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Michel Bénard : le geste médiateur et la soie du rêve. Franco Cossutta: au-delà du néant

14 dimanche Sep 2014

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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Poètes et Artistes Français, Portrait d'un tableau

Avant les vacances, mes premiers « portraits du dimanche » consacrés aux poètes avaient concentré leur attention sur le thème de l’amour. Le premier invité avait été le poète Michel Benard, dont on avait « exposé », avec ses poèmes, quelques-unes de ses peintures. Dans le deuxième cycle qui démarre aujourd’hui, où le thème sera totalement libre, Michel Bénard est invité de nouveau. Cette fois-ci, ses poèmes seront commentés par les tableaux de Franco Cossutta, un peintre déjà apparu, lui aussi, une première fois sur ces pages.
Je ne pouvais pas me passer de faire rencontrer ces deux artistes sur mon blog. D’un côté parce que j’avais le sentiment d’avoir fourni une image vaguement incomplète de l’atelier de Franco, ainsi qu’une lecture trop rapide des textes de Michel : cela demandait une nouvelle attention de ma part. De l’autre côté, parce qu’ils sont de grands amis entre eux, et que cette amitié, occasionnée bien sûr par leurs affinités artistiques, se traduit en un déversement réciproque et incessant des expériences et des réflexions de l’un et de l’autre, qui sont devenues dans le temps un repère irremplaçable pour un vaste groupe de poètes et d’artistes en France et ailleurs. Michel et Franco ont sans doute beaucoup de points en commun dans leur façon d’être peintres, mais aussi la même approche directe et sensible à l’expérience quotidienne de la vie.
Leurs personnalités sont d’ailleurs assez différentes. Franco a toujours besoin de vous convaincre que la mort et la vie ne font qu’une seule chose, et qu’il vit bien dans cet « endroit de passage » où « l’on voit tout couler selon les mêmes lois qui règlent les étoiles et les planètes dans le firmament céleste ». Michel aime au contraire savourer les nuances de la vie, où les ombres et les lumières ne sont pas vraiment la conséquence d’une loi surhumaine, mais presque toujours de lois et attitudes très humaines. Il écrit sur l’amour comme le faisait Catulle ; il décrit les surfaces ondulées de la terre et des corps féminins comme le faisait Gabriele D’Annunzio ; il découvre et réinvente les suggestions de la langue française pour que le bonheur soit moins violent et que le malheur soit moins aride…

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La rue des remparts de Montmirail s’est figée dans ma mémoire avec l’écho des pas de ce petit troupeau, dont je faisais partie, en pèlerinage à l’atelier de Franco Cossutta. En plus que ma femme, il y avait deux poètes, Michel Bénard et Jacques-François Dussottier (ce dernier aussi a été invité ici).
La maison, très simple, bien défendue par un chien fort chaleureux, affiche une attitude spartiate et rêveuse à la fois. Le rez-de-chaussée austère et obscur évoque moins l’atelier d’un peintre que la boutique d’un forgeron. C’est en montant à l’étage par l’escalier en bois qu’on commence à voir la lumière des tableaux de Franco ainsi que les éclats de la journée grise et verte. Dans une vaste salle, Franco nous accueille de sa façon extraordinaire, sans aucune barrière ni précaution dans le contact avec ses « amis ». Et, lorsqu’il parle de ses tableaux — parfois récalcitrants, la plupart du temps prêts à jaillir de ses mains comme une avalanche colorée —, on a la nette sensation qu’aucune séparation ne s’installe non plus entre l’artiste et le monde qu’il nous amène à travers ses tableaux.

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En imaginant de me transférer avec vous, par un seul battement des yeux, de l’atelier de Montmirail au pages tout à fait inconscientes de mon blog, je vous laisse dorénavant libres de lire Michel et regarder Franco selon votre sensibilité.
Je me réserverai, au fur et à mesure, juste une petite série de notations en marge de quelques extraits empruntés aux poésies publiées ci-dessous. Car, au-delà des émotions que ces vers vont provoquer en nous tous, j’aime m’exercer à reconnaître en chacune de ces treize poésies un aspect particulier de la personnalité riche et complexe de Michel Bénard. D’ailleurs, la présence des tableaux de Franco Cossutta n’aura pas qu’une fonction décorative. Car ils sont bien présents dans l’imaginaire de son ami poète et qu’il ajoutent souvent à ce qu’on lit de suggestions nouvelles, des pistes à parcourir ayant la force d’amplifier ou alors de condenser l’atmosphère toujours dense et tendue des poèmes que vous lirez.  

Giovanni Merloni

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Michel Bénard: le geste médiateur et la soie du rêve. Franco Cossutta: au-delà du néant

1. Je laisse glisser la soie du rêve

Je laisse glisser
La soie du rêve
Sur un délié blanc,
Vision d’un monde renversé
Aux reflets du miroir.
Tout n’est plus que transparence
En ce vaisseau fantôme
Battu par de pourpres flots,
Voilures spectrales en déchirure
Dans les quatre vents de l’espoir,
Etrange étreinte d’entre deux,
Noire exclamation,
Blanche interrogation.
Je laisse s’effacer
La soie du rêve
Sur un fil d’argent.

1. La première approche avec la poésie de M. B. est physique. Car il y exploite jusqu’au bout l’art de rêver des yeux ainsi que des mains lorsqu’il « … laisse glisser/la soie du rêve/sur un délié blanc… » (G.M.) 

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2. Cendres

L’œuvre se révèle issue
D’un chaos retenu
Dans des empreintes de terre.
Face aux mouvements
Permanents des foules anonymes,
L’homme porte son regard crucifié
Sur le flux des innocents perdus,
Qui déjà ne sont plus
Que cendres inconnues
En quête d’un temps qui n’est plus.
Le corps se recouvre de bandelettes,
La vie recèle une longue agonie
Aux rythmes cadencés des danses sacrées.
Temps fort d’un signe
Qui transcende les mots,
Se métamorphosant du vert au gris,
En passant par le rose premier
Des fruits gâtés du grenadier.

2. On reste toujours étonnés devant cet impressionnant art de décrire, qui est partout dans les textes poétiques et en prose de M.B. Et, ici : « que cendres inconnues/en quête d’un temps qui n’est plus… » (G.M.)

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3. Vers l’universel

Vers l’universel
Sur la ligne bleue
De la naissance du monde
La mémoire du ciel s’embrase,
Planètes furtives,
Ombres saturniennes,
Ebauche d’une pensée d’amour
En marge de la voie lactée,
Tout est subliminal, volatile,
Il convient alors de mettre l’or
De l’espérance en transhumance,
Pour que l’humain nous conduise
Enfin vers l’universel,
Au rythme des étoiles musiciennes.

3. Lorsque M. B. adresse un de ses poèmes à son ami Franco Cossutta, il nous révèle une disponibilité à peindre l’inconnu qui devient tout de suite un art. Car, tout en acceptant les récits de son ami à propos de l’au-delà, il ne cache pas son espoir d’en revenir : « Il convient alors de mettre l’or/de l’espérance en transhumance/…/au rythme des étoiles musiciennes. » (G.M.)

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4. Les passeurs de rêves

Les passeurs de rêves
Lorsque le ciel se dépose
En paillettes orangées sur le sable
Pour révéler mes signes
Endormis sous la cendre,
Avec plénitude je cisèle les traces
D’écume du visage favori,
Réinvente le geste médiateur
Entre l’homme et son image.
Lorsque la mer dépose
Sur tes seins enfiévrés
Ses cristaux de sel,
Dans le silence bleu nuit
Je rejoins les passeurs de rêves.

4. Peintre et poète de la vie, Michel Benard nous traîne et nous entraîne dans de longs tours et détours, comme s’il cherchait des lieux adaptés à héberger, parmi tous les souvenirs, celui qui le touche ou l’angoisse le plus. Voilà l’importance du « geste médiateur », voilà l’art de trouver un endroit où le souvenir d’un instant de vie ou d’un « visage favori » peut se cacher et se révéler en même temps : « Avec plénitude je cisèle les traces/d’écume du visage favori,/réinvente le geste médiateur/entre l’homme et son image. » (G.M.)

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5. Pour l’homme, sur ce fil tendu

Pour l’homme, sur ce fil tendu
Au-dessus des abîmes du monde
L’équilibre est instable.
C’est l’absence du temps,
Face à l’espace incertain.
C’est le dialogue avec les étoiles,
C’est l’archipel de la mémoire,
Seul passage possible
Vers l’île aux morts.
Au seuil de ce temple sidéral,
Avancer vers la connaissance,
Redécouvrir le signe,
Recomposer la lettre.
Au cœur de ce cénotaphe
L’homme a-t-il encore sa place ?
Le monde profané s’échoue
Aux pieds du poète consterné
Qui consulte les lames de l’oracle.
Il se perd dans ses livres
Et en oublie la signification de la parole.
Mais il s’offre encore le temps
De respirer le parfum des fleurs,
Et de préserver une main
Pour esquisser le galbe d’un sein
Et la courbe d’une hanche.

5. Homme parmi les hommes, M.B. a vécu et souffert, bien sûr. Dans un moment de sincérité indispensable, il déclare : « Pour l’homme, sur ce fil tendu/au-dessus des abîmes du monde/l’équilibre est instable. » C’est à partir alors de cette conscience que son art primordial demeure justement dans sa capacité de vivre en équilibre, de vivre artistiquement, poétiquement, plaçant la beauté (du monde, de la femme, de la vie) à la première place. (G.M.)

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6. Aliénant, éblouissant, l’Amour

Aliénant, éblouissant, l’Amour
Ce terrible fragment de vie
Que l’on porte
Comme une tache originelle
Incrustée à la peau,
Caressant l’instant du doute,
Agrandissant le cœur,
Erigeant la peur.
Alors, seul dans ce dépouillement
Au repli du bois,
Aller au plus profond de soi
Réapprendre les couleurs de terre.

6. Et pourtant, dans la poésie de l’intuition et de l’expérience qui est propre de M.B., la recherche du beau passe inexorablement par les fourches caudines de l’amour… Il faut savoir réagir à la violence destructrice de l’amour en allant « …au plus profond de soi/réapprendre les couleurs de terre. » Il faut savoir mettre en place l’art de la consolation à travers la poésie. Une consolation joyeuse, chez M.B. (G.M.)

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7. L’oiseleur

L’oiseleur de paroles, traqueur du verbe,
J’abandonne les fragments de vie
Aux sanglants épines du monde,
Retrouve dans le fruit des îles
Les saveurs de la chair matricielle,
Les stigmates menstruelles de la femme,
Comme un poème en délivrance
Gravé au fronton de l’abside céleste,
Pour un sourire qui s’offre à la mer
Face aux navires de pierre,
À l’heure où les ombres s’allongent
Et où la terre s’empourpre.

7. À côté des sentiments nobles, capables pourtant de nous tuer dans l’intime, il y a aussi, malheureusement, de destructions où le sentiment est absent, où la culture et la solidarité humaine sont absentes. En ces cas-là, l’art de la consolation à travers la poésie ne suffit pas toujours… L’homme M. B. nous chante alors l’art de ressusciter par le biais d’un nouvel espoir, d’un nouvel amour : « j’abandonne les fragments de vie/aux sanglantes épines du monde,/retrouve dans le fruit des îles/les saveurs de la chair matricielle,/les stigmates menstruels de la femme. » (G.M.)

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8. Ce soir le mystère de la femme

Ce soir le mystère de la femme
Se met en gésine
Dans les sombres profondeurs
Des soies de l’encre.
Sa grâce perle doucement
Sur le bout des doigts,
Son regard s’éprend de transparence,
Tout n’est plus que silence,
Emotion contenue,
Linéaire délicatesse.
Dans un transport magique
Le geste réintègre l’origine,
La racine de l’arbre de vie
Pénètre le cœur de l’éternité.

8. Au fond de cet art de ressusciter en redécouvrant l’envie de vivre, le poète et peintre M.B. exploite avec un grand talent son art de mettre en valeur la diversité entre homme et femme : « ce soir le mystère de la femme/…/…s’éprend de transparence,/tout n’est plus que silence,/émotion contenue,/linéaire délicatesse… » (G.M.)

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9. Terra Incognita

Terra Incognita.
En toi, j’ai défloré une « Terra Incognita »,
Sur son sable j’ai ramassé,
Tombée d’un arbre isolé
L’écorce grise,
La croix du Sud oubliée
Sur une piste touareg,
J’ai trouvé un coffret ciselé
Contenant le sel de la mer Morte,
Et la photo d’une indigène aux seins nus.
J’ai respiré les parfums opiacés
D’un triangle de soie rose et noire,
Je me suis brulé aux feux
D’une boucle obsidienne,
Dans le rouleau d’une vague d’écume
Ton visage en filigrane est apparu,
Avec ce reflet d’âme gitane.
En toi, j’ai fertilisé une terre inconnue,
Et respirant ton sang
J’ai repris goût à la vie.

9. Parfois, une épopée se déclenche, nécessairement floue, dans laquelle le poète M.B. s’adresse indistinctement à toutes les femmes, ainsi qu’à tous les endroits qu’il a frôlés en compagnie d’une femme ou pour l’amour d’elle… Au milieu de cette épopée il maîtrise tout à fait l’art de laisser jaillir un portrait net. Un seul. Le portrait d’une seule femme parmi toutes les femmes aimées : « dans le rouleau d’une vague d’écume/ton visage en filigrane est apparu,/avec ce reflet d’âme gitane. » (G.M.)

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10. Au cœur des ténèbres

Au cœur des ténèbres
Et des brumes visqueuses,
L’empreinte du temps s’interroge
Sur les ombres du passé.
Face au retour des effarés
Ployés sous l’hypocrisie
Des paroles mensongères,
Blessés par le fardeau
Des promesses vénales,
Le paysage devient irréel.
Au seuil du passage
Le sage seul attend,
Dans un champ de lumière
Le temps des résurgences.

10. Plus souvent, notre poète, perturbé et parfois annihilé par les tragédies qui éclatent partout dans le monde, essaie de pactiser avec la mémoire : « au cœur des ténèbres/et des brumes visqueuses,/l’empreinte du temps s’interroge/sur les ombres du passé. » (G.M.)

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11. Le monde s’est inversé

Le monde s’est inversé
Sur le miroir transparent
Des eaux matinales.
Impassibles sentinelles des écluses,
J’ouvre à deux battants
Les portes aux rêves fluviaux,
Qui reviennent de lointains
Pays aux immortelles légendes.
Je touche à l’ineffable
Aux impalpables transparences,
Aux images diaphanes,
À la femme de cristal.
En ce monde renversé
Je ne suis plus que fumeroles.

11. Il arrive cependant qu’il soit obligé de déclarer : « En ce monde renversé/je ne suis plus que fumeroles. » M.B. héberge alors dans sa poésie sensible et généreuse les tragédies insensées du monde contemporain. Dans sa contrariété il est toujours combatif. Fort de ses intuitions et prévoyances de poète il confie toujours que le monde s’en sortira. Mais parfois il faut s’asseoir sur la pierre nue et attendre. G.M.

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12. Le silence s’habille

Le silence s’habille
D’une chasuble de prières,
Mains jumelées,
En voute de cathédrale,
Gardiennes de l’unique
Point de lumière
Seul relai d’espérance
Au cœur de la nuit.
Le silence se met dans l’attente
Du miracle comme passage
D’un point de dérobade,
Franchissant et rapprochant
Des rives troubles de l’absence.

12. L’artiste M.B., comme tous les hommes, est seul devant tout ce qui se passe hors de lui. Il essaie d’accomplir sa mission avec enthousiasme et générosité. Au jour le jour, il se demande si cette chance d’être et de donner lui sera toujours accordée. Et, comme il peut, selon ses croyances et sensibilités, il prie : « mains jumelées,/en voute de cathédrale,/gardiennes de l’unique/point de lumière/seul relai d’espérance/au cœur de la nuit. » (G.M.)

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13. Demeurer dans la permanence

Demeurer dans la permanence
D’une observance insoupçonnée,
Traquer l’image intuitive,
Devenir attentif au moindre indice,
Du plus intime signe,
Furtif ou insolite.
Capter ce qui se voile au regard,
Le fixer, le pérenniser,
Conjuguer dans la fraction de seconde
L’objectif, le motif, la lumière,
Et l’instant d’un « déclic » frôler
L’éternité !

13. Dans ce dernier poème, se reliant naturellement au côté « intuitiste » de sa poésie, M.B. ne s’empêche de désirer de sortir un jour, pendant rien qu’un instant, de sa stricte et laborieuse destinée. Et voilà l’art de tendre vers un but invisible, en dehors de notre portée d’hommes : « conjuguer dans la fraction de seconde/l’objectif, le motif, la lumière,/et l’instant d’un “déclic” frôler/l’éternité ! »
Ce dernier poème représente un évident trait d’union avec cet « au-delà cosmique » des tableaux de Franco Cossutta, où se réalise, selon Michel Bénard même, « une communion avec l’infiniment grand et l’infiniment petit. Son regard intérieur nous place au seuil de l’innomé, de l’innommable et de l’ineffable. Par cela son œuvre devient intangible, intemporelle ! Dans la solitude méditative et le silence de son atelier cet artiste insolite communique avec l’univers, ce fait catalyseur, relai de transmission des lois que le principe universel lui insuffle. Face à une œuvre de Franco Cossutta nous transgressons toutes les notions artistiques habituelles, même les plus minimalistes ou conceptuelles. Ce voyage cosmique est peut-être la révélation inconsciente d’une nostalgie de l’ailleurs ! » (G.M.)

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Textes : Michel Bénard

Tableaux : Franco Cossutta

Commentaires : Giovanni Merloni

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La troisième oreille dans la poésie de Jeannine Dion-Guérin

04 dimanche Mai 2014

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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Poètes et Artistes Français

Mes chers lecteurs, c’est avec grand plaisir que je vous propose aujourd’hui une rencontre avec la poésie de Jeannine Dion-Guérin, une poète française récemment rencontrée dans la bibliothèque de la SPF (Société des Poètes français) : une véritable découverte que je partage volontiers avec vous. Il m’est toutefois difficile, à présent, de maîtriser jusqu’au bout les émotions et les suggestions que ses vers ont fait déclencher en moi. Il est encore trop tôt pour en parler de manière appropriée.
Heureusement, mon ami Michel Bénard — poète, lauréat de l’Académie française ainsi que peintre de grande valeur — a développé en plusieurs occasions une analyse critique de l’œuvre de JDG dont j’extrais ci-dessous quelques éléments.
Les œuvres de Jeannine Dion-Guérin, Prix Léopold Sédar Senghor de poésie 2010 sont déjà nombreuses. Voilà quelques titres : « Eclats de soleil », « L’amande douce-amère », « Le sang des cailloux », « De chair et de lumière », « Le tracé des sèves », « Jeux d’osselets » et plus proche de nous « Le signe, quel signe », « Le sablier des métamorphoses », « L’écho des nuits » et le petit dernier, « Les Étoiles ne sont pas toutes dans le ciel ». Sans oublier, bien entendu, des ouvrages thématiques et collectifs comme son magnifique « Vincent Van Gogh » (un luxueux coffret relié pour bibliophiles en hommage au centenaire de la mort du peintre où peintures, textes, citations, fac-similés et poèmes se mêlent).
D’ailleurs, on ne pourrait pas lire Jeannine Dion-Guérin sans y associer sa relation avec l’art, les artistes peintres en particulier. Ce lien avec les peintres est toujours déterminant, étroit, une sorte d’histoire passionnelle qui se conforte au fur et à mesure d’une manière ou d’une autre.
La poésie de Jeannine Dion-Guérin est précieuse, profonde et riche de signification… nous lisons rarement des textes d’une pareille teneur. Souvent nous nous situons dans l’inconsistance environnante, la vulnérabilité des choses. Le monde offre ses reflets de lumière, il brille de tous ses feux et tout rapidement bascule, s’efface, s’assombrit au simple passage d’un nuage ! Tout se situe dans l’écho, la résonnance, la vibration fragile et précaire. Elle met tout en relation avec l’observation attentive du moindre souffle, de l’énigme de l’existence, du mystère des signes, à ce stade son passage chez Georges Perec n’y est peut-être pas étranger !
L’œuvre de Jeannine Dion-Guérin est d’un optimisme inconditionnel. Patiemment avec amour, notre amie caresse ses mots, les palpe, les soupèse, cela jusqu’à ce qu’enfin le poème soit dit ! Le verbe s’incarne, se sensualise, mais s’éthérise également à l’épreuve du sang, de la lutte du corps, fécondant le spirituel restituant une nuance sacrée. Tout demeure dans l’étonnement de la vie, l’éblouissement permanent ! Nous côtoyons une poésie de haute lignée, de noble composition, riche en vocabulaire, judicieuse, presque sophistiquée et pourtant si limpide et si accessible. À la lecture attentive de ses textes, nous franchissons un autre degré, nous nous sentons soudain plus intelligents ! Sans doute parce que comme l’amour, la poésie de Jeannine Dion-Guérin doit être une récompense.
Après la lecture des commentaires de Michel Bénard, j’ai pu mieux m’orienter dans le choix de vers représentatifs de cette poète élégante et sensible. En même temps, je suis en condition de choisir un artiste qui peut, de quelques façons, « répliquer » aux messages profonds de JDG, sévères et inflexibles même dans leurs nuances les plus insouciantes.
Pour le choix des vers, je reviens à une phrase assez efficace de Michel Bénard : Pour mieux comprendre le monde ne faudrait-il pas mettre son oreille à la conque du ciel ? La poésie c’est toute l’histoire d’une vie par un apprentissage permanent des fragments du quotidien… mais c’est aussi dans les étoiles qu’elle remplit son panier, sachant que ces étoiles ne sont pas nécessairement toutes dans le ciel !
C’est le mot « oreille » qui m’a convaincu tout à fait. Et ce n’est pas un hasard, je crois, que le titre de la poésie publiée ici en dernière soit « La troisième oreille ». C’est en fait dans l’écoute du quotidien que la poésie de Jeannine jaillit et mûrit. Une « écoute visuelle », moins photographique que picturale.
Quant à l’illustration « dialectique » de ces vers magnifiques, je me sens donc autorisé à me soustraire à une iconographie traditionnelle, qui voudrait représentés, à côté des vers d’une « poète-critique d’art » les tableaux de son Van Gogh préféré. Je crois que son attitude à l’écoute des pulsions du monde peut justifier mon choix d’un jeune peintre, de ses dessins en décalage ou en contre-chant. Il s’appelle Paolo Merloni, il a déjà un futur derrière les épaules. Mais aussi, je crois, un nouveau futur qui l’attend, comme dans la « FIN » de la plupart des films de Charlie Chaplin, juste au milieu d’une route lumineuse.
Giovanni Merloni

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Paolo Merloni, Population et arbres, 1995

La troisième oreille dans la poésie de Jeannine Dion-Guérin

Naître à l’émerveillement
Combien de coups
de bosses de beignes

Combien de deuils
de pertes et d’abandons

Combien de secrets
obligés ou convenus
de faux ou vains regrets

avant d’oser nous regarder
nus d’âme et de corps

d’apprendre à solliciter
l’émerveillement simple
l’élégance du quotidien

d’accéder à l’humour
cet amour élargi capable
de revendiquer, que dis-je

d’acculer notre désir d’être
et de nous vouloir heureux

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Paolo Merloni, Entre le magma et l’amour, 1995

« Telle la chute d’une larme d’ange
qui tombe à travers le limpide éther de silence… »
John Keats 

Je ne hais pas les dimanches
(à Casimir Farley, peintre)

Je ne hais pas les dimanches
qui déguisent de nos ardeurs les cris
et l’agression des premiers givres

qui paralysent le parc de la ville
immobilisent les chants d’oiseaux

Alors je me consacre
au silence des mots
ainsi qu’aimait les méditer
le poète John Keats

tandis que la dernière étoile
de l’aube m’hypnotise
et que soudain audible
se prophétise quelque poème
reçu des dieux

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Paolo Merloni, Peine et désillusion, 1995

Apparences
Celui-ci est venu
qui crut en l’amour
et ce n’était que chair

Cet autre est apparu
avec unique parure
l’aurore et la lumière

Ce n’était pas la chair
Elle crut donc à l’amour
A chaque pause d’un conte
rôde quelque loup

Des ogres d’apparence
aux masques d’absolu
investissent l’univers

dont il faut débusquer
les ruses de vautour

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Paolo Merloni, La pipe, 1995

La berceuse du peintre
J’envie cette berceuse
au ventre des cyprès

quand elle est murmurée
à l’oreille du monde
par la brise en écoute
réinventant pour nous
le juvénile frisson

Et si son souffle s’aigrit
imposant soumission
à la feuille en déroute

l’arbre se consolera
de nos bras ouverts
déboutant toute colère
fruit de la déraison

A tous il fredonnera
de plus juste manière
l’adagio de sa partition

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Paolo Merloni, Rêver les yeux ouverts, 1995

Sans domicile fixe
Le temps prend son temps,
il erre dans la nuit tant et tant
qu’il ne sait plus s’il se fuit…

Chaque homme
à son réveil hésite à se livrer
les paumes qui se touchent
implorant la lumière

Mais toi mon frère, tu me souris
De solitaire à solitaire j’identifie
la même moiteur de peau

Ta lèvre s’élargit, tes dents sont étoiles
c’est à jamais Noël à l’écoute de tes mots
A mon tour je te touche et te souris

Pas d’anonymat au sein de la Genèse
Pourquoi ne pas se dire « je t’aime »
des yeux même si tu n’y crois pas ?

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Paolo Merloni, La chaise de Van Gogh, 1995

La troisième oreille
A l’orée du grand silence
J’épouserai cette terre
meuble ou compacte
lisse ou labourée

Je tenterai d’en restituer
les ondes délétères

recueillant les voix
de ceux qui l’ont servie
qui l’ont fécondée
qui d’elle se sont nourris

Et bien que l’univers
engendre chaos et bruits

l’homme au pied d’argile
que je suis saura s’enivrer

d’ultimes fertiles vibrations
de quelque troisième oreille.

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Paolo Merloni, Le tatoué, 1995

Jeannine Dion-Guérin

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 4 mai 2014

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Rire, danser, aimer sur de vieilles ritournelles avec Nadine Amiel

20 dimanche Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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HUGUETTE ET MOI

« Nous avons déjà connu l’auteur Nadine Amiel, comme romancière, comme plasticienne, voilà qu’elle nous livre aujourd’hui un aspect plus intime de sa personnalité, « la poésie » confidence princière dans le silence de la nuit. » Michel Bénard, lauréat de l’Académie française ainsi que vice-président de la Société des poètes français, poète et peintre, avait introduit par ces mots affectueux le recueil de poèmes Un amour, un cri de Nadine Amiel, dont j’ai extrait aujourd’hui quelques vers assez représentatifs.
Tout en essayant de ne pas me faire influencer par la sympathie de Nadine et aussi par l’allure apparemment insouciante de ses vers — comme si les mots n’eussent pas le pouvoir d’arriver au cœur des joies et des douleurs de la vie ; comme si en définitive les mots mêmes devaient assumer juste une fonction de trait d’union ou d’accompagnateur dans le voyage vers la vérité — je me suis pourtant aperçu que des fleuves de chagrin et de douleur inexprimable coulent au-dessus de cette surface joyeuse.
Heureusement, la vie n’est pas que douleur. Elle vient nous secourir avec des fantômes souriants ou des anges gardiens qui nous aident à trouver une consolation dans les souvenirs des jours heureux…
Cette recherche de « complices bienveillants » se trouve aussi bien dans les poésies que dans les tableaux de Nadine Amiel, qui apparemment avance à la recherche d’un apaisement intérieur auquel a priori elle ne s’autoriserait pas. Elle a tellement souffert qu’elle semble demander la permission avant de savourer même une miette de bonheur. C’est en raison de cet esprit primordial qu’elle partage sans transition les maux qui touchent aux peuples affligés par la détresse, la violence et les guerres. « Ce cheminement plus intime », écrit justement Michel Bénard, « nous met en présence de deux mondes parallèles, celui où l’amour obtient le dernier mot dans une sorte d’évanescence parfumée et celui d’un constat plus sombre qui mettrait en évidence l’agressivité des peuples qui par leurs croyances mèneraient le monde à annihiler tout espoir de paix. Mais si au-delà de la parole, sorte de chrysalide fragile, naissait l’éclosion d’un espoir tel un miracle possible ! et si par le verbe se manifestait la renaissance ?! ».
En parcourant les vers légers et poignants de Nadine, on découvre qu’à côté de la nostalgie d’un passé familial et amical révolu où trône la figure primordiale de Huguette, sa sœur chérie, s’impose la nostalgie de l’amour dans le plein sens du terme ou, pour mieux dire, la revendication des souvenirs secrets qui restent collés de façon ineffaçable dans le fond de son cœur.
Voilà que l’art plastique et la poésie donnent enfin à Nadine l’outil indispensable pour s’exprimer et se libérer en même temps : « Par ce modeste recueil : Un amour, un cri », conclut Michel Bénard, « l’auteur traduit par la poésie ce que sécrètent son âme et son cœur . »
Je suis très heureux de vous présenter, juste le jour de Pâques, cette artiste et poète dont j’aime la force de vaincre son naturel retrait, ainsi que le poids lourd de la vie quotidienne. Par des gestes joyeux qui savent briser les rideaux de l’humaine indifférence.
Giovanni Merloni

D_Charmes de Printemps  H. 15P  50X65

Rire, danser, aimer sur de vieilles ritournelles
avec Nadine Amiel (1)

(« Un amour, un cri », Editions les Poètes Français 2013)

Vous êtes parti en mer mon amour
Pour un voyage au long cours
J’attends déjà votre retour
Je pense à vous tous les jours

Nostalgique je marche à travers champs
Je suis à l’écoute des oiseaux et du vent
Votre image me hante à chaque pas
Votre voix raisonne mais je ne l’entends pas

Sur mon épaule un oiseau ce matin s’est posé
Il m’a parlé de vous avec un air osé
J’ai reconnu là vos propos aimants
Que vous m’offrez si souvent

Ce que j’aime en vous, vous le dirai-je un jour ?
Peut-être quand vous serez de retour
Ce moment hélas est encore loin
L’océan vous y retient à pieds joints

Je vous aime et mon âme inquiète
Rend mes nuits solitaires et muettes
Je rêve du jour où nous serions heureux
Tel est le plus doux de mes vœux

Huguette et moi avec des rubans (poème)

Il fait nuit. Nous descendons sur la plage
Sous la voûte céleste planent de sombres nuages
Plongés dans nos obscures pensées
Pensifs sur l’horizon nos yeux sont rivés
Au loin se détache un somptueux éclair blanc
Une silhouette gracile avance vers nous à pas lents
Son voile léger vole et danse dans le vent
Ses frêles épaules dénudées des perles à son décolleté
Elle s’est assise pieds nus sur le sable mouillé
Et nous dit : Je suis la marchande de rêves…

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Où est le temps où nous étions enfants

Où est ce temps où nous étions heureux

Toi, ma presque jumelle

Toi ma grande de si peu
Te souviens-tu de ces jours heureux

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Il m’arrive de penser à cette île merveilleuse
À ces contes et ces histoires fabuleuses
Que nous contaient nos livres d’enfants
C’était un réel enchantement !

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

À l’abri des intrus et des princes abusifs
Nous voguions joyeux dans ce monde fugitif.

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Elle a disparu notre île. Elle se cache quelque part
Elle nous apparaît dans une sorte de brouillard

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Je t’entraînerais vers notre refuge enfoui dans les bois
Nous répèterions notre serment de bon aloi

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Tu verras comme la vie sera belle
Contre moi tu te blottiras la rebelle
Nous chanterions nos amours d’enfants
En nous souvenant de nos rêves charmants

ADR_tango argentin. H. 12 P 61 X 46

Que faisiez-vous Mademoiselle
Au temps où vous étiez enfant
Jouiez vous à la poupée où à la marelle
Avez votre amie Isabelle

Lisiez vous des contes marrants
Qui mettent en boîte les méchants ?
Dessiniez vous des fleurs au printemps
Comme les enfants de votre âge souvent ?

Du rouge à lèvres en mettiez vous
Et des rubans à vos cheveux roux ?
Vous grimiez vous comme votre maman
Pour ressembler au princesses d’antan ?

À présent vous dansez au son de l’accordéon
Le 14 Juillet place de l’Odéon
Accompagnées de vos princes charmants ?
Que de beaux rêves en attendant !

T_coiffe marocaine

Qui es-tu, femme de l’Univers ?
Toi qui fascines les hommes
Qui les séduis et les étonnes
Toi qui inspires les poètes
Ces âmes sensibles et secrètes
Nous diras-tu, femme, ton mystère ?

On dit que je suis mystérieuse
On dit aussi que je suis rieuse
Que je rends jaloux les hommes
Que je trouble leur somme
On me dit perverse aimant la vie.
Et parfois on me maudit

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Depuis tous les soirs il lui joue des aubades
Elle, assise au piano, lui répond par des ballades
Leurs cœurs battent à l’unisson. Ils se quittent au petit jour
Quand nous reverrons nous mon troubadour ?

J’attendrai que vous soyez grande ma princesse
Soyez patiente je vous couvrirai alors de caresses
Je vous surprendrai au haut de votre tour
Et vous aimerez tout au long de mes jours.

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Souviens toi nous nous étions aimés
À la campagne un beau matin d’été
Tu m’invitas au manège le soleil était présent
Je m’en souviens encore souvent

Moi timide, toi osant, le lendemain
L’air confiant tu me pris par la main
Vers un tunnel obscure dont j’ignorais l’issu
On dévala les méandres d’une montagne bossue

Après ce slalom saisie par l’ivresse je fus transie
J’eus même un vertige et toi tu as souri
De l’ombre à la lumière mes mains sur mes yeux
Me sentant piégée je t’en voulus un peu

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

C’était un soir de la St Valentin
Il m’emmena loin de chez moi
Dans une guinguette de son choix
On se connaissait à peine…

Il m’avait dit que j’étais belle
Que le souvenir serait éternel
C’était… Un soir de la St Valentin
C’est si loin… je m’en souviens à peine

♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠  ♠

Nos rêves à peine ébauchés, nous devions nous quitter
Dans le ciel les prémices de l’automne s’annonçaient
Un doux baiser sur la joue, main dans la main, souriants
Nous repartions le cœur plein de cet amour naissant…

F_Repos du Joueur de Banjo

Tu es ronde et tu tournes
Depuis la nuit des temps tu tournes
Est-ce là ta seule mission ?
Tu ne t’arrêtes à aucune borne
Ton parcours est immuable et morne
Imperturbable tu tournes !

Tes tremblements, tes orages, ta foudre
Nous paniquent et nous tuent
Toi, terre notre mère
Toi, qu’on dit hospitalière
Peux-tu être insensible à la laideur ?
Pourquoi ces guerres, ces morts, ces leurres ?

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Que de rêves au bout de mes doigts
Je regarde, plein d’images au fond de moi,
Mes pinceaux qui sont posés là
Ils m’attendent tels de petits soldats…

Sur le chevalet la toile s’achemine
Mes pinceaux de joie s’illuminent
Ils caressent la toile qui fleurit
Ils sont depuis longtemps mes amis
Ma main les suit, j’apprécie leur magie
Que d’instants sublimes quand tout est réunit
Quand l’esquisse devient lumière et nous sourit
Je pose mes pinceaux la toile est finie !

Nadine Amiel

(1) Cette phrase de Michel Bénard a été empruntée pour le titre de l’article.

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 19 avril 2014

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Les abstrus voyages et la candide arrogance de Jean-Jacques Travers

13 dimanche Avr 2014

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Poètes et Artistes Français

« Ma première rencontre avec Jean-Jacques Travers date de 1951. Jean-Jacques était arrivé en Finlande, au sortir d’une Grande École parisienne, après avoir traverséà pied la Laponie entre Kirkenes et Inari, venant de Norvège où il avait survécu en exerçant diverses occupations dont celles de Vendeur de sandwiches, Fossoyeur, Soutier à bord d’un vieux vapeur norvégien entre Tromsö et le Spitzberg, Docker, Bûcheron et même Valet de ferme… À Helsinki, il avait finalement déniché un travail de Correspondancier Franco-Anglo-Germano-Suédois dans une Société d’Import-Export. Quant à moi, j’étais venu en Finlande pour y étudier la langue Finnoise et les langues apparentées.
Après la Finlande et la Scandinave, il a vécu au Brésil, est passé par l’Argentine, le Chili, Cuba, le Mexique et même la Chine… Il a appris le Portugais et l’Espagnol. Il a épousé une Brésilienne. Ils vivent maintenant en France et sont grands-parents… »
Voilà un portrait fidèle du poète Jean-Jacques Travers que dessina à la fin des années 1950 Robert Austerlitz, professeur au Département de Linguistique de la Columbia University de New York.
Un poète de la « traversée » et de la nostalgie qui a ressenti la nécessité impérieuse « de vivre » avant de se raconter ou de s’interroger sur les questions universelles de l’existence. Mais, ce tourbillon de voyages réels à« travers » des mondes éloignés et difficiles, cette soumission volontaire et enthousiaste aux difficultés de langues presque impénétrables, ne suffisent pas à expliquer ce qu’on ne pourra jamais expliquer dans la force expressive d’un vrai poète.
Je vous laisse lire ces poèmes ci-dessous — ne représentant qu’une petite pointe d’iceberg d’une vaste œuvre sans failles — sans plus rien ajouter. Car vous-mêmes y trouverez la réponse à la question primordiale de Jean-Jacques Travers : « Et si j’étais Chagrin/ Immuable, incolore,/ Nostalgique et perclus,/ Entre le Pas-Encore/ Et le Déjà-Plus ?… »
Giovanni Merloni

001_torquato tasso 90 180

Giovanni Merloni, Torquato Tasso Particulier du tryptique Oubli et sagesse, huile sur toile 90 x 270 cm, 1990

Les abstrus voyages et la candide arrogance de Jean-Jacques Travers

Immanence
Qu’avaient-ils donc ces jours et ces nuits d’Autrefois
Pour flamber de tels feux en notre souvenance ?
Ne saurons-nous jamais parmi tous nos émois
Épeler les frissons de nos incandescences ?

Qu’ai-je donc oublié dans la fuite des jours ?
Quelle étoile a manqué pour baliser ma route ?
Me voici tout confus et mes élans trop gourds,
Convulsé d’à-peu-près, de chagrin et de doute…

Quel infime détail a fait surgir l’absence,
Quand tout m’était ferveur au seuil de l’Infini ?
Les jardins enchantés ont fané leur fragrance
Et nos regards fiévreux sont désormais ternis.

Le Temps dérape et fuit : Tout n’est plus qu’apparence,
Faux-semblant ou récit de bonheurs illusoires.
Rien ne rappellera la candide arrogance
De nos frissons froissés de moiteurs dérisoires…

Lorsque tu reviendras de tes abstrus voyages
Je serai là, hurlant mon impatience en gage…
Et tout ton corps si doux que l’absence m’a pris,
Je l’étreindrai… Jusqu’aux racines de ton cri…

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Prescriptions
Quand le souvent rêvé n’est plus qu’une habitude,
Quand les regrets anxieux pleurent le désormais,
Devrai-je malgré moi taire mes plénitudes ?
Seul, ce que j’ai perdu m’appartient à jamais…

Quand mes penchants secrets n’auront plus de saison,
Quand l’essentiel sera de ne plus retenir,
Tous mes songes déçus deviendront sans raison :
Hélas, pour se donner, il faut s’appartenir…

Heure mauve
…Je ne sais si je suis le remords ou l’envie
De frissons enroués au vent des abstinences :
Tu vis si nue en moi qu’il me faudra ma vie
Pour oser te vêtir du linceul de l’absence…

Passante
Sous le noir de ses bas vers un haut d’insolence,
Mon regard à surpris une pâleur obscure
D’où m’épie et m’obsède une lisse béance
Qui m’invite à rêver de soyeuse échancrure…

Femme soudain croisée, un bref instant ténu,
Je ne puis que songer, par-delà mes abîmes,
Qu’il me faudra mourir sans même avoir connu
Le secret jamais su de ta saveur intime…

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Odyssée
Je vivais de ferveurs et de grâces intimes,
Mon temps se confondait avec mes sortilèges,
Mon Espace accédait à l’au-delà des cimes
Sans jamais m’étonner de si hautains cortèges…

J’escaladais sans peur le fracas des saisons,
Les déserts de silence et leur brumeux tangage,
Octroyant, imprudent, sans rime ni raison,
À d’étranges tourments mon avenir en gage…

J’allais donc, impérieux, sûr de mes alchimies
Sourdant de l’infini d’obscures déferlances.
Déjà je pressentais sous la cendre endormie
D’indicibles regrets aux languides dolences…

Et c’est ainsi qu’un soir je ne fus plus qu’Absence :
Désormais sans pouvoir, et mes élans enfouis,
Je m’invente un Passé, reflet d’une Présence
Dont les échos crispés s’essorent dans la nuit

Riihimäki (Finlande), décembre 1951

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Hypothèse
Et si j’étais Chagrin,
Chagrin d’un autre Temps,
Chagrin d’un autre Ailleurs ?

Et si j’étais Chagrin,
Voyeur impénitent
D’impassibles rumeurs ?

Et si j’étais Chagrin
Immuable, incolore,
Nostalgique et perclus,
Entre le Pas-Encore
Et le Déjà-Plus ?…

Métamorphoses
Ces myriades d’instants
Déjà franchis, déjà lassés,
S’entassent désormais figés
En leurs rades bouffies…

Et TOI
Dont j’espère la venue
En mon ciel trop changeant,
Seras-tu ma Durée ?

Quant à moi
Pour TOI
Je serai VENT…

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Véhémences
J’ai vécu d’autres jours, j’ai connu d’autres lieux,
J’ai rêvé d’autres soirs, j’ai veillé d’autres morts,
J’ai tremblé d’autres soifs, j’ai humé d’autres cieux,
J’ai hâlé d’autres cœurs, j’ai hanté d’autres sorts,
J’ai hélé d’autres voix,
J’ai halé d’autres croix…

J’ai vu les nuits d’enfer, étouffé sous les chocs
Du vent polaire abrupt éructant sa rancune,
Et j’ai pleuré, livide en des déserts de rocs,
La mer polie et moite aux branchages de lune…

Et des destins confus, verdâtres et vitreux,
Ma pauvre âme a craqué sous le gong des bourrasques,
Emmêlant ses sanglots aux suintements visqueux
Du sang des printemps morts aux parfums lents et flasques…

Mort au soleil ! Mort aux étoiles ! Mort au jour !
Viennent la nuit, la tempête et ses noirs supplices !
En ricanant le vent pourchasse mes amours
Dans les ruisseaux bourbeux, boursoufflés d’immondices…

Helsinki, 4 juillet 1952 (À Robert Austerlitz)

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Adieu, Finlande 
Adieu hélas, adieu mon grave et grand amour
Je garderai de toi l’éternelle pensée
Que le Destin clément, à l’aube de mes jours,
Dévoila le Bonheur à mon âme étonnée.

Pour ces soirs si joyeux, pour ton clair regard lisse,
Pour tes lourds cheveux blonds à mes doigts si soyeux,
Pour ton parfum secret où le mystère glisse,
Pour tes frissons profonds au rythme impétueux.

Pour ta bouche enfantine, ardente et veloutée
Que j’écrasais brutal pour l’entendre gémir
Ta plainte qui montait ravie et saccadée
D’un temps passé lointain, lointain sans avenir,

Ô Finlande, frais songe éblouissant d’enfance,
Réponds, me fallait-il vraiment venir ici ?
Pour ce premier sanglot de mon cœur en partance,
Et pour ton souvenir, Ô Finlande, Merci.

Chaque moment qui fuit emporte notre rêve
Vers un cruel Obscur d’où nul n’est revenu,
Et notre Amour ne fut qu’un répit, une trêve
Pour nos destins mêlés, un instant confondus…

(À Mary Ann)

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Rive gauche
Je ne reverrai plus les tours de Notre Dame
Ni les matins d’avril sur les quais endormis,
Je ne reverrai plus, et ce m’est tout un drame,
Ni mes parents, ni mes amours, ni mes amis…

Si loin de Toi, Paris, en cette fin de terre
Je ne peux qu’invoquer mon enfance songeuse
Le long de tes trottoirs, quand tu m’étais frontière
Pour mes pas vagabonds en ma saison heureuse…

Paris, si loin de Toi, je sais certaines rues
Qui m’auront vu flâner bien plus que de raison…
Dans la nuit qui tremblait sur tes berges écrues
J’ai tellement rêvé mes futures saisons…

Et Vous, mes ponts moussus, Ô Vous, que vous soyez
Des Arts, Petit ou Neuf, Double ou de Saint-Michel,
Ce soir je me souviens : Mon tout premier baiser,
Ce fut sur l’un de vous… (Dirai-je un jour lequel ?…)

Oserai-je espérer qu’au détour du Destin
Je puisse encore un soir entendre tes rengaines
Au fond d’arrière-cours aux doux pavés disjoints
Dans la fauve ferveur d’un dimanche de traîne ?…

Tierra del Fuego (Chili), octobre 1955

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Après cette poignante lecture, une petite voix s’ajoute que il me semble opportun de citer. C’est la voix de la fille du poète, Silja Travers qui dit, parmi d’autres considérations, qu’il serait « vain de tenter une quelconque analyse ou de se mettre en quête d’un message ou d’une finalité. Ainsi qu’il a vécu et écrit, le poète vivra et écrira encore et toujours de plus profond de son propre univers, seulement attentif (et avec quel ferveur !) à ses plus intimes repères. Ce qui donne sa force au poète, c’est à la fois sa capacité d’aimer et son sens du dérisoire, la chance et l’espace qu’il consent au hasard, son don inné pour percevoir le bonheur et le chagrin. Il sait qu’ici-bas on souffre, on perd, on pleure. Mais il sait aussi qu’avec son cœur on aime, on donne… Et on écrit… »

P.-S. Ceux qui désirent contacter Jean-Jacques Travers pour lui adresser des commentaires ou pour en savoir plus sur son oeuvre poétique, en dehors d’un éventuel commentaire à cet article, peuvent écrire à la Société des Poètes Français : 16, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris, ou bien adresser un mail à : stepoetesfrancais@orange.fr

Jacques-François Dussottier, poète nomade, poète halluciné « à fleur de peau »

23 dimanche Mar 2014

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Poètes et Artistes Français

Le poète que je vous présente aujourd’hui, Jacques-François Dussottier fait partie lui aussi depuis longtemps de la Société des Poètes français. Tout en adhérant, comme Michel Bénard, au mouvement poétique des Intuitistes, il a déclaré à plusieurs reprises qu’il privilégie une poésie qu’il qualifierait de poésie de « l’instinct » : « …tous ces « éclairs », ces mots de « lumière » qui dans ma tête 
tournent sans cesse en une ronde souvent infernale,
 cette poésie de « l’instinct » où j’essaie de faire vivre l’émotion, 
le souffle, la tendresse
 et une certaine beauté des mots… »
Jacques-François Dussottier a bien sûr ressenti les suggestions de la poésie picturale et musicale qu’on peut retrouver dans les vers sensuels de Michel Benard ainsi que dans les lyriques dramatiques ou engagées de Vital Heurtebize. Cependant, dans ses vers je trouve quelque chose de particulier se détachant nettement d’une idée classique de la poésie. Comme le dit lui-même, J. F. Dussottier est un poète nomade, un poète halluciné, déraciné et rebelle. Même quand il chante la femme et l’amour, un sujet qu’il maîtrise sans artifice ni exagération, la douleur de l’existence jaillit immédiatement de ses vers comme une deuxième nature ayant une sensibilité à fleur de peau…
Je vous laisse découvrir librement les atouts particuliers de ce poète avec deux renseignements :
— Les trois premiers poèmes ont été extraits depuis le recueil titré « À fleur de peau » (publié en 2000), tandis que les autres vers font partie de la récolte poétique titrée « Ô femme ».
— Récemment, j’ai eu le plaisir d’assister au vernissage de Jacklin Bille (*), une amie sculptrice que j’avais plusieurs fois rencontrée à l’espace Mompezat des Poètes français. Ses sculptures denses et touchantes s’inspirent toujours au numéro deux. Donc, d’abord à l’amour et à l’art de la rencontre ; ensuite à la lutte incessante du bien contre le mal ; enfin à l’émerveillement ainsi qu’à la suggestion créatrice de la juxtaposition du noir et du blanc et aussi, bien sûr, du plein et du vide…
Je trouve qu’un duo formidable va se déclencher de façon tout à fait naturelle, rien qu’en créant les présupposés pour une rencontre entre les poésies (et les personnages) de Jacques-François Dussottier et les sculptures (et les personnages) de Jacklin Bille. Chacun décrit l’autre. Chacun accompagne l’autre. Cette fois-ci, pour une question de priorité du thème, ce sera Jacklin à accompagner Jacques-François. Une autre fois, qui sait ? on pourrait envisager une « jam-session » où les rôles seront renversés.

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Jacklin Bille, La lecture

Jacques-François Dussottier, poète nomade, poète halluciné « à fleur de peau »
(poésies commentées par les sculptures de Jacklin Bille)

Poète nomade
poète halluciné
dans cette douleur d’exister.
J’irai hurler à la nue
mon désir, ma révolte
avec l’énergie de mon désespoir.
Poète de l’instinct
de la déchirure
du cri
de la passion,
la poésie est mon errance
en des mots incandescents
essaims de poèmes en offrande
de tous ces lambeaux de moi-même.
Mes vers viennent de l’ailleurs
du monde des poètes et des fous.

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Jacklin Bille, Méditation

Nu dans mon innocence d’homme
Je m’égare au hasard de la langue,
Je vis de la vie des mots
Mots confidents de ma solitude,
Je suis la page blanche
Espace ouvert à perte de vide,
Maraudeur du langage
J’inscris au fil du feu, de la folie
Mes mots caravaniers, buissonniers,
Bonheur d’écrire, souffrance d’écrire
J’écris des matins de naufrage
Dans la rouille et l’amertume,
Des mots qui font trembler mes mains
Cris muets suspendus à l’encre des larmes,
Je suis en survivance
Je suis mon souvenir
La raison jusqu’à la déraison
Dans des silences perdus au bout de l’écriture.
Avec des mots venus d’ailleurs
Nomade du désir, de la tendresse,
L’amour est mon passé, ma mémoire.
Le poème que je tisse est un cri
Le goût de l’autre, ma passion rebelle,
Les raisons d’être fou dans la mémoire d’aimer.
J’existe aux mots de l’amour
Et la parole est femme au terme de mon poème.

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Jacklin Bille, Méditation

Pétales d’aube
Dans le sang du matin.
L’espace sans marge
A rompu ses amarres
Dans la mouvance de l’ombre.
Aux horizons d’errance
À l’extrême du souvenir
J’ai volé l’éphémère
Aux lilas du temps.
Habité de mélancolies
Je goûte des mots enfuis
Et murmure aux fissures de la nuit
Des écharpes de paroles
Au sablier des vents.

billie 4b 400

Jacklin Bille, Méditation

Ô Femme
Tu es le point du jour
Toi mon rivage, mon embellie
Mon intime transhumance
Vers ton être déshabillé de lumière.

♣

Tu es ma maîtresse
Depuis longtemps
Ô Poésie
Je te prends souvent
Mais tu me possèdes
Depuis la nuit des temps.

♣

Le poème que je tisse est un cri
le goût de l’autre, ma passion rebelle,
les raisons d’être fou dans la mémoire d’aimer.
J’existe aux mots de l’amour
et la parole est Femme au terme de mon poème.

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Jacklin Bille, Réflexion

Au jardin du Luxembourg
Je reviendrai chercher mes souvenirs
Au lieu de mes premiers amours
Je viendrai me rajeunir.
Je la vois, je les revois
Ces biches au cou de porcelaine
Fraîches et naïves, oh ! Mes premiers émois
Votre peau avait odeur de marjolaine.
Assis sur un banc près des frondaisons
Je recherche vos visages et je ferme les yeux
Qu’êtes-vous devenues depuis tant de saisons
Vous mes écolières aux longs cheveux soyeux ?

billie 2 400

Jacklin Bille, Au creux de ta main

Je suis cet homme de sable
vêtu de cette transparence
éclaboussée d’étoiles.

♣

je suis l’homme virginal
dans le chant de l’être
et j’écris l’éternité de nos chairs
perdu dans la clarté de tes yeux.

billie 1 400

Jacklin Bille, Plénitude

Ô toi ! Ma belle écolière
Dont j’ai perdu depuis longtemps la trace
Dans mes bras tu fus la première
Ton souvenir est toujours en moi, tenace.
Dans le passé de mon adolescence
Au premier matin du premier amour
Souvent à toi soudain je pense
Au fil du temps, au fil des jours.
Qu’est-tu devenue ?
Te souviens-tu de moi ?
Quand j’effleurais ta peau nue
Et tes sens aux abois.
Vers quelles amours as-tu vogué ?
Es-tu restée aussi jolie
Comme le premier brin de muguet ?
Toi, ma première folie !
Ô toi ! ma belle écolière
Dont je ne me souviens plus le prénom
Dans mes bras tu fus la première
De mon adolescence, le joli démon.

billie 3 400

Jacklin Bille, Regard vers l’avenir

J’ai erré dans ces chambres
Où l’amour était à la fête
Dans ces lits abandonnés
Où ne s’aime plus personne
Ces lieux fermés de nous
Où tout n’est plus qu’outil
Chambres vides de corps amoureux
Huis clos de nos cris éteints.

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Jacklin Bille, Attirance

J’écrirai de mes lèvres
Sur ta peau
Tous les mots
Avec amour, avec fièvre.

♣

Aimer d’un trait de lumière
Pour donner asile à mes rêves.

billie 6 400

Jacklin Bille, La main égyptienne

Baisez moy mon amourette
Mille baisers sur votre bouche guillerette
Mes lèvres sur vos yeux
Où se mirent les cieux.
Sur vos lèvres décloses
Plane une odeur de roses
Baiser volé, douceur de votre bouche
Vos lèvres que tendrement je touche.

billie 8 400

Jacklin Bille, Femme recto verso

Insulaire de l’amour
Je dérobe ton souffle
À la moisson des sens.

♣

Je suis une larme au bord de ta paupière
Qui perle comme une goutte de rosée
Je viens du fond de ton être et j’erre
Puis je glisse sur ta joue, égarée.

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Jacklin Bille, Illusion

Parfum éphémère
Parfum d’une nuit.
L’air frissonne
De mille effluves
Qui étourdissent ma narine
Et je sombre enivré
Aux floraison
Exhalées de ton corps.

♣

Tu n’auras fait que passer dans mon cœur
Ma lèvre de tes baisers n’a pas perdu la trace
Et ton souvenir à mon être est encore tenace
Au désespoir de l’amour qui meurt.

♣

L’éternité, c’est un caillou dans l’onde
Mais nul ne revient sur ses pas.

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Jacklin Bille, Accord

Tu es mon point de jour
Joyau serti de tant de larmes
Toi mon rivage, mon embellie
Ma citadelle conquise.

♣

L’amour est ma religion
ton cœur mon église,
mon amour est un emportement aveugle vers la lumière,
tes yeux les vitraux d’une chapelle,
la passion est une exaltation de l’âme,
tes mains dans les miennes, une prière…

♣

Clameur des mots
quand l’amour devient cicatrice,
je suis la soif
je suis la faim
nu jusqu’à l’innocence,
j’ai choisi l’indécence
pour sublimer l’audace d’aimer
dans cette violence de mon désir pour toi
Femme !

Jacques-François Dussottier

« Plus qu’un recueil de poésie amoureuse, un bréviaire d’amour… Avec une extrême discrétion qui rend plus forte encore la sensualité amoureuse de son chant, le Poète confie à la Femme ses sentiments les plus profonds, ses désirs les plus sourds. Il exalte avec beaucoup de pudeur cette part de lui-même qu’il ne saurait exprimer avec autant de force et de vigueur s’il devait la dévoiler au grand jour blafard de notre monde profane. Car ici, nous ne sommes plus dans l’existence quotidienne : Jacques-François Dussottier nous fait franchir la trame, ce voile fin qui nous sépare de la vraie vie et il nous entraîne sue les degrés de l’amour sublime, vers les Hauts-lieux où souffle l’Esprit, nous permettant d’entrevoir, ne fût-ce qu’un bref instant, cette Lumière où tout n’est que pur amour…
Vital Heurtebize, Lauréat de l’Académie Française

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Jacklin Bille, Jumeaux

(*) Jacklin Bille travaille principalement la pierre en taille directe, technique des sculptures des plus délicates et difficiles, ne laissant aucun droit à l’erreur : « Des heures de réflexion avant de frapper… j’en fais surgir des figures, des corps, surtout de femme, plutôt stylisés, mais en essayant de traduire les sentiments de joie, d’amour, de doute et de peine… C’est en taillant la pierre que l’on découvre l’esprit de la matière ; la main pense et unit la pensée à la matière… »

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 23 mars 2014

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Michel Bénard : l’érotique beauté du trait

09 dimanche Mar 2014

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Poètes et Artistes Français

Bénard Michel 1

La toile de l’amour

Je reprends, après quelques mois, la série du « Portrait du dimanche » avec un hôte tout à fait exceptionnel, Michel Bénard. Un artiste-peintre ainsi qu’un poète lauréat de l’Académie de France qui n’aime pas s’imposer à la première rencontre. Il vous laisse le temps de le découvrir, de l’apprécier et finalement de l’aimer.
D’emblée, lisant ce recueil de vers « érotiques », véritable hymne à l’amour et savourant, en même temps, le plaisir de ses peintures joyeuses et dramatiques à la fois, vous aurez l’impression que Michel Bénard traduit la vie — sa propre vie et celle de nous tous —, apparemment sans transitions, dans l’œuvre picturale ou dans le poème avec une certaine « facilité » et « désinvolture ».
En vous plongeant dans la ballade-épopée illustrée qui suit, vous serez pourtant d’accord sur cet adverbe « apparemment » que je viens d’utiliser, pour arriver à dire exactement le contraire. S’il n’y a aucune « facilité » ni « désinvolture » dans le procès créatif de cet auteur, il y a quand même, dans ses oeuvres, une force qui s’impose immédiatement. Cela explique la tendance de Michel Bénard à se dérober vis-à-vis de toute sorte d’exhibition de soi : il nous demande d’aller au-delà de cette impression de maîtrise innée — d’élégance à la Raphaël ou de virtuosité à la Choderlos de Laclos — pour découvrir au fur et à mesure la dimension et l’épaisseur de son immense travail, jaillissant d’une vie entièrement consacrée à l’art et à la poésie, où l’amour assume toujours un rôle central.
C’est d’abord l’amour naturel et culturel pour la femme, mais c’est aussi l’amour pour la nature et pour l’art.
Je tracerais un triangle reliant les trois pôles de l’expression humaine et créatrice de Michel Bénard :
— la peinture, ayant un côté physique et révélant souvent une lutte entre la main et les matériaux à l’origine indomptables comme des chevaux sauvages ;
— la poésie, très sensitive et sensuelle, qui se sert d’une prodigieuse capacité de description et d’analyse psychologique (de l’âme ainsi que du corps) pour atteindre des réflexions profondes, des visions universelles ;
— l’amour, avec son attitude pendulaire, ses défis cruels et ses joies aussi violentes que provisoires, est le compagnon de voyage de nous tous. L’intelligence — et le courage — de Michel Bénard consiste justement dans l’acceptation de cette vérité qui devient une force dans ses mains de peintre et dans sa voix de poète. Une force créatrice : on crée dans l’amour et grâce à l’amour, on crée en songeant à l’amour et l’on crée aussi au nom de l’amour.
Dans le recueil suivant (extrait des textes de Michel Bénard pour les Œuvres Érotiques d’Alain Bonnefoit), notre ami regarde l’amour dans les yeux, dans la gueule, dans les plis les plus intimes du corps aimé ainsi que dans la fusion invisible et non racontable de deux corps isolés dans l’amour et protégés par le sacre de l’amour même.
Un des dimanches prochains, je reviendrai à l’œuvre de Michel Bénard pour une réflexion plus approfondie. Je veux seulement ajouter ici l’intérêt spécifique de cette « toile de l’amour », où le poète et le peintre mêlent leurs voix et leurs outils pour s’adresser à la femme aimée ainsi qu’à l’amour même. « Aimer l’amour », c’est-à-dire aimer la vie, garder des espaces pour les autres, se rendre disponibles à l’engagement, à l’aide, au partage de moments de joie collective : c’est là le noyau dur de la personnalité riche complexe de Michel Bénard dont je voudrais être capable d’achever le portrait, un jour.

G.M.

001_Michel Bénard portrait

Michel Bénard
L’érotique beauté du trait

Par l’écume d’encre
Doucement je révélerai tes fourrures,
Glisserai sur l’écrin de tes dentelles,
Lisserai le marbre de tes hanches
Et sertirai de la paume des mains
Le dôme de tes seins,
Pour en récolter le miel
Au seuil de ton sexe solaire.

Par les couleurs sacrées du sang,
Je laisserai couler mes lèvres
Sur le marbre poli
De votre fauve intimité,
Pour y fixer les nuances d’un rêve.

Simplement déposer mon front
Sur la marmoréenne blancheur
De votre corps en offrande.

C’est une ouverture sur le monde
Un hymne à la vie,
Tout en courbes, tout en signes,
C’est le delta de l’étonnement
Aux rives laiteuses de l’intime.

Bénard Michel 2

Partageons nos chairs, l’esprit et l’amour,
Pour y mêler nos transparences.

A l’ombre de la ligne d’un sein
Vos lèvres saupoudrent des paillettes d’amour,
Et l’ongle s’accroche à vos chaudes étoffes.

Partager toutes les consonances
Des alphabets de ton corps de femme,
Et sous le pinceau créateur
Composer le poème éternel.

Par votre nudité d’envoûtante vestale,
Votre ventre se décline en de soyeuses douceurs
Semblables à celles des marbres antiques.

La femme devient soudain,
Un rayon de vie en embellie
Que dessine amoureusement
Le peintre sur la toile.

Sous la caresse d’encre
De la soie du pinceau,
Ton corps exhale
De délicats parfums,
Et tend vers la perfection
De la ligne calligraphique.

Bénard Michel 3

Il ne me reste au cœur
Que cette ligne jalousement roulée
Dans le voile de lumière
Dorée de votre chevelure.

En dévoilant ta beauté
Jai soudain ressenti en ma chair
Toutes les caresses du ciel.

Ébaucher le satin
De ton corps galactique,
Tracer d’un pinceau ébloui
Tes lignes embrasées,
Et par les encres mêlées
Retrouver l’origine de la vie.

Bénard Michel 4

Peindre les yeux d’une femme
Pour y recevoir
Les couleurs de son âme.

Ce sont les couleurs de la pensée
Qu’il faudrait peindre et graver
Sur le papier de l’éternité,
Tout comme les secrets de l’amour
Qu’il faudrait traduire à la femme
Par le silence de la voix intérieure.

Par le simple jeu de la ligne
Traduire le corps
Attirant comme une terre promise,
Surprenant comme l’amour naissant
Au creux du ventre de la femme.

Sur sa couche de lin
Le corps apparait
D’une bouleversante beauté,
D’une étonnante clarté,
Portant toutes les promesses d’une terre en jachère.

Bénard Michel 5

Par la seule maîtrise d’une ligne
Tous les mystères de l’intime delta
De la femme se dévoilent.
Où le flux du sang
Se mêle au bleu d’une veine
Esquissée à fleur de peau.

Juste le temps d’une renaissance,
Juste l’instant d’une offrande,
Le visage filtre la lumière
Des jeux d’une encre irisée,
Le corps se livre
Comme une charnelle prière.

Bénard Michel 6

Je voudrais composer une palette
A tes couleurs de femmes,
A tes transparences d’âme,
A tes reflets de cœur,
Afin de mieux pouvoir peindre
La toile de l’amour.

Bénard Michel 7

Sous le miracle du pinceau
Le satin du corps
Se fait calligraphie de rêve
Et les yeux dessinent
Les déliés de l’amour.

L’encre ira jusqu’au mystère
De la fascination d’un souffle de vie,
Du sang de la femme,
De l’harmonieuse ligne d’un sein,
Qui coulera d’un éclat de lumière.
L’encre ira jusqu’à la révélation
Du sacre de la femme,
D’un point de silence
Qui donnera mesure de sa beauté.

Bénard Michel 8

La lumière soudain modèle
Les lignes d’un corps éphémère,
Restitue le volume d’un sein,
La courbe de la hanche
Se déroulant sur le délié
D’une calligraphie sensuelle.

Sous la couleur de l’encre,
Sous la douceur de la soie,
Le trait éveille la beauté
De la femme nouvelle.

La ligne de lumière
Glisse comme l’éclair
Au fil de la chair,
Sa courbe nous trouble
Comme la note vibrante
De la caresse du spectre solaire.

Bénard Michel 9

Le désir aux bouts des doigts
La chair patiemment se patine,
S’imprègne d’un silence essentiel.
Par la semence fertile
De chaque langue d’argile
Voici la renaissance de la femme.

C’est le charme étrange
D’une lente coulée d’encre,
De l’insolite révélation
D’un corps en rêve de violon.

Sous la touche d’un ciel bleu,
Sur la touche d’une source
Surgit du miracle des eaux,
C’est une musique aussi belle
Qu’une femme qui compose la vie.

Bénard Michel 10

La ligne suggère le verbe
Qui filtre du bord des lèvres,
Et dispense la couleur irisée
De la création de la femme.

Belle en ta nudité
Tu éveilles les brumes d’aube,
La perle de rosée sur ton sein
Décline toutes les nuances
De la voie lactée.

Effilement de la soie,
Douceur charnelle,
Le charme se grave au grain de la peau,
À la nacre mammaire,
À l’humide échancrure,
C’est le souffle du désir
L’appel à la caresse
La source secrète de l’intime.

Bénard Michel 11

Femme noire, femme blanche,
Femme comme une source
Sous l’écume soyeuse d’une touche bleue,
Femme dansant au cœur du désert
Pour célébrer la vie,
Femme où es-tu ?
Femme que fais-tu ?
Femme où vas-tu ?
J’ai vu le ciel s’éclaircir et ton visage s’incliner,
Tout en dispensant l’amour et la paix.
Femme te voici aussi belle
Qu’une terre en jachère,
Qui redevient champ de lin.
Femme je te dessine ces mots,
Ceux qui naissent sur le bout des lèvres,
Je te rêve légère comme l’arpège.
Femme tu es la déferlante,
Le fruit pour deux âmes qui embarquent
Vers l’inconnu sur le galion d’amour.
Femme blanche, femme noire,
Femme source,
Ensemble partons à la rencontre des prophéties.

Le souple délié du trait donne à l’œuvre cette beauté
D’une femme au ventre généreux
Enceinte des couleurs d’un arc en ciel.

Michel Bénard

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 9 mars 2014

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U ou Underground, les fils d’Aryane d’Isabelle Tournoud (alphabet renversé de l’été n. 6)

20 samedi Juil 2013

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alphabet renversé de l'été, Isabelle Tournoud, Poètes et Artistes Français

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Lorsqu’on arrive dans le domaine de la voyelle U, un petit sursaut de peur s’empare de moi. Car, dans la langue italienne, à partir de la terrible figure du comte Ugolino de Dante — celui qui, se trouvant piégé dans une situation d’extrême détresse et de faim, eut le courage de se nourrir de ses propres enfants — et de l’Uomo Qualunque (le parti de l’homme quelconque ressurgit cycliquement dans notre pays, toutes les fois que la démocratie et la stabilité économique sont en danger), les noms ou prénoms en U se présentent d’emblée de façon assez contradictoire. D’un côté, les personnages sérieux — comme le maestro Uto Ughi, ou l’incontournable Umberto Eco — suscitent en moi un double sentiment d’estime sans borne et d’infériorité sans remède. De l’autre, au contraire, les figures et voix uniques d’Ugo Foscolo et de Giuseppe Ungaretti se marient joyeusement aux visages rassurants d’Ubaldo Lay (inoubliable Lieutenant Sheridan télévisé) et d’Ugo Tognazzi, m’aidant beaucoup à relativiser mon ancestrale méfiance envers l’U. En dehors des U italiens, il y a bien sûr Ulysse, Ubu Roi et Till Ulenspiegel, ainsi que Maurice Utrillo, une des figures qui me sont plus chères, avec Pierre-Auguste Renoir, parmi les peintres impressionnistes. Mais, je ne peux pas me passer d’un sentiment d’étrangeté envers l’U, que j’aurais pu surmonter juste par le biais d’une confidence intime avec Liv Ullmann ou Ursula Andress. Un sentiment qui se renverse complètement lorsque je franchis les confins de notre continent pour me caler dans ce monde encore mystérieux d’au-delà de la Manche et de l’Océan. Dans ces endroits fumeux et au-dessous de ces vertes prairies, je trouve un mot qui m’ensorcelle, provoquant en moi une série infinie de situations et hypothèses et, en même temps, le soupçon d’une possible synthèse, le mot Underground.

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Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Ce mot musical, qui pourrait évoquer aussi bien les tremblements de terre que les réunions secrètes des exilés italiens au cours du Risorgimento, relève donc d’une richesse sémantique prodigieuse. En fait, ce serait beau et suggestif s’ouvrir un passage dans une grotte naturelle pour explorer les catacombes creusées dans le sous-sol de Naples et de Rome ainsi que d’autres villes et localités en grand nombre en Italie, même si une exploration comme celle-ci peut causer des effrayantes surprises. À Londres comme à New York, Underground c’est le nom qu’on assigne au métro : une chose connue, et pourtant une immense réalité qui change sous nos yeux jusqu’à nous démunir, parfois, de nos primordiaux instincts de conservation et d’orientation. Même dans le labyrinthe le plus doté de signalisations et de systèmes de secours, visuels et sonores, aux faiblesses humaines, on peut se perdre. D’ailleurs, ce n’est pas nécessaire de voir toutes les séries de films catastrophiques que surtout les Américains aiment exploiter autour de multiples types de disgrâces qui pourraient se vérifier, pour associer à la notion de labyrinthe souterrain celle du danger incombant ou de l’étau en attente menaçante. C’est peut-être en réaction à cela — car la créativité la plus originale se déclenche justement de la peur et de la rébellion — que naît toute forme d’art underground.

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Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Je me suis demandé combien de véritables artistes underground je connais, à Paris ou en France. Je ne compte ici, évidemment, le vaste et insondable domaine de la musique dans ses multiples formes, dont sincèrement je ne perçois que des échos dans les couloirs du métro parisien, en raison de mes fréquentations tout à fait rares des lieux députés à cette expression, pourtant aimée. Dans les arts plastiques, j’ai sans trop de réflexion trouvé un nom, qui correspond bien à mon idée d’art underground. Elle s’appelle Isabelle Tournoud. Avec les deux U dans son nom, elle a toutes les cartes en règle. Car il est difficile de la classer parmi les sculpteurs traditionnels et sa façon de créer dans l’espace ne pourrait pas se situer non plus dans les termes d’une éventuelle avant-garde. Tout cela amoindrirait la portée de son travail original et unique.

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Paolo Merloni, Le mariage de mes parents (2005)

J’ai connu Isabelle Tournoud rue de Seine, lors de la première exposition que mon enfant Paolo avait montée en avril-mai 2007 dans le sous-sol de la galerie Étienne de Causans. Cela ne pouvait être plus underground que cela. Sous ces voûtes basses, blanches, Paolo avait accroché des tableaux de petite taille, faisant partie de la série fortunée de « La famille », un thème qu’il avait exploité à fond, ajoutant toujours un esprit d’égarement et d’orgueil familial aussi. Cela rendait ses tableaux poignants et vifs, même plus des personnes auxquelles il s’était inspiré. Un siècle semble passé depuis ces journées insouciantes où nous étions « two brothers » plutôt qu’un père suivant son fils. Nonobstant le petit handicap de la salle cachée, Paolo réussissait à traîner en bas la presque totalité des visiteurs accourus à la plus importante exposition au rez-de-chaussée. On en profita pour échanger beaucoup, surtout avec des artistes, peintres, sculpteurs, photographes, et cetera. Cela donna courage à moi aussi, me poussant à vaincre mon fatalisme. Le dernier jour de l’exposition, Isabelle devait arriver avec Laura, une camarade de Paolo, romaine. Laura arriva seule, examina un à un les tableaux tandis qu’on les décrochait, gentiment harcelés par le patron. Lorsqu’Isabelle arriva, haletante et pourtant souriante, c’était trop tard. Le lendemain on aurait récupéré les tableaux. Moi j’avais sous le bras mon lourd dossier où j’avais placé sans façon les photos de mes tableaux. Nous allâmes tous les quatre dans un bar sur le quai de la Seine où l’on sympathisa beaucoup. En fait, Paolo et moi, nous étions encore des nouveaux venus à Paris, imprégnés encore de cette futilité et facilité pour le rire typique des jeunes touristes. Et moi, nonobstant la différence d’âge, j’étais aussi contaminé par cet esprit léger que fasciné par la « religion U » qu’il racontait à sa demie-sœur depuis la plus tendre enfance de celle-ci. À défaut des tableaux de Paolo, ce fut moi qui montrai mes photos à Isabelle. Admirative, elle me rassura : le fait de ne pas être un peintre français pouvait devenir une chance d’éviter d’être fauché « a priori ». Malheureusement, la soirée s’annonçant très amicale fut interrompue sur le bus qui nous ramenait à Popuncourt, tandis qu’Isabelle poursuivait en direction de Belleville. Après cette rencontre, grâce à la petite carte de visite qu’Isabelle m’avait donnée, j’eus, contrairement à mes habitudes, envie de voir ses œuvres et de la revoir. Déjà, des ans sont passés. Maintenant, Isabelle vit et travaille à Rennes avec sa famille. Je lui suis reconnaissant pour la confiance, qu’elle m’a plusieurs fois confirmée, même récemment, en occasion d’une rencontre où elle m’a interviewé. Mais ce petit bien-être personnel n’a aucun rapport avec l’estime que j’éprouve envers ses sculptures…

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J’ai parlé de son œuvre assez particulière dans un précédent article. Mais, détourné par mes portraits inconscients et les poésies que ce nouveau blog m’a aidé à ranger et parfois retravailler, j’avais raté le récit de sa dernière exposition à Paris que j’avais visitée en décembre 2012. Je ne peux pas ici me produire dans une critique fouillée. Je me bornerai à faire le même parcours que j’avais suivi dans ce petit local rue Charlot dans le Marais, où l’on avait voulu mettre en valeur l’hypothèse d’un possible rapport entre l’art d’Isabelle et le travail du styliste de vestes pour homme. Je ne nie pas la possibilité de trouver des parentés entre les formes extérieures des vestes en étoffe et ces enveloppes de fils multicolores assumant par hasard la forme de veste (ou de paletot, ou de chaussure d’enfant, ou de revolver dans un étui adapté), mais je crois que ce qu’Isabelle propose sort bruyamment de tout cela. En suivant le parcours, je laisse une petite phrase qui peut-être n’expliquera pas beaucoup. Mais…

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Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

La vitalité des surfaces, avec leur transparence, apporte au corps invisible qui les endosse le charisme de toute beauté insaisissable. 007_giacca 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

La chevalière inexistante d’Italo Calvino n’est pas trop contente de se trouver au centre d’une investigation critique rapprochée. Donc elle prétend que son dévoué soupirant reste près de lui, qu’il partage son agacement. 008_fili 740

Sculpture de Isabelle Tournoud (part). Photo de Giovanni Merloni

L’armure qui enveloppe le corps invisible de la chevalière (ou du chevalier déguisé en femme) est tissée de fils robustes capables de résister à n’importe quelle épée ou poignard. Elle ressemble à des barbelés. Des barbelés pourtant tendres et doux comme du velours. 009_pistola 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Sur un banc à côté, un revolver d’argent avec un seul coup est caché. Servira-t-il à tuer celui qui découvrira le mystère du chevalier qui transperce portes et fenêtres ? Servira-t-il au contraire à tuer le chevalier pour en libérer l’âme emprisonnée ? 010_mano 740

Sculpture de Isabelle Tournoud (part). Photo de Giovanni Merloni

Cette main qui se défait dans l’effort de saisir quelque chose qui lui échappe… 011_braccio b 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

…est-elle le positif ou le négatif du corps que la veste rose héberge ? Et ses nuances en saillie, sont-elles des veines roses et bleues ? 012_pistole 740

Sculpture de Isabelle Tournoud. Photo de Giovanni Merloni

Voilà deux revolvers qui ne gardent que la silhouette vague de ce qu’elles auraient pu être… 010_isabelle 740 Giovanni Merloni écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 20 juillet 2013 CE BLOG EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS Licence Creative Commons Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

De la rupture à cicatrisation

07 dimanche Avr 2013

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Anna Jouy, Poètes et Artistes Français, vases communicants

Le billet que je propose aujourd’hui a été déjà publié le 5 avril 2013 par Anna Jouy dans son journal_poétique_jeté_sur_l’aube. Voilà ce qu’avait écrit Anna Jouy :
« 5 avril, jour de « Vases Communicants », lancé par Le tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis).
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte_Célérier, une autre blogueuse.
Dans l’esprit des « Vases », Giovanni Merloni et moi, avons choisi un thème commun, celui de la « rupture ». 
Nous nous sommes aussi donnés l’input (et la contrainte), de nous adresser/dédicacer réciproquement un billet inspiré par quatre images échangées.
Appréciez le sens du détail, l’esprit fin et subtil de Giovanni dans son voyage à l’intérieur d’une rupture… J’ai découvert grâce à ces #Vasesco, un personnage vibrant et pur, doté d’une sensibilité ultra douce.
Ce fut un  précieux  plaisir que d’être avec lui dans ce lien des vendredis premiers.
Merci Giovanni. »

De la rupture à cicatrisation

Chère Anna
J’arrive dans ton blog avec mon lest de changements frénétiques et de ruptures… pour parler avec toi de rupture !
Heureusement, on n’est pas les premiers à nous occuper de « déchirures », « fractures », « ruptures » ou « cicatrisations ».
J’ai eu, en plus, la chance de lire ton texte avant d’achever le mien. J’ai alors réduit l’importance et le poids de qui concerne les multiples « ressentis » venant des différentes modalités de rupture, que tu as si poétiquement exploités, pour me concentrer sur la considération assez banale qu’il y a toujours des raisons (factuelles, historiques, sociales et, pourquoi pas ? politiques) à l’origine de chaque rupture.
En particulier, je me suis arrêté à deux mots « emblématiques » et inextricables de l’essence même la rupture : le premier est « transgression », le deuxième est « disparition ».
D’ailleurs, il y a quelques jours, dans un des volets de mon « portrait inconscient d’une table » (Le_progrès_ou_le_soleil_de_l’avenir_II, pit n.27 mardi 26 mars 2013), en m’adressant à ma correspondante Catherine, je disais : « peut-être, faudrait-il examiner la redoutable corrélation entre le mot « transformation » et le mot « disparition » et ajourner les paramètres de notre regard sur le passé… »
Évidemment, chère Anna, la transgression produit des transformations considérables… Au final, il n’y a jamais de disparition (de la personne aimée et/ou de nous-mêmes) sans transgression…
D’ailleurs, ma pulsion à écrire a un seul moteur, elle aussi : la transgression.
D’abord, la trahison est une brèche par où la vie jaillit généreusement. Ensuite, par la brèche de la transgression la vie entre et en sort.
Est-ce que je ne suis « en moi » que lorsque je suis « hors-de-moi » ?
J’appellerais alors transgression la « licence de vivre » que je m’accorde par cycles.
Cycles de travail acharnés voire désespérés, constellés de petites débâcles et primés enfin par une étrange capitulation de l’ennemi qui me laisse ses villes brûlées et ses femmes perturbés. Cycles d’escalades au-dessus de marches plus hautes que des montagnes, auxquels s’ensuivent des cycles d’un repos qui n’est jamais détente.
« Per intervalla insaniae », disait Saint Jérôme dans sa Chronique, à propos de Lucrèce : « Rendu fou par un philtre d’amour, il rédigea dans ses moments de lucidité quelques livres… »
Dans mon esprit, folie et lucidité, oubli et sagesse ne s’alternent pas toujours de façon cohérente comme pour le malchanceux immortel prénommé Lucrèce.
Dans les intervalles de ces campagnes de guerre — pour conduire mon identité à l’abri, pour sauver le sens plus profond et intime de ma destinée que je sens menacée — il suffit d’une pause de confort apparent pour que la transgression se déclenche.
Transgression de l’auteur ou transgression de son personnage ? Qui, entre les deux, se prépare, à travers la transgression, à son inévitable disparition ?
Pour mon personnage, il s’agit toujours d’une transgression amoureuse. D’ailleurs, il considère cette forme de transgression, objectivement redoutable et même violente, comme la moins blâmable parmi les autres transgressions du point de vue moral.
Donc, à chaque fois que cela lui arrive, mon Libero Alessandri (ou Baptiste Ozenfant/Gérard Antonelli/Alfredo Bonadies) se sent tout à fait autorisé à entamer sa énième course vers ELLE.
ELLE qui de but en blanc lui correspond, le soutient, le considère.
Même s’il n’est pas libre. Et souvent, elle aussi n’est ni sentimentalement ni pratiquement libre.
C’est quand même l’amour.
L’amour qui s’achemine bien pour aboutir mal.
L’amour impossible.
L’amour pur et vrai dans un ciel limpide, dans un climat doux.
Les larmes surgissent à chaque adieu.
Les spermatozoïdes giclent à chaque étreinte, au-dedans ou en dehors des pantalons.
C’est l’amour qui défie les difficultés, se réjouissant et s’émerveillant aussi de cette inédite capacité de mentir.
Sincère avec ELLE, Libero-Baptiste (ou Gérard-Alfredo) est menteur avec tout le reste du monde.
Cet amour impossible, obscurci par l’ombre de la transgression, est pourtant illuminé par les lueurs sur l’horizon d’une disparition aux contours vagues. On ne discerne pas si cette disparition se borne à la disparition de la personne aimée ou bien si elle entraîne aussi la disparition de notre personnage téméraire.
Pendant quelques temps l’amour résiste, se laissant forger comme un vase de boue.
Je deviens TOI, tu deviens MOI.
Jusqu’au moment où la transgression devient digression, ou agression, obsession.
Je ne peux pas me passer de TOI.
Je ne peux pas me libérer de TOI.
Alors, je change de travail, de ville, d’amis. Je travaille de plus en plus, je voyage de plus en plus.
J’essaie de me confondre avec moi-même.
À qui attribuer la faute ? On trouve toujours un bouc émissaire.
L’amour se transforme parce que TOI (ou MOI), on ne veut plus de la transgression.
Nous sommes fatigués de cette vie « on the road », sans abri, à regarder les lits dans les vitrines, à compter les sous pour nous payer une chambre sans fenêtre.
Car ce n’est pas du tout mesquin la vie dans une maisonnette au Canada.
Petit à petit tu me persuades.
« Ainsi, on ne peut plus traîner ».
On doit lâcher prise ou bien nous marier.
Quitte ou double, épouser ou quitter.
Quitter semble plus facile. Moins coûteux.

001 def

Chère AANN o NNAA,
Je m’adresse à toi avec l’embarras du choix entre ces deux noms ci-dessus, à cause de l’image que tu m’as envoyée, me renvoyant immédiatement à Janus*, le dieu des choix et des portes, des commencements et des fins, symbole évident du printemps de l’amour.
En dessous de cette image, tu m’as écrit : « la rupture me donne cette sensation d’être dissociée, d’un décalage flou entre soi et soi… ». Donc, toi aussi tu as pensé à Janus et, à travers cette première porte, tu as peut-être voulu évoquer la première rupture, celle qui boucle toujours le premier amour.
Une rupture toujours attendue et inéluctablement subie, lorsque notre premier MOI meurt et que nous touchons de près un chagrin tout à fait particulier. Là on ne souffre pas seulement parce qu’une personne qui nous était devenue familière disparaît du jour au lendemain, mais parce que nous aussi, ce que nous nous étions révélés d’être, disparait avec elle. En fait, on n’a pas dû se battre uniquement avec quelqu’un qui était hors de nous, un étranger ou étrangère prétendant nous diriger ou changer la vie. On a eu affaire avec un inconnu récalcitrant et hostile qui était en nous-mêmes.
D’ailleurs, on a dû  faire une lutte acharnée. D’un côté la volonté de vivre que la rêverie maternelle a introduit petit à petit, au jour le jour. De l’autre côté tout ce que l’esprit tranchant-et-distrait du père a pu enlever en un seul instant.
Si la rêverie constante d’une mère a la possibilité d’allumer la volonté, la stupidité éphémère d’un père peut aussi bien l’éteindre.
Sans compter les traumatismes venant du monde extérieur (notre copain/copine a lui/elle aussi des parents, des frères, des amis envieux)…
Si je me souviens de ma fiancée, idole incontestée du printemps de mes amours, si je ferme les yeux, je ressens des vagues venues de la mer emmêlant toujours l’ancienne joie avec la douleur. Je n’oublie rien :
« Personne n’entendait, personne ne commentait, personne. Il n’y avait que quatre murs blancs à regarder. Toi et moi, nous avions peur, une peur accablante d’être heureux. Le soir descendait avec nous dans la nuit, avec les lumières étincelantes du ciel, tandis que notre amour, lucide comme un caillou blanc, brillait tout seul, heureux, dans le noir. »
« On s’embrassait dans la lumière. L’amour nous faisait rire et pleurer, et le poursuivre en courant. Tu étais le soleil et la pluie. Le soleil brûlant dans le creux de la main, la pluie dans les yeux pleins de larmes. Toi, proche et lointaine, tu n’avais que des mots doux et magiques : « Ah, ces pas, empruntés au silence dans les glycines de nos cœurs ! »
« Il n’y avait que toi qui pouvais me prendre, ce que j’étais, pas ce que je semblais être. Je te devais un amour qui se précipitait et qui pourtant semblait merveilleux. »
« Aux pas du soir nous laissâmes le souvenir de nous-mêmes et, au-delà du clic-clac de nos talons, le silence. »
« Tu avais ta même voix, légère, de verre sur verre. Tu me parlais encore, au téléphone, quand je te voyais. Mais, tu ne m’aimais plus. Il me semblait toujours que tu le disais. J’avais perdu quelque part un mot, un vers sans rime : il y avait écrit GOUFFRE et sous-entendu MORT. Je l’avais perdu. Quelque part, tous les jours je retrouvais ton nom. »
« Tu passais, gauche et solennelle. J’oubliais tout et me souvenais de tout. »

002 def

Chère NAAN
J’entame l’été de l’amour (et de la vie) avec une exigence de symétrie. NAAN me rappelle aussi la berceuse d’antan, la « ninna naan-na » que ma mère et mes nombreuses vice-mères me fredonnaient. Est-ce que je me suis marié de façon très précoce, à 23 ans et demi, avec le seul but ou la seule necessité de trouver une nouvelle mère ? Qui sait. Il est sûr que j’ai rencontré plutôt une gosse, une âme sensible pas du tout adaptée à mon énergie grossière. En tout cas, l’image que tu me proposes pour célébrer les contradictions de la rupture familiale, cette tête en l’air — qui se passe peut-être de son corps en se débattant dans l’eau — est parfaite, merveilleuse.
« J’accède à une danse nouvelle, tu avais écrit dans ton commentaire, j’ignore encore ce que c’est un nouvel élément auquel je ne suis pas encore totalement adapté mais qui me va comme un gant…. »
Voilà que tu avais prévu mon choix. Tu savais en avance que j’aurais fait quelques allusions à la rupture matrimoniale, à ce deuxième MOI qui meurt. En plus de la rupture, du chagrin  lié à l’éloignement de l’autre (parfois plus redoutable qu’une disparition), dans la rupture d’une famille, entraînant souvent d’autres victimes en dehors des deux sujets concernés, il y a aussi le sentiment de l’échec et de l’égarement face à une nouvelle liberté aux dimensions tout à fait inattendues.
Cependant, ce deuxième MOI ne meurt pas totalement, définitivement. D’un côté, si auparavant il tendait corps et âme vers le progrès et la confiance en la raison (« tout obstacle peut être dépassé par le biais du partage des droits et des devoirs) et s’il est resté déçu et averti (« personne ne change, après les trente ans »), une petite voix survit en lui et son indomptable optimisme l’accompagnera dans son long voyage vers la cicatrisation.
Entre-temps, il faut avouer que dans sa course vers un inconnu, qui ne pourra plus se déguiser dans les vêtements de l’innocence, à chaque fois qu’il verra, sous les eaux à peine remuées d’une piscine, un corps flottant en totale indépendance de la tête, il songera à son ancienne épouse. Il l’imaginera silencieuse, tranquille, séparée mais toujours approchable. Car cet éloignement, cette disparition à courant alterné, prête en définitive le flanc à une transgression à courant alterné elle aussi…
S’installe alors une sorte d’ambivalence, sinon de souterraine ambiguïté. Quelle différence entre cette rupture « adulte » qui prépare les péripéties de l’adultère, et la rupture « adolescente » qui coupait en deux notre être sans compromettre l’intégrité de notre identité ! Pourtant la première rupture n’était pas une vraie mort : elle reproduisait le choc de notre naissance par une entrée effective dans la vie. Cette rupture matrimoniale, même encadrée apparemment dans les rituels du déjà vu d’une société entière divorçant de soi-même, entraîne au contraire une mort à petites gouttes, beaucoup plus redoutable, qui finit par hanter notre vie jusqu’à nos derniers jours.
Vues ces conséquences, je ne m’explique alors pas, ma chère NAAN comment a-t-il été possible que ce mariage ait eu lieu, s’il était voué dès sa naissance à la rupture. Pourquoi, par quel étrange et mystérieux penchant masochiste, j’aimais tellement la monotonie ?
« Monotonie, je te tiens par la main, tu es blonde et mince, tes seins sont des poings fermés, tes lèvres sont des villes brûlées, tes yeux sont des panoramas de carte postale, tu as des corps différents pour le même destin, des gueules distinctes pour le même lit envahi de chiffons et de débris. Tu as la voix de l’ambulance, la voix d’une télévision idiote, la voix d’enfants en prison, la voix muette du bourreau. »
« Monotonie, latente inquiétude d’hommes contraints à se faire du mal entre eux pour garder intacte la logique inexorable du pouvoir constitué. »
« Monotonie, tu vas me bâillonner, tu vas devenir un vêtement, un masque, un filtre séparant ce que je pense de ce que je fais. Jamais je ne veux te perdre, jamais, jamais, jamais… Tu étais la lumière sur le balcon, chaude comme une main dans une goutte. Triste, dans ton sourire, comme mon rêve convulsif.
Tu étais ce tragique colloque d’adieu dessiné sur une bouche souple, sculpté sur des cils écarquillés, filmé au ralenti dans les gestes inutiles des mains sur la balustrade. »
« Je t’embrassais, serrant dans l’étreinte de mes dents une femme nue qui se démenait et hurlait heureuse, répandant son cri sur mon corps. Il restait dans ma bouche la saveur du sang et les restes grisâtres de ce corps immobile et mouillé dans le son détendu du silence. »

003 def

Chère NANA,
Excuse-moi pour ce nom, qui pourrait évoquer un manque de respect, ce qui serait contraire et tout à fait étranger à notre amitié naissante. Mais, lorsqu’on s’approche de l’automne de l’amour (sinon de la vie), et que l’on rentre dans l’argument-clou de cette ébauche sur le thème de la rupture, je ne peux me passer d’envisager un personnage mystérieux et insaisissable comme la « dame au petit chien » ou Anna Karénine, ou la Lara du docteur Jivago ou aussi la pauvre Thérèse Desqueyroux, dépourvue, cette dernière, tout au long de son incontournable roman, de son amant invisible. D’ailleurs, on ne peut pas imaginer s’approcher de femmes comme elles, — protagonistes ou victimes, d’ailleurs, de formes d’amour assez violentes et destructrices  — sans imaginer un côté confidentiel, une arrière-boutique (ou boudoir) où les rapports se simplifient et l’on se tutoie jusqu’à l’intimité des sobriquets et des expressions abruptes, comme par exemple NANA, ma petite NANA, ma douce NANA, et cetera…
Chère NANA, j’ai lu avec attention tes suggestions sous cette photo. Cette buée, ce dessin de fines gouttelettes de vapeur qu’une petite bouche a créé avec sa méticuleuse haleine, évoquerait aussi bien les sensations physiques liées à l’évènement de la rupture que le sentiment libératoire de la transgression : « Un souffle qui rompt la glace », tu dis. Je partage cette observation et aussi le commentaire qui suit : « je me suis imaginée  dans un dernier temps  parler effectivement de la rupture qui est la fin. puis y réfléchissant et en analysant un peu plus profondément ce que je ressentais de la proposition de ce #vasescommunicants et de son thème, j’ai constaté que cela me semblait comme la rupture d’une forme d’ostracisme dans lequel je me sentais  geler. »
Quant à moi, cette image a le même pouvoir que la « madeleine » de Proust, que je cite par économie de temps, tellement ce pauvre petit four est devenu banal et répétitif dans les discours, à tous les niveaux désormais.
(Je vais relire Roland Barthes, peut-être, ou aussi d’autres analyses plus récentes sur le rapport entre les sensations et la mémoire, me concentrant sur le pouvoir d’évocation du présent lié aux chansons, aux poésies et naturellement aux images, en particulier à l’image d’une buée plus ou moins artistique…)
Combien de fois, suis-je resté comme ça, la bouche appuyée à la fenêtre de la cuisine, en regardant dehors, espérant de LA voir passer, même si c’était impossible ! Combien de fois ai-je décoré d’une buée souffrante mêlée de fumée de cigarette, les vitrines froides du bistrot où j’avais vécu avec ELLE des moments peut-être les plus importants et inoubliables que ces après-midi de passion et d’angoisse, de faim et de soif jamais assouvies ?
Mais, « cette » buée que tu m’envoies, me rappelle un vendredi. Peut-être, un vendredi quelconque, difficile à situer dans le calendrier rétrospectif de la mémoire. Ce fut quand ? C’était qui ? Elle ou elle ?
Vraiment, je ne sais pas. Ce souvenir était sculpté sur un billet assez chiffonné. Bien avant d’éclater, cet « esprit de la transgression » mûrissait déjà, en lui, le sentiment de la disparition. Une deuxième, ou troisième ou quatrième mort s’ajoutait. Mais, ce n’était pas elle qui mourait. Ou bien, en mourant, elle devenait éternelle, comme Garance pour Baptiste, Solidea, pour Libero et Julia Socoa, pour Gérard :
« Terrible rencontre, ce vendredi-là, hantée par de boueuses mémoires, de sirènes glissantes,  d’étreintes lâches, de douceurs impitoyables. »
« Terrifiant verbiage, consacré à toi, à moi-même. Énième révérence (souple et pourtant accablante) à une honteuse beauté qu’on ne peut pas toucher. »
« Territoire âpre, sauvage gymkhana parmi des verres, des parfums et ton sourire et rouge à lèvres effleurés par un geste en retrait. »
« Terreau sur mon corps précocement endolori. Dans tes soupirs niés, dans la censure de tes promesses, dans l’élan châtré de tes sourires, toi, prisonnière, moi, aviateur au départ. »
« Propriétaire de pagodes et de maisons de thé ombragées, ô douce sommelière d’âpres ciguës, je voudrais désespérément te louer, m’inclinant vers toi et non, au contraire, vers ce caporal-chef en caoutchouc. »
« Tu voudrais me conduire en arrière vers un ancien boulevard avili, délirant, oublieux, prolifique, réactif, taciturne, passé. Trépassé désormais. »
« Toi aussi tu passes quelques centimètres derrière moi, sur un pont aérien de barques d’une rive à l’autre, pensive. »

004 def

Chère ANNA,
J’arrive finalement à prononcer ton nom. Mais c’est peut-être trop tard. D’ailleurs tu ne pouvais pas trouver d’images plus efficaces et subtilement poétiques que celle-ci : un clocher coupé en deux et « dégonflé », signalant la rupture physique et l’égarement mental de l’hiver de l’amour. Toi-même, dans ton commentaire, tu t’accoudes au balcon et regardes, émerveillée, cette « chose » qui ne correspond plus ni à sa fonction ni à son image : « cette image me parle de cette sensation d’avoir « ses antennes coudées »… d’ondes interrompues qui ne saisissent plus le fil-flux de l’autre. Et d’être dans le déséquilibre, l’instable ».
Où est-il fini le « vieux clocher », solide repère de la « douce France » de Trenet ? Il n’a plus « l’âge de son image », comme la Baby Doll de Starmania et va aussi se ratatiner dans un aspect pathétique, invitant à détourner le regard, avant d’envisager, pour lui, la meilleure disparition possible.
Voilà. La rupture hivernale se déroule petit à petit. Les feuilles continuent de tomber jusqu’au dénuement total des branches, tandis que le corps sans défense disparaît au-dessous de strates de poil et de laine de plus en plus lourdes et désagréables.
On dit sagement dans les proverbes de tout le monde qu’en vieillissant on redevient enfant. Autant plus longue et sereine sera la vie, autant plus proche sera le « retour » dans le ventre de la mère, la naissance ne faisant qu’un avec la mort.
Moi, je préfère penser que cet âge ingrat me rapproche de la rue, des faibles, me faisant de plus en plus comprendre la détresse mais aussi les difficultés énormes qu’on rencontre lorsqu’on est en deçà du niveau minimal indispensable à la survie matérielle et psychologique.
Je ne veux pas t’emmerder, ANNA, avec de longs discours. Mais je vois qu’à l’égarement ou la schizophrénie de la perte, de la disparition d’une personne aimée et de soi-même, qui arrive toujours, inévitablement, s’ajoute de plus en plus souvent, pour la plupart des gens âgés, un sentiment d’abandon social et d’inutilité difficile à surmonter. Le sentiment aussi d’une dérive inéluctable vers l’exclusion, car le pas est bref entre la vision de l’homme « maladroit », « inepte » et par conséquent « inutile » et la stigmatisation sociale de l’homme « dangereux ».
Se déclenche alors une rupture de l’amour en général, c’est à dire le sentiment aigu de la coupure en deux d’un projet, d’un but, du sens même de la vie, brusquement interrompu.
On oublie vite les plaisirs de la transgression dont on ne voit, maintenant, que les côtés les plus inquiétants et redoutables. On commence à confondre les deux mots « but » et « bout » qui deviennent de plus en plus interchangeables.
Cela n’arrive pas pour tout le monde, heureusement. Mais une corrélation est évidente entre l’abandon lié à la disparition et l’abandon de la non-intégration ou de la perte du travail.
Il y a deux expressions sur lesquelles il faudrait bien réfléchir :
— « Homo faber suae quisque fortunae » (« chacun est l’artisan de sa propre fortune », selon Sallustre ;
— « Self made Man », « homme ayant acquis sa fortune ou son statut social, par son mérite personnel, en partant de rien ou avec peu de chose ».
Je vois là-dedans deux expressions phares d’une philosophie de la réussite qui se passe de la solidarité et du principe d’égalité.
C’est la lecture d’un très poignant roman de Valère Staraselski (« Un homme inutile », éditions du Cherche midi, 1998) qui m’a poussé à réfléchir sur le thème de l’abandon et m’offre maintenant la possibilité de conclure cette ultime lettre sur la « rupture ».
Ce livre se charge en fait de la tragédie humaine de tous ceux qui, du moins du vivant, résultent « perdants » vis-à-vis des paramètres et des outils de sélection d’un monde soi-disant moderne et progressif qui, au contraire, alimente une idée de société de plus en plus basée sur le succès et ses privilèges, où l’argent devient inévitablement l’unique repère et la seule divinité possible. Cela est particulièrement évident aujourd’hui, avec les informations en temps réel dont quiconque peut profiter dans n’importe quel endroit, même le plus reculé de la planète.
D’ailleurs, « l’abandon » — qui marque inexorablement les perdants, les réjetés, les exclus et tous ceux qui n’ont pas su « profiter » des chances offertes par un système où le succès est théoriquement possible pour tout le monde et pour chacun —, se lie strictement aux « contradictions » d’une logique de l’emploi et de l’intégration selon laquelle celui qui ne sait pas jouer ses cartes dans la société, ne pouvant être gagnant est automatiquement un perdant. Un homme ou une femme inutile.
Je crois qu’il n’y a personne qui ne désire être utile à la société dont il en attend la protection. Être utile aux autres est chose d’importance vitale pour chaque homme, autant que le désir de s’exprimer. Cela, plus ou moins conscient lorsque on est dans le plein des forces et des prérogatives physiques et mentales, personnelles et sociales, devient encore plus évident sinon dramatique quand on commence à perdre des forces et des prérogatives.
Tomber dans le chômage du jour au lendemain est comme perdre la souplesse dans le rapport amoureux.
Car le travail (et l’amour) ne sont pas seulement des moyens pour nous exprimer, pour affirmer — plus ou moins — nos penchants et habilités particulières. Ils sont surtout la condition indispensable pour notre intégration.
Cela surtout dans les sociétés où la solidarité risque de devenir optionnelle et minoritaire. Car, évidemment, dans la plupart des cas, le sentiment d’inutilité lié à la perte du travail ou d’autres prérogatives physiques et mentales, ne représente pas une faute personnelle, ne correspond pas à une révolte contre ce que la vie et le contexte social nous offre. Mais…
Brice Beaulieu, le protagoniste du livre, est un jeune français qui a priori possède toutes les cartes pour réussir, que peut-être la mentalité gagnante d’aujourd’hui accuserait d’un certain manque d’agressivité voire méchanceté et absence de scrupules, cet homme sur la trentaine qui pourrait être classé comme « l’homme sans qualités » de Robert Musil, cet homme « rêveur et fataliste » se trouve dans cette contradiction tout à fait typique de notre époque post-moderne de perdre le travail, de ne pas réussir à en trouver un autre, de « glisser dans la rue » — comme on dit ici à Paris — et de se sentir subjectivement inutile, avant de se précipiter dans une exclusion objective et, apparemment, sans retour.
Je termine cette longue lettre avec les mots poétiques de V. Staraselski. Comme beaucoup des gens « glissés dans la rue » ce Brice Beaulieu sans défense et tout à fait dépourvu, en réalité, d’agressivité ou de cynisme, reste enfin victime de l’incapacité collective de lui tendre une main. Dans une poche, un feuillet survit miraculeusement au bûcher qui restera peut-être impuni. Et le brigadier choqué essaie alors de le lire : « …je crois pouvoir témoigner de la qualité exceptionnelle de cet étudiant. Son intelligence rapide et brillante, mais exigeante et sans compromis pour atteindre les réalités les plus profondes, sa sensibilité littéraire toujours attentive aux singularités fortes des grandes œuvres, son énergie et sa régularité exemplaires… J’ajoute que les qualités humaines de M. Beaulieu sont au niveau de son intelligence : discrétion, mais sans difficulté relationnelle, et sens très sûr des responsabilités. J’estime, sans hésitation, qu’il saurait profiter au maximum… » (page 195)

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 7  avril 2013

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