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Le poète que je vous présente aujourd’hui, Jacques-François Dussottier fait partie lui aussi depuis longtemps de la Société des Poètes français. Tout en adhérant, comme Michel Bénard, au mouvement poétique des Intuitistes, il a déclaré à plusieurs reprises qu’il privilégie une poésie qu’il qualifierait de poésie de « l’instinct » : « …tous ces « éclairs », ces mots de « lumière » qui dans ma tête 
tournent sans cesse en une ronde souvent infernale,
 cette poésie de « l’instinct » où j’essaie de faire vivre l’émotion, 
le souffle, la tendresse
 et une certaine beauté des mots… »
Jacques-François Dussottier a bien sûr ressenti les suggestions de la poésie picturale et musicale qu’on peut retrouver dans les vers sensuels de Michel Benard ainsi que dans les lyriques dramatiques ou engagées de Vital Heurtebize. Cependant, dans ses vers je trouve quelque chose de particulier se détachant nettement d’une idée classique de la poésie. Comme le dit lui-même, J. F. Dussottier est un poète nomade, un poète halluciné, déraciné et rebelle. Même quand il chante la femme et l’amour, un sujet qu’il maîtrise sans artifice ni exagération, la douleur de l’existence jaillit immédiatement de ses vers comme une deuxième nature ayant une sensibilité à fleur de peau…
Je vous laisse découvrir librement les atouts particuliers de ce poète avec deux renseignements :
— Les trois premiers poèmes ont été extraits depuis le recueil titré « À fleur de peau » (publié en 2000), tandis que les autres vers font partie de la récolte poétique titrée « Ô femme ».
— Récemment, j’ai eu le plaisir d’assister au vernissage de Jacklin Bille (*), une amie sculptrice que j’avais plusieurs fois rencontrée à l’espace Mompezat des Poètes français. Ses sculptures denses et touchantes s’inspirent toujours au numéro deux. Donc, d’abord à l’amour et à l’art de la rencontre ; ensuite à la lutte incessante du bien contre le mal ; enfin à l’émerveillement ainsi qu’à la suggestion créatrice de la juxtaposition du noir et du blanc et aussi, bien sûr, du plein et du vide…
Je trouve qu’un duo formidable va se déclencher de façon tout à fait naturelle, rien qu’en créant les présupposés pour une rencontre entre les poésies (et les personnages) de Jacques-François Dussottier et les sculptures (et les personnages) de Jacklin Bille. Chacun décrit l’autre. Chacun accompagne l’autre. Cette fois-ci, pour une question de priorité du thème, ce sera Jacklin à accompagner Jacques-François. Une autre fois, qui sait ? on pourrait envisager une « jam-session » où les rôles seront renversés.

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Jacklin Bille, La lecture

Jacques-François Dussottier, poète nomade, poète halluciné « à fleur de peau »
(poésies commentées par les sculptures de Jacklin Bille)

Poète nomade
poète halluciné
dans cette douleur d’exister.
J’irai hurler à la nue
mon désir, ma révolte
avec l’énergie de mon désespoir.
Poète de l’instinct
de la déchirure
du cri
de la passion,
la poésie est mon errance
en des mots incandescents
essaims de poèmes en offrande
de tous ces lambeaux de moi-même.
Mes vers viennent de l’ailleurs
du monde des poètes et des fous.

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Jacklin Bille, Méditation

Nu dans mon innocence d’homme
Je m’égare au hasard de la langue,
Je vis de la vie des mots
Mots confidents de ma solitude,
Je suis la page blanche
Espace ouvert à perte de vide,
Maraudeur du langage
J’inscris au fil du feu, de la folie
Mes mots caravaniers, buissonniers,
Bonheur d’écrire, souffrance d’écrire
J’écris des matins de naufrage
Dans la rouille et l’amertume,
Des mots qui font trembler mes mains
Cris muets suspendus à l’encre des larmes,
Je suis en survivance
Je suis mon souvenir
La raison jusqu’à la déraison
Dans des silences perdus au bout de l’écriture.
Avec des mots venus d’ailleurs
Nomade du désir, de la tendresse,
L’amour est mon passé, ma mémoire.
Le poème que je tisse est un cri
Le goût de l’autre, ma passion rebelle,
Les raisons d’être fou dans la mémoire d’aimer.
J’existe aux mots de l’amour
Et la parole est femme au terme de mon poème.

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Jacklin Bille, Méditation

Pétales d’aube
Dans le sang du matin.
L’espace sans marge
A rompu ses amarres
Dans la mouvance de l’ombre.
Aux horizons d’errance
À l’extrême du souvenir
J’ai volé l’éphémère
Aux lilas du temps.
Habité de mélancolies
Je goûte des mots enfuis
Et murmure aux fissures de la nuit
Des écharpes de paroles
Au sablier des vents.

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Jacklin Bille, Méditation

Ô Femme
Tu es le point du jour
Toi mon rivage, mon embellie
Mon intime transhumance
Vers ton être déshabillé de lumière.

Tu es ma maîtresse
Depuis longtemps
Ô Poésie
Je te prends souvent
Mais tu me possèdes
Depuis la nuit des temps.

Le poème que je tisse est un cri
le goût de l’autre, ma passion rebelle,
les raisons d’être fou dans la mémoire d’aimer.
J’existe aux mots de l’amour
et la parole est Femme au terme de mon poème.

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Jacklin Bille, Réflexion

Au jardin du Luxembourg
Je reviendrai chercher mes souvenirs
Au lieu de mes premiers amours
Je viendrai me rajeunir.
Je la vois, je les revois
Ces biches au cou de porcelaine
Fraîches et naïves, oh ! Mes premiers émois
Votre peau avait odeur de marjolaine.
Assis sur un banc près des frondaisons
Je recherche vos visages et je ferme les yeux
Qu’êtes-vous devenues depuis tant de saisons
Vous mes écolières aux longs cheveux soyeux ?

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Jacklin Bille, Au creux de ta main

Je suis cet homme de sable
vêtu de cette transparence
éclaboussée d’étoiles.

je suis l’homme virginal
dans le chant de l’être
et j’écris l’éternité de nos chairs
perdu dans la clarté de tes yeux.

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Jacklin Bille, Plénitude

Ô toi ! Ma belle écolière
Dont j’ai perdu depuis longtemps la trace
Dans mes bras tu fus la première
Ton souvenir est toujours en moi, tenace.
Dans le passé de mon adolescence
Au premier matin du premier amour
Souvent à toi soudain je pense
Au fil du temps, au fil des jours.
Qu’est-tu devenue ?
Te souviens-tu de moi ?
Quand j’effleurais ta peau nue
Et tes sens aux abois.
Vers quelles amours as-tu vogué ?
Es-tu restée aussi jolie
Comme le premier brin de muguet ?
Toi, ma première folie !
Ô toi ! ma belle écolière
Dont je ne me souviens plus le prénom
Dans mes bras tu fus la première
De mon adolescence, le joli démon.

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Jacklin Bille, Regard vers l’avenir

J’ai erré dans ces chambres
Où l’amour était à la fête
Dans ces lits abandonnés
Où ne s’aime plus personne
Ces lieux fermés de nous
Où tout n’est plus qu’outil
Chambres vides de corps amoureux
Huis clos de nos cris éteints.

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Jacklin Bille, Attirance

J’écrirai de mes lèvres
Sur ta peau
Tous les mots
Avec amour, avec fièvre.

Aimer d’un trait de lumière
Pour donner asile à mes rêves.

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Jacklin Bille, La main égyptienne

Baisez moy mon amourette
Mille baisers sur votre bouche guillerette
Mes lèvres sur vos yeux
Où se mirent les cieux.
Sur vos lèvres décloses
Plane une odeur de roses
Baiser volé, douceur de votre bouche
Vos lèvres que tendrement je touche.

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Jacklin Bille, Femme recto verso

Insulaire de l’amour
Je dérobe ton souffle
À la moisson des sens.

Je suis une larme au bord de ta paupière
Qui perle comme une goutte de rosée
Je viens du fond de ton être et j’erre
Puis je glisse sur ta joue, égarée.

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Jacklin Bille, Illusion

Parfum éphémère
Parfum d’une nuit.
L’air frissonne
De mille effluves
Qui étourdissent ma narine
Et je sombre enivré
Aux floraison
Exhalées de ton corps.

Tu n’auras fait que passer dans mon cœur
Ma lèvre de tes baisers n’a pas perdu la trace
Et ton souvenir à mon être est encore tenace
Au désespoir de l’amour qui meurt.

L’éternité, c’est un caillou dans l’onde
Mais nul ne revient sur ses pas.

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Jacklin Bille, Accord

Tu es mon point de jour
Joyau serti de tant de larmes
Toi mon rivage, mon embellie
Ma citadelle conquise.

L’amour est ma religion
ton cœur mon église,
mon amour est un emportement aveugle vers la lumière,
tes yeux les vitraux d’une chapelle,
la passion est une exaltation de l’âme,
tes mains dans les miennes, une prière…

Clameur des mots
quand l’amour devient cicatrice,
je suis la soif
je suis la faim
nu jusqu’à l’innocence,
j’ai choisi l’indécence
pour sublimer l’audace d’aimer
dans cette violence de mon désir pour toi
Femme !

Jacques-François Dussottier

« Plus qu’un recueil de poésie amoureuse, un bréviaire d’amour… Avec une extrême discrétion qui rend plus forte encore la sensualité amoureuse de son chant, le Poète confie à la Femme ses sentiments les plus profonds, ses désirs les plus sourds. Il exalte avec beaucoup de pudeur cette part de lui-même qu’il ne saurait exprimer avec autant de force et de vigueur s’il devait la dévoiler au grand jour blafard de notre monde profane. Car ici, nous ne sommes plus dans l’existence quotidienne : Jacques-François Dussottier nous fait franchir la trame, ce voile fin qui nous sépare de la vraie vie et il nous entraîne sue les degrés de l’amour sublime, vers les Hauts-lieux où souffle l’Esprit, nous permettant d’entrevoir, ne fût-ce qu’un bref instant, cette Lumière où tout n’est que pur amour…
Vital Heurtebize, Lauréat de l’Académie Française

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Jacklin Bille, Jumeaux

(*) Jacklin Bille travaille principalement la pierre en taille directe, technique des sculptures des plus délicates et difficiles, ne laissant aucun droit à l’erreur : « Des heures de réflexion avant de frapper… j’en fais surgir des figures, des corps, surtout de femme, plutôt stylisés, mais en essayant de traduire les sentiments de joie, d’amour, de doute et de peine… C’est en taillant la pierre que l’on découvre l’esprit de la matière ; la main pense et unit la pensée à la matière… »

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 23 mars 2014

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