avec une analyse plus fouillée de cette découverte de l’éventail. Je proclame ici que c’est une découverte. Mais si quelqu’un démontre que cela a été déjà noté, analysé et commenté dans quelques textes que je ne connais pas, je me réjouirai quand même d’avoir « lu » moi aussi dans la carte de Paris une chose maintenant assez évidente.
Peut-être, je suis influencé par mon penchant admiratif pour Le Corbusier et sa « main ouverte ». Mais, effectivement, ce qui m’a poussé, dès les premiers jours, à regarder attentivement le plan de Paris c’étaient les grands axes qui se croisent entre Xème et Xième… de façon plutôt brutale, à mon avis, même si tout cela donne à cette ville unique de la fluidité et du souffle. Mais c’était aussi le sentiment d’égarement provoqué en moi par ce carrefour Goncourt… cette différence déjà accentuée entre le faubourg du Temple et l’avenue Parmentier… l’existence, aux quatre coins de ce carrefour, d’au moins quatre réalités différentes. Une frontière d’abord entre un contexte cosmopolite très agité et un quartier beaucoup plus calme.
Ces deux sentiments d’égarement (les grands axes, le quartier aux multiples facettes) m’ont poussé à marcher de façon ininterrompue jusqu’au moment où j’ai eu la sensation d’avoir traversé la plupart des nombreux villages (homogènes à leur intérieur) qui forment dans leur ensemble la vaste portion urbaine qui résultait de la somme de deux arrondissements (Xe et XIe)….
Comme un avocat des causes perdues, j’avais pris en charge toutes les rues (dont la rue du faubourg du Temple-rue du Temple) que les grands boulevards ou les nouveaux axes haussmanniens coupent nettement, faisant parfois disparaître toute trace de la continuité originaire.
Je ne peux citer ici que la rue de Malte, ou la rue Oberkampf, par exemple. Mais, élargissant l’observation en fonction d’une connaissance de plus en plus étendue de Paris à pied, j’ai pu remarquer (et c’est peut-être la découverte de l’eau chaude) :
— d’abord que deux axes parallèles de nord à sud traversent les deux rives de la Seine. À l’ouest, la direction de Saint-Denis (rue et faubourg) coïncide avec celle du boulevard Saint-Michel. À l’est, la direction de Saint-Martin (rue et faubourg) coïncide avec celle de Saint-Jacques (rue et faubourg) ;
— toutes les anciennes rues confluant sur la place du Châtelet et sur l’ancienne place de Grève (de Saint-Honoré à Saint-Antoine) forment, avec lesdites rues verticales, un éventail, dont le couple Saint-Michel-Saint-Jacques recouvre de toute évidence le rôle du manche.

Tout cela rentrerait parfaitement dans une nouvelle exploitation de l’histoire racontée par Billy Wilder (1957), dans laquelle la place-clou serait, au lieu de la Place Vendôme, la Place de la République. Au lieu de pointer sa longue-vue sur l’hôtel Ritz, le nouveau père de la nouvelle Audrey stationnerait plus confortablement sur le pont venant de l’Atmosphère pour lorgner sans risque dans les chambres de l’hôtel Nord, près du canal Saint-Martin…

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 7 août 2014

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La « Saharienne » (débris de l’été 2014 n. 2)

06 mercredi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in le strapontin et débris de l'été 2014

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débris été 2014 180

La « Saharienne » (débris de l’été 2014 n. 2)

Avant que le mot « installation » prît le dessus sur tout autre mot et pensée, il y a eu, dans mon procès d’intégration dans les douceurs de la France, une population de mots « voyageurs » ou, pour mieux dire, « entreteneurs (souterrains) de l’idée » de l’installation. Des mots et des personnes, bien sûr. Car dans cette diabolique chaîne de coïncidences il y a eu toujours des mots ou des phrases qui de but en blanc ont allumé une mèche en provoquant une explosion. Ce sont des mots (ou des personnes) pas trop raisonnables et même fous (ou folles), qui ont marqué comme des pierres milliaires les étapes de ce procès inexorable. Une séquelle d’événements qu’on appelle gentiment « déménagement », qu’on devrait nommer plus justement « déchirure », « rupture », « saut dans le vide ».
Ce fut après des journées paresseuses et plutôt conformistes (dans lesquelles le but primordial de nos vacances risquait d’être raté) qu’on acheta dans un kiosque de journaux un truc (ou plutôt un machin) qui devait effectivement nous aider à nous débrouiller. Mais la première visite au cours Florent nous avait intimidés. La « candidate » aurait dû soutenir une audition en y jouant deux monologues. En français, évidemment. Un texte ancien et un texte moderne.
On était à Paris, juste le 6 août d’il y a huit ans. Pendant l’après-midi, le mot « audition » alla prudemment se cacher dans les pages du guide des cours de théâtre, à son tour refoulé dans un sac.
Plus tard, dans un état de suspension sinon d’égarement collectif, on visita le musée Carnavalet, sans y trouver la fameuse lettre que Robespierre avait écrite « avec son sang » (1) le jour même de son exécution. Vaniteux de mon français (d’école et de voyages instructifs), j’interrogeai alors une jeune stagiaire, gentiment assise près d’une porte. Effectivement, la lettre existait, mais à présent elle n’était pas exposée là-dedans. Consolé par la preuve qui me redonnait un peu de prestige, je proposai d’abandonner les Francs-Bourgeois ainsi que les Blancs Manteaux, tous les deux hantés par le chaud excessif, pour chercher une table « à la belle étoile ». Le frère de la candidate se souvint alors d’un ami italien travaillant à Paris. Au téléphone, celui-ci nous adressa au canal Saint-Martin : vous y trouverez plein de bistrots et de petits restaurants…
Ce fut la première fois de notre vie qu’on se promena au long du canal. C’était le quai Valmy, bien sûr, et nous montions, sans le savoir, en direction de la célèbre « Atmosphère », lorsque je me rappelai d’une chère amie franco-italienne de Paris, que nous avions jusque-là un peu négligée.
Ce fut ce coup de fil avec elle, cette conversation caressée par le frais du canal charmant et tranquille, qui déclencha plus concrètement les actions successives d’une installation que les dieux de l’Olympe n’empêchèrent pas. (En ce temps-là, ils étaient probablement distraits. Peut-être, Junon était enceinte, ou alors c’était Mercure qui avait attrapé la sciatique…)
Je survole avec l’AIR LITTORAL les jours suivants, passés à Bordeaux dans l’étrange sentiment de devenir les proies d’une assez bizarre destinée.
Je dépasse à la vitesse du son la course du TGV qui nous emmena, ma fille et moi, à la Gare Montparnasse le soir du 28 août.
Je monte et redescends sans souffle les six étages de l’escalier menant au petit appartement de la rue Tiquetonne que notre chère amie de Bordeaux nous avait prêtée.
Ce matin du 29 août, le mot « installation » n’était pas du tout à l’ordre du jour… et pourtant la souterraine angoisse des examens décisifs se mêlait au frais inattendu. La colonne du thermomètre était descendue de huit degrés au moins pendant la nuit. Nous avions peu de temps, il fallait se rendre avenue Jean Jaurès dans une demi-heure. J’entrai brusquement dans un Monoprix, frissonnant pour ce climat tout à fait inhabituel. C’était le Monoprix de boulevard Sébastopol. Sans difficulté, je trouvai une « Saharienne » (2) bleue (à manches longues) qui ne manquait pas de poches et servait bien à la besogne. Juste taille, juste poids. J’étais très orgueilleux pour cet achat, qui me semblait de bon augure, ainsi que pour l’échange avec la vendeuse.
Si j’observe maintenant cette veste abîmée, que je ne me décide pas à jeter, il me semble assez bizarre que cette « Saharienne » fût le premier mot important, pour moi, dans ce banal et fabuleux parcours d’initiation à la nouvelle « culture de vie » des Français.

Giovanni Merloni

(1) « Déjà il avait écrit les deux premières lettres de son nom Ro, quand un coup de feu partit du couloir séparant la salle du conseil général de celle du corps municipal retentit soudainement. Aussitôt on vit Robespierre s’affaisser, la plume lui échappa des mains et, sur la feuille de papier où il avait à peine tracé deux lettres, on peut remarquer de larges gouttes de sang qui avaient jailli d’une large blessure qu’il venait de recevoir à la joue » (de Wikipedia)

(2) Veste de toile ceinturée, à manches courtes et poches plaquées, inspirée de l’uniforme militaire (Le Petit Robert)

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 6 août 2014

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Je suis sorti (débris de l’été 2014 n. 1)

05 mardi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in le strapontin et débris de l'été 2014

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débris été 2014 180

Je suis sorti (débris de l’été 2014 n. 1)

Mes chers lecteurs,
Comme je vous avais promis, hier j’ai achevé la publication d’une partie consistante de mes poésies. Je vais maintenant les ranger, les relire et aussi les modifier pour les recueillir en 8 groupes qui feront peut-être l’objet d’une ou plusieurs publications. Elles resteront bien sûr consultables sur le blog, bientôt avec l’aide, j’espère, d’une liste encore plus efficace et facile.
Au cours de la publication de mes poésies, je ne vous ai pas demandé de la clémence ni de la patience. Je vous les demande maintenant. Car je suis convaincu qu’il y a encore, là-dedans, nonobstant les efforts (et les conseils de quelque « maître »), des passages ou des nuances qui ne sont pas adaptés à exprimer jusqu’au bout en français mes véritables intentions poétiques.
Je vous remercie donc encore plus vivement de m’avoir suivi nombreux en me confortant dans cette aventure !
Évidemment, on ne peut pas s’arrêter là. Il faut relancer ces « corps » poétiques aussi dans d’autres contextes, dont le principal, pour moi, ce sera celui de revenir, j’espère, à la publication sur papier.

Quant à l’activité future…
Je ne connais pas dans les détails votre vie, mes chers lecteurs et blogueurs. Je sais seulement que, petit à petit, la somme des engagements librement assumés dans notre univers peut conduire à une vie d’ermite. Notre coin — un fauteuil, un cabaret rouge pliable, un iPad et un Mac pro, dans mon cas — se transforme facilement en « antre » (mot très efficacement introduit par Brigitte Célérier, que je me permets d’adopter comme si c’était le mien). Il arrive aussi très souvent que notre appartement même devienne un « antre ». Un lieu sombre et assez confortable où se déroule notre compétition-assise. On ne sort plus, sauf dans le cas où notre blog s’alimente de l’observation du monde autour. En ce deuxième cas, il est possible que notre « antre » nous accompagne…
Quant à moi, jusqu’à hier je ne sortais pas. Je ne sortais plus, même pas pour faire le tour de l’immeuble (en fait je n’ai pas un chien nommé Borgo comme nos voisins du troisième étage).
Aujourd’hui, je suis sorti. J’avais dans la poche juste l’iPhone, mais je me suis empêché d’y regarder les statistiques ou quoi que ce soit…
Je me suis même empêché, pour le moment, de raconter ce que j’ai pu faire ou voir au cours de ma fuite. Je pourrais le faire juste dans l’esprit d’un décalage net entre mes actions et émotions et la vie du blog.
Parce que je commence à avoir le suspect que les blogs, ils ne nous appartiennent plus. Ils sont comme des femmes qui ne nous aiment plus et pourtant prétendent que nous soyons là, près d’elles, à leur dire « j’aime »…
Dans les prochains jours (pendant ce mois d’août dont une petite partie sera d’ailleurs consacrée à une brève vacance à Saint-Malo), je n’afficherai pas mes tableaux ni mes photos, en dehors de celle ci-dessus, dont je vous parlerai, peut-être.
Et je sortirai beaucoup, car je me suis aperçu que j’ai un « nouveau passé » à fouiller dans les rues de Paris et de la France. Pas seulement le passé que j’ai appris dans les livres ou dans les bouquins ainsi que dans les myriades d’images que j’ai photographiées avec mon œil inconscient. J’ai « mon passé français-parisien à moi » qui m’attend et m’invite à sortir. Il me parle d’abord avec les mots qui ont marqué, comme des cailloux sur la piste d’Ariane, l’aventure de mon installation. Il assume, ensuite, la voix et les gestes d’une petite foule de gens qui sont entrés dans ma vie et parfois dans mon cœur. Il me rappelle enfin… beaucoup de choses. Je vous demande alors de patienter.
Je vais profiter de cet août iconoclaste pour vous débiter quelques petites fragments de tout cela.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 5 août 2014

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Un regard ambitieux au-delà, 2014 (Zazie n. 13)

04 lundi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

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Giovanni Merloni, « Je suis comme je suis », août 2014

Un regard ambitieux au-delà

I
Un regard ambitieux
renvoyé d’une vitrine,
où se reflète, capricieux
mon chapeau.

Une longue promenade
ou sinon une balade
nous amène, sans gêne
dans le cœur de la ville.

Et pourtant le trottoir
n’arrête pas d’afficher
les gueules du quartier,
les gens sans métier
sans art ni part.

Et pourtant
tout le monde
passe à côté
des désespérés.

Et pourtant le métro
n’arrête pas de crisser,
de vomir de foules effarées,
d’engloutir des hommes
tant bien que mal
habillés,
d’exhiber des femmes
tant bien que mal
réveillées.

Et pourtant on avance
s’accrochant à la chance
aux petites diversités
aux énormes différences :
on accepte, finalement
la bagarre quotidienne.

Oui, ce cœur immense
qui n’arrête pas de pulser,
c’est la ville, en elle-même,
l’invisible gardienne
de notre vie
intense.

II
Que dois-je faire
pour que tu deviennes
ma ville à moi,
mon court ou long
large ou étroit
trottoir
pour arriver au-delà ?

Comment pourrais-je
te rassurer, afin que tu sois
vraiment convaincue
de m’offrir une chaise,
de m’écouter, même
distraite, tout en rangeant
tes affaires ?

Combien de blessures,
combien d’hospitalisations,
combien de taches,
de la peau ou de l’âme,
dois-je ressusciter
pour que tu acceptes
ce corps retardataire
échappé de justesse
à une fâcheuse défaite,
ce cerveau sautillant
qui ne saurait plus,
désormais,
où qu’il ait refoulé
ses encombrants trophées ?

Que dois-je exhiber,
fouillant dans le passé
de mes fautes ou vertus
privées, pour que tu invites
(dans tes salles aux lustres
dans tes jardins pétillants)
ce naufragé de la terre
ferme ?

Quels accents, quels tics, quels
gestes, quelles pensées,
quels rêves inavoués
puis-je garder
pour que tu acceptes
de m’adresser la parole,
quitte à marcher
sur le trottoir d’en face
au-delà de la rue ?

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

 

Fils, mon fils, 1993 (Solidea n. 21)

03 dimanche Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Solidea

001_figlio figlio 180

Giovanni Merloni, Fuori posto, juillet 2014

Fils, mon fils (1993)

Fils, mon fils,
mon amoureux lys, (1)
des vagues d’écume jaune
me noient, en me ligotant
les cheveux et les yeux ;
un bloc de ciment
parmi les requins
me retient et me retourne
vers le fond.

Résigné, je me creuse
la tête dans le déchiffrement
impossible
de mots à rebours.

Fils, mon fils,
tu m’attends insouciant
là-haut sur l’embarcadère
de bois.
Tu oses même fumer,
en mâchant, en crachant.
Est-ce toi ? Vraiment toi ?

Fils, mon fils,
ambulant sans bagues
ni colliers, petit Gobetti
sans les livres
sous le bras. Tandis que
je me noie, tu flottes
à peine.

Fils, mon fils,
le soleil t’a fait don
d’un sourire. Avec ostentation,
tu affiches les lèvres
tremblantes, les dents
blanches, le regard
attentif, tandis
qu’une énorme proue de fer
coupe net mes chaînes
trop tard, peut-être.

Trop tôt, j’affleure,
à demi mort, les os bleus,
le corps gonflé
jusqu’à faire exploser
le costume.

Fils, mon fils
on me traîne doucement
dans un coin sableux,
sec, où le parfum est arrivé
(va savoir pourquoi)
des barques
des vacances,
avec le souvenir
de nos gentilles et maladroites
promenades.

Une chanson nous caresse
les cils,
un soulagement soudain
nous remplit les poches,
un tout petit mot
nous sauve, maintenant.

La vie, pour nous,
c’est un dur exercice ;
c’est un siège laborieux
autour de forteresses
bien munies ;
c’est l’immense fatigue
de nous en sortir,
après des jours de fête
insupportables
et même incompréhensibles ;
c’est le risque probable
qu’on nous dépouille
qu’on nous dénude
avant de nous rejeter
en arrière, au-delà
de la ligne blanche
de l’horizon.

Et pourtant il nous
conforte, cet élan
haletant
vers des îles légères
léchées par la lente
maternelle déferlante
d’une mer en automne,
elle nous berce
la brûlante attente,
vainement refoulée,
d’une invitation au bal
au milieu des corps,
des ombres,
des musiques,
des silences
viscéraux.

Écrasé, renié,
il voudrait se libérer
un cri de rage désespérée,
un geste extrême,
un bond géométrique
qui déchirerait les mille strates
d’étoffe, les mille costumes
hérités, désormais vieux
(plusieurs fois retouchés),
un acte élégant
qui briserait les mille couches
de l’éducation
de l’obéissance
du silence.

Fils, mon fils,
elle nous soutient,
cette conscience
même héroïque
de devoir tout accepter.
Après les feux d’artifice,
les reproches ;
après les chutes maladroites,
les menaces d’abandon ;
après les mots disproportionnés,
le destin revenant
d’humiliants purgatoires
au-dehors,
dans l’obscurité, ou alors
dans une laide, étroite
et inhospitalière
chambre de périphérie.

002_figlio figlio 001 180

Fils, mon fils,
sans d’autres incertitudes
plongeons-nous à nouveau
ensemble
dans cette mer de salive
de vomissures et de plastiques,
car au-delà de cette écorce
révoltante
elles pourraient se dérouler
de rassurantes plaines
bleues, des sirènes
silencieuses,
des grottes vertes et roses
dans lesquelles souffler.

Fils, mon fils,
mon amoureux lys,
celui qui touche le fond
peut bien remonter ;
celui qui souffre, accroché
à ses couvertures,
pourra du moins déchiffrer
ces mystérieuses traces
sur le mur ;
celui qui demeure immobile,
confus, peut bien reprendre,
lentement, à marcher
dans les sombres et légères
pistes de l’esprit, tout en tuant
gracieusement
avec une fougue patiente
le temps. Il suffit
de reprendre à compter
sans cesse :
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
quitte à savoir contourner
les cogitations gênantes,
les leurres pompeux,
les prévarications sordides.

Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
Les yeux hagards,
les oreilles bouchées,
le nez qui gronde
de la morve et du sang
nous allons
en avant et en arrière,
tout en faisant attention
à ne pas trébucher.
Par un pas militaire,
par des mouvances
de panthère,
par des allures d’escargot
nous suivons
un cercle,
une ellipse,
une spirale,
répétant
comme si c’était un jeu
la douce obsessionnelle
ritournelle de la vie.

Fils, mon fils
j’apprendrai à me taire
à répondre juste
si l’on m’interroge.
Empruntant quelque part
le courage nécessaire,
j’exercerai le métier de père
tout en laissant glisser
ces feuilles (blêmes
et moribondes) parmi les doigts
(fermes et tremblants).
Et, finalement
je te laisserai libre
de croître,
de devenir un homme
sans m’opposer,
avec un sourire poli
et résigné,
mon fils.

Giovanni Merloni

(1) Depuis « Donna de Paradiso » de Jacopone da Todi (XIIIe siècle)

«O figlio, figlio, figlio,40
figlio, amoroso giglio!

Figlio, chi dà consiglio
al cor me’ angustïato?

Figlio occhi iocundi,
figlio, co’ non respundi?45

Figlio, perché t’ascundi
al petto o’ sì lattato?».

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 3 août 2014

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Tierra prometida (Luna, 1977)

02 samedi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Luna

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Giovanni Merloni, Interno magico, Juillet 2014

Tierra prometida (1977)

I
Une poésie,
une boule de papier,
un nuage
de présages
colorés.

Étendue
comme un journal,
ton image violette
ouvre et referme
ses yeux de chat.

Un dessin ridicule s’installe
dans mille tracts jaunes.

Un avion de carton
déchire le temps
parmi mille cerfs-volants,
mille lits défaits,
mille baisers.

002_tierra pro iPhoto 180

II
Toi, une petite porte
ouverte sur une terrasse
envahie par une lumière
blanche.

Toi, des fleurs et des
paperasses sur ta robe,
entre tes jambes.

Toi, au milieu
des ruines rouges
et des nuages gris.

Toi, tu es un beau geste,
un doux film,
un grand gala,
une kermesse
héroïque. (1)

Toi, la tête lourde,
le rire nerveux
tu traînes au milieu
des restes en plastique
d’un après-midi
stupéfait.

003_tierra part iPhoto 180

III
« Tierra prometida ». (2)
Tu as de la terre entre tes dents.
Tes cheveux sont les racines
d’une traversée infinie
depuis ma peine d’hérétique
vers les bruits lents de la vie.

« Tierra prometida ».
Les chaînes ont été brisées.
Le vent s’est arrêté,
suspendu
au-dessus de nos longues
pantomimes.
Friand de vérité,
je te saisis, je te caresse.
Tu es la cendre
des histoires tuées, tu es le sable
de châteaux de lumière,
tu es le corps nu
de la vie.

« Tierra prometida ».
Le drapeau est décousu,
les papiers demeurent en désordre,
le drap reste engourdi :
depuis cet angle
où les eaux ne sont pas
claires, un homme seul
s’efforce de te comprendre.

Giovanni Merloni

(1) La Kermesse héroïque, film franco-allemand réalisé en 1935 par Jacques Feyder
(2) La Tierra prometida, film de Miguel Littin (Chili, 1971)

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écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 2 août 2014

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Chaque jour, je t’attends, 1975 (Ossidiana n. 41)

01 vendredi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_je t'attends def 180

Giovanni Merloni, gouache, juillet 2014

Chaque jour, je t’attends (1975)

Si cet amour résiste
sans devenir
ce sombre rituel
de meubles et de draps.

S’il demeure
comme maintenant
comblé par la certitude
et le mystère
d’une solitude à deux,
soudaine et sourde,
paradigme
du bonheur,
de la sérénité,
du calme.

Si ce calme voulu
ne devient pas de l’ennui,
si cette paresse
en savourant
les sensations et les pensées
ce n’est pas qu’un écho
de nos mots,
qu’une robe grossière
pour nos rêves interdits…

Chaque jour,
je me souviens de toi
et je t’attends.

Chaque jour,
je te proclame la joie
d’une vie qu’il n’y aura pas,
je t’habille de mille jupes
et mille fois je te déshabille.

Chaque jour,
je me souviens de toi,
je chante pour toi,
je me moque de toi
tout en rêvant
de t’emmener ailleurs
chez moi.

Chaque jour,
je t’attends.
Assis sur un muret
de chaux, je te salue,
tandis que ton image
reste sculptée,
photographiée au fond
de mes yeux.

Chaque jour,
je t’attends,
même si je te vois
disparaître
derrière un disque
où s’enchevêtrent
des mots étrangers,
des sons égarés.

Chaque jour,
je t’attends,
même si tu deviens
un amour impossible.

Et je travaille à ta place,
je range tes dossiers,
je monte la garde
à ta porte,
j’écoute les variations
du silence.

Giovanni Merloni

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