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001_troupeau 180

Ma mère

Chant du berger ayant perdu son troupeau

Par cette fente subtile
par cette blessure dans le rocher
je passe, solitaire berger
avec mon bâton long et inutile.

À l’orée du bois, sans vertige
une croix lourde se fige :
aux épaules du Christ un manteau,
à ses pieds, uniforme, un troupeau
va et vient, doucement,
aux mouvances d’une vague de vent.

J’ai posé mon bâton près d’un lierre,
j’ai creusé le terrain sous la pierre,
j’ai enfoui dans un coffre les trésors
que j’avais dans ma poche cachés :
tout l’argent que j’avais gagné
ta belle lettre scellée,
tes cheveux d’or.

J’ai tout enseveli dans la terre
juste en dessous de la pierre.
J’ai cru alors au matin, à cette lumière
qui m’entourait,
à cette voix sincère
qui me parlait.

002_troupeau 180

Ma mère

Charnelles
comme autant de bras féminins,
s’agitaient les branches nues
de ce grand olivier : « Quel chagrin
te conduit-il jusqu’au bout du désert ? »
m’a soudain demandé ce concert
de voix solennelles.

« Je cherche mon troupeau. »

Devant moi, s’adonnant
à l’écho du couchant,
à la danse heureuse
des étoiles et de la mer,
comme des cheveux dans la tempête
en ce jour de fête,
les frondaisons s’inclinent, balayant les sables
pour les rendre propres.

« Pourquoi ces sentiers blancs,
ces heures de doute affreux,
et cette montagne sans flancs ?
Pourquoi Dieu ? »

Ce désert de poussière
cet endroit reculé, inconnu,
où s’effondre mon chant retenu
c’est un temple de lumières,
la cage invisible et éphémère
d’oiseaux rouges et noirs
voletant sans cesse
autour de nos misères.

003_troupeau 180

Ma mère

Là-haut Dieu,
parmi les feuillages, se tait
parce que nous vénérons volontiers
ceux qui se taisent
ou alors tonne tout-puissant
parce que nous ne savons obéir
qu’à ceux qui hurlent avec force.

Depuis là-haut
elle ne me voit même pas
cette lumière aveuglante
prétendue divine
cette masse d’opaline
brûlant les toutes petites feuilles
et les nids des oiseaux.

Je suis ici, seul,
assez loin de ce Dieu obéi
prêt à ensevelir sous la terre
mes quelques riens
et moi même.

Giovanni Merloni

Merci à Elisabeth Chamontin, qui a participé avec amitié et bienveillance au travail de révision de ce texte.

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