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L’Italie : un pays « au visage humain ». Deuxième lettre à Giorgio Muratore

07 mercredi Oct 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

L’Italie : un pays « au visage humain ». Deuxième lettre à Giorgio Muratore

Cher Giorgio,
Je veux d’abord te remercier de m’avoir aidé à surmonter mon « embarras linguistique ». J’ai finalement compris l’importance d’un choix cohérent : chaque fois qu’on écrit, il faut toujours se demander quel est le destinataire de notre lettre. Donc, si je m’adresse à toi, il est plus logique que je t’écrive en italien, c’est-à-dire dans la langue que nous utilisons lors de nos rencontres et conversations. Je ferai cela dorénavant, tandis qu’une éventuelle traduction en français sera effectuée successivement.
Depuis que j’ai « découvert » ton blog, « vérifiant » qu’heureusement tu n’as pas changé, elle a vivement augmenté en moi l’envie de revenir idéalement sur les lieux d’où je m’étais échappé ou, pour mieux dire, d’arpenter à nouveau le champ de bataille où je n’avais pas trouvé le courage de combattre. Imaginant de ressembler au personnage de Pierre Bezoukhov, vaguant sans armes au milieu des morts, les blessés et les coups de sabre de la bataille de Borodino… Ou alors au Docteur Jivago, toujours indisponible vis-à-vis de l’absolutisme des mots d’ordre.

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Photo empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

En fait, j’avais depuis longtemps envie de raconter sans les filtres de la fiction romanesque ou poétique la journée du 1er mars 1968 que j’ai pour ainsi dire « traversée » en qualité d’acteur et de spectateur à la fois. Car cette journée a marqué ma vie, bien sûr. Néanmoins, je veux la raconter pour « contester » l’attitude parfois conformiste de ceux qui disent « j’étais là ! », rien que pour revendiquer un mérite qui ne l’est pas… D’ailleurs, je le sais bien : mes souvenirs ne pourront pas ajouter grand-chose à tout ce qu’on a écrit sur ce sujet, en commençant par Pasolini ou les chroniqueurs du « Messaggero » et du « Tempo », ou encore par la belle et célèbre chanson de Paolo Pietrangeli.

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Photo empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

La relecture de la lettre que Pasolini avait adressée aux chefs du mouvement des étudiants m’a suggéré quatre pistes à suivre dans mon récit :
1) les étudiants étaient des fils à papa pour la plupart d’extraction bourgeoise ;
2) le mouvement était au fond anticommuniste et donc destiné à créer, comme il est effectivement arrivé, une constellation de formations politiques extra-parlementaires, jusqu’aux Brigades rouges ;
3) les étudiants de 1968 prônaient une « réification », c’est-à-dire une instrumentalisation de la révolte pour obtenir des résultats concrets, dans un esprit d’échange marchand et opportuniste ;
4) le mouvement des étudiants prétend s’en passer des longues et fatigantes discussions imposées par le centralisme démocratique du PCI ; car ils sont impatients d’attraper le pouvoir au vol, comme le voulait faire la Vispa Teresa avec les papillons.

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Venons donc au peu de souvenirs que je peux faire sortir du chapeau fumé de la mémoire.
« Hors la police de l’université ! » s’écriait tout le monde. « Hors la police de l’université ! » m’écriais-je moi aussi, à voix basse et timidement. Mais puis, quand nous fûmes en face des policiers rangés sur le trottoir de la via Gramsci (ah quelle coïncidence, justement dans la rue consacrée au père spirituel de la gauche italienne !), mon indignation — pour le « verrouillage » et la suspension des activités universitaires décidés par le ministère, qui nous empêchait d’entrer dans la faculté tandis que d’autres camarades avaient été « renfermés à l’intérieur » — ne réussit pas à se muter en rage, agressivité ou violence. D’ailleurs, je ne m’étais jamais vraiment battu de ma vie, et je n’étais pas le seul. Du moins, notre ami Maurizio Ascani, premier signataire de notre glorieux livre commun — étant tout à fait incapable, lui aussi, de faire du mal à une mouche — était resté là, debout comme un poteau, spectateur du premier rang et, tandis que nous fuyions et que les policiers nous poursuivaient, il se gagna un coup de matraque sur la tête qui le renvoya tout droit à l’hôpital. Tandis que moi et mon frère Francesco, parmi beaucoup d’autres, nous dépassions la haie qui borne le pré de la rue Gramsci, découvrant une forte pente au-delà de ces faibles confins de feuilles, d’autres, au contraire, contrattaquaient les mains nues. Ou alors en transformant les bancs publics en des bâtons rudimentaires…
Nous ne nous attendions pas à une telle éventualité, ni à l’hypothèse de devenir l’objet d’une « charge » de la police ou enfin de devoir nous défendre jusqu’à aller à la contrattaque.

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Photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Tandis que le cortège quittait via des Frentani pour se faufiler avec son rebondissement de voix dans la galerie de la gare Termini nous avait rejoints Agostino, un étudiant de sciences politiques qui militait dans la gauche socialiste tout comme ma sœur et mon frère. Il travaillait, presque gratuitement, à la « section culture » du parti socialiste, dans le siège historique via del Corso. Avec notre plus grande surprise, Agostino, un type assez pacifique, se lança courageusement à la rencontre des policiers, tout comme un de mes plus chers amis du lycée, récemment disparu, Umberto Schettino. Ce dernier, au lendemain des affrontements, eut la satisfaction de se voir photographié sur la première page des journaux…
Mon frère Francesco et moi, nous ne passâmes pas, comme on dit d’habitude, à l’action physique parce qu’au fond nous n’étions pas d’accord. Mais la véritable raison de notre embarras c’était le deuil pour la mort prématurée de notre père, arrivée juste trois mois avant. Notre mère, une femme courageuse, avec son penchant, comme moi, pour le parti communiste plutôt que vers le socialisme modéré et clairvoyant de mon père, ne nous avait pas interdit de participer à la « lutte ». Mais je traînai mon frère dans la direction opposée à celle des affrontements : — il faut penser à notre mère ! lui dis-je. Pour ce qui me concernait, j’aurais été d’accord pour m’asseoir par terre et attendre que les policiers m’emportent. Je confiais dans la protestation des « sit-in », à la résistance passive, à la force des idées nobles et justes qui finiront toujours pour triompher, comme l’amour.
Entre-temps, même les femmes se lançaient à l’attaque, se servant de leurs sacs pour frapper… Il y avait entre elles une étudiante de la dernière année, Lucia, une personne toujours souriante, tranquille… Quant à Marina Natoli, notre amie très chère, je suis sûr d’avoir parlé longuement avec elle, car elle m’avait donné des nouvelles sur ce qui était en train d’arriver… Mais je ne me souviens pas où cet échange précieux se déroula… en quel coin, en quel moment de cette longue journée… Ensuite, c’était Marina qui me racontait, dans les mois suivants, à propos des divergences, à l’intérieur du PCI, des membres du Manifesto en train de se constituer en groupe organisé autour des figures charismatiques d’Aldo Natoli, Rossana Rossanda, Luigi Pintor, Lucio Magri et Luciana Castellina… Étrange situation, la mienne ! En cette période, même si j’avais déjà voté une fois, donnant mon vote au parti communiste, je ne m’y étais pas encore inscrit, sauf pendant un an à peu près, en 1963, dans l’organisation juvénile de ce parti. Et pourtant, malgré ma liberté objective, une voix intérieure me recommandait le maximum de « fidélité » à ce parti assez monolithe, mais fort enraciné dans la réalité. À l’époque, le secrétaire était Luigi Longo, un des chefs de la Résistance… avec lui, en plus du mythique Pietro Ingrao il y avait Giorgio Amendola et Giancarlo Pajetta… des figures extraordinaires, honnêtes, incroyablement humbles et généreuses. Rien à voir avec les « vestes croisées » dont parlait Pasolini ! D’ailleurs, il y avait aussi le sénateur Edoardo Perna, membre de la direction du parti, un personnage charismatique et jovial, si on peut le dire ainsi. Allègre et exubérant lors des réunions de famille, celui-ci affichait quelques talents artistiques pendant les réunions du parti aussi… Là, il adaptait des mélodies connues à des chansons politiques, farouchement taquines, de son invention.

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Renato Guttuso, Les funérailles de Togliatti,
image empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Certes, le Parti communiste ne pouvait pas aimer cette Italie gouvernée par un centre gauche faible qui subissait le chantage de ce qu’on appelait les pouvoirs forts, ne se nichant pas seulement dans la bourgeoisie de droite, mais aussi dans les « mafias » grandissantes de la spéculation immobilière et des « corps séparés de l’État », tels la Caisse du Midi, l’IRI-Italstat, et cetera. D’ailleurs, le PCI se renfermait un peu en lui-même, se montrant méfiant vis-à-vis des intellectuels-bourgeois-fils à papa, tout en démunissant au fur et à mesure son flanc gauche.
En y réfléchissant, malgré la publication du mémoire d’Yalta que Togliatti nous a laissé, où la « voie italienne au socialisme » était clairement indiquée ; malgré l’idée de Gramsci d’un « communisme au visage humain » — ne faisant qu’un avec l’esprit et le style du vieux parti prolétaire ainsi que son enracinement dans la société italienne et dans son histoire —, ces hommes nobles ne surent pas attraper jusqu’au bout l’occasion qu’on leur offrait, d’abord avec la révolte des étudiants, ensuite avec les critiques sévères, mais équilibrées du Manifesto.
Bien sûr, il y eut la rencontre « historique » entre Luigi Longo et les jeunes, ensuite ce fut le tour de « l’automne chaud », des luttes syndicales de 1969 qui fit mûrir les conditions pour la création, en 1970, des Régions que la Constitution républicaine de 1948 avait prévues tandis que par tous les moyens les défenseurs de l’état centralisé et notamment la Démocratie chrétienne les avaient carrément entravées.
Tout cela se réalisa à la hâte, avançant en dehors d’une stratégie partagée. Les Régions furent obligées de lutter pour obtenir le pouvoir nécessaire pour exercer leurs fonctions ; elles durent fatiguer pour atteindre le droit de légiférer pleinement en raison de leurs compétences. D’ailleurs, toutes les réalités régionales n’étaient pas prêtes à assumer un tel engagement avec la même efficacité et surtout avec la même détermination…
Mais ce furent aussi des années de construction, d’enthousiasme, de travail dur et d’échange culturel. D’ailleurs, ce fut justement en 1970 que la loi sur le divorce fut approuvée. Une loi qui marqua le changement qui s’était finalement produit dans la société aussi.
Évidemment, tout cela ne serait pas arrivé s’il n’y avait pas eu le 1968, s’il n’y avait pas été cette « rupture » traumatique, s’il n’y avait pas eu ces groupes et groupuscules qui ont donné la voix à un malaise diffusé, en nous donnant le courage de critiquer.

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Si je ferme les yeux, je réussis à voir cette journée de Valle Giulia comme dans un film. En nous éloignant, mon frère et moi, avec d’autres comme nous, nous assistâmes aux affrontements depuis plusieurs points de vue différents. De ces temps-là prendre des photos et surtout de vidéo n’était pas facile comme aujourd’hui… Il fallait quand même y penser, sinon avec ma Canon, j’aurais bien sûr fixé, rien qu’avec une vingtaine d’images, ce que nous voyions et même notre étonnement et angoisse. Le point de vue le plus éloigné c’était le bord de villa Borghese, juste au sommet de l’escalier amenant à l’entrée du Jardin du Lac. Nous vîmes des trams et des voitures renversés et mis de travers, pour bloquer le trafic ; nous vîmes des petits nuages de fumée jaillissant depuis l’allée d’accès à la Faculté ; nous assistâmes à l’incendie d’une jeep des militaires… Nous nous approchâmes plusieurs fois. Lors d’une de ces incursions, près de l’escalier en descente à côté de l’Académie Britannique, nous rencontrâmes Renato Nicolini, le plus aimé et respecté parmi mes camarades aînés.
— Ils sont fous, dis-je.
— Non, ils sont courageux, répondit Renato.
Lui aussi éprouvait, je crois, le même bouleversement, sur un niveau plus élevé et conscient que moi. Il comprenait parfaitement les états d’âme de ce mouvement des étudiants qui, d’une certaine façon, s’empêtraient dans des justifications confuses, tout en inventant une « révolution » pour secouer et frapper le père, le patron, le parti. Parti, patron et père qui — il le savait bien — auraient été sourds et méfiants. Peut-être pensait-il, comme moi, qu’il ne pouvait pas y être des raccourcis… Mais lorsqu’un nouveau sentier s’ouvre, comment fait-on à ne pas être tentés de l’emprunter ?

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Plus tard, nous rencontrâmes à nouveau Agostino. Par un large sourire, il avança son hypothèse : nous deux, mon frère et moi, nous avions révélé les mêmes attitudes que les généraux des « guerres pacioccone » ayant l’habitude de s’installer dans un endroit panoramique et suffisamment éloigné avec leurs longues-vues, pour scruter impunément le champ de bataille.
Toujours souriant, Agostino nous traîna dans son bureau via del Corso. Dans l’ascenseur, Agostino s’adressa à un fonctionnaire du Parti socialiste unifié, en lui faisant, avec emportement, en deux mots, le récit de la journée. La réponse fut plus ou moins la suivante : — heureusement, en ce moment, il y a des marges dans les caisses de l’État, on donnera un peu de travail et des bourses à ces jeunes… où est-il le problème ?
Puis, sollicité peut-être par notre appréhension, Agostino eut la hardiesse d’appeler au téléphone le secrétaire du Parti.
— Secrétaire, aujourd’hui il est arrivé un fait très grave, la police a attaqué les étudiants ! Il y a eu des blessés aussi…
— Ils ont fait ce qu’il fallait faire ! répondit le secrétaire.

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Renato Guttuso, graffiti sur la façade de la Faculté d’Architecture de Rome,
photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

Le personnel est-il vraiment politique ? Lettre à Giorgio Muratore (1)

01 jeudi Oct 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

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ASCANI Maurizio, BARBERA Luigi Maria (Mario), FIORE (Francesco Paolo), GERBINO Renato, MARCHITELLI Antonio, MERLONI Giovanni, MURATORE Giorgio, NATOLI Marina, SARACENO Andrea, QUADERNO N. UNO

Le personnel est-il vraiment politique ? Lettre à Giorgio Muratore

Cher Giorgio,
Chacun de nous, chacun de ceux « qui ont essayé de faire quelque chose » devrait expliquer où sont les racines, les causes profondes de son « indignation ».

Peut-être, au-delà des nombreuses affinités électives qui nous rapprochent comme des frères ou des cousins, nous n’avons pas les mêmes idiosyncrasies, les mêmes rages pour les mêmes offenses à l’œil ou à l’estomac, à l’esthétique et à la morale, je veux dire.

Peut-être, avec le temps, nos batailles respectives sont devenues plus ciblées, ou alors elles se trouvent forcément coincées dans des contextes plus étreints, différents et lointains l’un de l’autre.
 Certes, après un parcours commun, nos vies se sont séparées. Non seulement en raison de ma décision de partir à Bologne.
En fait, inaugurant une nouvelle vague d’architectes romains émigrants à Bologne et en Emilia-Romagna (dont faisaient partie, entre autres, Giuseppe Manacorda, Pier Camillo Beccaria, Marco Peticca, Edoardo Pregher, Maurizio Ascani et Gian Piero Rossi) deux ans depuis la fin des études universitaires j’avais décidé de franchir les Apennins pour couper le cordon ombilical avec Rome, aimée et haïe, tandis que tu as décidé de rester, de lutter, à Rome, dans cette même faculté d’architecture, offrant aux nouvelles générations un exemple lumineux de ce que veut dire transmettre démocratiquement et honnêtement le savoir ainsi que les expériences indispensables pour progresser dans un esprit de liberté.

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Moi, je fis le choix de l’urbanisme. De cette « chose » qu’à Rome, pendant nos études, nous regardions avec suspect, que nous critiquions même farouchement, comme la responsable principale de « l’absence de forme » de nos villes.

Si j’ouvre, avec circonspection — et crainte d’y trouver qui sait quoi — ce « livre », que nous voulions titrer « Droit à la ville », ce livre où nous avions déversé nos espoirs ainsi que nos frustrations, je m’aperçois d’emblée du fait que nous devrions justement partir de là si nous voulions faire une autocritique sincère, jusqu’au bout.

Rétrospectivement, et de façon synthétique, je vois notre expérience universitaire piégée par deux éléments primordiaux.

Le premier élément, bien sûr le plus important dans la « longue période », se relie au manque de générosité de la plupart de nos enseignants et assistants. Sans considérer les exceptions lumineuses, comme l’exemple de Maurizio Sacripanti, ou la ténacité d’Antonio Quistelli, ou alors le sérieux de Paolo Marconi et Vieri Quilici, par exemple.
À la base de tout, s’appuyant sur le douteux prétexte de l’excès d’inscriptions (1) une irréductible jalousie professionnelle s’installa chez les enseignants. Un manque de partage qui endommagea la plupart des futurs architectes de l’époque, exception faite pour une élite de privilégiés, qui pouvaient rentrer dans les « ateliers des maîtres » par le biais de formes de cooptation tout à fait discrétionnaires.

Donc, on n’a pas « voulu » enseigner les trucs du métier à la plupart des étudiants et futurs architectes. En même temps, on nous a indiqué ou proposé des buts trop vastes et difficiles à atteindre.

Je ne peux pas me souvenir de Ludovico Quaroni en dehors de sentiments d’affection et d’estime sincère. C’était un homme extraordinaire et charismatique qui savait transmettre de grandes suggestions. Sur sa bouche et dans ses gestes, le « town design » prenait vie jusqu’à s’imposer comme une chose tout à fait abordable. Mais comment est-il possible de concevoir le « town design », c’est-à-dire le dessin préliminaire et unitaire d’entières tranches d’une ville, tout en ignorant ou oubliant l’urbanisme ? Ignorant ou oubliant que d’êtres solitaires ne peuvent « tout résoudre » avec leur baguette magique, pourvu qu’ils la possèdent ?

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Le second facteur de dérangement, nous tomba dessus à peu près à mi-chemin de notre tourmentée « auto-formation ».
Il s’agit de l’explosion, avec le mouvement 1968, d’une dimension politique, aussi traînante que radicale, qui nous amena à remettre en discussion, à la vitesse de la foudre, la plupart de nos modestes certitudes.

Le phénomène de l’université « de masse », comme l’on disait alors, trouva dans ce qu’on appelait la « contestation » une espèce de faux allié.
Si l’université devait se charger d’un changement quantitatif dans le rapport entre professeurs et étudiants et bien sûr aussi pour ce qui concerne les méthodes de formation et de préparation professionnelles, le « mouvement » prêchait une rupture verticale et définitive avec le « système », poussant bien au-delà de l’hypothèse de la lutte à l’autoritarisme, un ennemi réel celui-ci, là où se cachaient des réalités obscurantistes, élitaires et antidémocratiques de l’école et des institutions culturelles. 
Comme Pasolini même l’avait remarqué, au lendemain de la « bataille » de Valle Giulia, dans son poème « Il PCI ai giovani » dans ce mouvement il n’y avait rien de révolutionnaire.
Au lieu de « tuer le père » et assumer jusqu’au bout de vraies responsabilités, on lui a enlevé le statut formel, quitte à profiter de son statut réel pour exploiter jusqu’au fond du puits tous les privilèges et les avantages possibles.

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En ce 1968 désormais révolu, tu te souviens, peut-être, que je pris une fois la parole, dans l’amphi comblé de gens. Pour dire, sous le regard sarcastique de Sergio Petruccioli, que nous aurions pu et dû profiter d’une grande occasion.
Je me souviens que nos camarades étaient muets, qu’ils m’écoutaient très attentivement, même si j’étais fort timide et que je m’exprimais péniblement, par saccades : il fallait utiliser notre provisoire « pouvoir », ce pouvoir de l’imagination dont le ’68 nous faisait don, pour nous exprimer, pour nous asseoir « autour d’une table » avec les professeurs et les assistants. Pour essayer de comprendre, avec eux, ce qui ne marchait pas dans notre faculté en piteux état, pour essayer de donner vie à une didactique et à une recherche plus cohérentes vis-à-vis de l’exigence d’une maîtrise dans notre métier de futurs architectes. Une maîtrise qu’on ne pouvait pas voir séparée de la vie réelle, donc d’une conception démocratique du travail de l’architecte dans la société.
On n’utilisait pas, de ces temps révolus, le mot « transparence ». Pour cela nous avons dû attendre l’arrivée, tardive hélas, de cet homme illuminé et généreux qui était Michail Gorbaciov, avec sa « pérestroïka ». Et pourtant, j’en suis sûr et certain, dans mon intervention timide, je pensais surtout à la transparence.

Si tu étais là, peut-être te souviens-tu que mon invitation au concret ainsi qu’à l’honnêteté des rapports fut interprétée comme une « action dérangeante ». Sergio Petruccioli m’attaqua, en disant dans la substance que je n’avais pas le droit de parler, puisque je n’avais pas participé à toutes les actions et réunions du mouvement des étudiants, donc je ne savais même pas de quoi je parlais.
En vérité, ce leader indiscutable du mouvement dans notre faculté était assez inquiet, puisque tout de suite après il alluma un magnétophone, à plein volume, qui obligea l’assistance à écouter la voix souffrante d’Oreste Scalzone.
Ce dernier avait risqué de mourir au cours d’une très récente manifestation en face de la faculté de Droit, ayant été frappé violemment sur le dos par un banc d’école qu’un étudiant d’extrême droite avait jeté depuis une fenêtre. Un épisode bien sûr très douloureux, qui ramène à ma mémoire le climat spectral de cette journée qu’on ne pouvait imaginer plus absurde et tragique.

Ce qui reste pour moi et pour ceux qui peut-être s’en souviennent, pendant cette assemblée, on fit taire ma bonne volonté en la ridiculisant.
Je ne cessai pour autant de suivre moi-même et je m’aperçus d’ailleurs que je n’étais pas le seul à voir ainsi les choses.
Renato Nicolini, par exemple, fut toujours très lucide sur ce point-là, jusqu’à réaliser lui-même, quand il en eut la possibilité, dix ans plus tard, le vrai renversement auquel beaucoup d’entre nous s’attendaient. Même dans l’hypothèse « éphémère » de l’Été romain, avec son idée d’une culture pour le peuple (2) Nicolini a montré concrètement l’exemple de la voie juste qu’on aurait dû suivre davantage.

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Donc, foudroyés sur la route de Damas par ce « beau moment » de 1968, nous avons tous conclu nos études universitaires dans la condition la moins sereine possible. En sortant, nous avons trouvé devant nous, en cette Rome incapable de devenir capitale d’Italie, un monde extérieur en fuite, où l’autoritarisme idiot cédait la place à une bureaucratie de plus en plus taquine.
Dans notre for intérieur, une petite voix, une étrange obstination et presque une volonté nous contraignaient à résister, à chercher coûte que coûte une voie, pour nous, pour les autres et peut-être pour le reste du monde aussi.
Mais, en y revenant avec le regard et l’expérience d’aujourd’hui, il faut l’admettre : de ces temps-là, il y avait déjà tous les germes de la dégénération future.

Giovanni Merloni

(1) Avec notre génération, appelée pour cause la « classe des baby boomers », il y eut, chose tout à fait inattendue, l’inscription de 500 étudiants à la première année d’architecture !

(2) « panem et circenses » disait-il, tout en prônant une culture de haut niveau, intelligente, ambitieuse, insérée dans le contexte européen.

(Continue)

TEXTE EN ITALIEN

VALENTINA … CREPAX …

23 mercredi Sep 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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Giorgio Muratore

Au sommet de la coupole : les Uccelli et la Valentina de Crepax, un article publié sur « archiwatch »

Dans l’esprit du partage et de la réflexion, dans l’espoir de pouvoir y revenir de façon plus fouillée, j’ai traduit ci-dessous le texte d’un article publié sur le blog de Giorgio Muratore (archiwatch) signé par Sergio43. Il s’agit d’un événement touchant de février 1968, la montée sur le sommet de la coupole baroque de Sant’Ivo alla Sapienza (siège des Archives de l’État, jadis siège de la faculté de Lettre) d’un groupe d’étudiants de la faculté d’Architecture de Rome, nommés les « Uccelli » (les « Oiseaux). Un événement de grande portée médiatique, tout à fait inhabituel pour une ville comme Rome, prometteur en lui-même d’espérances et d’investigations profondes…
G.M.

“Je tiens cette affiche dans mon cabinet. Il me fait souvenir du temps de la montée des “UCCELLI” (« OISEAUX ») sur la lanterne de Saint Ivo à la Sapienza. Guido Crepax interpréta ce geste comme désacralisant, il me semble, voilà pourquoi je garde ce témoignage comme un coup définitif de karatè tel un beau coup de pied à « l’Histoire de l’Architecture » que l’héroïne des bandes dessinées avait voulu flanquer. Même « l’Histoire de la Littérature » commença d’ailleurs, dans ces mêmes années de palingénésie, à se trouver de but en blanc mal à l’aise pour manque de héros ; Valentina supplanta Anna Karenina tandis que Charlie Brown remplaça Lord Jim. Dès lors l’Architecture occidentale, comme les pyramides, les temples, les nuraghe et les menhirs, ce n’est que pour les touristes. Même si, après les ravalements, les cathédrales sont à nouveau blanches, elles sont aussi tristement « vides ». Dès lors, « l’Histoire de l’Architecture » est devenue, comme l’avait très synthétisé Bruno Zevi, “Chroniques d’Architecture ». Et les chroniques pour avoir du succès doivent parler surtout de délits affreux. Nul la OSTA (Rien n’empêche… as-tu aimé ce mot ? OSTA ! Les gens du peuple, en entendant de mots difficiles, s’y affectionne !) Rien n’empêche de regarder, dans les futurs décennies, les nuages, les rêves, les alambics et… les beignets, comme autant de témoignages bouleversants d’époques révolues. Entre temps nous serons tous morts et les survivants erreront “on the road”. Il ne s’agira pas , [peut-être] de la “ROAD” aventureuse de quelques “easy riders” en direction des nouvelles frontières illusoires et hallucinées de Jack Kerouac mais d’une “Road” de fuite hallucinée dans le vide et dans le néant de Cormack McCarthy. Ah ! Quelle allégresse ! Mais rien de plus par rapport à ce que racontent d’autres visionnaires tels Memmo54 e Maurizio. Voulons-nous conclure avec un vers célèbre de notre Architecture Littéraire ? Voilà : “Laissez tout espoir… Vous qui entrez, jour après jour, dans le lendemain et dans l’après-demain”.

Maintenant, j’arrête avec beaucoup d’excuses et je vais voir ce que nous transmet cet objet noir et funèbre accroché au mur…….Ah ! Voilà ! Je m’en doutais ! La Méditerranée, comme une bassine d’eau qui chavire sur le côté, qui ne cesse de déverser, “on the road” ou “through the sea”, une humanité qui s’en fiche pas mal de San Pietro, du Foro Romano, des Expos, du couchant au dessus de la mer qui trahit toujours. Même de la fourmilière du jardin d’à côté, elles sont en train de sortir, bien alignées, les fourmis travailleuses en quête d’un nouvel abri. Quand j’amène mon chien en promenade, je demeure fasciné à les regarder. Rien ne les arrête, elles tondent, traçant une tranchée devant elles, l’herbe du pré. Où est-ce qu’elles sont en train d’aller ? Elles seules le savent. Certes, l’Allemagne est lointaine.”

Sergio 43

Mot de passe : Pré_Vert

29 samedi Août 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Mot de passe : Pré_Vert

La nuit dernière, au milieu d’un rêve d’ascenseurs transformés en funiculaires et de dalles urbaines transformées en sous-sols à perte de vue, je me suis dit, en italien, « PRATO », un mot ayant pour moi la force prodigieuse de tout dissoudre ou refouler sous l’oreiller.
Dans mon esprit « PRATO », ce n’est pas exactement le « PRATONE » dont parle Claudia Patuzzi dans son dernier roman, « Une mer dérangée ». Car si je songe au PRÉ de mes rêves, je ne souhaite pas d’en avaler toutes les mauvaises herbes ni d’égratigner mes mains et mes pieds au contact brusque des orties et des plantes sauvages.
Mon PRÉ à moi est une pelouse vallonnée, accueillante et propre comme on en rencontre par exemple dans les Dolomites, à cette altitude moyenne des 1200 mètres qui anticipe le bois. Ou alors c’est une clairière où la lumière ondoie sous l’impulsion d’une brise légère.
« Se rouler dans les prés », cela représente pour moi un plaisir absolu, tout comme celui de « se jeter dans la paille ou dans l’eau d’une mer bleue ». Tout comme « s’étendre à même le sol » dans la place du Campo de Sienne ou sur les marches du parvis de l’église de San Petronio au beau milieu de la piazza Maggiore à Bologne.
Qu’importe si dans les prés de mes innocents souvenirs l’on peut rencontrer des flaques de bouse de vache ! Il y aura toujours quelqu’un qui appellera cela « l’or des champs »…
Donc, si je parle d’un Pré, je fais immanquablement allusion à un Pré… vert. Une espèce d’antidote poétique à la laideur du monde : jusqu’au jour où l’homme gardera sa capacité de sauver et entretenir « quelques prés indispensables », l’humanité demeurera hors de véritable danger…

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Voilà pourquoi, en 1994, je crois, quand j’installai ma première boîte mail de bureau, je choisis « prato » pour mot clé.
Je venais juste de me transférer de l’administration des Travaux publics à celle de l’Urbanisme. On m’avait en fait confié la direction du bureau s’occupant des affaires territoriales de la commune de Rome… Depuis la baie vitrée de mon bureau, j’avais la vue splendide d’un Pré vallonné, pointé de pins et de cyprès, vide de monde et plein d’animaux, parfaitement entretenu. Ce pré rentrait dans un parc plus vaste, relié, plus loin, au patrimoine vert de la via Appia Antica, le principal « poumon vert » dans la zone sud de la capitale.
Je me rendais dans ce bureau en traversant Rome de nord-ouest à sud-est, presque d’un extrême à l’autre : de la Balduina à Tormarancia. Dans un état d’exaltation ne faisant qu’un avec la fatigue, cette traversée représentait au jour le jour une véritable aventure, où la découverte de chaque petit détail — d’enseigne, de mur, de portail, de feu rouge, d’arbre ou de buisson envahi par le gaz des voitures — m’obligeait à réfléchir ou, plus fréquemment, à rechercher une voie de fuite.

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Au bord septentrional du parc de Tormarancia, les deux édifices blancs hébergeaient en 1994 les bureaux de l’Urbanistica de la Région Latium
à Rome  

Je ne peux pas tout expliquer de la beauté contradictoire du quartier de Tormarancia où je me rendais chaque jour pour mon travail. Je ne peux pas faire non plus un bilan quelconque de ce que signifiaient pour moi, dans l’économie d’un engagement plus vaste et complexe, les transformations réelles ou virtuelles qui se passaient devant mes yeux dans cette zone de Rome tout à fait particulière.
Je ne peux pas le faire, car, sur un plan de Rome approprié, à l’aide de photos et de documents consultables, il faudrait expliquer jusqu’au bout mes affirmations et mes sentiments. J’aurais dû tout recueillir ou garder à l’époque de mon engagement, pour en tirer maintenant une synthèse qui n’était pas ennuyeuse et incomplète.
Je ne l’ai pas fait. Je suis tombé en 1994 dans la réalité administrative et politique de Rome avec le regard que l’expérience de Bologne m’avait collé aux yeux. Donc, même si je crois avoir fait tous les efforts possibles et imaginables, je n’en ai pas fait assez, peut-être. En tout cas, c’était très difficile agir dans un contexte qui ne partageait pas les mêmes idées et convictions que moi.
Je dois avouer que j’étais respecté et qu’on me donnait beaucoup de confiance. Donc, j’ai réussi en quelques petites choses, sans renoncer à mes principes et à ma vision de ce qu’il fallait faire. Mais je n’ai pas eu la chance de m’exprimer au-delà de correctes propositions et de chaleureux conseils qu’une très exiguë minorité de personnes sensibles partageait. En fait, je rencontrais devant moi moins l’incapacité que le manque de volonté d’aller jusqu’au bout ou, du moins, d’établir des règles cohérentes et avantageuses pour la collectivité.
Ce n’était pas une question de personnes. Des gens bien intentionnés et honnêtes il y en avait, bien sûr, même nombreux, à commencer par mon dernier assesseur à l’urbanisme, l’unique personne au monde qui pouvait assumer la décision de me charger de la planification régionale pendant deux ans.
Mais Rome, cette ville qui aurait dû plus que toutes les autres profiter de la bonne administration de ses ressources naturelles et culturelles immenses a toujours empêché qu’on s’y mette sérieusement et avec la continuité nécessaire…

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Quand je me suis réveillé des péripéties verbales auxquelles le « cauchemar urbanistique » m’avait obligé, le mot PRATO s’était volatilisé. Avec ce mot, avait disparu aussi la gigantesque façade du bureau de la rue du Giorgione, le même immeuble où Elio Pétri avait tourné « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon » avec Gian Maria Volontè.
Ouvrant Twitter, je me suis rendu, automatiquement, vers le profil d’une personne que j’estime beaucoup : Laurence. Outre à lancer chaque jour les mots touchants de poètes et philosophes incontournables, elle « accroche » à son mur des phrases particulièrement efficaces et profondes. Ce matin, j’y ai lu :

« … parfois,
soudain,
je suis stupéfait
et j’ai l’impression d’être seul
à voir l’étrangeté
de tout ce qui est. »

Cette phrase de Lambert Schlechter, très aigu écrivain luxembourgeois, exprime parfaitement l’état d’âme de mon réveil. Combien de fois, j’avais vu cette « étrangeté » et j’avais essayé de sensibiliser le plus de gens possible, même avec force et insistance ! Personne n’écoute personne, peut-être…
Aujourd’hui, en me lisant, vous avez bien sûr remarqué combien d’embarras se déclenche en moi lorsque j’entame une fouille quelconque dans ce passage crucial de ma vie. Car il m’est vraiment difficile d’expliquer (à moi-même aussi) pour quelle raison j’avais alors besoin de rêver d’un Pré vert ! Et combien je demeurai étonné, même interloqué, en le trouvant, disponible pour mes yeux pendant tout le temps que je voulais, justement là, dans le lieu où les contradictions de nos destins urbains et humains trouvaient le plus haut niveau d’actualité et de fréquence !
C’était le spectacle réservé aux fenêtres orientées à sud-est, tandis que les autres étaient au jour le jour confrontés à la banalité d’une rue sans charme ainsi qu’au hasard d’un trafic anonyme.
Maintenant, je comprends que je ne le voyais pas ce pré vert gisant en face de moi avec toute sa réalité. Je ne profitais pas de cette beauté sous les yeux ni des nuances produites au fur et à mesure par les innombrables mutations du ciel. Si je m’accoudais à la baie vitrée, je ne voyais que cette Rome insaisissable et indomptable, avec ses Hauts et ses Bas, avec ses gens pour la plupart résignés et contents, satisfaits de leur provisoire bien-être et convaincus même que c’était là le véritable goût de l’existence. S’assurer ce bien-être, cette vie « à part ». Peut-être tous ces gens qui se promenaient, affairés, sur le trottoir à mes épaules, avaient-ils un Pré privé dans leurs têtes. Ou alors dans leurs ordinateurs. Un Pré passe-partout, pour s’ouvrir au monde ou pour verrouiller le monde hors de chez soi.

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

Des vacances «communicantes»

19 mercredi Août 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, les échanges

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Uzès, la Place aux herbes depuis la tour du Roi

Des vacances «communicantes»

Depuis ma rentrée à Paris, je n’ai pas encore rencontré Dominique Hasselmann, même si je me suis rendu plusieurs fois près du canal Saint-Martin dans l’espoir de l’y croiser. Donc, je n’ai pas eu l’occasion d’échanger avec lui autour de mes récentes impressions de voyage.
Car le hasard a voulu que nous choisissions les mêmes endroits pour y séjourner pendant nos vacances d’été de 2014 et 2015.
En 2014, je me suis rendu à Saint-Malo presque dans la même période où Dominique séjournait à Uzès, tandis qu’en cette année 2015 les rôles se sont inversés : quitte à revenir à Uzès pour un bref « récapitulatif », Dominique est « monté » à Saint-Malo tandis que moi je suis « descendu » à Uzès.
En plusieurs occasions, j’ai déclaré que j’avais choisi Uzès à la suite des suggestions que les articles de Dominique avaient fait déclencher en moi, tandis qu’évidemment il n’avait pas besoin de partager mon enthousiasme vis-à-vis d’une localité comme Saint-Malo, universellement connue pour ses extraordinaires beautés naturelles, historiques et culturelles.
Mais il est quand même évident que cela ne se vérifie pas trop fréquemment, une alternance semblable. Dominique et moi, malgré nos personnalités différentes, nous avons des goûts et des nécessités similaires… et pourtant, lors de nos vacances, nous avons, je crois, le même reflet : rechercher d’endroits où la beauté se conjugue à quelque chose de rare et difficile à expliquer par mots… Quelque chose de plus qu’un endroit « clair, calme avec balcon »…
Peut-être s’agit-il d’une pulsion tout à fait normale, que nous partageons avec une multitude d’autres individus gênés, comme nous, par cette couche de banalité qui rend uniformes et souvent insupportables la plupart des lieux de vacances. À Saint-Malo et à Uzès, nous cherchions tous les deux, pour nos vacances, une localité qui n’était pas seulement — ou pas du tout — une « localité de vacances ».

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Saint-Malo, les remparts

Et pourtant Saint-Malo se laisse envahir au jour le jour d’une foule assez vorace tandis qu’Uzès ne manque pas de fêtes votives, de taureaux qui se laissent chevaucher ni de marchés qui n’ont rien à envier aux anciennes kermesses médiévales…
Dominique Hasselmann a beaucoup dit et montré pour faire comprendre l’unicité de ces deux « îles » incontournables où l’esprit civil très évolué se marie à une formidable capacité d’organiser et prévoir jusqu’aux moindres détails. Saint-Malo et Uzès, tout en gardant la conscience de leurs limites, sont de véritables machines urbaines parfaitement huilées et donc en condition d’endiguer les invasions les plus farouches, grâce aussi à leur culture tout à fait particulière. Moi je pourrais ajouter d’autres observations, en concentrant par exemple l’attention sur les extraordinaires remparts de l’une — créant à chaque tournant une diverse dialectique entre la ville et la mer-terre tout autour — ou sur la magnifique place aux herbes de l’autre — établissant un lien diabolique avec le reste de la ville-bonbonnière, notamment avec les boulevards qui l’entourent et l’immense territoire uzétien —, mais cela ne suffirait pas à rendre jusqu’au bout le sentiment qu’on prouve le jour où ces merveilles deviennent, d’un coup, évidentes… et surtout lorsqu’on est en train de les quitter. Laisser Saint-Malo ou Uzès c’est un peu comme laisser Venise, se séparant de vacances qui nous ont touchés profondément sans qu’il n’y eût même pas besoin d’une joie d’amour pour justifier notre chagrin…

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Uzès, la Place aux herbes

Quand nous sommes partis à Nîmes pour y reprendre le train pour Paris-Gare de Lyon, nous nous sommes longuement interrogés. Combien d’endroits existe-t-il en France comme Uzès et Saint-Malo qui gardent encore, en 2015, cette joie de vivre simple et cet amour du beau ? Combien de Saint-Malo et d’Uzès existent-elles encore dans le monde ? Les îles grecques ? Les Dolomites ? Quelle région assez reculée, épargnée par la Vague inexorable ? D’ailleurs, est-il vraiment possible de trouver cette joie tranquille et respectueuse dans un endroit reculé ?
Nous n’avons trouvé qu’une réponse, basée sur nos connaissances forcément limitées et sur notre imagination présomptueuse : il existe un autre endroit, en France, qui pourrait se juger à la hauteur de ces deux rivales et de leur force discrète d’attraction pacifique : le canal Saint-Martin de Paris ! Cette ville-ruban coulant au milieu de la grande métropole — reliant l’Arsenal au bassin de la Villette et, plus loin, au canal de l’Ourcq —, garde en elle une beauté exquise où ce peu de nature qu’on a su préserver se lie au jour le jour à la vitalité de ses habitants. Oui, nous pouvons dorénavant fermer les yeux et nous rendre à tâtons dans cette petite Venise et là assis par exemple dans la terrasse de l’Atmosphère, constater que la beauté et la joie de vivre sont là, prêtes à être saisies. Il nous suffit d’être capables de les savoir apprécier !

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Paris, le canal Saint-Martin

Giovanni Merloni

Je devrai le faire

17 lundi Août 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Je devrai le faire

Avec de « grandes » propositions de changements stratégiques sinon héroïques, on rentre à Paris.
Les vacances intenses ou paresseuses se sont révélées trop brèves, tandis que — derrière l’image de paysages incontournables ou discrets, au milieu de gens de tous les âges à l’esprit vivant et audace — notre ombre a pointé, de temps en temps, capturée contre sa volonté par quelques photos abruptes et inattendues.
Ce qu’on appelle « vacances » est parfois un redoutable miroir, ou alors le moment de la vérité. Une vérité « involontaire », comme nous l’apprend Gilles Deleuze (1), qu’il faut d’autant plus regarder dans les yeux et entendre par le menu.
En général, les vacances mettent à nu cette « nostalgie de la vérité » — ou alors « nostalgie de la rupture » — qui a servi parfois, au cours de notre vie, à prendre des décisions indispensables.
Mais il y a toujours le revers de la médaille, le côté « photographique » que ces périodes particulières, brisant la routine, assument : pendant une longue période avant de partir, pour seconder notre besoin de société et de reconnaissance, ou de vanité, nous avions parfois oublié les exigences de notre « carcasse » (2) en lui imposant de dangereux tours de force, c’est-à-dire une exploitation exagérée de certaines parties de notre corps, notamment du cerveau,  endommageant les autres parties de ce même organisme. C’est banal, mais l’on arrive tellement épuisés aux vacances qu’on n’a même pas la force de se détendre ni de profiter de ce que la soudaine absence d’obligations nous offre.
D’ailleurs, les vacances nous font entrevoir les avantages d’une « saine solitude artistique » ou alors révèlent les côtés positifs d’une contradiction entre le besoin de reconnaissance et les élans solitaires qui peuvent bien coexister dans la même personne surtout si celle-ci possède un tempérament d’artiste.

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Quant à moi, j’ai d’abord une nécessité absolue de retrouver ma position verticale, avec un minimum d’élasticité physique.
Ensuite, je devrai reprendre confiance avec les endroits naturels de cette douce France que je ne veux plus quitter, dont je peux, bien sûr, retrouver quelques traces aussi dans les jardins et dans les canaux de Paris.
Enfin, je devrai sortir de mon trou (ou de ma tour médiévale) avec mes cartons et mes couleurs. Même si mes portraits demeureront pour la plupart abstraits ou inconscients, je me dois d’essayer de peindre ce monde qui m’échappe des doigts, de m’arrêter à parler avec ces gens, désemparés comme moi, qui tournent les yeux à la recherche d’une ombre amie.
Je devrai le faire…

Giovanni Merloni

(1) dans un texte signalé sur Twitter par Laurence (@f_lebel)

(2) expression très efficace adoptée souvent par Brigitte Célérier dans « paumée ».

Pendant ces jours, 1975 (Ossidiana n. 55)

31 vendredi Juil 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles, mes poèmes

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Ossidiana

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Des évocations inexpliquées

Encore, je ne sais pas m’habituer à l’idée qu’il y aura des vacances. Brèves ou longues, je ne sais plus si quatorze jours d’absence c’est peu ou beaucoup, ces vacances dans le sud de la France seront en tout cas un temps différent, dépourvu de connexions, loin de ma petite tour où tout semble facile et accessible.
Dans ce temps, donc jusqu’au 16 août, ceux qui s’accouderont sur le portrait inconscient trouveront immanquablement cette poésie en vers libres, parfois très proches de la prose. Encore une fois une poésie ressuscitée, sortie d’un tiroir récalcitrant et poussiéreux. D’autres vacances, un bref séjour à Rome venant de Bologne d’il y a quarante ans à peu près. De là jaillit une espèce de point d’interrogation auquel je veux me consacrer les prochains jours. Est-il opportun et correct de revenir avec une telle insistance sur un passé désormais révolu, sur deux personnages, un homme et une femme, qui ne s’y retrouveront pas, parce qu’ils ont traversé une vie entière dans des mondes éloignés qui ont énormément changé, à différentes vitesses l’un de l’autre ? Et cette incohérence narrative, cette absence totale de précisions historiques, sont-elles conformes à l’idée, largement partagée par la plupart des lecteurs, selon laquelle notre vie est un théâtre ?
Et, même admettant que le personnage-narrateur devenu à présent vieux et inutile ait vécu, dans son âge meilleur, plusieurs vies, où est-il le dénouement de chacune d’elles ?
Dans mon for intérieur, je doute. À la veille de chaque publication, j’ai peur que le précaire équilibre de cette « liaison dangereuse » avec le passé, jouée par le biais d’évocations inexpliquées, précipite de but en blanc avec l’idée même de la poésie. Heureusement, le matin suivant il y a toujours quelqu’un qui trouve dans un mot ou dans une phrase un écho à ses propres chagrins ou joies cumulés…
Peut-être, je vous enverrai de temps en temps quelques cartes postales sans le timbre, pour vous dire bonjour…
Pour de nouvelles lectures, au revoir lundi 17 août ! Ciao !
G.M.

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Deux frères, Lello et Lellina (mon père et ma tante), Rome 1925

Pendant ces jours

Pendant ces jours
comme un déporté
dans une île heureuse
je me laisse distraire
par les rires des femmes
aux colliers colorés
qui m’ont vu naître
qui m’ont appris
à raconter des fables
à moi même.

Pendant ces jours
j’épuise, avec plaisir,
le va-et-vient bizarre du temps,
les préparatifs longs et gais
offusqués pourtant
par cette voix sombre, décalée
accrochée aux lustres
m’annonçant les caprices
de la vie et de la mort.

Pendant ces jours,
enfant prodigue je reviens
à la maison paternelle,
où jadis l’on m’exhibait,
timide, curieux,
convenablement habillé,
où naguère j’apprenais
en silence
de mon père la leçon
de ma mère la façon
de m’en sortir,
j’y sirote maintenant,
comme un enfant malade,
le rituel de la fête,
l’explosion des hurlements,
les fuites et les poursuites
dans les couloirs.

Et pourtant,
pendant ces jours,
combien devient-il difficile
de rêver à toi
à la femme que j’aime,
à ton parfum, à ton rire !
Impossible de me souvenir,
ici, des abris
de bois et de paille
de nos étreintes adultes !

Pendant ces jours
en quête de ton ombre,
de la lueur de ton nez,
j’avance péniblement
dans l’obscurité de plomb
m’offrant en exclusive
de sentiers impraticables
de gestes au ralenti
de mots mesurés et meurtris
qui taisent et offusquent le mieux
de nous deux.

Où sont-ils
nos cœurs suffoqués ?

Ça devient le jeu
du chat et de la souris,
les retrouver ici
nos silhouettes pulsantes
au milieu des gâteaux
des étoiles filantes
des rideaux fleuris.

C’est une dure partie
c’est de l’escroquerie
c’est une loterie,
tout comme dévider
un nœud de cordes
ayant le vent de sable
dans les yeux
ayant le vin brûlant
dans l’estomac.

Il faut bien espérer
après les vacances
qu’on sera encore heureux.

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Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

TEXTE EN ITALIEN

Rien qu’un «guizzo», un «schizzo» et un «ghiribizzo». Quoi faire, alors ?

20 lundi Juil 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Portrait d'un tableau

001_grue 003 180 Rien qu’un «guizzo», un «schizzo» et un «ghiribizzo». Quoi faire, alors ?

Si j’avais les instruments adaptés et le temps nécessaire, je pourrais le démontrer, j’en suis sûr et certain : au cours d’une journée, du petit matin au soir, même en comptant certaines heures creuses et paresseuses de l’après-midi, chacun de nous n’a droit qu’à un seul « guizzo » (1), rien qu’à un seul microscopique éclat de génie. Il vaut mieux le savoir en avance, ayant bien sûr la présence d’esprit, au moment donné, pour sauter sur la croupe de la chimère journalière qui passe, si c’est vraiment elle qui passe, si ce n’est pas, au contraire, une de ses fausses copies.
Dans le cas heureux et unique, combien de temps durera-t-elle notre inspiration ? Quelles importances ou intensités pourrons-nous reconnaître à notre « schizzo » (2) ou au féminin, notre esquisse ? Quelle valeur nous sera reconnue pour que nous puissions nous accorder le « ghiribizzo » (3) ou la lubie, brève et fulgurante, de nous exprimer de façon abrupte et inattendue ?

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Chaque jour, nous avons droit au maximum à un seul guizzo et/ou schizzo et/ou ghiribizzo.
Je tire cette théorie, bien évidemment, de mon expérience directe. Cette chance de renaître chaque jour, avec une petite provision d’énergie, d’enthousiasme ou de colère juste, fait partie d’un cycle très humain et corporel, presque inexorable. D’ailleurs, cette faculté d’inventer un petit calembour, un slogan publicitaire, une boutade qui pourrait changer le monde, peut se traduire, au fur et à mesure, en quelque chose de plus solide… Il suffit de sommer calmement, jour après jour, les guizzi, les schizzi et les ghiribizzi. Avec le temps nos petites éruptions volcaniques quotidiennes pourraient donner la vie à un grand tableau, un triptyque, une fresque… Ou alors, elles pourraient suggérer à notre alter ego méthodique et planificateur les éléments-clés pour une reconstruction sincère et équilibrée de nos drames, de nos joies ainsi que de nos obsessions.
Bien sûr, les exceptions ne manquent pas. Par exemple la Cappella Sistina que Michel Ange a peinte relativement en peu de temps. Et bien sûr, la réalisation de certains tableaux peut être assez rapide, surtout s’il y a eu avant un travail intense et continu des années durant.
On connaît d’ailleurs par quel immense travail Giacomo Leopardi se consacra à son Zibaldone ou Marcel Proust à son Temps perdu… Leurs œuvres ont eu besoin de l’abri d’un temps de renfermement, prolongé jusqu’au désespoir, jusqu’à l’abnégation sinon à une sorte de suicide même…
Ou alors je m’interroge sur le rapport entre l’œuvre extemporanée d’un Nicolò Paganini — ou la création fulgurante d’un Gioacchino Rossini — et la lenteur pleine de prodiges de Giuseppe Verdi, par exemple. Il y a des génies au tempérament rapide sinon vertigineux, du moins pendant une phase de leur vie, tandis que d’autres ont besoin de mûrir longuement, en silence. Le même Rossini — dont on a écouté, bouche bée, une symphonie irrésistible de ses vingt ans telle la Gazza Ladra —, lors de son âge mûr, marqué par son installation à Paris, il perd un peu, apparemment, de cette insouciance qui le rendait auparavant capable de créer des chefs-d’œuvre tout comme s’il s’agissait d’improvisations…

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Mais voilà que je suis arrivé au point de cuisson désiré pour le pot au feu que j’aimerais offrir, comme le faisait Pierre-Auguste Renoir avec les siens, à mes amis peintres ou photographes ou poètes, habitués désormais à transférer sur les blogs qu’ils ont amoureusement créés leurs guizzi, schizzi et ghiribizzi quotidiens. Je suis arrivé donc à la conviction qu’il faut se sacrifier si l’on veut atteindre de vrais résultats dans le domaine de l’art tout comme dans celui de la littérature. On peut bien sûr lire, relire et commenter, aujourd’hui, le Journal de Kafka sur le web, se passionnant à la traduction originale de Laurent Margantin. On peut redécouvrir Virginia Woolf dans le français cohérent dont nous fait cadeau Christine Jeanney. Et cætera. Mais Franz Kafka ni Virginia Woolf ou Leopardi ou Proust n’auraient pas achevé leurs œuvres gigantesques en les publiant au jour le jour sur des blogs.
Bien sûr, Virginia écrivait des articles et Kafka avait l’obligation d’un travail « alimentaire » quotidien. Mais ils faisaient cela avec la main gauche et même à contrecœur, tellement vif était leur souci vis-à-vis du temps perdu, arraché à leur véritable existence de poètes…
Notre exploitation quotidienne pourrait bien sûr frôler par hasard des cimes très élevées, notre performance serait toujours éphémère et caduque. Quoi faire, alors ?
Tout simplement accepter que notre guizzo quotidien ne sera qu’une trace, sous forme de schizzo, pour une éventuelle élaboration successive, que nous devrions faire en cachette, ayant préalablement coupé tous les fils avec la réalité et ses petites vanités indispensables. Peut-être, nous n’aurons pas le temps, ni les énergies ou la concentration, au moment donné, pour transformer le canevas en scénario et le scénario en film. Nous pouvons bien sûr nous laisser bercer par l’illusion que quelqu’un d’autre, en dehors de nous, le fera après nous, quand nous serons disparus. Dans un tel état des choses, ne serait-ce alors mieux disparaître avant, le plus tôt que possible, en bonne santé, renonçant à quelques petites gloires quotidiennes pour essayer de laisser une trace un peu plus accomplie de notre passage ? Est-il tellement nécessaire, pour avancer, la reconnaissance que nous sollicitons de notre vivant avec autant d’acharnement ?
Nous sommes tous des êtres humains. Une âme sociable plus ou moins vivante en chacun de nous nous pousse à sortir, à bavarder, à discuter, à subir parfois l’influence des uns et des autres. Cette technologie dévoratrice nous offre d’ailleurs des merveilles virtuelles dont notre appetit ne peut plus se passer. S’il est vrai que notre vie est devenue de plus en plus anonyme et peut être aliénée… nous ne saurions plus disparaître du jour au lendemain sans ressentir cet acte comme un échec, un gigantesque pas en arrière, un retour à l’âge de la pierre.
Donc, on continue comme cela. En nous prenant, de temps en temps, le ghiribizzo d’écrire un poème qui demeurera un fragment, de raconter notre vie dans un journal fictif, constellé d’indispensables mensonges, de couper notre roman de mille pages en mille morceaux qui s’éloigneront de plus en plus de l’esprit originaire…

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Giovanni Merloni

(1) guizzo = bond insaisissable d’un animal ou d’une personne, toujours dans une direction inattendue, comme le ferait un poisson jaillissant de l’eau. Au sens figuré par « guizzo » on entend surtout un petit prodige, tout à fait inattendu, de l’intelligence humaine.
(2) schizzo = terme qu’en italien oscille entre l’éclaboussure et l’esquisse. Donc au sens figuré cela explique soit une attitude fort spontanée et parfois maladroite, soit le résultat d’une habileté manuelle expérimentée dans le dessin.
(3) ghiribizzo = c’est un caprice soudain, qui peut regarder n’importe quelle activité ou intérêt. Le «ghiribizzo » est souvent évoqué, au cours d’une conversation comme une sorte de revendication paradoxale. Par exemple : « Je me rends chez le coiffeur quand me saute dessus le « ghiribizzo », voire le caprice, de le faire ».

Une tablée d’images et de mots (à consommer sans modération)

10 mercredi Juin 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Une tablée d’images et de mots (à consommer sans modération)

Nous vivons dans une époque de transition, où chacun de nous est confronté à des changements à plusieurs vitesses.
D’un côté, on est emportés par une vague irrésistible où les expressions individuelles et collectives se mêlent en une sorte de « création d’événements » basés sur les mots et les images. Cela nous donne l’illusion d’être des auteurs d’œuvres organiques, importantes et même nécessaires dont nous serions chargés. Soit pour créer et peaufiner ces « œuvres », soit pour les garder et les défendre soigneusement des attaques que ce monde même de la vitesse ultra technologique favorise de plus en plus. Dans ce contexte d’apprentis sorciers — embauchés par des patrons invisibles qui alterneraient le bâton menaçant de l’anonymat et la carotte d’une gloire de plus en plus improbable —, on est tous seuls, obligés d’apprendre une quantité d’attitudes et de savoirs indispensables dans une poursuite haletante et toujours disproportionnée… Karl Marx dirait que nous sommes exploités par nous-mêmes, car l’illusion technologique ne faisant qu’un avec la peur de « rester en arrière » nous transforme à la fois en entrepreneurs, donneurs d’emploi, ouvriers, galopins, et cetera.
De l’autre côté, le monde où nous posons les pieds avance doucement, prisonnier d’une exaspérante lenteur.
C’est un monde où les nouveaux « trucs » de notre armement quotidien donnent l’impression de fusils chargés à blanc.
Il suffit de « sortir du champ » d’Internet ou du réseau téléphonique pour tomber immédiatement dans ce monde qui nous semble appartenir au passé. Un passé dont nous avons presque tout oublié.
Est-ce que nous aimons vraiment ce passé ? Ne sommes-nous pas, au contraire, tellement accrochés aux privilèges du numérique et d’Internet que nous sommes déjà devenus incapables d’accepter l’hypothèse, tout à fait possible, de tomber en panne et tout perdre ?
Deux réalités se combattent donc, objectivement, dans le temps de l’Histoire et dans l’espace de la Planète : ceux qui n’ont jamais touché au bien-être de la consommation et restent à priori exclus vis-à-vis de tout pouvoir de « voir le monde », à travers internet et les « trucs informatiques », d’une façon illusoire, mais privilégiée ; ceux qui acceptent le défi diabolique et pervers de cette prodigieuse modernité pour exorciser la peur bleue de tomber en panne.
Devant un « black out » informatique, lequel des deux mondes serait-il mieux structuré pour se sauver, au moment donné ? Lequel des deux est mieux équipé pour la survie ?
Je crois toujours dans les immenses ressources de l’intelligence humaine et surtout dans l’instinct de conservation se transformant rapidement en disponibilité au changement, en capacité de nous en sortir.
Mais je crois aussi, hélas, que le monde individualisé et gâté par les prodiges du « temps réel » peinerait énormément à revenir en arrière, s’il était obligé de descendre de son confortable piédestal.

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Par contre, il faut le reconnaître, cette euphorie d’Internet, avec la diffusion incessante d’informations et suggestions, engendre souvent des formes d’échange moins égoïstes que je ressemblerais à des étalages ou à des tablées où n’importe qui pourrait s’inviter, participant, même pour un seul jour de sa vie, à une grande bouffe instructive et suggestive.
La générosité dont quelques-uns des acteurs de Twitter et des blogs donnent des preuves au jour le jour… est en fin de compte la même générosité — non dépourvue d’innocente vanité — de ceux ou celles qui se chargent depuis la nuit du Temps de confectionner de savoureux et abondants repas pour la petite joie de rassembler des gens autour d’une table… en donnant la possibilité aux uns et aux autres de déployer agréablement leurs expériences créations prouesses…
Ce n’est que cela, peut-être. Certes, aujourd’hui cela est devenu plus difficile. Si ce n’est pas le mari, c’est la femme qui n’a plus l’envie ni les forces (ou le temps) pour organiser et recevoir de groupes nombreux. D’ailleurs, les salles ou les salons pour y installer de grandes tables sont de plus en plus rares. On doit forcément se rencontrer dans la rue.
Ou alors, grâce à ces « trucs » dont on a dit tout le mal possible, on se réunit « virtuellement » en plusieurs, pour créer, pour un seul jour, peu importe, un petit « clan » innocent et disparate. On se sert des mots et des images comme de plats gourmands. Chacun aura la liberté d’ajouter, selon ses idiosyncrasies ou nécessités solitaires, l’huile et le vinaigre, le sel et le poivre.

003_la table - copie

Giovanni Merloni

Adieu aux armes

08 lundi Juin 2015

Posted by biscarrosse2012 in contes et nouvelles

≈ 2 Commentaires

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Rome ce n'est pas une ville de mer

Directeur Maison d’Édition
« Fourches Caudines »
via Tornabuoni, 7
Florence

Cher directeur,
Lors du dernier comité de lecture dans le mois de mai, j’ai eu dans les mains le manuscrit d’un jeune écrivain (1) âgé de plus de cinquante ans.  Ce manuscrit nous a tous plongés dans un véritable embarras. Car pour la première fois, je crois, nous avons unanimement eu l’impression que l’auteur de ce texte n’avait aucune envie d’être publié ni par notre maison d’édition ni par d’autres non plus. Le roman, très bien écrit d’ailleurs, semble animé par un diabolique esprit de contradiction avec lui-même, car il cherche — et trouve — toujours le moyen pour détruire ce qu’il vient de construire. Cela fait partie de la vie. Mais ce livre exagère. Ce n’est qu’une séquelle de coïts interrompus, de naissance et de mort de l’enthousiasme, de l’amour, de la joie de vivre, et cetera.
De façon exceptionnelle, nous avons décidé : d’abord de suspendre la décision sur la publication éventuelle du livre, ou sur son refus ; ensuite d’adresser à ce drôle de personnage une lettre que je me permets de vous soumettre avant de l’envoyer par la poste.

001_adieu aux armes

Adieu aux armes 
Monsieur,
Nous vous écrivons pour vous partager les évaluations de notre Comité de lecture autour de votre « Éloge de la corbeille », dans l’espoir que dans les plus brefs délais vous serez en condition de nous rassurer autour de la nature effective de votre attitude littéraire et humaine. Si votre réponse correspond à nos souhaits, nous vous donnerons un temps raisonnable pour mettre à jour votre texte et nous le renvoyer dans sa forme définitive. 
Dans votre introduction au manuscrit qui se veut en elle-même provocatrice, originale et au final hantée par un embarrassant esprit d’autodestruction, vous insistez sur la nature belliqueuse des mots : ils sont de véritables armes, vous dites. Des armes pour attaquer, d’abord, des armes pour se défendre, ensuite… En littérature, vous ajoutez, tous les auteurs n’ont pas les mêmes droits ou la même licence à tuer par les mots…
Votre réflexion, se développant tout au long des dix pages de cette introduction, est très intéressante, beaucoup plus passionnante que le livre même. En les commentant dans notre comité, nous avons cherché d’autres métaphores, au sujet des « mots redoutables ou dangereux », aussi efficaces que la vôtre. Mais nous n’avons trouvé que des pierres. Carlo Levi disait, par exemple : « les mots sont des pierres ». Démosthène mettait des pierres dans sa bouche pour apprendre l’art de parler en public. C’était la première contrainte littéraire de l’histoire de l’homme. Peut-être, lui enlevant des mots superflus, ces pierres endiguaient-elles les avalanches de mots — sous forme de pierres tonnantes et pointues — que ses futurs discours allaient vomir. 
En principe, votre discours sur les armes en littérature est beaucoup plus vaste et complexe. Mais ce n’est qu’une suggestion aux faibles racines, dans laquelle nous avons cru reconnaître, hélas, des contradictions que vous devriez nous aider à dissoudre ou à résoudre.

002_adieu aux armes

Ci-dessous, nous avons extrait sept passages de votre introduction, auxquels nous avons essayé d’opposer notre point de vue. Le point de vue d’une cohérence narrative traditionnelle… ou alors le reflet d’une vision du roman contemporain qui, à notre avis, ne peut pas se passer de certains critères vis-à-vis des thèmes choisis et de la façon de les exploiter.
Ayez donc la patience de nous suivre :

Premier passage.
« Je suis un témoin de petitesses, d’attitudes insignifiantes, d’invisibles maladresses, de vies et de morts sans éclat. Je suis un vengeur inécouté, un opiniâtre fomentateur de polémiques gênantes par leur naïveté. Je fabrique des décors méticuleux où ne manquent pas les effets spéciaux, je hisse une stèle en forme de drapeau pour des ombres. »

Oui, c’est vrai, vous avez écrit un livre minimaliste. Cela ne serait pas un manque grave. Mais vous avez, de toute évidence, la prétention de bâtir à nouveau le monde. Sans qu’il y ait des éléments suffisamment fouillés pour donner à vos propositions l’épaisseur ni la force de la vérité. D’ailleurs, nous ne croyons pas à votre naïveté. Ne s’agit-il pas au contraire de paresse, d’une sorte de lâcheté ou fatalisme qui accompagne votre texte du début jusqu’à la fin ?

Deuxième passage.
« Je vous parle d’un père mort comme la plupart des pères, je vous parle d’un amour mort comme tous les amours.
Je vous parle d’un arbre généalogique s’effondrant dans une île unique, extraordinaire. Et pourtant, combien d’intrus se faufilent-ils dans ces tristes photos de famille ? Est-ce que leurs visages inconnus ne pourront jamais trouver quelqu’un qui sache ressusciter leurs noms, leurs vies ? Toutes les îles sont belles, toutes les femmes le sont, toutes embellies, elles aussi par l’amour extraordinaire d’un jour. »

Vous n’avez pas besoin de vous justifier. Les thèmes de l’arbre généalogique et de l’album de famille, dont quiconque aurait du mal à reconnaître tous les membres, ce sont de thèmes légitimes et intéressants aussi. À condition que l’écrivain oublie l’éventuelle hostilité ou envie ou jalousie de quelques-uns de ses conjoints. On ne peut pas transformer la page où la mémoire se dénoue en une espèce de marchandage avec les frères, les cousins ou les aînés éventuellement survécus !  

Troisième passage.
« Avec mes armes gentilles, tout à fait innocentes, je demeure seul, obligé d’avancer contre moi même, au milieu d’un redoutable maquis d’hypothèses adversaires, contre ma même voix, harcelante et opiniâtre, m’installant sur les genoux d’une statue : je t’ignore, tu t’ignores, il t’ignore, tu n’es qu’un intrus dans une photo de famille qui ne t’appartient plus ! »

Attention ! Ici, vous glissez carrément dans le pathétique. Au lieu de vous retirer sagement dans le troupeau des brebis galeuses ou des vilains petits canards, vous voulez remonter dans l’arbre de famille pour y occuper la place d’honneur. Vous oubliez combien les gens sont distraits, pris au piège par leurs propres soucis identitaires ! Néanmoins, puisqu’en fin de compte on vous a tant bien que mal accepté, essayez de rentrer calmement dans votre peau de dernier rejeton à la personnalité bizarre sinon difficile… Acceptez donc les caresses là où vous en recevez, et suivez avec confiance le sillon du Temps. Il est toujours galant homme ! Ne voyez-vous pas qu’une particulière disponibilité envers vous s’est déclenchée, par exemple, de la part de notre Comité ?

Quatrième passage.
« Je suis le témoin de vies minimales, de drames banals, d’injustices subliminales, de violences marginales. Drames, injustices et violences qui font peut-être le sel de la vie, selon ce que l’on dit. Un véritable enchevêtrement de corps et d’âmes qu’on ne devrait pas trop examiner en dehors de plaintes souriantes, de révérences exquises, de jolis exercices d’oubli. »

Voilà ! Vous avez trouvé vous-même la bonne réponse. Car en littérature aussi, comme dans la vie, il faut savoir tourner la page, se plonger dans de nouveaux univers…

Cinquième passage.
« Assis sur une balançoire au-dessus de la mer, à présent je m’interroge au sujet de l’indifférence qui voudrait anéantir des voix comme la mienne, en leur enlevant leurs petites armes secrètes qui déplairaient aux dieux, tout en gênant les hommes. »

Ce thème de l’indifférence pourrait devenir, dans vos mains, un thème universel. À condition que vous réfléchissiez bien à tout ce qui se passe autour de vous. Il faut lutter contre l’ignorance qui tue. Elle ne se borne pas à tuer vous seul, mon cher Monsieur. Elle attaque aussi notre petite ou grande maison d’édition, elle attaque même les innocentes conversations sans but matériel dont on a tellement besoin, au jour le jour…

Sixième passage.
« Avant de me glisser dans l’eau, je me cramponnerai encore aux souvenirs d’amour, aux conversations perdues, aux visages inquiétants, aux silences assourdissants, tout en reléguant mes témoignages hardis dans un vieux fichier anonyme que je vais moi-même archiver dans un dossier fantaisiste. »

Malheureusement, cher ami, ce qui vous sauve, gêne assez ceux qui vous lisent. Quelque part dans votre bouquin vous avez cité la phrase de votre cousin psychanalyste… Il a tout à fait raison : « il ne faut pas vanter la coulpe ». Mais, c’est exactement ce que vous faites ! Vous vous enveloppez bien, dans les fruits de votre désinvolture ! Les gens ne savent pas que vous êtes toujours fatigué, boitant et bossu. Ils n’imaginent pas votre vie spartiate et coincée dans les quatre murs. Car vous laissez jaillir l’image de quelqu’un qui est né avec la chemise, que les femmes adorent, qui ne fait aucun effort pour écrire vos mots coulants et magiques ! Vous ressemblez à Leopardi tandis qu’ils vous voient naviguer dans les plaisirs superficiels comme… Je ne veux pas vous faire la liste, car vous dépassez parfois les exemples les plus effrayants !

Septième passage.
« Il n’y a que ces traces amères des amours passés pouvant m’aider. Elles me sembleront sincères lorsque je trouverai la force, et la voix, pour dire adieu aux armes. »

Cette dernière phrase explique mieux que les précédentes votre façon de vous rapprocher du défi de la littérature. Une façon hésitante et contradictoire. Vous auriez besoin d’une leçon, de quelqu’un qui vous disait par le menu ce qu’il vous faut pour vous en sortir. Malheureusement, au moment où l’on est, vos efforts ne nous semblent pas suffisants ni à détruire, comme vous essayez de faire, ni à reconstruire le château de papier de votre roman. 
Nous le refusons donc, après une réflexion attentive. Remettez bien vos armes dans un tiroir et sortez ! Accompagnez votre femme dans une « trattoria » aux bords de la mer, offrez-lui un « Aperol soda » et promenez-vous longuement, ensemble, sur la plage de Viareggio, essayant de garder la verticale ainsi que le souffle plein et régulier. Regardez l’horizon devant vous en profitant des petites contrariétés quotidiennes. Le temps est galant homme… surtout si l’on travaille bien, sans d’autres armes que l’amour. Le vrai amour ! Une belle fin de semaine à vous !
Vincenzo Cestino (2)

003_adieu aux armes

Giovanni Merloni

(1) que nous appelons « jeune » parce qu’il n’est pas connu.

(2) En français, cela devrait se traduire Vincent Corbeille.

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