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L’Italie : un pays « au visage humain ». Deuxième lettre à Giorgio Muratore

07 mercredi Oct 2015

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

L’Italie : un pays « au visage humain ». Deuxième lettre à Giorgio Muratore

Cher Giorgio,
Je veux d’abord te remercier de m’avoir aidé à surmonter mon « embarras linguistique ». J’ai finalement compris l’importance d’un choix cohérent : chaque fois qu’on écrit, il faut toujours se demander quel est le destinataire de notre lettre. Donc, si je m’adresse à toi, il est plus logique que je t’écrive en italien, c’est-à-dire dans la langue que nous utilisons lors de nos rencontres et conversations. Je ferai cela dorénavant, tandis qu’une éventuelle traduction en français sera effectuée successivement.
Depuis que j’ai « découvert » ton blog, « vérifiant » qu’heureusement tu n’as pas changé, elle a vivement augmenté en moi l’envie de revenir idéalement sur les lieux d’où je m’étais échappé ou, pour mieux dire, d’arpenter à nouveau le champ de bataille où je n’avais pas trouvé le courage de combattre. Imaginant de ressembler au personnage de Pierre Bezoukhov, vaguant sans armes au milieu des morts, les blessés et les coups de sabre de la bataille de Borodino… Ou alors au Docteur Jivago, toujours indisponible vis-à-vis de l’absolutisme des mots d’ordre.

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Photo empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

En fait, j’avais depuis longtemps envie de raconter sans les filtres de la fiction romanesque ou poétique la journée du 1er mars 1968 que j’ai pour ainsi dire « traversée » en qualité d’acteur et de spectateur à la fois. Car cette journée a marqué ma vie, bien sûr. Néanmoins, je veux la raconter pour « contester » l’attitude parfois conformiste de ceux qui disent « j’étais là ! », rien que pour revendiquer un mérite qui ne l’est pas… D’ailleurs, je le sais bien : mes souvenirs ne pourront pas ajouter grand-chose à tout ce qu’on a écrit sur ce sujet, en commençant par Pasolini ou les chroniqueurs du « Messaggero » et du « Tempo », ou encore par la belle et célèbre chanson de Paolo Pietrangeli.

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Photo empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

La relecture de la lettre que Pasolini avait adressée aux chefs du mouvement des étudiants m’a suggéré quatre pistes à suivre dans mon récit :
1) les étudiants étaient des fils à papa pour la plupart d’extraction bourgeoise ;
2) le mouvement était au fond anticommuniste et donc destiné à créer, comme il est effectivement arrivé, une constellation de formations politiques extra-parlementaires, jusqu’aux Brigades rouges ;
3) les étudiants de 1968 prônaient une « réification », c’est-à-dire une instrumentalisation de la révolte pour obtenir des résultats concrets, dans un esprit d’échange marchand et opportuniste ;
4) le mouvement des étudiants prétend s’en passer des longues et fatigantes discussions imposées par le centralisme démocratique du PCI ; car ils sont impatients d’attraper le pouvoir au vol, comme le voulait faire la Vispa Teresa avec les papillons.

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Venons donc au peu de souvenirs que je peux faire sortir du chapeau fumé de la mémoire.
« Hors la police de l’université ! » s’écriait tout le monde. « Hors la police de l’université ! » m’écriais-je moi aussi, à voix basse et timidement. Mais puis, quand nous fûmes en face des policiers rangés sur le trottoir de la via Gramsci (ah quelle coïncidence, justement dans la rue consacrée au père spirituel de la gauche italienne !), mon indignation — pour le « verrouillage » et la suspension des activités universitaires décidés par le ministère, qui nous empêchait d’entrer dans la faculté tandis que d’autres camarades avaient été « renfermés à l’intérieur » — ne réussit pas à se muter en rage, agressivité ou violence. D’ailleurs, je ne m’étais jamais vraiment battu de ma vie, et je n’étais pas le seul. Du moins, notre ami Maurizio Ascani, premier signataire de notre glorieux livre commun — étant tout à fait incapable, lui aussi, de faire du mal à une mouche — était resté là, debout comme un poteau, spectateur du premier rang et, tandis que nous fuyions et que les policiers nous poursuivaient, il se gagna un coup de matraque sur la tête qui le renvoya tout droit à l’hôpital. Tandis que moi et mon frère Francesco, parmi beaucoup d’autres, nous dépassions la haie qui borne le pré de la rue Gramsci, découvrant une forte pente au-delà de ces faibles confins de feuilles, d’autres, au contraire, contrattaquaient les mains nues. Ou alors en transformant les bancs publics en des bâtons rudimentaires…
Nous ne nous attendions pas à une telle éventualité, ni à l’hypothèse de devenir l’objet d’une « charge » de la police ou enfin de devoir nous défendre jusqu’à aller à la contrattaque.

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Photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Tandis que le cortège quittait via des Frentani pour se faufiler avec son rebondissement de voix dans la galerie de la gare Termini nous avait rejoints Agostino, un étudiant de sciences politiques qui militait dans la gauche socialiste tout comme ma sœur et mon frère. Il travaillait, presque gratuitement, à la « section culture » du parti socialiste, dans le siège historique via del Corso. Avec notre plus grande surprise, Agostino, un type assez pacifique, se lança courageusement à la rencontre des policiers, tout comme un de mes plus chers amis du lycée, récemment disparu, Umberto Schettino. Ce dernier, au lendemain des affrontements, eut la satisfaction de se voir photographié sur la première page des journaux…
Mon frère Francesco et moi, nous ne passâmes pas, comme on dit d’habitude, à l’action physique parce qu’au fond nous n’étions pas d’accord. Mais la véritable raison de notre embarras c’était le deuil pour la mort prématurée de notre père, arrivée juste trois mois avant. Notre mère, une femme courageuse, avec son penchant, comme moi, pour le parti communiste plutôt que vers le socialisme modéré et clairvoyant de mon père, ne nous avait pas interdit de participer à la « lutte ». Mais je traînai mon frère dans la direction opposée à celle des affrontements : — il faut penser à notre mère ! lui dis-je. Pour ce qui me concernait, j’aurais été d’accord pour m’asseoir par terre et attendre que les policiers m’emportent. Je confiais dans la protestation des « sit-in », à la résistance passive, à la force des idées nobles et justes qui finiront toujours pour triompher, comme l’amour.
Entre-temps, même les femmes se lançaient à l’attaque, se servant de leurs sacs pour frapper… Il y avait entre elles une étudiante de la dernière année, Lucia, une personne toujours souriante, tranquille… Quant à Marina Natoli, notre amie très chère, je suis sûr d’avoir parlé longuement avec elle, car elle m’avait donné des nouvelles sur ce qui était en train d’arriver… Mais je ne me souviens pas où cet échange précieux se déroula… en quel coin, en quel moment de cette longue journée… Ensuite, c’était Marina qui me racontait, dans les mois suivants, à propos des divergences, à l’intérieur du PCI, des membres du Manifesto en train de se constituer en groupe organisé autour des figures charismatiques d’Aldo Natoli, Rossana Rossanda, Luigi Pintor, Lucio Magri et Luciana Castellina… Étrange situation, la mienne ! En cette période, même si j’avais déjà voté une fois, donnant mon vote au parti communiste, je ne m’y étais pas encore inscrit, sauf pendant un an à peu près, en 1963, dans l’organisation juvénile de ce parti. Et pourtant, malgré ma liberté objective, une voix intérieure me recommandait le maximum de « fidélité » à ce parti assez monolithe, mais fort enraciné dans la réalité. À l’époque, le secrétaire était Luigi Longo, un des chefs de la Résistance… avec lui, en plus du mythique Pietro Ingrao il y avait Giorgio Amendola et Giancarlo Pajetta… des figures extraordinaires, honnêtes, incroyablement humbles et généreuses. Rien à voir avec les « vestes croisées » dont parlait Pasolini ! D’ailleurs, il y avait aussi le sénateur Edoardo Perna, membre de la direction du parti, un personnage charismatique et jovial, si on peut le dire ainsi. Allègre et exubérant lors des réunions de famille, celui-ci affichait quelques talents artistiques pendant les réunions du parti aussi… Là, il adaptait des mélodies connues à des chansons politiques, farouchement taquines, de son invention.

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Renato Guttuso, Les funérailles de Togliatti,
image empruntée à Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Certes, le Parti communiste ne pouvait pas aimer cette Italie gouvernée par un centre gauche faible qui subissait le chantage de ce qu’on appelait les pouvoirs forts, ne se nichant pas seulement dans la bourgeoisie de droite, mais aussi dans les « mafias » grandissantes de la spéculation immobilière et des « corps séparés de l’État », tels la Caisse du Midi, l’IRI-Italstat, et cetera. D’ailleurs, le PCI se renfermait un peu en lui-même, se montrant méfiant vis-à-vis des intellectuels-bourgeois-fils à papa, tout en démunissant au fur et à mesure son flanc gauche.
En y réfléchissant, malgré la publication du mémoire d’Yalta que Togliatti nous a laissé, où la « voie italienne au socialisme » était clairement indiquée ; malgré l’idée de Gramsci d’un « communisme au visage humain » — ne faisant qu’un avec l’esprit et le style du vieux parti prolétaire ainsi que son enracinement dans la société italienne et dans son histoire —, ces hommes nobles ne surent pas attraper jusqu’au bout l’occasion qu’on leur offrait, d’abord avec la révolte des étudiants, ensuite avec les critiques sévères, mais équilibrées du Manifesto.
Bien sûr, il y eut la rencontre « historique » entre Luigi Longo et les jeunes, ensuite ce fut le tour de « l’automne chaud », des luttes syndicales de 1969 qui fit mûrir les conditions pour la création, en 1970, des Régions que la Constitution républicaine de 1948 avait prévues tandis que par tous les moyens les défenseurs de l’état centralisé et notamment la Démocratie chrétienne les avaient carrément entravées.
Tout cela se réalisa à la hâte, avançant en dehors d’une stratégie partagée. Les Régions furent obligées de lutter pour obtenir le pouvoir nécessaire pour exercer leurs fonctions ; elles durent fatiguer pour atteindre le droit de légiférer pleinement en raison de leurs compétences. D’ailleurs, toutes les réalités régionales n’étaient pas prêtes à assumer un tel engagement avec la même efficacité et surtout avec la même détermination…
Mais ce furent aussi des années de construction, d’enthousiasme, de travail dur et d’échange culturel. D’ailleurs, ce fut justement en 1970 que la loi sur le divorce fut approuvée. Une loi qui marqua le changement qui s’était finalement produit dans la société aussi.
Évidemment, tout cela ne serait pas arrivé s’il n’y avait pas eu le 1968, s’il n’y avait pas été cette « rupture » traumatique, s’il n’y avait pas eu ces groupes et groupuscules qui ont donné la voix à un malaise diffusé, en nous donnant le courage de critiquer.

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Si je ferme les yeux, je réussis à voir cette journée de Valle Giulia comme dans un film. En nous éloignant, mon frère et moi, avec d’autres comme nous, nous assistâmes aux affrontements depuis plusieurs points de vue différents. De ces temps-là prendre des photos et surtout de vidéo n’était pas facile comme aujourd’hui… Il fallait quand même y penser, sinon avec ma Canon, j’aurais bien sûr fixé, rien qu’avec une vingtaine d’images, ce que nous voyions et même notre étonnement et angoisse. Le point de vue le plus éloigné c’était le bord de villa Borghese, juste au sommet de l’escalier amenant à l’entrée du Jardin du Lac. Nous vîmes des trams et des voitures renversés et mis de travers, pour bloquer le trafic ; nous vîmes des petits nuages de fumée jaillissant depuis l’allée d’accès à la Faculté ; nous assistâmes à l’incendie d’une jeep des militaires… Nous nous approchâmes plusieurs fois. Lors d’une de ces incursions, près de l’escalier en descente à côté de l’Académie Britannique, nous rencontrâmes Renato Nicolini, le plus aimé et respecté parmi mes camarades aînés.
— Ils sont fous, dis-je.
— Non, ils sont courageux, répondit Renato.
Lui aussi éprouvait, je crois, le même bouleversement, sur un niveau plus élevé et conscient que moi. Il comprenait parfaitement les états d’âme de ce mouvement des étudiants qui, d’une certaine façon, s’empêtraient dans des justifications confuses, tout en inventant une « révolution » pour secouer et frapper le père, le patron, le parti. Parti, patron et père qui — il le savait bien — auraient été sourds et méfiants. Peut-être pensait-il, comme moi, qu’il ne pouvait pas y être des raccourcis… Mais lorsqu’un nouveau sentier s’ouvre, comment fait-on à ne pas être tentés de l’emprunter ?

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Photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Plus tard, nous rencontrâmes à nouveau Agostino. Par un large sourire, il avança son hypothèse : nous deux, mon frère et moi, nous avions révélé les mêmes attitudes que les généraux des « guerres pacioccone » ayant l’habitude de s’installer dans un endroit panoramique et suffisamment éloigné avec leurs longues-vues, pour scruter impunément le champ de bataille.
Toujours souriant, Agostino nous traîna dans son bureau via del Corso. Dans l’ascenseur, Agostino s’adressa à un fonctionnaire du Parti socialiste unifié, en lui faisant, avec emportement, en deux mots, le récit de la journée. La réponse fut plus ou moins la suivante : — heureusement, en ce moment, il y a des marges dans les caisses de l’État, on donnera un peu de travail et des bourses à ces jeunes… où est-il le problème ?
Puis, sollicité peut-être par notre appréhension, Agostino eut la hardiesse d’appeler au téléphone le secrétaire du Parti.
— Secrétaire, aujourd’hui il est arrivé un fait très grave, la police a attaqué les étudiants ! Il y a eu des blessés aussi…
— Ils ont fait ce qu’il fallait faire ! répondit le secrétaire.

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Renato Guttuso, graffiti sur la façade de la Faculté d’Architecture de Rome,
photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

Le personnel est-il vraiment politique ? Lettre à Giorgio Muratore (1)

01 jeudi Oct 2015

Posted by biscarrosse2012 in impressions et récits, les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

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ASCANI Maurizio, BARBERA Luigi Maria (Mario), FIORE (Francesco Paolo), GERBINO Renato, MARCHITELLI Antonio, MERLONI Giovanni, MURATORE Giorgio, NATOLI Marina, SARACENO Andrea, QUADERNO N. UNO

Le personnel est-il vraiment politique ? Lettre à Giorgio Muratore

Cher Giorgio,
Chacun de nous, chacun de ceux « qui ont essayé de faire quelque chose » devrait expliquer où sont les racines, les causes profondes de son « indignation ».

Peut-être, au-delà des nombreuses affinités électives qui nous rapprochent comme des frères ou des cousins, nous n’avons pas les mêmes idiosyncrasies, les mêmes rages pour les mêmes offenses à l’œil ou à l’estomac, à l’esthétique et à la morale, je veux dire.

Peut-être, avec le temps, nos batailles respectives sont devenues plus ciblées, ou alors elles se trouvent forcément coincées dans des contextes plus étreints, différents et lointains l’un de l’autre.
 Certes, après un parcours commun, nos vies se sont séparées. Non seulement en raison de ma décision de partir à Bologne.
En fait, inaugurant une nouvelle vague d’architectes romains émigrants à Bologne et en Emilia-Romagna (dont faisaient partie, entre autres, Giuseppe Manacorda, Pier Camillo Beccaria, Marco Peticca, Edoardo Pregher, Maurizio Ascani et Gian Piero Rossi) deux ans depuis la fin des études universitaires j’avais décidé de franchir les Apennins pour couper le cordon ombilical avec Rome, aimée et haïe, tandis que tu as décidé de rester, de lutter, à Rome, dans cette même faculté d’architecture, offrant aux nouvelles générations un exemple lumineux de ce que veut dire transmettre démocratiquement et honnêtement le savoir ainsi que les expériences indispensables pour progresser dans un esprit de liberté.

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Moi, je fis le choix de l’urbanisme. De cette « chose » qu’à Rome, pendant nos études, nous regardions avec suspect, que nous critiquions même farouchement, comme la responsable principale de « l’absence de forme » de nos villes.

Si j’ouvre, avec circonspection — et crainte d’y trouver qui sait quoi — ce « livre », que nous voulions titrer « Droit à la ville », ce livre où nous avions déversé nos espoirs ainsi que nos frustrations, je m’aperçois d’emblée du fait que nous devrions justement partir de là si nous voulions faire une autocritique sincère, jusqu’au bout.

Rétrospectivement, et de façon synthétique, je vois notre expérience universitaire piégée par deux éléments primordiaux.

Le premier élément, bien sûr le plus important dans la « longue période », se relie au manque de générosité de la plupart de nos enseignants et assistants. Sans considérer les exceptions lumineuses, comme l’exemple de Maurizio Sacripanti, ou la ténacité d’Antonio Quistelli, ou alors le sérieux de Paolo Marconi et Vieri Quilici, par exemple.
À la base de tout, s’appuyant sur le douteux prétexte de l’excès d’inscriptions (1) une irréductible jalousie professionnelle s’installa chez les enseignants. Un manque de partage qui endommagea la plupart des futurs architectes de l’époque, exception faite pour une élite de privilégiés, qui pouvaient rentrer dans les « ateliers des maîtres » par le biais de formes de cooptation tout à fait discrétionnaires.

Donc, on n’a pas « voulu » enseigner les trucs du métier à la plupart des étudiants et futurs architectes. En même temps, on nous a indiqué ou proposé des buts trop vastes et difficiles à atteindre.

Je ne peux pas me souvenir de Ludovico Quaroni en dehors de sentiments d’affection et d’estime sincère. C’était un homme extraordinaire et charismatique qui savait transmettre de grandes suggestions. Sur sa bouche et dans ses gestes, le « town design » prenait vie jusqu’à s’imposer comme une chose tout à fait abordable. Mais comment est-il possible de concevoir le « town design », c’est-à-dire le dessin préliminaire et unitaire d’entières tranches d’une ville, tout en ignorant ou oubliant l’urbanisme ? Ignorant ou oubliant que d’êtres solitaires ne peuvent « tout résoudre » avec leur baguette magique, pourvu qu’ils la possèdent ?

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Le second facteur de dérangement, nous tomba dessus à peu près à mi-chemin de notre tourmentée « auto-formation ».
Il s’agit de l’explosion, avec le mouvement 1968, d’une dimension politique, aussi traînante que radicale, qui nous amena à remettre en discussion, à la vitesse de la foudre, la plupart de nos modestes certitudes.

Le phénomène de l’université « de masse », comme l’on disait alors, trouva dans ce qu’on appelait la « contestation » une espèce de faux allié.
Si l’université devait se charger d’un changement quantitatif dans le rapport entre professeurs et étudiants et bien sûr aussi pour ce qui concerne les méthodes de formation et de préparation professionnelles, le « mouvement » prêchait une rupture verticale et définitive avec le « système », poussant bien au-delà de l’hypothèse de la lutte à l’autoritarisme, un ennemi réel celui-ci, là où se cachaient des réalités obscurantistes, élitaires et antidémocratiques de l’école et des institutions culturelles. 
Comme Pasolini même l’avait remarqué, au lendemain de la « bataille » de Valle Giulia, dans son poème « Il PCI ai giovani » dans ce mouvement il n’y avait rien de révolutionnaire.
Au lieu de « tuer le père » et assumer jusqu’au bout de vraies responsabilités, on lui a enlevé le statut formel, quitte à profiter de son statut réel pour exploiter jusqu’au fond du puits tous les privilèges et les avantages possibles.

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En ce 1968 désormais révolu, tu te souviens, peut-être, que je pris une fois la parole, dans l’amphi comblé de gens. Pour dire, sous le regard sarcastique de Sergio Petruccioli, que nous aurions pu et dû profiter d’une grande occasion.
Je me souviens que nos camarades étaient muets, qu’ils m’écoutaient très attentivement, même si j’étais fort timide et que je m’exprimais péniblement, par saccades : il fallait utiliser notre provisoire « pouvoir », ce pouvoir de l’imagination dont le ’68 nous faisait don, pour nous exprimer, pour nous asseoir « autour d’une table » avec les professeurs et les assistants. Pour essayer de comprendre, avec eux, ce qui ne marchait pas dans notre faculté en piteux état, pour essayer de donner vie à une didactique et à une recherche plus cohérentes vis-à-vis de l’exigence d’une maîtrise dans notre métier de futurs architectes. Une maîtrise qu’on ne pouvait pas voir séparée de la vie réelle, donc d’une conception démocratique du travail de l’architecte dans la société.
On n’utilisait pas, de ces temps révolus, le mot « transparence ». Pour cela nous avons dû attendre l’arrivée, tardive hélas, de cet homme illuminé et généreux qui était Michail Gorbaciov, avec sa « pérestroïka ». Et pourtant, j’en suis sûr et certain, dans mon intervention timide, je pensais surtout à la transparence.

Si tu étais là, peut-être te souviens-tu que mon invitation au concret ainsi qu’à l’honnêteté des rapports fut interprétée comme une « action dérangeante ». Sergio Petruccioli m’attaqua, en disant dans la substance que je n’avais pas le droit de parler, puisque je n’avais pas participé à toutes les actions et réunions du mouvement des étudiants, donc je ne savais même pas de quoi je parlais.
En vérité, ce leader indiscutable du mouvement dans notre faculté était assez inquiet, puisque tout de suite après il alluma un magnétophone, à plein volume, qui obligea l’assistance à écouter la voix souffrante d’Oreste Scalzone.
Ce dernier avait risqué de mourir au cours d’une très récente manifestation en face de la faculté de Droit, ayant été frappé violemment sur le dos par un banc d’école qu’un étudiant d’extrême droite avait jeté depuis une fenêtre. Un épisode bien sûr très douloureux, qui ramène à ma mémoire le climat spectral de cette journée qu’on ne pouvait imaginer plus absurde et tragique.

Ce qui reste pour moi et pour ceux qui peut-être s’en souviennent, pendant cette assemblée, on fit taire ma bonne volonté en la ridiculisant.
Je ne cessai pour autant de suivre moi-même et je m’aperçus d’ailleurs que je n’étais pas le seul à voir ainsi les choses.
Renato Nicolini, par exemple, fut toujours très lucide sur ce point-là, jusqu’à réaliser lui-même, quand il en eut la possibilité, dix ans plus tard, le vrai renversement auquel beaucoup d’entre nous s’attendaient. Même dans l’hypothèse « éphémère » de l’Été romain, avec son idée d’une culture pour le peuple (2) Nicolini a montré concrètement l’exemple de la voie juste qu’on aurait dû suivre davantage.

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Donc, foudroyés sur la route de Damas par ce « beau moment » de 1968, nous avons tous conclu nos études universitaires dans la condition la moins sereine possible. En sortant, nous avons trouvé devant nous, en cette Rome incapable de devenir capitale d’Italie, un monde extérieur en fuite, où l’autoritarisme idiot cédait la place à une bureaucratie de plus en plus taquine.
Dans notre for intérieur, une petite voix, une étrange obstination et presque une volonté nous contraignaient à résister, à chercher coûte que coûte une voie, pour nous, pour les autres et peut-être pour le reste du monde aussi.
Mais, en y revenant avec le regard et l’expérience d’aujourd’hui, il faut l’admettre : de ces temps-là, il y avait déjà tous les germes de la dégénération future.

Giovanni Merloni

(1) Avec notre génération, appelée pour cause la « classe des baby boomers », il y eut, chose tout à fait inattendue, l’inscription de 500 étudiants à la première année d’architecture !

(2) « panem et circenses » disait-il, tout en prônant une culture de haut niveau, intelligente, ambitieuse, insérée dans le contexte européen.

(Continue)

TEXTE EN ITALIEN

Mon premier bouquin français

10 jeudi Sep 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Il m’est arrivée par la poste, juste hier, 9 septembre, le jour de l’anniversaire de ma fille cadette, un joli colis contenant quelques copies de mon premier bouquin français : « Poèmes d’avant l’amour », publié par les Editions des Poètes français. Je suis bien conscient de ce que cela signifie. En même temps, je suis tranquille, confiant, heureux de pouvoir transmettre quelques miettes d’un trop long discours.

Giovanni Merloni

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Tous les trois jours

26 mercredi Août 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Cour de la Mairie d’Uzès (Gard), août 2015

Tous les trois jours

J’ai longuement cherché les mots justes. En italien, on dit : « un giorno sì e due no ». Mais, on ne peut pas prendre cela au pied de la lettre. Car il faudrait d’abord décider si nous considérons l’expression « sì » comme une chose belle et positive ayant dans le « no » son contraire, ou vice versa. Si je pouvais être sûr de rencontrer une jolie femme contente de me voir, infailliblement, dans les jours marqués par le « oui », je pourrais bien sûr me réjouir d’une perspective de vie où le bonheur s’installe de façon régulière. Et je dirais alors que j’accepte volontiers une telle alternance cadencée, où les jours sombres et solitaires passeront presque inaperçus, pour finir, tôt ou tard, aux oubliettes… Elle ne sera jamais interminable, une telle attente, même si constellée de peine, de ciel gris ainsi que de longues queues au guichet des Impôts, pour essayer d’expliquer, avec le maximum de tranquillité possible, qu’ils se sont peut-être trompés, que ce ne soit pas possible ou logique et surtout supportable de devoir payer deux fois — en Italie et en France — les impôts sur les mêmes revenus…
Une heure de bonheur garantie tous les trois jours ce serait déjà l’antichambre du paradis terrestre, le droit reconnu depuis les Hautes Sphères célestes à l’effacement du péché originel…
Mais la vie peut bien nous réserver des surprises, même en dehors de cette inéluctabilité dont la morale catholique voudrait encore nous convaincre.
Même un agnostique ou athée comme moi peut cogner un jour contre un événement inattendu, « subissant » une agréable surprise. Celui-ci pourrait par exemple rencontrer, dans le jour noir de la queue aux impôts — tandis qu’il peine à tenir debout avec tous ces dossiers sur les bras, ayant la tête lourde, traversée par d’inquiétants sifflements —, une deuxième et (pourquoi pas ?) une troisième jolie femme partageant son souci et son sentiment de détresse…
Voilà que l’hypothèse originaire — se contenter d’une heure de bonheur, tous les trois jours — semble perdre terrain et haleine vis-à-vis des ressources prodigieuses du hasard…

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Série de photos du bal dans la cour de la Mairie d’Uzès (août 2015)

Pourquoi se fixer alors sur la certitude d’une heure de bonheur dans les jours du « oui » s’il se révèle tout à fait possible un bonheur plus fréquent, imprévisible, à taches de léopard ? Un bonheur qui pourrait se révéler transgressif, donc encore plus séduisant et désirable ?
Le choix entre le oui et le non devient, de toute évidence, assez difficile et dangereux. D’ailleurs, on ne peut pas prétendre un bonheur — solitaire ou partagé avec d’autres personnes — ayant une cadence journalière. Cela serait exagéré, même ! Trop de bonheur, pour un Napolitain par exemple, ce serait toucher à un équilibre invisible, très délicat, entre la bonne chance et la mauvaise chance, une provocation envers les dieux, notoirement envieux et jaloux.
En plus, publier un article tous les jours c’est compromettre sa propre santé ayant en échange, dans la meilleure des hypothèses, la compassion des lecteurs, au moins des plus gentils et humains.
Et même publier tous les deux jours c’est excessif, pour moi. Cela veut dire que le bonheur serait presque toujours assuré, montant et descendant du piédestal ou du trottoir d’en face par un rythme tellement accéléré qu’on n’aurait même pas le temps de recul nécessaire pour évaluer, au milieu de l’ivresse performative, si nos propos demeurent valides ou si, au contraire, ils ont pris une allure mauvaise ou médiocre.
Donc, à partir d’aujourd’hui mercredi 26 août, je publierai mes articles ou textes libres tous les trois jours. Selon cette règle, les prochains rendez-vous sont prévus le samedi 29, le mardi 1er septembre, le vendredi 4, et cetera.
Cela marquera peut-être ma rentrée dans le peloton des blogueurs paresseux ou réfléchis, ainsi que ma renonciation à faire partie du petit groupe des rédacteurs fugitifs, maintenant en vue de l’Izoard et du Tourmalet.
Cela déclenchera, peut-être, une phase initiale d’égarement et d’incertitude. Mais je pourrai finalement sortir de ma petite tour, m’envoler de mon perchoir incrusté de plumes d’étourneaux ne faisant qu’un avec les cheveux que le vent a extirpés des seules passantes à la coiffure plus volumineuse.
On pourra se rencontrer ici et là, laissant à l’anonymat tous les bonheurs possibles, tandis que notre sentiment de responsabilité nous poussera, inévitablement, à nous exprimer, à lancer quand même quelques hameçons à cette Gloire qui passe sur le trottoir d’en face.

bal à la mairie d’uzès

bal à la mairie d’uzès

D’ailleurs, si tout doit disparaître, ne vaut-il pas mieux une Gloire comme ça — blonde ou brune, éphémère, en chair et en os — vis-à-vis d’une gloire de marbre, éternelle, incapable de concevoir des caresses en dehors des touches maladroites qu’une foule de mortels aveuglés réserveront toujours à sa peau froide et veloutée ?

Giovanni Merloni

Je cherche un centre de gravité permanente (voilà comment je vais ranger mon blog)

10 dimanche Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Je cherche un centre de gravité permanente 

Mes chers lecteurs, mes chers amis blogueurs,
Chacun de nous, dans le blog et par le blog, cherche quelque chose. Tout le monde cherche la gloire, mais trouve déjà un certain apaisement dans la reconnaissance ou tout simplement dans l’intérêt qu’une publication, un jour, peut susciter.
Un besoin de revanche accompagne pourtant la plupart de nos existences, difficiles sinon frustrées par quelques manques ou quelques injustices subies, que nous portons peut-être en nous jusque de l’enfance ou de la « pénible adolescence ».
Je ne crois pas que l’engagement — souvent quotidien et acharné — qu’on met en place pour donner vie à nos créatures tourbillonnantes, puisse vraiment jaillir du désir de conquérir un prix quelconque de la part de nos semblables visibles ou invisibles. Je ne le crois pas, même si cela fait bien sûr plaisir et que nous devenons bruyamment jaloux si nous avons le sentiment de n’être pas suffisamment appréciés et reconnus…
Chacun de nous voit plus ou moins consciemment dans le blog — et dans l’engagement pour lui donner vie — l’occasion… pour trouver ce qu’il cherche depuis toujours…
Mais, avant d’arriver à une réponse, qui ne pourra pas être conclusive, je veux essayer de trouver une justification à cette réflexion. Pourquoi parlé-je de cela ? Pourquoi vais-je ressusciter ces questions aussi délicates qu’inopportunes de la « reconnaissance » et de la « satisfaction » ? Sont-elles des sujets qu’on peut toucher avec une telle désinvolture ? Certes que non ! Mais je suis arrivé à frôler une réponse, valide pour moi… quand j’étais en train d’essayer de ranger plus logiquement mes articles pour rendre mon blog plus accessible et transparent qu’avant.
L’occasion banale de cette « réorganisation » venait du récent « atelier de réécriture » du recueil des poèmes « d’avant l’amour » dont je me retrouvais deux versions différentes. Je devais finalement choisir et j’ai choisi de refouler dans les tiroirs les anciennes versions pour laisser à la surface ce qui est le résultat d’un travail assez sérieux.
À partir de cela, je me suis tout de suite aperçu que mes publications, au-delà même de mes intentions, avaient suivi toujours les mêmes pistes : l’amour, la mort, les autres, l’Italie, la France, la République, la guerre, la paix, la lutte envers la guerre et la violence, la lutte pour la liberté et la paix. Et puis la famille, le père, le grand-père, le frère et la sœur — rarement convoqués, mais infatigablement présents —, et mes enfants, ma femme, les femmes, et cetera.
J’ai suivi — comme j’ai déjà eu occasion d’éclaircir — des pulsions contradictoires, mais en fin de compte tout à fait logiques. Comment peut-on s’obstiner à sacraliser ceux qui nous ont généré sans mettre en piste une petite stratégie de vengeance ? Mais, évidemment, nous ne nous arrêterons pas à cette désacralisation affectueuse. Il faudra essayer de creuser en nous-mêmes ou, pour mieux dire, continuer à creuser.
Je me suis aperçu qu’au-delà des poèmes, créés depuis la nuit des temps pour tout révéler et tout cacher en même temps, la plupart des publications du « portrait inconscient » tournaient autour de cet arbre généalogique et en définitive des traces plus ou moins nettes d’identités errantes. D’ailleurs, le premier article de ce blog a été occasionné par une glorieuse photo de famille ! Comme vous verrez, après mon rangement indispensable, on pourra découvrir l’existence d’un fil rouge reliant entre elles les publications du « Portrait d’une table » à celle du « Strapontin », tandis que les contes et récits rarement se détachent de cette quête primordiale de l’identité et de la liberté.
Voilà, je vous laisse fouiller dans les
catégories et les mots-clés les plus importants, que je vais intégrer, dans les prochains jours, en installant sur la colonne de gauche une liste complète de toutes les publications. Et je retournerai bien sûr sur cette discussion que je viens juste d’amorcer.
Pour l’instant, d’une chose je suis certain : en dépit de mon penchant irréductible pour la digression et la fuite, je cherche avec opiniâtreté, contre tous et contre moi-même, un centre de gravité permanente. Ou alors je l’ai déjà trouvé.

Sommaire

les unes du portrait inconscient
atelier de réécriture poétique

commentaires
Coup de cœur
Terrasse Gutenberg
Poètes et Artistes Français
Portraits d’Auteurs Italiens

contes et récits
La cloison et l’infini (4)
Clair et calme avec balcon (19)
Les Contes du Strapontin (13)
Rome ce n’est pas une ville de mer (2)
Un curieux rêve
Cent jours (2)
X Y Z W (8) (partagé avec « petite grande histoire d’une famille »)
Portraits d’amis disparus (3)

alphabet renversé

il quarto lato

petite grande histoire d’une famille
Portrait d’une table
Portrait d’Italie
Portrait d’un tableau (5)
album d’une petite et grande famille
L’installation (2)
Le Strapontin (44)
Débris de l’été 2014 (20)
X Y Z W (8) (partagé avec « contes et récits »)

poèmes
avant l’amour (56)
ambra (60)
nuvola
stella
ossidiana
Ma semaine à moi
luna (21)
le train de l’esprit (32)
romamor
La nouvelle vie (3)
testament immoral
je suis parisien (29)

dissemination webasso-auteurs

vases communicants

Giovanni Merloni

« Je ne veux plus de l’impossibilité de transmettre »

01 vendredi Mai 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Valère Staraselski

Mes chers lecteurs,
en cette journée du premier mai, une sorte de « dimanche exceptionnel des travailleurs » je ne peux pas m’empêcher de remonter à cette année 1945, cruciale pour ma naissance, quelques mois depuis, cruciale aussi pour l’Europe. En particulier, je remonte spontanément à deux dates très proches : le 25 avril et le 1er mai. Toujours, au cours de ma vie, ces deux dates ont été l’occasion pour manifestations ou célébrations, en Italie, plus ou moins convaincues et heureuses. Elles sont liées pour moi à l’idée de Liberté dans la démocratie, Fraternité dans le travail, Égalité et solidarité dans la société.

torino 1 maggio

Turin, mai 1945 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Soixante-dix ans après…
J’ai le même âge de la Libération et du premier 1er mai libre après de décennies !
Soixante-dix ans d’espoir, de travail et, malheureusement, de contradictions aussi !
Mais reste vive en nous tous l’idée de liberté et de respect réciproque que nos pères nous ont donnée avec le silence et le sang.
Après soixante-dix ans, le monde change vite, dans la mauvaise direction, hélas !
On nous a enlevé le travail ainsi que les lieux de travail. On voudrait nous enlever les livres et aussi, petit à petit, la parole.
Et nous ne savons faire de mieux que bavarder à vide, nous couper réciproquement la parole, car nous devenons incapables de bâtir une stratégie quelconque de vie en commune, solidaire et humaine…
Je ne veux pas croire jusqu’au bout à tout cela, je veux espérer qu’aujourd’hui nous saurons trouver la façon et la voie pour nous réveiller, pour nous rebeller pacifiquement, retrouvant notre générosité et notre courage.
Oui, pourquoi pas ? C’est une question de bonne volonté et d’intelligence aussi. Il ne faut pas mépriser les hommes honnêtes de bonne volonté !
Cherchons alors de voir, pour commencer, dans ces soixante-dix ans qui se sont écoulés, combien de choses positives ont été faites. Que reste-t-il du travail acharné de millions d’hommes et femmes honnêtes ?
Libération et Libertè, vous existez encore, cela veut dire que même dans le désastre extrême quelque chose résiste et donc chacun de nous peut faire beaucoup de choses pour arrêter cette dérive, pour vaincre l’indifférence, pour remettre debout les principes fondateurs de nos républiques menacées.
Alors, bon courage citoyens ! C’est à nous tous de redonner la dignité et l’haleine à nos nations blessées et abandonnées à elles-mêmes comme des radeaux à la dérive.

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Rome, 1er mai 2005 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

« Je ne veux plus de l’impossibilité de transmettre » (1)

Dans cette date d’aujourd’hui, le 1er mai — évoquant en moi, encore aujourd’hui, quelque chose d’important et d’intime —, je voudrais savoir répondre à une question immédiate que cette date m’a suggérée : « Où sont les usines ? Où sont-ils les travailleurs ? Où sont-elles les organisations syndicales et les partis qui devraient défendre le travail et les travailleurs ? »
Revenant en arrière dans notre histoire récente, il faut bien sûr reconnaître les fautes et les délits qu’on a commis dans la plupart des pays communistes. D’ailleurs, il ne faut pas oublier, en Italie comme en France, le rôle assumé par les partis de la gauche tout au cours de l’histoire républicaine des deux pays.
En Italie, par exemple, cela aurait été impensable une véritable démocratie  sans le parti communiste qui a toujours défendu notre liberté, même à l’opposition. Il suffit de citer le nom d’Antonio Gramsci pour comprendre le parcours idéal de notre gauche, qui a choisi sans équivoque, dès le début, la voie de la démocratie parlementaire en réalisant des conquêtes primordiales, non seulement dans le monde du travail et de la justice sociale, mais aussi dans les institutions, dans la culture et dans les droits civils.

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Rome, 1er mai 2005 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

En 1989, la chute du mur de Berlin a été un passage historique que les hommes et les femmes de gauche en Europe ont salué comme une deuxième Libération. Car le système soviétique avait partout imposé, jusqu’au plus reculé des pays satellites, des régimes totalitaires. En même temps, la défaite — ou l’implosion — du redoutable géant communiste au-delà du rideau de fer n’a pas déclenché, ni à l’Ouest ni à l’Est un procès de « réécriture » démocratique des principes du socialisme lors de l’inévitable compromis avec le système capitaliste.
De but en blanc, j’ai la sensation de me retrouver dans un monde profondément changé, où tout s’est renversé, à partir du droit au travail jusqu’au droit à la retraite. Un monde où celui qui a travaillé durement est devenu un privilégié, tandis que les jeunes sont coincés en avance dans un autre univers, obligés d’avancer sans garantie…

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Rome, 1er mai 2005 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Mais je veux dire aujourd’hui, le cœur dans la gorge, hélas, une chose vraiment très douloureuse pour moi : « est-ce que nous sommes en train de glisser dans un nouveau totalitarisme sans retour, celui de l’argent, qui se sert de tous les régimes possibles et imaginables pour s’installer de plus en plus diaboliquement dans l’Europe et dans le monde ? Est-ce que nous sommes déjà plongés, ici en France ou là en Italie, dans un contexte où tout le monde a le droit de parler, mais personne ne trouvera de réponses ? Qu’avons-nous fait, ou oublié de faire, pour atteindre cette rive redoutable ? »
On ne peut pas dire que les manifestations populaires au cours des derniers soixante-dix ans depuis la Libération ont toujours été des démonstrations de force, de cette force imbattable de la classe ouvrière et des travailleurs en général. Pas du tout. Elles étaient en tout cas la preuve de l’existence de gens responsables qui, même en prenant des risques, ne se dérobaient jamais au devoir de hurler leur rage et de manifester pacifiquement leur besoin de justice et de paix.

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Rome, 1er mai 2005

Où trouverais-je, aujourd’hui, un exemple pareil de sacrifice et de cohérence, parmi les écrivains ? Je crois que Valère Staraselski, dont j’ai essayé de suivre dans les dernières années le parcours, peut nous aider à retrouver l’espoir ! Voilà ci-dessous deux textes que jai extraits respectivement du premier et du dernier roman que Staraselski a écrit jusqu’ici, dont je vais bientôt vous proposer un commentaire. En vingt-cinq ans, dans lesquels il a publié huit romans, un fil rouge relie sans faille un monde d’émotions et de convictions qui s’enrichissent sans jamais se démentir, soutenus par une écriture envoûtante et poétique qui ne se sépare jamais d’une rigueur morale et idéale vraiment exemplaire :
« Écrire ce livre est revenu à construire un mur que j’aurais dû démolir cinq, six, sept fois... Le ciment durci obligeant à porter des coups de masse sur ce qu’on avait bâti du mieux qu’on pouvait, en y croyant. Puis, il fallait ramasser les gravats, aller les jeter hors de vue, balayer et recommencer, le cœur neuf. La paroi enfin reconstruite, on découvrait les grossières malfaçons, invisibles, pendant le travail… Non, ceci ne regarde pas que moi ! J’ai dû écrire ce roman à cause de ceux qui, comme moi, ont cru ces dernières années pouvoir participer à une transformation réelle de la société. Et qui se sont retrouvés le bec dans ce désastre. Oui, c’est bien de la France dont il s’agit !
À eux, j’adresse ce livre afin qu’ils ne tiennent pas pour vraie la nullité de leur combat émancipateur.
Et depuis quand le roman n’en est-il pas ? »
Valère Staraselski (2)

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Rome, 1er mai 2005 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

« Je ne veux plus de l’impossibilité de transmettre. De se concentrer. Du refus d’accepter la frustration. Oui, cette frustration sans laquelle, sans le consentement à laquelle nous n’aurions plus grand-chose d’humain… Je ne veux plus de ce qui n’est pas sage, c’est-à-dire humble, moral et altruiste… Je ne veux plus de la toute puissance du marché, qui entend changer la nature même du travail en le niant, en le tuant… De ce qu’il impose partout comme étant les valeurs d’aujourd’hui… De la culture manipulée par les seuls intérêts commerciaux… Des mômeries de l’ex-trader new-yorkais, Jeff Koons, dans le parc du château de Versailles… »
Valère Staraselski (3)

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Rome, 1er mai 2005 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Giovanni Merloni

(1) Phrase de Valère Staraselski, extraite de son roman « Sur les toits d’Innsbruck, Le Cherche Midi, 2015
(2) Lors de la publication du roman « Dans la folie d’une colère très juste » (Harmattan, 2003) en avril 1990, Valère Staraselski avertissait le lecteur avec cette poignante déclaration.
(3) Sur les toits d’Innsbruck, Le Cherche Midi, 2015

Une exposition plutôt “difficile” …

16 lundi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

Cette publication, un Reblog de l’article de Giorgio Muratore sur Archiwatch, devrait être lue avec l’autre, immédiatement au dessous.

Une montagne de fer à Rome

09 lundi Fév 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

Traduire « ‘n sacco de fero » d’abord du dialecte romain à l’italien, ensuite de l’italien au français ce serait comme monter jusqu’au sommet de la tour Eiffel ou de celle de Tatline, avec la certitude de tomber en se faisant beaucoup de mal. Je peux essayer : une montagne de fer. Serait-ce irrévérencieux envers l’une (ou deux) des merveilles du monde ? Je ne sais pas. Il est sûr et certain que mon ami Giorgio Muratore, professeur émérite d’histoire de l’architecture à Rome, se moque un peu de ces « monstres » toujours projetés vers un avenir qui flotte désormais derrière nos dos vieillis.
Muratore a d’ailleurs une raison tout à fait noble et respectable à défendre. Pourquoi s’attacher à ces modèles — appartenant désormais à des époques révolues — pour proposer ou imposer — ce que fait l’architecte Massimiliano Fuksas, connu en France aussi — un nuage de fer, pour mettre en valeur (ou plutôt en crise) l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture rationaliste italienne ?
Il aurait été mieux de laisser ce nuage libre de flotter parmi les toits de Rome, tels un cerf volant ou un drone-jouet !
Pour en savoir plus, je vous invite à suivre les liens à partir de cette image-article de archiwatch.

Charlie Hebdo et nous (À présent n. 15)

09 vendredi Jan 2015

Posted by biscarrosse2012 in les unes du portrait inconscient, mes poèmes

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Zazie

je suis 1 180

Giovanni Merloni, 7 janvier 2015, technique mixte, 2015

Charlie Hebdo et nous (À présent n. 15)

C haque jour qui me reste

H onteux de vivre dans un monde impuissant

A vançant avec mes petites certitudes, je

R egretterai une époque qui a quand même existé, où

L iberté était pour tous le bien suprême à défendre. C’est au nom de la Liberté qu’il faut

I nformer tout le monde sur les risques totalitaires de plus en plus menaçants

E nseigner aux jeunes les vertus de l’échange, de la participation, de la solidarité.

 

H aine ? Je ne veux pas croire à la haine

E ngendrée par le fanatisme, ni aux

B ombes à retardement de nos fautes, de nos ingénuités.

D evant ces actes de guerre

O n doit faire valoir les droits et les devoirs de la Liberté.

 

E vidence primordiale : ce n’est pas une question de religion !

T olérance et intelligence sont les uniques moyens pour qu’on n’effleure plus les voix indispensables des innocents.

 

N égligeant toute réthorique,

O n a le droit, à présent, de pleurer. Mais demain,

U nissons-nous avec les armes gentilles de la connaissance !

S oulagés par l’art cosmopolite et la culture fraternelle, c’est à nous de garder dans nos mains la liberté et la paix !

Giovanni Merloni

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