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Rien que deux ans

14 samedi Juin 2025

Posted by biscarrosse2012 in claudia patuzzi écrits et dessins, mes poèmes

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Boulevard Magenta, Claudia Patuzzi, Hôpital Broca, Infirmières, Sapeurs Pompiers

Claudia Patuzzi

Rien que deux ans

dès qu’à la porte

accourut samaritaine

une dame empressée et tendre

qui téléphona,

dès que toi bouche bée

à jamais d’ici

tu es partie.

*

Ça fait deux ans à peine

que le marasme se déclencha

de te savoir sans moi

éloignée, réléguée

seule de jour seule la nuit

et cet étrange mal subliminal

de me savoir sans toi,

s’accrochant à mes doigts

la faute d’être en vie.

*

Il y a deux ans pile

il te ravit, tardif

un ascenseur flambant neuf.

Avec adresse on t’ajusta 

sur la chaise du pape :

tu semblais ne pas entendre

ni te rebeller non plus

étourdie ou confortée

par lex voix chuchotantes.

*

Tout à fait nul,

de la fenêtre, au ralenti

je scrutais la chaise blanche

le haut rouge

tes cheveux ébouriffés

la rouge ambulance

la déchirure du corps et du cœur.

*

Ce jour-là te laissai partir

dans l’espoir désespéré

de te savoir en de mains fortes

hôte de voix gentilles

de gestes prêts et charitables.

Entre-temps, silencieux

l’écheveau se défit

de nos corps enlacés

que personne ne put ajuster

ni par mille colles et palliatifs

maintenir en vie.

*

Chaque jour, sans me retourner

à même la terre j’abandonnais

le scénario et les décors

de notre étreinte déchirée

et venais auprès de toi

m’accrochant à d’étranges cabales

arrachées au métro, à la foule des pas

à ce couloir devenu familier

de blouses vertes et fauteuils roulants.

*

En riant j’accourais

à l’hôtel de la ta vie.

En pleurant retournais

à l’hôtel de ma mort.

Giovanni Merloni

14 giugno 2023, boulevard Magenta, Parigi.

Au cours de sa sournoise maladie, il y avait déjà eu des séparations de Claudia femme, mère, écrivaine, dévoratrice de livres et de films, accro de petits bibelots jusqu’au collectionnisme, Claudia alter ego et alter tout pour moi et tout ceux et celles qui gagnèrent son cœur. Toujours est-il que cette séparation d’il y a deux ans pile fut la première véritable et irréversible séparation entre nous. Était-ce la mort qui nous séparait déjà ? Pas encore. Mais la vie paraissait ne plus nous unir : entre nous une cloison invisible s’était dressée. Dès lors, pour entrer dans sa nouvelle demeure, il fallait dénicher la porte cachée. Certes, une fois cette porte ouverte, on nous avait octroyé une sorte d’agréable presque-vie, mais combien était-elle précaire, déséquilibrée et injuste !

G. M.

TEXTE EN ITALIEN

Promenade dans les photos d’Anne-Sophie Barreau

24 mercredi Avr 2024

Posted by biscarrosse2012 in art, mes poèmes

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Promenade librement inspirée par les extraordinaires photos

(de véritables tableaux) d’Anne-Sophie Barreau

à l’enseigne de la télépathie — toujours à la recherche

d’une bouée de sauvetage pour tous ceux qui tombent dans

un puits (pendant le jour ou la nuit) et ne savent pas nager.

Admettons que ces tableaux soient porteurs d’une histoire

en dehors de l’histoire d’un pays façonné aux tempêtes

au froid, à l’humidité qui tout pénètre, intimement,

comme une nécessité ;

en dehors de la petite histoire d’un étranger

qui encore très peu connaît de la brume

qui se colle, grise, au ciel et aux maisons,

de cette campagne s’effondrant dans la nuit aquatique,

de cette ville de lumières et chaleurs bien cachées

dans les coulisses éphémères d’auberges bruyantes…

Est-ce que ces tableaux vont aussi raconter,

en raccourci, par d’infimes traces déguisées,

par le biais de la nuit et de la pluie,

notre histoire inconnue, pour la dévoiler enfin

lors des jours de soleil ?

Non, ces tableaux sont les baisers volés d’une histoire oubliée,

d’une longue promenade au loin d’une fenêtre allumée

avant de se décider à monter à l’étage. Ou alors,

s’agit-il de sombres miroirs où s’accoude,

soudain, par hasard, un visage souriant.

Sinon, notre histoire s’arrête à ce sac paresseux

voltigeant derrière Elle, tandis qu’elle se sauve,

en quête de quelqu’un qui ne l’attend pas.

Mais au bord de la gommeuse uniformité

qu’elle traverse, on découvre le soleil,

le halo pâle du jour, dont elle s’échappe

pour atteindre la nuit, ses étranges mystères.

Néanmoins, rien n’est plus fascinant qu’une porte fermée,

à côté d’un sinistre rideau de fer rabattu : cette lumière

rasante, si ressemblante à la lueur chaude d’un foyer,

pointant, au loin, dans le bois de la fable,

est-ce le rayon de l’aube ? est-ce l’éclat envahissant

des feux pompeux d’une auto ? un vaniteux, vieux réverbère ?

Est-ce qu’ils nous ouvriront ?

Est-ce que tu te souviens

du Sésame ouvre-toi, de l’Abracadabra,

de l’Alhambra, de l’Oiseau rebelle… du Code ?

où as-tu caché tes clés ?

Entrons ! Par cette chaude clarté

inondant le marbre de la marche,

la porte semble nous inviter, du moins à attendre,

ratatinés dans un coin pour ne pas déranger.

Si, au contraire, ces images rêveuses sont là

pour nous réapprendre, au-delà des contingences,

au-delà de la peur, au-delà des chagrins personnels

et collectifs ce que nous risquons d’oublier, harcelés

comme nous sommes par des machins sans âme,

obsédants, répétitifs, standardisés ?

En revanche, arpentant la poésie de ces

tableaux notre esprit se libère, jusqu’à faire table rase

de ces affreux cauchemars, réapprenant à marcher,

à effleurer les lueurs de la nuit,

les ombres colorées de la lumière.

On nous octroie la sagesse d’une véritable initiation

à la grandeur de la vie, où le regard du photographe

se déguise en Virgile : nous ne sommes pas seuls

dans l’enfer de la nuit, ni dans son purgatoire.

Ce coup d’œil pénétrant, nous apprend à saisir,

avec émotion, la lumière dans la nuit,

la nuit dans la lumière, nous autorisant le courage

de donner des coups de pied à notre impuissance

face à ceux qui conspirent

contre la beauté désemparée de la vie.

Poursuivant de passage en passage

nous devenons complices de rituels quotidiens,

d’inatteignables transgressions, d’histoires

sans doute redoutables. S’agit-il des images ultimes

de mondes glorieux, hantés, à leur époque,

de passions foudroyantes, d’amourettes fatales ?

Hors de l’impasse, abasourdis sinon euphoriques,

une sensation aiguë s’était emparée de nous 

— nous n’avons jamais eu

un véritable but, dans notre vie fragile et protégée —

quand, aussi soudaines qu’inattendues,

des plantes et des fleurs nous ont chatouillés,

inondant de fond en comble la maison-sac à dos

qu’à outrance nous portons, la maison défunte

des sourires, des collations, des chansons, de sincères

baisers qu’on nous offrait sans réserve, et pourtant

disparaissent à jamais.

Il nous réconforte aussi ce blanc sale,

déjà gris, des parois qui se décollent, de ces volets

monotones qui semblent cacher un amour emporté,

intense : exactement ce que nous avons longuement

rêvé. Sommes-nous donc des voyeurs ? Ou alors

sommes-nous en train de nous accrocher à la vie

qui ne cesse, elle, de nous promettre

la solitude de la mort ?

Exactement, tel un coup dans le ventre,

la lumière se révèle par cette ombre en filigrane

ressemblant à une guirlande fanée, entourant

le petit lustre qui serait à l’intérieur… qui sait ?

si je frappe doucement, un mari va m’ouvrir.

Il protestera, il aura peur. Ou alors il répliquera,

par hurlements et menaces, au-delà

de la fenêtre fermée. Ou sinon, pourquoi pas ?

avec circonspection, sa plus jeune fille m’ouvrira,

à demi endormie, arborant ses longs cheveux blonds.

Mais elle ne sourira pas. Aussitôt, en s’écriant :

« maman ! », elle me claquera la persienne au nez.

Chacun de nous, la nuit, se découvre seul, naufragé,

à la recherche tenace du chaud.

Belle nuit, finalement, lorsqu’on se rend compte

que la rue est notre force, notre destin : cette rue

où se promènent les ombres, se racontant d’histoires

de petites incompréhensions, de grandes tragédies

d’histoires de craintes effleurant les nôtres,

se mêlant avec elles. La rue est enfin

notre corps étranger qui nous devient familier,

c’est sa voix péremptoire, nous obligeant à sortir

de cette solitude béate pour broyer un sandwich,

pour se faufiler, effrayés, en des toilettes sordides

ou propres, pour dormir en cachette, avec un œil

ouvert, dans la salle d’attente d’une gare.

Accueillante et bénéfique est pourtant cette halte

que la rue nous octroie au milieu du brouillard, peu

importe si le banc public s’affiche froid ou mouillé :

nos membres aux extrêmes vont s’y recomposer,

tout comme le tourbillon de nos pensées et nos

battements de cœur. À propos, en vous y établissant,

ne vous êtes pas aperçus du silence prodigieux

qui l’entoure ?

Reprendre la route ce n’est pas que traverser le noir et

la pluie, pas non plus qu’aller en avant, essayant de ne pas

tomber. Il ne s’agit pas que de tourner le coin de la rue

pour en prendre une autre : la rue est aussi dévier du plaisir

de nous perdre, arrêtant une décision, un raccourci,

nous agrippant à une rampe de Montmartre même si

nous ne saurons jamais que cette ville est Paris.

Remonter, revenir, c’est ça la rue. Cela n’a aucune importance

de savoir que nous sommes en train de rentrer chez nous,

car nous pourrions tout également revenir là où nous n’avons

jamais eu de maison, là où personne ne nous attend.

Et voilà l’envoûtante sortie du métro Rome !

Que ce soit la nuit ou au petit matin,

l’on se sent solidaire, en débouchant sur Belleville, ou

Ménilmontant, ou Richard Lenoir, envers ces autres

humains, peu importe s’ils sont méfiants ou indifférents :

la rue c’est les couleurs que la lumière peigne

sur les boutiques, sur les enseignes, sur nos vêtements

extravagants: les couleurs du hasard nous ayant emmenés

dans un lieu où l’on voudrait rester.

À contre-cœur la rue nous réveille, nous laissant découvrir

que nous vivons encore. Par la chaleur d’un café brûlant

et d’une tartine, bien sûr, nous sortirons du silence :

pour l’heure, nous laissons le regard se complaire,

voltigeant au ras du sol sur les petits tessons colorés

du passage gracieux. Entre-temps,

nous écoutons les voix et les bruits

du nouveau jour qui en bâillant, ouvre les yeux.

Et, peut-être, il y a quelqu’un, là-dedans, qui nous parle,

qui nous offre sa main.

Ultime étape : à l’abri d’une inédite spontanéité,

la rue nous aide à regarder, de d’intérieur et de l’extérieur,

notre vie comme une fresque, comme un dessin que le temps

rend flou, qu’affligent de petites rouilles, des contours

inégaux ; une œuvre ô combien révolue

que sauve un miracle, lui gardant ses couleurs

encore vives. La rue nous observe

tandis que nous y jetons, comme poubelle,

cette chose seule que nous possédons,

ce corps rêveur que nous négligeons,

que nous malmenons. La rue nous sauve, juste à temps,

nous obligeant à rattraper la vie, ce lourd fardeau

d’erreurs fatales, avant que nous la donnions à tout venant

pour qu’il l’ensevelît dans son ineffable sourire.

Giovanni Merloni

Au fond de la grotte

16 samedi Oct 2021

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Au fond de la grotte

primordiale je gratte

en nous octroyant un abri

à la faible lumière d’un lit.

Je gratte et m’incruste

échangeant ma peau de locuste

avec ton ardeur agile

de lapin perdu.

Au fond de notre rêve 

notre haleine sera brève 

les yeux rivés sur nos mains

telles des épaves enchevêtrées

d’amours désabusés.

Giovanni Merloni

La poésie n’a pas de nuances pour les amours perdus (Déchirures n° 2)

19 jeudi Déc 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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La poésie n’a pas de nuances pour les amours perdus

Qu’est-ce que la poésie ?
Tu le sais, toi ?
La réponse est dans la rue
Elle n’attend que toi !

Où m’en vais-je, mon vieux ?
Tu le sais, toi ?
De refuges, pour les sans-Dieux
Il y en a plus, quoi !

Je le sais où est la poésie
Elle n’est pas là où tu le crois
Dans un monde où le cœur est banni
Ta haine sourde est la pire des lois

Je ne vis pas dans l’ombre
Obéissant à tes mots tordus
Si ma tête est sans décombres
Ce ne sera qu’une vertu

La poésie aime se pomponner
Tu le savais, toi ?
Elle aime aussi se déshabiller
Et vivre libre, quoi !

Il n’y a pas d’ordonnances
Ni d’ingrédients non plus
La poésie n’a pas de nuances
Pour les amours perdus

Qu’est-ce que la poésie ?
Tu le sais, toi ?
La réponse est dans la rue
Elle n’attend que toi !

Giovanni Merloni

La poesia se ne va via quando l’amore non c’è più

Che cos’è la poesia ?
Lo sai tu ?
La risposta è nella via,
Vacci anche tu !

Dove vado vecchio mio
lo sai tu ?
Di rifugio per i senza Dio
Non ce n’è più.

Io so dove é la poesia
Non è dove dici tu
In un mondo senza cuore
Hai scelto l’odio anche tu

Io non vivo nell’ombra
Come credi tu
Aver la mente sgombra
É soltanto una virtù

La poesia ama agghindarsi
Lo sapevi tu ?
Ma ama anche spogliarsi
E vivere di più

Non ci sono ricette
Né ingredienti non più
La poesia se ne va via
Quando l’amore non c’è più

Che cos’è la poesia ?
Lo sai tu ?
La risposta è nella via
Vacci anche tu.

Giovanni Merloni

Je vais attendre, seul, qu’une vie nouvelle éclose ! (Déchirures n. 1)

09 lundi Déc 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Entre juillet 1976 et novembre 1977, donc entre mes 31 et 32 ans, j’ai vécu une profonde transformation, une véritable métamorphose qui me provoqua alors plusieurs déchirures.

Je quittais Bologne, ma ville d’élection pour revenir à cette ville de Rome, à laquelle je devais toute ma reconnaissance d’enfant dévoué, que pourtant je ne réussissais pas à aimer sans réserve, sans garder en moi un sentiment de profonde déception.

Ma décision de partir n’allait pas du tout dans le sens de m’offrir de meilleures chances pour ma future carrière d’architecte-urbaniste ou d’artiste. J’empruntais, au contraire, une voie assez facile et renonciataire m’octroyant juste l’opportunité du maintien du même poste de travail digne et honnête que je venais d’occuper dans ce contexte bolonais, beaucoup plus avancé et civilisé, qui n’avait pas manqué de manifester son appréciation et sa reconnaissance pour ma collaboration.

Dans mon choix, il y avait bien sûr l’amour, avec ses perspectives lumineuses. Cependant, à la veille de mon douloureux départ de Bologne et donc de mon incertain retour à Rome, j’endurais aussi de fréquents états d’égarement et de perte de confiance en moi-même, dus à l’explosion des contradictions de la vie précédente, qui ne cessaient pas de provoquer en moi des blessures mortelles.

G.Merloni

Je vais attendre, seul, qu’une vie nouvelle éclose !

Dans mon rêve vagabond elle se cache, la vie
derrière l’air assuré de mon cœur anéanti
accablé par les tendres caresses reçues
écrasé par les joies longuement demandées.

Il n’il y a plus de terre sur mon costume.
Affligé, je m’effondre, stupéfait et coupable
dans le sombre miroir d’existences brisées.

Au-dessous de mon aile engourdie
je regarde, hébété, les amants
s’affoler dans les rues clandestines,
leurs sourires soudains, leurs étreintes,
leurs baisers qui s’estompent
en étoiles de poussière :
je deviens inconnu
aux amours buissonnières
de mon paradis perdu.

Une femme me quitte, qui est ma mort,
mais ma vie aussi. Une autre me prend,
qui est ma vie, mais ma mort aussi.

(Si j’hésite à abandonner Bologne,
imprévisible sorcière,
je ne suis pas encore prêt
à m’adonner aux mystères
connus que promet Rome.)

En tant qu’ingrat filleul
de deux villes lumineuses,
je vais attendre, seul,
qu’une vie nouvelle éclose !

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

Ce que c’est qu’être amis

23 samedi Nov 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ce que c’est qu’être amis

Un bouquet de pensées
gravées ou alors tissées
dans la peau même
de nos destins colorés

Un bouquet de gestes
revendiqués sans emphase
que chaque pli protège
que chaque ombre dévoile

Un bouquet de paroles
venant à notre rencontre
dans le seul but exquis
de nous dire « J’y suis ! »

Le bouquet intemporel
que tu viens de m’offrir
va me dire à l’infini
ce que c’est qu’être amis.

Giovanni Merloni

Sombrero

03 samedi Août 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 3 Commentaires

Sombrero 

À ceux qui disent
que mes poésies sont sombres
je répondrai : « bien sûr
je me sers parfois d’un sombrero
pour me dérober aux intempéries
de journées agressives
ou alors aux méchancetés
de la banalité humaine »

À ceux qui pensent
que mes vers sont inquiétants
je répondrai : « même pas un jour
me fut vraiment complaisant,
même si
je souriais
je riais
je chantais
je tombais amoureux »

« Et pourtant je suis bien heureux
caressé par la grâce de la joie de vivre
quand je me laisse emporter
par les vers ô combien sombres et inquiétants
que je découvre, tentaculaires, dans les livres
de Charles Baudelaire ou dans le bateau ivre
d’Arthur Rimbaud »

À ceux qui voudraient
définitivement m’emprisonner
dans les faux draps d’un autre
avec le seul but de s’absoudre
de leurs fermetures ancestrales
je répondrai : « il me faudra d’une vie
pour recomposer la mosaïque
d’où rebondiront mes joies
mes enthousiasmes, mes convictions
inébranlables, mes mélancolies naïves

mais je ne ferai rien, rien du tout
pour extirper ceux qui ne m’aiment pas
du brouillard insondable de leur indifférence »

Giovanni Merloni

Sombrero

À chi dice
che le mie poesie sono cupe
risponderò che talvolta
portavo il sombrero
per ripararmi dalle intemperie
di giornate aggressive
e dalle cattiverie
della banalità

A chi pensa
che i miei versi sono inquietanti
risponderò che nemmeno un giorno
fu veramente sereno,
anche se sorridevo
anche se ridevo
anche se cantavo
anche se mi innamoravo

A chi vorrebbe
definitivamente imprigionarmi
nelle sembianze di qualcun altro
al solo scopo di assolversi
delle sue ataviche chiusure
risponderò che mi ci vorrà una vita
a ricomporre il puzzle
da cui rispunteranno le mie gioie
i miei entusiasmi, le mie convinzioni
Indistruttibili
le mie malinconie, i miei stupori,
ma non farò niente, proprio niente
per far riemergere chi non mi ama
dall’insondabile nebbia della sua indifferenza.

Giovanni Merloni

L’édifice fragile de notre histoire

18 jeudi Avr 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 1 Commentaire

L’édifice fragile de notre histoire

En proie à l’effroi
on ne saurait dire
rien de sensé
en dehors des larmes
brûlant nos yeux
ou de cette poussière
nous glissant des mains.

Puisqu’on nous défigure
notre place la plus belle,
notre maison la plus accueillante
se révélant bruyamment
l’édifice fragile de notre histoire,
est-ce que nous trouverons la force
de nous relever ?

Notre mort ne nous fait pas peur
pourvu que jamais ne s’arrête
la fabrique tenace de notre cathédrale.

Giovanni Merloni
__________________

Il fragile edificio della nostra storia

In preda al terrore
non si sa dire
niente di sensato
se non lacrime
che bruciano gli occhi
o questa polvere
che scivola tra le mani

Se ci sfigurano
la nostra piazza più bella
la nostra casa più accogliente
che rumorosamente si rivela
il fragile edificio della nostra storia
troveremo la forza
di rialzarci ?

La nostra morte non ci fa paura
se continuerà la fabbrica
della nostra cattedrale.

Giovanni Merloni

J’étais… Je suis

03 mercredi Avr 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

≈ 2 Commentaires

001_pantheon 180 J’étais… Je suis

J’étais
un caillou roulé sur le goudron,
un épouvantail souillé,
une affiche déchirée,
un album de famille
vidé de sourires,
un estomac dévoré
par des joies féroces,
un corps de carton-pâte ou de cire
écrasé par l’émoi soudain
d’une épreuve précoce.

J’étais
un costume inhabité,
un geste engourdi,
une ombre audacieuse
osant les labyrinthes et les échos,
le hasard emprunté
sur un chemin de cailloux
me précipitant dessus
le silence assourdissant de la mort.

J’étais
un geste héroïque
verrouillé dans un sombre
deux mètres pour deux,
l’odeur sublime
de mes spermatozoïdes
décédés par millions.

002_caravaggio 180

J’étais
un mot précurseur
gardé à vue
par des phrases faites,
un geste entre parenthèses
n’ouvrant pas de portes
aux joyeuses hypothèses

ne refermant pas non plus
le cheval fou de la vie.

J’étais
une torture subie,
un indomptable sentiment
de culpabilité et d’espérance,
un alibi rédigé en quatre copies,
un dossier envoyé par la poste
aux parents, aux joues ridées
aux cheveux blancs et gris
aux persiennes cassées
au sommet du lierre.

J’étais
un dessin
aux couleurs effacées
un baiser sans lèvres
une langue renfermée
sous un amas de pierre.

Je suis
les yeux dans l’étang,
la terre coagulant
le sang et la salive
d’une mort bénéfique
qui raidit la mémoire.

Je suis
l’élégie du nécrologe fleuri,
la longue attente de l’amour
enfin explosé
à l’orée de beaux jours
révélateurs de contrariétés.

Je suis
un corps ressuscité
au milieu des décombres,
l’estomac oubliant ses blessures
ses effrayantes douleurs,
les bras s’étirant à mort
pour atteindre ton ombre
lumineuse.

Je suis
le regard imperturbable
devant les dessins
que la destinée trace
sur mon horizon de mouches :
d’abord le brouillard
ensuite le ciel gris
enfin le bleu de la nuit.

Je suis
une aube endolorie
et pourtant sereine
flanquant des coups de pied
de joie et de peine
contre les feuilles mouillées.

Je suis
le rêve mort
qu’à nouveau s’égosille
à chanter sans répit
la litanie de nos corps
de nos pas, de nos ombres,
le drap frais hébergeant
encore une fois la joie indicible
d’être au creux de tes mains
ce que j’étais
ce que je suis.

Giovanni Merloni

004_mairie Xe 180

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Guérir (Zazie n. 68)

22 vendredi Mar 2019

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

Guérir

Guérir.
Paresser, boire, se reposer, cesser d’errer,
laisser le corps s’endormir parmi des voix aimées.
Manger, attendre, essayer de comprendre,
entrouvrir les yeux, vers le soleil,
ouvrir, en cachette la porte secrète du cœur.

Sortir sans attendre.
Voyager sans vagabonder.
Aller sans revenir.
Rencontrer des maisons de chaux et de bois,
des prés à dessiner,
des albums à remplir d’histoires
à ne raconter qu’à nous-mêmes.

Guérir.
Briser le cercle des murs assiégés
par une sortie élégante et clandestine,
tout en cachant le sourire,
tout en feignant un rictus de douleur.
Briser le petit nuage sombre.
Sortir dans la mer, en larges brasses.
Tête relevée, chercher une île verte
où le corps se perd,
où l’esprit se rassemble
et l’écheveau lentement se dévide.

Envoyer des cartes postales
depuis l’île secrète :
“Bonjour à tous. Je vais bien.”

Giovanni Merloni

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