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Chant du berger ayant perdu son troupeau (Avant l’amour n. 13)

18 mercredi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_troupeau 180

Ma mère

Chant du berger ayant perdu son troupeau

Par cette fente subtile
par cette blessure dans le rocher
je passe, solitaire berger
avec mon bâton long et inutile.

À l’orée du bois, sans vertige
une croix lourde se fige :
aux épaules du Christ un manteau,
à ses pieds, uniforme, un troupeau
va et vient, doucement,
aux mouvances d’une vague de vent.

J’ai posé mon bâton près d’un lierre,
j’ai creusé le terrain sous la pierre,
j’ai enfoui dans un coffre les trésors
que j’avais dans ma poche cachés :
tout l’argent que j’avais gagné
ta belle lettre scellée,
tes cheveux d’or.

J’ai tout enseveli dans la terre
juste en dessous de la pierre.
J’ai cru alors au matin, à cette lumière
qui m’entourait,
à cette voix sincère
qui me parlait.

002_troupeau 180

Ma mère

Charnelles
comme autant de bras féminins,
s’agitaient les branches nues
de ce grand olivier : « Quel chagrin
te conduit-il jusqu’au bout du désert ? »
m’a soudain demandé ce concert
de voix solennelles.

« Je cherche mon troupeau. »

Devant moi, s’adonnant
à l’écho du couchant,
à la danse heureuse
des étoiles et de la mer,
comme des cheveux dans la tempête
en ce jour de fête,
les frondaisons s’inclinent, balayant les sables
pour les rendre propres.

« Pourquoi ces sentiers blancs,
ces heures de doute affreux,
et cette montagne sans flancs ?
Pourquoi Dieu ? »

Ce désert de poussière
cet endroit reculé, inconnu,
où s’effondre mon chant retenu
c’est un temple de lumières,
la cage invisible et éphémère
d’oiseaux rouges et noirs
voletant sans cesse
autour de nos misères.

003_troupeau 180

Ma mère

Là-haut Dieu,
parmi les feuillages, se tait
parce que nous vénérons volontiers
ceux qui se taisent
ou alors tonne tout-puissant
parce que nous ne savons obéir
qu’à ceux qui hurlent avec force.

Depuis là-haut
elle ne me voit même pas
cette lumière aveuglante
prétendue divine
cette masse d’opaline
brûlant les toutes petites feuilles
et les nids des oiseaux.

Je suis ici, seul,
assez loin de ce Dieu obéi
prêt à ensevelir sous la terre
mes quelques riens
et moi même.

Giovanni Merloni

Merci à Elisabeth Chamontin, qui a participé avec amitié et bienveillance au travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

Le soldat (Avant l’amour n. 12)

18 mercredi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_fiori per il soldato 01 180

Le soldat

Il gît à même l’herbe,
encore chuchotant,
ignare de la mort.
Il sourit
au ciel disparu
aux étoiles perdues.
Ses cheveux lui caressent les dents.
Par le tourbillon de la nuit
mille feuilles sont tombées
sur ses yeux écarquillés
imprégnés de poussière et de boue.

Il a juste eu le temps
pour écouter, le soir venu
le bruit sec, impromptu
de fusillades éloignées
se perdant
au milieu de chansons.
Il n’a pas reconnu,
au milieu du silence,
le bruissement soudain
la cruelle embuscade.
Par la mort indolore
il s’est juste affaissé,
encore riant,
encore débitant
le récit insouciant de sa vie.
Il n’a pas eu le temps
d’adresser à tout-venant
le récit de sa mort.

002_fiori per il soldato 02 180

Voyez-vous comme il dort
sur son lit de poussière !

Suivez-la,
l’ avalanche légère
qui roule sans poids
au fond de la vallée,
encore scrutant,
les yeux grands ouverts,
vers la porte fermée.

Voyez-vous,
une seule branche l’arrête.
À présent, il se penche
dans l’oubli,
sur ses lèvres, légère
s’attarde la rosée,
souvenir de l’ardeur
d’un baiser
trace ultime de la fraîcheur
du bon pain.
Et pourtant, dans sa bouche
s’engloutissent
de longs fusils
de rudes cartouches
et ce vent de poussière.

Cesse de regarder, ô soldat,
ces maisons, ces hommes,
ces amas inutiles
qui te survivent,
cette terre
qu’on te jette dessus,
ne juge pas ces êtres maigres
priant sur ta pierre
ni cette guerre
qui t’envole
sans un mot.

Sur le parapet
de ta bouche noircie
une rose s’accoude, souriante.

Giovanni Merloni

003_fiori per il soldato 03 180

Merci à Florence Z., qui a assisté de façon innovative et propositive à mon travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

Foulard céleste (Avant l’amour n. 11)

18 mercredi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_foulard_01 180

Foulard céleste

Elle a
deux yeux de chat
pour un seul jour,
deux lèvres de corail
pour un seul souffle,
deux mains habiles
rien que pour moi.

Elle a
un foulard céleste
pour me frapper à mort,
des mots délicats
pour arroser l’amour
de larmes sincères.

Elle a
des pas ouatés
pour me surprendre,
des gestes hardis
pour me rassurer,
des dents d’ivoire
pour m’enchanter.

002_foulard_02 180

Elle a
la pâleur voilée
de la lune
son sourire ineffable
l’obscurité de ses mers
le silence de ses volcans.

Elle est la dernière lune
se perdant dans la chaleur du jour.

Elle est
ce coin reculé
où nos voix s’égosillent
et nos corps se croisent
encore une fois.

Elle est
notre lit endormi
où nos ombres silencieuses
s’effondrent.

003_foulard_03 180

Giovanni Merloni

Merci à tous ceux qui ont lu ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

Drive-In Movie-Goers

Metro Drive In, Rome, années 1960 photo Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Le jour d’un instant (Avant l’amour n. 10)

18 mercredi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_verdier 180

Le jour d’un instant

Le ciel du matin gris
enveloppe les toits
d’une couche d’éternité
ennuyeuse.

À chaque crissement du tramway
à chaque pas qui traverse,
un tel ciel me convie
au dernier bruissement de la vie
se volatilisant invisible
au tournant
de ce jour pénible.

Sans élégance,
mon ciel de plomb arrose
tous ces journaux mouillés,
abandonnés
aux klaxons du trottoir
d’où s’échappe un cortège
d’épitaphes quotidiennes
de longs nécrologes grisâtres
d’ateliers d’écriture
au sujet de la mort
soudaine ou attendue,
de quelqu’un comme nous.

002_verdier 180

Nous aurons chanté ou dessiné
inspirés ou pas,
nous mourrons, nous aussi,
accrochés au désir
de rester immortels
dans le cœur de quelqu’un
qui mourra.

Nous mourrons,
éloignés du monde,
écartés de nous mêmes,
et pourtant
le jour d’un instant
on nous confiera
de silencieux regards
et l’on ser plongera
dans le destin fuyard
de nos ultimes semblants
et de nos noms mêmes
du moins jusqu’au couchant
de notre jour extrême.

Giovanni Merloni

Merci à Hélène Verdier, qui a participé de façon aussi discrète que sensible au travail de révision de ce texte

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

Que c’est facile et léger… (Avant l’amour n. 9)

17 mardi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_facile et léger 180

Que c’est facile et léger…

Que c’est facile et léger
te parler avec franchise
si tes pupilles s’éclipsent
scrutant dans la brise.

Que c’est lourd et difficile
penser à toi, à ce qui se déclenche
si tu demeures insensible
à mes étoiles blanches.

Que c’est facile et léger
partager avec toi
mes souvenirs enchevêtrés
si la mer te débarrasse
de tes secrets soucis,
si la pluie sans angoisse,
s’épand dans tes yeux ravis
comme une vague amoureuse.

Que c’est lourd et difficile
voir la lune mourir
pâle et noble
sur tes pas invisibles
sur tes gestes évanouis.

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog.

Merci à Nicole Peter, Noël Bernard et Hélène Verdier pour leur lecture de mon texte.

TEXTE EN ITALIEN

Il m’est facile et léger (Vers un atelier de réécriture poétique n. 19)

17 mardi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Atelier de réécriture poétique

libia

Viale Libia, Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Il m’est facile et léger (Vers un atelier de réécriture poétique n. 19)

212_Il m’est facile et léger (Avant l’amour n. 19)

Comme déjà communiqué dans la précédente publication concernant mon atelier d’écriture, dans ce « deuxième tour » j’assume mes responsabilités en publiant directement le nouveau texte sans activer en avance une consultation approfondie.
Pour la poésie d’aujourd’hui, que j’ai beaucoup retravaillée pour aller à l’essence (en quête de cohérence vis-à-vis du texte italien d’origine), j’ai invité trois amis de Twitter — Nicole Peter, Noël Bernard et Hélène Verdier — à intervenir sur mon blog, lors de la publication, avec des conseils, des suggestions ou des commentaires.

Giovanni Merloni

Banlieue, rhapsodie triste (Avant l’amour nn. 5, 6, 7 et 8)

14 samedi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_rhapsodie 180

Banlieue, rhapsodie triste
Ça fait longtemps
qu’il pleut
sur la ville endormie.

Au milieu de la nuit,
le temps d’un instant
le feu rouge paralyse
les pare-brises embués
des voitures en fuite.

Le temps d’un éclair,
un moineau tombe mort
sur une flaque.

Là haut, dans le ciel impérieux,
la tonnerre résonne.

Au milieu de la rue,
elle a le regard fixe,
éteint, malheureux
cette femme qui passe
sombre et nue.

002_rhapsodie 180

Rien que des silences obstinés
Un quartier, toujours le même
une vie sans histoire
une mort qui ne brise pas la monotonie.

Rien que des silences obstinés,
avec la saveur de petites joies volées
avec l’odeur du chagrin.

Une vie dans le ciment gris
une mort comblée de fausses larmes.

Rien que des silences obstinés.

003_rhapsodie 180

Maisons
Maisons.
Des escaliers jusqu’au toit
où la tête se cogne.

Du marbre
du linge accroché
des amours
même là-haut,
dans les soupentes,
où d’entières familles
camouflent avec entrain
leur destin inhumain.

Des maisons empilées
pour des courses affolées
d’en haut de la mansarde
jusqu’en bas de l’escalier.

Un enfant vient de naître
à même le palier
tandis qu’un chat d’égout
s’éclipse sans funérailles.

On meurt, on renaît à chaque coin
enfermés sans aucun soin
par les cloisons étanches
de maisons grises et blanches.

004_rhapsodie 180

Gouttes, perles froides, grêlons
Gouttes, perles froides, grêlons
sur les canaux agités
sur les toits noirs et gris
que l’hiver déshabille.

Les gens traversent, affolés
la rue sombre, inondée.

Même la pluie s’étonne
me voyant seul, nu-pieds
dans l’attente d’une fée.

Giovanni Merloni

Merci à Nicole Peter, qui a suivi avec humour et équilibre mon travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog.

TEXTE EN ITALIEN

Villa Borghese (Vers un atelier de réécriture poétique n. 18)

12 jeudi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Atelier de réécriture poétique

000_finestra muratore

Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Villa Borghese (Vers un atelier de réécriture poétique n. 18)

226_Villa Borghese (Avant l’amour n. 18)

Avec ce dix-huitième poème du recueil « Avant l’amour », « Villa Borghèse » mon atelier de réécriture poétique reprend sa marche. Mais, évidemment, « l’expérience apprend ». Les démarches seront dorénavant beaucoup plus simples. Lorsque j’apporte au texte d’origine, à travers la réécriture, des changements importants, je les assume entièrement. D’ailleurs, après la publication sur le blog, ce sera encore possible de revenir sur les textes, selon l’esprit du « work in progress » caractérisant les blogs.
Je remercie du cœur tous ceux qui m’ont aidé jusqu’ici :
Brigitte Célérier (Une belle fille);
Françoise Gérard (Notre histoire);
Claudine Sales (Que sais-tu de la vie, de l’amour, de la mort ?);
Marie-Christine Grimard (Ciseaux);
Jocelyne T. (Rome);
Élisabeth Chamontin (Chant du berger ayant perdu son troupeau);
Hélène Verdier (Le jour d’un instant);
Noëlle Rollet (Les deux lunes);
Serge Marcel Roche (Dans mon film de gueules sombres);
Noël Bernard (La ballade d’un pendu);
Florence Z. (Le soldat);
Nicole Peter (Banlieue, une rapsodie triste);
José Defrançois (Des guitares sans cordes);
Ève de Laudec (Tout près… au loin);
Marie-Noëlle Bertrand (Révélation « divine » ou Étrange élégie);
François Bonneau (Marchez, mes braves soldats);
Hervé Lemonnier (Je ne crois pas au péché).
L’unique exception, à l’intérieur de la première série, c’est une poésie (Tes cils clairs font des tours d’une absurde lenteur) que je publierai dans les prochains jours avec la participation d’Angèle Casanova, que je remercie en avance.
Ces échanges et rencontres méritant un récit pourraient être condensés aussi bien dans un poème : celui de la solidarité, de la gentillesse, de l’humanité, de la sympathie et de la patience.
J’aurais pu continuer, il y a d’autres correspondants que j’estime aussi, avec lesquels j’ai eu des échanges intéressants. Peut-être, ils m’auraient accordé leur disponibilité.
Cependant, même si le problème de la langue (et de l’accent) n’est pas vraiment réglé, et que je suis bien sûr prêt à me tromper encore mille fois encore, tombant dans les pièges de la pesanteur, de la précision (toujours excessive) et du malentendu, je dois sortir en champ ouvert !
Je me suis toutefois accordé une petite béquille de sauvetage : le jour avant chaque publication j’interpellerai, selon le sujet du poème et mon inspiration du moment, quelques-uns de mes correspondants pour les inviter à intervenir « ex post », soit par mail soit à travers des commentaires à l’article spécifique.
Les personnes contactées seront d’ailleurs tout à fait libres de se dérober à la tâche si elles n’ont pas le temps ou l’esprit pour intervenir.
Le fait de constituer ainsi, à chaque publication, un « forum pour invités », dont je considère l’avis et le conseil au fur et à mesure très utile pour moi, n’exclut pas d’autres interventions, suggestions et conseils.
L’invitée d’aujourd’hui est Jocelyne T. (@allearome) que je remercie vivement pour ses suggestions très sensibles et appropriées.

Giovanni Merloni

Un dimanche, sur le bord de la piste (Zazie n. 27)

08 dimanche Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

dimanche 180

Un dimanche, sur le bord de la piste

Tandis qu’une immense Waterloo se joue à côté de nous
sur la route éphémère où les questions se déversent
combien de discussions ou bavardages ou murmures
combien d’héros inutiles
combien de mots compliqués
chacun hissant sa petite tour
chacun rassuré de sa propre formule

Tandis qu’une immense destruction de valeurs s’accomplit
et de bois et de fleuves et de beauté naïve
et d’amour pur comme l’eau d’une généreuse fontaine
les semaines s’écoulent, avec leurs règles bizarres
leurs habitudes primordiales

Tandis que le samedi se brûle et le calme du dimanche se prépare
je regarde la page blanche ou la toile
le parchemin ondulé, l’écran microscopique
d’un téléphone portable
et je n’y lis rien, et je ne sais plus quoi y écrire
parce que je suis écrasé par les événements terribles
parce que je ne veux pas rencontrer cette femme de 66
qui cherche la compagnie de quelqu’un en dessous des 70
parce que je suis trop fatigué pour sortir dans la rue
parce que je ne serais pas à la hauteur d’ouvrir ma porte
aux fêtes, aux voisins, aux amis anciens,
aux gens intéressants

Tandis que ce livre de poèmes immortels tombe à terre
et que je le regarde, essayant de me souvenir
de la rose, de la mignonne, du dormeur, du bateau,
de l’ivresse alcoolique, de la Seine qui coule
et des frères humains, mon esprit las s’attarde
sur le bord de la piste
un dimanche de fête

Tandis qu’une saveur indicible est appareillée sur la table
je redeviens désinvolte, je t’invite :
viens danser avec moi, ma petite !

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

Le « péché » : une question disproportionnée

03 mardi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Atelier de réécriture poétique

001_doppio arcobaleno

«Doppio arcobaleno su Roma», depuis archiwatch de Giorgio Muratore

Le « péché » : une question disproportionnée 

Devant ce « double arc en ciel sur Rome », que je viens d’emprunter à mon ancien camarade de l’université, Giorgio Muratore, dont je fréquente de plus en plus assidûment le blog Archiwatch, je trouve le calme nécessaire pour revenir sur une des poésies du recueil « Avant l’amour », 149_« Je ne crois pas au péché ! » (Avant l’amour n. 17). Celle-ci peut représenter, en elle seule, la clé pour la compréhension de l’entière récolte de vers et, peut-être, les états d’âme et d’esprit de cette époque révolue, entre les quinze et les dix-neuf ans, où l’amour poussait à mes portes avec toute sa force subversive et destructrice tandis qu’une espèce de convention au-dessus de ma tête et en dehors de mon corps m’en empêchait vivement. Issu d’une famille laïque, je ne pouvais pourtant pas me soustraire aux conditionnements d’une société, autour de nous, fortement imprégnée de religion, de traditions et de tabous. C’est pour cela que ce « péché » dont je ne connaissais la profondeur ni la gravité m’inquiétait… de façon même disproportionnée…

002_péché 180

« Je ne crois pas au péché », j’avais hurlé, emporté par une colère éphémère — ô combien explosive ! ô combien autodestructrice ! — comme si j’avais jeté (gauchement et même violemment) le café incandescent du petit déjeuner sur la gueule stupéfaite de mon père, la personne d’ailleurs la moins indiquée pour recevoir une telle gifle « symbolique ». Car mon père avait déjà tout compris, ayant déjà vécu cette rébellion… Mais là, ce n’était pas le juste moment pour exploser, parce que je n’étais qu’un godelureau maladroit emprunté à quelques histoires farfelues de plateformes de bus, sans appui ni substance… « Je ne crois pas au péché », ce fut la rébellion d’un jour, un geste insensé et solitaire, une violente déchirure, un acte de désobéissance qui fut pourtant accepté, élargissant les bras, jetant les yeux au ciel. Je ne croyais pas à cette loi qui avait réussi à pénétrer dans les quatre murs d’une famille de gens loyaux et sincères… Une loi rentrée par la fenêtre, qui voulait tout de même me transformer en pécheur invétéré et hypocrite, désireux d’indulgences, d’absolutions non sincères. Étranger à tous ces jeux de chantages moraux, à ces sombres troupeaux de pécheurs repentis déguisés en prédicateurs, je me savais incapable d’orchestrer un leurre quelconque, ainsi que des pièges et des mensonges. « Je ne crois pas aux leurres », je disais, « je ne crois pas non plus aux pièges, aux mensonges. Tous ceux qui leurrent, qui mentent et conçoivent des pièges, agissent impunément, protégés par la dictature de leur religion, de leurs lois funestes, de leur misérable et immense arrogance. Je ne crois pas aux fautes que l’on subit ou condamne au gré des circonstances. Je ne crois pas à la mort injuste parce que l’homme l’attend. Je ne crois ni n’espère. Dans ce monde vide de sens, sans amour et sans vérité mon esprit s’habitue, jour après jour, au manque de chance d’une vie violente impitoyable, inconnue. »

003_péché 180

Depuis cette rébellion cinquante ans se sont écoulés ! Une distance même supérieure à celle qui me séparait alors de mon père rebelle et généreux. Comment transférer dans le présent cette douloureuse intuition d’un destin qu’on avait imposé à mon père et qu’on imposait à moi aussi ? Comment dire cela explicitement, sans perdre le rythme et le ton de ma voix d’alors, de cette voix sculptée en six mots : « je ne crois pas au péché » ? Oui, j’accepte de « boire le calice jusqu’à la lie », mais c’est un dialogue impossible celui qu’on voudrait tisser entre l’enfance de la vie et celle de la mort. Cinquante ans de distance c’est un trop long voyage. Il est impossible que la rouille et la boue ne se soient pas encastrées dans ce corps creusé, sillonné, écrasé, blessé à mort, ressuscité. On change, on mélange, on s’éloigne inévitablement de soi-même pour devenir un autre inconnu. Notre rébellion, notre agacement se mutent, imperceptiblement, d’une veille impatiente à l’autre, d’une veille contrariée à l’autre. À présent, cette incommunicabilité est évidente entre l’homme qui monte et celui qui descend tandis que plusieurs marches de cet escalier qui fut noble, généreux, enthousiaste ont disparu. À présent, les gens de moins en moins se rencontrent, de moins en moins se battent pour rester unis, nobles, généreux, enthousiastes. Je voulais vivre, je ne voulais pas vivre. Je veux mourir, je ne veux pas mourir. Je suis l’homme qui redevient enfant et ne trouve plus les mots. J’étais là-bas l’enfant qui devenait géant et ne savait rien de la vie…

004_péché 180 Giovanni Merloni

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