le portrait inconscient

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LE CORBUSIER … LA COINCIDENZA E IL SOTTOSCALA …

16 lundi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats, les unes du portrait inconscient

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Giorgio Muratore

Le Corbusier, la coïncidence et la soupente

Cher Giorgio, je me suis beaucoup amusé en traduisant pour mes correspondants français ta charmante poésie , justement indignée pour la mauvaise fin, dans une soupente, du pauvre Corbu…sier.

Inconsciemment, je voulais raconter dans les détail le « fait » à mes amis français. En particulier, je pensais à Nicole Peter. je ne sais pas si je le ferai…
Je fréquente toujours avec plaisir le blog de Nicole Peter, Passages, déjà en raison de son nom séduisant et accueillant aussi. Nicole Peter, à son tour, m’honore de ses visites régulières et pleines d’humour… Pourquoi utilisé-je ce terme « humour », avec ce peu d’éléments que notre « société d’inconnus fraternels » nous offre ? Je ne sais pas. C’est une intuition. Elle aime le paradoxe, tout comme moi aussi je l’aime. Elle démystifie même les colonnes portantes voire les clichés les plus enracinés dans nos esprits obéissants, par exemple Le Corbusier. Oui, elle a le courage — que j’admire, bouche bée — de dire qu’à la fameuse Ville Savoie il y a « trop blanc ». Si je pense combien d’années de timidité et de résignation avons-nous vécues dans la stricte observance de cette « clarté » qu’on ne pouvait pas mettre en discussion… devant cette « rationalité » légèrement abstraite ayant la présomption de tout maîtriser ! C’est grâce à Nicole que je me suis rendu dans le blog-encyclopédie de Giorgio Muratore, où j’ai trouvé, entre autres, un intéressant reportage sur les « larmes de Le Corbusier ». Je ne peux pas le traduire ici, mais là aussi on respire un air salutaire de désacralisation, comme dans l’article de Nicole Peter.

Le Petit Enfant et le retour à la Montagne. Randonnée chez les artistes « intuitistes » II/III

15 dimanche Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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Poètes et Artistes Français, Portrait d'un tableau

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Gerard Stricher, L’intuituiste

Le Petit Enfant et le retour à la Montagne. Randonnée chez les artistes « intuitistes » II/III

Quelle différence entre « avoir à écrire » et « avoir déjà écrit » ! Voilà une chose que mes amis intuitistes n’éprouveront jamais et que j’ai vécue pourtant, pauvre Christ n’ayant pas encore été touché par la furie d’une telle expression aussi foudroyante qu’immédiate !
Cet après-midi, plus épuisé que d’habitude, je suis tombé dans un sommeil intermittent, mais profond, qui m’a donné l’illusion d’y être… et ensuite la cuisante déception de n’y être pas…
J’avais mentalement commencé à noter des mots-clés… Le premier mot était  « Petit Enfant » (« Fanciullino ») ; le deuxième « Cosmos » ; le troisième « Alphabet » ; le quatrième « Jet » et le cinquième mot « Montagne »…
Sur la belle page, que j’avais juste devant mes yeux, ces mots se mariaient fort bien les uns aux autres, laissant jaillir des phrases, des conclusions mêmes brillantes… qui pourtant se sont volatilisées !
Au bout de deux heures d’apnée, ma conscience s’est réveillée avec l’étrange sensation que je n’arriverai jamais à produire de nouveau des considérations comme celles que l’abandon et l’inconscience m’avaient inutilement dictées. Quel gaspillage ! Et quelle déception !

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Eliane Hurtado Incendie sur l’eau

Ce que j’avais promis mardi dernier lors de la première étape de ma « randonnée intuitiste » risquait d’être mis en pièces ! Déjà ? Avant que je touche le camp de base ? Devais-je me décourager, avant d’entamer avec les sherpas (1) la réunion prévue, indispensable pour la préparation d’une véritable escalade au sommet de la montagne ?
Devant la beauté de ce que j’avais écrit dans le vide, sans prendre des notes, hélas, le travail à refaire me semblait gigantesque, voire impossible…
Je savais bien, désormais, le rôle qu’allait assumer, dans la vie de tous les jours, la page virtuelle d’un ordinateur ou d’un smartphone quelconque… Et combien regrettais-je la page réelle, physique, avec toutes ses merveilleuses contraintes d’espace, d’ordre et de propreté !
Mais je n’avais pas assez réfléchi à l’importance de la page qu’on écrit dans un rêve… Oui, le rêve, ce beau mot usagé, auquel on n’attribue qu’une connotation positive ! Puisque le rêve possède son contraire, le cauchemar, avec son immanquable négativité, on ne peut pas dire impunément « rêve » de façon minimaliste, juste pour désigner cette phase d’inconscience qui suit à la fatigue excessive, où l’on glisse sans transition en fermant les yeux. Le mot rêve désigne forcément une évasion gratifiante… du moins, lorsqu’on le prononce, on est obligés de s’attendre à quelque chose de beau… Il faudrait trouver un autre terme, ou alors élargir le concept de rêve, en fouillant dans son côté trompeur… pour admettre, finalement, que si souvent le rêve a une fonction bénéfique, son interruption peut être traumatique, tragique même…

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Alain Béral, Profil rêveur en contre-jour

Dans mon sommeil « blanc » et joyeux, caressé du dehors de la fenêtre par une rare journée de soleil constant à Paris, j’étais donc en train de réfléchir aux atouts du mouvement intuitiste — à partir des témoignages de quelques-uns de ses membres, qui avaient réagi (favorablement) à mon premier article —, essayant de faire déclencher « une procédure intuitiste pour parler de l’Intuitisme »… J’avais déjà accompli la partie plus difficile, le « socle dur » de mes petites découvertes et de mes réflexions modestes. Il me semblait avoir déjà saisi les deux ou trois points de force des intuitistes, leurs tendances primordiales :
— leur besoin de revenir, en tant qu’êtres humains, à l’essence profonde et intime (voire à l’enfance libre et omnipotente) trouve un glorieux précurseur dans le « Petit Enfant » (« fanciullino ») qui est au centre de toute la poésie de Giovanni Pascoli : « est poète celui qui sait écouter la voix de l’irrationnel que chacun porte en soi mais que l’on oublie, le plus souvent, à l’âge adulte. Le poète est ce « fanciullino », jeune enfant extatique qui ne cesse de redécouvrir les choses les plus usuelles, autour de soi. Avec la fraîcheur de l’émerveillement, l’enfant-poète sait restituer — grâce à une langue anti-littéraire, à laquelle il confère rytjme et musicalité, mais aussi au paysage, toujours protagoniste chez Pascoli — le mystère des choses et de l’existence même. La poésie consiste à “trouver dans les choses leur sourire et leurs larmes, écouter leur frémissement » (2). C’est exactement ce qu’a dit par d’autres mots un des artistes intuitistes : “le peintre intuitiste est cette personne qui retrouve son âme de petit enfant, libre comme l’air, devant la toile, pour réinventer son monde !” (Jean-Claude Bemben) ;

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Nadine Amiel, Nuit aux Caraïbes

x— une forte ressemblance avec tous les mouvements artistiques et littéraires qui ont essayé d’ancrer leur désir de liberté d’expression à l’idée du « retour » à la spontanéité primordiale, au geste : « … l’intuitisme reflète un dialogue avec l’intime de l’artiste et rien ne saurait un jour remplacer la main qui elle seule est capable de transmettre toutes les subtilités venant des profondeurs de l’être. » (Franceleine Debellefontaine) ;
— il faut considérer enfin un autre « atout » qui peut aider le mouvement intuitiste, en dépit de sa variété expressive, à briser l’écran où se déroule le débat artistique et littéraire pour y occuper une place majeure. Les intuitistes prêchent — tout à fait sincèrement et sans cesse — un esprit « amoureux et confiant » de partage de l’expérience artistique, sans « exclusions a priori ». En même temps, ils demandent « rigueur et travail » à tous. Ceux qui ont le plus à donner, ceux qui travaillent depuis longtemps pouvant vanter un long artisanat et une application constante, adhèrent en premiers au mouvement intuitiste. Cette vision d’une création collective prodigieuse et généreuse, se multipliant à l’infini, fait déclencher en moi l’idée de « la montagne ». Un géant pointant au milieu des nuages qui est aussi une mine bourrée de trésors. Une montagne creusée par d’infinis labyrinthes, une casbah d’ateliers en pleine activité. Un plein de suggestions ascensionnelles et célestes qui est aussi « rempli », voire comblé d’indispensables expériences…

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Jean-Claude Pommery Le Château

La montagne intuitiste n’a rien à voir avec la redoutable montagne enchantée de Thomas Mann ni avec la décevante tour de Babel ! Le parcours qu’il faudra suivre pour gagner son sommet, bien sûr constellé d’oeuvres intuitistes, ne sera pas une « via crucis » pour mettre des complexes à de pauvres pécheurs pénitents.
La montagne intuitiste n’est rien d’autre que le travail qui se cumule : un trésor inestimable. Même si cela pourrait apparaître dépourvu de logique verbale, l’intuitisme ne peut pas se pratiquer en dehors d’une application constante et opiniâtre, chacun dans son atelier : on ne s’improvise pas « artistes capables d’improviser » !

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Jean Zorko Nature verticale

Voilà, autour de ces trois mots — « fanciullino » « retour » et « montagne » —, auxquels j’aurais bientôt ajouté les autres deux — « jet » et « cosmos » —, on peut tout de suite entamer une petite confrontation avec les glorieux mouvements du XIXe et du XXe siècle :

Pour cette idée de retour au primitif… j’ai pensé aux Demoiselles d’Avignon…

Pour cet esprit spontané et anticonformiste… j’ai pensé au manifeste dadaïste…

Pour cet orgueil de la vitesse du geste… j’ai pensé aux futuristes, à leur provocation, au défi extrême et impossible qu’ils déclenchaient contre le pouvoir des « monstres mécaniques » en train de tout transformer de façon radicale…

Pour ce besoin de faire « tabula rasa » et repartir à zéro… j’ai songé à la rupture de l’art abstrait comme réaction alors salutaire à l’art figuratif devenu du jour au lendemain stérile et déplacé, survivant à lui-même.

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Jean-Claude Bemben La sirène

Toutes les époques ont eu besoin d’un mouvement antagoniste vis-à-vis des impositions d’une réalité au pouvoir grossière, brutale, ennemie de la fantaisie jusqu’à la destruction…
Cela entraîne une petite objection, que je ne peux pas omettre, qui pourtant m’aidera à faire évoluer la réflexion d’aujourd’hui : en général, les avant-gardes artistiques et littéraires se sont formées dans un contexte précis. Si l’impressionnisme et le surréalisme sont nés sans doute à Paris, le futurisme russe et le futurisme italien, liés entre eux d’une incroyable parenté, sont nés peut-être à Moscou ou à Milan, avant de se réfugier à Paris pour s’y transformer dans le but de survivre quelques années encore.
Mais déjà l’exemple de l’Art nouveau montre le contraire. Celui-ci a été un mouvement international à plusieurs facettes sur un fond d’inspiration commune. En Italie, par exemple, comme le dit Wikipedia, ce mouvement « adopte le nom générique de Stile Liberty (du nom du magasin londonien) à la fin du XIXe siècle. Au départ, influencés par l’explosion créatrice autrichienne (Sezessionsstil), britannique (Arts and crafts), française et belgo-néerlandaise (Nieuwe Kunst), les artistes italiens développent leur propre vision moderniste, s’ouvrant également à de nombreux créateurs étrangers. »
Sans compter le pop art nord-américain : son influence a été énorme en Europe et dans le reste du monde… Il y a bien sûr un lien et un échange international entre les différentes écoles et leurs maîtres, même si chacune d’elles reste ancrée à son territoire, à son contexte primaire d’inspiration et de vie…

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Patrick Davido Une rencontre posthume ou aérienne

Mon rêve intuitiste

…J’étais donc dans les tréfonds du sommeil le plus inspiré lorsqu’une phrase s’est affichée sur l’écran blanc :

« L’intuitisme est POUR l’amour et la confiance, CONTRE les barrières entre les arts et les artistes ! Dès le début, l’intuitisme est ennemi de toute surcharge de justifications intellectuelles ! L’intuitisme tend à l’essence émotive, s’écartant de l’art abstrait tout court, qui privilège le côté rationnel de l’acte créatif ! »

Cet écran était dissimulé dans un inoubliable tableau-collage de Robert Rauschenberg, que j’avais admiré un jour dans le Musée d’Art contemporain du palais des Diamanti à Ferrare… Tout d’un coup, je me suis réveillé. Le rideau blanc de l’artiste avait disparu, avec tous ces mots et hiéroglyphes compliqués. Devant mes yeux écarquillés, une montagne s’affichait, solennelle et avenante.

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Auguste Haessler Le miroir

Et voilà, je suis déjà en train de me promener dans une forêt épaisse où se nichent des citadelles fourmillantes de trésors… Au fur et à mesure que j’atteins la sortie du bois me frayant un chemin dans cette nature prodigieuse… je m’aperçois de l’existence de différentes populations d’artistes, installées depuis longtemps sur les flancs de cette montagne. Malgré leurs langages « spécifiques », ils cohabitent tout à fait pacifiquement, dans l’esprit du partage et de l’échange continu de leurs points de vue réciproques. D’ailleurs, cette inter-aide ne se referme pas dans une mentalité autarcique et méfiante envers l’étranger (ou « l’extraterrestre » que je suis) : une belle file de cailloux blancs a été déposée sur mon sentier, juste pour moi, pour m’aider à trouver plus tard la voie du retour.

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Franceleine Debellefontaine Le feu

Voilà. Je suis sorti du bois. Dans ce « limbe » entre colline et montagne, les cailloux blancs ne sont plus nécessaires. Devant une espèce de refuge alpin, un homme m’attend. Je suis invité, je partage avec le groupe assis à la longue tablée le pot-au-feu fumant, le vin rouge et la grappe italienne dont le patron au comptoir est très orgueilleux. La conversation est très stricte, essentielle et même abrupte, comme il convient aux gens de montagne :

« L’intuitisme « répond » à une nécessité reconnue par la plupart des artistes. Devant la réalité de nos jours, difficile et riche de suggestions à la fois, ce mouvement essaye de réagir, à travers la création d’un « grand fleuve fédératif », d’un gigantesque atelier de l’esprit créatif où l’art ne se soumet à d’autres disciplines qu’à la rigueur d’une création cohérente » ;
« le point de convergence de toutes les formes d’intuitisme est une sorte d’écologie de l’art se traduisant en défense acharnée de la spontanéité voire de la liberté de l’artiste, contre… »

Je n’ai pas entendu faire allusion à des ennemis ou des cibles, auxquels adresser une éventuelle critique.
Mais je pourrais ajouter que la plupart des artistes, intuitistes ou pas, vivent dans une condition pénible.
Non seulement au point de vue « professionnel », de la pleine reconnaissance de l’activité artistique dans le monde du travail en général, mais aussi pour une véritable « dictature » exercée par les artistes gagnants et leurs sponsors publiques et privées.
Ce qui trouble l’art n’est pas l’invention, la nouveauté, l’expérimentation, et cetera. C’est plutôt cette sorte de totalitarisme qui autorise l’existence — voire la survie, avec leurs élites de représentants — de certaines formes d’art seulement.
De façon implicite, sans recourir à la rhétorique et contre toute conceptualisation abstraite de l’art, les intuitistes soutiennent donc une bataille pour renverser cette condition d’immobilisme et, en même temps, pour encourager les gens à se former des paramètres de jugement tout à fait libres et indépendants.

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Franco Cossutta L’univers dans mon jardin

« Vous verrez qu’il y a trois diverses sensibilités parmi les peintres et sculpteurs intuitistes », me susurre l’homme que j’avais rencontré à l’entrée du refuge :
« — l’art s’inspirant au cosmos, aux archipels de l’inconscient, dont Franco Cossutta est l’un des représentants les plus significatifs (rien que pour cela, on pourrait le considérer comme le « père moral de l’Intuitisme ») ;
« — le retour au geste mécanique, où l’esprit intuitiste se rencontre, en tout cas, avec une formation d’atelier maîtrisée. Il suffit de regarder les œuvres de Michel Bénard pour constater une grande vitalité dialectique entre la « nouvelle liberté » de l’intuitisme et l’exigence de structures invisibles pour endiguer ou mieux diriger le geste à l’intérieur d’une grille psychologique de « contraintes stimulantes ». Pour cet artiste c’est la calligraphie, toujours sous-jacente dans ses œuvres, le motif central de sa recherche expressive ;
« — l’esprit ressuscité de l’art nouveau international, c’est à dire le retour à l’identité entre art et artisanat. Dans notre civilisation déchirée, en réaction à la reproduction répétitive, qui banalise tout, cela répond à la nécessité de défendre l’unicité et en même temps le caractère artisanal de chaque œuvre d’art qu’elle soit peinture, dessin ou sculpture. Ce sont surtout les sculpteurs, dont Jean Zorko et Franceleine Debellefontaine, qui s’imposent naturellement à la tête de cette composante expressive du mouvement… Mais aussi des peintres, comme Auguste Haessler, Eliane Hurtado, Jean-Claude Pommery, Gerard Stricher, Alain Béral, Nadine Amiel, Patrick Davido et Jean-Claude Bemben. Ce dernier nous a dit : « réhabilitons l’intuition avec la pensée, par les mains pour peindre ou sculpter… dans la liberté d’un enfant en prise avec le maniement de ses premiers crayons de couleur, et le choix spontané de couleurs qui lui plaisent un jour, puis s’exprime dans une autre harmonie le lendemain, guidé uniquement par son intuition…! » »

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Michel Bénard Le soldat

Quant à moi, peintre et poète ordinaire et sans « —ismes », je sors sens dessus dessous de cette immersion cosmique et profonde dans l’univers « intuitiste », mais fort rassuré par la ferveur créatrice de cette multitude d’hommes et de femmes à l’esprit fraternel. Enthousiaste même, devant cette incroyable possibilité d’échange et de soutien réciproque. Je veux fêter cette rencontre avec une petite anticipation du troisième volet, prévu pour dimanche prochain. Une poésie intuististe de Barnabé Laye :

C’est la vie

Ça commence comme une caresse
Ça finit comme un couperet
Ça vient comme une acclamation
Ça finit comme une désolation
Ça vous pénètre comme une aiguille
Ça irradie comme une ivresse

Ça va
Ça vient
Au petit bonheur du jour
Pendule balancier
Imperturbable sablier
Aujourd’hui envol de grains de riz
Demain coulées de larmes amères

Ça va
Ça vient
Au petit bonheur la joie
Au petit malheur le deuil
Et ça s’incruste dans la peau
Au plus tendre de la chair
Et ça trace sur les chemins du pèlerinage
Des labyrinthes de blessures et de cicatrices
Et ça blanchit au niveau du cortex
Et ça s’accumule sur le vertex
Et ça s’arcboute sur des cannes de bois
Ça plie encore mais ne rompt pas

Ça va
Ça vient
L’automne et puis l’hiver
On n’y peut rien

Ça va
Ça vient
Berceau et puis tombeau

On dit que c’est la vie.

Bernabé Laye

(1) depuis Wikipedia : « …Pour les Occidentaux, le terme Sherpa désigne aussi les guides qui mènent les alpinistes sur les sommets himalayens et, par extension, en diplomatie, les hommes et femmes de l’ombre qui préparent les grandes réunions internationales de dirigeants. »
(2) Pascoli, Patrimoine littéraire européen, Vol. 12

Giovanni Merloni

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

L’importance de la main et du geste : préparatifs pour une randonnée chez les « Intuitistes » I/III

10 mardi Mar 2015

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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Poètes et Artistes Français, Portrait d'un tableau

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Gian Lorenzo Bernini, fontaine des Quatre Fleuves, Rome. Autour de la main du Rio de la Plata, ouverte pour protéger la fontaine de la rage divine, il y a une anecdote liée à la rivalité connue entre Bernini et Borromini, architecte de l’église de Sainte-Agnes, piazza Navona, surplombant ladite fontaine : selon la légende, Bernini craignait l’écroulement de l’église, « mal » bâtie par son rival éternel. Photo de Giorgio Muratore, sur archiwatch

L’importance de la main et du geste : préparatifs pour une randonnée chez les « Intuitistes »

Mes chers lecteurs, suivant ma curiosité et mon admiration sincère, j’entame aujourd’hui une réflexion-reportage en trois étapes, que je vais consacrer à « l’intuitisme » ainsi qu’aux artistes et poètes « intuitistes ». J’essayerai là de vous offrir une représentation synthétique soit des œuvres les plus intéressantes que j’ai pu apprécier, soit de l’esprit original de ce mouvement par rapport aux principales tendances artistiques et littéraires contemporaines.
Mais avant de nous plonger dans le monde « intuitiste », je me suis posé une question préliminaire, à laquelle j’ai donné une première réponse.
Voilà la question : « Quel est le ciment idéal ou le noyau subliminal qui peut relier entre elles, dans un esprit commun, des sensibilités et personnalités parfois très différentes les unes des autres (comme il arrive de constater en examinant les parcours suivis par chacun de ses adhérents) ? »
Et voilà la réponse, que je vais tout de suite vous expliquer : « Dans ce monde où le dérèglement à tous les niveaux de la vie collective et sociale se cale aussi dans le fonctionnement intime de notre action quotidienne et de notre corps même, la récupération de nos attitudes manuelles est tellement nécessaire qu’elle assume une fonction stratégique et même révolutionnaire dans tout art ou expression qui revient à l’humain »…

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Panoramique de l’exposition des «artistes intuitistes» à Cormontreuil, février 2015
(ZORKO, JM BOUCHER, F Debellefontaine, sculpteurs  ; M BENARD, JC BEMBEN, A BERAL, JC POMMERY, A PERCY, peintres)

Oui, j’ai renversé l’ordre logique de la présentation. Pour la raison suivante. Tous les manifestes des mouvements artistiques évoquent, parfois de façon seulement rituelle, la condition humaine et sociale, voire politique, de l’époque d’où leur provocation jaillit. Dans le manifeste des « intuitistes », cet élément m’a particulièrement intéressé par sa sincérité. Je crois d’ailleurs que c’est justement de là qu’il faut partir, de ce panorama du changement — que les artistes et poètes « intuitistes » évoquent et analysent de façon correcte et fouillée —, pour comprendre et apprécier, sinon partager leurs propositions.
Dans les prochaines étapes de notre voyage nous serons bien sûr plus légers et prêts à développer des confrontations entre ce « -isme » d’aujourd’hui et les nombreux « -ismes » qui ont rempli de passion notre fantaisie et notre amour pour la littérature et l’art.
Avant d’aborder une telle thématique et de procéder à une passerelle des auteurs les plus remarquables, je me dois d’une inversion méthodologique visant à interpréter les raisons et analyser les contextes qui ont déclenché « l’intuition de l’Intuitisme », c’est-à-dire l’exigence concrète d’un mouvement innovateur dans les domaines de la poésie et de l’art.

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Panoramique de l’exposition des «artistes intuitistes» à Cormontreuil, février 2015
(ZORKO, JM BOUCHER, F Debellefontaine, sculpteurs  ; M BENARD, JC BEMBEN, A BERAL, JC POMMERY, A PERCY, peintres)

Dans la constitution de l’école « intuitiste », un mouvement collectif « ouvert » et basé sur un esprit vivement solidaire, on reconnaît d’abord la nécessité de réagir vis-à-vis de l’individualisme effréné caractérisant notre époque — aussi globalisée que paralysée — de graves régressions et crise de valeurs essentielles pour la démocratie et la civilisation. Même en Europe, dans des pays comme l’Italie et la France, par exemple — où vivent et travaillent la plupart des exposants et fondateurs de ce mouvement.
 Une crise économique et culturelle qu’on ne sait pas analyser ni combattre jusqu’au bout, où l’argent n’est pas la seule cause du progressif manque d’attention et de sensibilité envers la culture.
 Si en Italie, malgré les signaux récents de quelques changements au niveau politique, presque la totalité des maisons d’édition est désormais tombée dans les mains d’un seul propriétaire… en France on réduit progressivement les dépenses pour la Culture, oubliant peut-être le rôle propulsif qu’elle a toujours exercé dans la société et dans l’économie du pays. (Il suffit de citer l’énorme pouvoir d’attraction de Paris dans le monde, avec toutes les rechutes économiques et d’emploi dans les infinies activités culturelles, pour confirmer l’importance d’un défi auquel on ne devrait jamais renoncer. Sans compter les initiatives culturelles, théâtrales et la création de musées de grande envergure partout en France.) 
La culture est d’ailleurs une nécessité indispensable pour une société multi-ethnique comme l’actuelle, où l’arrogance de l’argent et les conflits non composés provoquent en eux-mêmes la destruction de la mémoire et la mortification pour la plupart des êtres humains cultivés et des artistes qui se trouvent en définitive coincés dans un sentiment d’impuissance et de solitude.

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Panoramique de l’exposition des «artistes intuitistes» à Cormontreuil, février 2015
(ZORKO, JM BOUCHER, F Debellefontaine, sculpteurs  ; M BENARD, JC BEMBEN, A BERAL, JC POMMERY, A PERCY, peintres)

L’argent et le succès économique sont devenus, à présent, les seuls paramètres pour juger de la validité d’un artiste. Tout comme dans le monde du travail, une séparation nette se creuse entre ceux qui sont « dedans » et ceux qui sont « dehors ». Les artistes affirmés ainsi que les écrivains « adoptés » par les maisons d’édition les plus reconnues, pourvu qu’ils gardent encore quelques marges de manœuvre et de liberté d’esprit et de fantaisie, ils sont toujours assujettis à des règles de moins en moins orientées en fonction du respect de la « libre expression ».

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Panoramique de l’exposition des «artistes intuitistes» à Cormontreuil, février 2015
(ZORKO, JM BOUCHER, F Debellefontaine, sculpteurs  ; M BENARD, JC BEMBEN, A BERAL, JC POMMERY, A PERCY, peintres)

Au nom de la « libre expression » le 11 janvier 2015 des millions de citoyens sont descendus spontanément dans les rues et les places de France. Cela était fort approprié au cas de Charlie Hebdo, une véritable île de liberté et d’intransigeance dans le panorama actuel de l’information et de la production littéraire et artistique qui n’est pas partout cohérent et « ouvert » comme celle-ci. Évidemment, la situation de la France n’est pas la même qu’en Italie, pour rester en Europe. On y assiste pourtant à une révolution technologique de l’information et de l’échange de plus en plus répandu et même capillaire, où le support informatique devient sans trop combattre l’arbitre majeur de nos destins personnels et collectifs. On avance dans une culture de l’image virtuelle, que chacun puisse se fabriquer voire proposer ou imposer aux autres, risquant une progressive dévalorisation de l’image même, ainsi qu’une profonde modification des paramètres de la beauté et des innombrables nuances de la laideur possible.
On assiste et l’on participe d’ailleurs à une gigantesque bagarre « entre ordinateurs », armés les uns contre les autres, où personne n’est épargné par des sentiments, tout à fait illusoires, d’euphorie sinon de véritable omnipotence. On plonge dangereusement dans une époque pseudovirtuose ou chacun se prend pour un indispensable et talentueux passeur de relais primordiaux et de vérités révolutionnaires sans que cela ne corresponde aucunement à la réalité.

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L’individualisme, qui nous avait poussés à agir en nous exprimant « librement », s’est transformé désormais en solitude. Ou alors, dans le meilleur des cas, en solitude partagée par de petits groupes « d’amis ». Dans cet univers de plus en plus abstrait, où les réseaux sociaux offerts par Internet se proposent comme des alternatives éphémères au manque des lieux de rencontre traditionnels, il n’y a pas que cette sensation de perte progressive d’un contexte stable auquel se référer. L’ordinateur nous enlève le temps de la vie réelle et des rythmes basés sur les gestes dont on perd petit à petit l’habitude. Chacun de nous se sert de moins en moins de la main pour écrire ainsi que pour tracer des figures. Le clavier de l’ordinateur, de la tablette ou du smartphone devient au jour le jour les uniques expériences tactiles auxquelles nos mains sont conviées…

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Oui, bien sûr, dans les plus récentes tablettes, on essaie de donner aux doigts un rôle moins banal et répétitif. Mais là, tout se résume dans un rapport tactile amélioré entre l’homme et la machine. Dans les rares moments où l’ordinateur reste éteint, nous nous confrontons dramatiquement à la perte croissante de nos habiletés manuelles primordiales. Nous ne sommes plus capables de noter les rendez-vous sur les agendas en papier, perdons toujours nos stylos et ne sommes plus même capables de signer en souplesse le reçu du facteur.
La lutte (hypothétique et disproportionnée) que l’homme contemporain devrait engager pour sauver notre espèce de la perte de ses facultés primordiales (à partir de la réhabilitation de la main) se lie strictement à une lutte plus générale pour défendre la mémoire collective, la culture comme respect et réflexion sur le passé dans sa projection vers le futur.
Une lutte qu’il faut faire soit à l’intérieur des nouvelles modalités d’échange et de confrontations basées sur les moyens informatiques, soit à l’extérieur, dans la société réelle.
Une lutte qu’on ne peut pas conduire seuls.

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Pour un artiste le « programme » est encore apparemment plus dur à réaliser, tellement il est calé, âme et corps, dans le flux de la vie réelle et dans les conditionnements d’aujourd’hui.
Heureusement, les artistes, même les plus solitaires, ont tous dans leur bagage formatif l’idée de la construction artisanale de l’œuvre d’art.
Même s’il existe, depuis quelques années désormais, des systèmes informatiques formidables pour copier jusqu’aux détails les plus infimes, et reproduire ensuite les sculptures en n’importe quel matériel (comme on a fait par exemple avec la statue équestre de Marc-Aurèle près du Capitole à Rome), l’importance des mains est évidente pour le sculpteur qui veut créer quelque chose de nouveau. Il doit forcément se servir d’elles.
Le peintre aussi, s’il a du talent, ne pourra jamais s’adapter complètement à une création à l’écran d’un ordinateur. Il devra, en ce cas, partir quand même d’un dessin réalisé à la main. Sans compter les couleurs. Songer à une oeuvre d’art comme le résultat du « remplissage » des formes closes par les couleurs c’est bien sûr possible. Mais cela serait une forme d’abdication, à la longue inacceptable, non seulement de la part de la main réalisatrice, mais aussi de l’intelligence créatrice.
Pour le peintre, le support est toujours très important. Nous avons vu récemment le grand calligraphe Ghani Alani préparer lui-même des parchemins dorés ou des tissus de soie collés sur des papiers adaptés. D’ailleurs, la plupart des peintres ont besoin de créer des tableaux où les nombreuses couches de peinture donnent vie à des surfaces ondulées, creusées, sillonnées…
Voilà que les arts plastiques possèdent en elles-mêmes des antidotes ancestraux à la tendance actuelle à se passer de la main !
(Pourtant les magasins spécialisés pour les peintres et les sculpteurs ressemblent un peu à des musées, où des gens opiniâtres et anticonformistes s’obstinent à ranger les mêmes outils qu’utilisaient Rembrandt ou Edgar Degas…)

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Michel Bénard et Franceleine Debellefontaine à Cormontreuil, février 2015

Cher Michel Bénard,
Je t’avais écrit des mots un peu improvisés en voyant tes belles photos de l’expo de Reims. Une petite élégie à la « main » et à cette nouvelle école « intuitiste » que je respecte et cherche petit à petit de comprendre et assimiler. Je crois que le geste créateur de l’artiste d’aujourd’hui doit nécessairement s’inspirer à quelque chose en dehors de tout ce que la technologie aveuglement nous impose.

Bonjour, Giovanni,
Oui ce fut une très belle et bonne exposition où la qualité était présente. Oui, mille fois protégeons-nous de trop de technologie qui réduit et aliène l’homme !

Il faut absolument réagir, Michel, à cette espèce de bureaucratie où les images sortant des ordinateurs jaillissent d’un appareil sans âme et surtout sans mains. Il faut récupérer l’usage des mains, pour écrire et peindre et penser mieux !

Oui, Giovanni, l’usage des mains et de l’esprit est primordial, la main est le plus bel outil du monde ! En tant que fils et neveu d’artisans qui m’ont formé, je sais de quoi je parle ! En fait, j’ai l’ esprit d’un compagnon.

Je crois que si les mains, ces indispensables alliées du cerveau parlaient, elles seraient favorables à une démarche « intuitiste », du moins pour commencer !

En effet, « l’intuitisme » est aussi le jeu libre des mains. Voilà Giovanni, ce que j’avais écrit à propos des « mains » du sculpteur : « elles ne sont pas innocentes. Elles symbolisent la profonde intégralité de l’homme, son résumé existentiel, elles contiennent en mémoire l’histoire passée, présente et future de la vie. Les mains sont des temples qui préservent les secrets de l’humanité, elles sont les livres de la réminiscence de la connaissance. »

Giovanni Merloni

« Pour un Art de l’Intuition »
(paru dans « Pour un Art de l’intuition » en 2003)

« Assez ! Aujourd’hui notre monde est souvent sclérosé par ses habitudes. L’art, quant à lui, est la jeunesse du monde. Il a tout à créer, tout à construire, tout à proposer. Nous revendiquons la liberté de nous imposer des règles, de nouvelles règles, quand nous le voulons et si nous le voulons !
Nous préconisons un art de l’intuition, art de la sensibilité s’exprimant avec spontanéité, une spontanéité qu’il n’est possible d’obtenir qu’après un long travail. Cessons de penser l’art comme une intention. N’appliquons plus de scénario dans le récit. Laissons faire l’intuition ! Du point de vue de la forme, la poésie doit pouvoir mélanger dans le même poème vers libres, vers en prose, versets et alexandrins, si elle le désire. Au nom de quelles habitudes a-t-on décidé que la sacro-sainte unité n’est réalisable qu’au sein d’un repère constant et monotone, l’utilisation d’un vers unique n’offrant pas l’image de la diversité harmonieuse ou chaotique du monde ? L’art de l’intuition se nourrit de doute et non de certitude. Il l’exprime sans intention, en allant à l’essentiel, c’est-à-dire d’abord en manifestant l’intuition, et non pas en cherchant à la reproduire. L’art intuitiste n’a rien à reproduire. Il se contente modestement de laisser l’intuition se manifester dans l’œuvre d’art. La manifestation de l’intuition naît du doute de l’artiste. La représentation de celle-ci naîtrait de sa certitude.
Osons une autre forme de peinture, ni figurative ni abstraite, mais intuitive, peinture sans netteté, née elle aussi du flou, du doute ou de l’éblouissement, de la fulgurance intuitive ! Il est temps de proposer une nouvelle esthétique. L’art en effet connaît une crise sans précédent. Si le talent permet de devenir un artiste, il ne suffit pas pour créer des œuvres dignes du passé. Le passé, plus ou moins consciemment, nous l’avons totalement rejeté pour faire peau neuve. Mais comment ? Arrêtons le massacre !
La poésie voudrait se démocratiser ! Bien. Elle rêve d’élargir le cercle ! Pourquoi pas ? Mais cela ne peut se faire n’importe comment. On ne sacrifie pas la littérature d’un pays par caprice. De la liberté avant toute chose, mais une certaine liberté, celle qui naît d’une réflexion en profondeur sur l’art et le langage poétique. Menons la avec modestie. Sachons reconnaître nos erreurs. Ayons recours au débat. Que l’art de notre temps soit assez ouvert d’esprit pour se remettre en question, qu’il s’engage pour défendre des idées essentielles : droit de l’homme, féconds échanges entre les cultures. Franchissons les frontières, toutes les frontières, à commencer par celles de l’intolérance. Associons même les arts ! Elargissons l’espace pluriartistique, cet espace où les arts se fiancent pour dépasser les anciennes frontières !
Nous disons que la voix de l’artiste n’est plus perçue à sa juste valeur, voix participant pourtant utilement à la vie de la cité. Au nom de quelles valeurs secondes et perverses ? Cela est grave. Excessivement grave. Nous disons halte à l’habitude, halte aux intolérances ! Les temps de l’art mimétique est révolu. Ne convoquons plus seulement les ciels de la vision. Ouvrons ceux de l’intuition ! »
Eric Sivry et Sylvie Biriouk, fondateurs du groupe artistique intuitiste, juin 1998

(Toutes les photos peuvent être agrandies en cliquant sur les images)

Dans les tréfonds des « poèmes d’amour colorés » de Ghani Alani

01 dimanche Mar 2015

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Artistes de tout le monde, Portraits de Poètes, d'Écrivains et d'Artistes

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Dans les tréfonds des « poèmes d’amour colorés » de Ghani Alani

Mardi dernier, une invitation insolite, extraordinaire à plusieurs égards m’a catapulté en début d’après-midi dans un appartement clair et calme au sixième étage dans le XVIIIe arrondissement de Paris, qu’assis confortablement dans un bus d’habitués à l’air tranquille et indifférent, j’ai pu rejoindre en une demi-heure.

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J’ai trouvé la porte ouverte. Ghani Alani, penché sur une petite écritoire, était en train de… « peindre » ? Le temps bref d’un instant avant de nous embrasser, tout en suivant sa main ferme en train de faire glisser le calame encré sur le petit parchemin teinté de jaune, je me suis demandé si ce mot « peindre » était approprié, si au contraire j’avais dû l’appeler d’une autre façon ce geste habituel et depuis toujours maîtrisé. Est-ce qu’il « écrivait » ? Est-ce qu’il « gravait » ?

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Après nos effusions amicales, remarquant le fait d’avoir finalement concrétisé un rendez-vous dont on avait parlé depuis une année, Ghani Alani, très généreusement, m’a montré une partie de ses créatures. Puisqu’on a affaire, ici, à de grandes feuilles aussi robustes que subtiles, j’ai eu la chance de voir (et photographier) une centaine d’oeuvres uniques, l’une différente de l’autre, qu’il garde amassées dans des cartons empilés l’un sur l’autre ou prudemment faufilées dans des tiroirs à plusieurs étages.

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Je n’ai vu que la pointe minuscule d’un iceberg gigantesque. Mais cela a suffi à m’étonner et m’enthousiasmer vivement. Car au fur et à mesure que ces feuilles venaient à la surface, réveillées de leur sommeil pour ce énième visiteur que j’étais, le plus grand calligraphe de France m’expliquait, par sa voix chaleureuse et gentille, que chaque tableau était aussi une poésie. Ou plutôt que chaque poésie, jaillissant librement ou douloureusement de cette plume « chinoise », prenait chaque fois des formes différentes ainsi que des couleurs inattendues, jusqu’à devenir un tableau.

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La calligraphie (ou « belle écriture ») représente en plusieurs civilisations (de l’Égypte à la Mésopotamie, de la Chine au Japon) une forme d’expression « universelle » basée sur la mise en valeur d’un alphabet où les idéogrammes et les suggestions symboliques sont encore vivants même si tout cela a évolué. Même si cet alphabet est parlé et écrit par d’entières nations et imprimé au jour le jour dans les journaux d’une vaste portion de la planète. Un alphabet structuré en fonction de voyelles ou de consonnes tout comme dans tous les autres alphabets (grec, russe, hébreu, français, anglais, et cetera), mais avec quelques « ingrédients » en plus.
« La calligraphie appartient à ces précieux outils que possèdent encore le monde moderne pour rapprocher les hommes en un seul unique, celui de l’esprit syncrétique, de la lumière révélée et du verbe d’amour universel… » voilà ce qu’avait dit Michel Benard en occasion d’une splendide exposition de Ghani Alani à Reims, en 2009. « La calligraphie est une sacralisation de l’écriture, un état d’être, une philosophie de vie oscillant entre les fondations immuables de la tradition et les hardiesses libérées de la modernité. La calligraphie est une trace d’encre à laquelle le calame donne naissance sous la maîtrise de la pensée et de la main experte du calligraphe qui transmet sous multiples variations son héritage spirituel, sa connaissance de l’origine qui révèle à l’homme ce qu’il porte en lui mais ne voyait pas. La calligraphie ne se veut pas un simple acte d écriture, mais se doit d’être un acte de vie, un état d’être et de penser, ayant pour but unique d’unir, de relier et d’engendrer une meilleure harmonie de l’humanité. Pérenniser la proximité et l’osmose en élevant le savoir et les esprits. »

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Comme tous les autres occidentaux, je reste toujours stupéfait devant la force symbolique que ces caractères gardent intacte, sans qu’il y ait apparemment l’exigence d’une « explication » ou « traduction » quelconque. Cette observation ne s’applique peut-être pas à tous ceux qui fréquentent au quotidien la langue arabe, capables bien sûr de lire sans difficulté le texte poétique tout en appréciant la beauté indiscutable de l’œuvre d’art qu’elle est.

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Je me demande pourtant, même pour quelqu’un qui parle et écrit couramment en cette langue suggestive et mystérieuse, si une lecture de ces tableaux poétiques, de ces poésies d’amour ou actes d’amour, est vraiment toujours facile. En considération aussi de la signification et du sens des mots, souvent multiple et parfois contradictoire.
Je me demande d’ailleurs si cette « compréhension » est vraiment importante, voire nécessaire ! N’avons-nous pas aimé les chansons des Beatles et Bob Dylan, même si nous en comprenions juste l’inflexion de la voix, en plus d’un mot ou deux seulement ?

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Une compréhension exacte, précise jusqu’au bout, n’ajouterait pas grand-chose, je crois, à la force communicative de cette œuvre prodigieuse. Ici, le secret réside peut-être dans la constance voire dans « l’obsession » de ce geste quotidien, artisanal et poétique à la fois, qui projette la calligraphie sur des supports cohérents aux expositions publiques, aux maisons des collectionneurs, dans l’esprit du dialogue avec tous les gens passionnés et sensibles.

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Je me demande aussi, symétriquement : serait-elle facile à comprendre une « poésie calligraphique », en italien ou en français ? Un chant en vers qui prenait la forme d’un tableau sous les mains d’un artiste calligraphe de Provence ou de Lombardie ?

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Dans notre culture occidentale, nous avons opéré une rupture nette, une séparation presque définitive entre l’utilisation de l’alphabet et la figure anthropomorphe ou abstraite. Même dans les cas exceptionnels d’une recherche calligraphique soignée, qui met en valeur la beauté et la force sémantique de nos caractères, le dessin et la peinture vont suivre inévitablement un parcours parallèle qui n’est pas toujours complémentaire à celui de la parole écrite.

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On observe chez nous plusieurs exemples où les seuls mots ou les seules lettres de l’alphabet, tout comme les nombres, assument un rôle central ou absolu dans l’œuvre d’art. Mais, depuis des siècles, cela n’exclut pas, mais présuppose, au contraire, l’existence « contemporaine » d’une peinture figurative qui se passe presque toujours d’un « texte » quelconque. Même dans l’art abstrait, on ne peut pas exclure la possibilité de l’évocation sinon de la reproduction symbolique de la figure humaine.

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Apparemment, un art basé exclusivement sur les caractères de l’alphabet — intégrés par un goût même raffiné pour les éléments de la nature, comme les fleurs, les plantes, les animaux et leurs traces sensibles — ne pourrait pas atteindre, surtout en Occident, les mêmes niveaux de compréhension d’un public moyen que les œuvres de la peinture classique, où la figure inscrite dans une narration résume en elle-même tous les messages d’un texte écrit et même plus.

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Et pourtant l’œuvre calligraphique de Ghani Alani nous parle, nous touche, nous bouleverse. Même si nous ne comprenons presque rien des infinis messages textuels que l’auteur y a mis. Aimons-nous instinctivement ces tableaux magnifiques tout comme nous aimerions des peintures abstraites ? Oui, peut-être. Très probablement. Mais il y a quelque chose encore, dans les tréfonds de chacune de ses « poésies d’amour colorées » :

« Je ne veux pas que les fenêtres de ma maison
Soient fermées, afin de recevoir toute les cultures de l’univers
Et répandre la mienne en écho. »

« Le grain de ta beauté, mon amour,
Est le point du verbe aimer, plein d’attraction.
Sans cela, qu’aurait été le principe de Newton ? »

« Tes joues cristallines, les perles dans ta bouche,
Sont la traduction de ma poésie lumineuse. »

« Ses mots se sont baignés dans la mer longue,
Puis le poète les a laissés dorer sous un soleil de sable. »

« La ligne calligraphique est une rencontre des rimes amoureuses de la beauté, et le rendez-vous des amis. »

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Notre enchantement est indéniable quand, petit à petit, nous entrons en tant que spectateurs dans l’univers narratif de Ghani Alani, comme le dit aussi Michel Benard dans un de ses délicats poèmes consacrés à l’artiste que vous trouverez ci-dessous.
Indéniablement, celui-ci « transporte » en France et en Europe une culture millénaire, à laquelle il reste toujours fidèle. En même temps, Ghani Alani n’aurait pas pu vivre à Paris, où il connaît nombreux peintres et sculpteurs parmi les plus célèbres, sans en recevoir une provocation, un défi. Voilà qu’il ne se borne pas à un transfert géographique d’un pôle à l’autre du globe ! Tout au long de ses quarante-huit ans d’installation parisienne, il se cale dans le présent avec son immense bagage culturel et visuel, mettant ses inimitables capacités gestuelles au service d’une figuration qui se projette sans transition dans le futur.

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Mardi dernier, tout en regardant les tableaux de Ghani Alani, je songeais, de plus en plus fasciné, à l’étoffe d’un foulard transparent en train de survoler les humains pour devenir lui-même un objet de découverte et de rêve. Je me suis alors souvenu d’une scène inoubliable d’une comédie d’Eduardo De Filippo, acteur et dramaturge napolitain : « Bene mio, core mio » : « Mon bien, mon cœur »). Le dénouement de cette pièce théâtrale se joue en fait autour d’un foulard, ou pour mieux dire d’une étoffe de soie brochée aux pouvoirs thaumaturges… une étoffe dessinée et colorée par un « homme de science » arrivé à Naples depuis l’extrême Orient (1)…
Oui, les parchemins en grand format de Ghani Alani ont une force particulière, le pouvoir de nous transmettre les couleurs et les musiques d’un monde immense aux innombrables trésors. Un monde qui ne nous apporte que du bien.

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Mon incursion dans le monde poétique et figuratif de Ghani Alani n’est pas finie aujourd’hui. J’y reviendrai bientôt, pour lui poser des questions et aussi, pour essayer, avec mes seuls instruments, décrire voire interpréter quelques-uns des tableaux que je suis en train de montrer aujourd’hui.
Et voilà le sujet autour duquel je lancerai alors ma première question. Pour moi, la poésie et le dessin ont les mêmes racines, le même lieu de naissance : la rêverie, la volonté de vivre en dépit de la mort omniprésente, le geste d’amour. Et pourtant mes textes écrits voyagent sur un autre train, ils partent d’une gare et descendent dans une autre à des horaires différents vis-à-vis des tableaux. Je suis un peintre narrateur ainsi qu’un écrivain pictural… mais les deux formes d’expression sont en lutte, l’une contre l’autre, sans trêve.
Ghani Alani a trouvé, au contraire, depuis le commencement je crois, la juste clé, en réalisant une synthèse merveilleuse entre elles. Il a eu le grand courage de lancer ses créatures dans des orbites universelles et, en même temps, l’humilité pour s’effacer un peu, pour cacher quelque chose chaque fois. Délibérément, il laisse flotter dans l’air le merveilleux sentiment du « non-dit » !

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À Ghani Alani

Lorsque le noir d’encre
Révèle la voix du silence,
La musique du calame
Devient le plus beau
Chant de l’homme,
C’est la note sublime,
La ligne qui transcende la poésie,
Où grandit la prophétie,
Où s’embrase la beauté.
C’est la trace du cœur,
Le signe devenant visible
Sur un fond de ciel bleu.
C’est l’enluminure d’un souffle universel
Qui voudrait déposer sur le monde
Le voile de la connaissance.
Lorsque le noir d’encre
Dispense l’éclat de sa lumière,
C’est un fragment de parole sacrée
Réfugié au grain du parchemin.

Michel Bénard

« Ghani Alani est aujourd’hui reconnu comme un grand maître qui, fait très exceptionnel et rarissime s’est vu attribuer deux fois l’Ijazé, la distinction suprême chez les calligraphes et que l’on peut traduire par transmission ou autorisation. Ghani Alani est un homme qui fertilise l’esprit en allant à l’essentiel, il se fait passeur du savoir, des connaissances et disciplines traditionnelles, mais il est un artiste créateur et un enlumineur d’une grande modernité, grâce à lui et à l’ouverture de son esprit sur le monde, il n’y a ni passé, ni présent, tout n’est qu’une longue continuité vers un futur alimenté d’espérance. » Michel Bénard

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(1) Extrait de la scène finale de « Mon bien, mon cœur » d’Eduardo De Filippo :
VIRGINIA — Ce sera faiblesse, mais depuis peu cela finit. (Elle recommence à pleurer, tandis que Lorenzo, d’un air discret, s’approche d’un meuble ancien, fouille dans un tiroir avant d’en sortir un magnifique brocart fin XVIIIe, bien conservé, aux couleurs très vivantes. Puis il avance vers la femme et, par un geste délicat, appuie mollement la précieuse étoffe sur les épaules de Virginia. À ce contact inattendu, elle demeure un instant frappée de stupeur ; puis elle regarde autour d’elle en quête de Lorenzo, de l’air de lui demander la raison de son geste)
LORENZO (il intervient à propos) — c’est une étoffe de soie brochée fin XVIIIe. Vous l’aimez ?
VIRGINIA — (admirative) Que c’est beau ! (Elle a cessé de pleurer)
LORENZO — Savez-vous pourquoi je l’ai posée sur vos épaules ? Parce que cette étoffe a un pouvoir incroyable, extraordinaire. On ne peut pas dire un pouvoir surnaturel, car la fonction qu’elle déroule a été établie scientifiquement avec des preuves de fait. Mais on pourrait même la définir miraculeuse.
VIRGINIA — (fascinée par cette affirmation, elle le questionne avec intérêt) Vraiment ?
LORENZO — Et pour quelle raison devrais-je vous dire une chose pour une autre ? Tous ceux qui se couvrent le corps avec cette étoffe éprouvent une espèce de bien-être ; ils reçoivent une influence bénéfique, capable de transformer en euphoriques manifestations de joie n’importe quel état dépressif de la personne. (Virginia, subjuguée par ce récit fantastique, devient de plus en plus attentive et intéressée) Un grand homme de science de l’époque — ayant fui de l’Extrême-Orient pour des circonstances mystérieuses — fut invité à la cour de Ferdinand IV, pour qu’il essaie d’arracher la Reine de son état de prostration et mélancolie, où elle était tombée, à la suite d’une maladie ou d’un mauvais sort que lui avaient jeté d’obscurs éléments antimonarchiques. L’homme de science prit un mois. Pendant ces trente jours, il dessina et colora lui-même cette coupe d’étoffe que vous avez sur les épaules et finalement il se présenta à la cour, se déclarant prêt pour l’expérimentation, sûr de sa réussite. En fait, la Reine, grâce à cette coupe de brocart, retrouva son esprit gai et vécut heureuse le reste de sa vie.
VIRGINIA — Comment s’explique cela ? !
LORENZO — Tout le mystère consiste dans le dessin et dans les couleurs. Permettez-vous ? (Il soulève un bord du brocart avant d’y pointer dessus l’index pour que la femme le suive dans ses renseignements et précisions, qu’il veut signaler, pour lui rendre plus simple le dévoilement du mystère) Ne voyez-vous pas ce dessin comme il est contourné au départ, et par quelle vigueur prend-il corps, pour décrire ensuite une courbe délicate qui va former de façon inattendue ce nœud ? Cette trace c’est la pensée qui la parcourt, de façon tout à fait indépendante de notre volonté. La pensée se met en marche avec le dessin, devient robuste au fur et à mesure, se plie pour suivre la courbe délicate, et finalement atteint l’enchevêtrement, le nœud. Celui-ci efface inexorablement la tache obscure à la couleur triste que chacun de nous porte sur sa conscience. Quelle est la couleur triste ? Le noir. Quelles sont les couleurs qui se superposent à la couleur triste ? Les voilà. (Il les dénombre les indiquant une à une.) Rose, rouge, céleste, vert… Une fois effacée la couleur triste, les couleurs gaies entrent en fonction. Donc, dès que je vous ai appuyé l’étoffe sur les épaules, vous avez cessé de pleurer.
VIRGINIA — (heureuse du constat) C’est vrai…
LORENZO — Et je vous donne cette étoffe.
VIRGINIA — (flattée) Vous m’en faites cadeau ?
LORENZO — Elle s’adapte à vous tellement bien ! Elle peut vous rendre heureuse.
VIRGINIA — (ravie) Merci.
LORENZO — (avec une simplicité enfantine) Virginia, voulons-nous nous marier ?
VIRGINIA — (avec une adhésion tout à fait sincère) Oui ! (Une longue pause, pendant laquelle les deux se sourient l’un l’autre, pour confirmer leur adhésion réciproque).
Eduardo De Filippo (traduction Giovanni Merloni)

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Pour agrandir les photos ci-dessus (tableaux et dessins de Ghani Alani)
cliquez sur l’image 

Giovanni Merloni

« Puisqu’il en est ainsi… » un nouveau recueil de poèmes de Jean-Jacques Travers

01 dimanche Fév 2015

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Poètes et Artistes Français

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« Puisqu’il en est ainsi… » un nouveau recueil de poèmes de Jean-Jacques Travers

« Mon âme est pleine de chagrin, pourtant je préfère ne pas me plaindre… » : par cette citation du poète suédois Pär Lagersvist, Jean-Jacques Travers entame ses Réminiscences. Un texte poétique qui rentre parfaitement dans son esprit extraordinaire, capable de nous amuser et nous étonner par sa vision philosophique tout à fait libre et libérée de tous les préjudices possibles. Un texte capable aussi de nous toucher intimement, en nous attirant dans un dialogue qui va de quelques façons nous changer. C’est bien sûr le changement du voyage, telle une révolution permanente tout au long de la vie de Jean-Jacques Travers qu’il partage avec nous lecteurs. Mais c’est aussi, surtout, le changement qui se vérifie mille et mille fois au cours de notre vie même. Les mille morts et les mille renaissances de l’homme observant son déchirement et son incrédulité vis-à-vis des merveilles qui s’évanouissent et celles qui s’affichent à l’horizon avant de frôler de près notre peau stupéfaite.
En avril 2014, j’avais présenté ce « vrai poète » à partir de vieilles publications qu’il m’avait gentiment prêtées. À présent, j’ai le plaisir de partager avec vous, avec ces Réminescences, la lecture de quelques poésies que je viens d’extraire du nouveau recueil de Jean-Jacques Travers : Quae cum ita sunt : Puisqu’il en est ainsi…, aux Éditions les Poètes français, disponible près de l’Espace Mompezat, 16, rue Monsieur Le Prince, 75 006 Paris.

Giovanni Merloni

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Réminescences

«Mon âme est pleine de chagrin,
pourtant je préfère ne pas me plaindre »
Pär Lagersvist

De tant d’aveux ourdis mais jamais proférés
J’ai malgré moi, ce soir, si douce souvenance
Que les rudes remous des remords abjurés
Vont s’effaçant, bercés de soyeuses cadences.

Ô vieux mots démodés, vos antiques splendeurs
Résonneront sans fin de nos fracas ultimes
Et ma voix incertaine en ces bris de ferveur
Épellera longtemps les prénoms trop intimes.

Et que restera-t-il de ce corps brun musclé,
De ces yeux, de ces mains, de ce cœur chaud qui vibre
Quand retentira l’heure abrupte et sans clarté,
Quand l’abstrait giclera de ses oblongues fibres ?

Ah que restera-t-il de mes crissants matins,
De mes blonds souvenirs, cendreuses transparences,
Mais que restera-t-il des rires enfantins,
Des fugaces fraîcheurs aux fragiles fragrances ?

Que restera-t-il donc d’une vie éphémère,
De tout ce qui fut MOI de Tout ce qui fut MIEN :
Une pâle mémoire, une carcasse amère,
Un prénom désappris et puis, un soir, plus RIEN…

Véhémences

J’ai vécu d’autres jours, j’ai connu d’autres lieux,
J’ai rêvé d’autres soirs, j’ai veillé d’autres morts,
J’ai tremblé d’autres soifs, j’ai humé d’autres cieux,
J’ai hâlé d’autres cœurs, j’ai hanté d’autres sorts,
J’ai hélé d’autres voix,
J’ai halé d’autres croix…

J’ai vu les nuits d’enfer, étouffé sous les chocs
Du vent polaire abrupt éructant sa rancune,
Et j’ai pleuré, livide en des déserts de rocs,
La mer polie et moite aux branchages de lune…

En des destins confus, verdâtres et vitreux,
Ma pauvre âme a craqué sous le gong des bourrasques,
Emmêlant ses sanglots aux suintements visqueux
Du sang des printemps morts aux parfums lents et flasques…

Mort au soleil ! Mort aux étoiles ! Mort au jour !
Viennent la nuit, la tempête et ses noirs supplices !
En ricanant le vent pourchasse mes amours
Dans les ruisseaux bourbeux, boursouflés d’immondices…

Laterité

Je n’aurai donc été que racleur de miracle,
Débrailleur d’idéal, débardeur d’ironie :
Me voici devenu déserté tabernacle,
Assèchement d’amont, lagune à l’agonie…

Chanson de mon cœur
(Sydãmeni laulu)

Ton Amour était là… Mais je n’en ai rien su :
Il me fut tant donné… Mais j’ai si peu reçu…

Oui, je veux retrouver les marins assoiffés,
Les éclairs alanguis, les grondements d’aurore,
Les délires d’azur, tes cheveux décoiffés,
Tes yeux doux et brumeux, oui, tout revoir encore…

C’était au temps fougueux de mes larges épaules,
C’était au temps d’avant les sourires avides
Des gueules de l’emploi mimant leurs jeux de rôles
Et des pitres piteux aux esbroufes cupides…

Je n’étais qu’impatient, improbable, impétueux
Tout mon être flambait de toutes ses ferveurs,
Incandescent, fiévreux, j’avançais à pleins feux
Et je rêvais alors d’AUTREPART et d’AILLEURS…

Ton Amour était là… Mais je n’en ai rien su :
Il me fut tant donné… Mais j’ai si peu reçu…

Exil intime

Les jours d’ici sont comme des jours d’Après,
D’Après Tout, d’Après moi, sans couleur et sans son :
Abstraite altérité, sans goût et sans regret,
Comme des jours d’Après les jours d’ici me sont…

Ces jours d’Après viendront comme les jours d’Avant
Et seront confondus sous le Temps péremptoire :
Jours d’Avant, jours d’Après passeront tels le vent
Et c’est ainsi, hélas, que l’on écrit l’Histoire…

Jean-Jacques Travers

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

« Je suis venu pour jouer, je suis venu pour aimer, secrètement pour danser »

29 jeudi Jan 2015

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Artistes de tout le monde, Portraits de Poètes, d'Écrivains et d'Artistes

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« Je suis venu pour jouer, je suis venu pour aimer, secrètement pour danser… »
Une soirée avec Paolo Conte
 

Le soir de mardi 27 janvier, contre mon habitude sédentaire et paresseuse, j’avais accepté l’invitation de mon fils Paolo et m’étais rendu avec lui au Grand Rex.
Rien de plus confortable que de se glisser vers la Mairie du Xe, emprunter la rue du Château d’Eau, traverser le boulevard de Strasbourg, atteindre le coin de la rue du faubourg Saint-Denis avant de nous lancer sur la gauche vers la porte homonyme, dans ce quartier encore fort animé dans ce début de soirée. Avant de toucher de nos mains l’Arc de triomphe qui bouche la rue, nous nous sommes carrément faufilés dans la rue de l’Échiquier… entamant une promenade à zigzag parmi les gens, arrêtés devant les bars, qui s’est bientôt terminée au croisement avec la rue du faubourg Poissonnière. Voilà, sur la gauche s’imposait avec sa tour à la Tatline ce théâtre fantasmagorique dont je n’avais jamais franchi la porte, tout en imaginant la richesse des espaces à l’intérieur, ainsi que la grandeur de la salle des spectacles.
Le nom Paolo Conte court sur la façade de façon discrète, tandis qu’une petite file s’est déjà formée. Comme conseillés par le vendeur des billets nous sommes là avec une heure d’avance. Tout le monde est calme, souriant. Un rendez-vous qui se répète désormais assez fréquemment à Paris : Paolo Conte, chansonnier et poète très aimé en Italie, est connu et aimé en France aussi. Étant parmi les premiers, nous occupons une des meilleures places dans le « balcon haut ». Nous sommes au centre. Juste une file de fauteuils rouges devant nous, rentrant dans le « balcon bas ». Sinon, en dehors de ces deux têtes prévues en dessous de nos genoux, la ligne des yeux va courir tout droit jusqu’au piano, placé au centre du plateau, où Paolo Conte chantera en jouant du piano.
Les deux balcons — haut et bas — précipitent, avec la galerie en forte pente, sur le parterre complètement caché, qu’on peut imaginer gigantesque. Au-dessus des places qui se remplissent doucement et silencieusement, on peu admirer une véritable coupole, un peu kitch, où se projette un ciel étoilé. Le plateau, encadré par un grand cercle rouge shocking, illuminé à point, héberge autour du grand piano un orchestre muet, en attente. Je me souviens alors du mot « golfo mistico » figurant dans une des chansons de Paolo Conte : « Il n’y a rien de plus séduisant qu’un orchestre excité et nymphomane, renfermé dans la fosse (golfo mistico) qui bouillonne de tempête et liberté » (1)
J’avoue que je suis calme, assez détaché et encore préoccupé pour mes articulations supérieures et inférieures que l’étroitesse de ma place empêche tout à fait de mouvoir. Heureusement, mon fils peut encore se plier sur sa gauche vers la place encore vide, me donnant ainsi la chance d’allonger les jambes de temps en temps.
Je ne connais pas les derniers albums de ce créateur unique, dont mon fils est intime connaisseur depuis toujours. Une fois, dans les années quatre-vingt-dix, dans un moment de découragement, mon Paolo avait même appelé Paolo Conte au téléphone. Celui-ci avait été très indulgent avec ce jeune inconnu et l’avait brièvement rassuré…
Ce mardi je n’étais pas là, au Grand Rex, pour découvrir encore mieux les raisons de l’attachement de mon fils à la chanson de Paolo Conte. Je suis moi aussi un sincère admirateur de cet homme doux et amer, triste et pourtant riche d’une vitalité débordante. Faisant partie de la génération qui a connu surtout ses premières chansons, mon souci de spectateur dans un théâtre français, c’était de voir comment Paolo Conte avait su garder la cohérence de son monde poétique en transmettant au public parisien son extraordinaire ironie toujours remplie d’humanité. Car en fait le contexte où ses histoires sont nées et ont grandi a été tout à fait différent.
Mais je n’ai pas eu le temps de me souvenir de tous les titres que j’aurais aimé entendre de nouveau, ici à Paris. Car l’heure était arrivée. Paolo Conte était là.

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Je regrette de n’avoir pas pensé aux jumelles, que ma femme a caché qui sait où. Car mes lunettes, de moins en moins bonnes, m’enlèvent le plaisir des détails. De si loin, par cette faible lumière, même les photos de mon iPhone résultent imprécises et incomplètes. Je vois quand même que Paolo Conte tient debout et garde son esprit brusque et envoûtant même avec les cheveux blancs de neige et l’allure d’homme un peu fatigué.
Le spectacle est merveilleux. S’alternant dans plusieurs formes d’expression — le chant ; la simple récitation ;  l’émission de sons ou de mots estropiés par le biais d’un presque invisible instrument qu’il appuie furtivement aux lèvres — sa voix rauque s’installe toujours au centre de cette « fosse » où les guitares fusionnent avec le saxophone, le violon et le xylophone. Il nous raconte. Ce sont des histoires presque incompréhensibles, pour les Français comme pour les Italiens massivement présents dans le théâtre. Avec mon fils, nous reconnaissons bien sûr la presque totalité des chansons proposées, nous en devinons des passages célèbres, en général incontournables et tellement connus qu’ils font partie désormais de notre langue ou de notre course nostalgique aux trésors persistants de notre extraordinaire culture. Et pourtant, on a ici affaire à de petits passages, à des évocations symboliques et même intimes. Car le primat a été volontairement donné à la musique, à l’orchestration sublime, à la bravoure des musiciens concernés. Car en fait Paolo Conte, en dirigeant l’orchestre derrière lui avec un élégant et souple ondoiement des bras et des épaules — souligné ou coupé par les gestes secs et amoureux des mains ainsi que par les indicibles attitudes de cette petite tête capable de se courber jusqu’à la dernière touche du clavier —, réalise un « pont ». Un pont physique et mental entre ses premières chansons, s’inscrivant parfaitement dans l’esprit rebelle, décalé et mélancolique de l’école de Gènes — très proche de la chanson française de son époque, de Brassens et de Brel en particulier — et la chanson populaire qui évolue avec la danse, la rencontre extra-muros, les endroits décadents et aventureux que l’imaginaire installe volontiers dans ces interminables voyages à travers l’Atlantique. Le Brésil ou l’Argentine de la « rumba » ou de la « verte milonga » (2) sont d’ailleurs un miroir complice où peuvent se refléter les passions sentimentales et érotiques des jeunes impatients de la « campagne » submergée par le brouillard au milieu de la plaine du Pô :

« Je suis venu pour jouer
je suis venu pour aimer
secrètement pour danser... »

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Un solide fil rouge relie entre eux les deux mondes du jeune Paolo Conte, timide auteur de chansons que d’autres ont lancées et de ce Paolo Conte qui vient d’accomplir ses soixante-dix-huit ans et reste pourtant au centre d’une vague dansante où la mémoire et l’histoire des hommes (et des femmes) sont ancrées à jamais.
Une fois réalisée cette liaison indispensable, chaque chanson que j’ai entendue au Grand Rex ne pouvait que confirmer cette émotion. Dans ce minuscule plateau, il y avait un monde énorme qui pulsait avec ces va-et-vient vers la splendide mer de Gènes, vers la sérieuse Turin, vers la vivante Milan qui fut elle aussi une patrie indispensable de la chanson italienne. Si maintenant Paolo Conte voyage avec ses chansons dans d’autres mondes, plus ou moins exotiques, le rythme de son crescendo mélancolique et déchirant est toujours le même qu’on pouvait savourer dans un bal de n’importe quel village de la province italienne des années soixante et soixante-dix.
C’est un monde perdu, désormais. Comme il arrive aussi en France, où la voix d’une Édith Piaf, par exemple, serait peut-être anachronique, aujourd’hui.
Mais la « come di » et la « journée à la mer » (3) resteront dans la tête de chacun, des incomparable berceuses pour les hommes mûrs et les femmes rêveuses.

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En nous éloignant du Grand Rex pour rentrer dans notre quartier — hanté à présent de pulsions et de voix où la rébellion et l’anticonformisme assument un sens tout à fait différent — je remercie vivement Paolo Conte, mon aîné de presque neuf ans, pour ce témoignage incontournable. La chanson italienne est très importante comme le cinéma, elle devrait être connue davantage à l’étranger et particulièrement en France. Il a eu la force et l’intelligence de faire le premier pas. Il a très bien représenté d’autres « frères » (Luigi Tenco, Gino Paoli, Fabrizio De André, Giorgio Gaber, Enzo Jannacci, Lucio Dalla, Francesco Guccini…), auxquels son œuvre n’a jamais été insensible.

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Sotto le stelle del jazz (Paolo Conte)

Sotto le stelle del jazz (Paolo Conte)

Giovanni Merloni

(1) de Il maestro è nell’anima :

Niente di piu’ seducente c’e’
di un’orchestra eccitata e ninfomane
chiusa nel golfo mistico
che ribolle di tempesta e liberta’

Paolo Conte

(2) Alle prese con una verde milonga (1981)

Alle prese con una verde milonga
il musicista si diverte e si estenua…
E mi avrai verde milonga che sei stata scritta per me
per la mia sensibilità per le mie scarpe lucidate
per il mio tempo  per il mio gusto
per tutta la mia stanchezza e la mia mia guittezza.
Mi avrai verde milonga inquieta che mi strappi un sorriso
di tregua ad ogni accordo mentre mentre fai dannare le mie dita…
Io sono qui sono venuto a suonare sono venuto ad amare
e di nascosto a danzare…
e ammesso che la milonga fosse una canzone,
ebbene io, io l’ho svegliata e l’ho guidata a un ritmo più lento
così la milonga rivelava di se molto più,
molto più di quanto apparisse la sua origine d’Africa,
la sua eleganza di zebra, il suo essere di frontiera,
una verde frontiera …
una verde frontiera tra il suonare e l’amare,
verde spettacolo in corsa da inseguire…
da inseguire sempre, da inseguire ancora,
fino ai laghi bianchi del silenzio fin che Athaualpa
o qualche altro Dio non ti dica descansate niño,
che continuo io… ah …io sono qui,
sono venuto a suonare, sono venuto a danzare,
e di nascosto ad amare …

Paolo Conte

(3) Una giornata al mare (1974)

Una giornata al mare
solo e con mille lire
sono venuto a guardare
questa acqua e la gente che c’e’
e il sole che splende piu’ forte
il frastuono del mondo cos’e.
cerco ragioni e motivi
di questa vita
ma l’epoca mia sembra fatta
di poche ore.
cadon sulla mia testa
le risate delle signore
guardo una cameriera
non parla e’ straniera
dico due balle ad un tizio
seduto su un’auto piu’ in la’
un’auto che sa di vernice
di donne e di velocita’.
laggiu’ sento bimbi gridare
nel sole o nel tempo chissa’
mi fermo a guardare
palloni danzare.
tu sei rimasta sola
dolce madonna sola
nelle ombre di un sogno
forse in una fotografia
lontani dal mare
con solo un geranio
e un balcone.
ti splende negli occhi
la notte
di tutta una vita
passata a guardare
le stelle lontane dal mare
e l’epoca mia e la tua
e quella dei nomi dei nonni
vissuta negli anni a pensare.
una giornata al mare
tanto per non morire
nelle ombre di un sogno
forse in una fotografia
lontano dal mare
con solo un geranio
e un balcone.

Paolo Conte

D’Alexandrie vers le pays de Canaan, un roman de Nadine K.

30 dimanche Nov 2014

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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Poètes et Artistes Français, Portraits de Poètes, d'Écrivains et d'Artistes

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Le Nil depuis l’avion, 1983

La chronique extraordinaire d’une « vie ordinaire »

J’avais déjà présenté Nadine Amiel dans ce blog par un portrait essentiel, basé sur la publication de quelques-uns de ses vers et de ses tableaux. Au milieu d’une vision sereine et ironique de l’existence, j’avais cru voir en elle de petits mystères, constellés peut-être de petites traces d’une vie dure et parfois difficile.
D’ailleurs, j’en savais encore très peu.
Un jour, Nadine m’a donné à lire son dernier livre. Il s’agissait, cette fois, d’un roman au titre engageant : D’Alexandrie vers le pays de Canaan. Un livre tout à fait particulier, à plusieurs égards, que je peux avoisiner assez librement. Tout en gardant l’esprit des publications du portrait inconscient où les portraits du dimanche, la plupart consacrés aux artistes et aux poètes, ne se proposent jamais comme de vrais commentaires. Car en fait la structure du livre et sa langue aussi m’autorisent à modifier sensiblement la praxis de sa présentation. D’Alexandrie vers le pays de Canaan de Nadine K, Editions Nouvelle Pléiade, Paris, 2008 — dans sa forme ainsi que dans l’exploitation de son contenu à plusieurs facettes — n’est pas un « objet » littéraire traditionnel. En utilisant une expression typique de notre quotidien, je vais m’adresser alors à ce Roman comme si c’était une personne en chair et os, en lui disant : « je vous laisse vous installer. Ensuite, vous vous présenterez vous-même ! »
Je me bornerai à suivre la trace de ses 39 chapitres. À travers les considérations, les suggestions et les élans poétiques de la narratrice, cette histoire, ainsi que la situation des contextes historiques traversés, en résulteront, comme j’espère, assez compréhensibles.
Évidemment, puisque je ne peux tout transférer dans une seule publication, ce sera la fantaisie du lecteur qui aidera à recomposer la mosaïque (ou le patchwork) aux couleurs toujours appropriées. Et j’imagine qu’il y aura beaucoup de personnes intéressées qui chercheront le livre dans les librairies…
Quant à moi, ce n’est qu’à la dernière page de ce D’Alexandrie vers le pays de Canaan de Nadine Amiel (signé Nadine K.), que j’ai compris quelle avait été la sensation qui m’avait accompagné au fur et à mesure dans cette envoûtante et passionnante lecture : pendant 281 pages j’ai été entraîné par son récit autobiographique comme un radeau à la merci d’un fleuve, calme et accueillant au commencement, qui devient de but en blanc turbulent et orageux, avant de s’apaiser, enfin, dans une espèce de lac ayant une île au milieu : Israël (le lac) et le kibboutz (l’île), avant de remonter à la source (Paris). D’ailleurs, le long voyage de Nadine et de sa famille n’est pas qu’un « témoignage historique » sur l’exode forcé des juifs d’Europe en Israël. Elle nous offre aussi une « leçon de vie », un « manuel éthique » pour faire front aux imprévus, à l’injustice, à la discrimination et à la violence, tout cela accompagné par une rare « légèreté » ainsi que par un esprit « choral et collaboratif ».
Bien sûr, Nadine Amiel née Kantzer a su donner à ce livre le souffle indispensable pour ne pas se renfermer dans le journal d’une vie aux passages hasardeux et parfois difficiles. Tout au long de cet ouvrage, elle adopte une écriture d’équilibriste. Néanmoins, tout en marchant sur un fil suspendu bien au-dessus de nos têtes, elle trouve une façon très efficace pour inscrire les circonstances de sa vie dans la vie de millions d’autres vies, évitant soigneusement de livrer au public le énième document sur la pénible odyssée d’une « étrangère » – avec sa mère, sa sœur et son mari – dans l’époque la plus difficile pour les juifs d’Europe.
Une odyssée qui n’est pas terminée avec les horreurs de la Shoah et de la Seconde Guerre, car une nouvelle saison d’incertitudes s’affiche après le 14 mai 1948 pour les pionniers du nouvel État d’Israël ainsi que pour les juifs de toute la planète.
D’ailleurs, notre narratrice demeure critique envers toute régression dans la rigidité et dans l’incompréhension de l’autre. Si elle ne cache pas d’avoir partagé l’enthousiasme pour le naissant État d’Israël, elle ne cache pas non plus ses critiques aux dérives successives. Si dans ce livre, « en tant qu’étrangère », elle ne se juge jamais comme une victime, elle proclame son droit à la citoyenneté dans le monde civil. Un droit qui ne se sépare jamais de la tolérance et l’amour pour les autres personnes et cultures.
On dirait donc qu’elle partage sans réserve le mot de Theodor Adorno : « Écrire un poème après Auschwitz est bar­bare ».
Sans trop fouiller à la recherche du véritable sens de l’injonc­tion du grand philosophe, Nadine K. se borne à nous donner les coordonnées de l’Histoire qui s’écoule autour d’elle. D’ailleurs, au fil de cette « chronique extraordinaire de vies menacées », elle néglige volontairement de citer les noms des camps d’extermination — Auschwitz, Goulag, Treblinka, Kolyma — « ces noms qui ont marqué le XXe siècle, percutant nos mémoires tout en inter­rogeant notre être au monde ».
Nadine K. nous invite à nous pencher sur une « vie ordinaire », sur la magie des coïncidences, sur les sentiments humains les plus simples ainsi que sur le désir d’une vie illuminée par la beauté de la littérature et de l’art.
C’est peut-être la même vie « ordinaire » que tout le monde aurait aimé pouvoir assurer à la petite Anna Frank — son aînée d’un an à peu près — si celle-ci n’en avait pas été arrachée par l’inexorable filet de la haine.

Giovanni Merloni

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Le Nil depuis l’avion, 1983

D’Alexandrie vers le pays de Canaan, un roman de Nadine K.

Prologue
(La « chronique » démarre à Odessa, en début du siècle dernier. Boris Kantzer, le grand-père de Nadine, est en train de discuter avec sa femme Rachel au sujet du talent précoce de leur benjamin Jacques, le père de la narratrice.)
(page 7)
« Tu te rends compte, Boris, il n’a pas encore 3 ans !… Tu as raison Rachel, d’ailleurs notre nom Kantzer, autrefois Kantsler voulait dire ministre »

(page 8)
« Un sombre destin les attend cependant. Un soir où il a neigé plus que de coutume. Boris sort de la synagogue. Il fait nuit noire. Il a du mal à retrouver le petit chemin habituel pour rentrer chez lui. Soudain son pied bascule et est happé par un trou dissimulé sous la neige… Pendant ce temps, les aiguilles de la montre tournent et Boris n’est pas encore là. Rachel est soucieuse. Il s’écroule devant la porte. La jambe de Boris est meurtrie. Elle s’appelle à un médecin. Celui-ci lui chuchote à l’oreille son inquiétude. De jour en jour la blessure s’aggrave. La gangrène gagne sa jambe et il décède quelque semaine plus tard. La scène est effondrée. C’est tristement qu’elle pense à ses cinq enfants et à l’énorme responsabilité d’un futur bien menaçant. »

(La grand-mère paternelle, Rachel, restée veuve, décide de partir en Égypte avec ses cinq enfants. Jacques, le futur père de Nadine, est le benjamin.)
(Quant à la famille de grands parents maternels, d’origine italienne, elle est installée au Caire depuis longtemps. Après la mort d’Hélène, sa première femme qui lui a donné huit enfants, le patriarche Aron Mirès épouse Henriette. De cette union naissent huit enfants. Inès, la future mère de Nadine, est la benjamine.)

Le pensionnat de la Mère de Dieu
(pages 14-15)
« À l’âge de l’adolescence Inès et (son frère) Gaston se rapprochent. Ils évoquent leurs désillusions. Ils ont un groupe d’amis commun. Ils fréquentent un milieu amateurs de comédies françaises et de bonnes lectures. Inès se passionne pour les grands écrivains tels que Pierre Benoît… Elle est sous le charme, elle décide de lui écrire. Elle reçoit en retour une lettre de quoi épater ses amies. Côté élégance, elle y met tout son talent. Elle n’hésite pas à commander des vêtements aux Galeries Lafayette à Paris. Tout son argent de poche y passe. »

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La rencontre
(La rencontre entre Inès Mirès et Jacques Kantzer, futurs parents de Nadine, se déroule à Zamalek, riche banlieue du Caire.)
(pages 19-20)
« Quelques mois après ma naissance Rachel décède. Jacques est meurtri… Simultanément la crise économique mondiale sévit. Quelques années auparavant  mon père avait monté dans le centre du Caire une entreprise de cuir. Il représente une Maison Autrichienne et les affaires semblent évoluer favorablement. Il désire s’agrandir et met en place dans les villages des représentants qui vendent à crédit. La crise aidant, l’entreprise fait faillite. Jacques est accablé. En réalité, la faillite est double, professionnelle aussi bien que conjugale. Devant les incessantes imprécations de mon père, ma mère cède sa bague de fiançailles et, de concession en concession, elle se trouve vite dépossédée. L’atmosphère se gâte. Pour seules conversations on évoque le Mont de Piété, les dettes nombreuses. Inès est au désespoir. Jacques n’est pas encore remis du décès de sa mère qu’il doit affronter un divorce. Il flanche dans la dépression. … Inès est contrainte, ses deux bébés dans les bras, de regagner le toit de sa belle sœur… elle décide de vivre à Alexandrie et volontairement s’exile… Une autre vie commence enfin pour nous ».

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Alexandrie
(page 21)
« À Alexandrie notre première installation est à Ibrahmieh, pas loin du bord de mer. »

Notre école
(page 26)
« Quand j’ai pu manier ma plume mes premières lettres ont été pour mon père, ce père resté dans l’ombre qui soudain se révèle à moi. Très tôt je griffonne des petits mots à son intention. Il est fier mais m’a toujours soupçonnée de m’être faite aider par maman. Dans chacune de ses lettres il me dit : Ma chérie, je souhaiterais que tu écrives tes lettres toi-même ».

Notre maison
(pages 33-34)
« Notre chambre est meublée à l’ancienne. Une armoire avec un miroir, un chiffonnier et un meuble de toilette avec deux tiroirs. C’est dans un de ces tiroirs, côté gauche, que j’entasse à mesure les lettres de mon père si précieuses pour moi. J’ai jusqu’aujourd’hui du mal à en parler. Lors de mon départ précipité à l’occasion de mon mariage, elles sont restées à mon grand regret bien au chaud dans leur tiroir. J’espérais que maman me les amènerait quand elle viendrait en Israël, mais non. Cet acte manqué me poursuivra toujours. »

Notre quartier
(page 35)
« Le matin, dès que nous sortons de chez nous pour aller à l’école, nous croisons les élèves du lycée dont quelques-uns nous sont familiers. À mesure que nous avançons nous sommes confrontés aux scènes de rue typiques de ces pays d’Orient. C’est pour nous notre quotidien…
Parmi les indigènes qu’on rencontre dans les rues, nombreux marchent pieds nus et portent une jallabeya et un fez, bonnet tissé de fil rouge. D’autres portent plus volontiers un tarbouche, couvre-chef en feutre bordeaux avec un gland sur le côté. Ils appartiennent à une classe plus aisée. »

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Notre gouvernante
(page 40)
« Madame S. joue un rôle majeur dans notre vie d’enfant où le cadre familial est, pour ainsi dire, cassé. Elle vient au secours d’une mère en difficulté avec elle même, elle embellit à sa manière ces jours fragiles qui fuient sans que l’on ne s’en aperçoive. Elle sait, à tous moments, recueillir nos états d’âme et panser nos bobos ».

La plage de nos amis de l’été
(page 45)
« La plage est à dix minutes de chez nous. Nous y allons à pied. Les chèvrefeuilles  longent la route qui mène à la mer. À peine arrivées, le sable chaud et l’air marin nous réconfortent. »

(page 47-48)
« L’été touche à sa fin. Nous jouissons des dernières heures de soleil de ce jour finissant. Il disparaît lentement en déployant un éventail de couleurs qui nous plonge dans une demi obscurité. La mer est épuisée par l’agitation de ses vagues, une écume blanche frisonne et s’amenuise en se retirant vers le rivage. »

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Rencontre avec mon père 
(pages 49-50)
« Les enfants j’ai quelque chose à vous dire.
Visiblement elle (Inès, la mère de Nadine) éprouve une certaine gêne.
Vous êtes en droit de savoir que votre père vit au Caire et qu’il désire vous voir. Cette phrase tombe et nous laisse muettes. »

(page 51)
« Il me parle de littérature : de Madame de Staël, de Mme de Sévigné, de Mme Curie, de Voltaire, de Victor Hugo, de Pascal le distrait qui écrivait ses équations sur le capot des calèches. Et puis, par une polémique savante, il soutient que les femmes sont supérieures aux hommes. Un féministe avant l’heure ! »

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La guerre éclate en Europe (1939)
(page 55)
« Jusque là nous avons été épargnés, mais quelques mois plus tard le spectre de la guerre va devenir pour nous aussi réalité. Voilà que les forces d’Hitler prennent la route de la Méditerranée. Les nouvelles qu’on entend à la radio sont de plus plus préoccupantes.
Le black out est déclaré.»

(pages 55-56)
« Eh ! Là-haut ! Éteignez vos lumières. Vous n’entendez pas la sirène ?
Quoique équipé… de papier bleu, il faut croire que nos lumières sont perçues de l’extérieur. Nous avons été taxés par l’agent de sécurité de malveillance, alors qu’il s’agissait d’une négligence involontaire. Ce monsieur nous accusait, procès verbal à l’appui auprès du… poste de police, d’avoir envoyé des signaux. Il s’est permis de laisser échapper des propos désobligeants à l’égard de maman. Ça en était trop ! Maman ne put contenir sa rage et alla jusqu’à rétorquer à son tour : « vous êtes un goujat, Monsieur !' »
Ce mot fut happé par nos oreilles enfantines qui en résonnent encore.
Cette nuit une bombe est tombée dans l’immeuble en face de chez nous. Le lendemain nous apprenons qu’une de nos petites camarades a été grièvement blessée à la tête. Ella a dû subir une trépanation et cela nous a beaucoup émus.
À la radio, on entend : « Le général Rommel et ses troupes sont à El Alamein, à trois heures d’Alexandrie. » … La panique gagne la population. On s’interroge ? Certains rejoignent leur famille au Caire. Nos voisins plient bagages. L’oncle Gaston et la tante Inès nous proposent de nous rendre chez eux afin d’être tous réunis au cas où le destin nous réserverait des surprises. »

(page 57)
« À la maison on se prépare pour aller chez l’oncle Gaston. Maman est très occupée à préparer non bagages. J’insiste d’emporter ma boîte de vers à soie et leur indispensables feuilles de mûrier. »

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La famille réunie 
(page 60)
« Ici à Palais nous avons le sentiment que les événements de ces derniers jours ne nous concernent pas vraiment. Je retrouve mes petits cousins dans leur petite chambre. Ils font rouler leur petites voitures sur le sol. Bruno m’aperçoit et il est très intrigué par la boîte que je tiens avec précaution sous mon bras. Il me demande : qu’est-ce que tu as dans cette boîte ?… Ce sont de vers à soie, voyons ! Ils ne mangent que de feuilles de mûrier et il ne faut pas les déranger car ils doivent dormir maintenant. »

(page 63)
« Le calme revenu, les grandes personnes s’empressent d’aller aux nouvelles. Installés au salon, silencieux, ils sont prêts à affronter la réalité qu’ils espèrent plus rassurante. De jour en jour les nouvelles évoluent favorablement pour les alliés. Les général Koenig remporte une victoire à Bir Hakim. Les Allemands sont forcés de reculer. Ensuite, c’est Rommel, le général allemand qui bat en retraite. C’est comme cela qu’El Alamein ne sera plus pour nous désormais qu’un mauvais souvenir. »

La guerre et ses conséquences
« Plus tard c’est le débarquement des alliés et la libération de Paris. C’est l’euphorie. Simultanément c’est la révélation des prisonniers des camps de concentration et de la mort (six millions de juifs ont été tués dans les camps d’extermination nazis). C’est Hiroshima qui mettra fin à cette guerre, mais à quel prix !
Nous n’en sommes pas encore là.
Pour l’heure, dans notre petit coin du monde, dans cet Alexandrie qui a retenu le souffle le temps d’une menace, celle d’El-Alamein, va reprendre le cours quasi normal de la vie. »

La Saint Valentin
(Les deux sœurs, Nadine et Huguette sont nées toutes les deux au Caire le jour de la Saint-Valentin, à une année de distance l’une de l’autre. Cette circonstance, toujours évoquée par leur mère avec enthousiasme, entraîne l’idée du jumelage mais aussi, inévitablement, celui d’une légère rivalité que l’auteure fait ressurgir à peine, par petites coups de son pinceau élégant et léger.)

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Nos vacances de Pâques au Caire
(page77)
« Quand nous partons en voiture avec un ami de la famille, nous empruntons la route du désert, route monotone, mais combien impressionnante ! Nous faisons une halte aux « resthouse », petite buvette située à mi-chemin. Le temps de nous dégourdir les jambes, de boire une limonade et nous reprenons la route en scrutant l’horizon pour apercevoir, le moment venu, les pyramides Kéops, Keffren et Mykérinos qui sont devenues nos amies, tant notre enfance a été rythmée par ces visites annuelles au Caire. »

L’Egypte d’hier et d’aujourd’hui
(page 87)
« À cette époque l’Égypte est sous domination britannique. Il n’en demeure pas moins un pays accueillant . Les grandes villes sont habitées par une population cosmopolite. À côté d’une bourgeoisie locale vivent des européens venus de toutes parts. C’est pourquoi on parle plusieurs langues. On côtoie aussi bien des grecs, des turcs, des arméniens, des italiens, des français et des anglais. »

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(Ils s’ensuivent 11 chapitres très intéressants et beaux, marquant l’adolescence de Nadine jusqu’à son épanouissement en jeune femme adulte, que je dois, hélas, sacrifier à l’économie de cette sélection. Voilà ci-dessous les titres) :

Le soir de Pâques
Les soldats en permission
Fin d’une époque 
Les éclaireuses
Départ de maman au Caire
La matinée poétique
Mes cousines du Caire
Nos sorties au cinéma
L’oncle Max et mes cousins
Promenade sur la corniche 
Les examens du B.E.P.C.

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Vie active
(page 129)
« Nos exigences financières nous rappellent à la réalité. De concertation avec maman, Huguette et moi avons décidé de nous pourvoir d’un bagage pratique minimum pour tenter notre chance dans le monde du travail. »

(pages 138-139)
« Cette joie de vivre va lentement s’estomper. Le 14 mai 1948 la proclamation de l’état d’Israël par Ben-Gurion déclenche des remous dans le pays. Le climat politique s’envenime.Tous les états avoisinants se sont ligués pour évincer ce nouvel état. L’armée égyptienne est mobilisée sur le champ de bataille. Le roi Farouk et les autorités locales craignent la montée de mouvements subversifs de tous bords : les communistes, les frères musulmans, le sionistes. En conséquence ils entreprennent des rafles politiques et décident de les interner dans des camps, « Aboukir » entre autres.
Notre mouvement est menacé. Nous passons dans l’illégalité. Devant ce changement radical il nous faut repenser notre politique, repenser notre avenir. La plupart d’entre nous envisagent de partir à l’étranger. Certains y sont contraints. D’autres estiment devoir rester. Tous ceux, enfin, qui sont concernés par la naissance du nouvel état se rendront en Israël. Pour moi le vide fait place à la vie trépidante, pleine de sens et de responsabilité. Il me semble sombrer dans le néant. »

Le match de basket
(page 141)
« Je me laisse faire. Je me souviens de la petite fille timide, habillée d’une robe blanche avec un grand col marin qui a franchi le seuil de cette institution sportive pour la première fois. Mimi est à mes côtés. Elle a prit l’initiative de la rencontre et s’en acquitte fort bien. Elle m’emmène vers la salle d’athlétisme. C’est au fond du couloir que nous voyons apparaître nos deux héros comme s’ils avaient deviné notre venue. Mimi de dire : « Je te présente Victor et voici Marcel » avec un petit air entendu.
Après un court préambule j’entend une voix qui m’est inconnue : « Victor, tu raccompagnes Mimi, je raccompagne Nadine » (dit Marcel, celui qui sera connu plus tard comme le mari de Nadine).

(page 145)
« Dans le quotidien, mon nouvel ami travaille en qualité de chef comptable. Il a bien d’autres responsabilités dont j’ignore jusque là l’existence. C’est son côté militant. Depuis les révélations et les divers témoignages des rescapés des camps de la mort, les jeunes ont d’emblée ressenti la nécessité d’émigrer en Israël et de rejoindre les nombreux pionniers venus d’Europe et d’ailleurs tels Ben-Gourion, Golda Meyr et Moshe Dayan. »

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Émigration vers Israël 
(page 148)
« L’oncle Gaston aussi envisage de partir. La décision demande réflexion. La tante Inès propose qu’on en discute autour d’un dîner. Ils nous invitent pour le shabbat. L’oncle Gaston demande quelques conseil à Marcel avant de s’engager : Quelles sont les possibilités pour nous, à notre âge, de vivre en Israël et quelles seraient éventuellement les démarcher à faire ?
Tout d’abord j’approuve votre intention. Les derniers événements nous ont permis de prendre conscience que les étrangers sont indésirables. Tôt ou tard nous serons expulsés. Ce que je vous suggère c’est de rejoindre dans un premier temps un kibboutz. Vous pourrez évaluer la situation par la suite. C’est ce que je pense, mais ce n’est qu’une suggestion. Avant de partir, je vous mettrai en contact avec un de nos dirigeants afin qu’ils s’occupent de votre alya ».

Le procès…
(Engagés dans l’effort d’aider les uns et les autres « étrangers » à quitter l’Egypte, les deux meilleurs amis de Nadine, Benny et Jules – nom de bataille de Marcel – tombent dans le filet de la police et subissent un procès qu’ils affrontent avec grande souplesse et insouciance.) 

La prison de Hadara
(pages 163-164)
« Nous étions en pleine saison hivernale. Cet hiver là fut très rigoureux. Les nuits étaient redoutables. Ils dormaient à même le sol sur une maigre paillasse. Le vent et la grêle soufflaient et pénétraient à travers la lucarne placée au-dessus de leur tête. Ils avaient beau s’emmitoufler de vêtements chauds. Rien n’y faisait. Ils racontèrent qu’ils avaient revêtu tous les vêtements en leur possession. Certains, ils les enfilaient côté devant et d’autre côté dos. Peine perdue. Ils se blottissaient dans un coin de la cellule. Ils ne parvenaient pas à calmer le grincement de leurs dents et leurs articulations en avaient drôlement souffert…
C’est à travers la grille que Jules et Benny tentèrent d’établir un dialogue. C’est dans une cacophonie indescriptible qu’ils parvenaient à transmettre en français de précieux messages « Enveloppez les aliments dans des journaux » criaient-ils. Ceci leur permettait de s’informer de l’actualité. « Placez une lame à raser au fond de la soupe ». Cette lame allait être collée à l’aide d’un peu de salive au mur gris de la cellule. Indécelable défi. Elle leur permettrait de se raser avant les visites des parents pour ne pas les démoraliser. »

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Aujourd’hui on se marie
(page 182)
« Marcel, muni de son passeport et moi de ma feuille de route, nous empruntions avec appréhension le fameux passage tant redouté. Moment crucial. Le effendi de service examina à tour de rôle les passeports et la feuille de route et, imperturbable, tournait les pages de son registre et lisait à mi-voix les noms des personnes recherchées pour un manquement au fisc ou tout autre délit. Soudain, il leva les yeux vers nous et nous observa. Il prononça notre nom qu’il répéta une ou deux fois, nos cœurs s’arrêtèrent de battre. Une minute dit-il…
Ces quelques secondes furent interminables, quand il enchaîna en grommelant : Non, c’est un autre… Un soupir et nous voilà sur le IONIA. »

La traversée sur le Ionia
(Belle description des premiers jours de « lune de miel des époux Amiel »  d’Alexandrie jusqu’à Marseille.)

Notre arrivée à Paris
(pages 193-194)
« Je me sentis toute petite dans ce grand Paris dont j’avais tant rêvé. Il pleuvait ce jour-là. La noirceur des immeubles se confondait avec mon état d’âme. J’avais quitté mon pays natal, je laissais derrière moi : maman, ma sœur et toute mon enfance. Je ne me souviens pas, cependant, avoir été suffoquée de nostalgie. J’étais, il est vrai, bien entourée. Mes gardes du corps étaient grands assez pour me protéger et séduisants à en juger par la photo traditionnelle prise au haut de la Tour Eiffel… »

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La terre de Canaan et le Kibbouz
(pages 215-216)
« Dans les premières heures, les parfums de la nature, le contact de la terre m’avaient paru agréables. J’avais comme tâche de débarrasser les sillons des mauvaises herbes. Au fur et à mesure que le soleil devenait plus présent mon impatience grandissait. Le temps devenait long. Je me sentais marginale. Je ne connaissais pas un seul mot d’hébreu ! Mon intégration allait en souffrir. Marcel en revanche n’eut pas ou peu d’effort à faire. L’hébreu lui était familier. Il eut sa crise mystique et comme tous les adolescents fut pour un temps un fervent des lieux sacrés. Bien plus dynamique que moi, il ne tarda pas à frayer avec tous les jeunes sabrés nés dans le kibboutz. Curieusement, il ne trouva pas nécessaire de me joindre à toutes ces nouvelles relations. Il fit bande à part et me délaissa comme s’il ne m’avait jamais connue.
Mon univers s’écroulait. Le plus déconcertant c’est qu’il se refusa à toute explication. Attitude masculine qui consiste à revendiquer sa liberté au moment opportun. Je crus me faire justice et, impulsive, quittai, en son absence, mon lieu de résidence. J’espérais une réaction à ce geste. Peine perdue… »

(pages 218-219)
« Quelques jours plus tard je fus interpellée par un de nos amis alexandrins très proche de Marcel : Veux-tu me raccompagner chez moi, j’ai à te parler ? Je le suivis sans me douter de la nature du propos. C’est dans sa cabane une fois assis qu’amicalement il me dit : Je viens de voir Marcel. D’après ce qu’il dit, il voudrait reprendre la vie avec toi. Il ne sait comment te le dire. Il t’aime et il regrette… je l’interromps en m’exclamant Non, non, je ne peux pas, je ne pourrai pas. J’ai été profondément humiliée et je ne pourrai en aucune façon faire face à un avenir instable. Je ne le supporterai pas.
Il avança alors l’argument majeur qui me fit flancher : Est-ce que tu l’aimes toujours ? et je me souviens qu’après quelques minutes de réflexion, je m’entendis dire : oui. Alors tel un grand frère m’expliqua : Tu sais parfois il y a des brèches dans la vie comme dans une jolie robe à laquelle tu fais un accroc. Après un stoppage on ne voit même pas la trace. Le temps se chargera de cicatriser la blessure. Il faut que tu lui parles, que tu lui expliques… »

(page 237)
« Ce pays qui venait de naître revêtait une âme généreuse propre aux idéalistes. On vivait les restrictions matérielles avec décence. On pouvait voir dans les rues les gens habillés simplement. Les hommes portaient des pantalons kaki et des chemisettes à cols ouverts été comme hiver. Les femmes portaient pour la plupart des robes de coton. Les restrictions étaient multiples. Nous ne mangions pas de viande tous les jours, la farine, le sucre et certains produits laitiers tel que le fromage étaient rationnés. Les textiles aussi. Nous étions tous conscients de vivre une période privilégiée au lendemain de la guerre d’indépendance où de nombreux jeunes avaient péri. Nous étions persuadés de contribuer, chacun à notre échelle, à faire de ce jeune pays un pays de rêve. »

(page 240)
Nous sommes en 1953. Une crise idéologique se fait jour au sein du kibboutz. Elle couvait depuis pas mal de temps. Le soir, les réunions politiques deviennent de plus en plus tumultueuses. Riffin, haver Knesset et membre du kibboutz appartenait au mouvement de gauche Mapam. Meïr Yaari était à la tête de ce mouvement dont nous avions depuis longtemps adopté l’idéologie. Un soir il nous avait surpris par ses propos. Il s’était lancé dans une apologie du travail qui consisterait à embaucher des ouvriers rémunérés au noir : Les bananes pourrissent et pas assez de main d’œuvre, prétend-t-il.
Les contradictions se multiplient. Comme tous les jeunes nous sommes intransigeants. Nos convictions ne nous permettent pas d’accepter l’idéologie de la « PENSÉE UNIQUE ». Éliminer le dialogue, imposer une politique, c’est porter atteinte à la liberté. La situation s’envenime. Certains des dirigeants décident d’exclure tous ceux qui ont rejoint le Dr Sneh, mouvement d’extrême gauche. Les anciens du Kibboutz s’inquiètent. Conscients de notre potentiel de travail, excédés, ils durcissent leurs menaces et décident d’exclure tous les dissidents sans aucune indemnité. »

(page 242)
« Avec le recul je suis persuadée que l’expérience a été, quoique difficile parfois à bien des égards, une expérience fabuleuse. L’esprit du kibboutz aujourd’hui est bien plus individualiste et c’est bien regrettable. L’évolution conflictuelle du pays a quelque peu terni l’idée que nous nous faisions de l’idéalisme. »

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Holon, ville émergée des sables
(page 271)
« 12 Juin 1959. 8 heures du matin. Un enfant naît. Toutes les secondes pareil événement se produit, mais … mais … dans notre famille le monde a changé. Tout va se régler désormais sur le rythme de cette petite vie qui commence… »

(page 279)
Une surprise nous attendait. Ce soir-là Marcel, nous annonçait qu’on lui proposait d’être muté à Paris en tant que Directeur Financier pour une période de six ans environ. Le temps pressait. On ne nous en laissait pas beaucoup pour nous organiser. À El-Al toutes les décisions se prennent en dernière minute. Il va s’en dire que ce projet nous tentait et nous laissait rêveurs.

(page 281)
Le lendemain à 5 heures du matin nous nous rendions à l’aéroport Ben-Gourion. Le vol d’El-Al était prévu pour 7 h 30. Pour les enfants c’était leur baptême de l’air. Ils furent très gâtés à bord par les hôtesses. Joël, malicieux de nature avait adopté l’une d’elles, et l’avait apparemment séduite.
Nous débarquions à Orly, Marcel, Dany, Joël et moi. Le soleil brillait sur Paris. Nous étions heureux.
Les événements nous ramenaient vers la France, notre patrie d’adoption qui deviendra avec les années notre seconde patrie.

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Nadine Amiel K

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La Chine est proche : un article-dazibao pour Jin Siyan

09 dimanche Nov 2014

Posted by biscarrosse2012 in commentaires et débats

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Poètes et Artistes Français

Samedi 25 octobre, près de l’Espace Mompezat, siège de la Société des Poètes français, j’ai eu la chance de participer à une rencontre tout à fait inhabituelle où les qualités humaines des participants — ne faisant qu’un avec une vision convergente de la poésie et de la vie — ont spontanément créé un climat d’amitié et de fraternité sincères.
Dans cette rencontre, l’œuvre poétique de Jin Siyan — remarquable par la force imaginative ainsi que par l’épaisseur philosophique — a été présentée et commentée par Michel Bénard et interprétée par Claire Dutrey de façon tellement passionnée et efficace que je ne saurais y ajouter rien de vraiment nécessaire.
Vous trouverez ci-dessous l’intégralité de l’excellente présentation de Michel Bénard, que je me suis permis de diviser en deux parties, en fonction de la lecture du texte original de Jin Siyan et de sa compréhension.
Je n’ai pas eu la promptitude pour enregistrer voire filmer l’interprétation extraordinaire de Claire Dutrey, sa lecture intelligente et sensible, si fidèle à la voix sidérale et intime de Jin Siyan. Je n’ai pas pu garder non plus une trace de l’intervention de Jin Siyan, l’auteure du poème « Des ancêtres, l’enfant ». Ainsi que d’autres participants, parmi lesquels mérite d’être nommé le peintre-calligraphe Ye Xin, auteur du tableau de couverture, dont quelques oeuvres étaient exposées samedi aux murs de l’espace où se déroulait notre réunion. Une documentation sonore et visuelle de cette rencontre à l’enseigne de l’empathie et du partage aurait sans doute donné à la publication d’aujourd’hui la touche de la perfection.
Je suis en même temps content de ce petit manque, car il faut toujours se méfier de la perfection. Et parce que cela me donne justement la possibilité d’ouvrir une petite parenthèse au sujet de la perfection ou, pour être plus précis, de l’imperfection, que je découvre comme un des thèmes primordiaux à l’intérieur de l’œuvre de Jin Siyan.
La perfection sera, selon Jin Siyan, une des questions qui n’auront jamais de réponse. D’ailleurs, « les questions n’exigent pas toutes de réponses ». La poète-philosophe nous encourage plutôt à puiser dans l’expérience, c’est-à-dire dans le dialogue continu avec les ancêtres et la nature, tout en sachant que notre voyage sera toujours marqué par l’imperfection de notre nature périssable et incertaine.
On rencontrera toujours des amis précieux et des amis dangereux, des maîtres indispensables et de mauvais maîtres. Et l’on tombera plusieurs fois dans l’erreur avant de devenir capables de reconnaître l’ami fiable et le maître de vie. Et même lorsque nous serons plus experts, plus vieux, enrichis par cette difficile traversée dans les pulsions contradictoires de la vie, nous ne devrons pas croire aux leurres de la perfection.
Voilà ce que la lecture du livre de Jin Siyan nous apprend, au beau milieu d’un texte poétique où la sagesse orientale se croise, avec ses images de voyages cosmiques, avec la stupeur fabuleuse du Petit Prince de Saint-Exupéry : la perfection est dans la nature, dans un point invisible qui se perd dans la ligne de l’infini. L’homme devra toujours mesurer son imperfection avec cette cosmogonie inaccessible. Accepter ce défi et la conscience de l’échec inévitable comme passage obligé de l’existence. On ne peut pas grandir sans se mesurer avec des épreuves de plus en plus difficiles. En même temps, il faut s’armer de sagesse et légèreté : jouer le jeu tout en connaissant l’enjeu.
Devrions-nous alors renoncer, sans hésiter, au monde des formes ? Nous soustraire aux idéologies et aux mythologies qui placent l’homme au centre de l’univers l’incitant au combat et au dépassement de soi-même ?
Installez-vous ! Je vous laisse lire cet article-dazibao, probablement le plus long (et étroit) dans ma carrière de blogueur, où — grâce aux commentaires de Michel Bénard et au vers de Jin Siyan — vous trouverez, j’espère, une réponse valide à cette primordiale question.
Quant à moi, si je ferme les yeux pour chercher les choses qui m’ont touché le plus — dans la rencontre et dans le livre — je vois d’abord ces deux langues qui se parlent visuellement, d’une page à l’autre, sans se comprendre pas réciproquement, peut-être. Nous, les Occidentaux, il faut l’admettre, regardons cette écriture dessinée comme un hiéroglyphe beau, mais incompréhensible, tandis que les gens de l’orient de la planète regardent peut-être les fluctuations de nos calligraphies sans discipline comme des gribouillis dépourvus de sens.
Et pourtant les deux pages en vis-à-vis se parlent. En y revenant, on voit qu’à chaque vers sur la droite correspond un vers sur la gauche. Parfois, ce dernier est plus court, parfois plus long. On devient curieux : est-il possible que ces dessins alignés l’un après l’autre aient la même signification, en chinois, que nous avons lue et comprise en français ?
Non, nous dit Jin Siyan, il y a toujours, en chaque langue, un esprit différent. Parfois, elle a créé ces textes en chinois, parfois en français. Donc, l’un et l’autre sont alternativement un texte original ou une traduction de l’autre langue.
Cela veut dire que dans la personne de l’auteur la distance entre la France et la Chine disparaît au fur et à mesure. Elle aime la langue française tout comme sa langue maternelle. Petit à petit, dans son esprit, sinon un mélange, une conversation se déclenche au jour le jour.
Une telle dialectique pourrait servir à rapprocher les peuples, à changer aussi un peu notre monde de plus en plus cloisonné. Pour moi, après la rencontre de samedi, la Chine est (plus) proche, beaucoup plus que la Chine dont parlait Marco Bellocchio dans son film de 1967. Car il a suffi du temps d’une rencontre autour d’un texte poétique pour qu’une affinité de goûts et de sensibilités se révèle entre de gens venant de différentes cultures et philosophies de l’existence. Il n’y a qu’à continuer à fouiller dans ces affinités, travailler pour un rapprochement plus serré qui nous aide à mieux nous comprendre réciproquement.
Je garde une deuxième impression, ou plutôt un souvenir touchant de cette rencontre : le récit de Jin Siyan au sujet du motif primordial d’où ce livre est parti. Sa rencontre avec son fils au jardin du Luxembourg, une phrase — quelle phrase ?… — que son fils avait dit faisant tout déclencher. L’intervention de son mari, un homme très sympathique et intelligent qui nous a provoqués sur la signification du mot « poésie ». Selon l’héritage grec et latin, la poésie réside dans l’action fabricatrice des mots (et des signes). Une espèce de « sculpture des mots ». Dans la culture chinoise, la poésie est la nature même…
Giovanni Merloni

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Oeuvre du peintre-calligraphe Ye Xin

Jin Siyan, l’hirondelle aux fils d’or

« Juste un petit clin d’œil vers Jin Siyan dont l’enfance se déroule dans une Chine ployée sous le joug de la toute puissance d’une révolution dite culturelle et menée par la poigne de fer de Mao Tsé Tun, avec un papa qui défie à sa façon le régime en écoutant en secret la BBC et en apprenant à ses enfants les pièces de William Shakespeare. Ecole, à Pékin dans un contexte difficile, une surveillance accrue, basculant souvent dans l’absurde sous l’arrogance et l’abus de pouvoir de certains gardes rouges ignorants ou autres jugements arbitraires de petits commissaires du peuple qui décident de ce qui est bon ou ne l’est pas ! Puis viendra l’heure de l’Occident où elle fera ses études universitaires. Aujourd’hui Jin Siyan est professeur de littérature chinoise à l’université d’Arras, conférencière, traductrice, rédactrice et auteure de nombreux ouvrages en nom propre et collectifs et bien d’autres choses, comme par exemple directrice de l’institut Confucius qui œuvre pour le rapprochement culturel franco-chinois.
Que notre amie devienne poète était pratiquement une évidence, car lorsque l’on porte le nom de Jin Siyan qui en traduction française veut dire approximativement «  l’hirondelle avec des fils d’or » je préfère « l’hirondelle aux fils d’or » c’est une perspective et prémonition plutôt favorable pour un engagement vers l’art de la poésie.
Dans les modes d’expressions asiatiques, calligraphie, poésie, peinture, l’homme est toujours au cœur de la nature, elle lui est indispensable, à la fois protectrice, inspiratrice ou destructrice. Il en est issu, mais y figure toujours à sa juste place, c’est-à-dire insignifiante, très vulnérable. Constat et signification de l’incertitude éphémère de l’être humain. Le poète porte une interrogation sur lui-même ! Existe-t-il réellement ?
Qu’est-ce que l’être humain ? Terrible question existentielle !
Vivre c’est aussi se mettre en communion avec le souffle de la terre, vivre au rythme de la matière mère.

J’apprends à respirer
En suivant le rythme de la terre.

Sans vouloir faire un comparatif simpliste, nous retrouvons ici un lien avec l’enseignement de Saint François d’Assise, qui dialogue avec la nature, les oiseaux, et puis également cette rencontre avec les âmes, les esprits sur un autre plan. En quelque sorte un dialogue avec les anges.
Jin Siyan établit une communication, que dis-je, une conférence de presse avec tous les éléments de l’univers. Elle soulève même la question sur la forme de la lumière.
Métaphysique ou matérialisme ? Palpable ou impalpable ?
La poésie de Jin Siyan est une grande pièce théâtrale, une comédie globale où tous les principes visibles ou invisibles sont les acteurs.
Fidèle aux concepts et principes philosophiques taoïstes, shintoïstes, et surtout confucianistes, reposant sur le socle universel du Grand Tout.
Pour Jin Siyan les deux éléments, le visible temporel et l’invisible intemporel apparemment opposés sont en finalité les mêmes. Réunis et fusionnels !
Pour exemple : « L’instant et l’éternel » au niveau cosmique ne sont soumis à aucune différence. 
»

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Dans la couverture : une oeuvre du peintre-calligraphe Ye Xin

« Par ce simple titre « Des ancêtres l’enfant » toute l’équation relative à l’un des aspects de la vaste et traditionnelle pensée chinoise, est formulée.
Ancêtres et enfants, telles sont toutes les forces et expériences incontournables du passé, toutes les vibrations tournées vers l’espérance et l’avenir.
Elles sont là présentes à tout instant.
L’image de l’ancêtre tient une place prépondérante et permanente dans l’esprit de notre poétesse Jin Siyan, et ce qui est surprenant, bien qu’en occident « l’ancien » ne trouve plus la place, qu’il aurait toujours dû avoir, il se trouve que déjà depuis des années, je pense souvent à mon grand père, je le sens très présent dans ces instants de réflexion primordiaux sur le sens et la signification de la vie. Fusion absolu avec l’univers. La vie, la mort, le temps, l’univers, tout est UN et un est TOUT.
Nos formes de pensées différentes sont cependant assez proches et ne se différencient que par des aspects thématiques, culturels et autres variantes d’interprétations, mythologiques, philosophiques ou théologiques. Mais le socle fondamental est pratiquement le même. C’est le rapport de l’humain face à l’univers hors de l’espace temporel.
La sagesse ici s’associe toujours à l’esprit de l’enfance. Mais il est nécessaire de savoir conserver la sagesse à juste distance afin d’en préserver toute sa consistance. »
Michel Bénard

Jin Siyan : Des ancêtres, l’enfant

1
Je m’éveille
Sur la terre
Je ne peux pas m’envoler.

*
Mes ailes
Deviennent deux membres fins
À cinq doigts,
Longs ou courts.

Aurais-je donc un corps ?

2
Suis-je forme ?
Dans le monde de la forme ?
Je me rappelle la mission de mon amie l’Écriture.

*
Et m’a chargé de trouver un être nommé Amour
Dans le monde où j’irais. Dit-lui ceci :

Non, impossible. Notre vie est destin
Le Silence allume toutes les cellules
Et projette son cœur en fissures éternelles
Oh, combien de fois j’aimerais te dire :

Ce regard au fond des étoiles,
Est-ce toi ?

*
— Tu comprendras,
Mais nous serons séparés à jamais, dit l’Écriture.
L’Amour n’est pas vérité absolue,
Mais tu vas t’y plonger.

— Je ne suis qu’un oiseau, un simple messager.

— Prends garde à l’espoir et à l’avenir,
De ton âme , ils arracheront la liberté.

*
L’imagination, tu seule déesse protectrice ,
Te projette dans le monde humain
Et t’attend

Elle sème des fleurs de pavot
Que les illusions t’échappent
En s’approchant de ton regard.

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Une oeuvre du peintre-calligraphe Ye Xin

3
Je tente de voler
*
De nombreuses formes
Semblables à la mienne,
Aux membres longs et minces, se meuvent autour de moi.

Je les regarde,
Elles me regardent.
Nous échangeons un sourire.

*
La tête du buffle n’est pas la bouche du cheval
J’apprends à respirer
En suivant le rythme de la terre.

4
Au petit jour,
L’Inconnu et le Présent sont assis devant le jardin de l’Aurore.

*
Qu’y a-t-il encore par-delà l’univers ? demande l’Aurore.
Et par-delà les fantômes ?

— L’univers sans forme est le plus ouvert. Deux facteurs décident du tracé d’une Vie : la force de la volonté et l’élan perpétuel de l’énergie qui cisèlent une Vie. Qui peut se demander : Es-tu éminent et constant ? dit l’Inconnu.

— Trop philosophique. La dimension empirique est le premier besoin de la Vie. Un monde sans formes vit-il encore ? demande le Présent.

— Quel matérialiste, dit l’Inconnu.
La Vie n’est qu’une forme,
Une des formes infinies.

Ainsi, je suis la lumière à l’aube et à la tombée de la nuit. On m’appelle alors Aurore et Crépuscule. Cette lumière est-elle métaphysique ou matérialiste ? — Question bien trop simple.
*
Le tintement de la cloche du temple
Au sommet de la montagne chante ;
Ses ondes s’étendent
Sur les herbes et les plantes,
Et serrent la main de l’histoire.

Ce tintement
De la cloche,
Est-il fissure ou éternité ?

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Une Oeuvre du peintre-calligraphe Ye Xin

5
La vie résume-t-elle vraiment
Tous les problèmes du monde humain ?

Silence
Les questions n’exigent pas toutes de réponses

Ici-bas, on passe trop de temps
En paroles.

6
Les paroles ont leur logique propre. L’air pur les comprend mieux, car il n’est pas plein.
La vie est une montagne, source de toute pensée ; l’âme, un moine voyageur dans la montagne, cygne du Parfait Éveil.

000_part Jin SiyanUne oeuvre du peintre-calligraphe Ye Xin

7
— Ah. Combien y a-t-il d’hommes sur la terre ?
— Ils sont innombrables. À cet instant, ceux qui viennent, ceux qui partent, sans même compter les animaux au corps humain.
— Animaux ai corps humain ?
— Toi par exemple. Tu étais un oiseau, et tu as été envoyé dans le monde humain par un mandat céleste qui n’est qu’une possibilité dans la paume de ta main. Sera-t-elle un poème ? Un combat ? Tout dépend de la force de ta volonté.

*
Oh, combien de fois j’aimerais te dire : Ce regard au fond des étoiles, est-ce toi ?

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8
Vêtu de blanc, un enfant serviteur d’un lettré écrit dans le vide. Je lis le tracé de sa main :

Écoulement – cœur – plume – marche – Forêt, crépuscule, toit de la maison – en éveil – œil-de-toi-plus-proches – se – lançant-au-lointain – inconnu – rêve – non-pensée – ciel

Le ciel est un livre sur lequel nos ancêtres écrivaient leurs pensées et leur respiration. Qui le lit ?

10
La Nuit pousse la porte du temple
Prête-moi une lueur,
Flamme de la bougie
J’accompagnerai mon Étoile chez elle.
Tu renvoies ton amour ? demande Flamme de la bougie.
Au sillage imperceptible
l’Amour est une rencontre
Deux êtres se rencontrent
Et continuent chacun leur chemin
À la même distance,
Deux lignes parallèles.
Ils vont l’un de l’autre,
Deux lignes qui n’en font
Qu’une.
Ils marchent en sens contraire ;
Ils ne se rencontreront
Jamais plus.
Deux lignes s’étendent en sens opposé, parallèlement,
Et tournent l’une vers l’autre à angle droit,
Rectangle.
Elles se dirigent et se réunissent
En un même point.
Triangle.
Elles tournent autour d’un même point,
Toujours à égale distance.
La Vie entre dans le cercle.

*
Ah, sentir ! Quel sujet intéressant ! Un des mots chefs les plus souvent dits dans le monde humain.

Mais entre les univers,
Les étoiles,
Les êtres humains,
Les Natures,
Les ciels,
Les terres,
Les fleurs,
Entre les oiseaux et les poissons,
Entre mes flammes,
Entre ce qui est hétérogène et ce qui est homogène,

Qui
sent
qui ?

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13
Tout ce qui est de l’univers est-il indépendant ?
L’eau,
Le soleil,
La lune,
L’étoile,
La terre,
Une semence,
Un arbre
Un être humain
Toi ? Moi ? Lui ? Elle ?
Sont-ils, êtes-vous, sommes-nous indépendants ?

Murmure la lune.
*
L’oiseau écoute
La pensée de la lune est étrange
Elle est nomade
Entre deux extrémités.

Être poète ou fou,
Question.

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14
Sans racines, sans avoir, sans rien,
Le cœur pousse les portes de son jardin au seuil de l’Infini.

La nuit se promène devant la maison de son ami l’Inconnu,
Allumant les étoiles.

16
Sur l’eau, mon ombre s’étire, s’allonge, rétrécit, se brise en flocons qui tombent un à un dans l’eau, dans le souffle des poissons. Un éclair de surprise se reflète dans leurs yeux. Suis-je un étranger ? Qu’est-ce qui leur paraît étrange ? Moi ? L’ombre sur l’eau ? Ses brisements ? Mon enfance ?

18
— Il est quatre façons de respirer pour l’homme, siffler, souffler, respirer comme l’air et comme un nouveau né.
*
D’un trou noir de l’univers provient la poésie,
De Silence et de Mystère
Sont ses racines.
La poésie ne pousse pas.
Fractionnelle,
Elle a ses racines. Cette voix de Silence est-elle de l’éternité ?

19
Vie et Mort cisèlent l’esprit qui vit dans l’entre-deux. Les fissures sont enceintes de l’Éternel. Apparition, disparition, être, ne pas être, être / non être, non être, non non être.

La Mort, y es-tu prête ?
*
J’aperçois un regard au fond du ciel : est-ce abîme, tombe, accident ?

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20
À pas de silence l’enfant marche
Laissant ses pensées danser sur la pointe des herbes
Et des ombres marchent dans le bois sans pieds

22
L’oncle me promenait dans ses bras au bord du ruisseau chaque matin, au premier souffle des plantes. C’étaient des aurores pour mes six mois et ses onze ans. L’eau intarissable montait à perte de vue, jusqu’à la maison de la lune. Jamais ils ne l’atteignirent.

23
— Il suffit de s’envoler. L’important est d’aimer.
*
Une vie n’a jamais de fin
Deviens ce que tu veux devenir.

27
Aucune vie ne suit le même chemin
Toute vie est unique

Feuille
Goutte d’eau
Figure
Souffle
Regard
Sensation
Flamme

Fissure incommensurable
Tu es éternelle

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28
Guidé par l’oiseau, l’enfant ne fixe plus son regard sur la terre.

30
Un sourire s’esquisse sur le visage de l’enfant

De ta vie
Tous les détails sont dans ta main
Dans chaque pli
Tu en tiens au moins un
Mon enfant
Ton univers et le mien
Il y a l’oiseau

Minuit
Quiddité positive de ton être

Enfant des ancêtres

Toi aussi
Après l’âge de vingt-cinq ans
L’être s’approche de la poésie

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32
— Dans notre monde, est lumière ce que tu appelles langage, mon oiseau. Mais elle n’utilise ni langue ni bouche, ni les signes conçus par les ancêtres.
— L’écriture ?
— L’écriture pictographique, alphabétique, concrète, abstraite, à forme d’oiseau, d’insecte, de têtard, ce ne sont là que des figurations notées par les êtres à partir de leur compréhension de l’univers. La figuration n’est ni l’univers, ni l’être, elle encadre l’infini et le suspend au mur. Ce qui est au mur remplace l’être.

*
Un être véritable est une création parfaitement dépourvue de forces néfastes, une énergie qui rassemble tous les champs magnétiques. Quand tu la pénètres, tu sens l’air, le ciel, la montagne, les sources, le profond, le limpide, le pur, le mystérieux.

33
Dans ce monde du désir où j’étais
Combien étaient-ils affairés
Les êtres qui poursuivent leur soi et leur corps
La mémoire s’éteint dans le flou
Naître
Mourir
Les vies du monde de la forme

La vie a soif
Où sont tous ses amis ?

Miséricorde, Patience, Dignité, Paix, Souffrance, Santé, Courage et Source ?

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34
…Oh, idées, que l’on croit prolifiques ! Les écoulements mentaux sont une ancre infiniment pesante au cou de la vie qui tombe.
— Qui tombe, mais vers où ?
— Le chemin vers le bas est sans fin, une vie ne suffirait pas pour le parcourir.

38
…Dans l’univers où tu es, l’infini n’existe pas.
— Si, la poésie, s’écrie l’oiseau.
— Ah, les poètes ! À présent, vin et jardin leur suffisent. La poésie est le champ où ils sèment le temps et récoltent la mort. Dans l’auberge de la poésie, ils coexistent avec fumée, alcool, bruit, goût, odeur et sens.
— Ils sont en correspondance avec le ciel. Ils entendent une fine voix de là-bas.

39
L’âme solitaire est la meilleure amie de Dieu. Je fixe le regard de l’oiseau et il devient celui du poisson, de l’herbe sous l’eau et de la feuille. Tout s’arrête sous le lac.
— Laisse les racines prendre leur chemin, l’œil, l’ouïe, le nez, le goût, le corps et la perception. Quitte tout état d’âme.
Le volcan s’éteint-il ? Et les flammes de la vie ? Des cendres éteintes naîtra la pure nature de la vie.

L’amour aussi.

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La rencontre est une quête en deux sens, en de multiples sens, au hasard, inattendue, sans fin.
*
L’enfant creuse dans l’eau un trou et y glisse l’émeraude. Soudain, la pierre précieuse se transforme en petit poisson, l’enfant plonge dans les yeux du poisson et disparaît.

45
Lève la tête
Mon enfant
Les yeux profonds du firmament bleu
La raison d’être de ta vie
La pensée
Née de l’état
Semi-affamé qui est le tien

L’être humain, scène infinie du naturel
Vivre
Aimer
Ne pas aimer
Ton cœur s’ouvre
Mais sans toujours s’épanouir

Laisse en ton cœur un recoin
Non cuit encore de logique humaine…

Jin Siyan

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Dessin de Christophe Charnay

Jin Siyan : deviens un renonçant au monde des formes

« Cet ouvrage bilingue, franco-chinois…, constellé d’images poétiques magnifiques, est une véritable somme philosophique, théosophique, voire théologique, où les « dieux » n’ont nul besoin d’être nommés n’étant que les fruits de l’imaginaire humain.
Au fil de la lecture, car il s’agit bien d’un fil d’argent, des textes de Jin Siyan j’ai de plus en plus l’impression de me situer dans une œuvre  « peint » par un maître du grand art du paysage et de la sage parole de Confucius.
L’écriture prend ici la signification d’un acte d’Amour, ce qui soulève toujours une vaste, voire insoluble réflexion à l’échelle humaine.
Expression hautement symbolique nous côtoyons sans cesse le questionnement sur le sens de la vie, sur la signification de l’existence et son contraire le non sens.
Jin Siyan joue aussi sur la remise en question de l’évidence ! L’homme revient-il à l’état de transparence ? Tout est contenu dans la subtilité des nuances, du révélé et du non révélé, de l’être et du non être.
Il est indéniable qu’ici le ressenti pour être universel n’en est pas moins marqué par le féminin où le ventre comme matrice de la vie, tient lieu de langage poétique.
Au travers de l’esprit extrême-oriental nous devons aussi y percevoir une invitation au détachement, au lâcher prise.

Deviens un renonçant au monde des formes.

Nous sommes bien dans ce cercle éternel symbolisant la volonté de perfection. Quête permanente et silencieuse de l’Amour, l’Amour humain, l’Amour charnel, l’Amour cosmique.
Mais à bien y réfléchir, l’homme est-il vraiment digne de l’Amour ? Car

L’Amour n’est pas une vérité absolue…

Est-il réellement capable de le prodiguer, lorsque nous sommes témoins de retour vers l’obscurantisme et d’un effroyable contexte de barbarie lié à l’ignorance instrumentalisée.
Jin Siyan détient peut-être une possible réponse ! »
Michel Bénard

Michel Bénard : le geste médiateur et la soie du rêve. Franco Cossutta: au-delà du néant

14 dimanche Sep 2014

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Poètes et Artistes Français, Portrait d'un tableau

Avant les vacances, mes premiers « portraits du dimanche » consacrés aux poètes avaient concentré leur attention sur le thème de l’amour. Le premier invité avait été le poète Michel Benard, dont on avait « exposé », avec ses poèmes, quelques-unes de ses peintures. Dans le deuxième cycle qui démarre aujourd’hui, où le thème sera totalement libre, Michel Bénard est invité de nouveau. Cette fois-ci, ses poèmes seront commentés par les tableaux de Franco Cossutta, un peintre déjà apparu, lui aussi, une première fois sur ces pages.
Je ne pouvais pas me passer de faire rencontrer ces deux artistes sur mon blog. D’un côté parce que j’avais le sentiment d’avoir fourni une image vaguement incomplète de l’atelier de Franco, ainsi qu’une lecture trop rapide des textes de Michel : cela demandait une nouvelle attention de ma part. De l’autre côté, parce qu’ils sont de grands amis entre eux, et que cette amitié, occasionnée bien sûr par leurs affinités artistiques, se traduit en un déversement réciproque et incessant des expériences et des réflexions de l’un et de l’autre, qui sont devenues dans le temps un repère irremplaçable pour un vaste groupe de poètes et d’artistes en France et ailleurs. Michel et Franco ont sans doute beaucoup de points en commun dans leur façon d’être peintres, mais aussi la même approche directe et sensible à l’expérience quotidienne de la vie.
Leurs personnalités sont d’ailleurs assez différentes. Franco a toujours besoin de vous convaincre que la mort et la vie ne font qu’une seule chose, et qu’il vit bien dans cet « endroit de passage » où « l’on voit tout couler selon les mêmes lois qui règlent les étoiles et les planètes dans le firmament céleste ». Michel aime au contraire savourer les nuances de la vie, où les ombres et les lumières ne sont pas vraiment la conséquence d’une loi surhumaine, mais presque toujours de lois et attitudes très humaines. Il écrit sur l’amour comme le faisait Catulle ; il décrit les surfaces ondulées de la terre et des corps féminins comme le faisait Gabriele D’Annunzio ; il découvre et réinvente les suggestions de la langue française pour que le bonheur soit moins violent et que le malheur soit moins aride…

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La rue des remparts de Montmirail s’est figée dans ma mémoire avec l’écho des pas de ce petit troupeau, dont je faisais partie, en pèlerinage à l’atelier de Franco Cossutta. En plus que ma femme, il y avait deux poètes, Michel Bénard et Jacques-François Dussottier (ce dernier aussi a été invité ici).
La maison, très simple, bien défendue par un chien fort chaleureux, affiche une attitude spartiate et rêveuse à la fois. Le rez-de-chaussée austère et obscur évoque moins l’atelier d’un peintre que la boutique d’un forgeron. C’est en montant à l’étage par l’escalier en bois qu’on commence à voir la lumière des tableaux de Franco ainsi que les éclats de la journée grise et verte. Dans une vaste salle, Franco nous accueille de sa façon extraordinaire, sans aucune barrière ni précaution dans le contact avec ses « amis ». Et, lorsqu’il parle de ses tableaux — parfois récalcitrants, la plupart du temps prêts à jaillir de ses mains comme une avalanche colorée —, on a la nette sensation qu’aucune séparation ne s’installe non plus entre l’artiste et le monde qu’il nous amène à travers ses tableaux.

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En imaginant de me transférer avec vous, par un seul battement des yeux, de l’atelier de Montmirail au pages tout à fait inconscientes de mon blog, je vous laisse dorénavant libres de lire Michel et regarder Franco selon votre sensibilité.
Je me réserverai, au fur et à mesure, juste une petite série de notations en marge de quelques extraits empruntés aux poésies publiées ci-dessous. Car, au-delà des émotions que ces vers vont provoquer en nous tous, j’aime m’exercer à reconnaître en chacune de ces treize poésies un aspect particulier de la personnalité riche et complexe de Michel Bénard. D’ailleurs, la présence des tableaux de Franco Cossutta n’aura pas qu’une fonction décorative. Car ils sont bien présents dans l’imaginaire de son ami poète et qu’il ajoutent souvent à ce qu’on lit de suggestions nouvelles, des pistes à parcourir ayant la force d’amplifier ou alors de condenser l’atmosphère toujours dense et tendue des poèmes que vous lirez.  

Giovanni Merloni

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Michel Bénard: le geste médiateur et la soie du rêve. Franco Cossutta: au-delà du néant

1. Je laisse glisser la soie du rêve

Je laisse glisser
La soie du rêve
Sur un délié blanc,
Vision d’un monde renversé
Aux reflets du miroir.
Tout n’est plus que transparence
En ce vaisseau fantôme
Battu par de pourpres flots,
Voilures spectrales en déchirure
Dans les quatre vents de l’espoir,
Etrange étreinte d’entre deux,
Noire exclamation,
Blanche interrogation.
Je laisse s’effacer
La soie du rêve
Sur un fil d’argent.

1. La première approche avec la poésie de M. B. est physique. Car il y exploite jusqu’au bout l’art de rêver des yeux ainsi que des mains lorsqu’il « … laisse glisser/la soie du rêve/sur un délié blanc… » (G.M.) 

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2. Cendres

L’œuvre se révèle issue
D’un chaos retenu
Dans des empreintes de terre.
Face aux mouvements
Permanents des foules anonymes,
L’homme porte son regard crucifié
Sur le flux des innocents perdus,
Qui déjà ne sont plus
Que cendres inconnues
En quête d’un temps qui n’est plus.
Le corps se recouvre de bandelettes,
La vie recèle une longue agonie
Aux rythmes cadencés des danses sacrées.
Temps fort d’un signe
Qui transcende les mots,
Se métamorphosant du vert au gris,
En passant par le rose premier
Des fruits gâtés du grenadier.

2. On reste toujours étonnés devant cet impressionnant art de décrire, qui est partout dans les textes poétiques et en prose de M.B. Et, ici : « que cendres inconnues/en quête d’un temps qui n’est plus… » (G.M.)

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3. Vers l’universel

Vers l’universel
Sur la ligne bleue
De la naissance du monde
La mémoire du ciel s’embrase,
Planètes furtives,
Ombres saturniennes,
Ebauche d’une pensée d’amour
En marge de la voie lactée,
Tout est subliminal, volatile,
Il convient alors de mettre l’or
De l’espérance en transhumance,
Pour que l’humain nous conduise
Enfin vers l’universel,
Au rythme des étoiles musiciennes.

3. Lorsque M. B. adresse un de ses poèmes à son ami Franco Cossutta, il nous révèle une disponibilité à peindre l’inconnu qui devient tout de suite un art. Car, tout en acceptant les récits de son ami à propos de l’au-delà, il ne cache pas son espoir d’en revenir : « Il convient alors de mettre l’or/de l’espérance en transhumance/…/au rythme des étoiles musiciennes. » (G.M.)

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4. Les passeurs de rêves

Les passeurs de rêves
Lorsque le ciel se dépose
En paillettes orangées sur le sable
Pour révéler mes signes
Endormis sous la cendre,
Avec plénitude je cisèle les traces
D’écume du visage favori,
Réinvente le geste médiateur
Entre l’homme et son image.
Lorsque la mer dépose
Sur tes seins enfiévrés
Ses cristaux de sel,
Dans le silence bleu nuit
Je rejoins les passeurs de rêves.

4. Peintre et poète de la vie, Michel Benard nous traîne et nous entraîne dans de longs tours et détours, comme s’il cherchait des lieux adaptés à héberger, parmi tous les souvenirs, celui qui le touche ou l’angoisse le plus. Voilà l’importance du « geste médiateur », voilà l’art de trouver un endroit où le souvenir d’un instant de vie ou d’un « visage favori » peut se cacher et se révéler en même temps : « Avec plénitude je cisèle les traces/d’écume du visage favori,/réinvente le geste médiateur/entre l’homme et son image. » (G.M.)

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5. Pour l’homme, sur ce fil tendu

Pour l’homme, sur ce fil tendu
Au-dessus des abîmes du monde
L’équilibre est instable.
C’est l’absence du temps,
Face à l’espace incertain.
C’est le dialogue avec les étoiles,
C’est l’archipel de la mémoire,
Seul passage possible
Vers l’île aux morts.
Au seuil de ce temple sidéral,
Avancer vers la connaissance,
Redécouvrir le signe,
Recomposer la lettre.
Au cœur de ce cénotaphe
L’homme a-t-il encore sa place ?
Le monde profané s’échoue
Aux pieds du poète consterné
Qui consulte les lames de l’oracle.
Il se perd dans ses livres
Et en oublie la signification de la parole.
Mais il s’offre encore le temps
De respirer le parfum des fleurs,
Et de préserver une main
Pour esquisser le galbe d’un sein
Et la courbe d’une hanche.

5. Homme parmi les hommes, M.B. a vécu et souffert, bien sûr. Dans un moment de sincérité indispensable, il déclare : « Pour l’homme, sur ce fil tendu/au-dessus des abîmes du monde/l’équilibre est instable. » C’est à partir alors de cette conscience que son art primordial demeure justement dans sa capacité de vivre en équilibre, de vivre artistiquement, poétiquement, plaçant la beauté (du monde, de la femme, de la vie) à la première place. (G.M.)

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6. Aliénant, éblouissant, l’Amour

Aliénant, éblouissant, l’Amour
Ce terrible fragment de vie
Que l’on porte
Comme une tache originelle
Incrustée à la peau,
Caressant l’instant du doute,
Agrandissant le cœur,
Erigeant la peur.
Alors, seul dans ce dépouillement
Au repli du bois,
Aller au plus profond de soi
Réapprendre les couleurs de terre.

6. Et pourtant, dans la poésie de l’intuition et de l’expérience qui est propre de M.B., la recherche du beau passe inexorablement par les fourches caudines de l’amour… Il faut savoir réagir à la violence destructrice de l’amour en allant « …au plus profond de soi/réapprendre les couleurs de terre. » Il faut savoir mettre en place l’art de la consolation à travers la poésie. Une consolation joyeuse, chez M.B. (G.M.)

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7. L’oiseleur

L’oiseleur de paroles, traqueur du verbe,
J’abandonne les fragments de vie
Aux sanglants épines du monde,
Retrouve dans le fruit des îles
Les saveurs de la chair matricielle,
Les stigmates menstruelles de la femme,
Comme un poème en délivrance
Gravé au fronton de l’abside céleste,
Pour un sourire qui s’offre à la mer
Face aux navires de pierre,
À l’heure où les ombres s’allongent
Et où la terre s’empourpre.

7. À côté des sentiments nobles, capables pourtant de nous tuer dans l’intime, il y a aussi, malheureusement, de destructions où le sentiment est absent, où la culture et la solidarité humaine sont absentes. En ces cas-là, l’art de la consolation à travers la poésie ne suffit pas toujours… L’homme M. B. nous chante alors l’art de ressusciter par le biais d’un nouvel espoir, d’un nouvel amour : « j’abandonne les fragments de vie/aux sanglantes épines du monde,/retrouve dans le fruit des îles/les saveurs de la chair matricielle,/les stigmates menstruels de la femme. » (G.M.)

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8. Ce soir le mystère de la femme

Ce soir le mystère de la femme
Se met en gésine
Dans les sombres profondeurs
Des soies de l’encre.
Sa grâce perle doucement
Sur le bout des doigts,
Son regard s’éprend de transparence,
Tout n’est plus que silence,
Emotion contenue,
Linéaire délicatesse.
Dans un transport magique
Le geste réintègre l’origine,
La racine de l’arbre de vie
Pénètre le cœur de l’éternité.

8. Au fond de cet art de ressusciter en redécouvrant l’envie de vivre, le poète et peintre M.B. exploite avec un grand talent son art de mettre en valeur la diversité entre homme et femme : « ce soir le mystère de la femme/…/…s’éprend de transparence,/tout n’est plus que silence,/émotion contenue,/linéaire délicatesse… » (G.M.)

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9. Terra Incognita

Terra Incognita.
En toi, j’ai défloré une « Terra Incognita »,
Sur son sable j’ai ramassé,
Tombée d’un arbre isolé
L’écorce grise,
La croix du Sud oubliée
Sur une piste touareg,
J’ai trouvé un coffret ciselé
Contenant le sel de la mer Morte,
Et la photo d’une indigène aux seins nus.
J’ai respiré les parfums opiacés
D’un triangle de soie rose et noire,
Je me suis brulé aux feux
D’une boucle obsidienne,
Dans le rouleau d’une vague d’écume
Ton visage en filigrane est apparu,
Avec ce reflet d’âme gitane.
En toi, j’ai fertilisé une terre inconnue,
Et respirant ton sang
J’ai repris goût à la vie.

9. Parfois, une épopée se déclenche, nécessairement floue, dans laquelle le poète M.B. s’adresse indistinctement à toutes les femmes, ainsi qu’à tous les endroits qu’il a frôlés en compagnie d’une femme ou pour l’amour d’elle… Au milieu de cette épopée il maîtrise tout à fait l’art de laisser jaillir un portrait net. Un seul. Le portrait d’une seule femme parmi toutes les femmes aimées : « dans le rouleau d’une vague d’écume/ton visage en filigrane est apparu,/avec ce reflet d’âme gitane. » (G.M.)

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10. Au cœur des ténèbres

Au cœur des ténèbres
Et des brumes visqueuses,
L’empreinte du temps s’interroge
Sur les ombres du passé.
Face au retour des effarés
Ployés sous l’hypocrisie
Des paroles mensongères,
Blessés par le fardeau
Des promesses vénales,
Le paysage devient irréel.
Au seuil du passage
Le sage seul attend,
Dans un champ de lumière
Le temps des résurgences.

10. Plus souvent, notre poète, perturbé et parfois annihilé par les tragédies qui éclatent partout dans le monde, essaie de pactiser avec la mémoire : « au cœur des ténèbres/et des brumes visqueuses,/l’empreinte du temps s’interroge/sur les ombres du passé. » (G.M.)

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11. Le monde s’est inversé

Le monde s’est inversé
Sur le miroir transparent
Des eaux matinales.
Impassibles sentinelles des écluses,
J’ouvre à deux battants
Les portes aux rêves fluviaux,
Qui reviennent de lointains
Pays aux immortelles légendes.
Je touche à l’ineffable
Aux impalpables transparences,
Aux images diaphanes,
À la femme de cristal.
En ce monde renversé
Je ne suis plus que fumeroles.

11. Il arrive cependant qu’il soit obligé de déclarer : « En ce monde renversé/je ne suis plus que fumeroles. » M.B. héberge alors dans sa poésie sensible et généreuse les tragédies insensées du monde contemporain. Dans sa contrariété il est toujours combatif. Fort de ses intuitions et prévoyances de poète il confie toujours que le monde s’en sortira. Mais parfois il faut s’asseoir sur la pierre nue et attendre. G.M.

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12. Le silence s’habille

Le silence s’habille
D’une chasuble de prières,
Mains jumelées,
En voute de cathédrale,
Gardiennes de l’unique
Point de lumière
Seul relai d’espérance
Au cœur de la nuit.
Le silence se met dans l’attente
Du miracle comme passage
D’un point de dérobade,
Franchissant et rapprochant
Des rives troubles de l’absence.

12. L’artiste M.B., comme tous les hommes, est seul devant tout ce qui se passe hors de lui. Il essaie d’accomplir sa mission avec enthousiasme et générosité. Au jour le jour, il se demande si cette chance d’être et de donner lui sera toujours accordée. Et, comme il peut, selon ses croyances et sensibilités, il prie : « mains jumelées,/en voute de cathédrale,/gardiennes de l’unique/point de lumière/seul relai d’espérance/au cœur de la nuit. » (G.M.)

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13. Demeurer dans la permanence

Demeurer dans la permanence
D’une observance insoupçonnée,
Traquer l’image intuitive,
Devenir attentif au moindre indice,
Du plus intime signe,
Furtif ou insolite.
Capter ce qui se voile au regard,
Le fixer, le pérenniser,
Conjuguer dans la fraction de seconde
L’objectif, le motif, la lumière,
Et l’instant d’un « déclic » frôler
L’éternité !

13. Dans ce dernier poème, se reliant naturellement au côté « intuitiste » de sa poésie, M.B. ne s’empêche de désirer de sortir un jour, pendant rien qu’un instant, de sa stricte et laborieuse destinée. Et voilà l’art de tendre vers un but invisible, en dehors de notre portée d’hommes : « conjuguer dans la fraction de seconde/l’objectif, le motif, la lumière,/et l’instant d’un “déclic” frôler/l’éternité ! »
Ce dernier poème représente un évident trait d’union avec cet « au-delà cosmique » des tableaux de Franco Cossutta, où se réalise, selon Michel Bénard même, « une communion avec l’infiniment grand et l’infiniment petit. Son regard intérieur nous place au seuil de l’innomé, de l’innommable et de l’ineffable. Par cela son œuvre devient intangible, intemporelle ! Dans la solitude méditative et le silence de son atelier cet artiste insolite communique avec l’univers, ce fait catalyseur, relai de transmission des lois que le principe universel lui insuffle. Face à une œuvre de Franco Cossutta nous transgressons toutes les notions artistiques habituelles, même les plus minimalistes ou conceptuelles. Ce voyage cosmique est peut-être la révélation inconsciente d’une nostalgie de l’ailleurs ! » (G.M.)

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Textes : Michel Bénard

Tableaux : Franco Cossutta

Commentaires : Giovanni Merloni

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Des hommes inutiles (débris de l’été 2014 n. 10)

14 jeudi Août 2014

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Écrivains français, Débris de l'été 2014, Valère Staraselski

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Des hommes « inutiles »
Au-delà de ma bonne volonté à preuve de bombe, je n’ai jamais été un homme au foyer. Je peinais beaucoup à remettre tous les matins en ordre mon canapé-lit avec son équipe de coussins aux tailles variées sous la menace de l’arrivée impromptue et pas toujours souriante de notre première hôtesse alsacienne.
Voilà la raison pour laquelle, une fois installé dans mon nouveau domicile, ayant acheté pour ma fille cadette et moi (au dernier étage du glorieux BHV) deux confortables sommiers ainsi que deux matelas Simmons, j’ai fait ma petite « révolution personnelle », en me rendant, après plusieurs consultations et hésitations, chez un magasin spécialisé…
Comme vous verrez, ce que j’ai acheté (et utilisé pendant une des phases les plus heureuses de ma vie) semblera jaillir de l’imitation des systèmes adoptés par les « dormeurs de la rue » pour se protéger du froid et des intempéries. Une solution beaucoup plus commode, la mienne, que j’ai eu la possibilité de mettre en pratique et toute sécurité, au milieu des quatre murs d’un appartement propre et fermé à clé.
D’ailleurs, cette solution, conçue pour les émergences, les voyages, les randonnées sur les cimes alpines ainsi que pour les vacances à pied, même si elle est parfaitement adaptée aux exigences d’une personne seule, elle cogne vivement contre la mentalité dominante. « Comment ? Tu veux te soustraire aux règles de tout le monde ? » « D’accord, tu dors en solitaire et tu te sers d’un outil créé pour une personne à la fois… Cela est très incommode, on ne peut pas bouger librement, sortir les pieds, mais techniquement c’est « faisable » (mot ce dernier que je n’aime pas)… « Tu vas adopter ce système juste pour gagner cinq ou dix minutes de travail par jour… Tu es bien curieux, mon ami ! » (Je n’aime pas non plus ce ton confidentiel, surtout s’il est implicite…)
J’ai résisté aux nombreuses objections, en faisant finalement le choix d’un confort austère et presque militaire. J’en ai profité pendant à peu près trois ans, c’est-à-dire jusqu’à l’arrivée définitive de ma femme.
Et pourtant, chaque fois que je me suis faufilé dans ma souple et glissante enveloppe, je n’ai pas pu me passer de penser à tous mes confrères humains ayant à faire avec un machin pareil, qui n’avaient pas du tout la même chance que moi.
« Oui, je ne suis pas du tout riche, me disais-je. Mais je peux m’accorder un toit, une boîte aux lettres, un escalier, une porte avec le petit périscope pour regarder au-dehors… J’ai les rideaux occultant la lumière du jour et aussi un petit escabeau pour y appuyer mon portable Nokia, mes lunettes et mon livre de chevet…»
« Ne serait-ce pas une forme de snobisme légèrement provocateur, la mienne ? Ou alors, suis-je moi aussi un homme inutile ? »
Un des phénomènes qui m’avait particulièrement bouleversé dans ma nouvelle réalité, c’était le nombre impressionnant de gens qui traînait péniblement pendant la journée dans les rues, dans les couloirs du métro, sur les ponts et sous les ponts. Des gens sans abri, sans un sou, qui demandaient dignement l’aumône ou se laissaient aller sur un matelas au bord d’un trottoir. Même d’entières familles. La géographie de ce douloureux problème n’était pas homogène si l’on se déplaçait de la rue du faubourg du Temple en direction de la Roquette, par exemple. On dirait que les villages se multipliaient et pourtant, même s’ils étaient en compétition pacifique les uns contre les autres, à l’intérieur de chaque village on partageait la même notion de la richesse et de la pauvreté, de la précarité et de la détresse. À rue Keller tout comme à rue Sedaine, sur le parvis de Saint-Ambroise tout comme à rue de la fontaine au Roi…
Pendant la nuit, la plupart de ces gens de la rue disparaissaient. Sous les arcades, dans les passages et les coins les plus reculés je rencontrais des amas informes où se barricadaient des gens qui n’avaient pas de choix, enveloppés dans des cartons ou des couettes ou alors dans d’étranges feuilles dorées ou argentées. Le premier que j’ai rencontré avait choisi le côté de la rue Barbier qui se termine en cul-de-sac juste près de la grille d’accès à la petite cour d’où je montais à mon logement. Ensuite, j’en ai rencontré partout, même dans des balcons libres au rez-de-chaussée de certains immeubles.
Je vous avoue que je suis très sensible à la condition de tous ceux qui trainent dans la rue et y dorment, parfois dans des conditions de risque sérieux. Pas seulement en raison de mon égoïsme qui me pousse facilement à voir moi-même glisser dans une dérive pareille… Néanmoins, je partage les sentiments de la plupart de mes nouveaux concitoyens : personne ne peut être insensible, à Paris même plus qu’ailleurs, à la vie difficile et parfois impossible des désespérés de la rue. C’est très difficile pour moi d’en parler, car je ne peux pas éviter, à chaque mot qu’avance, de m’interroger sur la pleine sincérité de mes propos. Car il est évident d’un côté que le problème est énorme, gigantesque, dépassant les possibilités d’action de chaque individu, comme il arrive dans les grandes calamités naturelles ou dans les guerres… Une communauté entière est concernée. Et pourtant, chacun de nous se dérobe ou se sauve en protestant que c’est aux institutions, aux associations humanitaires la tâche de s’en charger. Mais, évidemment, ce que nous voyons au jour le jour nous fait bien comprendre que les efforts extraordinaires que fait la Mairie de Paris — avec l’aide d’un immense réseau de structures et d’hommes prêts à intervenir — ne sont pas suffisants. Quoi faire ? Je crois qu’au-delà de toute rhétorique il faut surtout garder les yeux ouverts et participer à la vie de la ville et du quartier — chacun selon ses possibilités —, vigilant toujours de façon que tout cela ne soit jamais nié ni abandonné définitivement à soi-même.

Pendant les premières années à Paris j’avais lu deux livres, à ce sujet, qui m’avaient vivement touché, concernant, tous les deux, la facilité, pour un jeune au chômage, de glisser dans la rue. Dans le roman poignant et intransigeant de Valère Staraselski, « L’homme inutile » Brice Beaulieu — élève brillant et fort doué en difficulté avec la bureaucratie mentale d’une société devenue de plus en plus cynique — succombe presque sans lutter, devenant par erreur victime d’une violence qui serait anachronique dans une société jusqu’au bout responsable (voir un extrait ci-dessous).
Dans le livre de Harold Cobert, « Un hiver avec Baudelaire » — un roman douloureux, mais confiant dans les hommes (et encore plus dans un chien au nom évocateur) — Philippe Lafosse traverse le drame de la rue jusqu’au bout, prenant conscience de toutes les contradictions positives et négatives de la machine de la solidarité. On découvre qu’au-delà des institutions ce sont toujours les hommes ou les femmes qui font la différence, avec leur sensibilité et volonté individuelle qui les poussent à agir, même contre l’évidence la plus dure.

Un outil pour l’homme inutile
La série des boutiques du Vieux Campeur constitue une véritable chaîne spécialisée, un peu snob et peut-être un peu chère aussi, qui offre pourtant une solution à presque toutes les exigences, même les plus intimes, liées au froid, au vent et à la pluie ainsi qu’aux éventuelles randonnées se terminant par des nuits à la belle étoile.
Je ne trouve pas l’espace, ici, pour décrire exhaustivement l’étonnement admiratif que j’ai prouvé, déjà la première fois que je m’y suis rendu. J’avais froid. J’avais besoin de protéger les parties de mon corps que de pantalons pas suffisamment chauds ne protégeaient pas des flèches gelées de l’hiver.
Lorsqu’on descend à la station MAUBERT-MUTUALITÉ on est joliment invités à monter sur la colline Sainte-Geneviève, chère à Abelard, par la très agréable rue des Carmes (au bout de laquelle se hisse, solennel, le Panthéon). On tourne à droite et l’on pénètre dans des ruelles (dont rue Sommerard et rue Thénard) s’accrochant en haut à la rue des Écoles, où, de façon discrète et apparemment hasardeuse, plusieurs boutiques du « Vieux Campeur » vous attendent, pour vous offrir chacune des choses différentes.
Une espèce de BHV horizontal, spécialisé dans les randonnées les plus hardies et les plus difficiles, s’adressant donc surtout à des gens héroïques qui n’ont peur de rien, prêts à se lancer dans le vide avec un deltaplane (ou un parapente) ou à glisser parmi les cailloux d’un torrent à la vitesse de la lumière. Mais, puisque les affaires sont les affaires et qu’il faut quand même survivre, cette glorieuse chaîne daigne accueillir aussi des citoyens couards comme moi.
Et pourtant, quand j’ai acheté mon collant de laine noir je n’ai pas eu le courage de dire que j’avais froid à Paris, même dans mes quatre murs. En répétant ce que je venais juste d’entendre de la bouche d’un autre client, j’ai dit qu’il me fallait cela pour une excursion dans les montagnes du Canada, où m’attendait Odette, une amie de là-bas.
De même, lors de l’achat de mon précieux sac à couchage : « Je resterai à la base. C’est mon fils qui va escalader le Mont Rose. Mais, vous comprenez, dans une tente à la hauteur de 2000 mètres…»
Très sensible au risque de mourir de froid, j’ai eu la sensation d’être sauvé au milieu d’un gouffre de glace par un Saint-Bernard humain lorsque le vendeur (probablement un ex-guide alpin) m’a renseigné autour des petites différences entre les nombreux modèles exposés. Rassuré, d’une façon très discrète, m’accompagnant avec des gestes éloquents, je lui avais avoué mon but : profiter d’un très confortable matelas Simmons et, à l’abri des quatre murs d’un appartement silencieux, utiliser cette formidable découverte de la technique alpine à la place du redoutable caravansérail de draps, couvertures et/ou couettes aussi engageants qu’encombrants. Mon primordial souci c’était celui de faire front aux baisses de la température pendant la nuit, étant chaque fois obligé d’éteindre le chauffage électrique avant de dormir… Mais je sais bien combien est-elle différente la condition du dormeur de la rue !

Extrait de la lecture de « Un homme inutile » de Valère Staraselski
C’est la lecture d’un très poignant roman de Valère Staraselski (« Un homme inutile », éditions du Cherche midi, 1998) qui m’a poussé à réfléchir sur le thème de l’abandon et m’offre maintenant la possibilité de conclure cette ultime lettre sur la « rupture ».
Ce livre se charge en fait de la tragédie humaine de tous ceux qui, du moins du vivant, résultent « perdants » vis-à-vis des paramètres et des outils de sélection d’un monde soi-disant moderne et progressif qui, au contraire, alimente une idée de société de plus en plus basée sur le succès et ses privilèges, où l’argent devient inévitablement l’unique repère et la seule divinité possible. Cela est particulièrement évident aujourd’hui, avec les informations en temps réel dont quiconque peut profiter dans n’importe quel endroit, même le plus reculé de la planète.
D’ailleurs, « l’abandon » — qui marque inexorablement les perdants, les réjetés, les exclus et tous ceux qui n’ont pas su « profiter » des chances offertes par un système où le succès est théoriquement possible pour tout le monde et pour chacun —, se lie strictement aux « contradictions » d’une logique de l’emploi et de l’intégration selon laquelle celui qui ne sait pas jouer ses cartes dans la société, ne pouvant être gagnant est automatiquement un perdant. Un homme ou une femme inutile.
Je crois qu’il n’y a personne qui ne désire être utile à la société dont il en attend la protection. Être utile aux autres est chose d’importance vitale pour chaque homme, autant que le désir de s’exprimer. Cela, plus ou moins conscient lorsque on est dans le plein des forces et des prérogatives physiques et mentales, personnelles et sociales, devient encore plus évident sinon dramatique quand on commence à perdre des forces et des prérogatives.
Tomber dans le chômage du jour au lendemain est comme perdre la souplesse dans le rapport amoureux.
Car le travail (et l’amour) ne sont pas seulement des moyens pour nous exprimer, pour affirmer — plus ou moins — nos penchants et habilités particulières. Ils sont surtout la condition indispensable pour notre intégration.
Cela surtout dans les sociétés où la solidarité risque de devenir optionnelle et minoritaire. Car, évidemment, dans la plupart des cas, le sentiment d’inutilité lié à la perte du travail ou d’autres prérogatives physiques et mentales, ne représente pas une faute personnelle, ne correspond pas à une révolte contre ce que la vie et le contexte social nous offre. Mais…
Brice Beaulieu, le protagoniste du livre, est un jeune français qui a priori possède toutes les cartes pour réussir, que peut-être la mentalité gagnante d’aujourd’hui accuserait d’un certain manque d’agressivité voire méchanceté et absence de scrupules, cet homme sur la trentaine qui pourrait être classé comme « l’homme sans qualités » de Robert Musil, cet homme « rêveur et fataliste » se trouve dans cette contradiction tout à fait typique de notre époque post-moderne de perdre le travail, de ne pas réussir à en trouver un autre, de « glisser dans la rue » — comme on dit ici à Paris — et de se sentir subjectivement inutile, avant de se précipiter dans une exclusion objective et, apparemment, sans retour.
Je termine cette longue lettre avec les mots poétiques de V. Staraselski. Comme beaucoup des gens « glissés dans la rue » ce Brice Beaulieu sans défense et tout à fait dépourvu, en réalité, d’agressivité ou de cynisme, reste enfin victime de l’incapacité collective de lui tendre une main. Dans une poche, un feuillet survit miraculeusement au bûcher qui restera peut-être impuni. Et le brigadier choqué essaie alors de le lire : « …je crois pouvoir témoigner de la qualité exceptionnelle de cet étudiant. Son intelligence rapide et brillante, mais exigeante et sans compromis pour atteindre les réalités les plus profondes, sa sensibilité littéraire toujours attentive aux singularités fortes des grandes œuvres, son énergie et sa régularité exemplaires… J’ajoute que les qualités humaines de M. Beaulieu sont au niveau de son intelligence : discrétion, mais sans difficulté relationnelle, et sens très sûr des responsabilités. J’estime, sans hésitation, qu’il saurait profiter au maximum… » (page 195)

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 14 août 2014

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