le portrait inconscient

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Archives de Tag: Zazie

Vivre avec une sourde amertume (Zazie n. 21)

18 jeudi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_brouillard domestique 180

Vivre avec une sourde amertume

Vivre avec une sourde amertume
qui voudrait s’emparer
de notre âme joyeuse.

Vivre avec les sombres déceptions
d’amitiés glissantes.

Vivre avec les brimades
de gens qui voudraient
nous culpabiliser
pour la force effrontée
de notre franchise.

Vivre avec cette minorité
d’éternels apprentis
de nouvelles langues
de nouvelles pistes
et croisements
et décisions
dont des remords ou des regrets
se déclencheront
inéluctablement.

Vivre avec un corps sain
obligé de se battre
contre de trucs invisibles
nous rappelant
les cloches du temps
le besoin soudain
d’une femme qui nous secoure
dans la rue
d’un homme qui nous enlève
de la boue.

Vivre avec les petites découvertes
de plaisirs compliqués
luxueux ou luxurieux
qui nous semblent audaces
ou ridicules
ou égoïstes
ou prétentieux.

Vivre avec un âge
de moins en moins sage.

Vivre avec des sentiments
de culpabilité
se déguisant en superstitions
en excès de sensibilité.

Vivre au milieu des autres
tout en subissant
leurs caresses inquiètes,
leurs emportements incertains,
leur silence brutal.

Et pourtant,
je n’ai pas tué,
je n’ai pas volé (1),
et si j’ai essayé
de courir la chance
je ne voulais pas,
sachez-le,
que chaque jour soit dimanche.

Giovanni Merloni

002_boulangerie 2 180

P.-S.
Vivre avec mes livres
ma petite bibliothèque
à côté du lit,
cela me soulage
ce papier qui résiste,
qui ne change pas d’avis,
ces images fabriquées
par des vers immortels.

Dorénavant,
je marcherai prudemment,
l’œil bon fermé,
l’œil mauvais ouvert,
tout en déversant
dans mon vase ambulant
les gestes d’orgueil et de joie
de mes Maîtres.

G.M.

003_boulangerie 1 180

(1) Les mots en Italic, ont été empruntés au texte de la chanson « Le galerien » de Maurice Druon et Léo Poli (1950), que j’ai connue par la voix d’Yves Montand.

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

Monologue d’une Liberté menacée (Zazie n. 20)

16 mardi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

Mes chers lecteurs, je vous propose une nouvelle « mise en scène », montée aujourd’hui en fonction du tableau ci-dessous.
J’ai pensé, sans trop réfléchir à la cohérence avec le tableau, à la Liberté républicaine. Il s’agit, dans mon esprit, d’une liberté un peu abîmée, ici et là menacée, qui heureusement tient debout dans notre France aimée, grâce à des institutions solides mais aussi à la circulation des informations et des idées. Paris est l’un des rares endroits au monde où la Culture n’est pas qu’un mot.
Mais la liberté est brutalement attaquée ailleurs, en plusieurs parties de ce monde « globalisé ». Aucune nation n’est sans risque de voir touchées ses libertés.
C’est dans cet esprit que j’ai voulu donner la parole à cette femme « piégée » du tableau. Une femme fière et rebelle; qui s’appelle Liberté. Elle pourrait aussi bien s’appeler Carmen, Violetta, Rosa Luxembourg ou aussi Zazie…

001_liberté en fuite 180

Giovanni Merloni, Liberté menacée, décembre 2014

Monologue d’une Liberté menacée

Tout semble faux
dès qu’on a jeté
la Fraternité
et l’Égalité
(mes deux sœurs jumelles)
à la poubelle.

Déçue, meurtrie,
dix fois séduite,
dix fois abandonnée,
dix fois déshabillée
de mon Nom
(Liberté),
j’essaie de me dérober
aux mélanges des genres
aux mascarades sans joie
à l’hypocrisie du pouvoir.

Au fur et à mesure
que je deviens méfiante,
de moins en moins
j’arrive à me débrouiller
pour imposer, de mon autorité,
ce qui rendrait la force
à mes héros.

Chassée, je ne fais que bondir
comme un ressort fou
dans ce monde déserté
qui a tout oublié
qui ne sauve même pas son cou
tout en acceptant
(les jeux bien fermés,
les oreilles bien bouchées)
ce cloisonnement policier
des humains.

Eh ! Comment ?
Nous, des humains à la nature sociable,
ayant besoin de l’amour
de la liberté
de l’égalité
de la fraternité,
nous nous consignons
les mains et les pieds
déjà liés
aux messieurs sans scrupules
qui voudraient tout abattre…
sans combattre ?

002_liberté en fuite part 180

Giovanni Merloni, Liberté menacée, part. décembre 2014

Toujours à la recherche,
tel un arbre desséché,
de mes branches coupées,
sachez que je refuserai
à jamais, sans hésiter,
toute voie de fiction et de marais,
que je résisterai
jusqu’à recouvrir mes rimes
du sang coulé
et des larmes
qui ont été versées
pour me faire exister
(avec mon nom : Liberté).

En attendant, bien éveillée,
que termine enfin sa course
mon cauchemar affreux,
je saurai garder tout entier
au creux de mon corsage
l’esprit résolu et sage
d’une grande société.

Giovanni Merloni

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Ni l’un ni l’autre (Zazie n. 19)

14 dimanche Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_seconda 180

Ni l’un ni l’autre

Je les abandonne,
ces obtus séducteurs.
Je n’en veux plus d’eux,
de leurs fausses paroles.

Je ne veux pas choisir
ou alors subir

ni le nord ni le sud
ni la mer ni la montagne
ni le point du jour ni le couchant
ni l’occident ni l’orient
ni l’idéologie ni la religion
ni le Ying ni le Yang
ni le 33 tours ni l’i-nuage
(et, quant aux images)
ni l’argentique ni la numérique
ni le livre ni l’écran
ni Pangloss ni Candide
ni Pygmalion ni Papageno
ni le jardinier ni le courtisan
ni le mari ni l’amant.

Ils sont tous déguisés, ils ont tous inversé leurs rôles respectifs.

Je n’en veux plus,
ni de l’un ni de l’autre.

002_prima 180

003_terza 180

Giovanni Merloni

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Le monstre (Zazie n. 18)

11 jeudi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_le monstre bis part 2 180

Le monstre

Je me le demande
(prudemment).
Combien de fois
(par distraction ou
réaction instinctive ;
par présomption ou impatience ;
par hâte de m’en sortir
ou par manque d’intelligence)
ai-je blessé quelqu’un à mort ?

Combien de fois ai-je tué quelqu’une
le temps d’une vie ?

Oui, il m’arrive souvent de demeurer silencieux,
indifférent,
ignorant,
absent
vis-à-vis
d’une confiance soudaine
d’un dévoilement exquis
d’un dénouement intime
que je recevais en cadeau
ou peut-être en échange
de mes mérites
inconnus
de mes titres
exagérés
de mon apparence
assurée.

Combien de fois
me suis-je retourné
brusquement
sans rien dire ?
Et pourtant j’ai trahi
mon mépris jalousé,
mon envie déplacée,
ma gêne installée
jusqu’au bout
de mes jours inutiles
de mes actions stériles,
jusqu’au bout
de mon trou
sombre et vide.

002_le monstre bis part 4 180

Je ne sais même pas
ce qu’il avait accroché
au mur,
cet artiste courroucé.

Qu’avait-elle relié,
sous la couverture dorée,
cette poète exaltée ?

Non, je passe à côté
des bouquins
des ébauches
des exploits merveilleux,
je ferme mes yeux
tout en interdisant
à mes oreilles
d’accorder quelques instants
au bouche-à-oreille,
aux sirènes d’un chant
tout à fait inattendu
juste au coin de la rue.

Je m’indigne même, hurlant
qu’il y a d’autres choses à faire,
par exemple s’occuper
de nos saintes santés,
car le corps n’en veut pas
de ces fatigues tortueuses,
de ces nuits oisives,
de ces morts
délicieuses.

003_le monstre bis part 3

Et pourtant
je devine vaguement
que ces corps dérangés
bouleversés, souffrants
malgré leur talent et génie
ils avaient juste l’envie
de me faire partager
dans un geste
dans un vers
dans un fin gribouillis
ce que leur révéla
lors d’un jour de folie
la comédie tragique
de la vie.

Ou plutôt,
carrément,
ils subissaient la peine
du seul désir ardent
de partager un jour,
un tout petit instant
de leurs veines
pulsantes.

Rarement,
j’ai commis consciemment,
délibérément
ce délit d’omission,
cette injustice sommaire,
ce manque extraordinaire
d’attention.

Presque jamais
je ne me suis installé
sur la tour élevée
(notamment en ivoire)
pour juger du métier
ou plutôt de l’herbier
aux essences précieuses
d’un autre.

Et pourtant, il suffit
d’un seul jour de bordel,
d’un seul souffle cruel
pour éteindre la flamme
d’une âme.

004_le monstre bis part 1 180

Car je sais bien
par quels labyrinthes sans issue
va se perdre mon esprit

si seulement
Odile coupe le fil
de sa bienveillance
(à cause peut-être
de mon insistance
à vanter mon mal-être)

si seulement
ma voisine Jasmine
qui jamais ne s’envenime
(du moins, pour mes rimes)
fait tomber le rideau
sur mon geste téméraire
sur mon texte liminaire
sur mon envie pendulaire
de sortir du troupeau

si seulement
Adèle me révèle
franchement
sa contrariété
pour ma naïveté
dépassant toute mesure,
pour ma désinvolture
sans clarté.

005_le monstre bis 180

Je me le demande
(bruyamment).
Combien de fois
(par distraction
ou réaction instinctive ;
par présomption
ou impatience ;
par hâte de m’en sortir
ou manque d’intelligence)
me suis-je empêché
les plaisirs de la vie conviviale,
le goût de l’échange
et de la découverte,

de la peur mesquine
que quelqu’un s’empare
de mes champs cultivés
de mes rives mouillées
de mon corps souple ?

Vais-je devenir un « monstre »
moi aussi ?

Giovanni Merloni

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Cette petite joie fuyante (Zazie n. 17)

04 jeudi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_palloccosa def 180

Giovanni Merloni, La poupée, décembre 2014

Cette petite joie fuyante

Je m’évertue
(puisqu’il n’y a pas d’issue)
à capturer les souvenirs du monde
de ce monde inconnu
dont je peux juste attraper des rayons invisibles
de klaxons inaudibles
hors du mur d’une prison
horrible.

J’aime bien amalgamer
ces images disproportionnées
de personnes saines ou malades
ou mortes
au-delà de ma porte.
C’est bien sûr mon pari,
c’est la fresque d’une vie
qui pourtant s’évanouit
au milieu de mon lit.

Il me faut pour cela
une fatigue immense.
Juste un mot chaque jour
du calendrier
juste une tache sur ce mur
meurtrier.

J’aime bien imaginer
(quand je me raccourcis)
de minuscules abris,
de cabanes sans-souci,
de soupentes secrètes
(interdites aux geôliers),
au milieu de ce bruit
que fait l’olivier
emporté par la nuit.

J’aime enfin me leurrer
à l’idée d’une fenêtre
d’où la lumière pénètre
juste une fois,
au couchant d’une journée.
Avant de m’endormir,
j’observerais peut-être
au-delà de la nuit barrée,
un manège de gens
se dévisageant, se hurlant
réciproquement,
au milieu d’un vacarme accablant, retentissant.

Ce ne sera qu’une fois
qu’une semblable merveille
se produira,
par enchantement.
Ce sera d’un dimanche, l’on verra ma chemise blanche,
ma cravate de vent
mon élégant costume
gris. Mon histoire
ressuscitera, sans amertume,
allègre, en sautillant.
Oui, l’histoire d’avant,
elle revivra sans pudeur
comme une ombre étrangère
et pourtant légère
constellée du bonheur
que je brûlais naguère
avant que j’entre, rêveur,
dans ce cachot
horrible.

Ça ne durera qu’un coup
de toux, le temps
d’un crachement
contre ce mur qui ment :
juste les derniers gestes
d’une folie et d’un drame
qui avaient ravi mon âme.

Il suffira d’un soubresaut
de cet arbre lointain
que je grimpais en vain,
juste le temps d’une rafraîchie,
d’une tempête de vie.
Soudain, ta bouche amoureuse
me dira : « je te comprends,
ce n’est pas à toi
la faute de tout ça. »

Quand on est désormais
bien au-delà d’une renonciation
et qu’on est en prison,
j’ai, tu vois, tout le temps
pour comprendre
ce qui était bien facile
à comprendre : voilà,
je ne me suis pas précipité
tout de suite
à ta poursuite ;
voilà, je n’ai pas lutté
contre la violence du monde.

Pourquoi ne t’ai-je pas volée
(négligeant mes scrupules) ?
Pourquoi n’ai-je pas attrapé
(mettant de côté
mes sentiments de culpabilité)
cette petite joie fuyante
s’éloignant doucement
au-delà de ce mur
horrible ?

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

Tu es près de moi (Zazie n. 16)

02 mardi Déc 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

Mes chers lecteurs,
Je monte, aujourd’hui, à califourchon d’une nouvelle chimère. Est-il possible de raconter le présent ? Est-il correct de le faire, quand on sait bien qu’il n’y a rien de plus mensonger que le présent ? Oui, les questions sont nombreuses. Et pourtant, je me suis dit que ma vie tant bien que mal conduite ou subie m’autorise à le faire.
Je suis libre. Libre de vivre et de revivre, tantôt en vers tantôt en prose.
Au nom de ce « présent » toujours inconnu — que j’aime pourtant comme une belle femme en retrait se promenant dans une allée discrète —, j’entame aujourd’hui une nouvelle aventure avec vous !

001_enigmistica 180

Giovanni Merloni, À présent, décembre 2014

Tu es près de moi

Un son de téléphone,
puis, des mots bien prévus :
mes sorties audacieuses
en rase campagne
tes silences courus.

Si j’insiste, accablant,
par mes vaines tentatives
à te prendre au filet,
tu te tais, maladive.

Si c’est toi qui me parles
ou plutôt tu m’évalues
encombrant,
je désire m’effondrer
comme un vieil éléphant
accablé.

Et pourtant tu es près de moi.

Je n’oublie pas ta bouche
engloutie dans le fil,
ni ta voix cadencée :
« Parle alors ! Je t’écoute »
« Non, pas de toi… ni de moi ! »
« Ça suffit, je n’ai plus envie
de parler ».

Tu es près de moi
une grande ou petite
île flamboyante
flottante, légère
dans mes baisers
que tu juges modestes
dans mes gestes
sans métier.

Je le sais,
si tu partais triste,
sombre, désemparée,
tu rentrerais riante
dans cette piste.

Même si tu t’éloignes de moi
tu es près de moi.

Regarde, il n’y a
même plus une miette
d’orgueil, ici-bas. Au lieu
de te tuer dans mon cœur,
au lieu de te tromper,
je te poursuis.

Regarde, tu es ici, sculptée
au milieu de mon front,
à l’unique endroit
où la lumière arrive.

Tu es près de moi.

002_ceramica nb paolo 180

Paolo Merloni, Le chômeur, céramique, 1998

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Mon « demain » incertain (Zazie n. 15)

17 dimanche Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

image

Mon « demain » incertain

Je n’ai que « demain »
pour tout faire, pour tout
vivre, une dernière fois
avant de partir,
avant de mourir.

Je n’ai que « des mains »,
pourtant chaleureuses.
La gauche, pour réchauffer
ma gorge,
la droite, pour essayer
de calmer mon
estomac.

Je n’ai que « deux domaines »,
ils ne sont jamais vides
ils ne sont jamais pleins.

Je n’ai que « deux dômes »,
l’un à Paris l’autre
a Rome.

Je n’ai que « demain »
pour me caler « de-dans »
ces « deux dômes »
dominants.

Je n’ai que « deux mains »
qui pourtant se « dé-mènent »
dans mes « deux domaines »
ni sombres
ni sereins.

Du jour au lendemain
je n’ai qu’à « dé-manteler »
tous mes « dômes »
tous mes « domaines »
en serrant dans mes « deux mains »
mon « demain »
incertain.

Giovanni Merloni

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Le dormeur de la rue (Zazie n. 14)

14 jeudi Août 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_dormeur de la rue 180

Le dormeur de la rue

Dans un coin boueux
de l’hiver
dans une bande effacée
de l’été
essayant se dérober
aux plus graves disgrâces
un frère humain

(à même la terre
à même la pierre
à même les égouts
à même les eaux
à même les urines),

vautré dans un papier d’or,
il dort.

Giovanni Merloni

Ce texte est strictement lié, pour son inspiration, à l’article Des hommes inutiles (débris de l’été 2014 n. 10)

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog.

Un regard ambitieux au-delà, 2014 (Zazie n. 13)

04 lundi Août 2014

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Zazie

001_un regard ambitieux a 180

Giovanni Merloni, « Je suis comme je suis », août 2014

Un regard ambitieux au-delà

I
Un regard ambitieux
renvoyé d’une vitrine,
où se reflète, capricieux
mon chapeau.

Une longue promenade
ou sinon une balade
nous amène, sans gêne
dans le cœur de la ville.

Et pourtant le trottoir
n’arrête pas d’afficher
les gueules du quartier,
les gens sans métier
sans art ni part.

Et pourtant
tout le monde
passe à côté
des désespérés.

Et pourtant le métro
n’arrête pas de crisser,
de vomir de foules effarées,
d’engloutir des hommes
tant bien que mal
habillés,
d’exhiber des femmes
tant bien que mal
réveillées.

Et pourtant on avance
s’accrochant à la chance
aux petites diversités
aux énormes différences :
on accepte, finalement
la bagarre quotidienne.

Oui, ce cœur immense
qui n’arrête pas de pulser,
c’est la ville, en elle-même,
l’invisible gardienne
de notre vie
intense.

II
Que dois-je faire
pour que tu deviennes
ma ville à moi,
mon court ou long
large ou étroit
trottoir
pour arriver au-delà ?

Comment pourrais-je
te rassurer, afin que tu sois
vraiment convaincue
de m’offrir une chaise,
de m’écouter, même
distraite, tout en rangeant
tes affaires ?

Combien de blessures,
combien d’hospitalisations,
combien de taches,
de la peau ou de l’âme,
dois-je ressusciter
pour que tu acceptes
ce corps retardataire
échappé de justesse
à une fâcheuse défaite,
ce cerveau sautillant
qui ne saurait plus,
désormais,
où qu’il ait refoulé
ses encombrants trophées ?

Que dois-je exhiber,
fouillant dans le passé
de mes fautes ou vertus
privées, pour que tu invites
(dans tes salles aux lustres
dans tes jardins pétillants)
ce naufragé de la terre
ferme ?

Quels accents, quels tics, quels
gestes, quelles pensées,
quels rêves inavoués
puis-je garder
pour que tu acceptes
de m’adresser la parole,
quitte à marcher
sur le trottoir d’en face
au-delà de la rue ?

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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Amour amer d’Ulysse, 2014 (Zazie n. 12)

24 mardi Juin 2014

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Zazie

001_siena duomo 180

Siena, 1966

Amour amer d’Ulysse

Amour amer, ne me quitte pas !
Bruit sourd de la solitude,
arrête d’écraser mon esprit.
Cœur étranglé par le souvenir
de ses jambes en feu,
ne te flétris pas.

002_siena campo 180

Siena, 1966

Amour douloureux, refuse-toi
à la poursuite impossible
de la réminiscence de nos corps
lancés dans d’étreintes vaines,
perdus dans de baisers disparus.

Amour en forme de fleur
offerte en cadeau
par des nouveaux soupirants,
console la femme qui reste seule.
Mais je t’en prie,
arrête de parfumer son corps
engourdi, t’enchevêtrant
aux feuilles d’or du collier
qui flotte sur son sein.

Ô rose
de la couleur du coquelicot
cesse de te faufiler
parmi les dentelles brodées
au-dessous de sa robe.

003_siena campo 180

Siena, 1966

Jupe ouverte jadis
à mon corps tyrannique,
ne t’éclipse pas !
N’aime pas d’autres maris.

Amour que je garde pourtant
verrouillé dans mon cœur,
ne t’avilis pas, ne me trahis pas.

Amour violent, n’oublie pas
cette main que tu as caressée
ni cette bouche que tu as respirée
ou cet oiseau qui t’a appris
à voler.

004_san biagio 180

San Biagio à Montepulciano, 1966

Amour égaré dans ta douleur sauvage,
attends que je revienne
de mon pèlerinage,
accueille enfin mon retour
par un geste d’amour.

On peut souffrir même plus que mourir
quand on part vers des terres lointaines
et qu’on ne sait pas comment
en revenir.

Amour, amour, pourvu que ce soit
amour, il est doux, et digne aussi,
trouver la force d’attendre.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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