Marchez, mes braves soldats ! (Avant l’amour n. 27)

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Cette photo a été empruntée de « storify » de FloZ

Marchez, mes braves soldats !

J’ai rêvé d’un troupeau
se mêlant aux fantômes
d’un réveil forcé,
cauchemar obligé
du passé qui revient
à la case de départ,
héritier malchanceux
de milliers de signaux,
de sirènes en lambeaux
en essaims, en cohortes.

J’ai rêvé de la mort annoncée
que nos fautes ont semée
j’ai rêvé d’une foule analphabète
réveillée brutalement au demain de la fête
obligée de partir à la mort collective,
insensée, récidive
à cette gloire idiote
de mourir en héros
pour avoir fait brûler
— ô vulgaire ignorance ! —
d’inépuisables trésors
qui se sont envolés
par des fils de fumée
lors d’une seule journée.

J’ai rêvé d’un petit dictateur
fossoyeur d’idéaux
profiteur sans vergogne
de nos tristes jours d’ivrognes
et de bonheur ultime.
Je n’ai plus aucune chance
de fuir, aucune défense
devant l’homme minuscule
qui se hisse au balcon
pour y hurler
comme une bête
une lugubre chanson :

« Marchez, mes braves soldats !
Vous n’avez d’autre choix
qu’avancer devant moi
jusqu’au jour de la gloire
d’une belle mort sans combat. »

« Allons, la route nous attend : une piste
à peine frayée, tournant en rond
parmi les coquelicots et le grain blond
au milieu de la campagne vallonnée
de corps sanglants constellée. »

« Allons, la mort nous attend,
par un ciel sombre, sans étoiles
où disparaissent, en voiles,
les souvenirs meurtris
des visages chéris »

« Allons, la gloire nous attend,
nous serons les héros de nos temps ! »

« Marchez, mes braves soldats !
Marchez pelotons, troupeaux
armées épuisées et nauséabondes !
Regardez, devant vous
ce ruban de lumière
où se perdent des torches éphémères.
Regardez l’horizon !
Juste au bout de ces feux
le sourire affreux de la mort
descendra sans adieu
sur vos gueules de galère…»

« Marchez mes braves soldats ! »

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Luigi Serafini, Notturno napoleonico da Archiwatch de Giorgio Muratore

Giovanni Merloni

« Regardez ce navire blanc dans le ciel
où le regard de Dieu se dérobe !
Regardez la route de sang se rétrécit
avant de se dissoudre, sans effort
au point du jour aveuglant de la mort. »

G.M.

Merci à François Bonneau, qui a participé avec un esprit vraiment amical et solidaire au travail de révision de ce texte.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Allons, la route nous attend par un chemin étroit et long. Allons, la mort nous attend, par un ciel sombre de souvenirs effacés, de lieux et de visages chéris. Regardez ce fil de lumière : c’est le soleil qui nous conduira. Regardez ces feux sur l’horizon : c’est là que vous mourrez. Marchez confiants vers l’horizon qui brûle ! Regardez ce navire blanc dans le ciel où le regard de Dieu se dérobe. Regardez cette route de plus en plus étroite : elle va cogner contre la mort. Marchez, sans jamais retourner le regard !
(Ce serait votre fin car vous verriez tous ensemble les corps et vous paniqueriez.)
Marchez, les yeux fixés devant vous. N’ayez pas peur : la mort vous attend, Dieu vous attend ! Marchez, héros de ce temps, piétinez au pas de charge cet interminable sentier qu’on vous oblige de suivre !
(Résistez ! Tôt ou tard tout le monde va passer par là, votre général aussi).
Marchez pelotons, troupeaux armées épuisées et moribondes ! Marchez, c’est un dictateur qui veut cela, un dieu, de petits hommes, leur ambition diabolique, leur manque d’attention et prudence. Marchez, l’orgueil d’une nation le demande la lâcheté d’un seul mot le prétend ! Marchez mes braves soldats !

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Giovanni Merloni, 2003

Giovanni Merloni

Révélation divine ou Étrange élégie (Avant l’amour n. 26)

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Révélation divine ou Étrange élégie
I.
Je bâtirai un palais entièrement d’or,
dit Bonté.
J’y installerai mille chaises de taille identique
et mille personnes qui s’aimeront éperdument.

Chaque jour
une fête y sera donnée
en Mon honneur.

II.
Je creuserai une tanière dans les entrailles de la terre,
dit Méchanceté.
Dans ses tréfonds,
j’installerai une vierge et un eunuque.

Chez Moi,
il n’y aura que rochers à grignoter,
hommes et femmes n’auront pas le droit de s’aimer.

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III.
Je creuserai mille tanières,
dit Dieu,
par-delà les entrailles de la terre,
un ange et un diable les surveilleront.
Chacun devra battre sa coulpe
tout en vaquant parmi sourires et révérences
sans jamais ni savoir ni comprendre.

Et pour que tous se souviennent
du mal et du bien qu’ils M’ont fait,
j’enchaînerai fermement Bonté et Méchanceté.
Je ne dirai à quiconque où trouver
ni la méchanceté sans bonté,
ni la bonté sans méchanceté.

Chacun aura alors la révélation
du plein et du vide,
du commencement et de la fin.
Et ils cesseront enfin de Me chercher.

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Giovanni Merloni

Merci à Marie-Noëlle Bertrand pour sa contribution à une meilleure traduction du texte italien original, donnant ainsi un important soutien à mon travail de réécriture.

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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La ballade d’un pendu (Avant l’amour n. 25)

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La ballade d’un pendu

Je monte
sur les planches de l’échafaud
au-dessus d’une foule énorme
dont on ne voit que les narines
et le blanc des yeux.

Puisque rien ne va dans le bon sens
même si je suis accusé et condamné
pour GRAPHOMANIE,
je suis libre d’emporter,
pour dernière volonté,
quelques feuilles et un stylo.

Le juge instructeur,
un type laconique,
ne connaît d’autre mot
que Silence !
mais, qui sait combien de livres
écrits par lui
secrètement, dans la nuit
se dérobent impunément
dans son ventre en étui.

Gens honnêtes, les jurés
ont tout lu
de mes contes farfelus :
je les ai entendus
rire par vagues forcenées
pendant le mois interminable
qu’ils ont passé
ces galants hommes
dans la chambre verrouillée.

« Quant à la loi… »
avait-on hurlé au moment du verdict
tandis que les autres jurés
« Ah ! Ah ! Ah ! »
ricanaient.
Elle fut longue et pénible
leur méfiante traversée
parmi les graphismes
de ma poésie blessée,
tandis qu’on confiait
mon esprit triste et voyeur
au salaud fossoyeur
de modeste envergure.

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Le soleil est bien haut, maintenant.
Pour faire bref, je résume…
s’il me restait du temps,
je vous aurais conté
les propositions sinistres
du ministre
prétendant me condamner
à l’écriture sempiternelle
sur du papier toilette
juste avant qu’on le jette
dans la cuvette…

Je vous aurais relaté
cette haine sans honte
envers mes habitudes affreuses,
désinvoltes
et bien sûr dangereuses…
moi, être sociable
et même socialiste
équilibriste de renom
je deviens espion !
Et pourtant je retrouve,
ô merveille !
toutes réunies en cette veille
leurs sombres liaisons,
leur gueules vulgaires
(de fauteuil électrique)
que j’avais bien vu danser
devant moi
dans mon texte elliptique…

Je dois vous parler encore
du boycottage, de la corruption ! —
Mais… au secours !
On me ferme la bouche…
j’ai ENCORE UNE MAIN
pour écri…

Giovanni Merloni

(1) Un « tweet » de Noël Bernard à mon intention.

Merci à Noël Bernard, qui a partagé avec élégance et rigueur mon travail de révision de ce texte.

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Dans mon film de gueules sombres (Avant l’amour n. 24)

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Dans mon film de gueules sombres 

Dans mon film de gueules sombres
projetées dans le noir
les chrysanthèmes se fanent, vaincus
par les réverbères du soir,
tandis que tu observes
ton ombre muette frôler le mur,
tandis que plein d’espoir
je demeure à genoux
devant cette lumière,
ce reflet du couchant
ayant l’air de glisser
sur ton regard ardent
sur ces feuilles sincères
où s’endort sans appui
mon rêve évanoui.

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Dans mon cortège de gueules perdues
jaillissant en manège d’un pays disparu
ancestral, provincial,
à jamais résigné aux barrières
d’une Église douce-amère,
passent les bonnes femmes
deux à deux
devant le confessionnal,
croisement crucial
pour d’autres couples
solitaires
et d’autres existences
liminaires
coulant inexorables
avant de s’arrêter,
deux à deux,
dans l’espoir spasmodique
de se sauver
ailleurs.

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Sur ma passerelle de gueules dérangées
il fait nuit pour les sans-but
allant venant
le long des quais glacés,
tandis que le chapelain du couvent, égaré
croit effleurer
un sein mouillé,
une joue charnue :
la page du bréviaire,
tandis que l’hiver
paraît, disparaît
dans les yeux d’une mère
au nez empourpré
tandis que des foules
avancent, silencieuses
sous ses lèvres
et que ses oreilles
entendent retentir
la gêne sourde du monde.

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Sur mon écran noir
d’où les gueules chuchotantes
se sont évanouies,
la glace a envahi la fenêtre
et je cesse d’attendre
dans mon fauteuil croulant :
jamais plus ne reviendra
le moment attendu,
jamais plus tes yeux gris
ne franchiront le silence
bousculant mes ardeurs…

Tandis que…

Giovanni Merloni

Merci à Serge Marcel Roche, qui m’a encouragé et aidé avec profonde sensibilité et patience dans le travail de révision de ce texte.

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Notre histoire à nous tous (Avant l’amour n. 23)

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Notre histoire à nous tous

I
D’innombrables fois
j’ai écrit mon histoire,
ton histoire, notre histoire,
une histoire que tout le monde raconte,
une histoire qu’on raconte partout :
nos promenades en long et en large
près d’un fleuve,
notre étreinte dans une barque,
notre déclaration,
tes caresses, tes cheveux, tes yeux,
ton sourire, ton nez…
et, j’oubliais… ton cou, tes épaules :
« Tu es belle »
« Que je t’aime ! »
« Tu es ma vie même »
« Tu es ma mort même ».

Combien de cahiers
avais-je remplis
le soir de notre première histoire !
Parmi ces mots exagérés
enthousiastes, compulsifs
tu paraissais jeune,
amoureuse,
ravie, taquine, superbe,
imprévisible, hautaine
éloignée,
déjà prête à partir,
sur le palier du train,
déjà prête à mourir
sans moi…
Nous ne voyions même pas
la route
parce que le monde même
n’était que nous-mêmes.

II
Maintenant,
les cahiers ont changé de couleur
comme nos cheveux
notre peau
et l’intensité de nos yeux.

S’éloignant de son fleuve,
de son lit de mystères,
notre histoire au couchant,
oubliant ses chimères,
ses épreuves amères,
a raté tous les trains
a glissé dans la boue
d’une mort floue
d’un esprit tordu
d’un destin fichu.

Anéanti
par la force ressuscitée
de nos amours,
je suis un survivant
aux veines vieillies,
désormais indifférent
aux présages avilis
dans des lits de velours.

Le monde s’effondrant
dans une vague
d’amertume
et de questions inquisitrices,
je vais perdre, hélas ! la plume
et l’envie d’inscrire
dans une bague
les extraordinaires délices
de ton histoire,
de mon histoire,
de notre histoire…

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Giovanni Merloni

Merci à Françoise Gérard, qui a participé avec enthousiasme au travail de révision de ce texte.

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Une belle fille (Avant l’amour n. 22)

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Une belle fille

Une belle fille
ne devrait pas regarder
un vieux comme moi.

Si l’on exclut le monde
qui nous entoure,
notre femme qui ne nous plaît pas,
notre fils qui nous déplaît
notre fille qui se bécote
avec notre fils
(je dis « notre » pour dire :
ma fille qui se bécote
avec ton fils) ;
si l’on exclut la laideur
des grains de beauté
des plaies
des rides
il ne reste que l’éclat
de « ses » yeux jeunes
il ne reste que la joie
de « sa » silhouette
lumineuse…

Et pourtant
c’est justement à cela
qu’il faut se dérober
fuyant la vie
comme si c’était la mort.

Je ne veux pas voir
ni être vu,
j’aime bien traîner
d’une ombre à l’autre,
d’une flaque à l’autre,
en me réjouissant
de mon costume gris,
en me perdant
dans les coulisses sombres
d’histoires opaques.

Mais, si l’on exclut
tous les souvenirs
des espoirs,
des hontes,
des attentes,
des baisers
désinvoltes,
maladroits,
éphémères…
que me reste-t-il
de beau
sinon regarder
la silhouette et les yeux
d’une belle fille
désinvolte,
maladroite,
éphémère ?

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Giovanni Merloni

Merci à Brigitte Célérier, qui a participé très aimablement au travail de révision de ce texte.

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Des guitares sans cordes (Avant l’amour n. 21)

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Des guitares sans cordes 

Au printemps, de bonne heure
des guitares sans cordes
se parlent de la lune.
Près du comptoir du bar
les gens causent, savourant
le parfum des croissants
des jambes élancées
des promesses brisées.

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En été, vers midi
des guitares sans cordes
se passent de la lune.
À la terrasse du bar
les gens pleurent, avalant
les rumeurs de la rue
au milieu de robes foncées
et de contes de fées.

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Photo : Claudia Patuzzi

En automne, vers le soir
des guitares sans cordes
se moquent de la lune.
Derrière la vitre du bar
les gens s’effleurent, lorgnant
les reflets des passants
des dames pomponnées
et des tristes pensées.

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En hiver, dans le noir
des guitares sans cordes
s’en fichent de la lune.
Dans la salle du bar
les gens rient, poursuivant
la fumée du tabac
parmi de jolis décolletés
et de rêves embrouillés.

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Giovanni Merloni

Un grand merci à José Defrançois pour le partage amical lors de mon travail de réécriture de ce texte.

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TEXTE ORIGINAL de 1962 EN ITALIEN (Chitarre scordate / Al bar si ride e si piange)

Un soleil, un ciel rose (Avant l’amour, n. 20)

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Un soleil, un ciel rose (1962)

Deux pas
au milieu des gens
que personne n’entend
un chapeau
pointant en vain
au milieu d’une cohue
d’ombres et de bérets.

Un soleil un ciel rose.

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Une boutique
deux boutiques
trois boutiques
un supermarché
une rue
un maigre arbre inutile
deux pas parmi les gens
bousculant
pour traverser
la foule de têtes
coiffées de chapeaux et bérets.

Un soleil un ciel rose.

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Un boulevard, un pont
une rue transversale
une palissade un mur d’enceinte
un immeuble
une porte
une chambre
une faible lumière
un profil un souffle
deux pas sur le plancher qui craquent
un baiser hâtif
une plainte.

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Une détonation.

Un soleil un ciel rose.

Giovanni Merloni

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La vie n’a pas d’yeux (Avant l’amour n. 19)

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La vie n’a pas d’yeux

Ce que j’avais vu
de ce monde insaisissable,
ce que tu avais lu
de mes découvertes,
ce que j’avais moi-même lu
dans ce que tu avais vu
a déclenché entre nous
un sombre malentendu.

« Que sais-tu de la vie,
de l’amour, de la mort ? »
Tes paroles se sont envolées,
mes réponses sont restées
telles des armées féroces
enfermées depuis hier
dans un étui de fer.

Peut-être, m’étais-je donné
des airs d’importance
ou bien tu avais jugé
mon esprit déplacé.
Je ne saurai jamais
ce que vraiment tu penses,
sombré par la terreur
de ton indifférence,
car tu n’afficheras
la moindre stupeur
ni la moindre jouissance
en arrêtant ton pas
pour lire, sans prudence,
le décevant feuilleton
de notre désunion.

La vie n’a pas d’yeux
elle ne se promène pas
le long d’une balustrade.
La vie ne contemple pas
les paysages.

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Ce que j’ai vu
ne sera nulle part retenu,
au fond de mes yeux non plus.
Et pourtant j’écrirai
que ce ne fut pas en octobre
lors d’une triste soirée
mais plutôt en juillet
lors d’une grasse matinée,
qu’il n’y avait
ni plume ni cahier
dans les tréfonds de nos yeux
orphelins de toute envie
de toute clairvoyance démunis…

Giovanni Merloni

Merci à Claudine Sales, qui a participé avec un esprit tout à fait amical n’empêchant pas la sévérité et la rigueur là où cela était nécessaire au cours de la révision de ce texte.

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Une parenthèse « Rubens »

foto muratore 4.04.2015

Rome, photo de Giorgio Muratore, depuis Archiwatch

Une parenthèse « Rubens »

À la suite d’une invitation inattendue — un nouveau blog de Jacques-François Dussottier qui regroupera des artistes et des poètes italiens et français —, je suis revenu à mes poésies en langue italienne pour faire un choix.
Ce n’est pas la peine de vous exprimer mes états d’âme et d’esprit vis-à-vis de ces « corps abandonnés » ne faisant qu’un avec d’autres textes dans lesquels j’ai déversé autant d’espoirs et d’énergies au cours de « ma double vie » de dirigeant public et d’artiste. Je reviendrai un de ces jours sur le thème de mon déracinement, aussi définitif qu’indolore… pour expliquer ce qui peut représenter l’éloignement de la langue maternelle au point de vue psychologique et humain.
Pour ce qui concerne mes poésies, les relire en italien me fait l’effet d’une rencontre secrète. Comme si je rencontrais une dame très fascinante à l’insu de ma propre femme…
C’est probablement à cause de l’embarras d’une telle rapatriée — causant une émotion difficile à maîtriser — que j’ai choisi en première une poésie d’il y a… quarante ans !
C’est une poésie qui raconte un univers aussi précaire qu’intense et même volumineux. Un grand amour mêlé aux jeux inépuisables de la fantaisie. J’étais à Bologne, ce mois d’avril 1975… Elle avait accepté le sobriquet de « fée » et ne cessait de m’émerveiller par ses continus changements de « look ». Je n’oublierai jamais sa collection de sacs et ses coiffures toujours différentes. C’est pour cela que j’avais pensé à cette jolie madame ci-dessous, un peu transformiste, qui « assume » pourtant, sans fléchir, son naturel rôle de femme gâtée qui se laisse entourer d’attentions.
Voilà, j’ai d’abord relu et modifié l’ancien texte italien. Ensuite, j’ai retravaillé ainsi le texte français qui va substituer celui que j’avais publié une première fois en janvier 2013, il y a donc plus que deux ans. Cette poésie, ne rentrant évidemment pas dans la série des poésies « d’avant » l’amour, peut être alors considérée comme une parenthèse « Rubens ».

madame rubens 180 - copie

Giovanni Merloni