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« Jamais y penser avant »

25 jeudi Août 2016

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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« Dans le chagrin le plus profond… en attendant la prochaine crue. Jamais y penser avant » (Maurizio Gabrielli)

Good bye, my London Town !

26 dimanche Juin 2016

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Good bye, my London Town !

Attristé sinon consterné par cette abrupte fuite « à l’anglaise » d’un des Pays membres de l’Europe, n’étant pas un journaliste crédité, je ne peux que me borner à manifester mes perplexités ne faisant qu’un avec la conviction qu’encore une fois ce ne sont pas les peuples qui trahissent « égoïstement » leurs engagements.
Si l’Angleterre abandonne la barque européenne pour s’éclipser librement dans des océans reculés et lointains, ce n’est pas pour une question d’argent. D’ailleurs, tout en hébergeant soigneusement, à Londres, les nobles dépouilles de Marx et Engels, les Anglais sont les champions et les premières victimes d’un modèle de développement basé sur l’arrogance financière de l’argent, la « dérégulation » des garanties sociales, l’assaut sans scrupules à cette forme de l’État — la même qu’on avait bâtie dans les autres grands pays d’Europe et notamment en France — ayant réussi pendant des siècles à contenir le pouvoir excessif du capitalisme.
D’ailleurs, l’Angleterre n’a jamais voulu adhérer à la monnaie européenne. Donc, je ne trouve pas trop convaincant ce qu’affirme par exemple Jean-Luc Mélenchon, selon lequel l’Angleterre quitterait « l’Europe des riches ». Ou alors, ce qu’on dit ailleurs, à propos d’une Angleterre qui se sauverait en « corner » devant une Europe étranglée par les sacrifices de la monnaie unique et les attaques des oligarchies économiques mondiales qui voudraient l’écraser avant de la soumettre à une sorte de dictature dévastatrice.
Les hommes peuvent bien se tromper et devenir assez dangereux les uns envers les autres. Mais je suis sûr et certain que l’Angleterre — pour une différence de votes qui n’est pas énorme — a cédé à l’illusion de se soustraire à ce grand phénomène migratoire mondial que des actes de terrorisme ou de guerre accompagnent, touchant de préférence l’Europe, devenue de plus en plus la cible d’une attaque diabolique et perverse.
Je veux croire pourtant que les Anglais se sont trompés et qu’ils reviendront assez vite à l’Union européenne… Entre-temps, je songe à John Lennon ou à Winston Churchill, à Charlie Chaplin comme à Virginia Woolf. Auraient-ils été d’accord avec une telle reculade ? Et les survivants sont-ils en mesure d’évaluer la gravité de ce « choix » ?

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Alberto Sordi dans le film « Fumo di Londra » (1966)

Il y a juste dix ans, j’avais quitté Rome partant à Paris pour y continuer ma vie et mes activités. Cela arrivait — je m’en rends compte dans un sursaut — dans une époque encore optimiste, où l’idée fabuleuse de pouvoir circuler librement en Europe se mariait à l’espoir d’un rapprochement et d’une aide réciproque entre les pays de ce noble continent, dans le but commun de surmonter les diversités et avancer vers un monde meilleur.
Certes, le souvenir personnel d’un déplacement « privilégié » de l’Italie à la France pourrait paraître fort décalé vis-à-vis de ce qui arrive aujourd’hui, avec tous ces gens forcés à partir en masse en conditions dramatiques et parfois inhumaines, quittant leur pays en détresse ou en guerre dans le seul espoir de franchir une porte de plus en plus étroite, avant de trouver en Europe un accueil humain, un abri protégé qui ne sont pas toujours assurés.
Je n’ai pas traversé la mer sur un radeau de fortune. Je suis venu en France en deux heures de vol, certes avec les inévitables difficultés accompagnant tout déplacement, vivement soutenu, en tout cas, par un élan idéal, poussé par l’admiration d’un peuple et sa culture. Cependant, cette admiration pour l’une des villes les plus civilisées au monde, Paris, et mon désir de m’y installer, n’aurait pas pu se séparer de l’orgueil d’appartenir à un monde aux racines communes — l’Europe — ayant finalement compris que notre millénaire culture nous aiderait à nous intégrer réciproquement au fur et à mesure de l’évolution d’une conscience européenne partagée par tous les habitants de l’Europe même. 
Si la Grèce a été le berceau de la démocratie et de la libre pensée pour tous les hommes ; si l’Italie de la Renaissance a été justement un phare pour la constitution de l’identité européenne, Paris et la France représentent le centre propulseur et protecteur de cette identité même. Pas seulement parce qu’en France il y a eu une Révolution républicaine traînée par des figures incommensurables comme Voltaire et Rousseau, Montaigne et Montesquieu… L’histoire de la France, en originale continuité avec la longue et glorieuse parabole de la civilisation romaine, représente un exemple vivant de ce que les hommes peuvent faire au plus haut degré, puisant dans leurs immenses ressources d’intelligence et d’humanité.
L’histoire de l’Angleterre n’est pas trop différente, enchevêtrée comme elle l’est avec l’histoire d’Europe. Entre les villes de Londres et Paris — géographiquement si proches ; caractérisées par le même procès de croissance et de transformation au fil des siècles —, on constate toujours une rivalité positive, une concurrence à l’enseigne de la culture et de l’ouverture vers une civilisation de plus en plus accessible et partagée. Il n’y a pas eu que les guerres mondiales et l’Alliance atlantique qui ont fait de l’Angleterre l’un des premiers pays de l’Europe. Il y a aussi eu cette confrontation pacifique entre Londres et Paris, sans doute les plus grandes capitales d’Europe.
Pour un « provincial », comme moi, venant d’un pays historiquement divisé et donc incapable de se donner une vraie capitale, Londres et Paris ont été mes deux primordiaux repères psychologiques et culturels. « Que préférez-vous, Paris ou Londres ? » Voilà la question la plus récurrente chez nous…
Moi, je préfère Paris, mais j’ai bien aimé Londres, découvrant notamment dans la littérature anglaise un souffle d’excentricité qu’aucune culture ne possède au même niveau. Une excentricité dont l’Europe des voyageurs et des lecteurs a toujours besoin, se traduisant en fait en une différence parfois subtile, comme la « fumée de Londres » qui hante ses rues et qu’on appelle « smog »…
De cette fumée jaillit, pour moi, le souvenir d’un film avec Alberto Sordi. Ici, cet « insupportable enthousiaste » de tout ce qui est anglais ne sait pas comment se comporter dans une ville, Londres, beaucoup moins accueillante qu’il ne le supposait. Et, au bout de vicissitudes paradoxales, quand il est finalement « chassé » du Royaume-Uni et déposé sur la passerelle d’un avion, en regardant extasié dans le brouillard il s’exclame : « Good bye, my London Town ! »

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Les pays sont des personnes. Chaque pays a sa personnalité, donc ses mérites et ses défauts ainsi que ses hauts et ses bas, ses forces et ses faiblesses. L’Italie comme la France, la France comme la Grèce ou l’Angleterre. Chaque pays, comme toute personne, est soumis au risque de régresser, ou d’avancer en arrière comme les écrevisses, glissant dans une lente ou rapide décadence… Chaque pays a toujours besoin d’un chef de famille illuminé et responsable qui ait au moment donné la présence d’esprit nécessaire pour réagir aux maux de l’égoïsme et de l’impatience sauvage. Il ne faut pas être paresseux vis-à-vis de ce qui peut nous arriver.
Car il n’y a pas de raccourcis pour sauver le monde. Il n’y a qu’à se battre pour que notre univers reste en équilibre, pour que nos frères ou cousins plus démunis ne régressent pas et que nos cousins ou frères plus riches n’imposent pas des modèles et des lois injustes et destructives…

Être européens, ça veut dire :
Comprendre la différence entre les pays et les personnes sans que cela nous écrase ni ne nous rende sceptiques et indifférents.
Aimer jusqu’au bout ces pays qui souffrent d’assauts insupportables, où l’esprit de mort et la violence obtuse se mêlent toujours aux projets obscurs des oligarchies du pouvoir.
Défendre nos cultures universelles, les soustraire à l’oubli et à la mise aux marges pour les donner au monde : nous avons encore énormément à apprendre de Marx et de Freud, comme de Rousseau et Diderot !
Savoir dire de façon appropriée le mot amour, le mot amitié, le mot échange, le mot partage, le mot Europe, le mot Italie, Grèce, France, Angleterre, mer, montagnes, peuples frères, humanité !

Giovanni Merloni

Il ne s’agit pas que d’une petite ou banale ou scandaleuse question

18 vendredi Mar 2016

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Il ne s’agit pas que d’une petite ou banale ou scandaleuse question

« Ce serait beau, pouvoir dire jusqu’au bout ce que l’on pense ! » Combien de fois une phrase comme celle-ci affleure à l’esprit et à la bouche, pour être tout de suite après refoulée brusquement par nous-mêmes ! Combien de fois, après avoir exercé cette censure, nous plongeons dans un état de frustration et d’intime révolte, contre nous-mêmes, pour commencer !
La raison, le bon sens, l’expérience, l’âme sociable, la peur de l’exclusion : tout cela nous conforte dans notre lâcheté.
Telle la voix d’un frère aîné, la raison nous dit qu’il existe, dans ce monde, des mécanismes qui se répètent, qui s’alimentent même, empêchant tout un chacun de développer jusqu’au bout sa réflexion, qu’elle soit juste ou erronée.
Le bon sens nous dit en avance que celui ou celle qui devraient nous écouter ne sont peut-être pas en mesure de nous entendre, cela en raison de leur mentalité et niveau intellectuel et culturel. Sans compter les questions caractérielles, qu’on appelle en général « subjectives » : voilà des peuples qui se parlent sans se comprendre, des autres qui se font la guerre sans jamais chercher d’en comprendre le véritable motif ni essayer de vérifier si jamais cette pulsion de destruction réciproque a été créée artificiellement, par quelques « mains » externes, plus ou moins aveugles et automatiques.
L’expérience nous explique qu’il y a ou il y a eu, qui sait où, quelqu’un (qui pourrait entre-temps être mort) qui a fait démarrer un jour cette machine infernale qui ne cesse de pousser les peuples à se tuer réciproquement, jusqu’au dernier soldat ou civil, vieux, femme, enfant.
Notre âme sociable est la conseillère la plus sévère : elle nous dit de nous taire, tout simplement parce que si l’on veut dire quelque chose, il faut trouver des alliés. Mais comment trouver des alliés dans un monde où tout a été réglé par des interrupteurs invisibles et introuvables que quelqu’un a actionnés, que personne n’est capable de fermer ni d’ouvrir : chacun de nous suit ses rythmes ; chacun de nous obéit à un système d’ordres ancestraux qui se mêlent aux règles de la société où il vit sans qu’il y ait de la part de personne la possibilité de connaître ni de ranger dans un ordre quelconque les éléments en jeu.
La peur de l’exclusion nous explique enfin, calmement, qu’avant de parler il faudrait tout connaître. Il faudrait d’abord connaître l’histoire de son propre pays, sa géographie, sa nature, la personnalité et la vie de ses représentants plus importants et célèbres. Pour un étranger, les études se doublent : il devra connaître jusqu’au bout, en plus d’une liste de choses primordiales, la langue du pays où il va s’installer.
« Imaginez-vous quelle Babel idéale et morale se déclencherait si l’on donnait la parole à des gens qui ne connaissent même pas leur histoire, qui ne savent même pas d’où ils viennent vraiment ? »
J’ai entendu cette phrase jaillir spontanément, quand je me suis d’emblée rendu compte que personne ne s’intéresse vraiment à personne… Sauf dans le cas où l’amour entre en jeu !
S’il y a l’amour, la compréhension réciproque devient une chose tout à fait envisageable, même si ce n’est pas toujours indispensable. L’amour peut triompher sur la pire des dictatures et même sur les injustices les plus diaboliquement organisées.

002_carapace ou chevalier 180 La chaleur des bougies, montant en haut, fait tourner l’hélice
et, avec elle, l’édifice !

Voilà pourquoi, ici dans mon blog et aussi au-dehors de celui-ci, j’assigne une importance primordiale à l’amour, où je ne vois pas que le but primaire des hommes et des femmes, mais aussi un moyen indispensable pour comprendre la vie. D’ailleurs, du robinet d’où se déclenche l’amour, se déclenchent aussi le goût pour la liberté, l’esprit de tolérance, l’altruisme, la générosité, et cetera.
Donc, sans renoncer à fouiller dans les tréfonds de mes rébellions et de mon insatisfaction vis-à-vis de ce monde, visible ou invisible, où je suis une fourmi ou une cigale parmi d’autres fourmis ou cigales n’ayant pourtant pas de véritables chances d’être entendues, je ne cesserai pas de parler d’amour : il ne s’agit pas que d’une petite ou banale ou scandaleuse question.

Giovanni Merloni

« SAI QUANTO SONO IMBECILLI QUESTI ROMANI? » …

29 vendredi Jan 2016

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Étiquettes

Giorgio Muratore

« SAIS-TU COMBIEN SONT_ILS IMBÉCILES CES ROMAINS ? »
Tandis qu’en France, en dépit de la peur et de l’ÉTAT D’URGENCE une femme courageuse accueille le Président iranien Rohani s’accrochant comme une sœur humaine de François Villon au-dessus de la Seine en face de la Tour Eiffel… en Italie, de la peur de toucher la sensibilité du même homme d’ÉTAT, on a « revêtu » D’URGENCE les statues d’un musée romain dans une prison de bois… parce qu’elles étaient NUES ! !

Avatar de Giorgio MuratoreCentro Studi Giorgio Muratore

Schermata 2016-01-27 alle 11.30.51ettore maria mazzola su: VERGOGNE ROMANE …

Ai Musei Capitolini censurati i nudi Foto statue coperte per non offendere Rouhani Le opere d’arte coperte da pannelli …

« Condannare l’IRAN e attribuire al suo Presidente la responsabilità di una idiozia del genere è l’ennesima dimostrazione di quanto la nostra stampa risulti manipolata!
Mi chiedo se dietro questa scelta idiota E NON RICHIESTA DA ROHANI non ci sia in realtà dell’intenzionalità, ergo malafede, degli imbecilli, razzisti, irresponsabili che ci governano, affinché si scatenasse un po’ più di odio razzista nei confronti dell’Islam e l’IRAN.
DOVRESTE VERGOGNARVI!!!
In questo « giorno della memoria CORTISSIMA » voglio ricordare che l’ISLAM non è l’unica religione aniconica del pianeta … tuttavia quando riceviamo ospiti da Israele nessuno si pone il problema dell’eventuale offesa che le nostre opere d’arte potrebbero arrecare!
Da questa storiaccia tutta italiana se ne deduce che gli unici ad essere offesi sono gli italiani intelligenti…

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Une année de “travail pour tous”

23 mercredi Déc 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Mes chers lecteurs et lectrices,
à l’arrivée de Noël et du Nouvel An, je me compte parmi ceux qui n’aiment pas terriblement les fêtes commandées.
J’aime mieux le non-anniversaire de l’Alice de Lewis Carroll ainsi que le hasard d’une rencontre qui peut bien se produire lors d’un lundi de grisaille, même dans un endroit sans éclat ni importance.
J’aime revoir les amis, mais je désire surtout les rencontrer dans un bistrot ou aussi les croiser dans la rue, à l’improviste.
Je crains l’esclavage des rites. À l’exception, bien sûr, des bons plats — les « cappelletti in brodo » surtout —, devenus tellement rares ou coûteux. J’ai toujours accepté les invitations pendant les jours de Noël « obtorto collo », en raison des bonnes choses que je comptais trouver sur la table de mes hôtes.
Ou alors j’ai aimé certaines réunions du jour de l’an, qui restent sculptées dans ma mémoire, auxquelles je m’étais rendu d’un pas récalcitrant, hochant la tête, quitte à changer mes sentiments dès que j’en franchissais la porte. Comme les fins d’année chez Clara et Alvaro, dans leur microscopique appartement à La Storta, déjà rempli par un gigantesque piano à queue, où des multitudes de gens enthousiastes de la musique de Mozart et de la vie simple réussissaient à se tasser.
Je ne supporte pas les jeux de cartes ni les « jeux de société ». Mais dans certains labyrinthes de mon cerveau je peux trouver en un seul déclic ces quelques « inventions » qui me plaisaient, comme le « jeu du vocabulaire », ressemblant comme une goutte d’eau italienne aux jeux de mots « oulipiens », justifiés ou pas, qui s’inspirent à des règles qui demeurent un peu abstruses pour un parvenu de la langue française comme moi.
Voilà donc que je m’approche des jours consacrés à la bonté, à la solidarité et à l’amour avec un sentiment partagé, incrédule pour ne pas dire méfiant.
D’ailleurs, je suis prêt à m’unir idéalement, tout de suite, à une chaîne humaine planétaire se formant spontanément au nom de la “non-violence” et du “respect” entre les humains, avec l’attention particulière qu’on doit aux femmes, aux gens âgés et aux enfants.
Pour cela, je serai dorénavant disponible à interrompre mes élucubrations et mes petites fictions de blogueur frustré.
D’ailleurs, profitant de la fin de l’année et de ses inévitables bilans, j’ai déjà commencé à m’éloigner un peu de cet écran “croix et délice” (comme l’appellerait la Violetta de Giuseppe Verdi), de plus en plus totalitaire et ambigu.
Patience pour les statistiques ! Au diable le compte quotidien des “vues” ! Je préfère les “rues” et je vous y invite !

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Avec les mots incroyablement actuels du « DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE » d’Étienne de la Boétie, que je viens d’extraire, pour ceux qui ne le connaissent pas,  ,

Je vous souhaite un
2016
sans alarmes ni larmes
avec un peu de neige,
mais sans aucun piège.

Une année constructive, citoyenne, attentive
avec un peu de saines ivresses,
mais sans l’ombre de détresse

Une année de “travail pour tous”
où l’amour aura toujours
le permis de séjour
.

Ciao, en dehors de fulgurations inattendues
— vos visites étant toujours les bienvenues

ICI

Dès le premier dimanche de l’année
2016
vous trouverez peut-être des articles
qui feront démarrer un nouveau cycle,
une façon inexplorée d’y être
dans cet univers de fête champêtre
où trouvera sa place quand même
l’envie d’échanger et de connaître
et cetera…

Giovanni Merloni

« Nous sommes ainsi faits que les devoirs communs de l’amitié absorbent une bonne part de notre vie. Il est raisonnable d’aimer la vertu, d’estimer les belles actions, d’être reconnaissants 
pour les bienfaits reçus, et de réduire souvent notre propre bien-être pour accroître l’honneur et l’avantage de ceux que nous aimons, et qui méritent d’être aimés. Si donc les habitants d’un pays trouvent parmi eux un de ces hommes rares qui leur ait donné des preuves d’une grande prévoyance pour les sauvegarder, d’une grande hardiesse pour les défendre, d’une grande prudence pour les gouverner ; s’ils s’habituent à la longue à lui obéir et à se fier à lui jusqu’à lui accorder une certaine suprématie, je ne sais s’il serait sage de l’enlever de là où il faisait bien pour le placer là où il pourra faire mal ; il semble, en effet, naturel d’avoir de la bonté pour celui qui nous a procuré du bien, et de ne pas en craindre un mal… »
« …… »
« Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Ceux qui ont acquis le pouvoir par le droit de la guerre s’y comportent —
 on le sait et le dit fort justement comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général, ne
 sont guère meilleurs. Nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait le naturel du 
tyran et ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires. Selon leur penchant dominant — avares ou prodigues —, ils usent du royaume comme de leur héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable ; il le serait, je crois, si dès qu’il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu’on appelle grandeur, il décidait de n’en plus bouger. Il considère presque toujours la puissance que le peuple lui a léguée comme devant être transmise à ses enfants. Or dès que ceux-ci ont adapté cette opinion, il est étrange de voir combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous 
les autres tyrans. Ils ne trouvent pas meilleur moyen pour assurer leur nouvelle tyrannie que de renforcer la servitude et d’écarter si bien les idées de liberté de l’esprit de leurs sujets que, pour récent qu’en soit le souvenir, il s’efface bientôt de leur mémoire. Pour dire vrai, je vois bien entre ces tyrans quelques différences, mais de choix, je n’en vois pas : car s’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de règne est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature… »
Etienne de la Boétie, philosophe (1530-1563) « DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE »

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« Le fascisme est partout » : la révolution moléculaire

11 vendredi Déc 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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«Le fascisme est partout» : la révolution moléculaire
À côté du fascisme des camps de concentration, qui continuent d’exister dans de nombreux pays, se développent de nouvelles formes de fascisme moléculaire : une cuisson à petit feu dans le familialisme, dans l’école, dans le racisme, dans les ghettos de toute nature, supplée avantageusement aux fours crématoires. Partout, la machine totalitaire expérimente des structures mieux adaptées à la situation : c’est-à-dire mieux à même de capter le désir pour le mettre au service de l’économie de profit. On devrait donc abandonner définitivement des formules trop faciles du genre : « le fascisme ne passera pas ». Le fascisme est déjà passé et il ne cesse de passer. Il passe à travers les mailles les plus fines ; il est en évolution constante. Il semble venir de l’extérieur, mais il trouve son énergie au cœur du désir de chacun de nous. Dans des situations en apparence sans problème, des catastrophes peuvent apparaître du jour au lendemain. Le fascisme, comme le désir, est partout éparpillé en pièces détachées dans l’ensemble du champ social ; il prend forme à un endroit ou à un autre en fonction des rapports de force. On peut dire de lui tout à la fois qu’il est sur-puissant, qu’il est d’une faiblesse dérisoire.
Félix Guattari

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Photo  Novella Bonelli Bassano : voyage avec Félix, Palermo 1981

003_novella (1) 180 Novella Bonelli Bassano (@novellabbassano) : #twitterart

L’antifascisme, un «bien commun» dont on ne peut pas se passer

Je suis assez d’accord avec Félix Guattari quand il dit que « le fascisme est partout ». À plus forte raison, je suis de même convaincu que l’antifascisme est un « bien commun » dont on ne peut pas se passer.

Venant d’un pays fondateur de la Communauté européenne, après plus que neuf ans d’installation définitive à Paris, je m’honore de me considérer désormais comme un citoyen français. Retraité et propriétaire avec ma femme d’un appartement dans le Xe arrondissement, comme tous les Français, je paie régulièrement mes impôts : la taxe foncière, la taxe sur l’habitation et l’impôt sur le revenu. J’aurais bien sûr aimé pouvoir voter aux élections régionales de l’Île-de-France.

Néanmoins, je n’écris pas, aujourd’hui, pour manifester une déception vis-à-vis d’une des promesses que le Président Hollande n’a pas (encore) tenues, celle de donner le vote aux étrangers.

Au contraire, voyant se rapprocher au galop l’échéance du dimanche consacré au ballotage, je ressens l’urgence de rompre une lance pour critiquer ouvertement, de ma position d’observateur venant d’un pays très proche de la France, ceux qui n’ont pas voté dimanche dernier.

Je connais bien cette attitude absentéiste, toujours tranchante et sans appel, de justifier son propre manque de participation à la vie publique avec les fautes de la classe politique en général et du parti chargé du gouvernement en particulier.

J’ai malheureusement vu les conséquences de ces comportements en Italie. Si nous nous dérobons au droit devoir de donner notre vote au parti qui nous correspond le plus, nous faisons le même que Ponce Pilate : nous nous lavons les mains et nous fermons les yeux, comme si ne nous regardait pas ce qu’il arrivera après. Au contraire, cela nous regarde.

En Italie, pendant plus que vingt ans, nous avons eu un « fascisme AOC », déclaré et officiel. Une dictature qui a amené le pays à l’isolement et à la guerre. Un régime qui a aboli toute démocratie empêchant ses opposants, par la violence, la prison et la mort, de manifester leurs voix.
Pendant la Seconde Guerre, la Résistance italienne s’est constituée autour de l’idée de l’antifascisme. Une idée très simple : on ne veut plus de dictateurs, de démagogues, des violences, de dénégations de l’histoire. On veut le respect de l’homme et de la femme, on veut défendre les intérêts légitimes de l’ensemble d’un peuple, favorisant d’abord les classes plus démunies et travaillant au jour le jour pour la parité des opportunités. Autour de ces principes, le meilleur de la société italienne se regroupa alors pour fonder un État républicain libre et démocratique. La Résistance italienne, bien que conduite surtout par les socialistes et les communistes, a vu la participation des catholiques, des républicains, et de tous ceux que ce régime avait dégoûtés.

Tout au cours de ma vie, j’ai vu des gens qui défendaient avec constance et clairvoyance l’esprit et l’âme de l’antifascisme. Et, malheureusement, j’ai vu aussi le travail long et inexorable qu’on a fait au cours des années pour dévider de cette signification les principes fondateurs de notre glorieuse Constitution :
« Quoi ? L’antifascisme ? Cela ne sert à rien, car le fascisme n’existe plus ! »
Ou alors : « L’antifascisme ne représente qu’une manifestation de déni, il ne propose pas un programme ni une stratégie positive ! »

Avec l’art. XII des « Dispositions transitoires et finales », la Constitution de la République italienne de 1948 — une république « fondée sur le travail » et sur le respect des libertés individuelles — empêchait carrément la « réorganisation, par n’importe quelle forme, du parti fasciste » qu’on venait juste de dissoudre.
En fait, le ciment idéal de notre société républicaine c’était justement — surtout dans les années de la reconstruction et de la croissance économique — l’antifascisme. En manque de cela, comment aurait-il été possible d’imaginer une évolution pacifique, sereine et honnête de la vie politique ?

Évidemment, les temps évoluent et dans des sociétés très soucieuses de la liberté individuelle et collective comme les nôtres d’aujourd’hui, on ne peut pas s’attendre à une application trop rigide et « policière » de cette interdiction vis-à-vis de la réorganisation du fascisme « sous n’importe quelle forme ». D’ailleurs, la loi seule ne réussit pas à être efficace dans un tel domaine. Voilà donc la nécessité de reconsidérer le rôle de l’antifascisme : un « bien commun » indispensable, une présence nécessaire, un engagement inséparable de l’idée même de démocratie et de liberté.

Or, évidemment, nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes possibles. Beaucoup de questions graves incombent sur nos têtes. Nos extraordinaires démocraties républicaines sont menacées aussi par un système international de la division du travail et de l’argent qui profite mieux des nations où la liberté est restreinte ou trompée par des démagogies populistes. Par contre, ce même système fatigue à s’affirmer jusqu’au bout dans des pays, comme la France, s’inspirant au principe basilaire de la solidarité conjuguée avec le respect pour l’homme et la femme.

Vis-à-vis d’un nombre croissant de nations qui sont forcées, par des dictatures, à quitter tout équilibre et toute perspective de progrès humain et culturel, il y a heureusement encore des nations qui défendent leurs histoires et leurs identités fortes de pays libres. Et la France, dans ce deuxième groupe, ce n’est pas du tout le pire des mondes possibles. Dans le contexte occidental, la France demeure aujourd’hui un des pays phares, un indispensable point de repère culturel, moral et social pour l’Europe et toute la planète.

Ce qui est arrivé dans les derniers temps ressemble vraiment à un cauchemar. Car aux attaques de jeunes kamikazes « radicalisés » se marie une « radicalisation » également insensée et malhonnête à l’intérieur du système politique français.
Si les terroristes veulent frapper l’image de la France, avec d’autres pays occidentaux, pour essayer de renverser les principes fondateurs d’une société libre et équilibrée, évoquant le spectre tout à fait anachronique des « guerres de religion », les fascistes du FN, par le biais d’une agressivité verbale qui ne cache pas la nostalgie d’une véritable violence contre l’homme et la femme, veulent aussi faire régresser la France au Moyen Âge plus totalitaire et obscur.

Personne n’a marqué un passage significatif de notre histoire récente, qui est en partie à l’origine, à mon avis, de ce qui se passe aujourd’hui.
Le Président Hollande a bien fait de maintenir la promesse au sujet du « mariage pour tous » : la France n’est pas le premier pays d’Europe qui ait adopté cette loi. Une loi que je partage tout à fait, qui correspond d’ailleurs à la vision laïque de l’État et de l’administration publique, au respect pour la vie individuelle, à la vision solidaire et humaine dont la société française entre autres est profondément imprégnée.

Pourtant M. Hollande aurait dû en même temps tenir aussi la promesse d’intervenir sur les questions du travail et de l’inégalité sociale de façon plus incisive et surtout plus « socialiste ». Et il aurait dû aussi réfléchir aux possibles conséquences de l’application de cette loi qui autorise le « mariage pour tous ». D’abord, il a peut-être sous-évalué les nombreux contextes sociaux et psychologiques que cette loi allait toucher. Ensuite, il n’a pas vraiment réagi au tourbillon tout à fait démagogique et opportuniste que Marine Le Pen avait déclenché en cette conjoncture. Il fallait, au contraire, répondre par une mobilisation capillaire, par une discussion ouverte et courageuse avec « tous les Français ». Tandis que c’est à partir de cette fameuse manifestation « contre » le mariage pour tous que le FN a commencé à consolider une base électorale dont elle s’est ensuite servie pour des objectifs tout à fait différents, agitant une radicalisation aussi obtuse qu’extrême de la confrontation politique en France.

Si je peux me permettre de le dire, en manque de présence et de visibilité sur le territoire, le gouvernement Hollande a travaillé dans une tour d’ivoire. Certes, il a su surmonter, j’en suis sûr, une partie des dégâts que le gouvernement Sarkozy avait imposés à la France. Et il a fait aussi de bonnes choses. Mais, entre-temps, la société française, de plus en plus fragmentée et frappée par la crise économique, s’est inévitablement concentrée sur le petit bilan de chaque famille ou activité commerciale, mûrissant peut-être un sentiment de solitude et d’incompréhension. C’est ainsi qu’on devient une proie facile de la démagogie ou de l’indifférence !

À la veille du vote régional, l’attaque terroriste du 13 novembre a été sans doute une attaque à la France et à son gouvernement. De cette attaque, FN a bien profité, agitant des hurlements barbares qui ne font qu’ajouter la radicalisation à la radicalisation. Le gouvernement en est attaqué. Et, paradoxalement, cette dernière menace est encore plus redoutable, à long terme, que celle qui l’a précédée.

J’ai pensé souvent que la République présidentielle fait en France de son Président un Roi. Les rois de France représentaient d’ailleurs l’ensemble du pays et son peuple. Ce dernier, même dans les moments les plus difficiles, s’est toujours attendu à un rapport privilégié, même exclusif, avec son Roi, Louis XVI compris. En fin de compte le Roi, jouant toujours le rôle de l’aiguille de la balance, ne pouvait pas mépriser son peuple. Au contraire, il l’aimait sincèrement, même si de façon bien sûr égoïste et intéressée.

Si donc le Président Hollande — qu’il le mérite ou pas, le Temps nous le dira — se trouve au centre de problèmes sans précédent dans l’histoire de France, c’est la France même qui se trouve au centre de ces mêmes problèmes. Peut-être, dans ce moment d’extrême difficulté, cet homme n’est pas en condition de faire le miracle, renversant de but en blanc cette situation électorale qui le punit excessivement, de façon disproportionnée à ses fautes éventuelles.

Je crois que cela nous regarde. Cela regarde tous les Français. Du moins tous ceux qui ne supportent pas les nombreuses formes de fascisme ou de grave régression de la démocratie que l’histoire au fur et à mesure nous a fait connaître. Je ne crois pas d’ailleurs que l’antifascisme, le véritable antifascisme soit minoritaire en France. Et je crois moins à l’indifférence qu’à la sous-évaluation du phénomène. Un manque de sensibilité sur ce thème irait contre l’esprit que j’ai connu dans la plupart des personnes avec lesquelles j’ai parlé au cours des neuf ans et quelques qui se sont écoulés jusqu’ici. Me trompé-je ?

Voilà, puisque je ne peux pas dire « votons », je dis à tous mes lecteurs : « votez », empêchez, tant qu’il est possible, cette vague polluée qui risque de bloquer des engrenages cruciaux pour l’avancement de notre société complexe, mais, en fin de compte, saine et irremplaçable !

Giovanni Merloni

« A spasso, a braccetto », où s’en va-t-elle notre merveilleuse humanité ?

05 samedi Déc 2015

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Gandhi, Londres 1931

« A spasso, a braccetto », où s’en va-t-elle notre merveilleuse humanité ?

Depuis le premier jour que je suis devenu parisien, et bien avant de m’y installer, je me suis souvent répété, tel un talisman, la liste des choses qui faisaient de Paris la plus belle et agréable ville du monde.
C’était le métro… mais aussi les habitants de Londres ont le métro.
C’était le trottoir… mais combien de villes d’Europe, Berlin ou Copenhague, ont elles aussi des trottoirs confortables ? C’était le bistrot, alors ! C’était la fusion de ces trois richesses… Le métro, le trottoir, le bistrot… avec le monde qui jaillit de partout, qui remplit de vie tous les coins, tous les quartiers… dans lesquels on découvre la boulangerie, l’épicerie fine, le marché, le kiné, la retouche, Picard, Nicolas, et cetera.
Je n’ai pas quitté Rome que pour visiter le Louvre ou le Centre Pompidou. J’y vais bien sûr, assez régulièrement. En vérité, j’ai voulu me transférer définitivement à Paris surtout en raison de cette joie de vivre, à laquelle on est tous conviés, sans modération. Pour cet amour pour l’art et le spectacle, pour cette dimension cinématographique de l’existence, pour cette facilité de se promener n’importe où avec toujours la sensation d’être au centre, dans le vif d’un monde libre, dans la page d’un livre ouvert qui vous apprend toujours quelque chose…
J’étais étonné par tous ces gens « a spasso », comme nous le disons en Italie, se promenant par les boulevards, les rues et les ruelles de Paris, avec cette insouciance et cette hâte de brûler la vie dans l’expérience, dans l’échange, dans l’amour. Je n’avais jamais connu, de ma vie, une ville, que dis-je, une métropole plus vivante que Paris. Plus tolérante aussi, dans son effort constant de garder un équilibre entre ses différentes réalités territoriales, sociales et humaines.

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Et maintenant, aux derniers coups de ce 2015 d’apocalypse, je me trouve obligé à regarder Paris avec un différent regard, à devoir accepter, du moins pour une certaine période assez difficile, que Paris se trouve obligé d’arrêter son rythme, de ralentir l’enthousiasme de cette vague humaine, de reporter dans le temps son insouciance ainsi que son désir de liberté… Paris va-t-il ressembler alors à n’importe quelle ville d’Europe ? Va-t-on y retrouver le fatalisme de Rome, par exemple ? On nous dit qu’il faut être forts, qu’il ne faut pas avoir peur…

Chacun de nous est en train d’élaborer un plan d’attaque personnelle contre la peur ou pour mieux dire, contre la précise sensation, en ce moment critique, que personne ne se charge vraiment de travailler pour une solution nette et définitive qui neutralise ces terribles menaces à la vie de nous tous. Personne, ayant le pouvoir de faire quelque chose, ne semble vouloir aller jusqu’au bout de la réflexion tous azimuts que cela demande.
Donc la peur devient désormais la compagne de nos jours, de nos nuits, de chacune de nos sorties, de chacune de nos rentrées.
C’est un peu comme l’avion : tout le monde y affiche un air indifférent, se concentrant sur un magazine ou sur le cou parfumé de la voisine élégante. Et pourtant tout le monde se tait, auscultant le moindre bruit et la moindre défaillance, scrutant l’aile coupant les nuages, se jetant un peu d’oxygène sur le nez, touchant bois. Après l’atterrissage, quand l’avion se transforme en un bus chancelant, tout le monde retrouve le souffle et la voix. On entend alors quelqu’un rire, tandis que d’autres entament de petites discussions, ou alors ils s’abandonnent sur le dossier, finalement confiants et rassurés : « on a touché la terre ! on est encore en vie ! »
Et c’est inévitable, chaque fois qu’on monte à nouveau sur l’avion la peur revient, et parfois augmente… Pourtant, si on a peur de l’avion et que l’on peut se permettre un rayon d’intérêt de travail ou de loisir plus limité, on a le choix de renoncer à y monter, en dehors de circonstances uniques.

Après les attentats à Paris du 13 novembre, je n’ai pas honte d’avouer que j’ai peur, que je ne me sens pas en sûreté. Que j’ai peur pour mes conjoints, pour mes amis, pour tous les hommes et les femmes de tous les âges de cette merveilleuse ville où j’habite, et j’ai peur aussi pour tous les hommes et les femmes de tous les âges du monde !
Bien sûr, je suis d’accord avec Périclès : « il n’y a pas de bonheur sans liberté » et aussi sur son corollaire : « il n’y a pas de liberté sans courage ».
Bien sûr, il faut défendre la liberté, coûte que coûte. Donc il faut avoir du courage. Le courage de maîtriser la peur, de se mettre en jeu, même au risque de sa vie. Je suis d’accord, en principe, pour risquer ma vie pour un idéal et surtout pour me mettre au service d’une cause juste, logique, fondée elle-même sur une idée de liberté et de respect entre les humains. La République, par exemple.

La République est en elle-même la plus grande conquête que le peuple français ait su conquérir et bâtir pour en faire un endroit privilégié dont la civilisation, ne faisant qu’un avec la culture et le progrès, est le tissu connectif et la sève vitale.
Je ne crois pas que l’idée de république soit en elle-même incompatible avec les exigences du progrès économique et technologique ni avec une idée de richesse équilibrée et diffuse dans le territoire républicain.
Je ne crois pas non plus que la république, que le peuple français a choisie comme loi suprême pour défendre et développer sa propre civilisation, doive nécessairement rencontrer des obstacles ou des menaces dans l’idée de l’Europe, c’est-à-dire dans une plus vaste réalité territoriale, liant ses membres par des lois et devoirs réciproques. Et je ne vois aucune difficulté dans le fait que les états membres de la communauté européenne n’ont pas tous les mêmes caractéristiques institutionnelles, la même histoire, donc la même idée de civilisation.
Car en fait les règles de l’économie et du progrès, ainsi que celles de la communauté européenne, doivent être toujours acceptées et inscrites dans la réalité de chaque pays selon une dialectique qui est toujours garantie.
Si je ne me trompe pas, par exemple, depuis 1966 et jusqu’à la présidence Sarkozy, la France ne rentrait pas dans l’OTAN. Elle aurait été libre, peut-être, de n’y faire partie. Son statut particulier n’avait aucune conséquence, je crois, sur la pleine et convaincue participation de la France à l’Europe.
D’ailleurs, suivant une route complètement opposée, par exemple, à celle suivie par l’Italie, la France a créé un vaste réseau de centrales nucléaires sur son territoire, se rendant plus autonome que les autres pays de l’Europe vis-à-vis du chantage du pétrole.
L’économie française, comme l’italienne d’ailleurs, du moins jusqu’à la fin du siècle dernier, était solidement basée sur des principes solidaires, où le travail à temps indéterminé et la retraite étaient garantis à la plupart des travailleurs selon un circuit tout à fait vertueux.
Comme tout le monde le sait, l’économie britannique est beaucoup plus libérale et beaucoup moins solidaire. Cela n’empêche pas la France, l’Italie et l’Angleterre de faire partie toutes les trois de l’Europe avec plusieurs pays aux économies encore différentes.

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Je me suis posé très simplement ces questions parce que je vois franchement menacée l’idée républicaine en France et dans tous les pays d’Europe où elle s’est affirmée.
Parce que je vois le capitalisme financier international imposer partout ses règles impérialistes. Parce que je vois des pays riches ou mieux structurés et des pays pauvres et mal structurés dans la planète, mais je vois aussi un manque de volonté à réduire cette distance de plus en plus dangereuse. Parce que je vois une terrible ambiguïté dans le pouvoir qu’exercent la plupart des chefs de gouvernement du monde. Et cetera.
Je ne parlerai pas de ceux qui vendent les armes aux terroristes, ni de ceux qui en achètent le pétrole. Je préfère parler de tous ceux qui savent bien comment et combien les ennemis de notre planète et de l’humanité même avancent aveuglement, par tous les moyens, y compris désormais l’utilisation mafieuse de la terreur, sans se soucier de la destruction de ressources qu’on ne pourra plus reproduire, pour le profit unique d’une infime minorité de spéculateurs, aussi bestiaux qu’invisibles, qui ont pourtant un nom et, quelque part, une adresse physique ou électronique…

Depuis le 7 janvier 2015, Paris et la France sont devenus eux aussi des cibles de cette terreur aveugle. La mort affreuse et inacceptable de ces victimes innocentes aurait dû suffire pour s’interroger autour des raisons de ces attentats… Je me souviens de la manifestation du 11 janvier. Une immense manifestation de présence et d’impuissance à la fois. Cela nous avait déjà fait comprendre que tout le peuple français se sentait concerné. Dire « Je suis Charlie » voulait surtout dire « je sais bien que je suis moi aussi la cible de cette horreur ». La question de l’outrage à la religion, de l’éventuelle désinvolture des rédacteurs de la glorieuse revue n’avait rien à voir avec la gravité extrême de la situation. On attaquait la France parce qu’en Europe, en Occident, la France est le pays le plus déterminé, le défenseur le plus cohérent de la laïcité ainsi que de la nette séparation entre l’état et les églises de toutes sortes. En nom de ce principe, la France est arrivée même à oublier l’importance du catholicisme dans son histoire. Il a fallu des siècles, en France, pour que la tolérance s’impose entre la religion catholique, dominante, et les autres deux églises, juive et protestante, qui avaient ici un enracinement important. La Révolution française et la phase napoléonienne ont réussi à établir d’abord un équilibre, ensuite une séparation nette entre l’administration publique et l’Église catholique, qu’aucun autre pays d’Europe n’a jamais réalisée. Elle est assez différente, par exemple, la situation des pays qui optèrent nettement en faveur de la réforme protestante, comme l’Angleterre et la Hollande. Même si cette option a bien sûr donné vie à un équilibre intelligent entre le domaine civil et le domaine religieux.

En 2001, avec l’attentat aux tours jumelles de New York, on attaquait la capitale de l’Occident économique, l’unique puissance mondiale survivant à la guerre froide. Dans son extrême lâcheté et violence, c’était un geste presque impossible à reproduire. Mais déjà un avertissement évident pour tous les pays occidentaux.
Quatorze ans se sont écoulés, dans lesquels aucune réelle tentative de solution de la crise du Moyen-Orient ne s’est produite. Aucune tentative pacifique, je veux dire. Personne n’a envisagé de faire même un petit pas en arrière, personne n’a renoncé à participer aux petits ou grands avantages venant de l’exploitation du pétrole ou de la vente des armes.

Au contraire, les gouvernements occidentaux, les Américains en première ligne, ont essayé de modifier les équilibres existants se mêlant aux logiques complexes et difficilement contrôlables de ces pays, où le fanatisme religieux et la tyrannie de certains chefs empêchent a priori toute hypothèse de stabilité et de démocratie.
Tandis que le Moyen-Orient ne cesse d’être une poudrière, les Pays occidentaux, au lieu d’entamer une sérieuse offensive diplomatique, accompagnée de sanctions indispensables et de l’interdiction absolue de la vente des armes dans tout ce contexte, ils sont encore là, convaincus qu’ils exerceront un rôle positif quelconque…

En France, cette nouvelle vague de terrorisme soi-disant religieux, trouve malheureusement des adeptes. Obligeant de but en blanc ce pays — culturellement étranger et hostile à l’idée de la guerre et de l’utilisation de la force pour imposer ses lois — à faire front à deux terribles obstacles. D’un côté, aujourd’hui, l’EI, un véritable état terroriste installé en Syrie ; de l’autre côté, des groupes de jeunes kamikazes de nationalité française qui sont prêts à mourir aux ordres de ce même état terroriste.
D’un côté des gens qui n’ont aucune honte de détruire une à une les statues des temples de Palmyre, de l’autre côté des gens qui tuent d’autres gens assis dans un bar, dans une rue d’un pays qui n’est pas en guerre.

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Je crois que la peur, du moins une « peur active », soit légitime. Je crois que tous les Européens devraient partager cette peur, indispensable à ouvrir les yeux. Je suis convaincu que la conscience du risque de voir brisée notre identité d’hommes et de femmes pacifiques pourrait suffire à trouver une façon différente de s’en sortir. S’accrochant à une utopie, peut-être. Mais, lorsque la peur devient réelle, et que le temps manque, les utopies deviennent indispensables, comme celle de couper nettement toutes les complicités : plus de terroristes français aux ordres du terrorisme international ; plus d’armes françaises et européennes aux terroristes et aux pays terroristes. Comme celle de renoncer au pétrole payé avec le sang. Est-ce un défi trop grand pour nos sciences et intelligences ? Renoncer à quelques-unes de ces mensongères richesses ferait du bien à notre planète ainsi qu’à la santé de ses habitants.

Sinon, ne cessons bien sûr de sortir dans les rues. « Andiamo a spasso », « a braccetto », bras dessus bras dessous, essayant de nous convaincre que ce qui est arrivé ne pourra plus se vérifier…
« Mais, où s’en va-t-elle notre merveilleuse humanité ? »

Giovanni Merloni

Est-ce qu’on peut accepter une morale, laïque ou religieuse, où la dimension du remords soit abolie ?

15 dimanche Nov 2015

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Déjà au lendemain du 7 janvier on n’était plus tranquilles, dans cette merveilleuse ville de Paris où, depuis des siècles, tout semblait être fait pour assurer le maximum de possibilités à ses habitants.
Avant ce monstrueux début de l’année 2015, je voyageais dans le métro et me promenais dans ses méandres infinis avec une joie que je n’avais éprouvée nulle part, même à Rome… Dans les sous-sols de Paris, j’ai oublié mon habituelle claustrophobie au nom d’une simple idée personnelle qui pourtant me rassurait : le métro va à la rencontre des exigences de tout le monde, donne la chance à n’importe quel habitant de l’île de France de se déplacer librement, économisant énormément de temps et d’argent vis-à-vis du déplacement en voiture, par exemple. En plus, le service est impeccable. On dirait qu’un chauffeur vient vous récupérer à la sortie du cinéma ou du théâtre pour vous ramener depuis une banlieue située au Sud jusque de chez vous, habitant par exemple une banlieue située au Nord et vice-versa.
Le métro fait d’ailleurs vivre les bistrots, donnant à chacun la possibilité de faire une pause, rien qu’en sortant sur la rue ou sur le boulevard. Pendant les promenades en dessous de cette immense ville pleine de vie on découvre et l’on apprend à aimer une ville souterraine qui appartient à tout le monde, qui n’exclut personne. Le métro n’est pas un privilège pour les riches ni un ghetto pour les pauvres. Et cetera.
Au contraire, le voyage à travers Rome ou Milan, au sous-sol comme à la surface, est une aventure assez incertaine qui prend beaucoup de temps et qu’on ne vit certainement pas dans un pareil état de gratitude. Oui, gratitude à une grande civilisation ainsi qu’à des gens qui travaillent continûment pour nous assurer un déplacement assuré. Un rythme prévisible, grâce auquel nous pouvons tranquillement bâtir nos engagements et nos rendez-vous indispensables, comme c’est le cas de Paris.

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Après le 7 janvier, j’étais convaincu que bien sûr le Gouvernement, la Police, la Mairie travaillaient encore plus dur qu’avant, pour nous assurer encore, en dépit de ce qu’il était arrivé avec les deux attentats, insupportables et consécutifs, une certaine tranquillité.
À Paris, je voyageais sans penser, comme il m’est au contraire arrivé souvent en Italie, « à la bombe » ni « aux fusillades ». J’étais confiant non seulement dans l’organisation et dans les mesures de sécurité préventives, mais aussi dans le respect de tous ceux qui profitent du métro, du bus, des bistrots, des bureaux de poste, et cetera. Un respect qui se soudait, à mon sentiment, avec un primordial esprit de solidarité et de partage de ces « biens communs » que nous héritons tous de nos ancêtres géniaux et travailleurs.
Or, dans l’après-midi de ce vendredi 13 novembre, j’ai pris le métro pour me rendre chez mon chiropraticien, ayant son cabinet à côté du pont-viaduc de Passy. J’y suis arrivé par la ligne 9, de RÉPUBLIQUE à TROCADÉRO. À cette station, j’ai emprunté la ligne 6, direction NATION, pour descendre à la première station, PASSY. Normalement, vu la longueur du parcours et la facilité de trouver une place assise à République, j’en profite pour lire (et noter avec un crayon) quelques-uns de mes livres, que d’habitude j’aime et maltraite à la fois. Ce vendredi 13 j’avais dans la poche « La conscience de Zeno » d’Italo Svevo, que je suis en train de relire en français. Mais, je ne sais pas dire pourquoi, je n’ai pas eu envie de lire, même pas une ligne. J’ai passé tout le temps à regarder les gens qui montaient et descendaient, les passagers qui m’entouraient, étonné de cet étrange silence qui avait touché la totalité des occupants de la rame. Un silence qui ne se séparait pas d’une indicible pesanteur des visages se mutant en gueules renfermées en elles-mêmes. Comme si tout le monde était plongé dans une pensée fixe. Comme si pour tout le monde la pensée eût été la même. Au retour, dans la ligne 9 il y avait encore autour et devant moi cette angoisse souterraine, cette absence de gentillesse, ce manque des petites complicités qui sont propres du métro parisien. Même l’accordéoniste qui répétait d’une rame à l’autre la célèbre chanson de Renato Carosone « Tu vuo’ fa’ l’americano » (« Tu te prends pour un Américain ») se perdait dans un vide sans écho. Je suis descendu à FRANKLIN ROOSEVELT pour allonger le parcours dans l’espoir de trouver plus d’animation dans la ligne 1… que j’ai occupé pour le trajet bref entre le Rond Point et la glorieuse station PALAIS ROYAL MUSÉE DU LOUVRE. La ligne 1 aussi paraissait endormie, recouverte d’une couche de mélancolie sans nom. Sorti de la rame, j’ai alors rattrapé ma ligne préférée, la 7, la lente et bringuebalante ligne 7 avec sa population connue et ses carrosses inchangés depuis dix ans ou plus. Mais dans la 7 aussi le cœur de Paris avançait péniblement, comme si tout le monde (ou quelqu’un en particulier) était en train d’entretenir un cauchemar dans sa tête.

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J’avais vu plusieurs fois de ma vie ces attitudes graves, cette nervosité à fleur de peau lors de mes voyages en train entre Bologne et Florence, par exemple, au lendemain de l’attentat de 1974 au train Italicus… Et aussi dans le bus que j’attrapais au vol, à Rome, entre 1977 et 1978, au temps des fréquents attentats des Brigades rouges. Un sentiment de fatalisme ne faisant qu’un avec l’espoir que du moins la bombe ou le coup de revolver n’éclate pas justement dans le moment où nous sommes là, mais aussi avec la conscience que pour la bombe il fallait une raison crédible tandis que les fusillades auxquelles on nous avait habitués avaient toujours de cibles précises. Bien qu’il y avait eu, à Bologne Francesco Lorusso (11 mars 1977) et à Rome Giorgiana Masi (12 mai 1977), deux victimes que des « balles errantes » avaient tuées…
Je ne me prends pas, à mon tour, pour un Américain, ni pour un clairvoyant non plus. Je ne pouvais pas prévoir ces sirènes continues et insistantes qui ont rempli d’interrogations et de peine mon boulevard pas loin de République à commencer de 22 h de la nuit. Mais le voyage de RÉPUBLIQUE à PASSY ne m’avait pas plu, si j’ai ressenti la nécessité de rejoindre le parapet de la voie Georges Pompidou pour prendre quelques photos du hardi Pont de Bir-Hakeim et de la Tour Eiffel, splendide au couchant. Et si, sortant du métro à la sortie Strasbourg, malgré le ciel déjà noir, j’ai voulu faire le parcours plus long pour atteindre la boulangerie Liberté rue des Vinaigriers. Je ne pourrai jamais oublier le poids de cette promenade passant d’abord devant la redoutable armurerie en face de la Gare de l’Est, empruntant ensuite la rue des Récollets pour déboucher sur le coin du fameux bistrot de l’Atmosphère et plier enfin dans la rue Sampaix, ou rue « sans paix ».

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Maintenant, comme tous les Parisiens, je ne suis plus ce que j’étais hier. Je suis un être intimement blessé et meurtri. Ils me manquent, tous ces visages que je m’efforce d’imaginer. Ces silhouettes de gens normaux et spéciaux à la fois qui se sont rendus au Bataclan ou au Stade de France ou alors se sont tout simplement assis dans la terrasse de ce bistrot spartiate et pas cher du tout où je me suis assis une fois moi aussi. Ils me manquent tous ces espoirs individuels ou partagés ou collectifs qu’une main sans âme et sans religion a coupés sans hésitation, on dirait machinalement, avec la précision idiote d’un robot.
Quel est le virus qui a corrompu l’ordinateur terrestre ? Ou alors, plus franchement, pourquoi donne-t-on des armes à des gens qui n’ont pas la sensibilité d’évaluer les conséquences de leurs gestes, qui ne savent pas se repentir ?
Est-ce qu’on peut accepter une morale, laïque ou religieuse, où la dimension du remords soit abolie ? Bien sûr que non. Pourtant, les questions se multiplient, hélas, tandis que le temps passe et les hommes qui vivent d’un travail honnête, ceux qui ne toucheraient même pas à une mouche, commencent à voir de plus en plus inefficaces l’indignation, la rébellion non violente, la pacifique manifestation au soutien d’une société démocratique, républicaine et solidaire.
Tout ce qui était à mon avis une conquête — la civilisation avec ses « privilèges partagés » — et le respect-amour pour cette même civilisation risque de devenir une limite, un piège, une coulpe aussi.
C’est justement à cette dérive qu’il faut se rebeller. Parce que c’est là que réside la barbarie.
Giovanni Merloni

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J’avais déjà posté l’article ci-dessus quand Michel Benard m’a envoyé une poésie qu’il a écrite… dans le même après-midi que je viens de revivre avec vous. Tandis que je vaguais dans un état de marasme sans nom, dans un autre quartier de Paris, la sensibilité extraordinaire de mon ami poète vivait dramatiquement, en avance de quelques heures, ce qu’il allait se passer juste à côté de nous.
G.M.

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Les villes du désert portent leurs deuils (1)

Les villes du désert
Sous des vents de sable incertains
Que profanent des nuées
Barbares en hordes inféodées
A un « dieu » diabolique,
Portent leurs deuils
Sous les bannières noires du désespoir.
Le monde se réveille
Au seuil du néant
Dans un bain de sang,
Seul un vol de corbeaux
Passe indifférent au dessus
Des ruines calcinées
Par l’aveugle folie
De ce mépris des allégeances.

Michel Bénard

(1) Texte écrit à Paris juste quelques heures avant les terrifiants attentats de la nuit du Vendredi 13 Novembre 2015.

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CIRIOLE E … CIRIOLETTE …

08 jeudi Oct 2015

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Giorgio Muratore

Pauvres, mais beaux

« Cher Giorgio,
peut-être Giovanni Merloni aimera recevoir aussi cette carte postale venant des lieux du “Ciriola”. Il s’agit d’une photo des héroïnes de “Pauvres, mais beaux” (“Poveri ma belli”), donc de la décennie, ou plus, qui précède “Rome 1970”. En ce temps-là, “le fleuve coulait blond et lent en bas du monument”. Qui pouvait le prévoir, imaginer que ces années 1960 auraient été brèves, pour échouer, comme tu le dis, dans les “années du plomb” ? Ainsi se termina, par une explosion, notre jeunesse, peut-être trop légère, inconsciente du fait que d’autres forces, bien plus redoutables, étaient en train de se préparer pour intervenir. Cependant — quelqu’un de plus quelqu’un de moins —, on a eu de la chance. Je parle bien sûr de notre génération. Mariuccio nous demande si nous avons vaincu ou perdu. Mais, évidemment, c’était logique… on a tous perdu et, comme le disait T.S.Eliot, cité à son tour par Éric Hobsbawm, “à présent on a de plus en plus l’habitude de se plaindre l’un sur l’épaule de l’autre” ; nous, les pères, pour les occasions ratées, nos fils pour le manque, l’exiguïté sinon carrément la disparition des occasions. On dit souvent : “Si l’Italie, c’est-à-dire les Italiens, ne changent pas… et cetera…. ”. Mais nous serons toujours les mêmes, avec l’exclusion de quelqu’un qui d’ailleurs ne sera jamais autorisé à dire ce qu’il pense. Quand tout me tourne mal, après un moment positif, il voltige dans ma tête, pendant longtemps, de façon obsessionnelle et compulsive, le titre d’une fameuse nouvelle d’Ernest Hemingway : “Elle fut brève la vie heureuse de Francis Macomber !”
Sergio 43

P.-S. Le mot « ciriola » (sobriquet du propriétaire de la péniche brûlé en 1970) désigne, à Rome, un pain qui a beaucoup de points en commun avec la « baguette tradition » : une « tradition » plus courte et juste un peu plus grosse. On comprend, par conséquent, que le mot « cirioline » désigne alors de jeunes femmes à la silhouette allongée, avec d’autres caractéristiques qu’on peut retrouver dans le bon pain.

L’Italie : un pays « au visage humain ». Deuxième lettre à Giorgio Muratore

07 mercredi Oct 2015

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Giorgio Muratore

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

L’Italie : un pays « au visage humain ». Deuxième lettre à Giorgio Muratore

Cher Giorgio,
Je veux d’abord te remercier de m’avoir aidé à surmonter mon « embarras linguistique ». J’ai finalement compris l’importance d’un choix cohérent : chaque fois qu’on écrit, il faut toujours se demander quel est le destinataire de notre lettre. Donc, si je m’adresse à toi, il est plus logique que je t’écrive en italien, c’est-à-dire dans la langue que nous utilisons lors de nos rencontres et conversations. Je ferai cela dorénavant, tandis qu’une éventuelle traduction en français sera effectuée successivement.
Depuis que j’ai « découvert » ton blog, « vérifiant » qu’heureusement tu n’as pas changé, elle a vivement augmenté en moi l’envie de revenir idéalement sur les lieux d’où je m’étais échappé ou, pour mieux dire, d’arpenter à nouveau le champ de bataille où je n’avais pas trouvé le courage de combattre. Imaginant de ressembler au personnage de Pierre Bezoukhov, vaguant sans armes au milieu des morts, les blessés et les coups de sabre de la bataille de Borodino… Ou alors au Docteur Jivago, toujours indisponible vis-à-vis de l’absolutisme des mots d’ordre.

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Photo empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

En fait, j’avais depuis longtemps envie de raconter sans les filtres de la fiction romanesque ou poétique la journée du 1er mars 1968 que j’ai pour ainsi dire « traversée » en qualité d’acteur et de spectateur à la fois. Car cette journée a marqué ma vie, bien sûr. Néanmoins, je veux la raconter pour « contester » l’attitude parfois conformiste de ceux qui disent « j’étais là ! », rien que pour revendiquer un mérite qui ne l’est pas… D’ailleurs, je le sais bien : mes souvenirs ne pourront pas ajouter grand-chose à tout ce qu’on a écrit sur ce sujet, en commençant par Pasolini ou les chroniqueurs du « Messaggero » et du « Tempo », ou encore par la belle et célèbre chanson de Paolo Pietrangeli.

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Photo empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

La relecture de la lettre que Pasolini avait adressée aux chefs du mouvement des étudiants m’a suggéré quatre pistes à suivre dans mon récit :
1) les étudiants étaient des fils à papa pour la plupart d’extraction bourgeoise ;
2) le mouvement était au fond anticommuniste et donc destiné à créer, comme il est effectivement arrivé, une constellation de formations politiques extra-parlementaires, jusqu’aux Brigades rouges ;
3) les étudiants de 1968 prônaient une « réification », c’est-à-dire une instrumentalisation de la révolte pour obtenir des résultats concrets, dans un esprit d’échange marchand et opportuniste ;
4) le mouvement des étudiants prétend s’en passer des longues et fatigantes discussions imposées par le centralisme démocratique du PCI ; car ils sont impatients d’attraper le pouvoir au vol, comme le voulait faire la Vispa Teresa avec les papillons.

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Venons donc au peu de souvenirs que je peux faire sortir du chapeau fumé de la mémoire.
« Hors la police de l’université ! » s’écriait tout le monde. « Hors la police de l’université ! » m’écriais-je moi aussi, à voix basse et timidement. Mais puis, quand nous fûmes en face des policiers rangés sur le trottoir de la via Gramsci (ah quelle coïncidence, justement dans la rue consacrée au père spirituel de la gauche italienne !), mon indignation — pour le « verrouillage » et la suspension des activités universitaires décidés par le ministère, qui nous empêchait d’entrer dans la faculté tandis que d’autres camarades avaient été « renfermés à l’intérieur » — ne réussit pas à se muter en rage, agressivité ou violence. D’ailleurs, je ne m’étais jamais vraiment battu de ma vie, et je n’étais pas le seul. Du moins, notre ami Maurizio Ascani, premier signataire de notre glorieux livre commun — étant tout à fait incapable, lui aussi, de faire du mal à une mouche — était resté là, debout comme un poteau, spectateur du premier rang et, tandis que nous fuyions et que les policiers nous poursuivaient, il se gagna un coup de matraque sur la tête qui le renvoya tout droit à l’hôpital. Tandis que moi et mon frère Francesco, parmi beaucoup d’autres, nous dépassions la haie qui borne le pré de la rue Gramsci, découvrant une forte pente au-delà de ces faibles confins de feuilles, d’autres, au contraire, contrattaquaient les mains nues. Ou alors en transformant les bancs publics en des bâtons rudimentaires…
Nous ne nous attendions pas à une telle éventualité, ni à l’hypothèse de devenir l’objet d’une « charge » de la police ou enfin de devoir nous défendre jusqu’à aller à la contrattaque.

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Photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Tandis que le cortège quittait via des Frentani pour se faufiler avec son rebondissement de voix dans la galerie de la gare Termini nous avait rejoints Agostino, un étudiant de sciences politiques qui militait dans la gauche socialiste tout comme ma sœur et mon frère. Il travaillait, presque gratuitement, à la « section culture » du parti socialiste, dans le siège historique via del Corso. Avec notre plus grande surprise, Agostino, un type assez pacifique, se lança courageusement à la rencontre des policiers, tout comme un de mes plus chers amis du lycée, récemment disparu, Umberto Schettino. Ce dernier, au lendemain des affrontements, eut la satisfaction de se voir photographié sur la première page des journaux…
Mon frère Francesco et moi, nous ne passâmes pas, comme on dit d’habitude, à l’action physique parce qu’au fond nous n’étions pas d’accord. Mais la véritable raison de notre embarras c’était le deuil pour la mort prématurée de notre père, arrivée juste trois mois avant. Notre mère, une femme courageuse, avec son penchant, comme moi, pour le parti communiste plutôt que vers le socialisme modéré et clairvoyant de mon père, ne nous avait pas interdit de participer à la « lutte ». Mais je traînai mon frère dans la direction opposée à celle des affrontements : — il faut penser à notre mère ! lui dis-je. Pour ce qui me concernait, j’aurais été d’accord pour m’asseoir par terre et attendre que les policiers m’emportent. Je confiais dans la protestation des « sit-in », à la résistance passive, à la force des idées nobles et justes qui finiront toujours pour triompher, comme l’amour.
Entre-temps, même les femmes se lançaient à l’attaque, se servant de leurs sacs pour frapper… Il y avait entre elles une étudiante de la dernière année, Lucia, une personne toujours souriante, tranquille… Quant à Marina Natoli, notre amie très chère, je suis sûr d’avoir parlé longuement avec elle, car elle m’avait donné des nouvelles sur ce qui était en train d’arriver… Mais je ne me souviens pas où cet échange précieux se déroula… en quel coin, en quel moment de cette longue journée… Ensuite, c’était Marina qui me racontait, dans les mois suivants, à propos des divergences, à l’intérieur du PCI, des membres du Manifesto en train de se constituer en groupe organisé autour des figures charismatiques d’Aldo Natoli, Rossana Rossanda, Luigi Pintor, Lucio Magri et Luciana Castellina… Étrange situation, la mienne ! En cette période, même si j’avais déjà voté une fois, donnant mon vote au parti communiste, je ne m’y étais pas encore inscrit, sauf pendant un an à peu près, en 1963, dans l’organisation juvénile de ce parti. Et pourtant, malgré ma liberté objective, une voix intérieure me recommandait le maximum de « fidélité » à ce parti assez monolithe, mais fort enraciné dans la réalité. À l’époque, le secrétaire était Luigi Longo, un des chefs de la Résistance… avec lui, en plus du mythique Pietro Ingrao il y avait Giorgio Amendola et Giancarlo Pajetta… des figures extraordinaires, honnêtes, incroyablement humbles et généreuses. Rien à voir avec les « vestes croisées » dont parlait Pasolini ! D’ailleurs, il y avait aussi le sénateur Edoardo Perna, membre de la direction du parti, un personnage charismatique et jovial, si on peut le dire ainsi. Allègre et exubérant lors des réunions de famille, celui-ci affichait quelques talents artistiques pendant les réunions du parti aussi… Là, il adaptait des mélodies connues à des chansons politiques, farouchement taquines, de son invention.

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Renato Guttuso, Les funérailles de Togliatti,
image empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Certes, le Parti communiste ne pouvait pas aimer cette Italie gouvernée par un centre gauche faible qui subissait le chantage de ce qu’on appelait les pouvoirs forts, ne se nichant pas seulement dans la bourgeoisie de droite, mais aussi dans les « mafias » grandissantes de la spéculation immobilière et des « corps séparés de l’État », tels la Caisse du Midi, l’IRI-Italstat, et cetera. D’ailleurs, le PCI se renfermait un peu en lui-même, se montrant méfiant vis-à-vis des intellectuels-bourgeois-fils à papa, tout en démunissant au fur et à mesure son flanc gauche.
En y réfléchissant, malgré la publication du mémoire d’Yalta que Togliatti nous a laissé, où la « voie italienne au socialisme » était clairement indiquée ; malgré l’idée de Gramsci d’un « communisme au visage humain » — ne faisant qu’un avec l’esprit et le style du vieux parti prolétaire ainsi que son enracinement dans la société italienne et dans son histoire —, ces hommes nobles ne surent pas attraper jusqu’au bout l’occasion qu’on leur offrait, d’abord avec la révolte des étudiants, ensuite avec les critiques sévères, mais équilibrées du Manifesto.
Bien sûr, il y eut la rencontre « historique » entre Luigi Longo et les jeunes, ensuite ce fut le tour de « l’automne chaud », des luttes syndicales de 1969 qui fit mûrir les conditions pour la création, en 1970, des Régions que la Constitution républicaine de 1948 avait prévues tandis que par tous les moyens les défenseurs de l’état centralisé et notamment la Démocratie chrétienne les avaient carrément entravées.
Tout cela se réalisa à la hâte, avançant en dehors d’une stratégie partagée. Les Régions furent obligées de lutter pour obtenir le pouvoir nécessaire pour exercer leurs fonctions ; elles durent fatiguer pour atteindre le droit de légiférer pleinement en raison de leurs compétences. D’ailleurs, toutes les réalités régionales n’étaient pas prêtes à assumer un tel engagement avec la même efficacité et surtout avec la même détermination…
Mais ce furent aussi des années de construction, d’enthousiasme, de travail dur et d’échange culturel. D’ailleurs, ce fut justement en 1970 que la loi sur le divorce fut approuvée. Une loi qui marqua le changement qui s’était finalement produit dans la société aussi.
Évidemment, tout cela ne serait pas arrivé s’il n’y avait pas eu le 1968, s’il n’y avait pas été cette « rupture » traumatique, s’il n’y avait pas eu ces groupes et groupuscules qui ont donné la voix à un malaise diffusé, en nous donnant le courage de critiquer.

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Si je ferme les yeux, je réussis à voir cette journée de Valle Giulia comme dans un film. En nous éloignant, mon frère et moi, avec d’autres comme nous, nous assistâmes aux affrontements depuis plusieurs points de vue différents. De ces temps-là prendre des photos et surtout de vidéo n’était pas facile comme aujourd’hui… Il fallait quand même y penser, sinon avec ma Canon, j’aurais bien sûr fixé, rien qu’avec une vingtaine d’images, ce que nous voyions et même notre étonnement et angoisse. Le point de vue le plus éloigné c’était le bord de villa Borghese, juste au sommet de l’escalier amenant à l’entrée du Jardin du Lac. Nous vîmes des trams et des voitures renversés et mis de travers, pour bloquer le trafic ; nous vîmes des petits nuages de fumée jaillissant depuis l’allée d’accès à la Faculté ; nous assistâmes à l’incendie d’une jeep des militaires… Nous nous approchâmes plusieurs fois. Lors d’une de ces incursions, près de l’escalier en descente à côté de l’Académie Britannique, nous rencontrâmes Renato Nicolini, le plus aimé et respecté parmi mes camarades aînés.
— Ils sont fous, dis-je.
— Non, ils sont courageux, répondit Renato.
Lui aussi éprouvait, je crois, le même bouleversement, sur un niveau plus élevé et conscient que moi. Il comprenait parfaitement les états d’âme de ce mouvement des étudiants qui, d’une certaine façon, s’empêtraient dans des justifications confuses, tout en inventant une « révolution » pour secouer et frapper le père, le patron, le parti. Parti, patron et père qui — il le savait bien — auraient été sourds et méfiants. Peut-être pensait-il, comme moi, qu’il ne pouvait pas y être des raccourcis… Mais lorsqu’un nouveau sentier s’ouvre, comment fait-on à ne pas être tentés de l’emprunter ?

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Plus tard, nous rencontrâmes à nouveau Agostino. Par un large sourire, il avança son hypothèse : nous deux, mon frère et moi, nous avions révélé les mêmes attitudes que les généraux des « guerres pacioccone » ayant l’habitude de s’installer dans un endroit panoramique et suffisamment éloigné avec leurs longues-vues, pour scruter impunément le champ de bataille.
Toujours souriant, Agostino nous traîna dans son bureau via del Corso. Dans l’ascenseur, Agostino s’adressa à un fonctionnaire du Parti socialiste unifié, en lui faisant, avec emportement, en deux mots, le récit de la journée. La réponse fut plus ou moins la suivante : — heureusement, en ce moment, il y a des marges dans les caisses de l’État, on donnera un peu de travail et des bourses à ces jeunes… où est-il le problème ?
Puis, sollicité peut-être par notre appréhension, Agostino eut la hardiesse d’appeler au téléphone le secrétaire du Parti.
— Secrétaire, aujourd’hui il est arrivé un fait très grave, la police a attaqué les étudiants ! Il y a eu des blessés aussi…
— Ils ont fait ce qu’il fallait faire ! répondit le secrétaire.

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Renato Guttuso, graffiti sur la façade de la Faculté d’Architecture de Rome,
photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Giovanni Merloni

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