le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

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Archives de Tag: Ossidiana

Une petite parenthèse, 1975 (Ossidiana n. 39)

23 lundi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

000_cirque de la vie 180

Une petite parenthèse (juillet 1975)

Une petite parenthèse
en attendant qu’une rose
s’ouvre au soleil
tandis qu’une petite fille colorée
se peigne sans hâte.

Une petite parenthèse
consacrée aux réflexions
sereines
au milieu de tes gestes rapides
de tes bondissements bizarres
au milieu des objets
que tu fais devenir beaux.

Une petite parenthèse
en poursuivant le passage
rapide
d’une intuition
d’une volonté subtile
d’un désir urgent.

Une petite parenthèse
hors de mes arguments
dans le chaud du soleil d’hiver
dans les petits rumeurs
qui apprêtent  une fête.

Une petite parenthèse
avec toi, faufilée
dans mon blanc manteau :
sans que tu le veuilles
ni que tu le saches
tu es sincère, gaie
excitée, vive !

Une petite parenthèse
c’est notre étreinte
c’est notre enceinte
en attendant
les lumières plus nettes
d’une nouvelle rencontre
la force d’un geste
pour déchiffrer le gribouillis
d’un bizarre destin.

002_une petite parenthèse 180

Une petite parenthèse
(moi penché vers ton corps
toi courbée vers mes cheveux
ébouriffés) où nous demeurons
tous les deux
longuement suspendus
entre la couleur de l’espérance
de faire un jour
quelque chose
et la couleur de nos mains
dessinant des enchevêtrements
de corps
dans la lumière intrigante
d’une nuit fabuleuse
de contes.

Une petite parenthèse
en attendant qu’une rose
s’ouvre au soleil
tandis qu’une jeune fille colorée
se peigne sans hâte
et que deux amoureux se disent
sans trop de conviction
adieu.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Un oiseau bleu, 1975 (Ossidiana n. 38)

19 jeudi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_donna con uccelli 83 a iPhoto 180

Giovanni Merloni, La femme aux oiseaux, 1983, encres sur papier 50 x 35

Un oiseau bleu (1975)

Un oiseau bleu
dans ta main.

Un horizon aveuglant
sur ta bouche.

Un souffle
de branches jaunes
au creux de tes jambes
engourdies.

Des boucles de papier
se dessinant
sur tes yeux
sur tes joues
sur tes gestes
immobiles.

Mon petit cadeau
sur ta poitrine.

Mon petit coeur
dans tes bras serrés.

Ma brève vie
dans ton envol.

Giovanni Merloni

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À défaut d’un amour partagé, 1975 (Ossidiana n. 37)

05 jeudi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_à défaut d'un amour partagé def 180

À défaut d’un amour partagé (juin 1975)

Petit à petit,
de la côte de ma plume
écrivant ou dessinant
jaillissent en troupeau,
ou toutes seules,
tu le sais, les personnes.
Elles défilent
par hasard,
par le biais d’un nom
d’un geste
ou d’étranges paroles
ou d’un fait qui jadis
nous avait séparés
ou réunis.

Petit à petit, voyageant
avec tous ces gens près de moi
(ils diraient, eux aussi
qu’au-dehors il fait froid,
qu’il faudrait appeler
l’homme du train pour ranger
une fois pour toutes
ce gênant courant d’air)
je traverse à nouveau
des pensées flatteuses
des réflexions de train.

Et si le train arrête
je descends avec eux
me dégourdir les idées
en revivant dans les pas
la saveur du soleil
la rumeur de l’ombre
l’odeur de la rue
agitée et tranquille.

Je m’assois avec eux
dans le bar silencieux
où peut-être, sans béquilles
je pourrais bien rester.

Petit à petit, sur le train
farci de souvenirs
(et vide de responsabilités)
sans me retourner j’oublie
mes utopies désolées
mes espoirs obsédés
mes pulsions croisées.
Oui, je parle sans émoi
(à mon oncle retrouvé
à mon cousin dérangé)
de ce que j’aime de toi
de ton visage bronzé
de notre pré ensoleillé
de ton dialecte brisé
de ton dernier baiser.

Petit à petit, qui sait ?
le train me guérirait
ou alors m’affranchirait
un peu
de cette angoisse
délivrant ma carrosse
sous les yeux de la porte
qui te verra rentrer.

Je le sais,
rien qu’en te voyant
(toi seule dans la foule)
je deviendrais insouciant
à l’égard d’un destin
s’affichant drôle et fatigant
triste et ennuyant.

Je le sais, ton regard
me suffirait pour puiser
d’autres forces
dans le fond tourmenté
de mon âme épuisée.

Toi aussi tu le disais :
« comment pourrais-je
à défaut d’un amour partagé
endosser la désinvolture
de briser la muraille étanche
de longues heures creuses ?
où chercherais-je le courage
de m’arrêter de nouveau
sur mes feuilles, à parler ? »

Giovanni Merloni

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La vie c’est un drôle de jeu, 1975 (Ossidiana n. 36)

23 vendredi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_1973 Gio_Merloni-Gen 180

La vie c’est un drôle de jeu (mai 1975)

La vie c’est un drôle de jeu
la vie c’est comme à l’école
il faut savoir rester
au premier
au deuxième, au troisième rang.

La vie est ta vie
ta taille
tes hanches
ton corps et le mien.

L’idéologie héroïque
c’est un jeu décadent,
le cynisme est spartiate,
le bonheur
c’est une peine à négocier
en échange d’une peine mineure.

Le bonheur
tombe à l’improviste
comme la douleur.

Il faut être bien prêts
à payer tout cela.

La vie est une prison
une enceinte, un huis clos
ou alors un horizon
changeant de couleur
de temps en temps.

Pour celui qui flâne
à l’aventure, s’exposant
au danger au dehors
de l’enceinte,
il n’y aura personne
protégeant ses arrières.

La vie n’accepte pas
des frères Bandiera
la vie accepte
ceux qui s’acceptent.

La vie c’est une révolution
mais chaque révolution
dans la vie
reproduit le pouvoir
l’hypocrisie
l’ambiguïté
la faiblesse
le vide.

La vie c’est une partie à poker
où va gagner celui qui vit le moins
sachant observer
les autres
ainsi qu’esquiver les avalanches
les idées reçues.

Il n’y a pas de place pour l’optimisme
ni pour le pessimisme non plus
il n’y a pas de place pour l’exagération :
chacun doit rester à sa place
dans son enceinte
dans son petit effort
quotidien
dans son petit Vietnam…

Giovanni Merloni

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San Marco à l’aube, 1975 (Ossidiana n. 35)

16 vendredi Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_1955 Venezia negativi (26) 180 San Marco à l’aube

I
Ciao, Venise,
adieu à la fruste rhétorique
d’un homme et d’une femme
otages béats et obéissants
des idées reçues.

Ciao, je te laisse
mon corps encombrant
ma patience inutile
(car rien n’est vraiment facile),
mon animalité en cage,
mon ombre.

Dix fois, j’ai accompli
les rituels du départ,
obsédé par l’idée
de plonger brusquement
dans un tunnel noir.

Dix fois j’ai pleuré,
déchiré par la promesse
d’un voyage sans retour
vers de lieux laids et lointains,
où personne ne saurait
qui tu es, qui est Venise.

002_1955 Venezia negativi (5) 180

II
Ciao, vieille pudeur,
adieu présomption vaine de t’avoir
facilement, à ma façon
à la vitesse de l’éclair.

Ciao, drôle d’insistance
qui remet en piste
l’athlète battu. Viens ici,
jouons à cache-cache
parmi les écoutilles du bus marin ;
amusons-nous, en nous caressant
dans le fleurage des tapisseries ;
roulons sous l’eau,
tels des poissons embarrassés,
incertains s’ils doivent partir
ou se dévorer l’un l’autre
sans pudeur.

003_Venezia (10) 180

III
Ciao, sottises
inventées par un irrésolu
pris au dépourvu.

Ciao, mon amie-ennemie,
je devrais faire mine de me rebeller
à ta magnanimité ;
pendant longtemps,
je devrais te provoquer,
t’esquiver, m’oublier de toi.
Tu n’attendrais
même pas le temps d’un souffle
avant de me proposer l’armistice
ou carrément la reddition.

004_Venezia (5) - Version 2 180

Une heureuse réconciliation
nous attend, dès que nous quitterons
Venise. Et pourtant,
j’aurais presque envie
de grimper le clocher,
d’éventer ton foulard bleu violet,
juste pour voir Venise
à travers la transparence
de tes paroles.

De là-haut, je voudrais
m’envoler, dépliant mes bras
comme des ailes de mouettes
faisant la cour à la mer.

En planant au milieu de tes gestes
d’abord rapides, puis lents,
j’atteindrais ton écueil
de moules et madrépores
où l’eau transparente
polirait ta peau.
Dans mes bras, tes narines roses
s’ouvriraient dans un soupir
douloureux et subtil,
dans tes bras je mourrais
volontiers.

005_Venezia (11) 180

IV
Ciao, héroïsme maladroit
qui refuse silencieusement
la fatigue dans l’amour.
Adieu, illusion opiniâtre
de pouvoir nous soustraire
aux rapports de force
jaillissants de l’amour.
Adieu jeux de mots farfelus
incapables d’esquiver
les mots désespérés
des chansons d’amour.

Les pigeons frottent leurs ailes
amidonnées contre les cornichons
blancs et noirs.
Les architectures affleurent
depuis l’aube sans feux.
Je veille, engourdi
entre l’enrouement et le sommeil
d’un nouveau jour.

006_Venezia (12) 180

San Marco, à l’aube,
est une grande cour
pour les chats et les oiseaux,
pour les tables désertes,
pour les premiers bruits,
les premières éclaboussures,
les premières boîtes,
les premiers amoureux
qui n’ont pas eu
un lit pour eux.
Bonjour, fée.

007_Venezia 1969 (36) 180

Giovanni Merloni

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Pour ramasser un sens accompli à cet espoir, 1975 (Ossidiana n. 34)

16 mercredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_poesia di rinforzo IPhoto 180

Pour ramasser un sens accompli à cet espoir (1975)

1
Au petit matin
je prends déjà des notes
pour ramasser un sens accompli
à cet espoir.

2
Malaga, pistache, crème
rhum
un énorme iceberg
glissé d’un seau
d’argent,
un impalpable sorbet
coloré
se liquéfiant dans la saveur
d’un baiser marin.

Une glace
pour dégeler
pour dissoudre en un souffle
le couchant.

3
Tu es comme moi,
je suis comme toi :
quand je te cherche,
tu m’échappes. Pourtant,
quand tu me cherches,
je demeure.

4
Dans la fenêtre vide de mon imagination
j’ai projeté
l’inquiétude,
la détresse, la rage
contre la répression sauvage.

Sur le plafond de mon imagination
j’ai déroulé
les toiles aux couleurs foncées
de nos villégiatures
ensommeillées,
de nos invincibles promenades
entre l’herbe et les rochers.

Dans les caves de mon imagination
j’ai retrouvé
des expressions sèches,
du besoin et de l’égarement,
des personnages dédoublés
camouflant
leurs divers destins possibles.

Sur l’escalier de mon imagination
héroïque, la solitude douloureuse
est la mort,
la danse incessante
de notre étreinte joyeuse
est la vie.

5
Ne théorise pas
si tu veux vivre
ne fais pas de schémas
ne dessine pas des parenthèses
n’accumule pas de feuillets
et de rendez-vous avec le vide
si tu veux être heureux.

6
Un, deux, trois
et j’ai finalement coupé
ce fil inutile
me liant à la vie.

Un, deux, trois
et je vole sous l’eau
léger.

Giovanni Merloni

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Des moyens possibles, 1975 (Ossidiana n. 33)

12 samedi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_poesiam001 più nero 180

Des moyens possibles (1975)

Des moyens possibles
pour refouler ce chagrin
dans les tréfonds abîmés de l’âme
pour le transformer
comme tu dis
en fleur violette et rouge
en trophée du jour de fête.

Des moyens possibles
pour ne pas avoir besoin
de ton parfum ni de ta trompeuse
ressemblance à l’amour.

Des moyens possibles
pour graver dans ma grotte secrète
la passerelle de tes personnages.

Si tu étais de mes photos la cible,
tu refuserais ton accord à mes enquêtes,
et pourtant je sais bien ces images :

en bohémienne indisponible,
tu briserais les pas de la fête
sans risquer pourtant de gages ;

en villanelle incorruptible,
tu hocherais pensivement la tête
t’absorbant dans d’étranges mirages

en comédienne incoercible,
tu jouerais un acte sans queue ni tête
joyeusement assise sur les bagages

(susurrant et même scandant
la musique douloureuse
d’un voyage que nous ne ferons pas
d’une étreinte merveilleuse
qui n’arrivera pas
non plus)

Des moyens possibles
pour retourner à la terre,
à la joie indicible
de saveurs banales ;
pour atteindre l’indifférence,
tout en frôlant une existence
sombre et inhumaine.

Des moyens possibles
pour faire sortir ma vie
hors de ce petit mal
insidieux
gigantesque
ancestral.

Des moyens possibles
pour refouler ce chagrin
dans les tréfonds abîmés de l’âme
pour le transformer
comme tu dis
en fleur violette et rouge
en trophée du jour de fête.

Giovanni Merloni

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Le moment est venu, peut-être, 1975 (Ossidiana n. 32)

11 vendredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_poesiam002 più nero 180

Le moment est venu, peut-être (1975)

Le moment est venu, peut-être
de nous expliquer ce mal-être
qui se dérobe ou se cache
dans les coulisses sombres
où ma volonté sans relâche
de t’avoir sans encombre
se rencontre ou se mêle
avec ta silhouette frêle
paniquant aux cordes de cette estrade
trop étroite pour notre promenade

(Moi, maladroit, exagéré,
revêtu de laine en strates ;
toi, à moitié nue, égarée
presque évanouie et distraite).

Le moment est venu, peut-être
d’ouvrir grand une fenêtre
sur ce qui flotte derrière
mes mots larmoyants
(devenus ritournelles),
sur ce qui danse devant
tes silences sévères
(et ta beauté solennelle).

« Juste avec toi je demeure
puisque sans toi je meurs »,
par cette phrase, ma chère,
je n’ai pas été sincère,
ni prêt à assumer vraiment
les primordiales chimères
que tu me promets en souriant.

Car il me touche, à moi aussi,
de me mettre à nu
et qu’il arrive à mon insu
(en mourant dans tes bras,
même au milieu d’un cri
de joie assez violente),
d’être possédé — hélas ! —
par une étrange agonie
en manque des paroles
(perdues dans cette étreinte).

Et voilà le mystère éclairci :
plus que je me déshabille,
plus que je me rhabille ;
plus que je souffre un petit tort,
plus que je deviens grand et fort.

Tandis que je m’effondre,
j’ai peur de me morfondre
donc j’ai besoin d’une trêve
du recul, de sages rêves
en quête du pourquoi.

Vais-je deviner, en passant
ce que sont vraiment
l’amour, la vie, pour moi ?

Giovanni Merloni

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Par la seule force de ton sourire, 1975 (Ossidiana n. 31)

09 mercredi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

Pour mes lecteurs les plus fidèles.
Comme vous l’avez vu, je suis en train de prolonger la pause annoncée avant la reprise de la publication du Strapontin. Cela dépend essentiellement de la nécessité de trouver un rythme le plus cohérent (ou le moins incohérent) que possible avec mes exigences vitales, où s’impose comme central le travail de peintre (qui demande, quant à lui, une organisation très stricte et méthodique de la journée ainsi qu’une consécration constante).
En cette situation, il suffit d’un petit contretemps (familial ou physique), pour m’enlever au jour le jour « le bon esprit » — il y a trente ou quarante ans, on aurait dit « l’inspiration » — pour rendre efficacement ce que je veux dire.
J’utilise ces « temps vagues » pour publier des poésies venant pour la plupart du passé. Je ne fais que les choisir, les traduire, les « adapter » comme l’on ferait avec une pièce de théâtre sentant un peu la poussière. Mais j’essaie d’être fidèle à l’esprit du temps concerné. Car chacune de ces poésies s’inscrit, petit à petit, dans un « monde retrouvé » qui a réellement existé et existe encore, qui sait où, dans les souvenirs tout à fait inattendus et hasardeux de ceux et celles qui ont partagé leurs vies avec la mienne dans les mêmes lieux.
Ce ne serait pas à moi de le dire, mais il est évident que tout ce travail de restitution de mon « zibaldone en lignes coupées » (ou si l’on veut en vers) fait pendant, depuis le commencement, avec le Strapontin ainsi qu’avec l’idée qui est à la base du Portrait inconscient.

000_bologna quadro 180

Par la seule force de ton sourire (1975)

Une grande scène hivernale:
les pas d’une femme élégante
attentive à ne pas s’effondrer
au milieu de la boue et de la neige ;
deux cents étudiants
aux regards effarés
(haletant contre l’air raréfié,
s’interrogeant
sur leur rôle à inventer,
se réjouissant
de cette façon inattendue
de vivre les rues) ;
mille soldats morts
sur une grande fresque murale ;
des couples d’amoureux
enchevêtrés comme des écharpes,
soudés comme des soupirs gonflés,
distraits et boiteux
comme des fils de fumées.

Le grand détachement
même inhumain
vis-à-vis des émotions
des passions, des douleurs.

La grande solitude
des jours de grève
où l’on finit par savourer
la grandeur des chances
la mesquinerie
de nos humaines limites
le plaisir rassurant
du retour aux origines
aux lectures difficiles
à l’écoute d’une chanson.

179_par la seule force 180

Tandis que le disque
reproduit à l’infini
l’écho obsessionnel
d’un hymne à la vie
(en nous absolvant
pour un petit instant
de nos obligations morales) ;

tandis que le caillou
glisse de notre poche
(le caillou de douleur et de sang
qu’on aurait dû lancer
en haut dans le pigeonnier
pour provoquer la pagaille
en réveillant
l’humanité tout entière) ;

chante, me dis-je,
chante, vole mon petit oiseau héroïque,
n’hésite pas à lancer,
généreusement,
dans la mêlée,
ton corps effiloché
maladroit et pourtant tendre
jusqu’à vaincre
par la seule force de ton sourire
l’hypocrisie du monde ;

chante, si tu veux
briser les attitudes rebelles
de ta belle, découvre
le secret qui s’épouse
aux besoins péremptoires
aux appels sourds et invisibles
recouverts d’écailles
et de parfums exotiques
d’une femme seule ;

002_chiostro monreale 180

chante, même avec la bouche
grimaçante, les lèvres séchées
par la fatigue
de journées ternes,

chante des mots en vers,
déversé-y les sentiments que tu as,
cache comme tu peux
l’amertume,
la nausée, le vide sublime
de ne pas partager jusqu’au bout
des idéaux communs ;

chante, avec ta gueule émaciée
et pourtant attentive,
développe finalement
(jusqu’à te rendre insupportable)
l’exercice
de l’intelligence la plus critique
de l’ironie la plus sarcastique
du calme le plus lucide
et froid.

Giovanni Merloni

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Je me suis aligné, 1975 (Ossidiana n. 30)

07 lundi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_je m'aligne 180 NA

Je me suis aligné (1975)

1.
Je me suis aligné
sur des hommes combattifs
pour travailler avec eux,
pour construire ensemble
des alternatives
dans le cycle infini,
dans le conflit pérenne
des choses :

il n’y a pas de travail
sans une lutte acharnée
sans qu’on ne s’arrête
à réfléchir ;

il n’y a pas de véritable liberté
sans qu’elle ne devienne
le patrimoine de tous ;

il n’y a pas de civilisation
ni de culture,
sans une société toujours éveillée.

2.
Je me suis aligné
sur ceux qui croient
dans les hommes
dans les idées.

Je me suis aligné
contre l’ignorance
contre l’arrogance
du pouvoir.

Je me refuse
de me déclarer organique
à une révolution sans les hommes
à un arrangement harmonique
fictif ou libéral
des contradictions.

Je me refuse de parler
juste pour désacraliser
juste pour scandaliser.

Je refuse de me créer une île
pour y être oublié
et assiégé.

3.
Je ne suis pas à l’aise
avec les avant-gardes
provinciales, livresques,
groupusculaires.

J’en écoute pourtant les voix
essayant de courir à rebours
contre les rapides
d’une ruineuse chute de tension
d’un nivèlement médiocre
des comportements.

Je renonce à marcher
en contre-courant
parmi les désespérés
d’une élite sentimentale
filant sur un radeau bien étroit,
volontaire, sans culottes,
me réjouissant d’une voile
anarchiste, désinhibée
(dont se passent très bien
tous ceux qui produisent
tous ceux qui exploitent).

002_figlio e padre def 180 IPhoto

4.
À la veille de la bataille,
les camarades scrutent le marais.
Le silence est bruyant
parce qu’on est encore
trop peu de monde
l’ayant compris :

LA RÉVOLUTION
N’APPARTIENT PAS
ENCORE
AUX MASSES

Avec nos maisons brûlées
(pour démêler les gaucheries
d’une philosophie précaire),
notre sacrifice serait
une exécution sommaire
dont la télévision ne parlerait jamais.

(On dira que c’est à cause
de l’interruption d’un service
d’une calamité naturelle
d’un manque de réseau
cellulaire)

Personne ne parlera
de celui qui travaille en souffrant
en se blessant les mains
en s’épuisant dans le vin
dans l’incapacité d’aimer
de comprendre les autres
de rayer sa propre
écorce somnolente
ou de faire levier
sur les petits rites de la vie
pour de nouvelles conquêtes
pour de nouvelles forces
pour de nouvelles luttes.

5.
Dans nos débats
combien de fois
nous nous découvrons
inaptes à deviner
une vérité commune ?
incapables d’étudier
ni d’écrire ou de lire
ensemble ?

Nous débarquons alors
sur de vieilles philosophies
ou d’histoires des prophètes,
sur des personnages charismatiques
sur des pèlerinages.

Nous nous arrêtons au vague
d’amitiés méfiantes,
tandis que notre doigt violet
enfoncé dans la digue
arrête juste un instant
la mécanique inéluctable
de l’amour entre les fourmis,
de la guerre entre les fourmis,
du travail riche d’inventions
(mais dépourvu de science)
des fourmis, de la fantaisie
grande comme une fourmilière
des fourmis.

Giovanni Merloni

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