le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

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Archives Mensuelles: avril 2015

Il est parti (Avant l’amour, n. 30)

08 mercredi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_campo de fiori anni 80 180

Il est parti

J’ai planté dans la serre des graines de cyclamen
J’ai écrit une longue lettre à ma fiancée
J’ai bu quatre tasses de café amer
J’ai tapé sur mon clavier ce que je vous dois
J’ai entendu les sanglots sourds du ruisseau
J’ai dormi jusqu’aux ténèbres
J’ai lu un verset de la Bible en cuir
J’ai écouté une chanson en bouchant mes oreilles
J’ai fermé toutes les fenêtres
J’ai éteint toutes les lumières
J’ai fumé une nationale jusqu’au filtre
J’ai tiré sans toucher la cible
J’ai tiré encore trois fois
(et je me suis écroulé sur le tapis).

Lorsqu’ils m’ont amené à la morgue
je n’ai entendu que trois mots :
il est parti.

002_statues saint-denis 180

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

Tes cils clairs font des tours (Avant l’amour n. 29)

07 mardi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

angelina 04 180

Tes cils clairs font des tours

Tes cils clairs font des tours
d’une absurde lenteur
sans jamais s’arrêter
sur un geste imprudent.

Il est tard sur les chaises
des terrasses éblouies
si j’observe tes contours
tes cheveux de velours
et ton ombre mouvante
se brisant dans l’éclair
de tes dents souriantes
de ta bouche haletante.

Il est tard, désormais
sur les toits des baraques
au milieu de ces portes
qui claquent.

Dans les cendres du soir
nos regards pleins d’encombres
arpentant le trottoir
font des tours, se perdant
dans l’absurde lenteur
d’un immense miroir
où s’accoudent les ombres,
se mêlant aux passants,
de nos adieux sans nombre.

Tu es là, blonde,
ondoyant malicieuse dans les bras
de mon pâle souvenir,
effleurant ma colère,
chatouillant mon désir
d’en finir, d’en finir,
tandis que tes cils clairs
font des tours
d’une absurde lenteur
sans jamais s’arrêter
sur un geste imprudent.

Ô combien me ressemble
cette mort souveraine
soufflant sans vraie peine
sur nos fronts détendus !
Avec quelle élégance passe-t-elle
bras dessus bras dessous
avec la nuit, sa sœur jumelle
frôlant les murs, les vitrines
et nos ombres éternelles
au milieu d’une joyeuse traînée
de cendres et fumées…

Giovanni Merloni

Merci à Angèle Casanova pour sa lecture de mon texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

uberto-bonetti

Uberto Bonetti, Carnaval de Viareggio, 1933, affiche empruntée à Archiwatch, blog de Giorgio Muratore

Tes cils font des tours (Vers un atelier de réécriture poétique n. 23)

07 mardi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Atelier de réécriture poétique

libia

Viale Libia, Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Tes cils font des tours (Vers un atelier de réécriture poétique n. 23)

185_Tes cils clairs font des tours (Avant l’amour n. 23)

Juste au lendemain d’un lundi de Pâques finalement ensoleillé, je vous emmène… la dernière poésie du recueil « Avant l’amour » ! Ce ne serait pas vraiment la dernière, car il y a trois autres poésies dans ce recueil. Elles ne figureront pas dans cette réécriture. Vous pouvez en tout cas, si cela vous intéresse, lire les textes relatifs suivant le lien ci-dessous :
X pour la poésie « Il est parti ;
Y pour « Un soleil, un ciel rose » ;
Z pour « Vous voici mon cœur noir ».
Ces trois poèmes ont eu d’ailleurs de tout petits changements.
La poésie que je publie ci-dessous se montre par contre assez différente vis-à-vis de la première version. J’ai invité Angèle Casanova – qui m’avait déjà fait le cadeau d’une belle lecture de mon billet sur Gênes lors des vases communicants de mars avec Piero Cohen-Hadria – à me transmettre ses conseils, suggestions et commentaires même après la publication. Tous ceux qui ont envie de dire quelque chose peuvent aussi le faire ! Je vous remercie en avance !

Giovanni Merloni

Rome (Avant l’amour n. 28)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

006_sanmichele 2 180

Rome

Je l’ai revue au couchant
rose
paresseuse
imposante statue lumineuse
grande dame plantureuse
au profil
lourd, démesuré

003_merulana 180

elle s’étend, infinie,
marbrée,
sur des kilomètres
d’hommes
de toits
de haillons
et de monuments

003B_tevere 180

solennelle
comme un essaim d’hirondelles
parmi les colonnes blanches

sèche
comme une feuille d’automne
s’évanouissant dans un miroir gris
avant de s’étirer, immense
sur la trainée jaune du fleuve.

002_ada 180

Je l’ai rencontrée
débonnaire et brune
les cheveux sur la poitrine

elle riait
essoufflée et chagrine
comme une femme contrariée
attendant son mari sur le pas de la porte.

003A_campo de fiori iPhoto 180

Je l’ai saluée
à chaque impasse
à chaque place
à chaque rambarde
comme un amant saluant
de longs cheveux noirs de jais
une belle bouche régulière
un sourire
un visage rose.

005_sabina 180

Je l’ai traversée de nouveau
elle était détendue
ensanglantée
agonisant sous mes yeux.

Il faisait bleu, les étoiles
jaillissant de partout.

004_cecilia 180

Rome était là
ou alors c’était toi
qui m’attendais riante au pas de la porte
chagrine
contrariée
débonnaire
immense
prête à t’envoler
au fond de la nuit.

001_romamor iPhoto 180

(Si vous voulez faire un petit « tour de Rome » à travers les images proposées, vous pouvez cliquer dessus pour les agrandir)

Giovanni Merloni

Merci à Jocelyne T., qui a su ajouter sa touche d’élégance et de vérité  dans le travail de révision de mon texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Marchez, mes braves soldats ! (Avant l’amour n. 27)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

floZ_01

Cette photo a été empruntée de « storify » de FloZ

Marchez, mes braves soldats !

J’ai rêvé d’un troupeau
se mêlant aux fantômes
d’un réveil forcé,
cauchemar obligé
du passé qui revient
à la case de départ,
héritier malchanceux
de milliers de signaux,
de sirènes en lambeaux
en essaims, en cohortes.

J’ai rêvé de la mort annoncée
que nos fautes ont semée
j’ai rêvé d’une foule analphabète
réveillée brutalement au demain de la fête
obligée de partir à la mort collective,
insensée, récidive
à cette gloire idiote
de mourir en héros
pour avoir fait brûler
— ô vulgaire ignorance ! —
d’inépuisables trésors
qui se sont envolés
par des fils de fumée
lors d’une seule journée.

J’ai rêvé d’un petit dictateur
fossoyeur d’idéaux
profiteur sans vergogne
de nos tristes jours d’ivrognes
et de bonheur ultime.
Je n’ai plus aucune chance
de fuir, aucune défense
devant l’homme minuscule
qui se hisse au balcon
pour y hurler
comme une bête
une lugubre chanson :

« Marchez, mes braves soldats !
Vous n’avez d’autre choix
qu’avancer devant moi
jusqu’au jour de la gloire
d’une belle mort sans combat. »

« Allons, la route nous attend : une piste
à peine frayée, tournant en rond
parmi les coquelicots et le grain blond
au milieu de la campagne vallonnée
de corps sanglants constellée. »

« Allons, la mort nous attend,
par un ciel sombre, sans étoiles
où disparaissent, en voiles,
les souvenirs meurtris
des visages chéris »

« Allons, la gloire nous attend,
nous serons les héros de nos temps ! »

« Marchez, mes braves soldats !
Marchez pelotons, troupeaux
armées épuisées et nauséabondes !
Regardez, devant vous
ce ruban de lumière
où se perdent des torches éphémères.
Regardez l’horizon !
Juste au bout de ces feux
le sourire affreux de la mort
descendra sans adieu
sur vos gueules de galère…»

« Marchez mes braves soldats ! »

serafini-notturno-napoleonico-part

Luigi Serafini, Notturno napoleonico da Archiwatch de Giorgio Muratore

Giovanni Merloni

« Regardez ce navire blanc dans le ciel
où le regard de Dieu se dérobe !
Regardez la route de sang se rétrécit
avant de se dissoudre, sans effort
au point du jour aveuglant de la mort. »

G.M.

Merci à François Bonneau, qui a participé avec un esprit vraiment amical et solidaire au travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Allons, la route nous attend par un chemin étroit et long. Allons, la mort nous attend, par un ciel sombre de souvenirs effacés, de lieux et de visages chéris. Regardez ce fil de lumière : c’est le soleil qui nous conduira. Regardez ces feux sur l’horizon : c’est là que vous mourrez. Marchez confiants vers l’horizon qui brûle ! Regardez ce navire blanc dans le ciel où le regard de Dieu se dérobe. Regardez cette route de plus en plus étroite : elle va cogner contre la mort. Marchez, sans jamais retourner le regard !
(Ce serait votre fin car vous verriez tous ensemble les corps et vous paniqueriez.)
Marchez, les yeux fixés devant vous. N’ayez pas peur : la mort vous attend, Dieu vous attend ! Marchez, héros de ce temps, piétinez au pas de charge cet interminable sentier qu’on vous oblige de suivre !
(Résistez ! Tôt ou tard tout le monde va passer par là, votre général aussi).
Marchez pelotons, troupeaux armées épuisées et moribondes ! Marchez, c’est un dictateur qui veut cela, un dieu, de petits hommes, leur ambition diabolique, leur manque d’attention et prudence. Marchez, l’orgueil d’une nation le demande la lâcheté d’un seul mot le prétend ! Marchez mes braves soldats !

002_marchez 2 più rosso 180

Giovanni Merloni, 2003

Giovanni Merloni

Révélation divine ou Étrange élégie (Avant l’amour n. 26)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_avila 1966 180 - copie

Révélation divine ou Étrange élégie
I.
Je bâtirai un palais entièrement d’or,
dit Bonté.
J’y installerai mille chaises de taille identique
et mille personnes qui s’aimeront éperdument.

Chaque jour
une fête y sera donnée
en Mon honneur.

II.
Je creuserai une tanière dans les entrailles de la terre,
dit Méchanceté.
Dans ses tréfonds,
j’installerai une vierge et un eunuque.

Chez Moi,
il n’y aura que rochers à grignoter,
hommes et femmes n’auront pas le droit de s’aimer.

002_sacré-coeur 180

III.
Je creuserai mille tanières,
dit Dieu,
par-delà les entrailles de la terre,
un ange et un diable les surveilleront.
Chacun devra battre sa coulpe
tout en vaquant parmi sourires et révérences
sans jamais ni savoir ni comprendre.

Et pour que tous se souviennent
du mal et du bien qu’ils M’ont fait,
j’enchaînerai fermement Bonté et Méchanceté.
Je ne dirai à quiconque où trouver
ni la méchanceté sans bonté,
ni la bonté sans méchanceté.

Chacun aura alors la révélation
du plein et du vide,
du commencement et de la fin.
Et ils cesseront enfin de Me chercher.

003_Pasqua 1966 Spagna 180

Giovanni Merloni

Merci à Marie-Noëlle Bertrand pour sa contribution à une meilleure traduction du texte italien original, donnant ainsi un important soutien à mon travail de réécriture.

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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La ballade d’un pendu (Avant l’amour n. 25)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_le pendu 180

La ballade d’un pendu

Je monte
sur les planches de l’échafaud
au-dessus d’une foule énorme
dont on ne voit que les narines
et le blanc des yeux.

Puisque rien ne va dans le bon sens
même si je suis accusé et condamné
pour GRAPHOMANIE,
je suis libre d’emporter,
pour dernière volonté,
quelques feuilles et un stylo.

Le juge instructeur,
un type laconique,
ne connaît d’autre mot
que Silence !
mais, qui sait combien de livres
écrits par lui
secrètement, dans la nuit
se dérobent impunément
dans son ventre en étui.

Gens honnêtes, les jurés
ont tout lu
de mes contes farfelus :
je les ai entendus
rire par vagues forcenées
pendant le mois interminable
qu’ils ont passé
ces galants hommes
dans la chambre verrouillée.

« Quant à la loi… »
avait-on hurlé au moment du verdict
tandis que les autres jurés
« Ah ! Ah ! Ah ! »
ricanaient.
Elle fut longue et pénible
leur méfiante traversée
parmi les graphismes
de ma poésie blessée,
tandis qu’on confiait
mon esprit triste et voyeur
au salaud fossoyeur
de modeste envergure.

002_le pendu 180

Le soleil est bien haut, maintenant.
Pour faire bref, je résume…
s’il me restait du temps,
je vous aurais conté
les propositions sinistres
du ministre
prétendant me condamner
à l’écriture sempiternelle
sur du papier toilette
juste avant qu’on le jette
dans la cuvette…

Je vous aurais relaté
cette haine sans honte
envers mes habitudes affreuses,
désinvoltes
et bien sûr dangereuses…
moi, être sociable
et même socialiste
équilibriste de renom
je deviens espion !
Et pourtant je retrouve,
ô merveille !
toutes réunies en cette veille
leurs sombres liaisons,
leur gueules vulgaires
(de fauteuil électrique)
que j’avais bien vu danser
devant moi
dans mon texte elliptique…

Je dois vous parler encore
du boycottage, de la corruption ! —
Mais… au secours !
On me ferme la bouche…
j’ai ENCORE UNE MAIN
pour écri…

Giovanni Merloni

(1) Un « tweet » de Noël Bernard à mon intention.

Merci à Noël Bernard, qui a partagé avec élégance et rigueur mon travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

Dans mon film de gueules sombres (Avant l’amour n. 24)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_gueules 180

Dans mon film de gueules sombres 

Dans mon film de gueules sombres
projetées dans le noir
les chrysanthèmes se fanent, vaincus
par les réverbères du soir,
tandis que tu observes
ton ombre muette frôler le mur,
tandis que plein d’espoir
je demeure à genoux
devant cette lumière,
ce reflet du couchant
ayant l’air de glisser
sur ton regard ardent
sur ces feuilles sincères
où s’endort sans appui
mon rêve évanoui.

002_gueules 180

Dans mon cortège de gueules perdues
jaillissant en manège d’un pays disparu
ancestral, provincial,
à jamais résigné aux barrières
d’une Église douce-amère,
passent les bonnes femmes
deux à deux
devant le confessionnal,
croisement crucial
pour d’autres couples
solitaires
et d’autres existences
liminaires
coulant inexorables
avant de s’arrêter,
deux à deux,
dans l’espoir spasmodique
de se sauver
ailleurs.

003_gueules 180

Sur ma passerelle de gueules dérangées
il fait nuit pour les sans-but
allant venant
le long des quais glacés,
tandis que le chapelain du couvent, égaré
croit effleurer
un sein mouillé,
une joue charnue :
la page du bréviaire,
tandis que l’hiver
paraît, disparaît
dans les yeux d’une mère
au nez empourpré
tandis que des foules
avancent, silencieuses
sous ses lèvres
et que ses oreilles
entendent retentir
la gêne sourde du monde.

004_gueules 180

Sur mon écran noir
d’où les gueules chuchotantes
se sont évanouies,
la glace a envahi la fenêtre
et je cesse d’attendre
dans mon fauteuil croulant :
jamais plus ne reviendra
le moment attendu,
jamais plus tes yeux gris
ne franchiront le silence
bousculant mes ardeurs…

Tandis que…

Giovanni Merloni

Merci à Serge Marcel Roche, qui m’a encouragé et aidé avec profonde sensibilité et patience dans le travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE EN ITALIEN

Notre histoire à nous tous (Avant l’amour n. 23)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

001_notre histoire à nous

Notre histoire à nous tous

I
D’innombrables fois
j’ai écrit mon histoire,
ton histoire, notre histoire,
une histoire que tout le monde raconte,
une histoire qu’on raconte partout :
nos promenades en long et en large
près d’un fleuve,
notre étreinte dans une barque,
notre déclaration,
tes caresses, tes cheveux, tes yeux,
ton sourire, ton nez…
et, j’oubliais… ton cou, tes épaules :
« Tu es belle »
« Que je t’aime ! »
« Tu es ma vie même »
« Tu es ma mort même ».

Combien de cahiers
avais-je remplis
le soir de notre première histoire !
Parmi ces mots exagérés
enthousiastes, compulsifs
tu paraissais jeune,
amoureuse,
ravie, taquine, superbe,
imprévisible, hautaine
éloignée,
déjà prête à partir,
sur le palier du train,
déjà prête à mourir
sans moi…
Nous ne voyions même pas
la route
parce que le monde même
n’était que nous-mêmes.

II
Maintenant,
les cahiers ont changé de couleur
comme nos cheveux
notre peau
et l’intensité de nos yeux.

S’éloignant de son fleuve,
de son lit de mystères,
notre histoire au couchant,
oubliant ses chimères,
ses épreuves amères,
a raté tous les trains
a glissé dans la boue
d’une mort floue
d’un esprit tordu
d’un destin fichu.

Anéanti
par la force ressuscitée
de nos amours,
je suis un survivant
aux veines vieillies,
désormais indifférent
aux présages avilis
dans des lits de velours.

Le monde s’effondrant
dans une vague
d’amertume
et de questions inquisitrices,
je vais perdre, hélas ! la plume
et l’envie d’inscrire
dans une bague
les extraordinaires délices
de ton histoire,
de mon histoire,
de notre histoire…

002_nostra storia 180

Giovanni Merloni

Merci à Françoise Gérard, qui a participé avec enthousiasme au travail de révision de ce texte.

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Une belle fille (Avant l’amour n. 22)

06 lundi Avr 2015

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Avant l'amour

002_1961 varie 29-3-2014 (3) 180

Une belle fille

Une belle fille
ne devrait pas regarder
un vieux comme moi.

Si l’on exclut le monde
qui nous entoure,
notre femme qui ne nous plaît pas,
notre fils qui nous déplaît
notre fille qui se bécote
avec notre fils
(je dis « notre » pour dire :
ma fille qui se bécote
avec ton fils) ;
si l’on exclut la laideur
des grains de beauté
des plaies
des rides
il ne reste que l’éclat
de « ses » yeux jeunes
il ne reste que la joie
de « sa » silhouette
lumineuse…

Et pourtant
c’est justement à cela
qu’il faut se dérober
fuyant la vie
comme si c’était la mort.

Je ne veux pas voir
ni être vu,
j’aime bien traîner
d’une ombre à l’autre,
d’une flaque à l’autre,
en me réjouissant
de mon costume gris,
en me perdant
dans les coulisses sombres
d’histoires opaques.

Mais, si l’on exclut
tous les souvenirs
des espoirs,
des hontes,
des attentes,
des baisers
désinvoltes,
maladroits,
éphémères…
que me reste-t-il
de beau
sinon regarder
la silhouette et les yeux
d’une belle fille
désinvolte,
maladroite,
éphémère ?

001_1961 une petite fille 180

Giovanni Merloni

Merci à Brigitte Célérier, qui a participé très aimablement au travail de révision de ce texte.

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