le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

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Archives de Tag: Zazie

Ni l’un ni l’autre (Zazie n. 19)

14 dimanche Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_seconda 180

Ni l’un ni l’autre

Je les abandonne,
ces obtus séducteurs.
Je n’en veux plus d’eux,
de leurs fausses paroles.

Je ne veux pas choisir
ou alors subir

ni le nord ni le sud
ni la mer ni la montagne
ni le point du jour ni le couchant
ni l’occident ni l’orient
ni l’idéologie ni la religion
ni le Ying ni le Yang
ni le 33 tours ni l’i-nuage
(et, quant aux images)
ni l’argentique ni la numérique
ni le livre ni l’écran
ni Pangloss ni Candide
ni Pygmalion ni Papageno
ni le jardinier ni le courtisan
ni le mari ni l’amant.

Ils sont tous déguisés, ils ont tous inversé leurs rôles respectifs.

Je n’en veux plus,
ni de l’un ni de l’autre.

002_prima 180

003_terza 180

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

Le monstre (Zazie n. 18)

11 jeudi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_le monstre bis part 2 180

Le monstre

Je me le demande
(prudemment).
Combien de fois
(par distraction ou
réaction instinctive ;
par présomption ou impatience ;
par hâte de m’en sortir
ou par manque d’intelligence)
ai-je blessé quelqu’un à mort ?

Combien de fois ai-je tué quelqu’une
le temps d’une vie ?

Oui, il m’arrive souvent de demeurer silencieux,
indifférent,
ignorant,
absent
vis-à-vis
d’une confiance soudaine
d’un dévoilement exquis
d’un dénouement intime
que je recevais en cadeau
ou peut-être en échange
de mes mérites
inconnus
de mes titres
exagérés
de mon apparence
assurée.

Combien de fois
me suis-je retourné
brusquement
sans rien dire ?
Et pourtant j’ai trahi
mon mépris jalousé,
mon envie déplacée,
ma gêne installée
jusqu’au bout
de mes jours inutiles
de mes actions stériles,
jusqu’au bout
de mon trou
sombre et vide.

002_le monstre bis part 4 180

Je ne sais même pas
ce qu’il avait accroché
au mur,
cet artiste courroucé.

Qu’avait-elle relié,
sous la couverture dorée,
cette poète exaltée ?

Non, je passe à côté
des bouquins
des ébauches
des exploits merveilleux,
je ferme mes yeux
tout en interdisant
à mes oreilles
d’accorder quelques instants
au bouche-à-oreille,
aux sirènes d’un chant
tout à fait inattendu
juste au coin de la rue.

Je m’indigne même, hurlant
qu’il y a d’autres choses à faire,
par exemple s’occuper
de nos saintes santés,
car le corps n’en veut pas
de ces fatigues tortueuses,
de ces nuits oisives,
de ces morts
délicieuses.

003_le monstre bis part 3

Et pourtant
je devine vaguement
que ces corps dérangés
bouleversés, souffrants
malgré leur talent et génie
ils avaient juste l’envie
de me faire partager
dans un geste
dans un vers
dans un fin gribouillis
ce que leur révéla
lors d’un jour de folie
la comédie tragique
de la vie.

Ou plutôt,
carrément,
ils subissaient la peine
du seul désir ardent
de partager un jour,
un tout petit instant
de leurs veines
pulsantes.

Rarement,
j’ai commis consciemment,
délibérément
ce délit d’omission,
cette injustice sommaire,
ce manque extraordinaire
d’attention.

Presque jamais
je ne me suis installé
sur la tour élevée
(notamment en ivoire)
pour juger du métier
ou plutôt de l’herbier
aux essences précieuses
d’un autre.

Et pourtant, il suffit
d’un seul jour de bordel,
d’un seul souffle cruel
pour éteindre la flamme
d’une âme.

004_le monstre bis part 1 180

Car je sais bien
par quels labyrinthes sans issue
va se perdre mon esprit

si seulement
Odile coupe le fil
de sa bienveillance
(à cause peut-être
de mon insistance
à vanter mon mal-être)

si seulement
ma voisine Jasmine
qui jamais ne s’envenime
(du moins, pour mes rimes)
fait tomber le rideau
sur mon geste téméraire
sur mon texte liminaire
sur mon envie pendulaire
de sortir du troupeau

si seulement
Adèle me révèle
franchement
sa contrariété
pour ma naïveté
dépassant toute mesure,
pour ma désinvolture
sans clarté.

005_le monstre bis 180

Je me le demande
(bruyamment).
Combien de fois
(par distraction
ou réaction instinctive ;
par présomption
ou impatience ;
par hâte de m’en sortir
ou manque d’intelligence)
me suis-je empêché
les plaisirs de la vie conviviale,
le goût de l’échange
et de la découverte,

de la peur mesquine
que quelqu’un s’empare
de mes champs cultivés
de mes rives mouillées
de mon corps souple ?

Vais-je devenir un « monstre »
moi aussi ?

Giovanni Merloni

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Cette petite joie fuyante (Zazie n. 17)

04 jeudi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_palloccosa def 180

Giovanni Merloni, La poupée, décembre 2014

Cette petite joie fuyante

Je m’évertue
(puisqu’il n’y a pas d’issue)
à capturer les souvenirs du monde
de ce monde inconnu
dont je peux juste attraper des rayons invisibles
de klaxons inaudibles
hors du mur d’une prison
horrible.

J’aime bien amalgamer
ces images disproportionnées
de personnes saines ou malades
ou mortes
au-delà de ma porte.
C’est bien sûr mon pari,
c’est la fresque d’une vie
qui pourtant s’évanouit
au milieu de mon lit.

Il me faut pour cela
une fatigue immense.
Juste un mot chaque jour
du calendrier
juste une tache sur ce mur
meurtrier.

J’aime bien imaginer
(quand je me raccourcis)
de minuscules abris,
de cabanes sans-souci,
de soupentes secrètes
(interdites aux geôliers),
au milieu de ce bruit
que fait l’olivier
emporté par la nuit.

J’aime enfin me leurrer
à l’idée d’une fenêtre
d’où la lumière pénètre
juste une fois,
au couchant d’une journée.
Avant de m’endormir,
j’observerais peut-être
au-delà de la nuit barrée,
un manège de gens
se dévisageant, se hurlant
réciproquement,
au milieu d’un vacarme accablant, retentissant.

Ce ne sera qu’une fois
qu’une semblable merveille
se produira,
par enchantement.
Ce sera d’un dimanche, l’on verra ma chemise blanche,
ma cravate de vent
mon élégant costume
gris. Mon histoire
ressuscitera, sans amertume,
allègre, en sautillant.
Oui, l’histoire d’avant,
elle revivra sans pudeur
comme une ombre étrangère
et pourtant légère
constellée du bonheur
que je brûlais naguère
avant que j’entre, rêveur,
dans ce cachot
horrible.

Ça ne durera qu’un coup
de toux, le temps
d’un crachement
contre ce mur qui ment :
juste les derniers gestes
d’une folie et d’un drame
qui avaient ravi mon âme.

Il suffira d’un soubresaut
de cet arbre lointain
que je grimpais en vain,
juste le temps d’une rafraîchie,
d’une tempête de vie.
Soudain, ta bouche amoureuse
me dira : « je te comprends,
ce n’est pas à toi
la faute de tout ça. »

Quand on est désormais
bien au-delà d’une renonciation
et qu’on est en prison,
j’ai, tu vois, tout le temps
pour comprendre
ce qui était bien facile
à comprendre : voilà,
je ne me suis pas précipité
tout de suite
à ta poursuite ;
voilà, je n’ai pas lutté
contre la violence du monde.

Pourquoi ne t’ai-je pas volée
(négligeant mes scrupules) ?
Pourquoi n’ai-je pas attrapé
(mettant de côté
mes sentiments de culpabilité)
cette petite joie fuyante
s’éloignant doucement
au-delà de ce mur
horrible ?

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Tu es près de moi (Zazie n. 16)

02 mardi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

Mes chers lecteurs,
Je monte, aujourd’hui, à califourchon d’une nouvelle chimère. Est-il possible de raconter le présent ? Est-il correct de le faire, quand on sait bien qu’il n’y a rien de plus mensonger que le présent ? Oui, les questions sont nombreuses. Et pourtant, je me suis dit que ma vie tant bien que mal conduite ou subie m’autorise à le faire.
Je suis libre. Libre de vivre et de revivre, tantôt en vers tantôt en prose.
Au nom de ce « présent » toujours inconnu — que j’aime pourtant comme une belle femme en retrait se promenant dans une allée discrète —, j’entame aujourd’hui une nouvelle aventure avec vous !

001_enigmistica 180

Giovanni Merloni, À présent, décembre 2014

Tu es près de moi

Un son de téléphone,
puis, des mots bien prévus :
mes sorties audacieuses
en rase campagne
tes silences courus.

Si j’insiste, accablant,
par mes vaines tentatives
à te prendre au filet,
tu te tais, maladive.

Si c’est toi qui me parles
ou plutôt tu m’évalues
encombrant,
je désire m’effondrer
comme un vieil éléphant
accablé.

Et pourtant tu es près de moi.

Je n’oublie pas ta bouche
engloutie dans le fil,
ni ta voix cadencée :
« Parle alors ! Je t’écoute »
« Non, pas de toi… ni de moi ! »
« Ça suffit, je n’ai plus envie
de parler ».

Tu es près de moi
une grande ou petite
île flamboyante
flottante, légère
dans mes baisers
que tu juges modestes
dans mes gestes
sans métier.

Je le sais,
si tu partais triste,
sombre, désemparée,
tu rentrerais riante
dans cette piste.

Même si tu t’éloignes de moi
tu es près de moi.

Regarde, il n’y a
même plus une miette
d’orgueil, ici-bas. Au lieu
de te tuer dans mon cœur,
au lieu de te tromper,
je te poursuis.

Regarde, tu es ici, sculptée
au milieu de mon front,
à l’unique endroit
où la lumière arrive.

Tu es près de moi.

002_ceramica nb paolo 180

Paolo Merloni, Le chômeur, céramique, 1998

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Mon « demain » incertain (Zazie n. 15)

17 dimanche Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

image

Mon « demain » incertain

Je n’ai que « demain »
pour tout faire, pour tout
vivre, une dernière fois
avant de partir,
avant de mourir.

Je n’ai que « des mains »,
pourtant chaleureuses.
La gauche, pour réchauffer
ma gorge,
la droite, pour essayer
de calmer mon
estomac.

Je n’ai que « deux domaines »,
ils ne sont jamais vides
ils ne sont jamais pleins.

Je n’ai que « deux dômes »,
l’un à Paris l’autre
a Rome.

Je n’ai que « demain »
pour me caler « de-dans »
ces « deux dômes »
dominants.

Je n’ai que « deux mains »
qui pourtant se « dé-mènent »
dans mes « deux domaines »
ni sombres
ni sereins.

Du jour au lendemain
je n’ai qu’à « dé-manteler »
tous mes « dômes »
tous mes « domaines »
en serrant dans mes « deux mains »
mon « demain »
incertain.

Giovanni Merloni

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Le dormeur de la rue (Zazie n. 14)

14 jeudi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_dormeur de la rue 180

Le dormeur de la rue

Dans un coin boueux
de l’hiver
dans une bande effacée
de l’été
essayant se dérober
aux plus graves disgrâces
un frère humain

(à même la terre
à même la pierre
à même les égouts
à même les eaux
à même les urines),

vautré dans un papier d’or,
il dort.

Giovanni Merloni

Ce texte est strictement lié, pour son inspiration, à l’article Des hommes inutiles (débris de l’été 2014 n. 10)

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog.

Un regard ambitieux au-delà, 2014 (Zazie n. 13)

04 lundi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_un regard ambitieux a 180

Giovanni Merloni, « Je suis comme je suis », août 2014

Un regard ambitieux au-delà

I
Un regard ambitieux
renvoyé d’une vitrine,
où se reflète, capricieux
mon chapeau.

Une longue promenade
ou sinon une balade
nous amène, sans gêne
dans le cœur de la ville.

Et pourtant le trottoir
n’arrête pas d’afficher
les gueules du quartier,
les gens sans métier
sans art ni part.

Et pourtant
tout le monde
passe à côté
des désespérés.

Et pourtant le métro
n’arrête pas de crisser,
de vomir de foules effarées,
d’engloutir des hommes
tant bien que mal
habillés,
d’exhiber des femmes
tant bien que mal
réveillées.

Et pourtant on avance
s’accrochant à la chance
aux petites diversités
aux énormes différences :
on accepte, finalement
la bagarre quotidienne.

Oui, ce cœur immense
qui n’arrête pas de pulser,
c’est la ville, en elle-même,
l’invisible gardienne
de notre vie
intense.

II
Que dois-je faire
pour que tu deviennes
ma ville à moi,
mon court ou long
large ou étroit
trottoir
pour arriver au-delà ?

Comment pourrais-je
te rassurer, afin que tu sois
vraiment convaincue
de m’offrir une chaise,
de m’écouter, même
distraite, tout en rangeant
tes affaires ?

Combien de blessures,
combien d’hospitalisations,
combien de taches,
de la peau ou de l’âme,
dois-je ressusciter
pour que tu acceptes
ce corps retardataire
échappé de justesse
à une fâcheuse défaite,
ce cerveau sautillant
qui ne saurait plus,
désormais,
où qu’il ait refoulé
ses encombrants trophées ?

Que dois-je exhiber,
fouillant dans le passé
de mes fautes ou vertus
privées, pour que tu invites
(dans tes salles aux lustres
dans tes jardins pétillants)
ce naufragé de la terre
ferme ?

Quels accents, quels tics, quels
gestes, quelles pensées,
quels rêves inavoués
puis-je garder
pour que tu acceptes
de m’adresser la parole,
quitte à marcher
sur le trottoir d’en face
au-delà de la rue ?

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Amour amer d’Ulysse, 2014 (Zazie n. 12)

24 mardi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_siena duomo 180

Siena, 1966

Amour amer d’Ulysse

Amour amer, ne me quitte pas !
Bruit sourd de la solitude,
arrête d’écraser mon esprit.
Cœur étranglé par le souvenir
de ses jambes en feu,
ne te flétris pas.

002_siena campo 180

Siena, 1966

Amour douloureux, refuse-toi
à la poursuite impossible
de la réminiscence de nos corps
lancés dans d’étreintes vaines,
perdus dans de baisers disparus.

Amour en forme de fleur
offerte en cadeau
par des nouveaux soupirants,
console la femme qui reste seule.
Mais je t’en prie,
arrête de parfumer son corps
engourdi, t’enchevêtrant
aux feuilles d’or du collier
qui flotte sur son sein.

Ô rose
de la couleur du coquelicot
cesse de te faufiler
parmi les dentelles brodées
au-dessous de sa robe.

003_siena campo 180

Siena, 1966

Jupe ouverte jadis
à mon corps tyrannique,
ne t’éclipse pas !
N’aime pas d’autres maris.

Amour que je garde pourtant
verrouillé dans mon cœur,
ne t’avilis pas, ne me trahis pas.

Amour violent, n’oublie pas
cette main que tu as caressée
ni cette bouche que tu as respirée
ou cet oiseau qui t’a appris
à voler.

004_san biagio 180

San Biagio à Montepulciano, 1966

Amour égaré dans ta douleur sauvage,
attends que je revienne
de mon pèlerinage,
accueille enfin mon retour
par un geste d’amour.

On peut souffrir même plus que mourir
quand on part vers des terres lointaines
et qu’on ne sait pas comment
en revenir.

Amour, amour, pourvu que ce soit
amour, il est doux, et digne aussi,
trouver la force d’attendre.

Giovanni Merloni

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Joli monde, 2014 (Zazie n. 11)

21 lundi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

 001_joli monde001 180

Joli monde

Joli monde
frôlé par les voyageurs
englouti par les nuages
malmené par l’eau et le soleil.

Joli monde
incompréhensible cocagne de jouets
incorrigible tanière d’injustices
des fois trop
des fois rien de rien.

Joli monde
unique et robuste
jamais avare
de surprises rares
lit de Procuste
fil barbelé
terrain miné
mais aussi pré
où le soldat a aimé.

Joli monde
unique au monde
qu’on a peint sur un fond
coloré et fécond.

Joli monde
tu n’arrêtes pas une seconde
ta dérive vagabonde ;
oui, tu réfléchis, par bonds
mais parfois tu surabondes
avec ton puits sans fond.

Joli monde
blond ou noir, immonde
(on est sûr qu’il est bien rond ?)
joli monde hypocondre
je veux bien lui correspondre
où sinon je m’effondre.

Joli monde
depuis les bouches d’égout
sales, ressuscitent des cohues de morts
en file indienne
la main dans la main
comme des figurines d’étain
ne faisant qu’un avec les souris
les chats et d’autres errants.

002_joli monde002 180

Jolie terre
Angleterre, Daguerre, Abbé-Pierre
terre de pommes de terre
moins de paix que de guerre
jolie terre qui lance des pierres
où mon cœur se resserre
où mon envie se désaltère.

Joli monde de terre
si je dépasse la fin des terres
une peur bleue m’atterre.

Jolie eau
je suis un poisson hors de l’eau
un évier qui coule de l’eau.

Jolie eau de ruisseau
à mon corps blanc-manteau,
joli abri sans rideaux
juste en face des châteaux
du bon vin de Bordeaux.

Joli monde d’eau,
sur mon cœur d’arbrisseau
coule un destin en lambeaux.

Joli feu
incendie doux, faible jeu
feu roque qui dure peu
joli feu devenu chef du lieu
où brûle mon petit aveu
où meurt notre adieu.

Joli monde en feu
tous les jeux durent assez peu
et mon lit brûle dans l’enjeu.

Joli air
Molière, Voltaire, Baudelaire
l’air est beau lorsqu’il fait clair.

Joli air sommaire
où je meurs du mal contraire
oubliant l’abécédaire.

Joli monde d’air :
de plus en plus balnéaire
notre vie devient moins claire.

Jolie lumière
perle rare et liminaire
épouvantail et mystère
jolie lumière qui t’a séduite
même si tu me dis « ensuite »
je ne cesse ma poursuite.

Joli monde de lumière
ces deux corps en contre-jour
ne sont pas de la poussière.

Joli silence
ambivalence de l’opulence
nonchalance de le violence
des bourdonnements en notre absence
gâchent la coexistence.

Joli silence où la fumée s’élance
dans mes bras tu es Prudence
dans ses bras tu es Présence.

Joli monde de silence
viole violons violence
où finira mon proverbial bon sens ?

003_joli monde003 180

Joli monde
de terre et de lumière
d’eau et de feu
d’air et silence.

Joli monde
sans air, en contre-jour
sous l’eau, en silence
tu perds la patience.

Joli monde de ciel et terre
tout le monde tombe à terre.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Pour nous dire encore adieu (Zazie n. 10)

10 jeudi Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_dopo l'addio001 grigio 180

Pour nous dire encore adieu

I
Tout en nous désintégrant
dans les méandres de l’absence,
nous restons agrippés pourtant
tous les deux — quelle indécence ! —
à la vie.

À quelle vie ?

Je t’avais perdue mille fois,
mille fois je t’avais trouvée,
raide dans la pénombre,
et bien pelotonnée
dans une grimace sombre.

Mille fois je t’avais conquise
par des paroles impromptues
justes ou déplacées, exquises.

Tandis que toi, en un seul jour,
en un seul moment
essayant de le faire distraitement,
sans malaise ni sanglot
tu m’as quitté par deux justes mots.

002_moufle 180

II
« La vie continue », dit-on.
La vie ne cesse de tourner
(autour d’un aiguillon
telle une vis d’horloger) ;
la vie jamais n’arrête
de creuser d’ulcères
tout en multipliant
nos estomacs, nos œsophages,
en plus de nos viscères.

003_douches 180

III
Ô nouvelles solitudes
dans le vide voltigeant
de nos pas endoloris !

Il nous reste à découvrir
de plus en plus encombrant
le chagrin sans quiétude
de mille nuits, tombant
sur nos tristes yeux noircis.

Nous allons rencontrer
le désespoir noyé
dans cette pluie jaunie
qui fait son doux métier
sur nos bras engourdis.

004_boulangerie 180

IV
Désormais, cette vie journalière
ne nous appartient plus.
Elle se promène, à présent, étrangère
au-delà de la vitre
et c’est une vie printanière
empruntée
sans aucune apparence de souci
par milliers de silhouettes anonymes
ou de gueules en manque d’abri.

Si d’ailleurs une souffrance se cache
dans des puits insondables
dans des gouffres invisibles
les abîmes des autres
qu’ils soient même terribles
ne pourront ressembler
au chagrin quotidien
de mon manque de toi
de ta séparation de moi.

Jusqu’à quand — ô allégresse ! —
la vie même vient nous voir,
amenant des caresses
dans nos derniers couloirs,
où les gens nous câlinent :
il n’y a pas de sentinelles
pour cette étrangeté rebelle
de nos mots qui dessinent
de gribouillis de vie.

Après l’adieu des corps,
c’est ici que nos âmes
se sont retrouvées impatiemment
pour se dire encore
au jour le jour
adieu

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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